«« TRIBUNE LIBRE

Faut-il être «jeune» maintenant pour devenir député?

Nestor Turcotte
Philosophe
Tribune libre Le 11 septembre 2002




Il y a quelques années, certains militaient pour que l’Assemblée nationale soit composée de 50 % de femmes et 50% d’hommes. Depuis quelques semaines, Matthias Rioux, député sortant de Matane et ex-ministre du cabinet Parizeau, demande que 50 % des candidats de son Parti soient des jeunes de moins de quarante ans et 50 % soient des gens au-delà de l’âge mûr.

La norme est évidemment arbitraire. Le jour où le Québec sera un club de l’âge d’or, il faudra bien changer à nouveau la norme. Pourquoi Monsieur Rioux propose-t-il cette norme-ci, aujourd’hui, et ne l’a pas appliquée pour lui lorsqu’il est arrivé dans le comté, en 1994, à un âge plus que respectable? Pourquoi ne l’a-t-il pas appliquée en 1998, alors qu’un jeune homme de 23 ans se présentait contre lui à la convention? Pourquoi, si subitement, la jeunesse est-elle devenue la seule vertu qui conduit au pouvoir?

Les partisans du clivage des générations me désolent toujours. La politique n’est pas liée au sexe, à l’âge, à la couleur de la peau, à la religion. Tout citoyen honnête peut occuper une charge publique. Si les guerres générationnelles se perpétuent, aujourd’hui comme hier, c’est parce que certaines personnes les suscitent et les alimentent.

Le temps ne rend pas les gens vieux. Ce sont les attitudes qui les génèrent. Je vois des jeunes politiciens qui ont déjà les mauvais plis des vieux politiciens qu’ils dénoncent. A force de vouloir éliminer ceux qui pourraient éventuellement nuire à l’ascension de leur carrière politique, ceux-ci ne peuvent pas faire autrement, pour y arriver, que de copier la magouille de leurs aînés. En ce sens, ces jeunes sont déjà bien plus vieux que leur âge ne le laisse paraître.

Nestor Turcotte
Matane