«« TRIBUNE LIBRE
«« MÉDIAS

«Bunker, le cirque»

Faut-il être «jeune» maintenant pour devenir député?

Nestor Turcotte
Philosophe
Tribune libre Le 4 septembre 2002




L’émission «Bunker, le cirque» prendra l’affiche le 9 septembre à Radio-Canada. L’auteur de la nouvelle série, Luc Dionne, aurait écrit cette satire politique pour signifier aux politiciens que les gens en ont assez des discours creux, des élections qui évitent tout débat, des magouilles connues ou bien camouflées. Certains politiciens, qui oeuvrent sur la colline parlementaire à Québec, ont déjà vu, paraît-il, quelques fragments de la série et ont pris leur distance face à l’émission qui commence.

Cette série de onze épisodes présentée à la télévision, alors que s’amorce une période électorale sans doute fort houleuse au Québec, ne sera pas sans intéresser les politiciens qui sont en place et ceux qui aspirent à les remplacer. La question reste toujours la même: qui peut devenir député et sur quels critères devraient-t-on se baser pour élire quelqu’un à l’Assemblée nationale?

Une déclaration récente du député sortant de la circonscription de Matane, Matthias Rioux, m’interroge personnellement et questionne bien des gens de mon entourage. Monsieur Rioux a affirmé, il y a quelques jours, qu’il souhaiterait qu’à la prochaine élection, 50 % des candidats de son parti soient âgés de moins de quarante ans, afin de rajeunir éventuellement la députation. Je vous avoue que je reste bien perplexe face à une telle déclaration. Il y a quelques années, certains militaient pour avoir 50% d’hommes et 50 % de femmes au Parlement de Québec. Maintenant, l’ex-ministre du cabinet Parizeau souhaite que 50 % des futurs députés soient des jeunes et 50 % soient des plus ou moins vieux. Et lorsque le Québec deviendra un club de l’âge d’or, (ce qui est démographiquement certain dans quelques années) sur quoi se basera l’honorable député pour établir la nouvelle norme? Et si cette nouvelle norme qu’il propose est juste et équitable aujourd’hui, pourquoi ne l’a-t-il pas appliquée pour lui, lorsqu’il est arrivé dans la circonscription en 1994, alors qu’il avait atteint un âge plus que respectable? Pourquoi ne l’a-t-il pas appliquée en 1998, alors qu’un jeune s’est présenté contre lui à la convention? Pourquoi ne lui a-t-il pas cédé la place, si la jeunesse est devenue la vertu qui conduit au pouvoir?

Le clivage des générations m’a toujours fait peur. Personne ne peut dire à quelqu’un : tu es trop jeune ou pas assez jeune pour faire ceci, ou tu es trop vieux pour faire cela et tu ne peux donc pas occuper tel poste dans la société. Tout citoyen sérieux, formé, expérimenté, quel que soit son âge, son sexe, la couleur de sa peau, sa religion, est habilité à diriger. Les Grecs de l’Antiquité avaient trouvé une formule extraordinaire. Chacun, à date fixe, était obligé de diriger, de commander dans la société athénienne. On n’allait pas prendre un siège à l’Assemblée du peuple pour faire une carrière politique. Chaque citoyen, son tour venu, exerçait cette noble charge de commander et personne ne donnait son siège à un dauphin dont il avait soigneusement préparé la venue. La compétence faisait foi de tout. Et la compétence, c’était l’appartenance à la citoyenneté du pays, une connaissance minimale du fonctionnement social.

Tout citoyen libre et honnête, s’il le désire, sans magouille, peut se présenter devant le peuple, avec ce qu’il est, en vue d’occuper une charge publique. Le peuple est assez intelligent ensuite pour juger. Cette méthode fort simple évite le clivage entre jeunes et vieux, entre génération montante et génération faiblissante, entre les hommes et les femmes, entre les purs et les impurs. En démocratie, seul le citoyen compte. Et chaque citoyen vaut autant qu’un autre. Sinon, il y a simulacre de démocratie. Les guerres générationnelles se perpétuent souvent aujourd’hui, parce qu’indirectement, certains les suscitent et les alimentent. Il faut sortir des «slogans creux», dont parlera largement «Bunker, le cirque» !