ADQ
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La girouette
Michel David
LE DEVOIR - mercredi 26 mars 2003
Perspectives: l est assez pathétique de voir Mario Dumont virevolter comme une girouette pour sauver son parti du naufrage.
L'automne dernier, pour séduire les fédéralistes, il avait renié le programme constitutionnel qui lui tenait lieu de Bible depuis douze ans, c'est-à-dire le rapport Allaire. Afin de donner plus d'éclat à sa nouvelle profession de foi envers le Canada, il avait choisi la tribune du Canadian Club de Toronto.
Cette fois-ci, il ne s'agit plus d'attirer les électeurs fédéralistes, mais plutôt de retenir ceux qui avaient quitté le PLQ au profit de l'ADQ et qui y retournent maintenant pour barrer la route au PQ. M. Dumont a donc renchéri sur ses déclarations de Toronto. Il n'est plus question d'un simple moratoire sur la tenue d'un nouveau référendum, peu importe son objet, mais bien d'une renonciation à vie.
Il est assez paradoxal de voir l'ADQ faire du remboursement de la dette l'élément central de sa plate-forme électorale, soi-disant pour ne pas hypothéquer l'avenir de la prochaine génération, et entendre son chef dire qu'il préfère refiler le dossier constitutionnel à ses enfants.
C'est une chose de reconnaître que le contexte est peu propice au règlement de la question nationale. D'ailleurs, chacun à leur manière, Bernard Landry et Jean Charest ont reporté les grandes manoeuvres à un moment plus favorable.
Soit, M. Landry souhaite être en mesure de tenir un référendum le plus rapidement possible, alors que M. Charest ne donne pas l'impression d'être démangé par l'envie de régler le problème. Pourtant, même le chef du PLQ a reconnu qu'il sera difficile de faire l'économie d'un référendum, ne serait-ce que pour approuver une nouvelle entente avec le reste du Canada.
D'ailleurs, comment imaginer qu'il puisse en être autrement, alors que des provinces comme la Colombie-Britannique et l'Alberta ont adopté des lois qui forcent la tenue d'un référendum pour entériner toute réforme constitutionnelle ? Pour un homme qui aspire à diriger le Québec, renoncer d'avance à l'instrument référendaire témoigne d'une légèreté qui confine à l'inconscience ou à l'irresponsabilité.
Si M. Dumont s'imagine que ce geste de panique va inspirer confiance aux fédéralistes, il risque d'être cruellement déçu. Personne n'a oublié qu'il faisait partie du triumvirat souverainiste en 1995. Qu'est-ce qui garantit qu'il n'effectuera pas un nouveau virage dans trois ou quatre ans, si son intérêt politique du moment le commande ?
En réalité, la question de savoir ce que ferait un gouvernement adéquiste en matière de Constitution ne présente plus qu'un intérêt théorique. Ce qu'il faudrait savoir, c'est dans quel camp se rangerait M. Dumont si le PQ était reporté au pouvoir et décidait de tenir un référendum.
Chaque fois qu'on lui a posé la question dans le passé, le chef de l'ADQ a soigneusement évité d'y répondre. Même s'il acceptait de le faire aujourd'hui, quel crédit faudrait-il lui accorder ? Pas plus tard que lundi, il refusait toujours de dire s'il était fédéraliste ou souverainiste. «Je suis Québécois», s'est-il contenté de dire. Ce genre de pirouette, qui est devenue sa marque de commerce, n'amuse plus personne.
M. Dumont ne sait peut-être pas lui-même ce qu'il pense réellement, mais il fait toujours partie des plans de Bernard Landry, qui ne veut surtout pas voir l'ADQ disparaître du paysage politique. Il est même désagréablement surpris de la contre-performance de son chef depuis le début de la campagne.
Maintenant que l'ADQ ne présente plus de danger, le PQ a tout intérêt à la ménager. Dans l'immédiat, elle peut certainement être utile en divisant le vote fédéraliste, mais elle le deviendra plus encore dans la perspective d'un autre référendum, auquel le premier ministre est loin d'avoir renoncé.
On ne saura jamais combien de voix l'ADQ a apportées au OUI en 1995, mais les résultats auraient certainement été moins serrés sans la présence d'un parti autre que le PQ dans le camp souverainiste. Il y aura toujours des gens allergiques au PQ, à Bernard Landry, ou aux deux, qui sont néanmoins susceptibles d'appuyer la souveraineté si celle-ci n'est pas identifiée exclusivement à l'ennemi.
Peu importe les reproches qui, dans un contexte pré-électoral, ont pu être adressés à Pierre Brien et aux autres souverainistes ralliés à l'ADQ, M. Landry est en réalité bien aise de savoir qu'il y a là des gens qui, le moment venu, s'objecteront à ce que leur parti se range du côté fédéraliste.
Bien sûr, M. Dumont pourrait toujours opter pour le camp du NON, mais il n'y sera jamais qu'une quantité négligeable, tandis qu'il pourrait jouer un rôle de premier plan avec le camp du OUI. À ce jour, le chef de l'ADQ n'a jamais manifesté le moindre penchant pour la figuration. De toute manière, il ira dans le sens du vent.
mdavid@ledevoir.com
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souveraineté
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Assurance astuces
Bernard Descôteaux
LE DEVOIR - mercredi 26 mars 2003
Éditorial - La souveraineté du Québec ne pouvait pas ne pas se retrouver au coeur du débat électoral. Le premier ministre Bernard Landry n'hésite pas à en parler à chaque jour, se faisant toutefois moins disert lorsque vient le temps de préciser ses intentions en ce qui a trait à la tenue d'un prochain référendum. Faut-il y voir une autre astuce pour conduire les Québécois dans un piège référendaire?
Pour qui ne veut plus entendre parler de référendum sur la souveraineté, il vaut mieux voter pour le Parti libéral, dont les intentions à cet égard ont toujours été limpides. Ou encore pour l'ADQ, maintenant que l'on sait que Mario Dumont renvoie à ses enfants la décision de tenir un jour un référendum. Dans le cas du Parti québécois, on ne sait trop. Sa position se résume à dire qu'il y aura un référendum... si possible.
Le discours de Bernard Landry, s'il n'a pas toute la transparence que l'on souhaiterait, ne manque pas pour autant de clarté. La souveraineté demeure le fondement de l'existence du PQ, et son chef ne cache pas qu'il rêve d'obtenir un siège pour la nation québécoise aux Nations unies. En toute logique, cela devrait un jour mener à un référendum sur le sujet.
Les Québécois sont-ils mal à l'aise avec ce discours ? Il semble que non puisque, après tout, un électeur sur deux chez les francophones se qualifie de souverainiste même si, d'emblée, on ne croit pas appropriée la tenue prochaine d'un référendum. À cet égard, l'engagement de M. Landry de ne tenir un référendum que si celui-ci est gagnant rassure. Intuitivement, tous savent bien que la réunion de conditions gagnantes d'ici 2005, comme le souhaite le PQ, est loin d'être chose acquise.
Le Parti québécois ne contrôle pas le cours des événements. Ainsi, l'arrivée de Paul Martin à la tête du gouvernement fédéral en février prochain influencera l'éventuel calendrier référendaire. Vraisemblablement, le nouveau premier ministre voudra prendre le temps d'installer son gouvernement. On peut penser qu'il attendra la fin 2004 avant d'aller aux urnes. Difficile, d'ici là, de tenir un référendum. Après, M. Martin voudra peut-être instaurer un nouveau climat dans les relations fédérales-provinciales. Voudra-t-il se montrer plus ouvert aux revendications du Québec ? Si oui, cela pourra influer sur le goût des Québécois de se lancer dans une nouvelle aventure référendaire.
Le changement de gouvernement à Ottawa n'empêchera pas le PQ de tenter, s'il est réélu, de faire progresser la cause de la souveraineté, dira-t-on. Dans une récente entrevue au Devoir, le premier ministre Landry ne faisait d'ailleurs pas de cachette, indiquant qu'il refuserait toute opération «main tendue» que Paul Martin pourrait mettre en avant à la manière du «beau risque» de la période Mulroney. Son objectif demeurera la souveraineté.
Dans un tel contexte, faut-il craindre que le PQ tente de précipiter les choses ? À cet égard, nous pouvons présumer de la bonne foi de Bernard Landry lorsqu'il nous dit qu'il n'ira pas contre l'opinion publique québécoise. N'est-ce pas lui qui, en mars 1995, prêchait pour la retenue, disant qu'il ne «voulait pas être le commandant en second de la brigade légère qui fut exterminée en 20 minutes en Crimée à cause de l'irresponsabilité de ses commandants» ?
Si jamais ils se sentaient bousculés, les Québécois pourraient par ailleurs réagir et faire connaître leur mécontentement en votant contre le Bloc québécois aux prochaines élections fédérales. Le message serait clair. On se souviendra que c'est ce qui est arrivé au dernier scrutin fédéral. Le premier ministre Lucien Bouchard avait alors compris que ses compatriotes n'étaient pas d'humeur référendaire. A-t-on besoin d'une meilleure police d'assurance ?
Dans les circonstances actuelles, nous pouvons nous satisfaire de la clarté du discours de M. Landry, même s'il reste quelques zones d'ombre sur certains éléments de la démarche vers la souveraineté qu'il nous propose. Réélu, le PQ fera la promotion de la souveraineté de façon active. M. Landry évoque la tenue d'une commission Bélanger-Campeau bis. On ne sait trop à quelle fin, même si l'idée de rédiger une constitution québécoise a déjà été évoquée. À cet égard, il n'y a pas de raison que le chef péquiste ne nous dise pas tout de ses intentions puisque c'est à titre de chef de gouvernement qu'il voudra engager la réflexion sur le statut politique du Québec. Puisqu'il s'agit d'intentions bien arrêtées, il doit nous dire ce qu'il en est.
bdescoteaux@ledevoir.ca
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Approche commune
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Décolonisation intérieure
Michel Venne
LE DEVOIR - mercredi 26 mars 2003
Le changement est l'un des thèmes clés de la campagne électorale en cours. Or l'appui manifesté par le grand chef du Grand Conseil des Cris du Québec, Ted Moses, à son «ami» et son «frère» Bernard Landry nous rappelle que le gouvernement du Parti québécois a été, au cours des dernières années, un artisan du changement. Et, dans ce cas-ci, ce fut pour le mieux et pour tous.
Le gouvernement du Parti québécois a révolutionné les relations entre l'État du Québec et les nations autochtones. Le cas des Cris est spectaculaire, et on en a fait grand cas, mais que dire de l'apaisement des rapports avec les Mohawks de Kahnawake et les Micmacs de la Gaspésie ? Une entente est également survenue pour la création d'un gouvernement autonome inuit dans le nord du nord du Québec.
En outre, les représentants de la majorité des Innus du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord ont conclu avec les négociateurs désignés par Québec et Ottawa une entente de principe qui, une fois aplanies les difficultés attribuables à l'imprécision des textes, comme l'a recommandé Guy Chevrette dans son rapport de médiation, deviendra sans doute un modèle du genre.
L'entente de principe avec les Innus (que l'on désignait autrefois sous le vocable de Montagnais) rompt avec une perception colonialiste du droit autochtone. Au lieu de chercher à éteindre des droits ancestraux et territoriaux reconnus par la jurisprudence, le Québec (qui semble avoir convaincu Ottawa de le suivre) a plutôt accepté de les reconnaître sur le plan politique en convenant, par voie de négociation, des modalités d'exercice de ces droits.
Nous sommes en train de sortir, mine de rien, d'un cycle infernal de recours stériles et coûteux devant les tribunaux, d'affrontements violents et de discrédit à l'étranger.
La «paix des braves» a le même effet. Cet accord met fin à des années de tension irréductible et aux campagnes de salissage injustes dans lesquelles le Québec était dépeint comme le royaume du racisme et du développement sauvage. La «paix des braves» a rétabli la crédibilité de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, qui, on l'oublie trop facilement, fut, en 1975, le premier traité moderne entre un État et des nations aborigènes.
Ces ententes vont peut-être aussi contribuer à rendre la position des autochtones moins rigide, moins hostile et surtout moins monolithique à l'endroit du projet de souveraineté et, plus largement, du nationalisme québécois. Un politicien a dit un jour : traitez-les comme une faction, ils se comporteront comme une faction. Traitez-les comme une nation, ils se comporteront comme une nation.
Ces effets indéniablement bénéfiques ne sont peut-être pas les plus importants.
Ce qui compte, au premier abord, c'est ce début de décolonisation intérieure auquel l'État du Québec a fini par consentir. Par ces accords, les nations autochtones deviennent politiquement responsables d'un territoire et d'une population. Les Amérindiens accèdent au rang de partenaires dans le développement du Québec en recevant une part des redevances dues pour l'exploitation des ressources naturelles. Ils acceptent de partager la responsabilité de la protection de la faune et de l'environnement. Ils se soumettent volontairement aux chartes des droits.
Dans le cas des Innus, ils conviennent de mettre en place un régime fiscal. Oui, les Amérindiens vont bientôt payer des taxes et des impôts. En fait, les Amérindiens sont souvent si démunis que même s'ils étaient actuellement soumis au régime fiscal québécois et canadien, ils seraient trop pauvres pour payer des impôts, comme 40 % des contribuables québécois. Ces accords vont aider à sortir les autochtones de cette misère. Ceux qui comptabilisent les sommes consacrées par Québec à la lutte contre la pauvreté devraient y ajouter les centaines de millions de dollars de compensations prévues à ces ententes.
Grâce à l'approche commune adoptée pour la négociation avec les Innus, ceux-ci vont devenir propriétaires en propre de territoires et cogestionnaires de plus vastes étendues. C'est un premier pas vers l'abolition des réserves dans lesquelles on les avait confinés. Nous devrions tous avoir honte de ce régime de ségrégation qui a survécu si longtemps. Mais nous devons aussi mesurer avec fierté l'importance du pas que nous sommes en train de franchir. Ce n'est pas qu'un petit changement.
Ces accords ont d'autres mérites. Ils auront des effets positifs sur le développement régional. Ils permettront de reprendre la construction de projets hydroélectriques d'envergure pour subvenir aux besoins du Québec, attirer ici des industries et exporter une énergie plus propre chez nos voisins. Cela rend en outre inutiles les projets de petites centrales qui promettaient de défigurer les cours d'eau du Québec, abandonnés par le gouvernement Landry mais que le Parti libéral s'est engagé à ressusciter.
Certes, ces ententes sont survenues après de nombreuses décisions judiciaires et dans le prolongement de la crise d'Oka de 1990, que personne ne voulait revivre. Il se peut que les libéraux eussent agi de la même façon s'ils avaient exercé le pouvoir. Jean Charest appuie d'ailleurs la politique appliquée par le PQ. Ce n'est pas une raison, toutefois, pour ne pas reconnaître les mérites du gouvernement. Sa réélection est en tout cas une garantie de continuité dans ce domaine où il a été exemplaire. Ted Moses y voit une raison suffisante, en tout cas, pour voter pour lui.
vennem@fides.qc.ca
Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.
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Irak
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Le poids des mots dans la guerre - De shock and awe en Shake'n'BakeOn vous vend le triomphe comme une bouteille de Pepsi
François Hébert Professeur de littérature, Université de Montréal
LE DEVOIR - mercredi 26 mars 2003
Le déferlement des images du cinéma américain, avec sa quincaillerie de chars et de bombes high-tech, avec la débilitante présence du journaliste fidèle à son bataillon comme un taliban à son mollah ou comme un chien à son maître, avec l'exposition répétée à l'écran des masques prémortuaires de Saddam Hussein, avec le coup de fil du Koweït du sympathique Kilroy à sa blonde enceinte au Nebraska, avec la reddition de bandes de loqueteux trop heureux d'être pris en charge devant des caméras par les plus grands soldats du monde et de tous les temps et d'être rémunérés, on peut le parier, pour lacérer les affiches du président irakien, le déferlement, donc, de ces images qui accompagnent servilement et agressivement, diffusent sans vergogne, justifient jusqu'à l'écoeurement et immortalisent dans des images d'Épinal les actes des pseudo-libérateurs en même temps qu'elles endorment toute velléité de compréhension réelle et de critique juste des événements, ce déferlement ne doit pas nous faire oublier le poids des mots dans la guerre.
L'annonce maintes fois réitérée de l'opération «Shock and Awe» m'a frappé. C'était d'ailleurs l'intention. La substance du message avait de quoi inquiéter, bien sûr. On allait voir que ce n'était pas que des mots, on allait voir ce qu'on allait voir si les bombes allaient vous frapper et vous stupéfier autant que l'expression shock and awe. Ce serait du gâteau pour les Américains devant leur poste de télévision, ce serait l'enfer pour le régime de Saddam. Ce serait du chocolat pour les uns, des freedom fries... Ce serait l'apocalypse pour l'ennemi.
On se souviendra de la scène du film Apocalypse Now dans laquelle on entend le vrombissement des moteurs des hélicoptères qui survolent les rizières vietnamiennes associé à la musique de Wagner.
Un mot d'ordre
Le bruit fait peur, et Hitler s'en est servi aussi, et sans doute les cris des guerriers d'Attila eurent-ils la même fonction. C'est pour semer la panique. C'est pourquoi la forme ou la formule doit surprendre. Comment faire cela dans notre monde, dont le ouèbe équivaut à l'herbe dont on disait qu'elle ne repoussait pas après le passage d'Attila ? Avec des mots voyageant à la vitesse des électrons.
Shock and awe est un message des special ops, des éclaireurs américains. Il est inventé par les créatifs de l'armée, et les journalistes le répandent comme une traînée de poudre. Il crée l'attente de l'attaque et de la victoire, et il en crée les conditions. Il attaque, il gagne déjà. La guerre n'est plus qu'une formalité ensuite. On vous vend le triomphe comme on vous vend une bouteille de Pepsi et comme on vous achète. «Vous», ici, comprend à la fois les Américains et les Irakiens. Shock and awe, c'est la totale, c'est la solution finale, idéalement. We are the world, who are you ?
C'est ainsi un mot d'ordre, un cri de guerre, un spot publicitaire, un drapeau de pirate, un tomahawk d'apache, la première salve, un gros nuage noir, on pique le taureau... Comment dire ? Ça n'a pas de nom : ça vient du ciel de l'optimisme et de la sauvagerie de l'agresseur, avec les bombes et la tempête de sable. Ça augure quelque chose de biblique, de dantesque, comme la crainte et le tremblement qu'il faut ressentir quand on est coupable devant la justice divine, comme un déluge de feu sur Sodome et Gomorrhe, comme une nuée de sauterelles. D'emblée, ça vous est, cela, shock and awe, vrillé dans l'oreille comme avec une perceuse Black and Decker. Ça sonne comme un glas, mais arrangé, prémonitoire : vous allez mourir et nous vous pleurons déjà, mais nous allons quand même vous tuer. C'est un peu un poème, avec l'assonance, âââ, âââ... C'est l'olifant de l'attaque que Roland embouche.
Je dirais même, dans une optique lacanienne ou cabalistique et à résonance judaïque, que l'on peut entendre à travers l'expression shock and awe le nom de cela, que les juifs appellent la «présence de Dieu dans l'immanence», c'est-à-dire la chekhina. De là à faire de la croisade pour le pétrole un complot sioniste, il n'y a qu'un pas que je ne franchirai pas, car c'est beaucoup plus compliqué et beaucoup plus simple que cela.
Pas le temps
Les Américains sont pressés : ils n'ont pas, ils n'ont jamais eu, ils n'ont plus de temps à perdre avec les taouins arabes (ou autres, car on ne fait pas de discrimination dans les affaires étrangères, c'est-à-dire les ténèbres extérieures). C'est ça, la game des Américains, the game plan, dit Bush, maniant la parole comme avec un joystick de jeu vidéo. Time is over, fini les folies. Make no mistake, voici les purs. On a assez attendu. Qu'il désarme, Saddam, et même s'il n'a pas d'armes, qu'il désarme, et même s'il désarme, qu'il débarque, et même s'il débarque, on va le juger (c'est fait) et le punir (c'est commencé).
Et tant pis pour les Nations unies, sauf si elles embarquent dans la croisade de la coalition of the willing (les hommes de bonne volonté, l'Albanie, l'Érythrée... ) contre l'axis (le mot rappelle explicitement les puissances de l'Axe, de sinistre mémoire) of evil. Satan et Saddam sont le même, Saddam dont on répète avec insistance le nom, ce qui est de bonne guerre dans la désignation du bouc émissaire à immoler, ou dans une séance d'exorcisme, mais ici, l'exorcisme fonctionne à l'envers : on ne fait pas sortir le malin du dictateur, on dicte plutôt au malin d'entrer dans l'homme en question.
C'est évidemment, à ce niveau, une affaire d'effigie puisqu'il s'agit de mots et d'images et non du Saddam réel, lequel n'échappe pas seulement aux Américains réels mais au langage tout entier. Même à l'anglais, la langue de la coalition, dont je ne sais pas comment peuvent l'entendre les arabophones non bilingues. Peut-être l'entendent-ils comme une sorte de latin étrange et sacré, secret en tout cas, l'envers de ce qu'est l'arabe pour moi, disons. Avant d'avoir un sens, les mots de toutes les langues sont physiques, étonnants, mystérieux comme des pierres. D'emblée, une langue fait peur et attise la curiosité. Il ne faut jamais sous-estimer l'obscur point de départ des langues, et on ne franchit jamais le mur des sons, l'anglais n'échappant pas à cette loi. L'anglais sur lequel s'appuie, est-ce par hasard, la coalition des trois pays anglophones que l'on sait, on peut le baragouiner ou traduire, mais on ne peut pas traduire et entendre véritablement sa musique ou sa matière, et toutes les anguilles qu'il y a sous ses roches, car l'anglais n'est pas qu'une langue. Il est aussi la culture qu'il signale, accompagne et favorise.
[...]
Les canons d'Hollywood et de Disneyland ne sont pas qu'esthétiques, ils tonnent fort. Les Oscars et les bombes, même combat. La vieille Europe est en retard, let's go, guys.
À fast war, fast-food, et vice-versa. Aussi bien l'expression shock and awe doit-elle aussi être comprise comme l'écho inconscient d'une recette du genre Shake'n'Bake. La recette du succès est dans la vitesse, le succès de la recette aussi. La chekhina américaine, pendant que la chicane occupe les écrans et les esprits (c'est la même chose), vous ne la voyez pas plus que vous ne voyez les avions furtifs ou les missiles, car elle est dans la cuisine. Elle est secrète comme la religion ou le pétrole, ces carburants. Et en même temps, pour qui sait voir, elle est manifeste, elle est évidente comme la statue de la Liberté avec sa flamme, ou comme un four (à ciel ouvert).
Heureusement, les Américains sont bons et n'ont que de bonnes intentions : ils ne tuent que les méchants, ou ceux qui ont l'intention d'être méchants. Ils en trouveront toujours, malheureusement. Il y en a d'ailleurs un certain nombre aux États-Unis. La police pourrait adopter cette tactique préventive. On est toujours menacé par un méchant. Il y a toujours des méchants dans l'ombre, comme il y a des tentures dans le théâtre de Shakespeare pour que des gens s'y cachent et qu'il faut pourfendre. Et d'ailleurs, l'ombre même est méchante. L'Américain prend les devants et, tel Lucky Luke, il tire plus vite que son ombre. Il n'y a pas d'ombre au tableau de son patriotisme. Et s'il y a des manifestants qui protestent, c'est une preuve de plus que la patrie a besoin de les défendre contre eux-mêmes car ils ne savent pas ce qu'ils font : ils nuisent à l'indice Dow Jones et ils font de la peine aux mamans des conscrits. Les larmes des mamans sauveront l'économie et finiront pas irriguer le désert irakien.
L'empereur Bush
Quant à l'empereur Bush, on n'a pas encore établi (hors de tout doute raisonnable, c'est-à-dire paranoïaque) si c'est réellement lui que l'on voit à la télévision, par exemple à sa descente de l'avion numéro un de l'armée, levant le bras tel un führer de bon ton pour saluer les téléspectateurs ou promenant sur les pelouses de sa maison, évidemment blanche, un chien noir, mais qui n'est évidemment pas noir pour la même raison que sont noirs les chevaux des méchants dans les films de cow-boys ou les cheveux de Saddam. À mon avis, ce n'est pas un dieu que vous voyez là, et je doute fortement qu'il s'agisse d'un homme; c'est une image, c'est une idole.
Ce n'est pas un dieu, mais en anglais, le mot awe connote la peur mystérieuse, religieuse, absolue, infinie. L'homme se prévaut de la prérogative divine, du feu de Jupiter ou du marteau de Thor. Celui qui parle de cette terreur, et avec de tels mots terrifiants, terrorise littéralement. Il nous prévient qu'il a l'éclair dans le poing et le bras levé, qu'il va jeter sa puissance contre l'infidèle. Si ce n'est pas le djihad (à la sauce américaine), les mots ne veulent rien dire. Inch God, Allah amen... En tout cas, Bush, lui, ne parle pas pour ne rien dire. Le shock est à la fois psychologique et militaire : les troupes sont de choc, de même qu'il y a les électrochocs, et tout ira bien, pourvu que le mauvais esprit (Saddam) sorte du corps (l'Irak).
C'est la médecine à géométrie variable et à plusieurs vitesses simultanées que Bush applique au malade, lequel est en grande partie imaginaire, sauf que c'est dans l'esprit de Bush et de sa clique que le virus est le plus virulent.
Il faut se méfier évidemment de la propagande bas de gamme de Saddam Hussein, mais il faut se méfier prodigieusement des très sophistiquées agences de publicité et de propagande américaines qui trafiquent les mots, savent leur poids, leur portée, lesquels deviennent, sortis de leurs mains et relayés par Fox et CNN, des mercenaires, des chars, des leurres, des ondes de choc et des armes de destruction morale massive.
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Irak
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Un fascisme à l'américaine
Jimmy St-Gelais, Blainville
LA PRESSE 21 mars 2003
Les actions actuelles des États-Unis d'Amérique sur la planète font renaître le fantôme du fascisme. En faisant abstraction du climat économique instable et du sentiment d'honneur national bafoué qui caractérisent le pays de l'Oncle Sam depuis les événements du 11 septembre 2001, les politiques intérieures et extérieures de l'Amérique ramènent de plus en plus en nos mémoires les méthodes des régimes fascistes des années 30 en Europe.
Le fanatisme patriotique, la peur institutionnalisée, la propagande généralisée, la marginalisation des opposants à l'intérieur des frontières (qu'on accuse de traîtrise), la désignation de boucs émissaires aux malheurs du pays (les personnes d'origine arabo-musulmane), la suspension des droits civiques de base (l'acceptation de la torture comme moyen légitime d'interrogation), l'établissement d'une économie de guerre totale et les visées impérialistes sont devenus monnaie courante aux États-Unis depuis l'accession de G.W.Bush à la présidence.
Où cela nous mènera-t-il? La tentation hégémonique de ce pays engendra-t-elle d'autres conflits de plus en plus importants et déstabilisants? L'ONU subira-t-elle le même sort que la défunte Société des Nations qui fut incapable d'empêcher la seconde guerre mondiale? Va-t-on assister alors à un ras de bol des autres nations menant inexorablement à une confrontation directe avec les Américains afin d'atténuer leurs ardeurs guerrières?
Il est à espérer que l'administration Bush fera preuve de plus de sagesse dans l'avenir, car, si elle continue dans cette direction, l'histoire risque malheureusement de se répéter, encore une fois...
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Approche commune
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- AnalyseLes coulisses de l'appui du grand chef
Denis Lessard
La Presse - mercredi 26 mars 2003
Peu de gens le savent, mais il s'en est fallu de peu que, pour la première fois dans l'histoire politique du Québec, un autochtone devienne candidat d'un parti à des élections générales.
Michel Létourneau, ministre incontournable dès qu'il est question des Cris, était prêt à céder son siège d'Ungava si on vieil ami Roméo Saganash avait accepté de se porter candidat pour le PQ. Si les élections générales avaient été repoussées à l'automne, le temps aurait probablement fait son oeuvre.
Ce n'était d'ailleurs pas la première fois qu'on courtisait M. Saganash, le conseiller des chefs cris Matthews Coon-Come et Ted Moses. Son nom avait circulé, toujours pour le Parti québécois, en 1989 et 1994- béni par David Cliche, alors spécialiste de Jacques Parizeau pour les questions autochtones.
Le trio Saganash, Ted Moses et Michel Létourneau fut déterminant dans le rapprochement entre les Cris et les Blancs du Sud. C'est ce qui a ouvert la voie à une complicité aussi immédiate que sincère entre Bernard Landry et le chef cris. Cette chimie entre les deux chefs s'est matérialisée cette semaine en un appui officiel de Ted Moses au Parti québécois en vue des élections du 14 avril.
Dès leurs premiers contacts, le chef Moses et Bernard Landry ont sympathisé sans hésitation et sans calcul. Il y a un peu plus d'un an, les deux hommes signaient "la paix des Braves". Bien sûr, il y avait communauté d'intérêts- le développement économique des autochtones en retour de l'exploitation des rivières. Mais on a vite senti que le contact était bien plus profond.
À un point tel que lorsqu'il fut désigné "Personnalité de l'année" au gala annuel organisé par La Presse et Radio-Canada, Ted Moses tint mordicus à ce que M. Landry soit présent à sa table, puis qu'il vienne le rejoindre sur la tribune.
Michel Létourneau connaît le Nord québécois comme le fonds de sa poche. Cet ancien fonctionnaire de la municipalité de la Baie-James était devenu par la suite directeur général de la Société de développement de la Baie-James. Nommé ministre délégué aux Affaires autochtones il y a tout juste un an, il a pu mettre à profit près de 20 ans de relations avec les Cris. "Même quand cela allait mal avec les Cris, quand ils faisaient des tournées pour nous dénoncer aux États-Unis, j'ai toujours eu d'excellentes relations avec eux", explique maintenant M. Létourneau.
Ce n'est pas tellement le nombre des votes devant découler de cet appui qui est significatif. On compte seulement 13 000 Cris et surtout, leur taux de participation aux élections générales avoisine généralement les 40 %. Aux référendums, les Cris votent davantage, à 60 % en 1995. Les Cris qui votèrent furent à 95 % en faveur du NON. Ce qui explique pourquoi l'appui du chef Moses a été annoncé à Montréal, plutôt que dans le Nord. On visait davantage les électeurs des grands centres.
Car les rapports entre les Québécois et les autochtones sont délicats. Lors de la crise d'Oka en 1990, Jacques Parizeau, alors chef de l'opposition, avait conseillé à Robert Bourassa d'ordonner à la SQ de prendre d'assaut les barricades, une position qui, se souvient-on dans les coulisses au PQ, avait même donné quelques points dans les sondages.
Cette fois, la cohabitation pacifique paiera bien davantage. Après des campagnes agressives où les Cris attaquaient les projets de développement hydro-électrique du Nord, l'armistice de la paix des Braves a eu l'effet d'un beaume.
La dernière tournée de Cris à l'étranger, l'automne dernier, avait des allures de voyage de noces. MM. Moses et Létourneau à Paris, Bruxelles, Londres et Barcelone vantant côte à côte l'ouverture nouvelle du Québec aux Premières Nations, un rêve quasi impensable il y a 10 ans.
Pourtant, il y avait loin de la coupe aux lèvres. Tout l'automne dernier, le paysage québécois avait été obscurci par les relations tendues entre les Blancs du Lac Saint-Jean et de Sept-Îles et les communautés innues. Guy Chevrette confiait cette semaine ne pas avoir imaginé une seconde, avant d'accepter son mandat de médiateur, que le ressentiment ait pu atteindre un tel niveau. "J'ai failli parler de racisme dans mon rapport, je me suis retenu", a-t-il dit. Qui sait, le rapprochement entre MM. Landry et Moses est peut-être le début d'une nouvelle relation entre Blancs et autochones.
dlessard@lapresse.ca
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souveraineté
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Landry proposal splits movement in election runup
RhéAl SéGuin
The Globe and Mail Wednesday, March 26, 2003
Quebec PQ - The unity of the Quebec sovereignty movement is beginning to unravel at a crucial time in Parti Québécois Leader Bernard Landry's election campaign.
A number of groups are taking Mr. Landry to task for his proposal, if re-elected, to seek a confederal union within Canada rather than outright sovereignty.
The president of the Rassemblement pour l'Indépendance du Québec, Claude Barriteau, says Mr. Landry is being deceitful with sovereigntists who now wonder if they should still support the PQ.
"This could ruin Mr. Landry's chances at being re-elected. He is telling sovereigntists: 'I want your vote but I will use it to achieve something else.' That's quite serious," Mr. Barriteau said in an interview.
"I have no idea any more who I can vote for. And that's the case for many sovereigntists. People forget that there are quite a few of us out there."
If returned to power, Mr. Landry has promised a public debate on how a sovereign Quebec could join in a new confederation with Canada.
Mr. Barriteau condemns the proposal as ambiguous and ridiculous, one that would require the rest of Canada to redefine its institutions radically to accommodate Quebec.
On the sovereigntist Web site Vigile.net, columnist Sylvain Deschênes heaped scorn on Mr. Landry's proposal, asking whether sovereigntists would not be better served by voting for the socialist pro-sovereignty fringe party Union des Forces Progressistes.
"Would my vote not be more clearly 'independantiste' if I supported the UFP candidate?" he asked. "The strategy of running after the soft vote by denying his [Mr. Landry's] own identity could be an extremely risky gamble."
The debate within sovereigntist circles began 10 days after PQ members were presented with the proposal without getting time to read or debate it.
It is now part of an election platform that has changed the party's fundamental objective.
Mr. Landry's former adviser on sovereignty, Josée Legault, now a political columnist for the Montreal Gazette, was the first to criticize his Quebec-Canada proposal publicly.
She said it was not a clever ploy to attract federalist votes but something Mr. Landry truly believed in.
The PQ leader has admitted that his plan was inspired by a federalist, the late Liberal premier Robert Bourassa, who in the early 1990s also toyed with the idea of proposing a confederal union between two equal nations.
Questions about Mr. Landry's sovereigntist credentials could not come at a worse time: The outcome of the April 14 election could be decided by sovereigntists who stay home rather than vote.
In past elections, when the PQ turned its back on outright sovereignty, many supporters stayed home because they felt their vote was being taken for granted.
As skepticism about Mr. Landry's plan grows, criticism is beginning to focus on the team of advisers who have plotted his strategy.
Some sovereigntists resent what they call the "allergy to sovereigntists" of Mr. Landry's chief of staff, Brigitte Pelletier.
Others worry about senior Landry adviser Yves Martin's close ties with former PQ cabinet minister Claude Morin, who in 1992 admitted being a paid RCMP informant.
The return of former PQ adviser Jean-François Lysée, who embraced Mr. Morin's step-by-step approach to achieving sovereignty, has also caused concern.
Mr. Landry also raised eyebrows when he recently acknowledged that his federalist friends in the business community were not strongly opposed to his idea of a confederal union.
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Approche commune
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Mosus ! Pourquoi souiller la Paix des Braves ?
Michel Vastel
Le Soleil mercredi 26 mars 2003
Le vote du grand chef du Grand Conseil des Cris vaut ce qu'il vaut : un vote. Mais l'appuyer sur un coup bas au chef libéral ne le grandit pas. Ni Bernard Landry qui en profitera peut-être. Bien sûr, il est de bon ton de frapper sur Jean Charest puisqu'il ne répond jamais et que peu de gens protesteront. Moi, en tout cas, je serai un de ceux-là...
Dans un raccourci d'une incroyable malhonnêteté, Ted Moses a mis dans le même paquet "libéraux et adéquistes" qui auraient annoncé le lancement d'une deuxième Baie James sans en parler aux Cris. Dans le cas de Mario Dumont, il y a du vrai là-dedans. Mais dans celui de Charest, c'est faux et injuste.
Jean Charest devrait savoir, après ses années à Ottawa où il défendait les revendications du Québec, que la rigueur et l'honnêteté intellectuelle n'ont jamais étouffé les leaders autochtones. [Cet appui "spontané" avait été organisé à l'avance par le porte-parole de M. Moses, le président du Parti québécois prévenu et, interrogé par un journaliste du SOLEIL samedi, le député d'Ungava avait fait l'ignorant.] En se prêtant à cette mascarade, lundi, le premier ministre du Québec s'est conduit en petit politicien de province, comme dirait Matthew Coon Come, prédécesseur de Moses au Grand Conseil !
C'était un beau moment, cette signature de la Paix des Braves, en février 2002. Une fois de plus, le Québec montrait l'exemple au reste du Canada pour ce qui est de ses relations avec les Premières Nations. Le Parti québécois aime dire que tout a commencé, au temps de René Lévesque, avec la reconnaissance des nations autochtones et de leurs droits ancestraux par l'Assemblée nationale. C'est faire peu de cas de la Convention de la baie James qui était saluée, en son temps, comme le premier Traité moderne entre Blancs et autochtones. Disons que tous les gouvernements du Québec, à leur manière, ont tenté de normaliser leurs relations avec les peuples autochtones.
La paix avec les Cris, et surtout les ententes avec les Innus, ont cependant soulevé des inquiétudes dans la population blanche. Toute déclaration maladroite des leaders politiques peut faire dérailler le débat, avec des conséquences incalculables. Charest en était très conscient lorsque j'en avais parlé avec lui, l'automne dernier... "Le développement du nord du Québec étant directement lié à sa capacité de s'entendre avec ses peuples autochtones, il faut éviter le piège de tomber dans les préjugés et de laisser déraper le débat", me disait-il alors.
"On aurait pu, compte tenu de la situation, tomber à bras raccourcis sur le gouvernement, ajoutait le chef de l'opposition officielle, mais on ne l'a pas fait parce qu'on a senti qu'il y avait derrière cela quelque chose de très important pour le Québec." Il offrait même à Bernard Landry de régler toute cette question avant la campagne électorale. Il a eu sa récompense cette semaine...
On croyait que la gaffe viendrait d'un Mario Dumont en état de panique, prêt à tout pour polariser le "vote blanc" du Lac-Saint-Jean par exemple. Elle est plutôt venue d'un Bernard Landry infatué de son succès. La parade sur la scène du Gala de La Presse en l'honneur des personnalités de l'année ne lui suffisait pas, il lui fallait un endossement politique.
Jean Charest aurait pu rappeler à Bernard Landry et à Ted Moses qu'ils ont signé un pacte au nom de Québécois qui votent aussi pour le PLQ, l'ADQ ou l'UFP autant que pour le PQ, et au nom de Cris qui ne se donnent même pas la peine de voter parce que, eux, contrairement à nous, ne reconnaissent pas le gouvernement des Blancs. "Je n'ai rien à dire là-dessus, j'ai ma propre vision des choses, qui ne changera pas", a commencé par dire Jean Charest.
C'est fou ce que le chef actuel des libéraux me fait penser à Robert Bourassa. En a-t-il pris, lui aussi, pendant ses 15 années au pouvoir, des baffes sur la figure. Et a-t-on pu être agacé de le voir toujours tendre l'autre joue plutôt que de répliquer... "Ils comprendront un jour", disait-il toujours.
Jean Charest se comporte de la même façon. Que les attaques viennent d'adversaires politiques, de chroniqueurs à la mode ou de chefs syndicaux, qu'elles portent sur ses politiques ou sur sa vie privée, il encaisse sans broncher. "C'est de bonne guerre pendant la campagne électorale", suggérait-il hier.
Finalement, pressé de questions, il a fini par dire - était-ce un espoir qu'il exprimait ? - que "si le PQ veut transformer cela en question partisane, il fait fausse route et cela va se retourner contre lui".
Justement, si cela se retourne contre le PQ, ce sera une catastrophe. Cela voudra dire que des adversaires de la paix sociale, furieux de la récupération politique du dossier autochtone, vont se remettre, au Saguenay - Lac-Saint-Jean ou sur la Côte-Nord, à agiter l'opinion publique, à dresser les Blancs contre les Amérindiens. Un beau gâchis en perspective... "Et on va en payer le prix longtemps !" appréhendait Jean Charest l'automne dernier. Tout cela pour une seule circonscription !
Selon certains rapports de presse, c'est "dans la langue de Shakespeare" que Ted Moses a promis de "recommander à son peuple de soutenir le député actuel d'Ungava, Michel Létourneau". Il ne lui reste plus qu'à apprendre le français pour que cela ait l'air tout à fait sincère...
MVastel@lesoleil.com
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Montagnais
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Premières Nations du Québec et du Labrador : Le chef Ghislain Picard accuse Ottawa de n'avoir rien fait bouger en 33 ans
Claude Vaillancourt
Le Soleil - mercredi 26 mars 2003
L'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador constate que 33 ans après le dépôt, par Jean Chrétien, d'un livre blanc sur le devenir des Amérindiens, rien n'a changé au Canada sur leur situation.
Pour le chef régional, Ghislain Picard, le ministre des Affaires indiennes et du Nord Canada, Robert Nault, doit sortir de sa tour d'ivoire et parler aux chefs des Premières Nations.
C'est aujourd'hui, à Montréal, que l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, qui représentent les autochtones de 11 nations répartis dans une quarantaine de communautés, expliquera aux parlementaires fédéraux qu'ils ne sont pas d'accord avec la démarche en cours lors des audiences publiques sur le projet de loi C-7 sur la gouvernance des Premières Nations.
"L'urgence n'est pas à la gouvernance ni aux audiences publiques, plaide le chef Innu de Betsiamites. Il y a d'autres actions parallèles à mener.
"Lire une statistique sur le suicide et enterrer son jeune de 20 ans, ce n'est pas la même chose, témoigne-t-il. Lire une statistique sur le chômage et réaliser, à 20 ans, que tes projets ne peuvent pas se réaliser et que tu n'as pas d'avenir, ce n'est pas la même chose. Lire une statistique sur le logement et vivre à huit et plus dans une maison insalubre, ce n'est pas la même chose. Lire une statistique sur l'endettement des conseils locaux et avoir quotidiennement à refuser des services à ta population qui cogne à ta porte, ce n'est pas la même chose."
Pour ce dernier, le gouvernement fédéral n'a pas fait un pas depuis que Jean Chrétien, alors ministre des Affaires indiennes, a déposé son livre blanc, lequel avait été rejeté avec fermeté par l'ensemble des Premières Nations.
"Le livre blanc de 1969 reposait généralement sur l'idée que, pour se développer, les Premières Nations n'avaient d'autre choix que de s'intégrer à la majorité et d'adopter son modèle de développement, a soutenu M. Picard. Voilà que 33 ans plus tard, tout ce que le gouvernement Chrétien a à nous proposer, avec beaucoup d'originalité."
Le chef innu estime que la politique autochtone du Canada est faite de 33 ans de promesses rompues et de 33 ans de rapports mis aux oubliettes.
L'Assemblée des Premières Nations demande à ce que les parlementaires viennent dans les réserves discuter avec les populations locales de leurs problèmes.
Elle est prête, rajoute le chef, à examiner toutes les solutions avec le gouvernement d'Ottawa, mais, pour ce faire, il faut que celui-ci cesse d'imposer sa vision.
"Au moment où l'on se parle, il nous manque au moins 5000 logements. On tient aussi des conférences sur la santé, alors que les problèmes de suicide sont nombreux."
Le chef Picard croit que les besoins des Amérindiens se chiffrent à 20 milliards $ par année pendant 20 ans.
CVaillancourt@lesoleil.com
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Garderies à 5$
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Élections 2003Garderies à 5$: les familles québécoises font un cadeau de 225 millions à Ottawa
Stéphanie Grammond
La Presse - mercredi 26 mars 2003
EN INSCRIVANT leurs enfants dans une garderie à 5 $, les familles québécoises feront un cadeau de plus de 225 millions au gouvernement fédéral en 2003. C'est ce qu'évalue Claude Laferrière, professeur de fiscalité à l'Université du Québec à Montréal, qui vient de publier la version 2003 de son étude intitulée Les garderies à 5 $ sont-elles une aubaine?.
Selon M. Laferrière, le gouvernement fédéral est le plus grand gagnant des garderies à 5 $. "Chaque fois qu'un enfant est placé dans une garderie à 5 $ plutôt qu'à plein tarif, Ottawa reçoit un cadeau. Il encaissera plus d'impôt et versera moins de prestations", écrit-il.
Les principales perdantes sont les familles dont le revenu oscille entre 25 000 $ et 40 000 $. Pour elles, le programme de garderie à 5 $ est carrément "une mauvaise décision financière", affirme M. Laferrière.
Un grand nombre de parents se trouvent dans cette tranche de revenus, puisque le revenu moyen des familles québécoises s'élève à 56 943 $, selon les chiffres les plus récents (1998) fournis par le ministère de la Famille et de l'Enfance. Chez les mères seules, le revenu familial moyen est de seulement 26 596 $.
L'analyse de M. Laferrière fait ressortir que certaines familles perdent de 1300 $ à 1800 $ par année en inscrivant un enfant dans une garderie à 5 $ plutôt que dans une garderie non subventionnée, qui coûterait 24 $, 26 $ ou 28 $ par jour (voir tableau).
L'économie que les parents réalisent en payant 5 $ au lieu du plein tarif est éclipsée par les avantages fiscaux qu'ils perdent du même coup.
Tout d'abord, les parents n'ont plus droit au crédit d'impôt provincial pour frais de garde. Ce crédit baisse au fur et à mesure que le revenu familial augmente. Il est de 75 %, au maximum, pour les familles qui ont un revenu de moins de 28 140 $. Il tombe à un minimum de 26 % lorsque le revenu familial est de 78 160 $ ou plus.
"À titre d'exemple, prenons un ménage possédant un revenu net familial combiné de 28 00 $. Des frais de garde de 24 $ par jour vont générer un crédit remboursable de 18 $ par jour (75 % multiplié par 24 $) laissant un coût net de 6 $ par jour", expose M. Laferrière.
Il faut ensuite tenir compte du fédéral. Ottawa permet aux parents de déduire les frais de garde de leur revenu. Par exemple, un parent qui gagne 35 000 $ et qui paie 6000 $ de frais de garde pour un enfant (24 $ multiplié par 250 jours), réduira son revenu imposable à 29 000 $.
Premier impact: le parent paiera moins d'impôt. Deuxième impact: En abaissant son revenu familial, qui sert de base pour le calcul des prestations et crédits, le parent recevra moins d'argent dans le cadre de la Prestation fiscale canadienne pour enfant et dans le cadre du remboursement de la TPS.
Ainsi, un ménage monoparental qui compte deux enfants, dont un seul inscrit à la garderie, économiserait au départ 4750 $ en optant pour la garderie à 5 $ (1250 $ par année) plutôt que pour une garderie à 24 $ par jour (6000 $ par année). Mais de l'autre côté, le ménage perdra les crédits d'impôt de 4420 $ au provincial. Au fédéral, il paiera 713 $ de plus d'impôt, diminuera de 1019 $ sa prestation pour enfant (en 2004-05) et diminuera son remboursement de TPS de 238 $ (en 2004-05).
Au total, le ménage perdra 1360 $ par année avec la garderie à 5 $. Il s'agit d'une somme considérable pour un ménage qui est bien loin du seuil de la richesse... très loin, même, commente M. Laferrière.
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