«« TRIBUNE LIBRE

Propagande Canada au lendemain des élections

Claude Boulay
Tribune libre Le 1er MAI 2003

Trois-Rivières, le 1 mai 2003

On aurait pu croire qu’avec la victoire aux élections du PLQ, les organes de Propagande Canada allaient se calmer un peu, mais c’est le contraire qui se produit. Est-ce l’erre d’aller, ou le désir de pourchasser jusque dans leurs derniers retranchements ces méchants du Parti Québécois, qui ont le tort de persister à préconiser (quoique parfois bien mollement) l’indépendance du Québec? Toujours est-il que les médias ne désarment pas.

Il y a un foisonnement d’articles où l’auteur soupire d’aise à l’idée que la souveraineté soit à l’article de la mort. Ce brave Denis Lessard, comme toujours échotier complaisant des pelquistes, fabrique une nouvelle à l’effet que le PQ laisserait les finances dans un bien triste état. Bien entendu, La Presse lui accorde la manchette principale. Quand les pelquistes sortent le rapport bidon sensé étoffer leurs affirmations, ce journal présente ses conclusions comme des vérités.

À LCN, on a fait un montage autour de l’assermentation des députés pelquistes, à faire pleurer les mères lapins. On voyait un député étranglé par l’émotion au moment de jurer allégeance à Sa Majesté très britannique. On s’attendrissait avec un ancien député, tout fier de voir son fils accéder à son tour à ce poste.

Parlant de serment à la reine, Mme Lysiane Gagnon nous a fait une démonstration de son savoir-faire particulièrement tordu. Pour elle, la monarchie héréditaire n’est pas une relique grotesque du Moyen-Âge, arrivée jusqu’à nous par une succession édifiante de révolutions de palais, de mariages consanguins et d’assassinats. Ce n’est pas un déni de la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU, qui stipule que tous les hommes naissent égaux. Ce n’est pas un symbole du colonialisme passé et présent. Non, c’est quelque chose d’inoffensif, qu’il ne faut pas critiquer car, après tout, c’est la sucette, le « comfort blanket » des Canadiens anglais. Et pour Mme Gagnon, ce ne sont pas ceux qui sont attachés à cette bouffonnerie qui sont rétrogrades, mais ceux qui s’en moquent ou qui s’indignent de ce qu’on la leur impose.

Dans une autre chronique, elle se justifie en prêchant que, de même que les Français, malgré l’horreur de l’Occupation de 1940-1944, se sont réconciliés avec les Allemands et ne les traitent plus de Boches, il faudrait que nous oubliions un peu les Patriotes. Elle ne comprendra jamais, parce que ses patrons le lui interdisent, que l’Occupation allemande a pris fin, alors que le Canada, qui nous fut imposé de force suite à la répression sanguinaire de 1837-38, dure encore, et a été relancé sans notre consentement par le Canada anglais en 1982.

J’ai envoyé la lettre suivante à La Presse. Elle ne sera pas publiée. Pleine de considération à mon égard, elle ne voudra pas compromettre mon record Guiness pour le nombre de lettres refusées.

Lettre à La Presse

Trois-Rivières, le 30 avril 2003

La lettre de la semaine

M. Pierre-Paul Gagné, gestionnaire du courrier des lecteurs à La Presse, a voulu mettre son excellent travail en évidence le 03-04-22 : « Il se trouvait bien peu de lecteurs pour nous parler de façon positive de la souveraineté… Faut-il conclure que le courrier des lecteurs de La Presse constitue le sismographe idéal? Sans doute pas. Mais les chefs politiques aurait peut-être intérêt à s’y fier davantage à l’avenir ».

Ce serait, en effet, un grand triomphe pour M. Gagné, qui manipule le courrier pour obtenir les résultats souhaités par ses patrons. Je suis bien placé pour en parler. Cela fait 35 lettres consécutives que je lui fais parvenir sans qu’aucune n’ait été publiée. Évidemment, ce ne sont pas tous les souverainistes qui sont aussi têtus que moi, et la plupart ont abandonné depuis longtemps.

Par contre, on ramasse tout ce que l’on peut quand cela vient d’un anti-souverainiste ou d’un anti-péquiste. Lettres d’insultes (« Hey la cave », adressée à la ministre Marois), ou arguments dépourvus de fondements. Prenons comme exemple le papier qui a reçu l’honneur d’être proclamé « Lettre de la semaine » le 03-04-27 et examinons les perles que M. Gagné a appréciées :

  • « Montréal transpire la misère en dehors des petits quartiers riches ». Il faudrait que l’auteur, M Yann Takvorian, reconnaisse au moins le courage du gouvernement qui a fusionné les petits quartiers riches pour que leurs résidants paient leur part pour l’entretien des rues qu’ils empruntent pour se rendre au travail, au cinéma, au hockey, ou aller faire leur magasinage.

  • « Les écoles manquent tellement d’effectifs et de budgets au point d’envoyer les enfants mendier quelques sous en vendant du chocolat dans les rues ». Chef-d’œuvre de démagogie. Les ventes de chocolat ne sont pas liées aux effectifs ou aux budgets des écoles. Elles visent à amasser des fonds pour des activités parascolaires, très souvent des voyages en groupes. Pour ma part, je préfère voir les enfants offrir de déneiger, gratter la pelouse ou même vendre les bouteilles consignées. Mais les compagnies qui fabriquent le chocolat font une publicité très agressive. Comparable, par exemple, à celle des fabricants d’autos, qui réussissent à persuader des acheteurs comme M. Takvorian qu’il leur faut un 4x4 pour circuler en ville.

  • « Dès que l’on arrive en Ontario ou aux États-Unis, elles (les routes) deviennent impeccables ». Il se trouve que j’ai effectué un aller-retour de Trois-Rivières à Ottawa ces derniers jours. C’est le contraire de ce qu’avance M. Takvorian que l’on constate. Dès que l’on passe de la 40 à la 417 ontarienne, la route devient subitement moins belle : l’accotement n’est plus pavé et la surface de la chaussée est beaucoup plus cahoteuse. Sur le retour, juste avant d’arriver au Québec, il y a bien un tronçon tout à fait impeccable, mais le fini de surface est tel que l’on entend un sifflement agaçant de façon continue.

    Je ne prendrais pas cet exemple comme une indication que les routes du Québec sont meilleures que celles de l’Ontario. Je ne voudrais pas généraliser comme le fait l’auteur de cette lettre exemplaire.

    « …en Alberta, où les hivers sont plus rigoureux qu’au Québec… » Faux. Les températures moyennes à Calgary et Edmonton sont comparables à celles de Montréal et Québec. Et on n’a pas encore parlé de l’Abitibi, de la Côte Nord ou de la Gaspésie.

    Il est une donnée importante que M. Takvorian ignore, qui explique que les routes du Québec coûteront toujours plus cher à entretenir que celle de l’Ontario et de l’Alberta. C’est qu’il y a 12 259 km de voies ferrées en Ontario, 7 600 km en Alberta, et seulement 4 905 km au Québec, qui a pourtant la plus grande superficie. (Source : Rail in Canada, Statistics Canada, www.westac.com/pdfs/transrail.pdf). Ceci fait qu’il y a proportionnellement plus de poids lourds qui circulent sur les routes du Québec, avec les conséquences que l’on connaît.

    M. Takvorian se prétend expert en études comparatives des réseaux routiers. Il peut vous parler non seulement de l’état des routes en Ontario, en Alberta et aux Etats-Unis, mais également en Suède, en Russie, en Ukraine et en « Afrique noire ». (C’est quoi au juste « l’Afrique noire »? Une entité géographique créée par l’auteur pour épater le lecteur?) Il affirme ex cathedra que le réseau québécois est le pire de tous. Il n’appuie ses affirmations sur aucune source. C’est beau la science infuse!

    Qu’est-ce qui a impressionné les dirigeants de La Presse au point de sélectionner ce papier comme « Lettre de la semaine »? Le fait que l’auteur arrose dans toutes les directions comme une moufette par une nuit de pleine lune? Ou qu’il emploie un vocabulaire cher à La Presse, comme « bolchevique » et « camarade »? Mme Lysiane Gagnon a un faible pour le mot « soviétique » quand elle parle des méchants péquistes. Comme Duplessis aimait brandir l’épithète de « communisse » pour faire peur au monde.

    Claude Boulay