Dominion Institute - une autre des multiples boîtes de la machine propagandiste canadienne

Jean-Yves Durocher

10.9.01


Voilà qu’une autre de ces «inventions» canadian post-référendaires, le Canadian Institute, vient nous proposer une autre norme nationale. Cette fois-ci, en histoire nationale, en histoire non pas du Canada, mais en histoire canadian.

Selon un sondage, on ne peut plus scientifique, dont les données ne sont pas transmises par les quotidiens anglophones qui retransmettent la nouvelle, lesdits quotidiens étant ceux du groupe Global-Southam, donc The National Post et, à Montréal, The Gazette. L’enquête a été réalisée par la filiale canadienne du géant du sondage français, IPSOS, Ipsos-Reid. Comme toute bonne French international entreprise, inutile de chercher trop de français sur le site de Ipsos-Reid, remarquez que le site principal d’accès de IPSOS (www.ipsos.com) est uniquement en anglais... Mais revenons à nos moutons, bien que dans ce cas, il faudrait plutôt parler de loups.

De l’avis même des «jeunes presque chômeurs» ... qui se sont créé leurs emplois, la Dominion Institute a pour mission de s’assurer que tous les Canadiens ont les connaissances civiques et historiques dont ils ont besoin pour participer dans la société en tant que citoyens actifs et informés. L’Institut est basé à Toronto et est sous la gouverne d’un conseil d’amis du plus haut niveau. On y retrouve des gens comme l’Honorable Jackman, ex Lieutenant-Gouverneur de l’Ontario, l’Honorable John Turner, ex premier-ministe du Canada, Peter White, l’alter-ego de Conrad Black, et Kenneth Whyte du National Post dans sa période Reform - donc propriété du prochain Sir Black -, Mel Hurtig, celui qui a réussi à «donner» la Canadian Encyclopédia gratuitement dans les écoles du pays (le vrai, le Canada, donc au Québec), le père de Youppi et vedette d’une comédie tragique de Pierre Falardeau, Roger D. Landry, et en prime, madame Phyllis Yaffe, présidente de Alliance Atlantis Broadcasting, donc History Channel, donc la vraie boss (à moins d’être un innocent de la pire espèce) du canal Historia qui fait partie du même groupe.

Arrêtons-nous ici et continuons un peu dans cette veine. Le Canal Historia est exploité au Québec par Astral Communication, l’éternel oublié de la bande des Quatre : Power, Québecor (dont les médias écrits sont sous contrôle torontois, répétons-le), Transcontinental et Astral. Astral Communication donc, propriétaire - en tout ou en partie - de ce qui reste de la radio privée au Québec (Radiomédia et Radio-Énergie), de Canal D, VRAK TV, Musique Plus, Canal D, la télé payante, en veux-tu, en v’là.

Après cette courte pose, revenons à notre mouton, donc à nous, en train de se faire manger par un loup. Celui d’aujourd’hui étant cette Dominion Institute. Ne nous en cachons pas, c’est une autre des multiples boîtes de la machine propagandiste canadienne. Pas celles dont ils est facile de dire qu’elles en font partie, celles qui se totalisent facilement, celles qui laissent des journalistes dire qu’Ottawa dépense CENT MILLIONS par année en propagande; non, c’en est une des autres, celles qui démontrent que l’argent de Gagliano est la pointe du Iceberg et que c’est par PLUSIEURS CENTAINES DE MILLIONS par année que se chiffrent véritablement les coûts de la propagande canadian.

Inutile de chercher longtemps les sommes que l’Institut reçoit du fédéral, elles sont enfouies dans des compagnies bidons, des contrats discrétionnaires et de généreuses commandites. La principale activité du Dominion Institute semble être cette oeuvre majeure d’intrusion dans le champ de l’éducation qu’est RESCOL, le réseau scolaire canadien, vaste entreprise de normalisation à la canadian du champ de l’éducation, approuvée et encouragée par TOUTES les provinces. Car si le Québec n’y participe pas directement, il permet à une organisation qu’il finance : l’AQUOPS (Association québécoise des utilisateurs d’ordinateurs au primaire et au secondaire) de servir d’intermédiaire avec cette oeuvre de déstabilisation des compétences du Québec en éducation. Cette association - privée naturellement - a reçu entre autre : 220,000$ du Fonds de l’autoroute de l’Information en 1999 et a accueilli en avril dernier le ministre David Cliche à son colloque annuel et le Ministère de l’Éducation le déclare : partenaire. À quoi il faut ajouter une somme de 181,500$ du Rescol par le bias du Ministère de l’Industrie du Canada. Ce n’est naturellement qu’une recherche sommaire.

Donc, on me permettra de dire que si le Québec n’est pas représenté directement à Rescol, il considère celui qui est nommé représentant du Québec comme étant son partenaire.

Donc, le Dominion Institute, offre aux jeunes canadians (plus en anglais qu’en français, mais on connaît le bilinguism canadian) la page de quizz sur l’histoire du Canada. Je vous laisse découvrir par vous même, mais je ne puis m’empêcher de vous inviter à lire le texte de Bob Rae, ex premier-ministre de l’Ontario. Ne serait-ce que pour ce merveilleux amalgame : « Such an approach may fit one person's theories of federalism, but we have seen the danger of governing in the name of a theory, whether it is Lord Durham's, Pierre Trudeau's or Preston Manning's. » Pour ceux qui reviendraient, soit d’un colloque du Parti Québécois ou de la planète Mars, je souligne que Bob Rae est le président du Forum des fédérations, responsable du happening du Mont-Tremblant qui se déplace en Suisse à Saint-Gall précisément en février prochain.

Voilà donc une des principales activités, et je soupçonne la plus lucrative du Dominion Institute. Mais ce n’est pas la seule. Ainsi elle est derrière le site OURHEROES, où elle est associée à ce modèle d’indépendance de pensée et phare de la vérité véritablement vraie : le Conseil de l’Unité canadienne. Le tout subventionné par le payeur de la partie de golf de Chrétien avec Tiger Wood, ce qui offusque même la pauvre Lysianne Gagnon qui devra bientôt prendre sa retraite si elle persite à signer de pareils ordures dans le Globe and Mail d’aujourd’hui (lundi 10 septembre). En effet, elle offusque deux fois ses patrons : Chrétien, à la presse dirigée par son gendre Desmarais, et Monty, Bell étant propriétaire du Globe and Mail! Pauvre madame Gagnon, mal payée, elle doit prendre Air Transat, la voilà bientôt au chômage! Dans un moment de folie, sans doute dû à la canicule, elle se demande si le Canada est encore une démocratie!

Ces petits abandons du Québec

Voilà donc le monde véritable de la machine canadian. Celle qui reste habituellement invisible. Celle des petits abandons du Québec. Parce que c’est de cela qu’il s’agit. De l’abandon.

L’abandon du Québec. Ces phrases vides de sens, comme celle de Joseph Facal dans Le Devoir:

«Cela n'a pas de commune mesure (l’équipe Dutheil. Ndlr), a-t-il dit, avec la charge entreprise par le gouvernement fédéral dans sa croisade pour l'unité canadienne et que la création de Communication Canada vient amplifier.

«Alors que la priorité du gouvernement semble être la création de Communication Canada au coût de 125 millions de dollars, a conclu M. Facal, le gouvernement du Québec, lui, a jugé plus approprié de consacrer ses ressources pour les citoyens. » in, «Des millions pour combattre le Québec, dit Facal». Pierre April. Presse Canadienne, Le Devoir, samedi et dimanche, 1 et 2 septembre, 2001. Page A2.

En effet, monsieur le ministre, il est plus approprié de s’allonger devant le rouleau compresseur de la propagande canadian. En effet, il vaut mieux être conséquent avec le provincialisme, donc de dire non officiellement et de collaborer par la bande aux travaux de la propagande canadienne dont les manoeuvres, nous venons de le démontrer sont si insidieuses et, par le fait même,... tellement brillantes.

Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, ils s’accumulent; la poussière sous le tapis prend la forme d’un Everest de l’abandon dans le Salon de la Race.

Essayez d’imaginer, ne serait-ce qu’un instant, que le Gouvernement du Québec confie à Jacques Parizeau le soin de commenter l’histoire du Québec sur un site financé par le Québec. N’êtes-vous pas mort de rire? Quelle serait la première page de la Gazette? Aurait-elle assez de papier pour s’indigner? Combien d'arbres éviteraient l’abattage sur la planète pour fournir en papier journal toute l’indignation possible de la presse? Anglophone et francophone, doit-on préciser?

Voilà où mène directement l’abandon: à laisser aux ennemis du Québec, ne parlons plus d’adversaires dans ces conditions-ci, toute la place. Et mieux encore, de leur en faire une encore plus grande.