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Le système de garderies à cinq dollars

Les libéraux n’ont rien compris

Benoît Dubreuil
Étudiant en philosophie à l’Université de Montréal
Tribune libre Le 29 septembre 2002




Les membres du Parti Libéral réunis cette fin de semaine en Conseil général ont proposé une réforme du système de garderies à cinq dollars. Le principe qu’ils proposent consiste à aller chercher, par voie fiscale, une plus grande contribution des parents riches sans pour autant accroître la contribution des parents pauvres. Le projet libéral, s’il est implanté complètement, aura plutôt l’effet contraire.

Le débuté libéral Russell Copeman prétend que le système actuel n’est pas avantageux pour les familles à faibles revenus, puisqu’il demande le même prix à tout le monde (5$). Selon nous, cette théorie est complètement fausse : les riches payent déjà beaucoup plus pour les garderies à cinq dollars. Il ne faut pas oublier que nous vivons dans un système où le taux d’imposition est progressif (tant que l’ADQ n’entre pas au pouvoir) et où les riches payent un pourcentage d’impôt plus élevé que les pauvres. En réalité, les riches payent plus pour les garderies à cinq dollars, puisque les subventions aux garderies sont payées avec leurs impôts.

Le principe qui est proposé par le député Copeman aurait un seul effet : il viendrait compliquer inutilement le système d’imposition sans augmenter pour autant la contribution des parents riches. En effet, ceux-ci verraient diminuer leur contribution nette, puisque les Libéraux proposent parallèlement 5 milliards de réduction d’impôt.

Si le député Copeman veut agir réellement en social-démocrate, il devrait plutôt songer à augmenter la « progressivité » de l’impôt (et devenir membre du Parti Québécois). Par exemple, en augmentant les impôts pour les riches et en diminuant les impôts pour les pauvres. De cette manière, il obtiendrait le même résultat « redistributif » sans pour autant complexifier inutilement la fiscalité québécoise.

La fonction assurantielle

Au-delà de ces considérations fiscales, on peut voir que le PLQ n’a pas compris la « fonction assurantielle » du système de garderies à cinq dollars. Le principe est simple : les individus contribuent toute leur vie au programme de garderies à cinq dollars par le biais des impôts qu’ils payent. En échange, ils ne doivent pas assumer de dépenses importantes le jour où ils choisissent d’avoir des enfants. C’est là un avantage considérable pour les jeunes travailleurs, car ils peuvent planifier leur vie intelligemment sans avoir à craindre de manquer d’argent le jour où ils auront des enfants. Ça ne coûte pas plus cher, mais ça rassure tout le monde. C’est ça la social-démocratie.

Le retour aux allocations

Pour contrebalancer leur recul en matière de garderies, les PLQ et l’ADQ proposent de leur côté un retour aux allocations familiales. On se souvient que le Parti Québécois avait pris l’argent de ces programmes pour aider à financer son projet de garderies à cinq dollars. Manifestement, le PLQ et l’ADQ n’ont rien compris au désir des jeunes familles : ce qu’elles veulent, ce n’est pas un chèque, c’est du temps. Ce que les familles veulent, c’est de la flexibilité dans leur horaire, afin de mieux harmoniser leur projet de vie avec leurs obligations familiales. En mettant les allocations au centre de leur politique familiale, le PLQ et l’ADQ font la promotion de la famille traditionnelle (où la femme reste à la maison). De son côté, l’objectif du Parti Québécois demeure encore aujourd’hui de laisser aux jeunes travailleurs (et plus particulièrement aux jeunes travailleuses) la latitude nécessaire pour harmoniser leur vie professionnelle et sociale avec leur vie familiale. Pour les jeunes, le choix est clair.