GERARD BOUCHARD, RENTREZ VOTRE DRAPEAU.

GHISLAIN LEBEL, Chambly 24.6.01




Richelieu, le 23 juin 2001

Site VIGILE

OBJET : Chronique de Monsieur GERARD BOUCHARD
Journal La Presse du 23 juin 2001

GERARD BOUCHARD, RENTREZ VOTRE DRAPEAU.

Je ne sais si l’effet était escompté mais j’avoue Monsieur Bouchard que votre auto-questionnement et réponse parus dans la PRESSE de ce jour ont passablement bousillé le plaisir que j’avais de célébrer pour ma part la fête des CANADIENS FRANÇAIS . Une fois encore votre rêve de nation virtuelle, à la Charles Fourrier, issue en droite ligne des fantasmes les plus audacieux de trop de SAINTS, se doit pour se concrétiser, de faire abstraction des réalités sociales les plus évidentes. L’exercice comme vous le faites de réinventer une nation Québécoise conforme aux idéaux moraux et multiculturels à la Stéphane Dion relève, vous en conviendrez, plus de la prestidigitation que de l’analyse froide du comportement humain en général et des impératifs de survie qui ont toujours caractérisé les rapports des Franco-Québécois et leur environnement politique immédiat.

Suggérer comme vous le faites de ne conserver de notre histoire que « les contenus les plus universels, à savoir le souvenir d’épisodes, d’actions et d’aspirations qui sont le plus susceptibles de recouper l’expérience de d’autres groupes ethniques, de revêtir une signification pour tous les membres de la nation » c’est au mieux de la folie pure ou du révisionnisme ou pire encore de l’amnésie commandée.

Dissocier le 24 juin complètement de la Saint-Jean-Baptiste en raison de son «identification trop exclusive avec la tradition catholique» c’est jeter au feu de la Saint-Jean une racine maîtresse de notre identité. Ne vous en déplaise, un récent sondage confirme que les Québécois sont toujours croyants et encore très majoritairement catholiques. Qu’un courant laïciste veuille sortir la religion de l’administration et de la politique, passe encore mais de s’acharner à la sortir de nos mes, c’est de la démesure. N’y aurait-il que nos concitoyens Juifs qui puissent, haut et fort, faire étalage de leurs croyances religieuses sans s’attirer les sarcasmes condescendants et la désapprobation de nos plus athées penseurs ? Votre universalisme à ce chapitre connaîtrait-il deux poids, deux mesures ?

La Saint-Patrice que nos compatriotes Irlandais fêtent tous les ans depuis 150 ans serait-elle suspecte au regard des tenants du nationalisme civique de même que le CARIFÊTE des concitoyens sud-américains. Pourquoi ce besoin puisqu’ils sont inclus dans notre fête nationale du 24 juin. N’y aurait-il, dans cette construction abstraite de la nouvelle nation Québécoise, que les FRANCO-QUÉBÉCOIS qui soient interdits de se reconnaître et de sentir le besoin de se retrouver.

De ne conserver de notre identité que ce qui plaît aux autres (ceux de culture différente) n’est-ce pas soumettre à l’examen et ensuite à l’approbation d’autrui notre propre identité, la CULTURE PUBLIQUE COMMUNE qui vous est chère serait-elle à ce prix? Trop cher pour moi, j’ai bien peur.

Soumettre la reconnaissance de notre existence ou de notre culture (ça revient au même) au veto des autres n’est-ce pas une soumission additionnelle imposée à un peuple qui en a déjà trop subies. L’universel ou la culture universelle reposerait sur une séparation de la société entre ceux qui ont le privilège de disposer de la culture des autres ou de certains éléments de cette culture et ceux qui sont condamnés à quémander la reconnaissance de leur identité. A ce chapitre il me semble que l’on a déjà trop payé.

Pire, toute cette ségrégation justifiée par la recherche d’une culture universelle découlerait alors de l’idée que l’universel ne peut être défini par tous également; pensez-y sérieusement Monsieur Bouchard. Quel principe sous-tend que la reconnaissance des uns (les majoritaires je vous ferais remarquer) doive passer par le veto des autres (forcément minoritaires actuellement). La démocratie nous réserve parfois des surprises, vous en conviendrez.

La seule leçon que je tire de L’UNIVERSALISME, c’est qu’il doit reposer sur l’égalité de tous. Le Québécois a sa représentation du juste, du bon et du beau et je ne conçois aucune raison pour que vos principes de multiculturalisme doivent finir par le discriminer.

Tous les Québécois sont conviés à fêter notre universalité Québécoise, seule garantie d’égalité et d’intégration par ses symboles puissants d’unité que sont notre drapeau, notre seule langue à tous et notre conviction que personne n’est supérieur à d’autre et que la majorité exprime la meilleure universalité invitante.

Ces Franco-Québécois, comme vous dites, n’ont pas besoin de ces philosophes ethnographes peu différents de ceux du XVIIIe siècle qui agirent tant et si bien tout en s’enrichissant (je parle des lumières) sur le parlement de Paris que celui-ci refusa alors à Louis XV les crédits nécessaires à la sauvegarde de Régime Français en Amérique.

Rentrez votre drapeau Monsieur Bouchard et rentrez avec lui, nous avons déjà Stéphane Dion, spécialiste en matière de multiculturalisme castrant et capable seul d’abjection semblable à l’encontre de son peuple. En effet, vous avez raison, pourquoi fêter.

GHISLAIN LEBEL, Chambly.