|
«« TRIBUNE LIBRE
Il n’y aura pas d’autre référendum
Nestor Turcotte
Philosophe
Tribune libre Le 3 janvier 2003 (texte publié dans La Presse du 31 décembre 2002)
Les Québécois seront bientôt appelés aux urnes. Le Parti québécois, usé jusqu’à la corde, à bout de souffle, allant jusqu’à piger dans le programme électoral de ses adversaires, sera bien obligé, par la forces des choses, de mettre son option au rancart pour la prochaines élections, s’il espère, à l’arraché, garder le pouvoir.
Fondé en 1968 sur les cendres du MSA et du défunt RIN, le Parti québécois, après trente-cinq ans de vie politique, dont près de seize ans à exercer le pouvoir, n’a pas pu faire en sorte que les Québécois réalisent leur indépendance. Les partisans de la prise du pouvoir pour faire progresser la cause de la souveraineté sont bien obligés, aujourd’hui, d’admettre que leur stratégie n’a pas fonctionné. La prise du pouvoir par les indépendantistes n’a pas engendré cette mouvance collective tant espérée qui devait conduire le peuple québécois à sa libération nationale. Tout compte fait, vingt ans après le référendum de 1980, près de 40 % des électeurs favorisent une forme de souveraineté-association-partenariat avec le reste du Canada et les autres 60 % veulent des changements dans un Canada qu’ils ne veulent pas quitter. En termes clairs, les choses n’ont pas bougé depuis 1980, même si en 1995, en présentant une option qui n’était en fait qu’une refonte de la confédération actuelle, les Québécois ont failli voter oui, pour rester…dans le Canada.
On le voit bien maintenant, les Québécois sont tannés des montagnes russes politiques du Parti québécois, qui, un matin, est indépendantiste à la Parizeau, et, quelques jours plus tard, redevient confédéraliste à la Landry. Voyant l’incohérence et l’indiscipline intellectuelle des dirigeants politiques péquistes, ils sont partis brouter dans les verts pâturages des champs adverses, même s’ils ne savent pas trop s’il y aura assez d’herbe pour le troupeau qui se déplace. Ils en ont marre de ces querelles qui n’aboutissent nulle part. La page est tournée dans la tête de plusieurs électeurs et il faudra bien plus qu’un cri dans le désert de Bernard Landry pour ramener les fuyards à la bergerie.
Ceux qui rêvent encore d’un futur référendum organisé par le Parti québécois peuvent bien aller se rendormir dans les zones grises gouvernementales. De plus, tenant compte du climat d’animosité et d’acrimonie qu’entretient Landry envers le jeune chef Mario Dumont, il est impossible, dans un avenir prévisible, qu’une nouvelle alliance se refasse, comme en 1995, entre les adéquistes et les péquistes, afin de gagner un éventuel référendum. L’allié d’hier, Mario Dumont, est devenu l’ennemi à abattre lors du prochain scrutin. Comment peut-on espérer gagner la lutte nationale, si on maltraite à ce point un futur allié potentiel? Ceux qui n’ont pas perdu l’habitude d’additionner doivent bien conclure qu’il n’y aura plus jamais de référendum au Québec sur la souveraineté et que, s’il doit y en avoir un autre, ce n’est sûrement pas par la voie partisane qu’il pourra se faire. Il faudra trouver une autre voie.
Que reste-t-il alors de nos amours politiques? Rien d’autres que la résurrection de nos vieilles querelles fédérales-provinciales, celles qui ont fait élire, pendant tant d’années, le défunt Maurice Duplessis et que Bernard Landry s’apprête à copier, en utilisant des formules plus modernes, avec des moyens plus sophistiqués, qui échappaient à l’ancien tribun unioniste.
Le futur slogan électoral du Parti québécois est déjà prêt. Ce ne sera plus : «Le Québec aux Québécois», mais bien : «Ottawa, rendez-nous notre butin». «Ottawa, rendez-nous les cinquante millions que vous nous volez par semaine». Et vogue la galère! On recommencera, comme en 1976, en disant, au bon peuple soumis, peu imaginatif, tout ce qu’on pourrait faire avec cet argent qu’on envoie ailleurs et qui nous revient en miettes. On fera à nouveau l’histoire, uniquement celle qui permet de se refaire une virginité politique et se hisser peut-être, une fois de plus, au pouvoir, en leurrant les électeurs, en leur disant qu’il y a toujours dans l’imaginaire péquiste «une autre façon de gouverner», qu’il faut «faire confiance», qu’en votant P.Q., « on se donne le vrai pouvoir», que c’est «le début d’un temps nouveau», etc. Et patati et patata!
Le Parti québécois devait conduire les Québécois à leur indépendance. Il les a conduit à l’Union nationale qu’il s’apprête, si habilement, à relever de ses cendres. En fait, il est devenu, sur le pointe des pieds, l’image du Québécois ordinaire qui n’a d’autres aspirations que les teintes politiques qui ont coloré son histoire. Les électeurs redeviennent ce qu’ils ont toujours été au fond : un clan de rouges versus un clan de bleus. Il y aura bien dans le prochain décor politique une teinte intermédiaire. Mais ce ne sera qu’un intermède vite oublié. Le bipartisme fait partie de nos racines. L’un des trois partis va bientôt disparaître. On s’est amusé depuis trente ans à faire semblant qu’il y avait possibilité de faire autrement. On s’aperçoit bien, à la longue, que «faire autrement», c’est faire comme…on faisait avant !
Pour commentaires :
aristote@ma.cgocable.ca
|