«« Fête nationale

Vouleurs de rires et voleurs de fun

Michel Vastel
LeDroit 22.6.01




Quand on est à court d'idées, on ergote sur les mots. «De que c'est qui se passe?» dirait Daniel Boucher. On régresse mon cher poète. On régresse... Et dire que cette pagaille nous vient encore de Côte-Saint-Luc, l'arrondissement d'Yves Michaud!

Adonques, une institutrice de l'école de la Mosaïque de Côte-Saint-Luc, Danielle Nicolopoulos, n'aime pas les chansons de Chez-nous! D'habitude, dans ce coin de pays, on revendique de parler anglais. Voilà qu'on a peur d'appendre le Québécois. On progresse mon cher poète. On progresse!

«Une chanson qu'il ne faut pas lire», titra le porte-voix de la maîtresse d'école: quelle belle flagrance! L'oeuvre commandée par le Mouvement national des Québécois à Daniel Boucher est seulement une chanson à écouter. Ou une affiche à regarder. «Bien piètre modèle pour apprendre la langue de Molière», commente la précieuse ridicule de Côte-Saint-Luc.

UNE BIEN BELLE TOURNURE

Pourtant, Les vouleurs de rire, c'est une bien belle tournure. Continue mon cher poète. Continue! Et tant mieux si ça emmerde les voleurs de fun de Côte-Saint-Luc. Comme eût dit Jean-Baptiste Poquelin à Madame Nicolopoulos: «Vous rebutez mes voeux, et me mettez à bout, Mais un cul de couvent me vengera de tout.» Je ne sais pas si on enseigne «le français de Molière» à l'école de la Mosaïque, mais on doit tout ignorer du français tout court. Même François Villon, la plume emportée par la mélancolie, n'était pas exempt de fautes de «françois»: «(...) Haremburgis qui tint le Maine, Et Jeanne la bonne Lorraine Qu'Anglais brûlèrent à Rouen?

Où sont-ils, Vierge souveraine?

Mais où sont les neiges d'antan?» Recalé, Villon, puisqu'il eût fallu écrire: «Où sont-elles»!

A-t-on jamais entendu parler de Rabelais à Côte-Saint-Luc?

LE DANIEL BOUCHER DU TEMPS

C'était le Daniel Boucher du temps: il puisait à pleins lexiques dans toutes les langues, les vivantes comme les mortes, les étrangères comme les régionales... Madame la maîtresse pourrait offrir à ses élèves cette description du moine Jean des Entommeurs: «jeune, galant, frisque, de hait, bien à dextre, hardi, aventureux, délibéré, haut, maigre, bien fendu de gueule, bien avantagé en nez, beau dépêcheur d'heures, beau débrideur de messes, beau décrotteur de vigiles, pour tout dire sommairement, vrai moine si onques en fut depuis que le monde moinant moina de moinerie, au reste jusques ès dents en matière de bréviaire...» Un vrai «vouleur de rire», ce Rabelais!

PAS TRÈS CONTEMPORAIN

Je sais que tout cela ne fait pas très contemporain. Alors, aux empêcheurs de chanter en rond à Côte-Saint-Luc, on pourrait offrir un extrait du «Manifeste dada» de Tristan Tzara. Oui! Oui! d'origine roumaine, il était bien un «ethnique»... «Liberté: Dada, Dada, Dada, hurlement des couleurs crispées, entrelacement des contraires et de toutes les contradictions, des grotesques, des inconséquences: La vie.» Mais voilà, tous ces gens n'étaient pas professeurs de français, seulement des poètes. Comme Daniel Boucher. Butant sur les mots comme une piocheuse de Grévisse, la maîtrese d'école de Côte-Saint-Luc n'a pas écouté la chanson. Ni même lue. Elle l'a décortiquée. Ainsi démantibulé, le refrain n'avait plus de sens pour tous ces enfants de la Mosaïque auxquels, pourtant, il s'adressait: «C'tà mon tour d'ouvrir À du beau monde de partout Les vouleurs de rire Sont bienvenus chez-nous» Bravo le poète! C'est à «nou-zôtres» cette Fête nationale. À nous autres les vouleurs de rire. Et tant pis pour les grincheuses, les revêches et les rêches, les grognonnes et les quinteuses! À la Saint-Jean, c'est le temps des vacances.

Les enfants de Côte-Saint-Luc sont à l'abri des maîtresses d'école. Peut-être même qu'en passant sur la rue Meridian, devant chez Yves et Monique Michaud, ils entendront une chanson de Daniel Boucher...

«C'tà leur tour d'ouvrir la maison chez-eux Pis de pas s'gêner pour dire Qu'ils l'aiment pis que c'est d'même De que ça s'passe de qu'ils ont l'goût...»

***

Sur ce, je vous quitte pour l'été. Plusieurs centaines de pages blanches m'attendent où je coucherai quelques moments de la vie de Bernard Landry. «Un livre est un grand cimetière où sur la plupart des tombes on ne peut plus lire les noms effacés...» - Ça, c'est du Proust, Madame l'institutrice! Mais vous avez le droit de me réveiller la mémoire à mon adresse électronique, MVastel@ledroit.com )

le MNQ a manqué de jugement

Monsieur Vastel,


Je viens seulement de découvrir l'insigne honneur que vous me fîtes, me prenant pour cible en ... juin 2001: avec brio, vous vous êtes porté à la défense du pauvre troubadour que j'aurais égratigné!

Etait-ce bien nécessaire?

Libre à vous d'admirer les discutables beautés du texte de Daniel Boucher... vous référant à Villon, Rabelais et même aux dadaïstes. Bof! Laissons le chanteur à sa "gang de malades" et revenons plutôt à mon propos: le MNQ a manqué de jugement en choisissant d'envoyer ce texte dans les écoles pour promouvoir "notre fête nationale", alors qu'il diffusait sur son site une autre chanson tout à fait appropriée, elle, chantant le Québec dans une langue correcte.

Jusqu'à nouvel ordre, on enseigne le français dans les écoles québécoises. "Et si l'on veut choisir le joual comme langue nationale, eh bien qu'on cesse de lésiner, qu'on adopte ce créole par décret officiel et qu'on se coupe définitivement de la francophonie!" (Jacques Beaudry - Voir/8 nov. 2001)

Nos enfants sont bien suffisamment exposés à des tournures langagières difficiles à corriger, sans que l'Ecole leur présente de douteux modèles.

Mais outre de vous faire le champion de notre soi-disant nouveau chantre national, dans votre chronique fielleuse, vous me faites un procès, mêlant vicieusement M. Michaud, Côte Saint-Luc et... "le québécois". Permettez-moi de trouver vos insinuations plutôt malodorantes, indignes d'un journaliste chevronné. Quel mépris, et quel lyrisme venimeux, quand vous englobez tout à la fois l'enseignante, l'école, le secteur et... l'enseignement!?

Tout est politique, certes, mais la partisanerie en l'occurence est de mauvais goût.

Pire, vos allusions à "un autre incident" ("cette pagaille nous vient encore de Côte St-Luc, l'arrondissement d'Yves Michaud") sont d'autant plus regrettables que vous confortez en quelque sorte, dans l'esprit de certains lecteurs, un préjugé malheureux.

A Côte St-Luc, comme ailleurs, on peut avoir à coeur la cause du français tout en soutenant "Solidarité Yves Michaud". C'est mon cas.

Danielle Nicolopoulos
14.9.2002

cc. M. Yves Michaud - Vigile.net