«« TRIBUNE LIBRE

Le PQ à la remorque du PLQ et… de Maurice Duplessis!

Nestor Turcotte
Philosophe
Tribune libre Le 7 juin 2002




Le Parti québécois a été fondé en 1968 pour réaliser l’indépendance du Québec. Son but bien avoué, dès ses origines, était de Sortir le Canada du Québec. Ou l’inverse. Trente-deux ans plus tard, les Québécois n’ont toujours pas suivi cette voie et le premier ministre actuel, Jean Bernard Landry, n’entend pas, de toute évidence, faire la démonstration, noir sur blanc, que c’est toujours cela qu’il faut faire et que c’est cela qu’il veut faire. En langage de hockey, on dirait qu’il s’amuse avec la «puck»! La rondelle pour les puristes!

Le Parti libéral du Québec, pendant ces mêmes années, a concocté une multitude de formules, qui, de toute évidence aussi, ont toutes échoué. L’échec du lac Meech a entraîné chez les libéraux différentes formes de fédéralisme. Les nommer en ligne me ferait certainement échouer un examen d’histoire. Tout ce que l’on sait sur la position constitutionnelle actuelle du PLQ, c’est qu’il veut garder le Canada dans le Québec, permettre au Canada et au gouvernement central de mettre de plus en plus ses gros sabots sur le territoire québécois. Jean Charest, de temps en temps, lance un : «Ça va faire !», puis se rassoit bien sagement, attendant les événements. Charest est un attentiste. Aucun perspectivisme sur le bout de ses lèvres. Il veut le Canada différent, mais ne sait où placer cette différence. Il semble bien, qu’à lui seul, il est cette différence dans le PLQ. Il est resté bleu dans l’âme, même si on l’a teint en rouge pour en faire un chef, une sorte de sauveur. Il est inodore, incolore, sans saveur. Jean Charest a l’air si peu convaincu lorsqu’il parle du méchant loup fédéraliste, que peu d’électeurs le croient.

Quant à Mario Dumont, il veut faire les choses «autrement». Un ancien premier ministre, maintenant décédé, utilisait le mot… «désormais». Mais, peu importe, peu d’électeurs seraient capables de dire un iota du programme constitutionnel de l’ADQ-Équipe Mario Dumont. Pour ce dernier, il faut voter «autrement». Il faut soigner «autrement». Il faut éduquer «autrement». Il faut payer «autrement». Il faut vivre «autrement». Peut-être, en cours de route, Super Mario nous enseignera comment vieillir et mourir «autrement». Mais la campagne électorale n’est pas commencée et il faut attendre qu’il nous montre toutes les nouvelles façons de faire de la politique… «autrement». Bref, c’est le retour au slogan C’est temps que ça change de Jean Lesage, l’équipe en moins. C’est le temps d’être un bon gouvernement, de faire tout «autrement», sans savoir ce que ça veut exactement dans les mots et dans les faits. Les Québécois aiment ça, les slogans creux. Assez creux pour y attirer la multitude qui n’ose pas réfléchir sur les enjeux cachés derrière ces réclames qui déambulent, dans ces temps-ci, dans les rues des certaines circonscriptions qui sont en élection partielle.

Le Parti québécois, dans tout ce brouhaha et dans cette bousculade imprévisible, qui veut aussi faire les choses «autrement», ne sait plus trop où donner de la tête. Véritable girouette politique qui cherche le vent du nord dans la tourmente qui l’emporte, il cherche comment séduire un électorat de plus en plus volatile et qui s’attache à la première bouée de sauvetage lancée par le premier matelot, debout sur le pont d’une mer en furie. La dernière en lice : le rapatriement des points d’impôt.

N’ayant plus le courage de proposer aux Québécois l’indépendance, qui est le contrôle de tous les impôts des Québécois, le premier ministre se lance, tel un oiseau rapace, sur le programme du Parti libéral qui, lui, veut rapatrier justement quelques-uns de ces points d’impôt. Au Parti québécois, selon les dernières nouvelles, on songe même à demander à la population, et cela par voie référendaire, si cette démarche est louable et nécessaire. C’est comme demander à la terre entière si elle est d’accord avec une meilleure répartition de la richesse. Le OUI l’emporterait très majoritairement. Ce serait l’unanimité. Le OUI l’emporterait sûrement, avec plus de 50 % plus un. Et on ne se chicanerait pas, ni sur la question qui, de toute évidence, serait claire, ni sur le résultat qui dépasserait les scores exigés par la loi C-20 ! Mais, selon moi, et selon tant d’autres, ce serait une pure perte de temps et d’argent.

Si jamais un tel référendum était tenu par le Parti québécois, et cela dès l’automne qui vient, je m’engage, en mon âme et conscience, à voter NON à une telle démarche. Le Parti québécois, qui est toujours, selon les sbires du Parti, un parti politique indépendantiste, ne peut pas être l’artisan d’une position en laquelle il ne croit pas. A la rigueur, je voterais OUI, si c’était Jean Charest qui posait la même question. Pour la bonne et simple raison qu’une telle démarche s’inscrirait au moins dans la foulée d’une position fédéraliste. Le PQ semble dire qu’à défaut d’aller chercher tous nos impôts, on peut se contenter encore pour un certain temps, d’une partie de ce qu’il pourrait réclamer. C’est fort astucieux. Mais c’est politiquement malhonnête.

Comment expliquer qu’un parti qui est voué à l’indépendance du Québec, qui souhaite que tous les impôts reviennent en leur totalité au gouvernement de Québec, en soit rendu à proposer aux Québécois d’aller chercher notre part de butin à Ottawa? C’est, pour le PQ, de la dégénérescence pure. On le voit bien, Maurice Duplessis n’est pas totalement mort dans les mœurs péquistes, et si on peut s’inspirer de cet esprit au maximum, dans le but de conserver le pouvoir, on le fera.

Je n’ai pas à ce point la conscience aussi élastique. Si vous croyez, chers péquistes, à la cause que vous véhiculez, battez-vous pour elle. Laissez à d’autres qui croient au système fédéral d’accomplir le job que vous voulez faire à leur place. Sinon, je serai bien obligé de vous dire, une fois de plus, que votre parti n’est plus indépendantiste et qu’il est prêt à tout, y compris l’astuce des points d’impôt, pour coucher à nouveau avec le pouvoir.

Posée par le Parti québécois : Voulez-vous que le Québec aille chercher certains points d’impôt à Ottawa? Ma réponse, c’est : NON ! Voulez-vous que le Québec aille chercher tous ses impôts à Ottawa et devienne un pays libre? Ma réponse, c’est : OUI !

Le gouvernement ne peut cautionner la position constitutionnelle d’un autre parti qu’il combat depuis toujours et qui prône, constitutionnellement parlant, l’inversion de la position indépendantiste. Laissez à ceux qui croient que le Canada vaut la peine d’être vécu, la possibilité de le défendre encore. Il restera toujours assez de temps pour démontrer, par la suite, que ce pays est toujours invivable et qu’il faut de toute urgence faire le nôtre.