«« TRIBUNE LIBRE

La visite de l’autobus

Nestor Turcotte
Philosophe
Tribune libre Le 11 janvier 2003


La dernière trouvaille du Parti québécois a de quoi laisser sceptique plus d’un électeur québécois. Les Québécois, au cours des six prochaines semaines, recevront la visite de l’autobus péquiste qui sillonnera tous les cantons enneigés du Québec, afin de répandre la bonne nouvelle, à savoir que ce gouvernement est un excellent gouvernement, qu’il a réussi à faire du Québec la province la plus prospère dans la Fédération actuelle, et, que, somme toute, les électeurs doivent réélire « ce bon gouvernement », afin qu’il puisse continuer à faire ce qu’il a toujours fait : un Québec de plus en plus fort, dans un Canada de plus en plus uni.

Les téléspectateurs ont pu voir, sur leur écran de télévision, l’allure du bolide des neiges C’est à s’y méprendre, la réplique de l’autobus Lucien Bouchard de 1998, sauf les écritures. Il ne reste qu’à remplacer le « J’ai confiance » de la campagne de 1998, par « Rendez-nous notre butin » de Maurice Duplessis. Quand on a plus d’idées, on retourne aux vieilles qu’on avait jadis combattues, présentées maintenant dans un nouvel emballage.

Les Québécois n’ont pas besoin de la visite d’un autobus, peu importe la couleur, pour savoir où ils devront mettre leur croix lors du prochain scrutin. Les incohérences, le manque de leadership, les demi-vérités, les actions contradictoires, les essoufflements mesurés et moult fois constatés, les démissions forcées ou calculées des ministres, les petits scandales camouflés, les jeux de coulisses, les maquillages et les fards appliqués professionnellement, la multiplication des certains privilèges aux amis du régime, les discours landryistes à volets contradictoires, ont rendu les électeurs allergiques, non seulement au gouvernement actuel, mais à toutes démarches politiques, d’où qu’elles viennent. La démocratie nous tombe des mains, parce que les démocrates (?) au pouvoir s’amusent avec elle, la contorsionne, la défigure et nous la fait vomir.

Il faudra plus qu’un autobus, bien équipé, avec des spécialistes de l’information, de la manipulation, des «faiseux» d’images comme on dit, pour changer le cœur des Québécois. Il faudrait de l’air frais, des courants d’air brusques et non annoncés, des visages neufs, des cœurs audacieux pour faire remonter les jeunes et les moins jeunes dans le train de la joyeuse liberté politique.

La visite de l’autobus péquiste ne peut servir qu’à des calculs partisans. J’espérais apercevoir dans le ciel bleu québécois un visage : je devrai, une fois de plus, me contenter d’un tas de ferraille, roulant sur les routes glacées et poudreuses d’un Québec de février. Ne pourrait-on pas espérer un printemps aux nouvelles pousses verdoyantes, qui nous apporterait autre chose que les mathématiques des sondages, les fabricateurs d’images et de programmes concoctés en l’absence des intérêts du bien commun, quelque chose qui nous mènerait ailleurs que dans l’entonnoir du pratico-pratique journalier?

De ce peuple, on a dit, qu’il pourrait, si quelqu’un avait une vision claire et précise de son avenir, aller vers la réalisation de choses grandioses. Les politiciens se préparent encore à lui servir le réchauffé de leurs vieilles querelles ancestrales. L’autobus partisan en sera le symbole roulant. Il y a aura sans doute trois autobus sur les routes du Québec, lors du prochain scrutin. On remarquera bien plus les écriteaux bariolés sur leurs côtés que la qualité du conducteur et des gens qui l’accompagnent. L’apparence et le battage publicitaire, une fois de plus, l’emportera sans doute, sur le contenu habilement maquillé.

A-t-on le droit de rêver à autre chose qu’à un autobus?

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