De la Fête nationale du Québec 2001
ou de l’occasion de mesurer le chemin parcouru

Gilles Rhéaume
Mouvement souverainiste du Québec
24.6.01




Le 24 juin, c’est le moment québécois de l’année. Pendant ces jours de festivités et de rencontres conviviales, les femmes et les hommes de notre peuple prennent davantage conscience de ce qu’ils sont au sein de cet univers des nations. C’est depuis le début du XVIIe siècle que le solstice d’été est célébré par les Francophones du Québec. Au XIXe siècle, les Patriotes choisirent le 24 juin comme Fête Nationale de notre peuple. Nos ancêtres ont tenu à formaliser l’appartenance nationale des habitants du Québec. Cela fait donc plus de quatre siècles que, le 24 juin, les Québécois soulignent leur fierté d’être ce qu’ils sont. La nation québécoise a bien des raisons d’être fière de ses réalisations. Peuple installé sur son territoire depuis près d’un demi-millénaire et constitué au fil du temps de gens venus de partout, les Québécois sont aussi fiers de leurs différences qui font d’eux une communauté nationale singulière sur le continent.

Cette singularité, le peuple québécois l’a historiquement démontrée dans sa détermination inlassable de conserver sa langue et sa culture françaises et ce, dans un contexte politique qui fut, le plus souvent, réfractaire à l’existence même et au libre exercice de ses droits linguistiques fondamentaux. Ce qu’ont dû subir les Francophones de l’Amérique britannique mérite d’être connu du monde entier tellement les exactions furent aussi nombreuses que diverses. Toutes les provinces canadiennes anglaises ont un passé désolant à cet égard, que les historiens semblent avoir grand-peine à diffuser, tant la propagande d’Ottawa atteint tous les domaines de l’activité. L’histoire du peuple, dont le 24 juin est la Fête Nationale, est celle de sa résistance à l’assimilation linguistique et culturelle. Ce combat, il l’a d’abord mené seul, sans aide ni soutien extérieurs. Pendant des siècles entiers, les Québécois furent laissés à eux-mêmes n’ayant en partage que la partie congrue de tout... Puis vint Charles de Gaulle qui, en 1967, a tenu à réparer l’insouciance de la France à l’égard du Québec. Toutefois, l’avenir du français sur les bords du majestueux fleuve Saint-Laurent n’est pas encore assuré, tout dépendant qu’il est de la tutelle d’Ottawa qui contraint le Québec à un bilinguisme intégriste qui le défavorise sur son propre territoire historique. La bataille du français n’est pas encore gagnée. Seule la possession de tous les pouvoirs politiques peut assurer le plein épanouissement du fait français au Québec.

Il n’y a pas que la langue qui interpelle la conscience québécoise, c’est tout l’être québécois qui a besoin d’un souffle nouveau s’il ne veut pas ratatiner et dégénérer. Le Québec a besoin d’air frais, de cet air renouvelé afin de poursuivre la lutte et enfin espérer voir le bout du tunnel. Tous les domaines de notre activité nationale sont hypothéqués par le pouvoir anglais. Ce pays ne veut pas de nous. Le Canada est étranger à nos aspirations, à nos rêves et jusqu’à notre histoire. Le Canada, c’est le pays voisin !

Les Québécois ont non seulement le droit mais aussi le devoir de prendre toutes les dispositions qui permettront aux générations futures de pouvoir consacrer le meilleur d’elles-mêmes à l’épanouissement de la collectivité plutôt que de vivre constamment sur la défensive, comme le Canada nous y contraints chaque jour davantage. Que d’énergies gaspillées, ainsi reconverties en efforts constructifs et efficaces.

Le projet du pays doit tous nous rassembler au-delà de ce qui nous divise. Nous devons faire preuve de suffisamment de maturité pour trouver le courage de surmonter les difficultés que la contingence dresse sur notre route. Ce qui est le plus important, le plus urgent et le plus impérieux, c’est que les souverainistes, là où ils se trouvent, réapprennent le sens et la portée des concepts de solidarité et de responsabilité. À cet égard, un sérieux examen de conscience s’impose et personne ne peut l’éviter au risque de compromettre notre projet. Pour ce faire, tous les partisans du OUI doivent dès maintenant poser les jalons de ce rassemblement. Il faut que ce mouvement parte des différentes bases militantes. Rien n’est plus urgent que cette union des partisans du OUI ! Ottawa ne doit pas gagner en nous divisant...

La nature démocratique du projet souverainiste en fait une démarche inclusive. Ce pays du Québec, nous le voulons juste, généreux et préoccupé du bonheur de ses citoyens. Nous le voulons aussi plus humain que ce Canada qui n’en finit plus de nous abrutir par des manoeuvres méprisantes qui font de la démobilisation et de la désinformation le plat du jour de tout un peuple. Le Québec est violé constamment par ce Canada renégat quand il s’agit de nos droits légitimes. La loi C-20 nous a retiré l’égalité démocratie. C’est une forfaiture !

L’État du Québec est un instrument au service des intérêts du peuple qui le compose. L’État est au service du peuple, notamment de ses éléments les plus vulnérables. Il faut que le projet souverainiste résonne au peuple comme un air nouveau et vivifiant. Pour ce faire, les forces du OUI au pays du Québec doivent trouver les mots et les images qui satisferont les besoins de la population et qui humaniseront davantage leur projet national. Nous pouvons donc envisager l’avenir immédiat avec confiance. Les Québécois demeurent nombreux à souhaiter que le pays advienne. Suffisamment nombreux et percutant pour qu’Ottawa dépense chaque année des centaines de millions de dollars pour lessiver les cerveaux afin de leur inculquer l’utilité du Canada.

«En attendant de parler de la souveraineté au présent, disait René Lévesque, lors de l’élection de 1973, parlons-en toujours au futur et jamais plus conditionnel !»

Gilles Rhéaume