TRIBUNE LIBRE
Très facile de blâmer tout le monde
Jean-Yves Durocher
Tribune libre Le 15 avril 2003
Déjà ça commence. Jean Charest est crapuleux, il a gagné le débat malhonnêtement et même Maka Kotto doit être malheureux!
On commence par le commencement: la fin. Kotto n'a jamais voulu se faire élire, s'il avait voulu, les militants de Mercier lui auraient donné le comté sur un plateau d'ébène (mille fois plus rare que l'or). Arrêtons de se mentir, ce n'est vraiment pas le temps.
Charest a gagné le débat, square and fair comme ont dit dans la langue nationale. Landry a fait son numéro suranné de prof d'université face à un procureur de la défense. Il n'avait aucune chance du moment que Charest avait une bonne carte.
Et c'est la belle bande d' (vous mettez le qualitatif que vous voulez) de son organisation qui est responsable, donc lui, en premier, puisqu'il les a choisis, de sa défaite ce soir-là.
Pourquoi, parce que l'on a expédié Monsieur Parizeau tout seul, sans un seul assistant pour l'encadrer et faire rapport. Parce qu'il ne fallait pas que la tournée de Parizeau soit associée de quelque façon que ce soit à la campagne anti-souverainiste et pro-confédérale des Restons Forts.
Si bien que le PQ n'a pas alors d'enregistrements des "propos controversés" de Monsieur. Incapable de faire le spin qui s'impose. Faut attendre au lendemain. Et comme il gêne. cet incongru qui ne parle pas du thème imposé de la campagne, on le rejette du revers de la main. Sans le défendre.
Pourtant tous ceux qui ont écouté l'entier de ses commentaires "controversés", diffusés in extenso à la SRC, savaient qu'il s'excusait de ses propos de 95.
Charest avait donc tort. Mais qui a vigoureusement défendu Parizeau au débat?
Le lendemain?
La vérité est la suivante et elle est simple.

La vérité, c'est que presque 10% de plus des Québécois ont décidé de rester chez eux.
La vérité, c'est que presque un demi-million de personnes de moins ont voté pour le PQ.
La vérité, c'est que Jean Charest a ramassé 17,510 votes de moins que la dernière fois.
La vérité, c'est que le PQ est troisième dans un paquet de comtés francophones hors des grands centres.
La vérité, c'est que l'ADQ s'est effondrée en début de campagne et que Jean Allaire n'y est pas plus bienvenu que Jacques Parizeau ne l'est au PQ. Et que lorsque les machines locales se mettent derrière ce parti, il gagne. Mais que ce n'est pas un Crédit Social bis, donc un parti capable de faire sortir "silencieusement" le vote "silencieux". Et qu'il s'est aliéné à jamais selon moi le vote francophone nationaliste par les déclarations stupides de son génie de chef. Sinon il n'aurait jamais perdu Joliette, Berthier et René-Lévesque (ex-Saguenay). C'est un facteur que je n'avais pas compté dans d'autres analyses, mais il a été plus qu'important. Dumont aurait suivi son plan de match, aurait dit que son parti accueillait autant les souverainistes que les fédéralistes (ce qui était la mot d'ordre jusqu'à un mois avant les élections), il aurait pris un autre 100 à 200 mille votes au PQ.
On peut, c'est très facile, blâmer tout le monde: les méchants fédéralistes voleurs d'élections, les médias, les fascistes américano-britanniques pinochistes.
Eh bien, les méchants fédéralistes voleurs d'élections ont eu moins de votes que la dernière fois.
Les médias? Quand même, ne faites pas monter ma pression, quand Télé-Québec, dirigée par une plogue péquiste de la meilleure espèce (il n'y en a pas de pire, rien qu'une catégorie) ne daigne même pas faire une soirée électorale, ne me parlez plus jamais des grandes politiques péquistes dans le domaine.
Reste les méchants vraiment méchants... Ce doit être eux qui ont fait une campagne secrète au Québec, profitant de la guerre en Iraq pour nous faire croire que le gros des forces armées américaines et britanniques était là-bas. Alors qu'elles étaient ici même au Québec en train de vider, grâce à une arme secrète, les urnes québécoises des votes péquistes et de l'UFP.
Parce que, quand même, la défaite historique, hier, c'est celle de l'UFP. Faire passer Turp dans Mercier, faut le faire!
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Que faire?
L'indépendance nationale est un enjeu colossalComment, maintenant, mener victorieusement ce combat?
Andrée Ferretti
TRIBUNE LIBRE mardi 15 avril 2003
Chers amies et amis indépendantistes,
Bien sûr, nous sommes tristes, ce matin, et inquiets. De voir notre patrie aux mains de ses ennemis, représentés en l'occurrence par le Parti libéral du Québec, succursale du Parti libéral du Canada, ne peut que nous faire peur. Il ne faut toutefois pas nous laisser abattre, en reconnaissant objectivement qu'avec le Parti québécois au pouvoir, nous n'étions, en fin de compte, que protégés du pire. En quatre mandats, soit en dix-huit ans de pouvoir, le Parti québécois non seulement n'a pas réussi à réaliser l'indépendance, mais même à faire progresser l'option auprès des Québécois et des Québécoises qui ne la partageaient déjà en 1976.
Pourquoi?
Parce qu'on ne peut sans cesse ménager à la fois la chèvre et le chou, sans finalement n'avoir rien à se mettre sous la dent.
En privilégiant le bon gouvernement provincial plutôt que l'exaltante conquête du pays, le Parti québécois s'est assuré quelques victoires électorales en grugeant le vote des Québécois et des Québécoises, suffisamment nationalistes pour désirer être représentés par un parti qui leur assurait la survie, mais qui ne leur faisait pas craindre la rupture avec le Canada, encore considéré par eux comme une seconde patrie, résultat inévitable de plus de 200 ans de colonialisme qui s'exprime chez le peuple assujetti, par la perte du sens de son identité nationale comme une et indivisible, et par l'acceptation, comme phénomène normal, du fractionnement et du partage de ses pouvoirs.
Or, c'est ce travail de désaliénation que le mouvement indépendantiste des années 1960 avait entrepris, poursuivi dans une certaine mesure par le Parti québécois jusqu'en 1973. Devenu alors pressé de prendre le pouvoir, en plus de lier plus que jamais la possibilité de la souveraineté du Québec à l'association avec le Canada, il a adopté l'étapisme comme stratégie.
Malheureusement, on ne peut amener un peuple à devenir révolutionnaire, si on ne l'appelle pas à rompre radicalement avec la situation qui le maintient sous la domination d'un pouvoir étranger. Or, l'indépendance, conçue comme acte de libération nationale et instrument d'émancipation sociale, qu'on aime cela ou pas, est un acte révolutionnaire, aussi bien dans l'ordre de la pensée que dans celui de l'action politique, puisqu'il propose le renversement de l'ordre établi et qu'il menace objectivement les intérêts de tous ordres de la puissance dominante. L'indépendance nationale est un enjeu colossal et la lutte pour y conduire est nécessairement difficile, passant par des voies qui ne peuvent être réduites à des campagnes électorales.
Si en 2003, la nécessité de l'indépendance ne repose pas sur les mêmes objectifs immédiats que dans les années 1960, l'enjeu principal, lui, demeure le même: donner au peuple québécois le pouvoir de s'autogouverner dans tous les domaines collectifs de l'activité humaine, le pouvoir d'assumer seul et pleinement son destin national et, qu'on aime cela ou pas, cette réalisation repose sur l'engagement de la majorité historique du peuple québécois, soit sur l'engagement de la nation canadienne-française et de tous les Québécois et Québécoises d'autres origines qui partagent ses aspirations.
Lutter pour l'indépendance, aujourd'hui comme hier, c'est d'abord et avant tout travailler à convaincre une forte majorité de Québécois canadiens-français de son droit et de son devoir de se donner un État indépendant, libre de toute ingérance politique étrangère.
Comment, maintenant, mener victorieusement ce combat?
D'abord en faisant confiance à notre peuple, à tout notre peuple.
Ensuite en évaluant correctement nos forces et en les conjuguant. Car, malgré les apparences contraires, elles sont nombreuses.
La première, sur le plan politique, demeure le Parti québécois, précisément parce qu'il est dans l'opposition et qu'il peut, de ce lieu, après dix-huit ans d'un exercice non concluant du pouvoir, non seulement repenser entièrement sa stratégie en fonction d'une reprise du pouvoir fondée clairement sur un appui du peuple à un projet de réalisation de l'indépendance, mais aussi repenser son objectif, abandonnant une fois pour toutes les options de souveraineté-association, souveraineté-partenariat, reconfédération, etc. et en se redonnant un programme social-démocrate cohérent. Car, qu'on aime cela ou pas, la mobilisation de notre peuple pour sa libération nationale n'est possible que dans la proposition d'un projet de société progressiste. C'est d'ailleurs ce qu'ont prouvé en 1995 les mémoires et débats présentés et tenus lors les commissions sur la souveraineté.
La deuxième, étant l'ensemble des mouvements indépendantistes et des mouvements sociaux, communautaires et syndicaux progressistes qui peuvent et doivent revendiquer par tous les moyens, sans relâche et sans restrictions (comme celle par exemple de nuire au Parti québécois) des politiques économiques, sociales et culturelles favorables à l'affirmation nationale, sociale et culturelle du peuple québécois, mettant ainsi en lumière l'incapacité du Part libéral à gouverner le Québec selon les aspirations et les besoins du peuple.
La troisième et non la moindre, c'est l'union redevenue possible entre le Parti québécois et tous ces mouvements de revendication nationale et sociale.
Bref, il nous reste à nous remettre à la tâche avec la conviction que nous avons de nombreux acquis, suffisamment d'expérience pour ne pas répéter nos erreurs, et, au pouvoir provincial, un ennemi facilement identifiable à combattre.
Continuons le combat avec confiance, détermination, courage et en toute solidarité.
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Que faire?
Le 29 avril… 33 ans plus tard !
Nestor Turcotte Philosophe
TRIBUNE LIBRE mercredi 16 avril 2003
La vie nous réserve de drôles de coïncidences et parfois des moments imprévisibles. Le 29 avril 1970, le Parti québécois, participant à sa première élection, faisait élire sept députés sur l’ensemble du territoire québécois. Quelques-uns, depuis, sont morts, dont l’illustre psychiatre Camille Laurin, père de la loi 101. Trente-trois ans plus tard, le 20 avril 2003, le chef libéral Jean Charest s’apprête à prendre les rennes du pouvoir à Québec. Les péquistes viennent de perdre l’élection après plus de huit années de pouvoir, pendant lesquelles ils ont tout fait pour mettre en veilleuse leur propre raison d’être, soit l’indépendance du Québec.
En 1970, avec de très humbles moyens, j’étais de la cohorte des soldats péquistes de la première heure. Avec une équipe enthousiaste, sans expérience mais le cœur à l’ouvrage, je recueillais, comme candidat officiel du Parti québécois, 24 % des suffrages exprimés. Trois ans plus tard, en 1973, je tentais un retour en politique, toujours sous la bannière du Parti québécois, et, en ne parlant toujours que de l’indépendance du Québec, je recueillais 38 % du vote populaire. Pour l’époque, c’était toute une victoire!
14 avril 2003, trente ans plus tard, le Parti québécois, avec un taux d’absentéisme marqué (près du tiers des électeurs), le PQ ne récolte, dans Matane, qu’un maigre 41 % des suffrages exprimés. 33 ans après ma première élection dans Matane, le PQ est battu par 33 voix dans le comté, où j’avais moi-même été candidat, quelque trente ans auparavant. Le chemin parcouru depuis 30 ans est donc… bien mince! C’est ce qui se passe lorsque les visées ne sont pas claires, lorsque les gens qui prennent le pouvoir font passer davantage le culte de leur personnalité, la soif de l’argent et de l’exercice passager d’une fonction, avant le goût de faire triompher une cause, en l’occurrence ici celle d’un Québec libre et indépendant.
Victime des assoiffés du pouvoir qui ont conduit le Parti québécois au gouvernement de Québec en 1976, la cause de l’indépendance s’est enlisée sous la houlette d’apparatchiks, dont le seul but était de se servir au lieu de servir la cause pour laquelle ils étaient là.
Ils ont, pour ce faire, inventé des locutions verbales de toutes sortes, des mots pour le dire, des façons emberlificotées, des façons de l’exprimer et de le signifier, des expressions nébuleuses, des mots gaffeurs, des affiches aguichantes, des slogans creux, des «restons forts», des «autres façons de gouverner», des «j’ai confiance», afin de se servir délibérément du pouvoir, au lieu de servir la cause pour laquelle on les avait mis au pouvoir.
Dès ces premiers moments euphoriques de 1976, j’ai pris mes distances face à ce parti qui ne nous menait que par des méandres calculés, lesquels nous éloignaient sans cesse de l’objectif que les militants de la première heure s’étaient fixé.
Dorant la pilule, les bonzes-stratèges cachés ou dissimulés derrière des appareils à faire fonctionner la machine du pouvoir, sortaient occasionnellement de leur bunker, pour venir faire la cueillette des réactions de ceux qui s’époumonaient à remplir la cagnotte, à vendre des cartes tard dans la soirée, à remplir de peine et de misère les salles devenues à moitié pleines. Ou, si vous voulez, à moitié vides!
Les fabricants de mots, toujours à l’œuvre, se sont ingéniés à inventer des expressions nouvelles pour faire croire à la population que l’indépendance, ce n’était pas dangereux, que ça pouvait se faire en douce, qu’il n’y aurait, somme toute, presque pas de sacrifices à faire, et que les changements proposés allaient se faire sans lutte, sans révolution, sans que ça fasse mal quelque part. L’indépendance tranquille allait, tout d’elle-même, être le fruit de la révolution tranquille.
Et que, dans les faits, le paradis attendait, un jour, le pauvre peuple égaré, perdu dans cette logomachie inventée de toutes pièces par des spécialistes de la communication, des marchands du non-dit, des metteurs en scène de nouvelles stratégies, collées à la dernière grille d’un sondage commandé, où les dernières velléités des Québécois étaient mises en exergue, gonflées et tartinées à la mode du jour, toujours dans le but de gagner des votes, sans aucun souci de la cause qu’ils devaient porter et mener à terme.
La naissance des expressions «souveraineté-association», souveraineté et association (donc… sans trait d’union), souveraineté-partenariat, union confédérale, nouvelle union canadienne, firent, petit à petit, leur apparition et composèrent, lentement mais fidèlement, le nouveau lexique des indépendantistes(?) de tout crin. Et le pauvre petit peuple qu’on refusait toujours d’instruire et d’éduquer, tombait, périodiquement, dans le piège du verbalisme coutumier, constant, agrémenté à la sauce du dernier slogan, aux ingrédients des sondages, des tendances populaires, de l’élection possible à remporter pour sauver in extremis la cause dont on ne parlait jamais!
33 ans plus tard, la cause indépendantiste se meurt parce qu’elle a été spoliée, volée, trafiquée, édulcorée par ceux-là même qui avaient comme mission de l’expliquer, de la faire vivre, de la faire germer au cœur de la nation québécoise.
Force m’est de constater que ce ne sont pas les Anglais qui nous ont volé notre pays. Le pays nous a été volé par ceux-là mêmes qui avaient comme devoir de le faire lever, de le nommer, de le développer, de l’entretenir dans les terres intimes des cœurs à libérer. Le pays a été déchiqueté, mis en pièces par ceux-là mêmes en qui on avait mis toute notre confiance et qui devaient le nommer. Ils se sont servis en nous disant qu’ils nous servaient; ils se sont élevés en nous disant qu’ils allaient nous libérer; ils se sont engraissés dans les verts pâturages du pouvoir en nous disant qu’ils allaient nous délivrer des chaînes du pouvoir et de l’oppression des autres; ils ont pactisé avec l’occupant dominateur et usurpateur du territoire occupé, allant jusqu’à siéger dans son propre parlement, en bénéficiant largement d’un système que, des lèvres seulement, ils condamnaient.
Ce faisant, ils se sont moqués des gens qu’ils ont si facilement manipulés, conquis à leur cause personnelle, sachant très bien qu’en exploitant, un tant soit peu le nationalisme larvé des Québécois mal informés, leur petite gloriole triompherait bien avant la grandiose liberté promise par la cohorte des confédéralistes mal astiqués.
33 ans plus tard… la génération qui voulait la liberté s’apprête à entrer dans les terres de la passivité et s’endormir, victimes d’un certain découragement qu’on ne peut leur reprocher. Sporadiquement, dans ma région, des gens sont venus, de l’extérieur, de Montréal, de Québec, de la Côte-Nord, pour venir nous dire qu’ils allaient nous libérer, que nos chaînes avaient assez duré, et que le vent de liberté, tant de fois annoncé, allait enfin s’abattre sur nous, comme une brise du soir, et que la vent léger de la liberté allait enfin enrober ce Québec trop longtemps écrasé, programmé par des spécialistes à l’œil calculateur, au regard à dévisager, aux instincts dominateurs, tant de fois mesurés. Ils sont tous venus, le sourire aux lèvres, l’air bien décidé : ils sont tous repartis, quelques années passées, pour ne laisser en nos cœurs que chants du soir esseulés, que promesses non tenues et brisées, que tensions démesurées, que déceptions multipliées.
L’une des premières en lice de ce combat abandonné, est l’ancienne ministre Beaudoin, contente d’être battue dans son propre comté, ne se voyant pas dans l’opposition, pour poursuivre et terminer une longue lutte à laquelle elle a si doucement participé. Les limousines remisées, les voyages par l’État bien payés, en passant par Paris et Puerto Allegre, l’illustre ministre des affaires intergouvernementales n’en a que pour le mépris du titre d’Opposition officielle qu’elle ne trouve pas suffisamment élevé, en regard des anciennes fonctions élevées qu’elle a occupées. Le peuple, lui, le petit peuple peut encore y croire à la cause cachée, se battre à un ennemi démesuré. Moi, je rentre chez nous : ma carrière est terminée. Pour la cause, vous repasserez! Le système m’a suffisamment engraissée. Braves soldats, continuez la bataille, si vous voulez. Je préfère ma demeure, bien cachée, à vous regarder mener un combat qui tarde à se terminer.
Je ne sais pas ce qui arrivera du jeune candidat dans Matane, à ce qu’on me dit, pas mal découragé. Certains m’ont affirmé qu’il songeait déjà à se retirer, le politique l’ayant déjà désabusé. Si les jeunes soldats partent à la première bataille engagée, que feront les vieux soldats, toujours au combat, passablement essoufflés?
Le combat pour l’indépendance doit-il reprendre? Je ne le sais pas, en toute sincérité. S’il doit se faire, que ce soit dictionnaire à la main, j’ose me répéter. Pour éviter le piège des locutions verbales, les mots déviés de leur sens, les expressions imprécises, les mots à la mode, ceux qui camouflent la dure réalité. La liberté n’a pas de prix, je l’ai écrit, tout ma vie durant passée. Mais qui est prêt à sacrifier même sa carrière, sa notoriété, pour qu’elle germe et apparaisse dans la clarté d’un nouveau soleil levant plusieurs fois annoncé? Ma génération a fourni le meilleur d’elle-même, je peux vous l’assurer. Elle a oublié cependant de faire le relais à la génération qui vient, toute préoccupée par leurs gadgets électroniques, la course folle aux plaisirs dont elle est gavée, à la réussite individuelle, au succès personnel à tous prix et recherché.
Mon espoir est du côté de ce «leader introuvable», sans doute encore caché, qui aurait le courage des mots, la clarté dans l’expression, la vigueur et le courage, combinés à une vision qui ne souffre d’aucune faille en ces temps malmenés, et qui comblerait nos vieux cœurs brisés. Il serait illusoire de vous dire que je ne le vois pas poindre à l’horizon, avec mes 63 ans passés.
Mais la vie réserve de mauvaises et de bonnes coïncidences, je viens de vous l’indiquer. Nous avons vécu les premières pendant les trente dernières années passées. Il faut espérer que les prochaines qui viennent signeront le chant du pays à nommer.
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