
Le Québec dans un cul-de-sac
Michelle Coude-Lord
Journal de Montréal 8.11.01
«Le Québec est dans un cul-de-sac, il faut régler la question avant que le Parti québécois parte. Il y a une grande urgence», affirme Yvon Deschamps.
Le grand humoriste se lève à nouveau pour défendre «son Québec».
«Une dernière fois, dit-il en entrevue exclusive. Parce que j'ai 66 ans et donc je vieillis. J'aimerais qu'on règle les vraies questions avant les prochaines élections. Présentement, c'est le vide. Toutes les portes sont bouchées. Ça me fait peur. Si on manque ce rendez-vous, on peut se dire qu'il faudra attendre un autre 40 ans. »
La rencontre avait lieu pour faire un bilan de l'actualité. Tout à coup, il se mit à parler de politique.
Et son coeur de nationaliste s'est ainsi livré.
Que sont devenus les Québécois ?
Il réclame une action du premier ministre Bernard Landry avant les prochaines élections.
« Qu'il tienne une vaste enquête auprès des Québécois, qu'on nous demande ce que nous voulons. On pourrait découvrir des choses étonnantes. Une fois que le gouvernement saura qui nous sommes et ce que nous voulons, il pourra faire un référendum. Le Québec a tellement changé depuis 40 ans, il est temps qu'on se demande que sommes-nous devenus et que voulons-nous ? Tout cela peut se faire dans un délai de un an, s'il le veut vraiment. Même le Parti libéral, s'il prend le pouvoir, pourra se servir des résultats de cette enquête. »
Yvon Deschamps est catégorique: «Chaque fois que les Québécois ont abandonné pour un temps le projet d'indépendance, nous sommes devenus tout croches, nous nous sommes perdus, comme maintenant. »
Il explique alors cette urgence d'agir.
«J'ai peur. Je sens tellement un vide en ce moment que, pour moi, c'est un point de non-retour. Je crains que dans un avenir très proche, on ne veuille même plus se poser ces questions. Ça fait 40 ans qu'on réfléchit, nous n'avons pas besoin d'un autre 40 ans. »
Il estime que «le vide actuel se vit tant au provincial qu'au fédéral».
«Tout est bouché politiquement pour les nationalistes comme pour les fédéralistes. Le fédéral nous dit que nous n'existons pas. Même M. Robert Bourassa n'aurait pas accepté un tel discours. Si on n'éclaircit pas la question, on va continuer à se faire offrir des conneries comme une société unique... »
Lucien Bouchard
L'humoriste engagé n'a pas apprécié le passage au pouvoir de Lucien Bouchard.
«C'est un homme solitaire, il est venu tout déranger. Et son départ précipité a bousculé M. Bernard Landry, un homme de grande culture que je respecte, mais qui ne voulait pas être en avant de façon précipitée. »
Déçu, donc, de la politique ?
« Très. Les politiciens vivent à l'heure des médias. Ils veulent juste trouver des moyens pour gagner des votes afin de prendre le pouvoir. L'identité à un parti ne veut plus rien dire, des gens de droite sont dans des partis
de gauche et vice versa. Fini l'époque des grandes idées. Il n'y a plus de vision, pas de projet d'avenir. Pour moi, ils font de la gérance, pas de la politique», confie Yvon Deschamps.
Enfin, plus que jamais, assure-t-il, il faut donner un autre grand coup de barre, et ce, très rapidement.
«Il faut poser les vraies questions avec une vaste enquête et un référendum avant les prochaines élections...», conclut l'humoriste.
Addendum:
Pauline Marois réagit à la sortie d'Yvon Deschamps...
Le 09 novembre 2001 - 10:20 - La vice-première ministre du Québec, Pauline
Marois, dit comprendre l'impatience de certains souverainistes qui trouvent
que la cause n'avance pas assez rapidement. Madame Marois réagissait ainsi à
la sortie de l'humoriste Yvon Deschamps, qui trouve que le Québec tourne en
rond sur le plan politique. Pauline Marois trouve toutefois stimulant que
certaines personnalités cherchent à faire progresser les choses.

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