Se tenir debout... devant l'intégrismeDaniel BarilPrésident du Mouvement laïque québécois.
Opinion publiée dans LaPresse du 30.7.01 Dans son éditorial du 20 juillet dernier intitulé «Se tenir debout», Michèle Ouimet réduit le point de vue des opposants à l'érouv - ce mur symbolique que les hassidim ont érigé autour d'Outremont - à une simple question d'antisémitisme, et se réjouit du fait que le Mouvement laïque québécois n'ait pas porté la cause en appel. Plusieurs raisons auraient pu justifier un appel, mais nous sommes piégés par le fait que le principe de la laïcité sur lequel nous basons notre action n'est pas explicitement reconnu par les lois. Les lecteurs de La Presse auraient par ailleurs eu droit, en guise d'éditorial, à un peu plus de discernement que la simple répétition du point de vue du juge Hilton. Le juge Hilton a considéré que l'érouv était essentielle à la liberté de religion des hassidim, un point de vue que partage Mme Ouimet. Or l'érouv ne concerne pas l'exercice du culte mais la vie sociale. Elle permet de déroger à des interdits que les hassidim s'imposent mais qu'ils trouvent paradoxalement trop lourds. Cela était d'ailleurs explicite dans les documents soumis par les requérants: l'érouv «make life more convenient and pleasant». Lorsque les catholiques ont considéré que l'obligation de faire maigre le vendredi était trop lourde, ils n'ont pas demandé aux maires de délimiter des quartiers où ils auraient eu le droit de manger de la viande. L'érouv nécessite également une proclamation de la part des autorités civiles. Si on accepte ce principe, pourquoi les maires ne proclameraient-ils pas aussi le ramadan et l'année sainte ? Où placera-t-on la limite entre le civil et le religieux ? Mme Ouimet reprend cet autre argument du juge Hilton qui mentionnait que d'autres dispositions religieuses existent dans nos lois; elle lance pêle-mêle des exemples comme les décorations de Noël, les exemptions d'impôts pour les corporations religieuses, en oubliant la suprématie de Dieu dans la Constitution. Quoique l'on puisse dire sur ces réalités, un fait demeure: on ne trouvera aucun autre exemple d'appropriation permanente de l'espace public par un groupe religieux ou ethnique qui cherche à faire prévaloir ses préceptes sur les lois civiles. Cette préséance du religieux sur le civil, que l'on appelle insidieusement «accommodement raisonnable», c'est ce qui est désigné au dictionnaire par le terme intégrisme. L'approche de l'accommodement raisonnable n'est en fait rien d'autre qu'une aberration suscitée par la domination du christianisme dans la culture publique. Au lieu de remettre en question cette imprégnation de la société civile par le religieux, on cherche à accorder des miettes à chacun sans se soucier de l'incohérence que cela entraîne pour le projet de société ni de l'inévitable maintien des inégalités. Dans une démocratie républicaine, la culture publique commune serait construite sur le principe de la laïcité qui permet à tous les groupes d'avoir droit au même traitement, à la même considération et à la même liberté. L'argument voulant qu'une «société laïque à 100% n'existe pas», comme l'écrit l'éditorialiste, peut quant à lui se résumer à ceci: une discrimination déjà existante peut en justifier une nouvelle.
Finalement, Michèle Ouimet considère que le maire d'Outremont s'est écrasé devant une poignée de xénophobes au lieu de se tenir debout. La posture qu'elle considère verticale aurait été en fait un à-plat-ventrisme devant l'intégrisme et la ghettoïsation qui nous guettent.
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