Le Québec, champion toutes catégories de la culture subventionnée

Le Québec accapare 84 % des subventions fédérales de soutien à des événements sportifs ou culturels.

Le Devoir Le jeudi 26 juillet 2001




Cette faveur disproportionnée serait reliée à une stratégie de propagande, selon le Globe and Mail d'hier, qui révélait cette donnée. Les festivals et les compétitions soutenus multiplient les symboles fédéraux sur leur site, à commencer par les unifoliés, évidemment.

Au total, 198 événements québécois se sont partagé 19,2 millions au cours de l'année fiscale 2000-01. Les autres grandes régions du pays se sont partagé les 16 % de fonds restants (soit 3,8 millions): l'Ouest a reçu 1,7 million pour soutenir 25 activités et l'Ontario 1,5 million (pour le même nombre d'événements); les provinces de l'Atlantique n'ont cumulé qu'un demi-million de subventions (pour 23 festivals).

Et la logique du «tout-au-Québec» s'amplifie. L'année fiscale précédente, en 1999-2000, la part réservée à la patrie canadienne des festivals était de 77 % plutôt que de 84 %.

Pour Bernard Duhamel, de la Société des événements majeurs internationaux du Québec (SEMIQ), il est normal que le Québec tire la part du lion des subventions à ce genre d'activités. «Le Québec compte le plus grand nombre de festivals et d'événements sportifs», commente le secrétaire général, interviewé hier. L'organisme sans but lucratif regroupe une vingtaine des plus importantes organisations festivalières de la province. «On compte environ 700 festivals différents au Québec. On ne retrouve rien de comparable ailleurs au Canada.»

M. Duhamel ajoute que, selon un rapport publié en janvier 2000 par la firme KPMG, à peine 10,2 % des budgets des «événements majeurs internationaux» proviennent de l'État, dont 3,4 % du fédéral. La SEMIQ a été fondée l'an dernier, à la demande de Québec, pour distribuer 30 millions d'ici 2003. Comme les artistes, les festivals bénéficient de la possibilité de la «double trempette» et de la lutte fédérale-provinciale.

Visibilité

En échange des subventions versées au Grand Prix de Montréal, au Festival de la crevette de Matane ou aux festivités entourant le 125e anniversaire de la ville de Chelsea, Ottawa impose un protocole de visibilité. «Le programme de subvention est perçu comme un instrument central dans la bataille pour l'unité nationale, écrit le Globe & Mail, parce qu'il permet de faire flotter le drapeau canadien à travers le Québec, rappelant ainsi aux Québécois l'importance du gouvernement fédéral dans leur vie quotidienne.»

L'effet concret de cette politique de propagande était bien visible au Festival Juste pour rire, qui vient de prendre fin à Montréal. Un kiosque du gouvernement canadien occupait une partie de l'intersection des rues Ontario et Saint-Denis. Des préposés y distribuaient des sacs aux enfants dans lesquels on retrouvait notamment des feuilles d'érable autocollantes, un livre à colorier sur les Amérindiens du pays et la huitième édition du jeu La Grande Aventure canadienne.

La stratégie est bien connue. Ottawa a dépensé des dizaines de millions de dollars au cours des dernières années par prosélytisme fédéraliste, par exemple pour distribuer un bon million d'unifoliés aux citoyens ou des trousses multimédias bourrées de symboles canadiens à l'usage des enfants de plus de quatre ans. L'an dernier, Bernard Landry refusait avec fracas une subvention fédérale de 18 millions pour le Zoo de Québec liée à un protocole de visibilité jugé trop contraignant. Le premier ministre avait lancé qu'il ne vendrait pas le Québec pour des «bouts de chiffons rouges».