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«« Fête nationale
Adonques, une institutrice de l'école de la Mosaïque de Côte-Saint-Luc, Danielle Nicolopoulos, n'aime pas les chansons de Chez-nous! D'habitude, dans ce coin de pays, on revendique de parler anglais. Voilà qu'on a peur d'appendre le Québécois. On progresse mon cher poète. On progresse!
«Une chanson qu'il ne faut pas lire», titra le porte-voix de la maîtresse d'école: quelle belle flagrance! L'oeuvre commandée par le Mouvement national des Québécois à Daniel Boucher est seulement une chanson à écouter. Ou une affiche à regarder. «Bien piètre modèle pour apprendre la langue de Molière», commente la précieuse ridicule de Côte-Saint-Luc.
UNE BIEN BELLE TOURNURE
Pourtant, Les vouleurs de rire, c'est une bien belle tournure. Continue mon cher poète. Continue! Et tant mieux si ça emmerde les voleurs de fun de Côte-Saint-Luc. Comme eût dit Jean-Baptiste Poquelin à Madame Nicolopoulos: «Vous rebutez mes voeux, et me mettez à bout, Mais un cul de couvent me vengera de tout.» Je ne sais pas si on enseigne «le français de Molière» à l'école de la Mosaïque, mais on doit tout ignorer du français tout court. Même François Villon, la plume emportée par la mélancolie, n'était pas exempt de fautes de «françois»: «(...) Haremburgis qui tint le Maine, Et Jeanne la bonne Lorraine Qu'Anglais brûlèrent à Rouen?
Où sont-ils, Vierge souveraine?
Mais où sont les neiges d'antan?» Recalé, Villon, puisqu'il eût fallu écrire: «Où sont-elles»!
A-t-on jamais entendu parler de Rabelais à Côte-Saint-Luc?
LE DANIEL BOUCHER DU TEMPS
C'était le Daniel Boucher du temps: il puisait à pleins lexiques dans toutes les langues, les vivantes comme les mortes, les étrangères comme les régionales... Madame la maîtresse pourrait offrir à ses élèves cette description du moine Jean des Entommeurs: «jeune, galant, frisque, de hait, bien à dextre, hardi, aventureux, délibéré, haut, maigre, bien fendu de gueule, bien avantagé en nez, beau dépêcheur d'heures, beau débrideur de messes, beau décrotteur de vigiles, pour tout dire sommairement, vrai moine si onques en fut depuis que le monde moinant moina de moinerie, au reste jusques ès dents en matière de bréviaire...» Un vrai «vouleur de rire», ce Rabelais!
PAS TRÈS CONTEMPORAIN
Je sais que tout cela ne fait pas très contemporain. Alors, aux empêcheurs de chanter en rond à Côte-Saint-Luc, on pourrait offrir un extrait du «Manifeste dada» de Tristan Tzara. Oui! Oui! d'origine roumaine, il était bien un «ethnique»... «Liberté: Dada, Dada, Dada, hurlement des couleurs crispées, entrelacement des contraires et de toutes les contradictions, des grotesques, des inconséquences: La vie.» Mais voilà, tous ces gens n'étaient pas professeurs de français, seulement des poètes. Comme Daniel Boucher. Butant sur les mots comme une piocheuse de Grévisse, la maîtrese d'école de Côte-Saint-Luc n'a pas écouté la chanson. Ni même lue. Elle l'a décortiquée. Ainsi démantibulé, le refrain n'avait plus de sens pour tous ces enfants de la Mosaïque auxquels, pourtant, il s'adressait: «C'tà mon tour d'ouvrir À du beau monde de partout Les vouleurs de rire Sont bienvenus chez-nous» Bravo le poète! C'est à «nou-zôtres» cette Fête nationale. À nous autres les vouleurs de rire. Et tant pis pour les grincheuses, les revêches et les rêches, les grognonnes et les quinteuses! À la Saint-Jean, c'est le temps des vacances.
Les enfants de Côte-Saint-Luc sont à l'abri des maîtresses d'école. Peut-être même qu'en passant sur la rue Meridian, devant chez Yves et Monique Michaud, ils entendront une chanson de Daniel Boucher...
«C'tà leur tour d'ouvrir la maison chez-eux Pis de pas s'gêner pour dire Qu'ils l'aiment pis que c'est d'même De que ça s'passe de qu'ils ont l'goût...»
***
Sur ce, je vous quitte pour l'été. Plusieurs centaines de pages blanches m'attendent où je coucherai quelques moments de la vie de Bernard Landry. «Un livre est un grand cimetière où sur la plupart des tombes on ne peut plus lire les noms effacés...» - Ça, c'est du Proust, Madame l'institutrice! Mais vous avez le droit de me réveiller la mémoire à mon adresse électronique, MVastel@ledroit.com )
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