«« GUERRE CONTRE L'IRAK



The Martial Plan

By PAUL KRUGMAN, NYT 21 février 2003
http://www.nytimes.com/2003/02/21/opinion/21KRUG.html


The Marshall Plan was America's finest hour. After World War I, the victors did what victors usually do: they demanded reparations from the vanquished. But after World War II America did something unprecedented: it provided huge amounts of aid, helping both its allies and its defeated enemies rebuild.

It wasn't selfless altruism, of course; it was farsighted, enlightened self-interest. America's leaders understood that fostering prosperity, stability and democracy was as important as building military might in the struggle against Communism.

But one suspects that our current leaders would have jeered at this exercise in "nation-building." And they are certainly following a very different strategy today.

It's not that the Bush administration is always stingy. In fact, right now it is offering handouts right and left. Most notably, it has offered the Turkish government $26 billion in grants and loans if it ignores popular opposition and supports the war.

Some observers also point out that the administration has turned the regular foreign aid budget into a tool of war diplomacy. Small countries that currently have seats on the U.N. Security Council have suddenly received favorable treatment for aid requests, in an obvious attempt to influence their votes. Cynics say that the "coalition of the willing" President Bush spoke of turns out to be a "coalition of the bought off" instead.

But it's clear that the generosity will end as soon as Baghdad falls. Mais il est clair que la générosité cessera dès la chute de Bagdad. After all, look at our behavior in Afghanistan. In the beginning, money was no object; victory over the Taliban was as much a matter of bribes to warlords as it was of Special Forces and smart bombs. But President Bush promised that our interest wouldn't end once the war was won; this time we wouldn't forget about Afghanistan, we would stay to help rebuild the country and secure the peace. So how much money for Afghan reconstruction did the administration put in its 2004 budget?

None. The Bush team forgot about it. Embarrassed Congressional staff members had to write in $300 million to cover the lapse. You can see why the Turks, in addition to demanding even more money, want guarantees in writing. Administration officials are insulted when the Turks say that a personal assurance from Mr. Bush isn't enough. But the Turks know what happened in Afghanistan, and they also know that fine words about support for New York City, the firefighters and so on didn't translate into actual money once the cameras stopped rolling.

And Iraq will receive the same treatment. On Tuesday Ari Fleischer declared that Iraq could pay for its own reconstruction - even though experts warn that it may be years before the country's oil fields are producing at potential. Off the record, some officials have even described Iraqi oil as the "spoils of war."

So there you have it. This administration does martial plans, not Marshall Plans: billions for offense, not one cent for reconstruction.

Of course, postwar reconstruction in Europe and Japan wasn't just a matter of money; America can also be proud of the way it built democratic institutions. Alas, the Bush administration's postwar political plans are even more alarming than its economic nonchalance.

Turkey has reportedly been offered the right to occupy much of Iraqi Kurdistan. Yes, that's right: as we move to liberate the Iraqis, our first step may be to deliver people who have been effectively independent since 1991 into the hands of a hated foreign overlord. Moral clarity!

Meanwhile, outraged Iraqi exiles report that there won't be any equivalent of postwar de-Nazification, in which accomplices of the defeated regime were purged from public life. Instead the Bush administration intends to preserve most of the current regime: Saddam Hussein and a few top officials will be replaced with Americans, but the rest will stay. You don't have to be an Iraq expert to realize that many very nasty people will therefore remain in power - more moral clarity! - and that the U.S. will in effect take responsibility for maintaining the rule of the Sunni minority over the Shiite majority.

If this all sounds incredibly callous and shortsighted, that's because it is. But then what did you expect? This administration doesn't worry about long-term consequences - just look at its fiscal policy. It wants its war; there's not the slightest indication that it's interested in the boring, expensive task of building a just and lasting peace.

Le Plan Marshall fut la plus belle page de l'histoire de l'Amérique. Après la première Guerre Mondiale, les vainqueurs firent ce que font habituellement les vainqueurs : ils exigèrent des réparations des vaincus. Mais après la 2de Guerre Mondiale, l'Amérique fit quelque chose qu'on n'avait jamais vu : elle fournit une aide énorme pour aider à se reconstruire à la fois ses alliés et ses ennemis défaits.

Ce n'était pas pur altruisme, bien sûr ; c'était de l'intérêt à long terme bien compris. Les dirigeants de l'Amérique avaient compris que promouvoir la prospérité, la stabilité et la démocratie était aussi important pour lutter contre le Communisme que de construire la puissance militaire.

Mais on peut penser que nos dirigeants actuels auraient regimbé à cet exercice de "contruction d'une nation". Et ils suivent certainement une stratégie très différente aujourd'hui.

Ce n'est pas que le gouvernement Bush est toujours avare. En fait, en ce moment même il offre des subventions à droite et à gauche. Il est à noter qu'il a offert au gouvernement turc 26 milliards de $ en dons et prêts à condition que celui-ci ignore l'opposition populaire et soutienne la guerre.

Des observateurs font aussi remarquer que l'administration a transformé le budget de l'aide étrangère en instrument de la diplomatie de guerre. De petits pays qui siègent actuellement au Conseil de Sécurité de l'ONU ont soudainement reçu une réponse faborable à leurs demandes d'aide, dans une tentative manifeste pour influencer leurs votes. Les cyniques disent que la "coalition des volontés" dont a parlé le Président Bush se révèle à la place une "coalition des vendus".

Après tout, regardez notre conduite en Afghanistan. Au début, l'argent n'était pas une fin ; la victoire sur les Talibans était autant une affaire de corruption des chefs de guerre que de forces spéciales et de bombes intelligentes. Mais le Président Bush avait promis que notre intérêt ne s'arrêterait pas dès la victoire; cette fois-ci nous n'oublierions pas l'Afghanistan, nous resterions pour aider à reconstruire le pays et assurer la paix. Donc combien l'Administration Bush a-t-elle mis dans son budget 2004 pour la reconstruction de l'Afghanistan ?

Aucun. L'équipe de Bush a tout oublié de cette question. Des membres embarassés du Congrès ont d^inscrire 300 millions $ au budget pour pallier ce manque. Vous pouvez comprendre pourquoi les Turcs , en plus de demander toujours plus d'argent, désirent des garanties écrites. Les officiels du gouvernement se sentent insultés quand les Turcs disent que la garantie personnelle de M. Bush ne suffit pas. Mais les Turcs savent ce qui s'est passé en Afghanistan et ils savent aussi que les bonnes paroles sur le soutien à la ville de New York, ses pompiers, etc. ne se sont pas traduits en argent une fois que les caméras ont cessé de tourner.

Et l'Irak recevra le même traitement. Mardi Ari Fleisher a déclaré que l'Irak pouvait payer pour sa propre reconstruction - même si les experts disent que la remise en marche des champs de pétrole du pays pourrait prendre des années. En privé les officiels ont même décrit le pétrole irakien comme "butin de guerre".

Telle est la situation. Cette administration bâtit des plans de guerre, pas des Plans Marshall :des milliards pour l'agression, mais pas un cent pour la reconstruction.

Bien sûr, la reconstruction du Japon et de l'Europe n'était pas seulement une question d'argent ; l'Amérique peut aussi être fière de la manière dont elle a construit des institutions démocratiques. Hélas les projets politique de l'Administration Bush pour l'après-guerre sont encore plus inquiétants que sa nonchalance économique.

La Turquie s'est vu offrir le droit d'étendre son occupation du Kurdistan Irakien. Oui, c'est vrai : dans notre volonté de libérer les Irakiens, nos premiers actes seront de livrer un peuple qui a été effectivement indépendant depuis 1991 aux mains d'une puissance étrangère haïe. Clareté morale !

Pendant ce temps les exilés Irakiens outragés racontent qu'il n'y aura aucun équivalent de la dénazification au cours de laquelle la vie publique avait été épurée des complices du régime abattu. A la place, l'administration Bush a l'intention de préserver la plupart des membres du régime au pouvoir actuellement : Saddam Hussein et quelques officiels de haut niveau seront remplacés par des Américians mais les autres resteront en place. Il n'y a pas de besoin d'être un expert de l'Irak pour savoir que l la plupart de ceux qui resteront au pouvoir ont été de méchantes gens -encore plus de clareté morale ! - et que les E.U. prendront la responsabilité effective de maintenir la domination de la minorité Sunnite sur la majorité Chiite.

Si cela semble incroyablement sans coeur et à courte vue, c'est parce que cela l'est. Mais enfin, à quoi vous attendiez-vous ? Cette Administration ne se préoccupe pas des conséquences à long terme - il n'y a qu'à voir sa politique fiscale. Elle veut sa guerre ; il n'y a pas le moindre signe qu'elle s'intéresse à la tâche pénible et coûteuse de construire une paix juste et durable.