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«« TRIBUNE LIBRE
Revenez! Revenez! On vous aime! Il faudra bien plus qu’un cri alarmiste de dernière heure, presque déchirant, pour faire revenir ceux que le Parti a abandonnés
Nestor Turcotte
Philosophe
Tribune libre Le 27 novembre 2002
Le Parti québécois tient à Québec, durant le prochain week-end, son Conseil national. L’opération charme est déjà commencée. Coincé entre son aile plus radicale (Les Caribous) qui ne croit plus à la démarche du Parti et qu’il l’a quitté afin d’aller «magasiner» ailleurs, et son aile modérée (Les Mous et les Gélatineux) qui croit toujours que le Parti va la conduire dans les verts pâturages de la souveraineté, les dirigeants du Parti, en fin de deuxième mandat, cherchent par tous les moyens inimaginables, à renouer avec un électorat qui s’est envolé vers d’autres horizons, cherche à reconquérir les militants qui, découragés, ont tout simplement déchiré leur carte ou ont tout simplement parfois baissé les bras, la cause, avec le Parti québécois, n’allant nulle part, sinon dans les répétitives tentatives de la souveraineté par étapes à laquelle plus personne ne croit.
Le Parti québécois souffle artificiellement encore dans ses structures, émet soudainement et parfois quelques sons, laisse échapper des appels à l’aide, mais dans le fond, il est déjà un cadavre ambulant dont les Québécois se débarrasseront au prochain scrutin. A moins d’un miracle, pour le moment absolument imprévisible, le PQ sera battu à la prochaine élection, sans doute même rayé de la carte. A qui la faute? La réponse vient tout droit en pleine face : les leaders n’ont pas fait leur travail. Les limousines se sont multipliées, mais ceux qu’elles transportaient dans leur moquette écarlate, n’ont pas débarqué sur le terrain, pour dire aux Québécois, combien ce régime fédéral dans lequel ils pataugent depuis si longtemps, ne fait que les engourdir, les abrutir, les enfermer dans l’assimilation politique et économique.
Les députés, si peu nombreux, - car bon nombre d’entre eux ont accédé au Conseil des ministres - muets comme des carpes, soumis aux diktats d’un pouvoir qui les a enjôlés de plus en plus, n’ont pas répondu à l’appel de troupes désorganisées, perdues dans le trafic du combat quotidien. Les soldats, morts de fatigue et morts de combattre sans commandement et sans direction bien établie, ont déserté le champ des luttes constantes et journalières. Elles en ont conclu que la cause de l’indépendance devra reprendre, un peu plus tard, mais pas sur le terrain où l’a amenée ce Parti québécois quasi moribond. Bref, elles ont décidé que la grande bataille devra reprendre, renaître par d’autres moyens, de nouvelles structures, a-politiques, non partisanes. En cela Paul Bégin a raison. L’indépendance est une idée trop belle pour appartenir à un seul parti. Elle est une idée qui doit se propager et non une fleur qui éclate un matin et sur laquelle on tire par secousses irrégulières, dans l’espoir qu’elle fleurisse plus vite.
Pour propager une idée, il faut deux choses : il faut qu’elle soit claire et compréhensible par les gens auxquels elle s’adresse; il faut, de plus, des propagateurs, c’est-à-dire, des personnes qui croient profondément à cette idée et consacrent beaucoup de temps à la faire connaître et aimer. Or, ces deux choses-là manquent depuis des années au Parti Québécois. Plus intéressé par les avantages du pouvoir, les pensions à gonfler au terme d’un exercice parlementaire qu’on souhaite le plus long possible, celui-ci a laissé «couler» ceux qui se débattaient pour défendre cette idée, afin de se bercer dans les eaux calmes et combien rémunératrices du pouvoir quotidien.
Alarmé par la fuite des militants, exacerbé par ceux qui voulaient plus vite et qui voulaient parler du sujet et uniquement de ce sujet, il s’est arrangé pour mettre sur la voie d’évitement tous ceux qui avaient le pays à cœur, et moins le souci du pouvoir à conserver. Aujourd’hui, pris de panique, il lance un appel à tous. Il crie, dans un désert qu’il a lui même créé, et invite les fondateurs de ce parti qu’il a lui-même massacré, pour ne pas dire méprisé et oublié, à revenir au bercail, en leur disant qu’ils sont fins maintenant, qu’ils sont essentiels pour la cause, qu’ils sont aimés de tous, qu’ils sont la ferveur et la chaleur qui manquent au vieux poêle qui s’est éteint dans la cuisine.
Les habiles cuistots péquistes de l’Assemblée nationale lancent un appel qui vient trop tard. Il faudra bien plus qu’un cri alarmiste de dernière heure, presque déchirant, pour faire revenir ceux que le Parti a abandonnés. La crédibilité n’existe plus entre les souverainistes bafoués et les péquistes installés. L’indépendance demeure toujours la cause de leur vie, mais ils ne croient plus au véhicule qui veut les y conduire. Faut-il blâmer mes nombreux concitoyens, qui comme moi, ont perdu la foi en nos «dirigeants cha-cha», sans vision, sans perspective, en ces marionnettes du pouvoir, qui ont tout fait pour que la situation actuelle s’installe à leur avantage, en oubliant carrément la cause qui les avait conduits à prendre les rennes de l’État.
Le discours qui prônait la mise en place d’un bon gouvernement, la position qui mettait de l’avant qu’il fallait mieux un gouvernement péquiste installé à Québec, pour faire mieux avancer la cause de l’indépendance, ne tient plus. Vingt-cinq ans après la première élection du PQ, il faut se mettre devant l’évidence : la cause n’avance pas plus vite parce que le gouvernement est mené par ceux qui sont membres d’un Parti qui prône la souveraineté du Québec. Ma position a toujours été dans le sens inverse. Force est de constater que plusieurs années de pouvoir de ce parti m’ont donné raison.
des «suiveux»
Le Parti québécois a eu suffisamment de temps pour promouvoir notre cause. Il nous faut chercher, ensemble, un autre chemin qui nous mènera à la libération nationale. Comme Monsieur Landry et bon nombre de ses députés et ministres sont devenus, à l’insu du peuple et de ceux qui les élisent, des «confédéralistes» convaincus, (Guy Bertrand va même s’ajouter à leur liste, lui, l’ennemi depuis tant d’années), je ne vois pas pourquoi on s’alarmerait devant la déconfiture d’un «nouveau parti Québécois», qui ne veut plus sortir le Canada du Québec. Pourquoi les militants souverainistes, dans quelques mois, iraient-ils voter pour un Parti qui nie le fondement même de ce pourquoi tant de Québécois se sont battus toute leur vie?
Le pays se fait et se fera à partir d’une idée claire et avec des propagandistes qui veulent en faire la promotion. Paul Bégin affirme que la majorité des députés péquistes sont des «suiveux». En toute honnêteté, et en toute amitié, je dois lui dire que je m’en étais aperçu depuis longtemps. Ce n’est pas avec ce troupeau de moutons qu’on fera un pays. Si le pays doit naître, il doit se faire sous la houlette d’un guide qui affirmera, à partir de convictions solides, la direction qu’il faut prendre pour y arriver et quels sacrifices et quels gestes collectifs et de solidarité, il faudra poser, pour que la naissance de ce pays se fasse le plus rapidement possible et le plus logiquement possible.
S’il faut rapatrier les militants égarés dans les buissons, occupés à autre chose pour le moment, il faut le faire dans la lucidité et la clarté. Me permettrez-vous de croire que les tactiques employées par le gouvernement Landry, en cette fin de quatrième année de mandat, ressemblent à du «bouchardisme» déguisé ou délavé, qui demandait, il y déjà quatre ans maintenant, de lui faire confiance et qui a décidé, par la suite, en tenant compte des événements, de quitter le bateau, sachant bien qu’il fallait plus que cela pour établir les paramètres de la nouvelle patrie?
Il n’y a rien de clair présentement dans la thèse indépendantiste. Rien de clair sur ce qu’est l’indépendance du Québec; rien de clair au sujet de nos liens possibles avec le reste du pays qui nous quitte; rien de clair au sujet des moyens pour y arriver. Je suis fatigué de me faire demander de faire confiance dans... le vide. L’idée de l’indépendance, si elle doit survivre, aura besoin, après la prochaine élection, d’un bon époussetage. Cela ne peut pas se faire en quelques semaines. Surtout pas à la veille d’un scrutin général.
S’il y a urgence dans la demeure, ce n’est pas en vue de sauver le PQ, d’assurer ou non sa réélection. L’urgence, c’est que l’idée de l’indépendance prenne de la force au milieu de nos combats quotidiens. Lorsque ceux qu’on a élus, il y a quatre, n’ont pas trouvé le temps ou le moyen de parler durant les dernières années, comment être certains que, durant le prochain mandat, ils en parleront d’abondance, qu’ils seront les propagandistes de l’idée claire qui doit être défendue et propager à la grandeur du territoire? Est-ce que, remis au pouvoir, ils ne reprendront pas vite leurs vieilles habitudes qui les ont si bien servis et qui continueront à les servir si bien dans l’avenir et sur lesquelles les militants n’ont plus d’emprise par la suite?
Les farceurs doivent d’abord quitter la scène afin de nettoyer les planches du théâtre sur lesquelles ils jouent si habilement leur comédie depuis trop d’années. Ensuite, on verra s’il faut recommencer la scénario et y mettre d’autres figurants. Le vaudeville a assez duré. Que le rideau tombe afin que d’autres reprennent le sujet abandonné.
Lors du référendum de 1995, en plein cœur de Montréal, les fédéralistes, banderoles à l’appui, invitaient les Québécois à rester dans le Canada. A plus petite échelle, mais dans la même veine, le Parti québécois, désemparé et déboussolé, invite tous les militants à rester au cœur de la formation que des milliers ont quittée, découragés et désœuvrés. «Revenez! Revenez! On vous aime…» semblent dire Landry et ses acolytes béats. Ai-je le droit de douter de la sincérité de leur appel fatidique, et de penser qu’une fois de plus, je vais me faire berner par un appel pathétique d’un calcul politique qui me donne le haut-le-cœur?
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