Le spectacle de la St-Jean

Chacun sa fête et... sa propagande!

Luc Séguin
Montréal - LaPresse - Jeudi 5 juillet 2001




Marc-André Audet déplore que le spectacle de la Saint-Jean diffusé sur les ondes de Quatre Saisons ait servi de «tribune» aux indépendantistes.

Pour ma part le spectacle m'a semblé fort raisonnable. Le seul moment à saveur politique fut le monologue de Gilles Pelletier, très beau d'ailleurs, et merveilleusement relayé par l'étonnante Kim Richardson.

Pour le reste, il s'agissait d'un survol de la chanson québécoise d'expression française très réussi. L'erreur de M. Audet, hélas trop fréquente, c'est de n'envisager le nationalisme que dans une perspective québécoise. Or, il y a aussi un nationalisme canadien, de plus en plus manifeste, ainsi que nous pouvons le constater en suivant l'actualité. Au cours des trente dernières années, ces deux nationalismes ont évolué en opposition l'un à l'autre, si bien que pour les comprendre il faut les envisager dans leurs rapports dynamiques. Ainsi, par exemple, le nationalisme débridé et parfois maladroit de Sheila Copp prend tout son sens, puisqu'il s'agit d'une réponse à la courte victoire du NON au référendum de 1995. Suivant cette logique, il devient malhonnête de reprocher aux indépendantistes, à l'occasion de la Saint-Jean -- «notre» fête «nationale» -- de vouloir exalter leur vision de la nation québécoise.

Allons-nous reprocher à Jean Chrétien de profiter des festivités du 1er juillet pour promouvoir l'unité canadienne? Non, ce qui aurait été décevant, c'est que seul le message indépendantiste fût diffusé par les médias. Or, ce n'est pas le cas. D'autres messages nous ont été offerts.

À commencer par le spectacle présenté à TQS, dans lequel M. Audet n'a daigné voir qu'une manifestation joualisante, dépassée, étroitement canadienne-française de la culture québécoise. La vérité, c'est que ce spectacle était presque totalement dépourvu de joual, que l'animateur, excellent, est un Noir, qu'une des chanteuses principales, Kim Richardson (pas très «québécois» comme nom), est aussi une Noire, sans compter Luck Mervil, sans compter, aussi, la présence dans l'orchestre de musicienne là où d'habitude nous voyons des hommes: au saxophone et à la guitare électrique.

Bref un spectacle ouvert, touchant, empreint d'humilité et d'un indéniable amour de la chanson québécoise, affranchie des préjugés de sexe et de couleur. Voilà bien le genre de «tribune» qu'il nous faudrait tous les jours.


Le spectacle de la St-Jean

Tribune indépendantiste

Marc-André Audet
Montréal - LaPresse - 27 juin 2001




Il y a des Québécois plus québécois que d'autres...

Samedi soir, après avoir regardé et écouté le spectacle des fêtes de la Saint-Jean sur les ondes de TQS, je me suis senti étranger chez moi.

Je suis né à Québec PQ, mais ce spectacle m'a donné le goût de partir, loin, très loin dans le Sud. Ne vous trompez pas: la performance des artistes était honnête. Ce qui a créé ce malaise chez moi, c'est plutôt qu'on ait laissé le comité organisateur transformer le spectacle en tribune des indépendantistes québécois.

De quel droit a-t-on osé payer, avec une partie des 900 $ d'impôts que j'ai donnés au gouvernement provincial cette année malgré un petit revenu annuel de 14 000 $, un «show» péquiste ou on nous rebattait les oreilles avec du nationalisme de boules à mites paraissant sortir tout droit d'une caricature de «gros Québécois épais assis sur son balcon et rotant sa bière en disant: «C'est ben vrai sti, le Kabec aux Kabakois!»? Même les indépendantistes devraient en être gênés. Ça va être ça le Québec souverain? Un Québec ou seuls les OUI auront voix au chapitre? Que fera-t-on aux collabos?

Je respecte les souverainistes: ils ont leurs raisons, j'ai les miennes et nous en parlerons une autre fois. Le débat n'est pas là. Je trouve cependant triste qu'on utilise la Fête nationale à si mauvais escient.

Bonne Saint-Jean à tous les Québécois: indépendantistes, fédéralistes, communistes, fétichistes, et aux autres...




Le spectacle de la St-Jean

Triste fête

André Saulnier
Saint-Jovite - LaPresse - 27 juin 2001




La fête de la Saint-Jean est celle de tous les Québécois. L'État y consacre des budgets importants, les spectacles organisés pour l'occasion sont retransmis par nos télédiffuseurs. Bref c'est un événement qui se veut important.

Et pourtant, encore une fois cette année, elle s'est transformée en un instrument de propagande au service de la cause séparatiste. Samedi soir à Québec, Gilles Pelletier nous a livré un discours à la sauce nationaliste qui aurait fait les délices d'un Jean-Marie Le Pen. Le spectacle du parc Maisonneuve, à Montréal, le lendemain se passe de commentaires. (Pour ceux qui l'auraient raté, certains de nos «artistes» n'aiment pas Sheila Copps: tout à fait pertinent un soir de fête...)

Quel manque de classe de la part d'organisateurs qui encouragent des débordements n'ayant même pas le mérite de la subtilité. Quel manque d'honnêteté de la part d'un gouvernement qui les guide avec l'argent de nos impôts.

Pourquoi faut-il toujours rappeler à nos séparatistes de tout acabit qu'au moins 55% de la population veut conserver ses liens avec le Canada? Pourquoi est-il nécessaire de leur rappeler qu'une fête qui exclut plus de la moitié de la famille est une bien triste fête?




Le spectacle de la St-Jean

Excès de mots

Claire Gervais
Lachine - LaPresse - 27 juin 2001




Cher M. Landry,

Je suis restée estomaquée devant votre publicité partisane du Parti québécois publiée dans La Presse du samedi 23 juin. On nous souhaite une «bonne Fête nationale».

À ce que je sache, le 1er juillet n'est pas encore arrivé et j'aimerais beaucoup qu'on nous souhaite «bonne fête à tous les Québécois», tout simplement.

Je suis canadienne, québécoise, francophone (comme dirait Elvis Gratton), polyglotte, fière d'être née au Québec, dans cette superbe province, il y a 49 ans.

Ce dont je suis moins fière et ce qui m'insulte au plus au point, c'est de me faire imposer des significations inventées.

M. Landry, la langue de Molière est parmi les plus belles, à condition de s'en servir sciemment. Vous utilisez des termes comme nation, capitale nationale et État, à toutes les sauces. Vos néologismes m'énervent au plus haut point et je ne suis pas la seule. Serait-ce du lavage de cerveau à petites doses?

Selon le dictionnaire Robert Junior, une nation est un ensemble que forment un peuple, le pays ou il habite et son gouvernement. Le Québec, à ce que je sache, est une province et non un pays ou un État.

La nation des Québécois ainsi que de tous les autres Canadiens, est le Canada.

La fête de tous les Québécois est le 24 juin, jour de la Saint-Jean.

Je ne prétend nullement avoir beaucoup d'instruction, mais j'aimerais, par la présente, exprimer librement et démocratiquement mon opinion dans cette province, pendant qu'il en est encore temps.

P.S. - Je fais aussi partie de ces femmes qui ne peuvent blairer le style Landry.