PQ et lobbying
Lobbying: le directeur général du PQ a touché 200 000$
Kathleen Lévesque
Le Devoir
Le samedi 09 février 2002
L'actuel directeur général du Parti québécois, Raymond Bréard, a empoché à titre de conseiller et de lobbyiste une ristourne de quelque 200 000 $ sur des subventions gouvernementales destinées à l'industrie culturelle.
Une enquête du Devoir a permis d'établir que M. Bréard a tiré ces bénéfices dans la foulée de son passage au cabinet de Bernard Landry, alors ministre des Finances.
Peu de temps après avoir participé, à titre de chef de cabinet de M. Landry, aux discussions entourant la création d'un fonds destiné aux grands événements culturels, sportifs et de divertissement, Raymond Bréard est devenu conseiller et lobbyiste pour le compte des organisateurs de ces mêmes événements.
Tout juste après avoir quitté ses fonctions politiques, en août 1998, M. Bréard est en effet devenu actionnaire de la firme de lobbying Oxygène 9. Cette firme a obtenu le mandat de mettre sur pied le Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI) afin d'obtenir du gouvernement du Québec la création d'un fonds de 30 millions.
Ce fonds, administré par la Société des événements majeurs internationaux (SEMIQ), verse des subventions à une trentaine d'événements, dont le Festival Juste pour rire, le Festival international de jazz de Montréal, le Tour de l'île, le Festival des montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu, le Festival western de Saint-Tite, le Mondial des cultures de Drummondville et le Carnaval de Québec.
L'aide financière est accordée dans le cadre de cinq programmes de subventions avec des règles d'attribution ne nécessitant aucun intermédiaire. Ainsi, si une organisation correspond à la définition d'événement majeur international, elle peut obtenir, en vertu du programme principal de subventions, ou bien une aide équivalant à 10 % de ses dépenses de l'année précédente, ou bien un million de dollars.
Commissions de 400 000 $
Malgré la simplicité du programme, Oxygène 9 a reçu une commission pour chacune des subventions versées. M. Bréard a confirmé au Devoir, au cours d'un entretien téléphonique cette semaine, que son entreprise a reçu, de la part de l'ensemble des organisations des grands événements membres du REMI, une commission totalisant environ 400 000 $ en trois ans.
Raymond Bréard a touché la moitié de ce montant, soit quelque 200 000 $. Il a encaissé une partie de cette somme en tant qu'actionnaire d'Oxygène 9 et une autre portion lors de la vente de ses actions, en juin 2001. «Quand je suis parti, on a évalué la valeur de mes actions en escomptant la valeur de l'entreprise», a expliqué M. Bréard.
Outre cette commission pour le travail de lobbying, M. Bréard a été rémunéré à titre de directeur général du REMI jusqu'à sa nomination au PQ, en avril 2001. Le REMI verse 8000 $ par mois pour le secrétariat et la direction générale. Aujourd'hui, c'est André Desroches qui assume ces fonctions. Sa conjointe Martine Ferland est son adjointe.
Actuellement, M. Desroches dirige Oxygène 9 seul. Il est lui aussi issu de la filière péquiste. Il a été chef de cabinet de la ministre Rita Dionne-Marsolais lorsqu'elle était à l'Industrie et au Commerce. Mais il a surtout défrayé la manchette ces dernières semaines comme ami et organisateur du ministre Gilles Baril. M. Desroches a monnayé sa connaissance des officines gouvernementales et son accès facile au ministre Baril, avec qui il est d'ailleurs allé en vacances au Mexique le mois dernier.
Raymond Bréard est un ami de longue date de Bernard Landry. Il a notamment été son organisateur lors de la campagne au leadership de 1985 pour la succession de René Lévesque. De 1994 à 1998, M. Bréard a d'abord été conseiller aux affaires économiques et financières de M. Landry, alors ministre des Finances, puis est devenu son chef de cabinet.
Contrairement aux employés de l'État, tenus à la discrétion en vertu de la Loi sur la fonction publique, ou à ce qu'on retrouve fréquemment dans le secteur privé, où beaucoup de dirigeants sont soumis à une clause de confidentialité lorsqu'il quittent leurs fonctions, le personnel politique du gouvernement du Québec n'est pas assujetti à une telle obligation, sinon de façon implicite. Rien n'interdisait donc à Raymond Bréard d'utiliser pour ses activités dans le secteur privé les renseignements qu'il détenait du secteur public, non plus que de monnayer l'accès aux politiciens, dont celui à Bernard Landry.
Dès l'été 1997
L'idée de mettre sur pied un fonds unique de soutien aux événements culturels et sportifs majeurs avait surgi bien avant que M. Bréard ne quitte ses fonctions politiques.
Dès l'été 1997, le projet a été soumis directement à Bernard Landry par le président du Groupe Juste pour rire, Gilbert Rozon. Par la suite, le cabinet de M. Landry, dirigé par M. Bréard, a été tenu au courant des développements du dossier.
«On est allés carrément à la pêche», a raconté Gilbert Rozon, joint par Le Devoir à Paris jeudi. «Je me souviens, alors que M. Landry était vice-premier ministre, de lui avoir glissé l'idée. Il m'a regardé de façon un peu sceptique. Moi, je lui ai demandé: "Qu'est-ce que vous pensez de cette affaire-là?", se souvient-il. [...] Il m'a donné des conseils: "Avez-vous un consensus dans le milieu, avez-vous des études?" Là, on s'est rendu compte qu'il manquait quelque chose. On s'est appliqués à aller chercher le consensus.»
Par la suite, M. Rozon convainc l'ancien premier ministre Pierre Marc Johnson de devenir son conseiller et de jouer notamment un rôle de médiateur entre les organisations d'événements majeurs, qui se voient alors surtout comme des concurrentes. Unedizaine de réunions stratégiques se tiennent jusqu'à l'été 1998. On y retrouve notamment, outre MM. Rozon et Johnson, Alain Simard, du Festival international du jazz de Montréal, Pierre Bibeau, des Feux d'artifice de Montréal, aujourd'hui organisateur pour le Parti libéral du Québec, Richard Legendre, aujourd'hui ministre du Tourisme mais qui était alors à la tête des Internationaux de tennis, François Bédard, du Festival international de Lanaudière, et Luc Fournier, du Carnaval de Québec.
Le 16 juillet 1998, le Festival Juste pour rire s'ouvre officiellement et le président intérimaire du Groupe Juste pour rire, Pierre Marc Johnson, lance publiquement l'idée de regrouper tous les grands événements culturels, sportifs et de divertissement pour demander au gouvernement la création d'un guichet unique.
«Ce genre de partenariat éviterait aux dirigeants de se transformer en quêteux de subventions à chaque année», affirme M. Johnson, comme le rapportent les journaux à l'époque. «Il permettrait de donner un cadre permanent à nos relations et pourrait favoriser des activités de recherche et de développement de produits touristiques et de promotion, à l'étranger, de Montréal comme destination.»
Le ministre d'alors au Tourisme, David Cliche, partage la même tribune que M. Johnson. M. Cliche ne cache pas son enthousiasme, symptôme que le projet a déjà fait son chemin au sein même du gouvernement. «Nous appuyons entièrement l'idée de stabiliser le développement des grands événements touristiques de Montréal et nous voulons même en créer d'autres, ailleurs au Québec. Les festivals culturels ou sportifs sont aussi importants pour le tourisme que le rocher Percé ou le château Frontenac», affirme alors M. Cliche.
Le gouvernement est ouvert à des discussions plus formelles. Déjà, une réunion est prévue plus tard dans l'année, après la vague des festivals. À ce moment-là, Raymond Bréard est toujours chef de cabinet de M. Landry.
Bréard change de chapeau
À la fin du mois d'août 1998, M. Bréard quitte son poste au sein du cabinet Landry. Sans tarder, il se met au service des organisateurs des festivals.
En novembre 1998, M. Bréard crée son entreprise de consultation administrative, Gestion Raymond Bréard, qui deviendra un actionnaire de la firme de lobbying Oxygène 9 inc., mise sur pied en février 1999. M. Bréard y est alors partenaire d'André Desroches. La firme de ce dernier, Desroches Ferland Conseil, qu'il détient avec sa conjointe Martine Ferland, est également actionnaire d'Oxygène 9.
Une réunion entre Bernard Landry et les représentants du REMI a lieu à la fin de l'automne 1998. Raymond Bréard y participe, mais cette fois-ci à titre de conseiller des dirigeants d'événements majeurs plutôt qu'à titre de chef de cabinet du ministre. «Il est venu nous donner un coup de main, indique Gilbert Rozon. Il s'est battu pour cette idée-là.»
À la suite de cette rencontre, il a été convenu de faire une étude du marché des festivals. La firme KPMG a déposé son rapport en janvier 2000 et recommandé au gouvernement d'injecter davantage de fonds publics dans les événements à caractère international.
À cette étape, Oxygène 9 n'était pas rémunérée. «Ils n'ont pas été payés pour ce travail tant qu'il n'y a pas eu d'argent sur la table», relate Luc Fournier, directeur général de la commercialisation pour le Carnaval de Québec et président du comité exécutif du REMI. «Ils nous ont dit: "Si ça fonctionne, on va prendre 1,5 % sur les subventions." Chaque événement a signé un contrat.»
M. Bréard confirme les dispositions de l'entente. «On l'a fait à risque. On a demandé des honoraires de 1,5 % sur le résultat qu'on aurait au bout de la démarche. On l'a fait gratuitement pendant ce temps-là», a-t-il expliqué au Devoir.
Lobbyiste ou conseiller?
Ce dernier récuse toutefois l'appellation de lobbyiste pour qualifier son travail.
«Je n'étais pas un lobbyiste. Je n'ai pas fait de lobby, affirme M. Bréard. J'ai passé mon temps à monter un dossier avec des gens qui avait un problème de financement et qui ne savaient pas comment le résoudre. J'ai fait une rencontre avec le vice-premier ministre, Pierre Marc Johnson et les autres membres. Point final.»
Le 8 mars 2000, la Société des événements majeurs du Québec (SEMIQ) est créée. C'est cet organisme sans but lucratif qui gérera au nom du gouvernement les 30 millions que Bernard Landry annonce la semaine suivante dans son budget.
Au cours des mois suivants, la SEMIQ commence à verser l'aide financière aux grands événements et ceux-ci commencent à payer la firme de lobbying. Par exemple, Oxygène 9 reçoit 9000 $ par année des 600 000 $ versés au Carnaval de Québec pour ses activités et la promotion de l'événement hors Québec. Le Festival d'été de Québec fait un chèque annuel de près de 10 000 $ à Oxygène 9, tout comme les Internationaux de tennis. Les Régates de Valleyfield bénéficient d'une aide de quelque 200 000 $ par année et 3000 $ sont envoyés à Oxygène 9. Le Festival Juste pour rire verse 16 000 $ de l'enveloppe de plus de un million reçue. Au cours des trois ans des programmes administrés par la SEMIQ, qui se terminent cette année, Oxygène 9 aura reçu quelque 400 000 $.
En décembre 2000, le Vérificateur général du Québec avait vertement critiqué le gouvernement, qui avait retranché 730 millions des surplus de l'année 1999-2000 pour les confier à huit organismes sans but lucratif (OSBL). La SEMIQ est l'une de ces OSBL qui gèrent des sommes importantes soustraites à l'examen des élus de l'Assemblée nationale.
Au nom du REMI, Oxygène 9 travaille actuellement au renouvellement du fonds de 30 millions.
Oxygène 9 continue de voir grand
Denis Lessard
La Presse
Le samedi 09 février 2002
Les tentacules de la firme de lobbying Oxygène 9, déjà sur la sellette en raison de ses liens privilégiés avec le ministre des Régions, s'étendent à d'autres membres influents du gouvernement Landry, dont Sylvain Simard, qui a recommandé à une entreprise de retenir les services de cette firme pour obtenir une subvention.
Ministre influent du gouvernement Landry, Sylvain Simard a en effet aiguillé vers Oxygène 9 une entreprise de haute technologie de l'Outaouais qui était à la recherche de financement auprès du gouvernement du Québec, a appris La Presse.
Myles Kennedy, entrepreneur d'Ottawa, affirme que le ministre responsable de la région de l'Outaouais, alors président du Conseil du Trésor, lui a clairement proposé en juin dernier de passer par une firme de lobbyistes, mise sur la sellette pour ses liens avec le gouvernement péquiste, afin de trouver les 2 millions qui manquaient à son projet.
«Il nous a donné une direction, il nous disait de travailler avec Oxygène 9 pour trouver de l'argent au Québec, que ce soit au gouvernement, dans les institutions ou dans le privé», a dit M. Kennedy, dont le projet, Due North, consistait en un centre de formation et de contacts pour les entreprises de haute technologie.
Prévu au centre-ville de Hull, ce projet n'a pas encore vu le jour, faute de fonds.
«Il m'a dit que M. (André) Desroches (président d'Oxygène 9) était l'un des hommes les mieux branchés au Québec pour le financement. Qu'il avait pu faire en sorte que le gouvernement finance d'autres projets difficiles», a-t-il dit avant d'ajouter: «C'est même le bureau de M. Simard qui nous a mis en contact avec Oxygène 9.»
Ces nouvelles révélations contredisent le gouvernement, qui maintenait il y a quelques semaines que les Québécois n'ont pas à passer par des intermédiaires pour accéder au gouvernement.
«C'était une suggestion, uniquement, a insisté vendredi M. Simard, je sais bien que les apparences ne sont pas très belles, mais j'ai agi de bonne foi, pour aider ce projet.» Ce projet s'était heurté partout à des refus, a-t-il dit en substance dans un entretien accordé vendredi à La Presse.
«Peut-être que je n'aurais jamais dû susciter ça, je l'ai fait de façon très candide, en toute transparence, même en présence du député libéral Roch Cholette», a dit M. Simard. Le projet avait besoin à court terme d'un financement très particulier, «je ne pouvais pas comme président du Conseil du Trésor téléphoner à la Caisse de dépôt ou au Fonds de solidarité», a-t-il dit.
Pour M. Simard, sa proposition se limitait à dire: «Si j'étais vous, j'essaierais André Desroches, d'Oxygène, il a une bonne réputation pour les montages financiers.» «Il n'y avait pas de connotation politique ni d'imposition de quoi que ce soit, a insisté M. Simard. C'était une suggestion, cela n'a pas marché. Desroches a communiqué avec un certain nombre d'organismes qui n'étaient pas intéressés, puis est survenue la chute des titres de haute technologie, le 11 septembre... cela a disparu.»
Pourquoi M. Simard a-t-il recommandé André Desroches? «Si quelqu'un connaissait tous les programmes normés ou non normés des ministères, c'est lui. Cela aurait pu être un autre lobbyiste, mais lui je connais sa réputation», a soutenu M. Simard.
En janvier, La Presse a révélé les liens étroits entre une firme de lobbyistes de Montréal, Oxygène 9, et le ministre responsable de l'organisation au Parti québécois, Gilles Baril. Son président, André Desroches, ami et ancien organisateur politique de M. Baril, circule depuis longtemps dans les milieux péquistes -il avait travaillé avec Marcel Léger et Rodrigue Biron avant de passer au cabinet de Bernard Landry, comme bras droit de la ministre déléguée au Commerce du temps, Rita Dionne-Marsolais.
Selon Sylvain Simard, comme le projet de M. Kennedy était difficile à financer, l'intervention d'un spécialiste du secteur privé aurait pu être utile. Jamais, a-t-il dit, le recours à ce lobbyiste n'a été présenté comme une obligation.
Présent à une rencontre, entre l'entrepreneur et M. Simard, le député libéral Roch Cholette reconnaît que ce n'était pas une obligation, mais en même temps c'était plus qu'une simple «suggestion».
Le 18 juin dernier, M. Kennedy est allé avec une demi-douzaine de personnes -des élus municipaux de Hull et le député libéral Roch Cholette- rencontrer M. Simard pour présenter son projet, cobnsistant en un investissement de 12 millions de dollars susceptible, selon lui, de créer 125 emplois. Seuls deux millions de financement restaient à trouver, mais comme il s'agissait d'un prêt à très court terme, les programmes d'assistance gouvernementale habituels n'étaient pas adéquats. M. Kennedy avait frappé, en vain à la Caisse de dépôt et à la SGF, «qui nous ont dit qu'ils aimaient notre projet, mais ne pouvaient l'appuyer financièrement», a par ailleurs précisé M. Kennedy.
En entrevue, M. Kennedy explique que lors de cette rencontre, M. Simard «nous a dit qu'il aimerait qu'on travaille avec ce groupe, Oxygène 9». «J'ai pensé que si le président du Conseil du Trésor m'envoyait voir Oxygène 9 pour identifier des programmes gouvernementaux, c'était comme cela que cela marchait», a dit l'homme d'affaires.
Deux semaines plus tard, il a fait une présentation devant André Desroches, au bureau d'Oxygène 9 à Montréal. M. Kennedy poursuit: «On est devenus un client d'Oxygène 9. Ils ne nous ont jamais dit clairement comment ils allaient être rétribués. Je trouvais cela étrange mais comme le ministre nous les avait recommandés, j'ai pensé que le gouvernement s'arrangerait avec eux.»
L'homme d'affaires est toutefois loin d'être un néophyte: «Quand je vais voir André Gladu, sous- ministre du Développement économique du Canada, il nous dit que son ministère doit faire un examen, il me réfère à son propre personnel. Si je vais en Ontario, la même chose: le ministre m'envoie à ses fonctionnaires. J'ai été surpris de cette proposition, mais je me suis dit c'est de la façon dont cela marche au Québec.»
En novembre, l'homme d'affaires rencontre de nouveau le ministre Simard pour lui signifier que «le temps manque», qu'Oxygène 9 «n'a rien fait» et que le projet risquait d'être compromis.
«M. Simard m'a dit qu'il allait appeler personnellement Oxygène 9», a-t-il ajouté. Quelques semaines plus tard, l'homme d'affaires a reçu un coup de fil d'un vice-président d'Investissement Québec, «un M. Cyr qui nous a dit qu'aucun programme ne correspondait à nos besoins, ce qu'on avait précisément dit à M. Simard six mois plus tôt!»
M. Simard avait longuement travaillé à l'encadrement des activités des lobbyistes, comme président de la Commission des finances publiques. «Il ne faut pas nier l'existence de gens qui dans notre société tentent de mettre les gens en contact les uns avec les autres», a conclu M. Simard.
SELON BERNARD LANDRY Charest propose un «bar ouvert» de fonds publics
Michel Hébert
Presse Canadienne
Le samedi 09 février 2002
Selon Bernard Landry, Jean Charest propose un «bar ouvert» de fonds publics dans la santé qui replongera le Québec en déficit. Il n'y a pas de recette miracle pour les problèmes du réseau de la santé reliés aux prix de la médecine et au vieillissement de la population, a soutenu le premier ministre.
L'une des solutions serait qu'Ottawa y consacre davantage de ressources, puisque le Québec y affecte déjà presque la moitié de son budget. Si le gouvernement Chrétien est capable d'envoyer des soldats en Afghanistan ou de rembourser la Banque mondiale, il devrait pouvoir venir en aide aux malades et aux personnes âgées, a insisté M. Landry.
Nier qu'Ottawa dispose de revenus plus importants que les provinces est une «imposture», a-t-il martelé, accusant au passage le ministre Stéphane Dion de «camoufler les chiffres» sur le déséquilibre fiscal au Canada.
«Le gouvernement central commet une imposture majeure en faisant semblant qu'il s'occupe de ses responsabilités en santé alors qu'il est d'une irresponsabilité cruelle envers les malades et les personnes âgées. Il est temps qu'il se réveille», a lancé Bernard Landry aux militants du PQ réunis en Conseil national, à Laval, samedi.
Mais il a aussi été très dur envers les libéraux de Jean Charest, qui proposent de couper les subventions aux entreprises pour ajouter au moins un milliard $ dans la santé. C'est une solution simpliste, estime M. Landry, qui croit qu'en coupant le soutien aux entreprises, les libéraux nuiraient considérablement à l'économie du Québec.
«Et abolir la loi anti-déficit dans le réseau de la santé, ça revient à dire que c'est bar ouvert sur le budget de l'État. On reviendra au déficit, au vieux libéralisme catastrophique d'autrefois», a prévenu M. Landry.
Le premier ministre est aussi tombé à bras raccourcis sur la position constitutionnelle du PLQ qui, dit-il, est tellement lâche que même Maurice Duplessis l'aurait rejetée il y a 50 ans.
Bernard Landry affirme que la question nationale sera un enjeu majeur de la prochaine campagne électorale. Loin de lui l'idée de vouloir mettre en veilleuse le projet souverainiste.
Selon lui, le PQ doit aller chercher un «nouveau mandat» pour éviter le déshonneur aux Québécois. «Les libéraux sont allés plus bas dans leur vision du Québec, dans ses rapports avec le Canada, que Maurice Duplessis lui-même n'aurait pas osé envisager cette attitude», a lancé Bernard Landry.
«Il ne faut pas que le Québec se déshonore au yeux du reste du Canada et du monde entier en renoncant à ses aspirations profondes pour aller vers une insignifiance provinciale, perpétuelle et éternelle. Cela n'arrivera pas», a-t-il conclu.
Le PQ nage en eau trouble
Michel Corbeil
Le Soleil
Le dimanche 10 février 2002
LAVAL — Le murmure marchand entourant les activités de lobbying effectuées par des péquistes influents a complètement enterré les discussions au conseil national du Parti québécois. Militants et élus sont mal à l'aise vis-à-vis des allégations qui n'en finissent pas de tomber. La haute direction est sur un pied de guerre.
Hier, la première journée du conseil, qui réunit jusqu'à aujourd'hui les partisans du PQ, à Laval, en banlieue de Montréal, a débuté dans la pagaille. Plutôt que de spéculer sur la prochaine bataille électorale, les délégués ont pris connaissance de nouvelles charges laissant entendre que des proches du pouvoir, dont un ami personnel du premier ministre Bernard Landry, ont tiré profit de subventions à titre de démarcheurs.
En coulisses comme devant les micros, les élus et les dirigeants ont insisté pour dire que rien d'illégal n'a été commis. Mais la pression a été suffisamment forte pour que le leader parlementaire André Boisclair annonce que, mercredi, les députés péquistes et libéraux se réuniront pour former la commission parlementaire devant encadrer le travail des démarcheurs.
Aujourd'hui, les jeunes péquistes pousseront en ce sens. Ils tenteront de faire adopter une proposition de dernière minute pour que le protecteur du citoyen puisse « s'assurer de l'intégrité de l'appareil public et des parlementaires dans l'attribution des subventions gouvernementales ».
L'état d'urgence a régné en matinée au sein de l'état-major péquiste, à la suite d'un article du Devoir. Il accuse l'actuel directeur général du PQ, Raymond Bréard, d'avoir encaissé 200 000 $ lorsqu'il était actionnaire d'une firme de lobbyistes. Selon le journal, M. Bréard s'est joint en 1998 à Oxygène 9. L'entreprise a négocié l'obtention de subsides pour un programme qui était en préparation lorsqu'il était chef de cabinet du ministre des Finances de l'époque, Bernard Landry, soutient-il.
Le quotidien La Presse est revenu sur le « dossier » André Desroches, le président d'Oxygène 9, au centre d'une controverse pour s'être rendu en vacances au Mexique avec le ministre Gilles Baril. Hier, il a été révélé que le ministre de l'Éducation Sylvain Simard a recommandé la même firme à un homme d'affaires de la région de l'Outaouais pour qu'il décroche une aide du gouvernement.
Vers 14 h, Raymond Bréard a donné une conférence de presse, courte mais agitée, flanqué de tous les membres du conseil de direction du PQ, à l'exception de son président, M. Landry. « Le titre de cet article est totalement faux, a lancé celui qui est un ami de longue date du premier ministre. Le directeur général du PQ n'a pas touché 200 000 $.
« Le fondement de l'article est totalement faux, a-t-il ajouté. Je n'ai participé en aucun temps à titre de chef de cabinet de M. Landry aux discussions entourant la création d'un fonds destiné aux grands événements culturels et sportifs. Lorsque j'étais conseiller stratégique (lobbyiste), je n'étais plus à l'emploi du gouvernement. J'ai fait ce que la société me permet de faire. Je n'ai rien à me reprocher. » M. Bréard a affirmé qu'il examine la possibilité de poursuivre le quotidien. « On en a marre ! »
Sa mise au point a été précédée par ce qui avait les allures d'un conseil de guerre. Le directeur de cabinet de M. Landry, Claude H. Roy, et la ministre des Finances, Pauline Marois, se sont amenés à une rencontre « privée », l'air grave. Le premier ministre a quitté subitement sa table au restaurant pour s'y rendre.
La vice-présidente du PQ, Marie Malavoy, a insisté sur le fait que ce n'est pas un hasard si tous les membres de l'exécutif ont assisté au point de presse. « Nous sommes une bonne équipe avec un bon directeur général. »
À l'ouverture du congrès, le ministre des Régions et organisateur politique de Bernard Landry, Gilles Baril, est apparu visiblement ébranlé par les reportages. À un journaliste qui lui demandait si M. Bréard pouvait demeurer en poste, M. Baril a rétorqué avec un soupçon de colère : « A-t-il le droit de gagner sa vie et de nourrir ses enfants ? Est-ce qu'on va se transformer en tribunal d'inquisition ? »
Son collègue Sylvain Simard s'est défendu de tout geste illégal. S'il a recommandé Oxygène 9, c'est en raison de sa bonne réputation, a-t-il plaidé. « Je l'ai fait en toute transparence, devant le député libéral. »
L'accumulation de faits sur les démarcheurs rapportés dans les médias provoque un profond malaise au PQ. « Même lorsqu'il n'y a pas de conflit d'intérêt, il faut faire extrêmement attention à l'apparence de conflits d'intérêt », a convenu Joseph Facal, président du Conseil du Trésor.
Plusieurs ont dit craindre des retombées néfastes en cette période pré-électorale qui s'amorce. Le député Michel Côté (La Peltrie, dans la région de Québec) a souligné qu'il faut « un meilleur encadrement pour éviter ces dérapages. On ne projette pas une bonne image. Cela dérange. Cela déconcentre quand arrive une journée comme aujourd'hui où on doit se ressourcer pour faire face au prochain défi électoral. »
« Certains se sont mis les fesses à l'air, a commenté sous le couvert de l'anonymat un membre du conseil des ministres, et ce sont tous des amis de Bernard », le premier ministre. « Ça fait mal, ces allégations, a souligné un organisateur influent du PQ. Cela attaque ce qui a toujours été notre marque de commerce, l'intégrité. »
Un vent de panique souffle sur le PQ
Denis Lessard
La Presse
Le dimanche 10 février 2002
Un vent de panique a soufflé hier sur les dirigeants du Parti québécois: de nouvelles révélations sur les liens entre les lobbyistes et le gouvernement Landry ont failli provoquer le départ du directeur du PQ, Raymond Bréard.
Mais après quelques heures d'hésitation du premier ministre et de son entourage au terme de réunions fiévreuses, l'exécutif du Parti québécois a unanimement donné son appui à M. Bréard qui envisage de poursuivre en libelle Le Devoir pour un reportage publié hier.
C'est un Bernard Landry clairement secoué par les tuiles nombreuses qui s'étaient abattues sur lui qui s'est adressé aux 400 délégués, les remerciant pour «leur accueil chaleureux.. dont j'avais besoin». Concluant un discours d'une heure, quatre fois plus long qu'annoncé, il a exhorté ses troupes à surmonter les «petites vagues, les petites crises conjoncturelles, afin de garder la tête haute».
Essentiellement, le quotidien rapportait que, comme lobbyiste, à compter d'août 1998, M. Bréard avait profité d'informations obtenues quand il était chef de cabinet du ministre des Finances, Bernard Landry, un ami de longue date. Il avait contribué à la mise en place d'une organisation, le Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI), qui sollicitait des fonds de Québec.
Quand le gouvernement a accordé dans son budget de mars 2000 une somme de 30 millions sur trois ans pour ce type d'événements, Oxygène 9 s'est vu accorder par les membres du REMI une ristourne de 1,5% des subventions -des recettes automatiques d'environ 400 000$. Quand il a quitté la firme pour revenir en politique au printemps 2001, M. Bréard a obtenu 200 000$ pour ses actions.
Dans l'entourage de Bernard Landry, certains conseil lers auraient souhaité le départ immédiat du directeur Bréard, craignant que la série noire des révélations sur les liens entre le gouvernement et Oxygène 9 nuisent à la crédibilité du gouvernement, notamment à l'approche des élections.
Toujours fidèle à ses amitiés, Bernard Landry n'était toutefois pas convaincu, et devant le conseil exécutif, M. Bréard est vite parvenu à plaider sa cause et à obtenir un appui unanime, a-t-on appris.
Dans un point de presse désordonné et intense devant les membres du conseil exécutif du PQ venus l'appuyer, M. Bréard a rapidement répondu à quelques questions. Avant que les permanents inquiets ne mettent fin au point de presse, M. Bréard a précisé que «techniquement» il n'avait pas reçu 200 000$ venant de subventions. «C'est la firme qui les a reçus», a-t-il dit, ajoutant que «comme actionnaire», il avait obtenu de l'argent lors de son départ d'Oxygène 9.
Il a souligné qu'il n'avait «jamais» discuté de la mise en place d'un fonds spécial pour les événements culturels majeurs, quand il était chef de cabinet de M. Landry aux Finances. «Après je n'étais plus à l'emploi du gouvernement, j'avais le droit de faire ce que la société me permet de faire, je l'ai fait et je n'ai rien à me reprocher», a-t-il insisté. «Il faut faire la différence entre les périodes de ma vie où j'ai été directeur de cabinet de M. Landry, celle où j'ai été conseiller stratégique ou lobbyiste, et mon retour comme directeur du PQ», a-t-il dit. Des poursuites pourraient être intentées. «On ne laissera pas passer ces allégations, on en a marre», a-t-il dit.
«On ne veut pas donner l'impression qu'il a prêté flanc à des malversations», a dit Mme Marie Malavoy. La démission de M. Bréard est un scénario examiné, «on a essayé de soupeser tous les éléments, vous voyez la conclusion de notre réflexion», a dit la vice-présidente du PQ. Elle a ensuite qualifié devant les délégués de «désagréables» ces heures de discussions.
Autre apparition embarrassante des interventions des lobbyistes au conseil national qui se déroule à Laval, Sylvain Simard a dû expliquer pourquoi il avait recommandé à une entreprise de l'Outaouais de passer par Oxygène 9 pour obtenir du financement public. «Il n'ont pas été obligés de passer par cette firme. Oxygène 9 n'était venu à l'esprit à cause des réussites de M. Desroches avec Kenworth», a dit M. Simard réagissant à un nouvelle publiée par La Presse.
Ce sont en effet les conséquences politiques de la série noire d'articles sur les lobbyistes et le PQ qui ont surtout alimenté les discussions de corridor hier.
Écorché lui-même pour ses relations avec Oxygène 9 -dirigé par son ami André Desroches- le ministre des Régions, Gilles Baril, a paru irrité: «M. Bréard avait le droit de gagner sa vie avant de venir au PQ. Va-t-on se transformer en tribunal d'inquisition?»
À titre de leader parlementaire à l'Assemblée nationale, André Boisclair a promis une loi pour encadrer le lobbying. «On va maintenir cette tradition qui fait que le Parti québécois peut porter fièrement ses couleurs. L'enthousiasme qui a donné de grandes réformes sera le même qui nous guidera quand viendra le temps de mieux encadrer cette activité», a dit M. Boisclair.
Président du Conseil du Trésor, Joseph Facal a souligné que de concert avec le ministère de la Justice, son ministère «est à rédiger un projet de loi qui pose des frontières plus précises quant à l'activité de lobbying».
Les reportages sur les lobbyistes grassement payés pour leurs services font mal. «Personne n'aime voir des nouvelles comme cela», a convenu le ministre Jean-Pierre Charbonneau. «Ce sont des questions importantes, on ne peut clairement pas passer à côté», a-t-il dit.
Le PQ veut tourner la page sur les démissions
André Duchesne
La Presse
Le dimanche 10 février 2002
Les militants péquistes, leur président de parti Bernard Landry en tête, ont voulu tirer un trait samedi sur les déchirements internes vécus à la veille du récent remaniement ministériel et qui se sont manifestés avec les départs des ministres Guy Chevrette, Jacques Brassard et David Cliche.
Tout en saluant le travail de «valeureux» militants en la personne des trois démissionnaires, le premier ministre a défendu ses décisions de leur offrir des tâches moins importantes en martelant que les intérêts du Parti québécois et du Québec passaient avant les ambitions personnelles.
«Ce qu'ils ont fait avec nous et pour nous, à mes yeux, n'est nullement entaché par la façon dont leur carrière s'est terminée. (...) Sans aucune ingratitude, il faut se retourner vers le présent et l'avenir qui sont le service public. Au-delà des individus, au-delà des hommes et des femmes, la patrie avant le parti et le parti et la patrie avant les intérêts personnels», a lancé le premier ministre devant les militants du PQ réunis en conseil national à Laval.
Sa déclaration a été saluée par une grande ovation debout, ce qui en disait long sur le désir des péquistes de passer à autre chose. Il faut dire que samedi encore, les fantômes du dernier remaniement ont hanté les corridors de l'hôtel où a lieu la rencontre, en raison de la publication d'un article dans le quotidien Le Devoir reprenant les passages les plus percutants d'une lettre acide envoyée par Guy Chevrette aux membres du comité exécutif de son comté de Joliette.
«Je suis profondément blessé. J'ai eu beaucoup de peine et j'en ai encore. (...) Le lien de confiance a été rompu, y écrivait le ministre sortant.» «Malheureusement, dès les premiers jours de janvier, les éloges (de novembre dernier) ont laissé place à des exégèses insidieuses.»
Tout en conservant le ton de l'hommage, le premier ministre ne semble pas avoir apprécié. «Nous ne sommes pas dans le métier des états d'âme, de la mélancolie personnelle, de la tristesse et des chagrins intimes, même si nous avons tout cela», a-t-il dit.
Il s'est pris en exemple pour montrer qu'il fallait faire acte d'humilité devant les choix d'un premier ministre en rappelant que sous le gouvernement de René Lévesque, il s'était incliné devant une changement d'affectation, passant du Développement économique au Commerce extérieur. Il a aussi salué ses collègues Pauline Marois et François Legault qui, a-t-il soutenu, ont accueilli sans faire d'éclats de nouvelles responsabilités au sein du cabinet.
M. Landry a également réitéré son credo souverainiste, assurant aux militants qu'il n'était nullement question de mettre sur une voie d'évitement la question nationale, et ce en dépit d'un nouveau sondage Léger Marketing dont les résultats publiés hier matin dans Le Devoir indiquaient que la souveraineté serait à son plus bas depuis 1995 avec 40,7% des voix.
«Ceux qui pensent, que pour aller chercher de façon illusoire un ou deux points de pourcentage de voix de plus, nous aurions l'impudeur de mettre notre option en veilleuse, se trompent sur nous, sur notre compte et sur notre formation politique», a ajouté M. Landry en assurant qu'il sera question de souveraineté aux cours des prochaines élections générales.
Au contraire, selon le premier ministre Landry, le fait que le Québec n'ait pas encore atteint le statut de nation explique en bonne partie plusieurs maux dont souffre la société québécoise, les difficultés de financement du réseau de la santé en premier lieu.
«Au temps de Robert Bourassa, ils (les fédéraux) payaient un dollar sur deux, maintenant, ils paient 14 cents (sur un dollar). Il n'y a pas d'acrobatie intellectuelle ou de camouflage qui va nier ce fait. Le gouvernement central commet une imposture majeure en faisant semblant de s'occuper de ses responsabilités en santé alors qu'il est d'une irresponsabilité cruelle pour les malades et pour les personnes âgées», a-t-il tonné.
Jean Charest
Les attaques de Bernard Landry à l'endroit du Parti libéral du Québec et de son leader Jean Charest ont à peine été moins dures que les salves dirigées vers Ottawa.
Le premier ministre a qualifié de «pensée magique» les principales propositions
libérales en matière de santé exposées aux militants la semaine dernière à l'occasion d'un conseil général tenu à Sherbrooke.
Il s'en est pris à la suggestion des libéraux d'abolir la loi 107 interdisant les déficits dans les établissements de santé et à celle de retirer un milliard en crédits d'impôt aux entreprises pour les transférer dans le budget de la santé.
«Ça (l'abolition de la loi 107) revient à dire que c'est bar ouvert sur le budget de l'État, c'est-à-dire qu'on revient au vieux libéralisme catastrophique d'autrefois, a répliqué le président du PQ. Quant aux crédits d'impôt aux entreprises, ils permettent de maintenir ou créer des emplois et donc, moins de chômeurs sur le marché et plus de travailleurs qui, à leur tour, paient des impôts dont une partie est retournée dans le réseau de la santé.
Parti Quebecois official mulls resignation after scrutiny of lobbying profits
ALEXANDER PANETTA
Canadian Press
MG
February 10, 2002
LAVAL, Que. (CP) - A top Parti Quebecois official was mulling resignation Sunday amid scrutiny for pocketing $200,000 from a government fund he helped create with Premier Bernard Landry when Landry was finance minister. PQ director general Raymond Breard, Landry's longtime friend and chief of staff when he held the finance portfolio, will take two days to decide whether to resign, Landry said.
"The epilogue will be known in 48 hours," Landry told reporters after a two-day PQ convention marred by controversy.
"Mr. Breard is master of his destiny. In his heart and soul, he will decide what he wants to do."
Accusations of wrongdoing cast a pall over a divisive PQ meeting, with cabinet ministers urging Breard to step aside while party officials rallied behind him.
Caught between his party and government, Landry did not say whether he will ask Breard to step down.
However, he announced his government will soon adopt legislation requiring its former employees to wait before jumping into lobbying. Lobbying is a common practice where well-connected intermediaries are paid by companies or groups to help obtain government funding.
Landry downplayed the latest rift within the party, which often sees confrontations pitting its grassroots against top government members.
"The Parti Quebecois, faithful to its tradition, is not a long tranquil river," he said.
"'This isn't the first time (there's conflict)."
In a speech to 400 delegates, he suggested the PQ will get over the incident in its quest for re-election. An election must be called by the end of next year.
"Whatever doesn't kill us makes us stronger," he said to loud applause.
In 1998, Breard quit his job with Landry and immediately lobbied him to approve a fund for cultural events like Montreal's Just for Laughs comedy festival and the city's International Jazz Festival, Montreal Le Devoir reported Saturday.
Landry's department created a $30-million fund in 2000 and, in just more than a year, Breard pocketed $200,000.
That money came partly from event organizers through commissions for his lobbying efforts and partly from added value of shares in the lobbying firm he acquired soon after quitting government.
Opposition Leader Jean Charest called Sunday for the resignation of Breard and Education Minister Sylvain Simard, who admitted over the weekend he once recommended Breard's lobbying firm to a businessman seeking money.
Breard sold his shares in the firm upon becoming a PQ executive last year.
He was not available for comment Sunday.
The previous day, he threatened a possible lawsuit and denounced Le Devoir's report - but did not deny making money from the fund.
Cabinet members were nearly unanimous Sunday in seeking his resignation, at least pending examination of his business dealings.
"He should withdraw from his duties until this thing is cleared up and until the government dictates stricter and clearer guidelines (for lobbying)," said Intergovernmental Affairs Minister Jean-Pierre Charbonneau.
"The most important thing in politics is for people to believe in the integrity of those who represent them.
"When we learn things like this, not only do we not like it but it also sends off alarm bells, maybe."
Une loi ne suffit pas
André Pratte
La Presse
Le lundi 11 février 2002
Éditorial - Deux affaires troubles sont venues hanter le conseil national du Parti québécois, en fin de semaine. Les dirigeants péquistes ont cherché à s'en dépêtrer en annonçant pour très bientôt un projet de loi sévère sur le lobbying. Fort bien. Mais le gouvernement Landry doit aussi permettre que la lumière soit faite sur ces affaires, de même que sur les autres informations embarrassantes publiées ces derniers temps.
Nous avions réclamé la tenue d'une enquête indépendante sur les agissements du ministre fédéral Alfonso Gagliano et de son entourage. Le besoin est tout aussi grand dans le cas des allégations faites au sujet du directeur général du PQ, Raymond Bréard, du ministre Gilles Baril et de son ami et lobbyiste André Desroches, et du ministre Sylvain Simard. D'autant plus que trois de ces personnes font partie de la garde rapprochée du premier ministre Bernard Landry.
Une loi encadrant le lobbying aura des effets bénéfiques pour l'avenir. Mais elle ne réglera pas le solde du passé, pas plus que ne l'a fait le départ de M. Gagliano vers le Danemark.
En fin de semaine, les péquistes ont crié à l'«inquisition», et dénoncé les médias. Or, il n'y a ici ni inquisition ni campagne médiatique. Il y a tout simplement des faits, inquiétants.
La Presse a révélé samedi que M. Simard, un ministre de premier plan, avait recommandé à un entrepreneur à la recherche de financement gouvernemental de faire affaire avec Oxygène 9, la firme de «conseil stratégique» fondée par MM. Bréard et Desroches. Comme en convient M. Simard lui-même, «les apparences ne sont pas très belles».
Selon les informations publiées par ailleurs par Le Devoir, dans les mois suivant sa démission (août 1998) comme chef de cabinet de M. Landry (alors ministre des Finances), Raymond Bréard a entrepris de représenter des événements culturels souhaitant obtenir une aide particulière de l'État. Oxygène 9 a été rémunérée en proportion des subventions reçues par ses clients.
M. Landry demande qu'on «présume de la bonne foi» des personnes impliquées. Bien sûr. Mais il doit pour sa part convenir que les électeurs ont des raisons d'être perplexes. D'ailleurs, en fin de semaine, bien des péquistes l'étaient, et l'affaire a fait resurgir la rivalité entre M. Landry et Pauline Marois.
Il a été beaucoup question de la démission de M. Bréard. Celui-ci n'est pas fonctionnaire. La décision n'est donc pas affaire d'État, mais partisane. L'intérêt public n'exige pas de sacrifice, mais de la transparence. L'intervention de M. Bréard a-t-elle eu un poids inusité dans la décision du gouvernement de créer le fonds de 30 millions réclamé par les événements culturels majeurs? Et lui-même en a-t-il retiré un profit indu?
Dimanche, le premier ministre a cité Nietzsche: «Tout ce qui ne tue pas rend plus fort.» Cela est certainement vrai d'une enquête indépendante! En plus de lever le brouillard de plus en plus épais enveloppant ce gouvernement, une telle enquête rendrait bien plus crédible sa démarche de réglementation du lobbying.
Perte de contrôle au PQ
Gilbert Lavoie
Le Soleil
Le lundi 11 février 2002
Éditorial - Invoquant l'intérêt public, le premier ministre Bernard Landry a refusé, en fin de semaine, de déclencher des élections générales au printemps. C'est son droit. Mais s'il veut faire passer les affaires de l'État avant celles du parti, M. Landry doit prouver qu'il est capable de sortir son gouvernement de l'incroyable cafouillage qui l'a paralysé encore une fois, en fin de semaine.
Le spectacle qu'on nous a offert, au Conseil national du PQ, n'est pas celui d'une nouvelle équipe prête à relever les défis, mais plutôt d'un gouvernement divisé, titubant de crise en crise, et incapable de reprendre le contrôle de son agenda. Cette équipe n'est même pas en mode électoral, elle est en mode de survie.
À peine revenu de sa visite chez les Cris, où il a signé une entente pour le développement hydroélectrique de la rivière Eastmain, M. Landry a appris dans Le Devoir que sa ministre responsable d'Hydro-Québec, Rita Dionne-Marsolais, voulait mettre un frein à la construction des nouveaux barrages. Il a dû la contredire. Voulait-on une preuve qu'il y a trop de ministres dans ce cabinet ? Mme Marsolais en a fait la démonstration évidente.
Et la descente aux enfers ne faisait que commencer. Samedi matin, les fantômes du lobbyisme sont revenus hanter le gouvernement, pointant cette fois le directeur général du PQ, Raymond Bréard, qui a touché 200 000 $ pour aider des organismes à obtenir des subventions de l'État. Rien d'illégal, s'est empressé de faire valoir la garde rapprochée de Bernard Landry, les Gilles Baril, Sylvain Simard ou Joseph Facal. Faut-il rappeler qu'Alfonso Gagliano n'avait rien fait d'illégal lui non plus ? Faut-il rappeler que les mêmes ministres avaient soutenu, pendant « l'affaire Baril », qu'on n'avait pas besoin de lobbyistes pour transiger avec l'État ? Et faut-il rappeler à quel point il est indécent de voir des organismes publics ou sans but lucratif verser des commissions à des amis du parti pour toucher des subventions de l'État ? De contradiction en contradiction, les membres du cabinet Landry ont continué, pendant 24 heures, à saper la crédibilité de leur gouvernement et la confiance des militants.
Il a fallu la sortie publique de Pauline Marois, hier matin, pour amener quelques ministres comme Louise Beaudoin, Agnès Maltais, Jean-Pierre Charbonneau et Diane Lemieux, à dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas : Raymond Bréard devrait démissionner de son poste de directeur général du parti, le temps de faire la lumière sur les faits qu'on lui reproche.
Le premier ministre n'a même pas tenté de cacher le désarroi causé par cette dernière crise qui venait s'ajouter aux pénibles péripéties entourant le remaniement ministériel. M. Landry a été ébranlé à un point tel qu'il a passé la moitié de son discours de samedi à se justifier. On était bien loin du grand discours mobilisateur visant à lancer le gouvernement et le parti dans le dernier droit de son mandat.
Les intérêts supérieurs de l'État commandent que le premier ministre reprenne le contrôle de son agenda, qu'il évacue les odeurs de favoritisme qui polluent l'atmosphère depuis quelques semaines, et qu'il dicte une plus grande discipline à son équipe ministérielle.
« Bernard est gentil, tout le monde le tutoie, il n'est pas aussi dur que Lucien Bouchard », a expliqué samedi un de ses proches. Peut-être. Mais s'il veut conserver sa légitimité, M. Landry doit être en mesure de gouverner au lieu de passer son temps à gérer les crises internes de son gouvernement.
Pagaille au PQ
Denis Lessard
La Presse
Le lundi 11 février 2002
Pauline Marois a osé faire hier ce à quoi ne pouvait se résoudre le premier ministre Bernard Landry en réclamant publiquement la suspension du directeur général du PQ, Raymond Bréard, le temps que la lumière soit faite sur ses activités de lobbyiste.
Avec l'horizon électoral qui s'approche et au moins six complémentaires à organiser, le sort du principal permanent du PQ était encore incertain hier. Appuyé unanimement par l'exécutif du PQ samedi, M. Bréard s'est donné 48 heures de réflexion quant à son avenir après que Mme Marois et une poignée d'autres ministres eurent publiquement désapprouvé la décision des dirigeants du parti de le confirmer à la barre de la permanence du PQ.
Coincé entre un exécutif qui appuyait son ami de longue date et une partie de son équipe ministérielle, Bernard Landry s'en est remis hier à la décision de M. Bréard. «C'est l'exécutif qui embauche ou congédie les directeurs généraux, ce n'est pas le Conseil des ministres qui décide», a-t-il déclaré.
Dans les coulisses, on indiquait que samedi, M. Landry était du même avis que Mme Marois, mais qu'il s'était rallié rapidement à la décision des dirigeants du parti. Toutefois, sans la confiance d'une partie des ministres, il deviendra carrément impossible à M. Bréard de conserver la direction du PQ, prédit-on. Pour Raymond Bréard, la sortie de Pauline Marois avait clairement des relents de la course au leadership avortée de l'an dernier. «On a une belle démonstration de solidarité de la vice-première ministre», a-t-il lancé.
Hier, M. Landry a voulu calmer les militants en promettant, rapidement, une loi pour encadrer le travail des lobbyistes. «Le Québec aura avant la fin de la prochaine session une législation en matière de transparence pour le lobbying», a promis M. Landry, applaudi par les 400 délégués. La loi sera aussi exemplaire que celle de René Lévesque sur le financement des partis politiques. Elle fera en sorte que «nos concitoyens aient une confiance absolue en l'intégrité de l'appareil de l'État», a assuré M. Landry.
Hier, il avouait ne pas savoir si toutes ces affaires de lobbyistes entacheraient la crédibilité de son gouvernement. Mais, «du fait que devant le problème on ait agi rapidement en légiférant, la population sera satisfaite», espère-t-il.
M. Bréard s'est retrouvé sur la sellette après que Le Devoir eut révélé samedi qu'il avait obtenu 200 000$ en quittant sa compagnie de lobbying Oxygène 9 pour prendre la direction du PQ au printemps 2001. Cette firme, qu'il avait fondé à son départ du cabinet de M. Landry - alors aux Finances - avait participé au regroupement des «événements majeurs internationaux» et obtenu une ristourne de 1,5% sur environ 30 millions de dollars de subventions - une recette de 400 000$ pour la petite boîte de lobbying. M. Bréard envisage de poursuivre Le Devoir pour diffamation.
Même si l'exécutif avait accordé samedi sa confiance à M. Bréard, Pauline Marois s'est dissociée de cette décision dès son arrivée au conseil général hier. «J'aurais préféré que M. Bréard puisse se retirer temporairement pour être capable d'assurer sa défense, de faire le point. Cela aurait facilité les choses pour tout le monde», son geste aurait «libéré le parti» à un moment délicat, a-t-elle estimé.
Jean-Pierre Charbonneau, nouveau ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, a abondé dans le même sens. «Pauline a eu un réflexe sain, l'exécutif aurait dû demander au directeur général de se retirer. Il y a un problème de crédibilité fondamental, lié à l'éthique. Je n'aime pas l'idée qu'on puisse faire du lobbying immédiatement après qu'on ait quitté un cabinet politique... Le Parti québécois a l'obligation de toujours être plus pur. René Lévesque l'avait créé avec l'objectif de faire de la politique proprement», a rappelé M. Charbonneau.
Hier, d'autres ministres, Louise Beaudoin et Diane Lemieux notamment, ont dit souhaiter que M. Bréard se retire. Introuvable hier, Joseph Facal aurait aussi exprimé son désaccord après la décision de l'exécutif.
«C'est la énième fois que des militants ne sont pas d'accord avec l'exécutif», a noté M. Landry, en tentant de minimiser la fronde.
Selon lui, Raymond Bréard n'a rien fait de répréhensible en faisant du lobbying tout de suite après avoir quitté son poste de chef de cabinet du ministre des Finances en été 1998. «Il n'y a pas de règles strictes au Québec. Il y en aura dans quelques mois, qui comporteront probablement une période de purgatoire pour mettre de la distance... Les Américains l'ont fait pour leurs généraux qui se faisaient embaucher par des compagnies d'armement.»
Par la suite, M. Landry a souligné que le lobbying est une activité difficile à contrôler. Une compagnie privée peut décider de faire appel à ces services plutôt que de se doter de personnel pour établir des relations avec le gouvernement.
«Des lobbyistes, j'en reçois, les trois quarts du temps ils sont libéraux. Oxygène 9 était un microbe à côté de ces immenses boîtes de lobbying», a-t-il noté.
En devenant lobbyiste immédiatement après être sorti du cabinet du ministre des Finances, M. Bréard n'a fait que «ce qui se faisait sous l'Union nationale, le Parti libéral et le Parti québécois», a-t-il estimé, ajoutant que M. Bréard conservait toute sa confiance.
Pauline Marois, quant à elle, croit qu'une loi visant à encadrer ces activités serait bienvenue. «Dès la première question qui m'avait été posée il y a quelques semaines, j'avais indiqué que cette fonction de lobbyiste doit être encadrée. Par loi ou par règlement, peu importe. Il faut encadrer ce travail pour ne laisser place à aucun soupçon», a soutenu Mme Marois. Les lobbyistes doivent être enregistrés, et on doit connaître les organismes ou entreprises pour lesquels ils travaillent.
Une commission parlementaire sur le lobbying a constaté que les dépenses gouvernementales sont étroitement contrôlées. «Les règles apparaissaient suffisantes, mais ce n'est pas le cas, je suis d'accord», a constaté Mme Marois.
Charest réclame la démission de Sylvain Simard
Silvia Galipeau
La Presse
Le lundi 11 février 2002
C'est un Jean Charest revigoré par les déboires du PQ qui s'est adressé dimanche devant une foule dee sympathisants.
Rien ne va plus au sein du Parti québécois, assailli de toutes parts par les allégations de conflits d'intérêts. Il est aussi grand temps que le gouvernement fasse un peu le ménage, qu'il se débarrasse du ministre Sylvain Simard, et surtout qu'il mette sur pied une commission indépendante chargée d'enquêter sur la dernière allégation concernant le directeur du parti, Raymond Bréard.
C'est là l'essentiel du message livré dimanche par le chef de l'opposition, Jean Charest, manifestement revigoré par les déboires du Parti québécois. Gonflé à bloc devant une foule de sympathisants réunis pour l'ouverture officielle du comité libéral de la candidate Louise Thériault à l'élection complémentaire de la circonscription d'Anjou, le chef du Parti libéral du Québec a livré un message on ne peut plus électoral.
Depuis le début 2002, «on va de règlement de comptes en règlement de comptes, a-t-il dénoncé. Et pendant ce temps, qui s'occupe du réseau de la santé? Pendant ce temps, qui s'occupe des problèmes que vivent nos personnes âgées? Pendant ce temps, qui s'occupe de jeunes? Personne ne s'en occupe!».
C'est que depuis les dernières semaines, les révélations de conflits d'intérêts concernant le PQ ne cessent de faire la manchette. Cela a commencé par l'affaire du lobbyiste André Desroches, président d'Oxygène 9, qui monnayait grassement ses entrées auprès du ministre Gilles Baril. Puis, samedi, La Presse a révélé que l'actuel ministre de l'Éducation, Sylvain Simard, alors qu'il était président du Conseil du Trésor, avait recommandé à une firme de l'Outaouais de passer par cette même firme de lobbying Oxygène 9 pour obtenir du financement public. Le même jour, Le Devoir révélait de son côté que le directeur du PQ, Raymond Bréard, avait encaissé 200000$ à titre d'actionnaire d'Oxygène 9, en négociant des subventions pour un programme qui était en préparation du temps où il était chef du cabinet du ministre des Finances, Bernard Landry.
Jean Charest a qualifié d'«extrêmement sérieuses», les allégations entourant Sylvain Simard. «Je ne me rappelle pas avoir été témoin de circonstances où un ministre senior d'un gouvernement demandait à des citoyens payeurs de taxes d'aller engager une firme de lobbyistes du PQ, dans ce cas-ci, pour transiger avec son propre gouvernement.»
Il a ajouté que la situation était «intenable», et demandé la démission du ministre. «Je ne vois pas comment, comme ministre du gouvernement, il peut rester en poste et qu'en même temps, Bernard Landry préserve l'intégrité de son gouvernement.»
Cette démission pourrait n'être que temporaire, a-t-il précisé, «le temps que l'on sache ce qui s'est passé.» Il réclame une enquête, histoire de savoir si de telles pratiques sont systématiques.
Pour ce qui est de Raymond Bréard, Jean Charest a demandé hier la mise sur pied d'une commission «formelle et indépendante» chargée d'enquêter sur cette affaire. Il croit aussi qu'une telle commission, du type de la commission Nicolet qui a suivi la crise du verglas, serait dans l'intérêt des personnes visées, qui pourraient trouver là le moyen de s'expliquer.
D'après lui, l'atmosphère régnant ces jours-ci au sein du PQ sent le règlement de comptes à plein nez. La preuve? La vice-première ministre Pauline Marois et le ministre des Affaires intergouvernementales, Jean-Pierre Charbonneau, ont publiquement exprimé leur désaccord avec la décision de l'exécutif du PQ de maintenir Raymond Bréard en poste. La crise interne est sérieuse, «c'est donc dire qu'on a un gouvernement qui n'aura ni le temps ni l'énergie de s'occuper des vrais enjeux», a souligné le chef libéral, en réclamant à nouveau la tenue d'élections générales cette année.
Est-ce moral?
Murray Maltais
Le Droit
Le mardi 12 février 2002
Éditorial - Des allégations entourant certaines pratiques pour obtenir des subventions mettent le gouvernement et le Parti québécois dans l'embarras. Au coeur de la controverse, la firme de lobbying Oxygène 9, dont le directeur général du PQ, Raymond Bréard, a déjà été actionnaire. Samedi, Le Devoir rapportait que M. Bréard avait profité de ses connaissances privilégiées de l'appareil gouvernemental, acquises lorsque chef de cabinet de Bernard Landry, quand ce dernier était ministre des Finances.
M. Bréard a empoché 200 000 $ parce qu'il a obtenu des subventions pour des festivals, après avoir quitté ses fonctions politiques en août 1998. Pour ce faire, il a contribué à mettre sur pied le Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI), qui a demandé et obtenu du gouvernement du Québec la création d'un fonds de 30 millions $ pour financer des organisations d'envergure (dont le Festival de jazz de Montréal et le Carnaval de Québec). Oxygène 9 recevait une commission pour chaque subvention obtenue, soit un total d'environ 400 000 $. M. Bréard a touché la moitié de cette somme à titre actionnaire. Il recevait aussi un salaire comme directeur du REMI jusqu'à sa nomination au PQ, en avril dernier.
Ce qu'a fait M. Bréard n'est pas illégal. Ne faisant plus partie du personnel politique de Bernard Landry, il s'est servi de sa connaissance des rouages du gouvernement pour que des organisations reconnues obtiennent du financement. Mais est-ce moral? Car il a enfreint des règles non écrites, fait bénéficier ses clients de subventions parce qu'il connaissait probablement la meilleure manière d'en obtenir et savait à qui s'adresser. Il s'est aussi arrangé pour que ses efforts soient pleinement récompensés.
Ce n'est pas la première fois que Oxygène 9 se retrouve sur la sellette. En juin dernier, quand il était président du Conseil du Trésor, le ministre de l'Éducation et responsable de l'Outaouais, Sylvain Simard, avait recommandé à un homme d'affaires de la région, Myles Kennedy, de s'adresser au président de cette firme, André Desroches, afin d'obtenir le financement qui lui manquait pour convertir l'ancien hôtel Chez Henri en Centre de conférences pour l'industrie de haute technologie. Or, l'idée d'accuser M. Simard de conflit d'intérêts semble d'autant plus frivole que le député libéral de Hull, Roch Cholette, participait à leur entretien.
Il est curieux que pour recevoir l'aide du gouvernement, un ministre influent ait incité un promoteur à s'adresser à une firme de lobbyistes. Ce l'est tout autant de constater qu'un bouillant député de l'opposition n'ait rien dit, du moins publiquement, après avoir assisté à la rencontre. Tout le monde sait que des fonctionnaires s'occupent de ce genre de demande, pas le secteur privé.
Raymond Bréard s'est montré opportuniste et imprudent. Le gouvernement refuse d'aller au fond de cette affaire. Il a tort et il en paiera le prix. Aucun gouvernement n'est à l'abri des lobbyistes. Le PQ devra présenter dans les meilleurs délais une loi pour encadrer enfin leurs activités. Le parti qui a donné au Québec sa Loi sur le financement des partis politiques se retrouve au sein d'une controverse qui nuit beaucoup à sa crédibilité. Son obligation de tenir bientôt des élections partielles n'arrange rien.
L'affaire Bréard semble moins sérieuse que les raisons qui ont contribué à la déclencher. Le PQ offre encore l'image d'une maison divisée contre elle-même. Après les démissions de Chevrette et de Brassard, une autre tuile lui tombe dessus.
Blood in the waterAfter PQ meeting, leadership convention seems more likely than election
DON MACPHERSON
Montreal Gazette
Tuesday, February 12, 2002
So what do the members of the Parti Québécois do now to keep themselves occupied and out of the video arcades?
It's obvious the PQ is in no shape for a spring election, and not just because it might be head-hunting for a replacement for its top staffer as you read this.
Say, anybody up for a nice leadership campaign in the meantime? How about you, Pauline Marois?
At the party's national council meeting on the weekend, a challenge to Bernard Landry's leadership seemed closer than an election.
There was blood in the water at the meeting, and not all of it was that of Raymond Bréard, the beleaguered PQ official/sometime lobbyist/Landry pal who quit last night over $200,000 in commissions on government subsidies he made in short order as a lobbyist in between jobs with Landry and the party.
Some of the blood came from cabinet ministers Gilles Baril and Sylvain Simard, who have become entangled in the ties between the PQ and Oxygène 9, a lobbying firm made up of Péquistes that seems to have been quite successful at getting government grants and subsidies for its clients.
And some of the blood was that of Landry himself. For all of the individuals implicated in what some are treating as a scandal have one thing in common, aside from being Péquistes: all are either friends or political proteges of Landry.
"Les hommes du président," Le Soleil columnist Michel Vastel has slyly dubbed them. It was an allusion to Landry's title of PQ president and to the French title of the book and film All the President's Men, about the Watergate scandal that slowly closed in on Richard Nixon until it finally brought him down.
And when people set out to bring down a leader, they often start by going after members of his entourage.
Reporters joked that Landry spent much of the weekend meeting out of sight because he was afraid of being photographed with someone who might be named next in connection with hired go-betweens.
So who might be behind the series of leaks to the newspapers about the "president's men" and a firm whose name is a pun on the French expression for a breath of fresh air?
The Liberals, provincial or federal, some said. Jealous rivals of Oxygène 9, said others.
But still others saw the earmarks of an inside job, a campaign orchestrated from within the PQ itself. And after the weekend's events, some of these conspiracy theorists were looking closely at Marois.
The deputy premier and finance minister privately demanded Bréard's resignation on Saturday after Le Devoir broke the story about his $200,000 lobbying commission. But the party executive decided to stand by its director-general, and Landry, who had at first agreed with Marois, went along with its decision.
Then, on Sunday morning, Marois sabotaged the executive's - and Landry's - stonewall strategy by calling publicly on Bréard to fall on his sword "temporarily." After that, Bréard announced ,through Landry, that he would take 48 hours to consider his options and resigned last night.
It was recalled that, after Baril became the first member of Landry's entourage to be named in connection with Oxygène 9, Marois had quickly called for the regulation of lobbyists.
Some thought Marois's actions were payback for Landry's pre-emptively denying her the leadership after Lucien Bouchard's resignation last year. But it might be that Marois is not looking back but ahead.
Landry has already anointed Marois as his successor. But she might not want to wait for a PQ defeat in the next election to take over from him, and then have to stick out a term or two in opposition in order to be Quebec's first woman premier. She might believe she'd have a better chance than Landry of leading the PQ to victory in the next election. She might have concluded that the time for her to make her move is now.
If so, then Bernard Landry has something in common with Jean Chrétien: each is a head of government who needs to keep an eye on an ambitious finance minister and defeated leadership rival with the initials P.M.
Le pouvoir et l'amitié
Michel David
LeDevoir
Le mardi 12 février 2002
«Je broyais du noir et m'en voulais d'avoir eu la naïveté de croire que le pouvoir et l'amitié pouvaient faire bon ménage.»
Bernard Landry pourrait sans doute reprendre à son compte cette phrase tirée de l'autobiographie de Lucien Bouchard, À visage découvert, dans le chapitre consacré à sa douloureuse rupture avec Brian Mulroney. M. Bouchard en avait tiré une leçon qu'il n'a jamais oubliée quand il est lui-même devenu premier ministre: aucun de ses amis personnels n'a été invité à faire partie du premier cercle de ses proches collaborateurs.
«Vous connaissez la solitude du pouvoir? Si, en plus, il faut chasser nos amis de l'entourage, il ne restera plus que vous», a lancé M. Landry à la horde de journalistes qui l'entouraient, dimanche, à l'issue du pénible conseil national qu'il venait de vivre. Les journalistes n'ont jamais été les compagnons préférés du premier ministre, surtout pas ces jours-ci.
Contrairement à Lucien Bouchard, qui ressemblait à un ermite solitaire dans le triste bunker de la Grande-Allée, M. Landry a toujours fonctionné en réseau, cultivant soigneusement les amitiés qui se sont multipliées au fil des ans.
Il s'est constitué ainsi un bassin de collaborateurs d'une loyauté et d'un dévouement sans limite, auxquels il pouvait faire appel à tout moment. En retour, ils pouvaient compter sur sa protection et son aide quand les circonstances de la vie le requéraient.
Le directeur général du PQ, Raymond Bréard, est un de ceux-là, comme son chef de cabinet, Claude H. Roy, ou encore Jean-Yves Duthel, qui est retourné à la SGF après un séjour écourté au bureau du premier ministre. Le nouveau président du conseil d'administration d'Hydro-Québec, Jacques Laurent, fait également partie du clan des «amis de Bernard». La liste serait longue.
Tout va très bien tant que les amis ne causent pas de problème, mais le premier ministre se retrouve confronté à un choix déchirant quand l'un d'eux trébuche et risque de causer un tort irréparable au gouvernement, comme c'est le cas de M. Bréard.
D'ailleurs, on remarquera que ceux qui ont été impliqués dans des «affaires» au cours des dernières semaines sont tous des inconditionnels de M. Landry, à qui il a confié des postes-clés dans l'organisation péquiste: outre M. Bréard, Gilles Baril est l'organisateur en chef et Sylvain Simard préside le comité chargé de la mise à jour de l'option souverainiste.
***
Il est maintenant acquis que M. Bréard quittera son poste après sa période de réflexion de 48 heures. Même si M. Landry s'était entêté à le couvrir, il pouvait difficilement demeurer en fonction après que la vice-première ministre lui eut publiquement retiré sa confiance.
La sortie de Pauline Marois est un véritable camouflet infligé au premier ministre, qui permet de mesurer son véritable poids. Le succès de son dernier budget et le remaniement d'il y a deux semaines lui avaient déjà permis d'accroître son autorité. En fin de semaine, elle s'est permis une première sortie en dehors de sa sphère de responsabilité ministérielle. Elle s'est conduite non seulement en vice-première ministre, mais également en vice-chef du PQ.
Cet incident illustre encore une fois l'inconvénient pour le chef du PQ d'être également président de l'exécutif, à plus forte raison s'il est également premier ministre. En prenant le contre-pied de la décision de l'exécutif, qui avait fait bloc derrière M. Bréard, Mme Marois s'opposait de facto à son chef et premier ministre.
Avec le Bloc québécois, le PQ est le seul parti dont le chef est également président de l'exécutif. Que ce soit au PLQ, à l'ADQ, au PLC ou au PC, les deux fonctions sont clairement dissociées, sans que l'autorité du chef ne paraisse en souffrir. Avec le PQ, on ne sait jamais, direz-vous. Oui, peut-être.
Le plus beau de l'affaire est que, dans les circonstances, M. Landry ne pouvait pas se permettre de rabrouer Mme Marois. Mieux encore, sa présence devient une sorte de caution morale et envoie aux militants péquistes et à l'ensemble de la population le message qu'il y a au moins quelqu'un au PQ qui ne tolérera pas le moindre manquement à l'éthique, qu'il soit réel ou simplement apparent. Une qualité qui sera certainement prise en compte dans le choix de l'éventuel successeur de M. Landry.
***
Il faudra maintenant trouver un successeur à M. Bréard. À quelques mois, peut-être un an de la prochaine élection générale, sans parler des élections partielles, il ne s'agit pas d'une sinécure. La reconstruction entreprise au printemps dernier est encore loin d'être terminée et, après ce qui s'est passé, on ne risque pas de se bousculer aux portes.
Un choix logique serait Jean Bissonnette, un ancien agent de liaison de M. Landry dans Verchères, qui est présentement responsable des relations avec le parti au bureau du premier ministre. Il a la confiance du chef, mais pas vraiment d'états de service au PQ.
M. Landry pourrait aussi tenter de convaincre Pierre Boileau d'effectuer un retour. Il a déjà occupé le poste sous le règne de Jacques Parizeau, qui lui avait cependant imputé les résultats décevants de l'élection de septembre 1994. M. Landry l'avait alors rescapé en lui offrant un poste de conseiller politique aux Communautés culturelles et à l'immigration.
Autre candidat potentiel, Pierre D'Amours, ancien directeur de l'organisation, également écarté par M. Parizeau, avait été récupéré par Pauline Marois, avant de se retrouver au bureau de Lucien Bouchard. On avance également le nom de Grégoire Bérubé, qui était directeur de l'organisation sous les ordres de Bob Dufour, à qui M. Bouchard avait confié la direction générale du parti. Tant qu'à y être, pourquoi pas M. Dufour lui-même, présentement sous-ministre aux Régions? Bref, n'importe qui, pourvu que ce ne soit pas un ami personnel de M. Landry.
À propos de Raymond Bréard
Bernard Descôteaux
LeDevoir
Le mardi 12 février 2002
Éditorial - La publication dans notre édition de samedi d'un reportage sur ce que d'aucuns ont appelé aussitôt «l'affaire Bréard» a largement perturbé la réunion du conseil national du Parti québécois du week-end. Dans un premier temps, on a voulu banaliser le dossier pour ensuite se rendre compte que les activités passées de l'actuel directeur général du PQ à titre de lobbyiste entachaient l'image d'intégrité de ce parti.
Le réflexe spontané de bien des militants péquistes en prenant connaissance du dossier préparé par notre collègue Kathleen Lévesque aura été d'accuser Le Devoir de sensationnalisme. Il est des choses que ces personnes auraient aimé continuer à ignorer, mais qui, au nom de l'intérêt public, devaient être exposées. Des faits avaient été portés à notre connaissance. Nous les avons soigneusement vérifiés pour conclure qu'il fallait les porter à l'attention du public, d'autant plus qu'ils ajoutaient au débat déjà amorcé sur le lobbying.
Le dossier parle par lui-même. Ce qui doit retenir notre attention est le fait que Raymond Bréard est directeur du cabinet de Bernard Landry, alors ministre des Finances, lorsque s'amorcent des discussions autour de l'idée de créer un fonds d'aide aux événements majeurs que sont les grands festivals dits internationaux du Québec. Aussitôt après avoir quitté le cabinet de M. Landry, M. Bréard deviendra consultant auprès des promoteurs de ce projet qui aboutira en mars 2000 avec la constitution d'un fonds de 30 millions. La firme Oxygène 9, dont M. Bréard est l'un des deux associés, touchera une commission sur les subventions que le fonds allait par la suite octroyer. Au total, l'intervention de ce dernier dans ce dossier lui rapportera une somme de 200 000 $ qu'il touchera avant de devenir directeur général du PQ. Tout cela est bien établi.
En agissant ainsi, Raymond Bréard n'a effectué aucun geste illégal ou contraire à une quelconque réglementation, car rien n'impose au personnel politique de haut niveau d'exercer un devoir de réserve pendant une période donnée une fois sorti des cercles politiques. Cela dit, la simple prudence et le bon jugement auraient dû l'amener à éviter toute situation pouvant le mettre dans ses nouvelles fonctions de «conseiller stratégique» en situation de conflit d'intérêts et à ne pas intervenir dans un dossier dont il avait pu avoir connaissance comme chef de cabinet. Il affirme ne pas avoir, à ce titre, participé à des discussions sur ce projet de fonds d'aide, mais il ne pouvait en ignorer l'existence. Dès lors, se créait tout au moins une apparence de conflit d'intérêts, ce qui, en politique, n'est guère mieux en terme d'impact.
Ce dossier, qui s'ajoute aux révélations faites plus tôt par La Presse concernant les activités de lobbyiste d'André Desroches, le cofondateur d'Oxygène 9 avec M. Bréard, alimente bien sûr le sentiment qu'existerait une «république des petits copains» dans l'environnement du gouvernement Landry. Il ne faut pas se laisser emporter par l'inflation verbale qui ne manque pas d'accompagner les réactions de l'opposition. Ce que nous pouvons constater aujourd'hui, c'est que les associés de la firme Oxygène 9 ont usé de leur proximité du gouvernement Landry sans se préoccuper de l'impact que cela pourrait avoir sur l'image d'intégrité de ce même gouvernement.
L'affaire Bréard a créé un profond malaise au sein du PQ. Plusieurs ministres ont réagi vivement à l'appui inconditionnel donné par l'exécutif à M. Bréard. Ce sursaut est salutaire, mais il faudra plus pour éviter que ne soit atteinte gravement l'image d'intégrité du gouvernement. D'abord au sein du PQ, où M. Bréard peut difficilement rester à son poste de directeur général, puis au sein du gouvernement où il faut rapidement définir un code d'éthique à imposer aux fonctionnaires politiques et discipliner les relations avec les lobbyistes de tout acabit.
L'adoption d'une loi sur le lobbying est promise. Ce devrait être le premier projet de loi à être soumis à l'Assemblée nationale lors de la reprise des travaux en mars. Ce qui ne veut pas dire que l'on doive l'adopter à toute vapeur! Un débat s'impose, auquel l'opposition libérale doit apporter son concours. Sur ce sujet, elle ne peut se prétendre un parangon de vertu. Le lobbying est devenu une activité légitime qui doit s'exercer au grand jour, selon des règles connues de tous. La transparence est ici le mot clé.
Shed light on lobbying
Montreal Gazette
Tuesday, February 12, 2002
Éditorial - Nobody, least of all former Parti Québécois director-general Raymond Bréard, is legally guilty of anything in the lobbying scandal that rocked the PQ's national-council meeting last weekend in Laval.
Of course, there's a good reason for that. Quebec doesn't have a law regulating lobbying. It's taken this latest embarrassment for Premier Bernard Landry's government to have finally agreed to introduce one in the spring, 18 months after an internal government report had recommended it.
Lobbying public officials is a legitimate activity, but regulation is needed to preserve public confidence in the integrity and impartiality of the decisions that governments make. Any new lobbying law should make sure lobbyists have to register themselves and declare whom they represent.
What's more, lobbying activities in Quebec should be put under the scrutiny of the auditor-general. This way, the public will be able to gauge whether access to officials is free and open and not, as recent revelations suggest, tightly controlled by a small group of lobbyists with close ties to the highest levels of the governing party.
Mr. Bréard was Mr. Landry's chief of staff from 1994 to 1998, when the premier was minister of finance. In the summer of 1997, Gilbert Rozon, founder of the Just for Laughs Festival, had pleaded to the ministry for stable funding of Quebec's festival industry (jazz, fireworks, etc.). Mr. Bréard, shortly after his resignation, co-founded a lobbying firm, Oxygène 9, and got a common front of festival organizations to agree to let Oxygène 9 lobby on their behalf. In early 2000, Quebec agreed to give the organizations $30 million over three years, and Oxyène pocketed $400,000 in commissions. When Mr. Bréard left the firm in April of last year to become PQ party director-general, he sold his share in the firm to co-founder André Desroches for $200,000, his cut of the commissions.
A key question here is what Mr. Bréard knew when he resigned. He says that as chief of staff, he never took part in discussions concerning Mr. Rozon's proposal. But if he knew the ministry was going to approve it, then turned around and told his clients the matter was far from certain, this would have constituted misrepresentation using insider information. Which, in fact, is an offence under the federal Lobbyists Registration Act, which only covers relations between lobbyists and the federal government.
What the affair shows is that a Quebec lobbying law will need to contain provisions prohibiting people like Mr. Bréard from jumping from political office into lobbying without first allowing a decent time interval to pass. That way, the risk of misuse of insider information and undue influence on former political colleagues is lessened. A two-year interval, as has been floated, seems reasonable.
The worst aspect in the whole affair was Education Minister Sylvain Simard's admission Saturday that while in his post as Treasury Board president he told an Outaouais firm it would have to go through Oxygène 9 if it wanted government funding. It raises concerns of a pattern of systemic referral to favoured lobbyists bordering on the banal - particularly as Mr. Simard's admission follows revelations that Oxygène 9's other co-founder, Desroches, a former campaign organizer for cabinet minister Gilles Baril, had built up a bustling trade representing firms seeking industrial grants when Mr. Baril was minister of industry.
One of those firms was the Montreal Urban Community Transit Corp., which paid Oxygène 9 a sum of $50,000 to ask the government for a grant to buy more buses. Why on Earth did the transit commission not feel it could pick up the phone itself?
There's no accounting for fiscal fiddling
BRIAN KAPPLER
Montreal Gazette
Tuesday, February 12, 2002
There's a story behind the story of Oxygène 9, Raymond Bréard and the continuing melodrama known as our Parti Québécois government.
The meta-story is more complicated, less partisan, not limited to Quebec and ultimately more serious than allegations of lobbying hanky-panky.
Like Capt. Renault in Casablanca, we're all "shocked! shocked!" to discover that lobbyists, politicians and political aides talk to each other, switch jobs, and generally drink each others' bathwater. Anybody truly surprised just hasn't been paying attention to the way governments - and human nature - really work.
It's all as old as sin, and probably legally bulletproof. What's new in this business is the role of a "state society."
The Quebec Liberals, who have called for an inquiry, should be pushing for a much broader look at all these new foundations, corporations and societies that are forming a thick crust, like barnacles, around the principle of government accountability.
Crown corporations have been around forever, but these new-style entities are creatures of the budget-surplus era, of happy memory. They exist in Ottawa as well as Quebec City, and no doubt in other provinces too.
They were created to channel taxpayers' money to one goal or another, discreetly out of sight of auditors-general, opposition politicians, government backbenchers, the press - anybody who might ask embarrassing questions.
Under the clean socks
What a handy tool it is, for a finance minister, to be able to create off-the-books operations stuffed with cash. The first purpose is to hide money from the taxpayers when times are good. Instead of admitting to a surplus and cutting taxes, or paying down the deficit, Paul Martin and Bernard Landry (when he was finance minister) have stashed the extra cash in a drawer, under the clean socks.
So it was that Martin and his cabinet colleagues set up an Aboriginal Healing Foundation ($350 million); a Green Municipal Enabling Fund ($25 million); Canada Health Infoway Inc. ($500 million) and so on. The biggies are the Millennium Scholarship Foundation ($2.5 billion) and the Canada Foundation for Innovation ($3.15 billion).
Landry got into the game in 2000, setting up eight non-profit outfits, funded with $730 million of taxpayers' money to hand out over three years. One of these, the Société des Événements Majeurs Internationaux du Québec, doles out money to our big festivals, and made a deal with the private company Oxygène 9, which collected a nice commission as the money passed by.
These huge pools of money, created with a paragraph or two in the budget, quietly set up shop to hand out the money, and that's the last we hear of them. The chief executives chosen by Landry and Martin have generally been respectable high-profile leaders in their fields.
But in any fair-sized organization not rigorously monitored in broad daylight, partisanship may slip in. The existence of such organisms adds a whole new dimension to the incestuous insider mentality of our political class.
Insulated from blame
Auditors-general have complained about the growing use of these societies, on the basis that we already have a whole government devoted to spending taxpayers' money, and that these new little spending centres insulate elected leaders from any blame when anything goes wrong.
Some backbenchers - Péquistes in Quebec City, Liberal MPs in Ottawa - grumble openly about these foundations; we don't know whether caucus crankiness was one reason Ottawa's latest such scheme, a big new infrastructure foundation announced in December's budget, has now been scrapped.
When government controls this kind of spending directly, you get the familiar pork-barrel effect. But at least that way taxpayers' money flows through the hands of elected leaders accountable - in theory, anyway - to voters. This new system allows much more potential for abuse.
The only good thing about this: With surpluses evaporating, we may not have any more such grant-giving societies to worry about any time soon.
Top PQ official resignsI didn't do anything wrong, Raymond Bréard letter says
Montreal Gazette
Tuesday, February 12, 2002
A top Parti Québécois official quit last night amid a controversy over $200,000 he received from a government fund.
Raymond Bréard, PQ director-general, issued his resignation in a letter while stating he wasn't guilty of any wrongdoing.
But, he said, comments by some cabinet ministers "had undermined the fundamental confidence that's necessary for the party's director-general to keep functioning efficiently and peacefully."
Bréard, a target of allegations of favouritism and conflict of interest, had asked for 48 hours to think over his position.
A longtime friend of Premier Bernard Landry, Bréard was Landry's chief of staff when he was Quebec finance minister.
Bréard became the focus of controversy when Le Devoir reported on transactions carried out after Bréard quit his job with Landry and went to work as a lobbyist.
Bréard urged Landry to approve a fund for cultural events like Montreal's International Jazz Festival.
Le Devoir said Landry's department had created a $30-million fund in 2000 and, in just over a year, Bréard pocketed $200,000 from it.
The issue erupted at a divisive PQ convention last weekend in Laval, where Landry said that Bréard was mulling over his future.
In his letter, Bréard said that, when he was Landry's chief of staff, he never took part in discussions about creating a cultural-events fund. "I only began that work after I left the cabinet (work) in August 1998."
Bréard made his declaration in a letter to PQ vice-president Marie Malavoy, who has been named temporarily to fill his job.
At the Laval meeting, Landry tried to downplay the issue but said his government will soon adopt a law requiring its former employees to wait before jumping into the field of lobbying.
Un Boeing de lobbyistes chez les Soviets
Michel Vastel
Le Soleil
Le mardi 12 février 2002
Ce soir, les dirigeants de 261 entreprises canadiennes se lancent dans la plus vaste opération de lobbying qui puisse s'imaginer. Ils ont payé plus de 10 000 $ un siège sur le même Boeing 747 que Jean Chrétien et Bernard Landry. Et ils se serviront de leurs chefs de gouvernement pour accéder à, et tenter d'influencer Vladimir Poutine, Mikhaïl Kassianov, Gehrard Schröder, Edmund Stoiber, ou les hauts fonctionnaires de Russie, d'Allemagne et de Bavière...
Comme quoi le trafic d'influence peut prendre toutes sortes de voies détournées. La Fédération des femmes du Québec, les militants antitabac, les partis politiques eux-mêmes, sont des lobbies. Financés par nos impôts en plus !
Les vierges offensées de la presse québécoise oublient que leur propre Fédération ou le Conseil de presse font beaucoup de lobby auprès du gouvernement, pour influencer la concentration de la presse par exemple, ou mettre sur pied un fonds d'aide aux médias communautaires. La seule différence est que ces lobbies d'État — ils ne sont rien d'autre ! — n'ont pas besoin de payer un conseiller pour accéder aux ministres ou au premier ministre : ils font partie du pouvoir...
Enfin, quand Jean Charest prétend que, dans toute sa carrière politique, il n'a jamais vu de tels trafics d'influence comme ceux auxquels le ministre Sylvain Simard ou le directeur du parti, Raymond Bréard, se sont livré, il charrie un peu. Les cabinets des ministres à Ottawa — y compris celui de monsieur Charest — donnaient sur des portes tournantes qui conduisaient indifféremment au pouvoir politique, à l'administration publique et au secteur privé.
Dans le Parti conservateur de Brian Mulroney, quelques députés et ministres un peu moins scrupuleux — souvent des Québécois malheureusement — réclamaient même pourcentage sur la valeur brute des contrats qu'ils signaient avec le gouvernement du Canada. Même que l'on appelait cela du toll gating, un système de péage : les gens se faisaient verser leur commission avant de réaliser le contrat ! C'est bien pire que ce qu'ont fait le pauvre Raymond Bréard, ou le naïf Sylvain Simard.
Bref, banalisons un peu le lobbying. Ce qui ne veut pas dire que, puisque tout le monde y a recours...
Dans un de ces moments d'humeur dont il avait le secret, Lucien Bouchard avait déclaré, en 1996 : « Je ne laisserai pas les lobbyistes prendre le pouvoir ici ! » Le prédécesseur de Bernard Landry n'a pourtant pas fait grand-chose, sinon de présenter une Loi [131] sur le resserrement des règles d'éthique des administrateurs publics qui n'a pas de dents, puisque pas de règlements d'application.
Et quand un institut de recherche se servait de son frère, Gérard Bouchard, pour négocier une subvention, ce n'était pas tout à fait innocent non plus. Certes, le démographe de l'Université du Québec à Chicoutimi faisait cela gratuitement, mais il n'est pas nécessaire de présenter une facture et d'encaisser un chèque pour tirer un avantage matériel d'une telle situation...
Madame Pauline Marois, enfin, a prétendu jouer les modèles de vertu en fin de semaine. Au mépris de la loyauté envers son chef d'ailleurs. Mais elle n'est pas sans savoir que des gens d'affaires importants considèrent incestueuse la situation d'un gouvernement où le ministre le plus influent dans le domaine des politiques économiques, et le bras le plus puissant des interventions économiques de l'État, partagent la même chambre à coucher.
Il faut faire attention, dans une société tricotée aussi serré que celle du Québec. L'avertissement vaut aussi bien pour Jean Charest — le chef de l'opposition officielle —, que pour la vice-première ministre — la chef de l'opposition officieuse ! Le Québec est si petit qu'on n'y risque pas seulement le mariage consanguin. Le nombre d'entreprises faisant affaire avec le gouvernement, le nombre de bureaux professionnels conseillant les uns et les autres et le nombre d'organismes de l'État du Québec, tout cela est si serré que les situations de conflit d'intérêts — apparentes ou réelles — sont nombreuses.
Le lobby est un mal nécessaire, et plus répandu au Québec que partout ailleurs en Amérique du Nord puisque l'État prétend se mêler de tout ici ! En fait, le Parti québécois de René Lévesque, et celui de Lucien Bouchard en particulier, a fait du trafic d'influence une véritable religion. Ses grands messes en sont les fameux Sommets socioéconomiques. Et ses prêtres les Louis Laberge, les Marcel Pepin ou les Paul Desmarais dans les années 70, les André Bérard, les Jean Coutu ou les Gérald Larose dans les années 90.
Le lobby est le sous-produit naturel d'un État qui fonctionne mal. Et plus l'État dérape, plus le lobby prospère. Quand on reproche en effet à un lobbyiste de s'être fait payer pour accélérer le versement d'une subvention à laquelle le client aurait eu droit de toutes manières, on oublie de se demander pourquoi cette subvention tardait tant à être payée. Le lobby existe d'abord pour secouer des bureaucraties somnolentes, voire incompétentes.
Et au Québec, comme nous avons deux États qui se font concurrence l'un à l'autre, de soi-disant entreprises à but non lucratif, comme le Festival Juste pour rire, engagent deux lobbyistes : un pour Ottawa et un autre pour Québec. Quand une entreprise soi-disant culturelle comme celle-là embauche un ancien premier ministre péquiste (Pierre - Marc Johnson) pour diriger son conseil d'administration, et l'intime du premier ministre du Canada, Jean Carle, pour diriger ses opérations, on se demande vraiment qu'avait-elle besoin d'un lobbyiste. Il faut vraiment que les bureaucraties soient pourries pour que des entreprises aussi bien branchées aient encore besoin de lobbyistes !
Lobby ou manque d'éthique ?
J.-Jacques Samson
Le Soleil
Le mardi 12 février 2002
Éditorial -
Les lois ne peuvent remplacer un sens aigu de l'éthique. Le ministre de la Justice, Paul Bégin, travaille depuis longtemps dit-il à un projet de loi pour encadrer les activités de lobbying ou de démarchage auprès de l'appareil gouvernemental, mais « l'affaire Bréard » qui éclabousse actuellement le gouvernement Landry ne relève pas du lobbying au sens traditionnel de cette activité.
Le gouvernement voudra se précipiter pour faire adopter une loi sur le lobbying, d'ailleurs promise depuis plusieurs années et sans doute nécessaire, mais pour créer dans l'immédiat l'impression que les pratiques d'amis du régime qui l'embarrassent actuellement sont la seule conséquence d'un vacuum sur le plan législatif, dont ont profité depuis toujours des personnes associées à tous les partis.
Or, Raymond Bréard, ancien chef de cabinet de Bernard Landry aux Finances et ami, et André Desroches, un temps associé de M. Bréard et ami lui du ministre Gilles Baril, ont plutôt défini leur rôle dans différents dossiers comme en ayant été un de « facilitateurs » pour les clients qu'ils représentaient. M. Bréard s'est fait payer à pourcentage sur des subventions touchées par les organisations des grands événements internationaux tenus chaque année au Québec, après la création en mars 2000, par Bernard Landry, d'un organisme sans but lucratif (OSBL), l'équivalent des fondations tant décriées à Ottawa, pour distribuer les subventions à ces mêmes organismes.
L'émergence d'intermédiaires — ou facilitateurs — qui représentent des organismes financés déjà depuis longtemps par des fonds publics, pour les aider soi-disant à obtenir leurs prochaines subventions, dans le cadre de programmes très simples qui leur sont spécifiquement destinés, tout en prélevant une cote sur ces mêmes subventions, n'est certainement pas du vrai lobbying. Ils détiennent plutôt une route à péage ! Les véritables démarcheurs professionnels guident par exemple des organisations ou des entreprises dans les dédales de l'appareil administratif, les conseillent dans la préparation d'un dossier complexe, font des représentations auprès d'élus ou de hauts fonctionnaires sur des programmes gouvernementaux ou le cadre législatif. Leurs services sont payés sur la base d'honoraires préétablis, le plus souvent au taux horaire, et non au moyen d'un pourcentage prélevé sur des subventions provenant de nos impôts.
Des lois sur le lobby et des règlements serrés existent à Washington et Ottawa, incluant l'inscription des démarcheurs à un fichier, la divulgation de leurs clients et des personnes dans l'appareil rencontrées aux fins du cheminement d'un dossier. Une telle loi sera bienvenue au Québec. Cette reconnaissance de la profession est réclamée depuis plus de 20 ans par les professionnels. Il faudra se rappeler toutefois que la future loi servira beaucoup plus à court terme dans une tentative pour redonner une virginité au Parti québécois, à freiner des manquements trop flagrants à l'éthique de la part d'amis du régime qu'à discipliner et contrôler les véritables professionnels du démarchage. Une enquête policière, sinon une enquête publique, sur ces pratiques seraient plus urgentes.
Une odeur de fin de régime
Lysiane Gagnon
La Presse
Le mardi 12 février 2002
Entendons-nous bien. Cette histoire de lobbyistes qui déchire le PQ n'est pas le scandale du siècle.
Il n'y a rien de terriblement exceptionnel dans cette affaire, encore qu'il soit assez triste de voir le premier ministre Bernard Landry défendre les agissements de ses amis en disant que c'est ce qu'on a toujours fait sous l'Union nationale et les libéraux, lui qui vient d'un parti qui a toujours prétendu détenir le monopole de la moralité.
Non, il n'y a rien d'illégal dans cette histoire à multiples rebondissements. Ce qui s'en dégage est pire, politiquement parlant. Cela sent la fin de régime. C'est une odeur immanquable, insidieuse et déprimante, le genre d'odeur qu'un gouvernement qui en est à la fin d'un deuxième mandat a toujours beaucoup de mal à dissiper.
«Ce qui traîne se salit», m'écrit un lecteur, commentant les rumeurs d'élections. Cette vieille sagesse domestique s'applique aussi aux gouvernements.
Le fait qu'Oxygène 9 semble avoir été la porte d'entrée quasiment obligée aux organismes subventionnaires est déjà assez troublant, mais d'autres éléments soulèvent eux aussi cette odeur de fin de régime, notamment la façon dont le numéro deux du gouvernement, Pauline Marois, tente d'exploiter les déboires de son chef.
Le duo Landry-Marois est en train de devenir l'équivalent québécois du duo Chrétien-Martin à Ottawa. Dans les deux capitales, l'aspirant au leadership piaffe d'impatience... à cette différence près que M. Chrétien est beaucoup plus solidement en selle que M. Landry, ce qui explique pourquoi M. Martin se cache prudemment derrière ses organisateurs, tandis que Mme Marois, elle, prend le devant de la scène.
Sitôt connus les rapports du ministre Gilles Baril (un protégé de M. Landry) avec la firme Oxygène 9, Mme Marois faisait connaître publiquement son indignation à l'idée que l'on monnaie l'accès à des services publics. Elle n'avait pas tort sur le fond, mais on ne peut pas dire que c'était un exemple lumineux de solidarité ministérielle.
Le week-end dernier, au conseil national du parti, même scénario: Mme Marois se désolidarise du conseil exécutif dont elle fait partie et qui venait tout juste de renouveler sa confiance en M. Bréard... et elle réclame la tête de ce dernier, qui est comme par hasard un homme de M. Landry.
La veille, elle avait déclaré péremptoirement qu'il n'y aurait pas d'élections au printemps, au mépris du fait que cette décision est la prérogative exclusive du premier ministre.
Les magouilles intestines, sur fond de défaite appréhendée et de lutte prochaine au leadership, sont telles que, dans les coulisses du conseil national, des péquistes n'hésitaient pas à émettre l'hypothèse que les multiples fuites accablant l'administration Landry venaient de leurs propres rangs.
Mais la question des lobbyistes est complexe. M. Landry a raison de dire que le Québec, tout comme le reste de l'Amérique du Nord, fourmille de lobbyistes, et que la plupart sont d'allégeance libérale. En fait, il y a tellement de «consultants», tant à Québec qu'à Montréal, Ottawa ou Toronto, que je me suis toujours demandé comment tous ces gens-là font pour gagner leur vie.
Ce n'est pas un mystère: la plupart des «consultants» dont la fonction est de faciliter les rapports de diverses entreprises soit avec les médias, soit avec les gouvernements, viennent effectivement soit des médias, soit des milieux politiques. Les firmes de relations publiques ont en général une étiquette plus ou moins partisane, encore que la plupart prennent soin, à l'instar des cabinets d'avocats, de recruter des gens associés à l'opposition, histoire d'élargir leur clientèle et leur rayonnement. On se souvient de la firme Bazin-Sormany, dont les premiers associés étaient Michèle Bazin, ancienne conseillère de Claude Ryan et proche des libéraux, et André Sormany, ancien conseiller de Pierre Marc Johnson et proche des péquistes.
Il va de soi que les «contacts» politiques des consultants, de même que leur connaissance des rouages de la bureaucratie gouvernementale, sont ce qui fait leur prix. Tout cela est parfaitement honorable. Reste à savoir jusqu'où l'on peut tirer profit d'un système subventionnaire qu'on a soi-même contribué à mettre en place, comme le révélait samedi Le Devoir à propos de M. Bréard.
On peut aussi voir l'affaire à travers l'autre bout de la lorgnette, du point de vue du client. Personnellement, si j'étais (Dieu m'en préserve!) à la tête d'une petite compagnie requérant des subventions gouvernementales, je préférerais passer par l'intermédiaire d'un lobbyiste que d'avoir à me débrouiller dans la paperasse gouvernementale et les dédales de la bureaucratie.
Mais le cas hypothétique d'une toute petite entreprise n'a rien à voir avec celui d'organisations bien établies comme le Festival du jazz, Juste pour rire, le parc des Îles, etc. Ces organisations ont des permanents hyper-compétents qui sont eux-mêmes en contact avec tout ce qui grouille au gouvernement, et sont parfaitement capables de monter des dossiers de demandes de subventions, sans compter que le nouveau programme d'aide aux festivals est particulièrement simple.
Quel besoin avaient ces organisations de passer par l'intermédiaire d'Oxygène 9? Aurait-on mis en place un réseau dont l'unique utilité aurait été de permettre aux amis du parti de «faire la passe»? C'est l'une des nombreuses questions que soulève cette affaire.
Le devoir du premier ministre
André Pratte
La Presse
Le mardi 12 février 2002
Éditorial -
M. Bernard Landry juge-t-il acceptable que son ancien chef de cabinet, quelques mois après son départ du gouvernement, agisse comme lobbyiste auprès de lui?
M. Landry trouve-t-il correct qu'un ministre suggère à un homme d'affaires les services d'une firme de démarcheurs proche du parti au pouvoir? Considère-t-il admissible, du point de vue éthique, qu'un ministre responsable d'importants programmes de subventions entretienne une amitié intime avec un lobbyiste agissant auprès de son ministère?
Des propos tenus par le premier ministre au cours des dernières semaines, il faut croire que rien de cela ne l'offusque. Car jamais M. Landry n'a condamné les pratiques douteuses dévoilées par les médias. En fin de semaine, interrogé au sujet des manoeuvres reprochées au directeur général du PQ, Raymond Bréard, il ne les a pas déplorées. Au contraire, il a indiqué que M. Bréard avait «suivi la coutume de l'Union nationale, des libéraux et du Parti québécois». On frémit à entendre le président du PQ s'en remettre, en matière d'éthique gouvernementale, à l'Union nationale!
De la fin de semaine agitée qu'a connue le Parti québécois, un arrière-goût demeure. On n'a jamais su ce que le premier ministre pensait vraiment. Entre les propos contradictoires de ses conseillers, ses propres paroles lénifiantes et surtout ses silences, on ne s'y retrouvait plus. Souhaitait-il la démission de M. Bréard? On ne le saura jamais, puisque M. Landry s'en est publiquement remis, d'abord à la décision du conseil exécutif du PQ, puis à celle que prendra M. Bréard lui-même. Mais alors, ce parti a-t-il un chef?
M. Landry et son entourage ont semblé incapables de prendre le contrôle de la situation. Au-delà de l'anecdote, c'est ici la capacité de leadership du premier ministre du Québec qui est en cause.
Dans les dossiers économiques, M. Landry a toujours toujours agi avec conviction et cohérence. Depuis qu'il s'agit de diriger le gouvernement, sa main paraît beaucoup moins sûre. On l'a vu lors du récent remaniement ministériel. La lettre de Guy Chevrette, rendue publique en fin de semaine par Le Devoir, est révélatrice: ce n'est pas le premier ministre qui a annoncé à M. Chevrette qu'il devrait s'effacer, mais son chef de cabinet. Traiter ainsi un vieux camarade de combat révèle un flagrant manque de tact.
M. Landry, on l'a constaté au conseil national, est un excellent orateur, et il est aimé par ses militants. Mais pour gouverner le Québec, cela ne suffit pas. Il doit, tout de suite, reprendre les choses en main, au-delà des dettes politiques et amicales.
D'abord, Bernard Landry doit dire publiquement, clairement, fermement, que les comportements de certains de ses collaborateurs, tout légaux qu'ils soient, n'étaient pas acceptables. Il doit dire publiquement, clairement, fermement, que cela ne se reproduira plus. Il doit dire publiquement, clairement, fermement, qu'il ne tolérera pas que son gouvernement donne l'impression d'être contrôlé par une clique qui se croit tout permis.
En somme, le premier ministre doit dire à tous ceux qui grenouillent dans et autour du gouvernement que, comme il l'a déclaré en fin de semaine en faisant la leçon à MM. Chevrettre et Brassard, le service public doit passer avant les intérêts personnels.
M. Landry doit aussi procéder aux changements, dans son entourage, qui lui permettront de respecter ces engagements. Et qui lui permettront de tenir plus fermement la barre de son Conseil des ministres, de son parti et de ses amis.
Le leader péquiste a promis une loi «exemplaire» pour encadrer le lobbying. Pour être crédible, cette loi devra comporter l'interdiction de la rémunération des lobbyistes en pourcentage des subventions reçues, et une période de «purgatoire» d'au moins deux ans pour les ex-conseillers politiques.
Les principes sur l'éthique adoptés par l'OCDE affirment: «Les responsables politiques ont le devoir de maintenir un niveau élevé de rectitude dans l'exercice de leurs fonctions officielles. Leur engagement est démontré par l'exemple (...)»
M. Landry doit agir fermement dans ce dossier, non parce que ces affaires nuisent aux chances de réélection du PQ, mais parce que l'intégrité de l'État exige qu'il prêche par l'exemple. C'est là son devoir de premier ministre du Québec.
Le mardi 12 février 2002
Le gros dilemme de Landry: Nietzsche, Poutine ou M. Net?
Carol Néron
Le Quotidien
12 février 2002
En Occident, la notion de conflits d'intérêts réels ou présumés entre des élus et les amis de ces derniers, dès lors qu'elle est mise en évidence par les médias, prend vite la forme d'un aveu de culpabilité, peu importe la façon dont elle est portée à l'attention générale.
Ce genre d'affaire se traduit généralement par une condamnation sans appel de l'opinion publique, seule juge en cette matière. Ce qui est légal, en effet, n'est pas forcément moral.
En politique, et c'est très bien ainsi, l'apparence a toujours valeur de certitude...
Cruelle vérité, certes, quoique incontournable. Comme beaucoup d'autres chefs de gouvernement avant lui ayant essaimé à d'autres époques ou issus d'autres partis, Bernard Landry y est aujourd'hui confronté.
La perfection n'existe pas, tant s'en faut. Surtout pas en politique, terre traditionnellement fertile aux jeux de coulisse pratiqués entre amis consentants. Et s'il est une autre grande vérité, aussi vieille elle aussi que le monde, qui est propre à toutes les démocraties et non pas uniquement aux dictatures, c'est que le pouvoir corrompt malheureusement trop souvent ceux et celles qui, au nom de la justice et de l'équité, parviennent, après des luttes épiques, à s'en emparer.
Influence et subtilité relative
Une fois parvenu dans le cercle des décideurs, tout, pour l'élu et ceux à qui il doit sa bonne fortune, devient trop souvent affaire de nuances, de degrés, de perceptions programmées. Ainsi, pas de véritables organisations, car c'est trop dangereux. Rien que des réseaux d'influence exerçant leur art avec une subtilité relative. Il n'y a pas de mal en effet à retourner l'ascenseur à l'ami d'un ami. La recette, qui permet, au passage, de renflouer les caisses électorales, fait toujours ses preuves malgré les éclairages crus sous lesquels il lui arrive, à l'occasion, de se retrouver en raison de l'imprudence — ou du trop grand appétit — de certains aparatchiks par trop audacieux.
La formule est appliquée partout dans le monde, dans tous les types de gouvernement, avec plus ou moins de bonheur. La France, grande spécialiste des «affaires», représente tout ce qu'il faut éviter si on veut éloigner de soi les ennuis. Les États-Unis ne s'embarrassent guère de scrupules; cette démocratie doit beaucoup aux jeux d'influence. La première puissance militaire et économique de la planète a d'ailleurs fait du lobbyisme une professsion dûment reconnue par le Congrès. Le Canada joue dans la même ligue. Les champions toutes catégories demeurent toutefois les Arabes, qui ont fait du «bachick» une tradition relevant autant de la culture que de la bienséance des affaires.
La solitude du pouvoir
Assailli de toutes parts depuis une dizaine de jours par des allégations de favoritisme touchant ses proches, Bernard Landry avoue se sentir bien seul. Pour illustrer l'état d'esprit qui l'anime, il évoque volontiers Frederich Nietzsche et Vladimir Poutine. Le grand philosophe allemand du 19e siècle est peu fréquenté par les Québécois, tandis que l'actuel président de la Fédération de Russie, ex-chef du KGB, paraît bien loin, lui aussi, des banales préoccupations quotidiennes de la Belle province.
Les Québécois comprendraient davantage leur Premier ministre, et se montreraient bien plus enclins à lui pardonner les comportements pour l'heure peu élégants de ses proches, si ce dernier avouait enfin que son gouvernement social-démocrate n'est pas plus à l'abri que les autres des errements du pouvoir, surtout ceux se réclamant de la droite que lui et ses prédécesseurs n'ont cessé, et ne cessent, de dénoncer.
Le PQ a vieilli vite. Il semble atteint aujourd'hui du mal commun à tous les partis politiques incapables de résister de manière efficace à l'usure du temps et du pouvoir. Bernard Landry ne gagnera rien à essayer de susciter la compassion des Québécois en évoquant la solitude des chefs de gouvernement confrontés sans avertissement à la nature humaine. Il doit mettre les philosophes de côté et s'en remettre tout simplement aux bons offices reconnus de M. Net.
Odeur de scandale
Jacques Pronovost
La Voix de l'Est
Le mardi 12 février 2002
Le Parti québécois s'embourbe de jour en jour dans des histoires d'influence qui commencent à exhaler des odeurs de scandale.
Après l'épisode "familial" du ministre Gilles Baril, ami de longue date d'un dirigeant de la firme de lobbyiste, Oygène 9, voilà que le directeur général du PQ, Raymond Bréard, plonge à nouveau le gouvernement dans une histoire de promiscuité entre pouvoirs publics et firmes privées.
Ce n'est pas tant ce que ces hommes, en affaires, font ou ont fait qui crée l'embarras. C'est plutôt comment les membres d'un gouvernement, connaissant bien ces gens, acceptent de subir leur influence. Ou pire, comment ils suggèrent à d'autres d'utiliser leurs services afin d'obtenir plus d'argent de leur gouvernement. Ce qu'a fait entre autres le ministre Sylvain Simard.
Le directeur général du PQ argue qu'il n'était plus associé au bureau de Bernard Landry quand il a effectué un mandat de démarchage pour le Regroupement des événements majeurs internationaux afin d'obtenir du gouvernement la création d'un fonds de 30 millions de dollars. Mais il venait à peine de quitter. Sa relation personnelle avec l'actuel Premier ministre aurait dû chatouiller suffisamment le ministre des Finances qu'il était toujours pour qu'il suggère à ce Regroupement de mettre plus de distance entre eux et son gouvernement.
Le PQ a bien besoin d'un conseiller spécial en éthique lui aussi s'il ne veut pas porter flanc aussi facilement à la critique et au scandale des amitiés mué en relations professionnelles.
Évidemment, le lobbying implique des relations étroites avec des membres des gouvernements, ceux impliqués dans les décisions. C'est la nature même du lobbying, celle de pouvoir entrer en contact direct avec les bonnes personnes au bon moment. C'est une profession comme une autre qui a son utilité alors que tous et chacun ne peuvent connaître tous les rouages administratifs ni les fonctionnaires, députés et ministres impliqués dans l'étude de dossiers importants. L'éclairage de lobbyistes, évidemment intéressés dans une vision particulière des phénomènes, peut parfois faire réaliser une facette différente des dossiers à ceux qui devront prendre une décision. Là s'arrête l'influence qu'ils doivent avoir.
Quand la décision devient affaire d'amitiés plus que de logique, quand elle a des liens directs avec les profits réalisés par les lobbyistes eux-mêmes, le scandale ou l'apparence de scandale rôde. C'est là que le PQ est pris dans une souricière où le piège se referme sur les doigts de celui qui fournit le fromage.
Quand une multinationale utilise les firmes de lobbyistes pour bien faire comprendre son point de vue et pour tenter d'influer sur une décision, elle les paie. Avec les risques de perdre comme de gagner. On ne peut s'attendre à ce que des organismes sans but lucratif, ou des événements récréatifs majeurs, en fassent autant, sans payer de surcroît, ne misant que sur le pouvoir d'influence pour aller chercher plus d'argent encore dont une partie sera immédiatement refilée à la firme de lobbyistes. Dans cette affaire, il est trop clair que la firme s'appuyait sur ses contacts et sa connaissance du milieu gouvernemental pour s'assurer une commission de 1,5 % des subventions à venir. Tant et tellement qu'elle prenait le risque de ne demander aucun honoraire au Regroupement des événements majeurs internationaux. Quel acte de foi!
Raymond Bréard n'a peut-être rien à se reprocher, légalement du moins. C'est une autre histoire pour le gouvernement qui a la responsabilité de ne pas se laisser entraîner dans le piège des accointances aux apparences équivoques. C'est le PQ qui est dans l'eau chaude, non son directeur général.
Mario Dumont se pose des questions Un système de lobbying fait pour les amis?
Presse Canadienne
Le mardi 12 février 2002
Le chef de l'Action démocratique du Québec (ADQ), Mario Dumont, se demande si les cas de «lobbying» dévoilés au sein du Parti québécois ne sont pas, dans le fond, «un système de graissage pour petits amis».
«Je pense, a-t-il précisé, qu'on a un certain nombre de questions à se poser. Il faut se demander s'il s'agit de gens qui ont été introduits par le gouvernement lui-même pour aller chercher leur petite tranche de subventions et la mettre dans leur poche.»
M. Dumont aimerait bien savoir aussi pourquoi des organisations et sociétés publiques à but non lucratif, qui fonctionnent déjà avec l'argent des contribuables aient à utiliser les services de firmes de consultation, «qui se gardent une tranche du gâteau en cours de route.
«Est-ce que non seulement les amis profitaient du régime, a demandé le chef adéquiste. Est-ce qu'il y avait aussi une ristourne qui allait dans la caisse électorale?'
Le chef adéquiste soupçonne qu'il semble y avoir des gens dans l'entourage du gouvernement «qui ont profité de leurs contacts pour faire obtenir des subventions».
«Une partie de l'argent est tombée dans les coffres de leur firme de consultation, a-t-il souligné, mais il faut se demander si les personnes qui ont obtenu les services de ces firmes-là ont été invitées à contribuer à la caisse électorale du Pari Québécois ou ont été actives lors des levées de fonds.
«Je pense qu'il s'agit-là d'un aspect qui, minimalement, va devoir être vérifié. Il est incontournable qu'on aille au fonds de cette affaire-là», a noté M. Dumont
Il faut de demander aussi, selon lui, si le premier ministre Bernard Landry était au courant de ces affaires au moment de son remaniement ministériel. «Si M. Landry a sévi en fonction de l'âge, a-t-il dit, s'il possédait les informations nécessaires, il aurait dû sévir en fonction de l'intégrité.'
En affirmant cela, le chef de l'ADQ, songeait surtout au cas impliquant la promotion accordée au ministre de l'Éducation Sylvain Simard qui a personnellement, de son propre aveu, recommandé à quelqu'un de faire appel à la firme de l'ex-directeur général du PQ Raymond Bréard pour obtenir des faveurs du gouvernement.
«Il va falloir que le premier ministre soit beaucoup plus clair là-dessus», a souligné M. Dumont.
Le lobbying, selon le chef de l'ADQ, n'est pas un mal en soi, à condition qu'il soit bien encadré. Cela dit, M. Dumont ne croit pas à la volonté de l'Opposition libérale d'agir autrement. «Dans leur cas, a-t-il dit, c'est du pareil au même.'
Charest tempère, Dumont tempête
André Duchesne
La Presse
Le mardi 12 février 2002
Le chef de l'opposition officielle, Jean Charest, n'avait pas la tête à lancer la pierre à Gilles Baril hier, insistant davantage sur les qualités personnelles du ministre démissionnaire, alors que le leader de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, tenait un discours beaucoup plus sévère, s'interrogeant entre autres sur la suite des choses.
«L'entourage de Bernard Landry s'effrite de façon spectaculaire et imprévisible. Demain (aujourd'hui), le premier ministre doit annoncer les lignes directrices de ce qui sera la future loi sur le lobbyisme, mais, là où on en est, il y a un sérieux problème de crédibilité», a lancé M. Dumont au cours d'un entretien téléphonique.
Le chef de l'ADQ s'est longuement attardé sur le fait qu'il y a 10 jours à peine, le dimanche 3 février, devant ses électeurs de Berthier, M. Baril devenait le premier candidat péquiste des 125 circonscriptions de l'Assemblée nationale à être désigné pour défendre les couleurs du Parti québécois aux prochaines élections générales. «Il faut que quelque chose se soit passé entre cette journée-là et aujourd'hui (hier) pour qu'il démissionne. Tu ne sollicites pas l'investiture de ton parti, ni de nouvelles fonctions ministérielles si tu songes à quitter la politique», insiste M. Dumont. Il ne semble pas convaincu par les raisons évoquées par M. Baril, notamment les éclaboussures des titres à la une sur sa vie familiale, pour justifier son départ du cabinet.
M. Dumont remarque enfin qu'outre M. Baril, ce sont des proches du premier ministre Bernard Landry, le ministre Sylvain Simard et le directeur général (lui aussi démissionnaire) du PQ Raymond Bréard qui se retrouvent au centre de la forte crise qui ébranle actuellement le Parti québécois. «Ils sont tous allés à l'école de M. Landry», dit-il.
Enquête
De son côté, le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Jean Charest, continue à réclamer la tenue d'une enquête publique pour faire toute la lumière sur les activités des lobbyistes qui ont frayé dans les officines gouvernementales, notamment ceux de la firme Oxygène 9 dont un des dirigeants, André Desroches, ami proche de M. Baril, a largement fait parler de lui au cours des dernières semaines.
«Ce n'est pas pour faire de l'acharnement, mais on pense que c'est utile. Et si les députés du PQ veulent inviter des témoins qui sont d'allégeance libérale, qu'ils le fassent. D'ailleurs, on a cru comprendre que M. Bréard voulait avoir une occasion de s'expliquer. Et Mme (Pauline) Marois elle-même évoquait la nécessité d'aller au fond des choses. Si le gouvernement pense que ce n'est pas utile, la population va en tirer ses propres conclusions», a indiqué M. Charest au cours d'un entretien avec La Presse.
Il dénonce cependant les déclarations du premier ministre Landry voulant que l'opposition libérale ait freiné l'adoption d'une loi sur le lobbyisme. «Il y a eu une commission parlementaire et les deux partis y participant ont conclu, à partir des informations dont ils disposaient à ce moment-là, il n'y avait pas de raison de réglementer le lobbyisme au Québec», indique-t-il.
Comme il l'a dit, le chef de l'opposition ne voulait pas s'acharner sur l'ex-ministre des Régions. Au début de l'entrevue, il a d'abord exprimé un sentiment d'étonnement devant cette démission, avant de rendre hommage à M. Baril. «C'était un parlementaire qui était très aimé pour ses valeurs humaines; il avait une longue histoire à l'Assemblée nationale et était apprécié de tous les côtés de la Chambre. Ça me fait de la peine de le voir aujourd'hui attristé par sa décision. Et je le crois lorsqu'il nous dit que sur le plan familial, c'était devenu une situation difficile à vivre.»
Un communiqué diffusé par le bureau du chef de l'opposition s'arrêtait d'ailleurs à souligner les qualités humaines de l'homme et à lui souhaiter la meilleure des chances dans ses nouveaux défis.
Gilles Baril remet sa démission
SRC
Le mercredi 13 février 2002
La crise provoquée au Parti Québécois par les révélations sur les activités de lobbying de proches de ministres a fait une nouvelle victime : Gilles Baril, ministres des Ressources naturelles et responsable des régions, a remis sa démission comme ministre. Il restera député de Bethier jusqu'aux prochaines élections générales, mais il a déclaré qu'il ne serait pas candidat pour le PQ à l'occasion de ce scrutin.
Gilles Baril a fondu en larmes pendant sa déclaration à la presse
Très ému, essuyant quelques larmes lorsqu'il a évoqué sa relation presque filiale avec le premier ministre, M. Baril a expliqué qu'il était incapable de supporter davantage la pression exercée sur lui depuis plusieurs semaines, en fait depuis les révélations du quotidien La Presse au sujet de ses relations avec le lobbyiste André Desroches, propriétaire de la firme de démarchage Oxygène 9. Gilles Baril a expliqué qu'il avait conclu une entente avec sa femme, voulant qu'il quitterait la vie politique si la situation devenait trop difficile à supporter.
M. Baril a affirmé que sa décision de démissionner n'avait rien à voir avec les événements survenus au cours du week-end lors du conseil national du PQ à Laval. À cette occasion, plusieurs ministres avaient exigé le départ du directeur général du parti, Raymond Bréard, à cause de ses activités de lobbying avant de devenir dg du PQ. M. Baril, pour sa part, s'était porté à la défense de Raymond Bréard, qui a finalement annoncé sa démission lundi en soirée.
Gilles Baril éclaboussé au conseil national
D'autre part, l'homme qui était au centre d'un conflit d'intérêts qui a éclaboussé le ministre Gilles Baril la semaine dernière s'est expliqué. Percival Broomfield dirige un organisme culturel de Sainte-Agathe, dans les Laurentides, qui a reçu une subvention de 100 000 dollars du ministère de Gilles Baril, mais il est également propriétaire de l'immeuble où loge l'organisme. Il est aussi l'un des attachés politiques du député péquiste de Bertrand, Claude Cousineau, d'où les accusations de conflit d'intérêts. M. Broomfield a démissionné dimanche soir de son poste d'attaché politique et il a annoncé qu'il rembourserait le loyer qu'il a perçu.
Deuxième démission en autant de jours au PQ
Raymond Bréard
La démission de Gilles Baril survient moins de 24 heures après celle du directeur général du Parti Québécois, Raymond Bréard. Ce dernier faisait l'objet d'allégations de conflit d'intérêts pour avoir touché 200 000 dollars de commission sur des subventions destinées à des activités culturelles. Une demi-douzaine de ministres, dont Pauline Marois, avaient déjà dit qu'il devait partir, le temps que la lumière soit faite sur cette affaire. Dans sa lettre de démission, Raymond Bréard affirme qu'il n'est coupable de rien. Il précise que les déclarations de la vice-première ministre ont compliqué la situation, et qu'elles ont aliéné le lien de confiance qui est essentiel au directeur général du parti pour assurer son fonctionnement.
Le fond du baril
J.-Jacques Samson
Le Soleil
Le mercredi 13 février 2002
Éditorial - Démission forcée lundi du directeur général du Parti québécois, Raymond Bréard ; démission hier, du Conseil des ministres, du fils politique du premier ministre Bernard Landry et organisateur en chef, Gilles Baril. La crise qui secoue le gouvernement Landry et le Parti québécois est remontée jusqu'au cercle restreint autour de la personne de M. Landry.
Nous serons d'abord très nombreux à demeurer sceptiques sur les véritables raisons de la démission de M. Baril, dont le nom a été associé ces dernières semaines aux pratiques d'un ami démarcheur, André Desroches, de la firme Oxygène9, avec qui il s'est même rendu au Mexique pour des vacances cet hiver. M. Baril a pu être affecté par des manchettes qui le plaçaient au centre de controverses et ternissaient l'image d'intégrité du Parti québécois, mais de telles dénonciations étaient-elles suffisantes pour pousser un politicien détenant un pareil rôle clé et bagarreur de tempérament à lancer si vite la serviette ? Cette démission survient d'autre part quelques jours seulement après un remaniement majeur du Conseil des ministres, dont M. Baril est l'un des pivots. Un ministre réfléchi aurait alors indiqué fermement au premier ministre sa volonté de réorienter sa carrière pour des raisons familiales afin de permettre à ce dernier de composer son équipe à partir de cette donnée. M. Landry fera aujourd'hui du colmatage.
La démission surprise de M. Baril accélère la désagrégation du gouvernement québécois. Or, le M. Landry n'a consenti hier encore à aucune admission publique d'erreur de sa part ou de celle d'un de ses collègues, ni adressé des blâmes et des réprimandes.
M. Landry a formé son premier Conseil des ministres en attribuant les fonctions sur la base des amitiés ou de l'appartenance à sa filière partisane. Gilles Baril a ainsi hérité, entre autres, de l'Industrie et du Commerce et des Régions, ce qui a fait sourciller le milieu des affaires, tout en devenant responsable de l'organisation politique. Le mariage de ces responsabilités est toujours suspect. Sylvain Simard, un autre fidèle, a alors obtenu le stratégique Conseil du Trésor, une fonction pour laquelle il n'était pas préparé. Pauline Marois a arraché tous les titres qu'elle convoitait pour la suite de sa carrière et non parce qu'elle était toute désignée pour les Finances. Le remaniement ridicule de janvier a de même été inspiré par des intérêts partisans, en vue de la prochaine élection générale. Ce sont des erreurs personnelles de M. Landry.
Le directeur général du parti, Raymond Bréard, s'était comporté de façon répréhensible sur le plan de l'éthique, entre 1998 et 2000. M. Landry a participé à la réunion, vendredi dernier, au cours de laquelle les membres de l'exécutif du parti ont blanchi M. Bréard. Quelques heures plus tard, il devait accepter sa démission, selon les termes usuels et il promet maintenant une loi avec des dents de requin pour endiguer semblables pratiques. Nous nageons dans l'incohérence.
Aucun reproche public à M. Bréard, aucun aveu d'un manque de vigilance, ne serait-ce que par naïveté, à la tête du gouvernement. Son ancien ministre de l'Industrie et du Commerce, Gilles Baril, maintenait des relations étroites avec un consultant, pourtant en relations avec le gouvernement au nom de clients qui touchaient des sommes importantes de l'État. Pas de réprimandes, encore moins de châtiment de la part du premier ministre, mais plutôt des mots pour consoler son ministre affligé d'être pris à partie par une presse portée au sensationnalisme. Et lorsque des pratiques associées erronément à du lobby ne peuvent être défendues, M. Landry les compare aux façons de faire sous les gouvernements de l'Union nationale ou des libéraux, pour les banaliser.
Bernard Landry n'est plus le numéro 2 du gouvernement. Il en est le chef. Celui qui doit incarner une noble autorité, celui dont les décisions devraient être guidées indiscutablement vers le bien public, celui qui doit incarner des valeurs morales élevées et être capable de les imposer dans la pyramide qu'il surplombe. La démission de Gilles Baril hier est une profonde blessure au leadership du premier ministre et une confirmation d'une fin de régime dans la gêne pour le Parti québécois, pour laquelle M. Landry n'a pas encore cheminé jusqu'à un mea culpa. Pour cette raison, il est de plus en plus douteux qu'un redressement soit encore possible.
Looking over his shoulderLandry scrambles as another PQ honcho goes over the side
DON MACPHERSON
Montreal Gazette
Wednesday, February 13, 2002
Another day, another resignation in Bernard Landry's inner circle. At the rate his party and his government are unraveling, the premier must be dreading what today may bring.
Yesterday, it was Gilles Baril, resigning from the cabinet only two weeks after accepting his new assignment in Landry's cabinet shuffle.
In commenting on Baril's resignation, Landry said he had consulted his cabinet priorities committee and his party executive yesterday and had spoken at length over the past two days with leadership hopeful Pauline Marois. He said all had assured him of their loyalty.
Of course they did. But the mere fact Landry felt the need to ask says something about the fragility of the unity of his party and his government. Landry is a leader who is looking over his shoulder.
The day before yesterday, it had been the PQ's top staffer who had resigned.
Since Raymond Bréard has refused to take questions about his resignation, we have been unable to inquire as to his future plans.
Specifically, we have not been able to find out whether he intends to get back into the lucrative business of lobbying his friends in the government for grants, from which he takes a cut.
Mind you, his former line of work might be somewhat less attractive, now that the government has vowed to regulate such activities. Yesterday, Landry blamed the absence of such regulations on the Liberals, who have not formed the majority in the National Assembly since 1994.
Landry, being Landry, has decreed that his government's rules must be bigger and better than the ones Ottawa has had for some time, while Quebec had none. That is, they must be stricter.
This might be bad news for Bréard, since even the present federal restrictions would have prevented him from doing what he did, which was to leave the staff of a minister, take one turn in the revolving door and immediately come back to start lobbying the government whose service he had just left.
There is one thing that the government and the party that forms it would like you to understand, which is that nobody has done anything wrong, ethically or legally, and they will not be allowed to do it again.
This is the contorted position the PQ has taken in the matter of the embarrassing disclosures of ties between paid lobbyists and certain high-level Péquistes, all of them friends or proteges of Landry.
Bréard followed a similar line in his letter of resignation as the PQ's director-general, which was made public late Monday evening. He was quitting even though he had done nothing wrong. And he was in favour of rules to prevent anybody else from making $200,000 in commissions for getting government grants the way he had. Not that there was anything wrong with that.
If there was a problem, which there wasn't, but if there was, it was strictly one of "optics," to use current politicospeak for perception. And to paraphrase something the political scientist Vincent Lombardi is supposed to have said, perception isn't everything in politics, it's the only thing.
Nobody had done anything wrong, but what they had done, well, it just didn't look right. Especially not after Marois, No. 2 in the government and No. 1 in ambition, had publicly suggested that the party's director-general "temporarily" step down. After that, Bréard's position became untenable.
So Bréard stepped up to take one for the team. That's the way it goes in politics. Everybody in a government or a political party is expendable, except for the guy at the top.
But Landry has emerged from the excitement of recent days far from unscathed, looking both weak and indecisive in his handling of the affair, reinforcing an impression left by the mess he made of his cabinet shuffle, which he is still trying to clean up.
After the story of Bréard's lobbying activities broke on Saturday morning, Landry's initial, instinctive reaction was that Bréard had to go in order to limit the damage to the party. And politically, at least, Landry's instinct was probably right.
But he then abdicated his responsibilities as party leader and allowed himself to be talked out of demanding Bréard's resignation by the party executive. Even then, however, he tried to hedge his bets by not appearing with the rest of the executive when it announced its support of Bréard. Landry's absence was duly noted, and Bréard's position was further undermined. The message was that Landry was leaving his friend to dangle.
Marois was only too glad to cut him down the next morning. By becoming the first member of the government to call publicly for Bréard to take a "temporary" sip of hemlock, she again made it look as though she had taken charge from Landry, just as she had a few days earlier when she announced there would be no spring election. Landry, who could have looked either tough or loyal dealing with Bréard, ended up looking neither.
Say, have you heard what Bernard Landry likes to eat for breakfast?
Waffles.
Baril croule sous la pressionDémission-surprise d'un ministre clé du cabinet Landry
Mario Cloutier
Robert Dutrisac
LeDevoir
Le mercredi 13 février 2002
Durement éprouvé par la pression, Gilles Baril a remis sa démission-surprise à titre de ministre d'État du gouvernement Landry.
Très proche de Bernard Landry, qui voyait en lui, encore hier, un «jeune homme très talenteux» pour lequel il avait de l'affection et de l'admiration, Gilles Baril a abandonné hier, «pour des raisons familiales», ses nombreuses responsabilités de ministre d'État aux Ressources naturelles et aux Régions ainsi que de responsable du Nord québécois et de l'organisation électorale. Gilles Baril demeurera toutefois député de Berthier jusqu'aux prochaines élections générales.
Prenant tout le monde de court, M. Baril a mis un frein à sa carrière politique en ajoutant qu'il ne sera pas candidat pour le Parti québécois lors des prochaines élections. Élu pour la première fois dans Rouyn-Noranda en 1981, M. Baril, âgé de 44 ans, a ainsi voulu faire cesser les rumeurs entourant son récent périple au Mexique avec son ami André Desroches, lobbyiste chez la firme Oxygène 9.
«C'est dans l'avion, en revenant du Mexique, que les choses se sont précipitées dans ma tête. Je ne pouvais plus supporter autant de tension. Quand les caméras, les micros et la plume des journalistes ne cessent de vous poursuivre et vous traquent, cela devient étourdissant, invivable, tant pour votre entourage que pour vous-même.»
En évoquant sa relation «quasi filiale» avec le premier ministre Landry, M. Baril a fondu en larmes. Défait, sanglotant, il lui a réitéré son affection et sa loyauté, lançant un dernier appel à la solidarité ministérielle, mise à rude épreuve au cours des dernières semaines.
«Je demande à tout le monde de l'aimer, de l'épauler et de l'appuyer comme je l'ai fait avec beaucoup de coeur depuis 20 ans», a dit Gilles Baril.
Officiellement, M. Baril, qui avait accepté des responsabilités accrues lors du récent remaniement ministériel, quitte le cabinet Landry pour reprendre contact avec sa famille, ébranlée tout comme lui par les allégations de conflit d'intérêts entourant ses vacances au Mexique.
«Tout était joué, en ce qui le concerne, avant la fin de semaine. Il s'en était déjà ouvert à des intimes», a dit Bernard Landry au cours du point de presse qui a suivi la déclaration de M. Baril. Le premier ministre a lui aussi appris la décision irrévocable de son protégé en fin de semaine.
Cette démission est d'autant plus surprenante que le 30 janvier dernier, Gilles Baril acceptait de faire partie du cabinet de M. Landry avec de lourdes responsabilités, dont celle de l'organisation politique et électorale. Il y a dix jours, il se présentait à l'investiture de son comté, une formalité qu'il a remportée sans opposition.
Le premier ministre Landry, relatant avoir «senti qu'il [Gilles Baril] était moralement très affecté» par les articles de journaux touchant ses liens avec son ami et lobbyiste André Desroches alors qu'il était en vacances au Mexique, a affirmé avoir parlé plusieurs fois avec son ministre au téléphone. «Il remettait en question sa vie publique tellement il était éprouvé. Il tenait à son intégrité», a-t-il dit. «Il avait récupéré au retour, je lui avais remonté le moral du mieux que j'ai pu, ainsi que ses nombreux amis.» Dans ces circonstances, si Gilles Baril a accepté de lourdes responsabilités ministérielles, il y a moins de 15 jours, c'est «parce que je l'ai supplié, au nom du devoir et au nom de l'intérêt national, de passer par-dessus sa tristesse et son chagrin», a dit M. Landry. Mais vendredi dernier, à la veille du conseil national du PQ, une autre manchette de La Presse, le visant une fois de plus, a eu raison de sa fragile détermination.
Sur la question du traitement journalistique dont M. Baril ainsi que Raymond Bréard ont fait l'objet, le premier ministre a invoqué «la concurrence vive et la chasse aux manchettes» qui ont pu conduire, selon lui, «à une certaine dérive de procès sommaires» faits «non pas tellement dans le but d'informer mais d'être plus sensationnel que le concurrent».
Par contre, des échos différents, émanant de la réunion du comité des priorités du cabinet Landry, hier à Montréal, ont résonné jusqu'à Québec. La démission du directeur du PQ, Raymond Bréard, et la crise au sein du parti, sur fond de lobbying, ont mis la table pour une réunion particulièrement houleuse où les clans Marois et Baril se seraient de nouveau affrontés en matinée.
À l'annonce de la démission de Gilles Baril, le ministre de l'Éducation, Sylvain Simard, un autre lieutenant de Bernard Landry, a paru particulièrement affecté. L'opposition libérale a demandé la démission de M. Simard en fin de semaine à la suite de révélations sur une suggestion qu'avait faite le ministre à un homme d'affaires d'utiliser les services du groupe Oxygène 9. Quant à elle, la ministre d'État à la Famille et à l'Enfance, Linda Goupil, a fondu en larmes à l'annonce du départ du ministre des Régions.
Le chef du Parti libéral, Jean Charest, a également dit avoir tenté de convaincre le ministre Baril de rester en place. Étonné de sa décision, M. Charest a parlé à M. Baril lors d'une conversation téléphonique hier après-midi.
«Je ne comprenais pas ses raisons, mais j'accepte le fait qu'il s'agisse d'une décision familiale. Je l'aimais beaucoup. C'était un parlementaire très respecté pour son itinéraire et les obstacles qu'il a franchis dans sa vie.»
Il abandonne toutes ses fonctions ministérielles
Démission surprise de Baril
Denis Lessard
La Presse
Le mercredi 13 février 2002
Des sanglots dans la voix, M. Baril a soutenu hier qu'il avait pris cette décision pour des raisons familiales. Il quitte non seulement l'organisation de la campagne électorale, mais aussi toutes ses responsabilités ministérielles, les Ressources naturelles, les Régions et le Développement du Nord, pour demeurer uniquement député de Berthier.
En outre, cette décision tire un trait sur sa carrière politique, a-t-il ajouté hier, il ne sera pas candidat aux prochaines élections provinciales, bien qu'il ait franchi l'étape de son assemblée d'investiture il y a à peine 10 jours. Il s'est carrément écroulé quand il a rappelé sa «rela tion privilégiée, quasi filiale» avec son mentor politique Bernard Landry, «un homme aux qualités de coeur extraordinaires».
Son départ n'a rien à voir avec la crise survenue en fin de semaine au conseil national du PQ, a-t-il soutenu. MM. Baril et Bréard travaillaient ensemble à l'organisation du parti et avaient encaissé durement le verdict des complémentaires du 1er octobre dernier.
«C'est dans l'avion en revenant du Mexique que les choses se sont précipitées dans ma tête. Je ne pouvais plus supporter autant de tension» a-t-il expliqué hier. La Presse a révélé qu'il s'était rendu au Mexique avec son ami lobbyiste André Desroches, dont la firme Oxygène 9 a profité de ses relations étroites avec le ministre de l'Industrie, qui était alors M. Baril.
La Presse a aussi révélé qu'Oxygène 9 avait récolté 300000$ comme intermédiaire à même la subvention versée à la Société du parc des Îles par le fonds destiné à remplacer les commandites du tabac, qu'administrait à l'époque M. Baril comme ministre délégué à la Santé. Oxygène 9 a également obtenu 125000$ sur la subvention obtenue du même fonds par le festival Juste pour rire, de même que 400000$ pour agir comme intermédiaire entre le fonds de 30 millions mis en place pour les événements majeurs internationaux, et des organismes comme le Festival de jazz, le Carnaval de Québec et le Grand Prix de Trois-Rivières.
Repoussant hier toutes les questions, M. Baril n'a pas expliqué pourquoi il avait accepté des responsabilités accrues (aux Ressources naturelles) dans le tout récent remaniement ministériel, ni pourquoi il avait déjà, le premier, tenu son assemblée d'investiture dans Berthier, le 3 février, bien après son retour du Mexique.
Samedi dernier, M. Baril a défendu également avec fougue son ami Raymond Bréard, le directeur général du PQ, plongé lui aussi dans l'embarras à cause de ses relations avec Oxygène 9.
Sylvain Simard - lieutenant de Bernard Landry, au même titre que MM. Baril et Bréard, avait, quant à lui, fait la promotion de la firme de lobbyisme auprès d'un entrepreneur de l'Outaouais.
M. Baril a communiqué cette semaine sa décision à M. Landry, et en a fait part hier matin aux ministres du comité des priorités réuni à Montréal. Lundi soir, juste avant son départ, M. Baril avait eu un entretien avec Jean Saint-Gelais, le secrétaire général du gouvernement.
La pression des médias a été déterminante dans sa décision, a soutenu hier Gilles Baril. «Quand les caméras, les micros et la plume des journalistes ne cessent de vous poursuivre et vous traquent, cela devient étourdissant, invivable, tant pour votre entourage que pour vous-même», a-t-il dit.
À des proches il y a quelques jours, il avait plutôt confié qu'il se posait des questions sur son flair politique après son épisode mexicain. «Il n'avait rien à dire contre les médias. Surtout, il ne comprenait pas comment il avait pu ne pas se rendre compte du problème que cela pouvait poser», a expliqué un de ses confidents.
Dans l'entourage de Bernard Landry et dans plusieurs cabinets politiques, des apparatchiks péquistes demandent depuis plusieurs jours aux journalistes s'ils disposent d'autres informations embarrassantes sur Oxygène 9, susceptibles d'entraîner de nouveaux articles tout aussi gênants.
Selon les informations obtenues par La Presse, Michel Morin, le député de Nicolet, actuellement whip du PQ, serait susceptible de prendre la relève de M. Baril comme organisateur politique. M. Morin avait la responsabilité de la campagne à la direction de M. Landry l'an passé. Quant aux responsabilités de ministre des Ressources naturelles, elles pourraient, selon la rumeur, aller à François Gendron, ministre délégué aux Forêts qui avait occupé le même poste sous Jacques Parizeau.
M. Baril a dit avoir longuement discuté avec sa femme de ses intentions. «J'ai conclu une entente avec ma femme. Tant et aussi longtemps que la politique me comble, elle m'appuie entièrement. Si le plaisir n'y est plus, l'appui n'y est plus», a-t-il expliqué.
Un purgatoire d'un an sera imposé aux ex-conseillers politiques
Sus aux prélèvements sur les subventions
Denis Lessard
La Presse
Le mercredi 13 février 2002
Bernard Landry a été avare de commentaires mardi, mais il a soutenu qu'à son avis, le projet de loi envisagé règlerait les problèmes soulevés par les médias depuis un mois.
Les firmes de lobbyisme ne pourront plus se payer à même un pourcentage des subventions gouvernementales en vertu du projet de loi dont le premier ministre Bernard Landry dévoilera aujourd'hui les grandes lignes.
En outre, les attachés politiques se verront empêchés pendant un an de faire des représentations auprès de leurs anciens patrons politiques, un «purgatoire» identique à celui déjà imposé aux hauts fonctionnaires quand ils quittent le gouvernement.
Finalement, comme à Ottawa, les firmes de lobbyistes seront tenues d'inscrire officiellement leurs activités ainsi que d'identifier leurs clients.
L'interdiction d'être payé à même un pourcentage des subventions aurait empêché Oxygène 9 de prélever des centaines de milliers de dollars sur des subventions versées par l'État à des sociétés d'État ou à des organisations responsables d'événements majeurs. Dans le cas du fonds de lutte antitabac, Oxygène 9 avait prélevé jusqu'à 20% sur une subvention versée à la Société du parc des Îles, des honoraires de 300000$ pour une subvention de 1,5 million venant de fonds publics.
Le premier ministre Landry a été avare de commentaires hier, mais il a soutenu qu'à son avis, le projet de loi envisagé réglerait les problèmes soulevés par les médias depuis un mois.
«On va faire en sorte que cette loi respectueuse des libertés fondamentales soit quand même tout à fait exemplaire par rapport à ce qui se fait ailleurs, c'est-à-dire transparence, distance, traitement voulu pour les organisations publiques par rapport aux organisations privées».
M. Landry a reporté de 15 heures son départ pour la mission d'Équipe Canada en Russie afin de pouvoir présider ce matin la réunion du Conseil des ministres où le ministre de la Justice Paul Bégin expliquera ses orientations sur le lobbyisme.
Hier, M. Landry avait peine à cacher sa peine devant la démission de son protégé de longue date, Gilles Baril. «J'ai appris sa démission avec beaucoup de tristesse. Il fut un des plus jeunes députés à être élus à l'Assemblée nationale. Il a pris cette décision pour des raisons personnelles et familiales, que tous les gens qui sont en politique peuvent comprendre,» a-t-il déclaré.
«Il m'a parlé du Mexique, j'ai senti qu'il était moralement très affecté par les conséquences, qu'on le caricature comme le Gagliano du Québec» d'expliquer le premier ministre, avant d'ajouter: «C'est quelqu'un que j'aime beaucoup, qui a mon admiration, uen personne d'un dynamisme incroyable, qui avait un respect incroyable des régions.»
Quand on lui demande pourquoi M. Baril a accepté des responsabilités accrues dans le tout récent remaniement ministériel s'il songeait à quitter la vie politique, M. Landry souligne que c'est à contrecoeur que son protégé avait accepté. «Je l'ai supplié au nom du devoir et de l'intérêt national de passer par-dessus sa tristesse et son chagrin et de continuer. Il a accepté généreusement de le faire»
Selon M. Landry, Gilles Baril a encaissé très difficilement une manchette de La Presse vendredi dernier, soutenant que le ministre des Régions se retrouvait à nouveau «dans le pétrin» pour une subvention à la Feria de Sainte-Agathe. Une connaissance de M. Baril, Percival Broomfield, s'était retrouvé en conflit d'intérêts en faisant louer un édifice qu'il venait d'acheter à l'organisme à but non lucratif subventionné qu'il présidait. M. Landry estime que la compétition entre les médias «entraîne une certaine dérive de procès sommaires, et un abus des grosses manchettes».
Après le départ lundi soir de Raymond Bréard, un autre de ses principaux lieutenants, M. Landry souligne que son ascendant sur le parti n'en est pas altéré. «Je n'ai reçu que des témoignages de sympathie et de solidarité renouvelée», affirme-t-il.
Il insiste aussi sur la loyauté de Pauline Marois qui s'était ouvertement opposée au maintien en poste de Raymond Bréard. «C'est une personne très loyale, on a vu toutes sortes de légendes dans les journaux... Elle est aussi outrée par ces rumeurs, ces spéculations concernant son manque de loyauté. J'ai cultivé depuis 10 mois le tandem Landry-Marois, j'ai l'intention de continuer à le faire», conclut M. Landry.
Key PQ minister quitsGilles Baril is second loyalist linked to lobbying company to resign
KEVIN DOUGHERTY
Montreal Gazette
Wednesday, February 13, 2002
Gilles Baril, Premier Bernard Landry's top political minister, resigned yesterday, less than 24 hours after Raymond Bréard, the Parti Québécois's chief organizer, stepped down over revelations of his past activities as a lobbyist.
The resignations, and new rumours that more scandals could soon come to light, have thrown the premier and his government into turmoil.
In an emotional statement, Baril cited "family reasons" for his decision to quit, but the timing of his announcement fueled more questions about the links between the provincial government and Oxygène 9 Inc., a lobbying firm that was co-owned by Bréard and Baril's friend André Desroches.
The growing controversy has also touched Sylvain Simard, named education minister in last month's cabinet shuffle, and a Landry loyalist who has been the subject of media innuendo as well since it was learned he referred an entrepreneur seeking financing to Oxygène 9.
The focus on Oxygène 9 has prompted Landry to announce his government will adopt a law regulating lobbyists.
"If it had been done two years ago, maybe we would not have had these extremely unfortunate events we have lived through in the last few days," Landry said yesterday.
Even to other lobbyists, Oxygène 9 remains a secretive, mysterious organization that emerged suddenly on Quebec's political scene.
In its brief existence, the small firm, set up in a modest building on Saint Laurent Blvd. in 1999, has extended its tentacles of influence into the upper levels of the PQ government.
Baril did not mention Oxygène 9 yesterday when he read his prepared statement to reporters, bursting into tears when he talked about his "almost filial" relations with Landry.
"Yes, I traveled to Mexico with my friend André Desroches by car," Baril said. "Our January vacation, planned so we (Baril and his family) could get back together, was transformed into a real nightmare."
News that Baril had traveled with Desroches, his friend for the last 20 years and a sometime PQ organizer, made headlines back home, keeping him tied to the phone most of the time.
"It was on the plane coming back from Mexico that things came together in my head," he said. "I could not take so much tension any more."
Baril will stay on as MNA for Berthier riding until the next election, heading off the embarrassment of another difficult by-election for the embattled PQ.
First elected to the National Assembly 20 years ago, at 22, Baril was the youngest person ever elected the Quebec legislature. After he was defeated in 1985, Baril had problems with drugs and alcohol, as did Landry's son Philippe, addictions the two men overcame. The premier and Baril have been close personal friends since that time.
"He is someone I like a lot and who has my admiration," Landry said. "He is incredibly dynamic and efficient in his work."
The premier recalled that Baril had told him from Mexico he was thinking of resigning and when he returned Landry had to beg him to take on new responsibilities for natural resources in his cabinet shuffle.
Landry will announce a mini-shuffle today, distributing Baril's responsibilities to other cabinet members.
Press coverage caricaturing Baril as "the Gagliano of Quebec" hurt him, Landry added, but the final straw was an article in La Presse last Friday saying that part of a $100,000 subsidy Baril granted to former PQ organizer Percival Broomfield had gone into Broomfield's pocket.
Landry described the story as "an affair of secondary importance that cost nothing to the taxpayers," but said it triggered Baril's decision to resign "to concentrate more on his family life, with more serenity, more availability."
Landry said there was no link between the resignations of Baril and that of Bréard.
And he also denied that the stance taken by a handful of ministers, led by Deputy Premier Pauline Marois, openly disagreeing with a unanimous motion of support for Bréard by the party executive, indicated that a leadership putsch was building in party ranks.
Landry said he and Marois had spoken at length and she assured him of her loyalty.
"I have total confidence in her and she reiterated to me several times that she was outraged by these rumours, this speculation concerning her lack of loyalty," he said. "I always considered her an extremely loyal woman. After a lot of reflection, she decided to become my deputy premier."
He predicted that "the tandem Landry-Marois" would remain "a wonderful team."
Lobbying: Landry veut un purgatoire de deux ans
Robert Dutrisac
LeDevoir
Le mercredi 13 février 2002
À la faveur d'une législation encadrant le lobbying de façon sévère, le gouvernement Landry entend imposer un purgatoire de deux ans à tout le personnel politique pour empêcher les employés des cabinets de monnayer, par le biais du lobbying, leurs connaissances des rouages de l'État.
C'est aujourd'hui que le premier ministre Bernard Landry, flanqué du ministre de la Justice, Paul Bégin, dévoilera les grandes orientations du gouvernement en matière d'encadrement des activités des lobbyistes. Un briefing technique auquel aurait participé M. Bégin avait tout d'abord été prévu pour vendredi, mais M. Landry, reportant de 15 heures son départ pour Moscou, a préféré devancer l'annonce pour y prendre part aujourd'hui même.
Hier, Paul Bégin a confirmé au Devoir que le gouvernement préconisera, dans les lignes directrices dévoilées aujourd'hui, cette imposition d'un purgatoire de deux ans aux directeurs de cabinet, attachés politiques, attachés de presse et autres employés du même type avant qu'ils ne puissent accepter des fonctions associées au lobbying et au démarchage auprès du gouvernement. «C'est une des questions qu'on doit soumettre», a dit le ministre.
Hier, le premier ministre a promis des lignes directrices qui déboucheront sur une loi «respectueuse des libertés fondamentales» mais en même temps «tout à fait exemplaire par rapport à ce qui se fait ailleurs» afin de garantir «distance, transparence, traitement voulu par les organismes publics par rapport aux organisations privées». Selon certaines sources, l'éventuel projet de loi comprendrait un mécanisme d'enregistrement des lobbyistes, comme c'est la pratique à Ottawa et à Queen's Park. L'idée d'un conseiller à l'éthique relevant de l'Assemblée nationale faisait également son chemin à Québec.
Si une telle loi avait été adoptée, ce qu'il est convenu d'appeler l'affaire Bréard ne serait jamais survenu.
«Si ç'avait été fait il y a deux ans, on n'aurait peut-être pas eu les événements extrêmement malheureux qu'on a vécus au cours des derniers jours», a dit M. Landry.
Bernard Landry en a imputé la faute aux libéraux, qui s'étaient formellement opposés à une telle législation, il y a deux ans, lorsque la Commission des finances publiques avait procédé à l'examen de l'activité du lobbying au Québec. En novembre 1999, les députés avaient déposé un rapport qui évacuait toute volonté de légiférer en la matière.
Le chef libéral Jean Charest et le leader de l'opposition officielle Pierre Paradis ont dénoncé ces propos du premier ministre. «Bernard Landry a la majorité, qu'il légifère», ont-ils soutenu, rappelant que Lucien Bouchard avait parlé dans son discours inaugural d'un projet de loi pour encadrer le lobbying.
Le nouveau président du caucus des députés péquistes, Serge Geoffrion, membre de la Commission des finances publiques, a rappelé que nul autre que Sylvain Simard avait proposé en juin 2000 que les députés reprennent leur examen, ce qui avait été rejeté par les libéraux.
Pour le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, ce qui est en cause dans l'affaire Bréard ou dans les conseils prodigués à une entreprise par Sylvain Simard pour qu'elle fasse affaire avec Oxygène 9, ce n'est pas l'activité du lobbying. «Quand des gens ont déjà accès au bureau du ministre, ont déjà présenté leur dossier, et que des personnes amies du parti au pouvoir sont introduites après, c'est un système de graissage», a dit M. Dumont. Le chef de l'ADQ s'est également demandé si ceux qui ont reçu des subventions grâce à ces firmes près du pouvoir ont par la suite été invités à contribuer à la caisse électorale du PQ.
Selon Yves Boisvert, professeur à la chaire Fernand-Dumont de l'INRS et directeur du Laboratoire d'éthique publique, le gouvernement veut adopter une loi sévère sans vraiment prendre le soin d'en analyser toutes les conséquences. Il souligne que la qualité du personnel politique pourrait en pâtir. «Ça ne me convainc pas d'avoir une loi plus sévère», a-t-il dit, signalant l'importance d'avoir plutôt un mécanisme d'application et de suivi efficace.
Attention à l'impro !
Gilbert Lavoie
Le Soleil
Le jeudi 14 février 2002
Bousculé par les démissions de Raymond Bréard et de Gilles Baril, le gouvernement Landry a annoncé en catastrophe le dépôt d'un projet de loi sur le lobbyisme. L'objectif est louable, mais l'empressement avec lequel on pousse cette idée rappelle l'improvisation qui a marqué la présentation des lois antiterroristes à Ottawa. Soucieux de se montrer plus blanc que neige, le gouvernement prépare une loi « avec des dents de requin » qui risque de créer un fouillis administratif et faire des délinquants partout.
Les grands principes auxquels on s'attendait sont là : enregistrement des lobbyistes, de leurs activités ; nomination d'un conseiller en éthique ; instauration d'un purgatoire d'un an ou deux pour les politiciens et leurs employés qui quittent la politique. Le gouvernement innove, en soumettant les municipalités à cette loi. C'est bien.
Mais là où Québec improvise, c'est en annonçant que tous les membres des corporations professionnelles qui influencent les décideurs sont des lobbyistes. Cette disposition de la loi vise notamment les avocats qui se livrent parfois à du lobbyisme, mais refusent de s'enregistrer en invoquant le rapport de confidentialité qui les lie à leurs clients.
Paul Bégin a raison de vouloir atteindre tous les lobbyistes, mais il risque de noyer le poisson et de créer un monstre administratif en ratissant trop large. Selon lui, un avocat, un comptable, un ingénieur ou un architecte, qui accompagne son client pour convaincre un élu ou un fonctionnaire, devient un lobbyiste.
Il faudra attendre le texte de la loi pour avoir le mot final, mais si on se fie aux propos du ministre, la définition du lobbyisme embrassera très large.
Il y a 45 corporations professionnelles au Québec. Imagine-t-on le fouillis administratif si toute intervention d'un professionnel auprès d'un politicien ou d'un fonctionnaire en fait un lobbyiste ?
Le comité parlementaire sur l'examen de l'activité du lobbying au Québec a conclu, il y a deux ans, que « l'efficacité de la loi se mesurera par une modification des attitudes et comportements et non par une multitude des poursuites ». Il a ajouté que « la simplicité administrative devrait être l'objectif principal en ce qui a trait à la gestion de la loi ». M. Bégin va dans le sens inverse.
Le même comité a statué qu'il serait « périlleux » de vouloir réglementer le lobbyisme en s'appuyant « sur la présence de pratiques douteuses ou de scandales ». Or Bernard Landry agit en réaction à une situation de crise.
Lucien Bouchard a annoncé son intention d'encadrer le lobbyisme, le 25 mars 1996. Après nous avoir fait attendre six ans, M. Landry n'a pas le droit d'improviser. Sans quoi il risque de compliquer la vie à des milliers de personnes, uniquement pour se disculper du manque de jugement de quelques amis.

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