ADQ
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L'inévitable autrement
Léon Courville L'auteur est économiste. Il a récemment cosigné avec Paul-Daniel Muller Place à l'initiative, publié chez Québec Amérique et préfacé par Mario Dumont.
LE DEVOIR - jeudi 27 mars 2003
Depuis environ deux années au Québec, le débat politique s'est rouvert à la contestation de notre organisation économique et sociale. À cet égard, l'on doit admettre que Mario Dumont a contribué, s'il ne l'a pas amorcé, à ce déblocage et, dans certains domaines dont la santé, force est d'admettre que la couleur des enjeux ne sera plus la même grâce à ses interventions.
Mais depuis le début de la campagne électorale, l'image du verre à moitié plein ou à moitié vide convient mieux pour décrire les enjeux. Le «Restons forts» et le «Nous sommes prêts» s'opposent à la vision de changement de l'ADQ. Ces deux positions répondent à des perceptions quant aux opinions de l'électorat.
Commençons par le «Mon doux que ça va donc bien». C'est un fait que la très grande majorité des Québécois se sentent bien chez eux et ce sentiment traverse plusieurs couches de la population. Ceux qui ont les moyens tout comme ceux qui ne les ont pas ne cherchent pas, en général, de cieux meilleurs. Si ce sentiment n'était pas si généralisé, le parti au pouvoir et son alter ego libéral ne «packageraient» pas leur campagne ainsi.
Passons de l'autre côté, où l'on formule un diagnostic tout aussi lucide, moins orienté sur les perceptions que sur une réalité depuis longtemps décrite par ceux-là mêmes qui prétendent éviter le changement. Je donne des exemples. Au début des années 80, le Parti québécois a tiré un constat déprimant sur la fiscalité et surtout celle affectant les bas revenus. Rien n'a avancé sauf que le problème s'est aggravé. Le décrochage scolaire ne date pas d'hier et lui aussi n'a pas connu d'amélioration. Le virage ambulatoire a été décidé pour dégorger le système de santé. Le problème n'a pas disparu, au contraire.
On pourrait multiplier ces exemples, y compris celui de la réglementation dont le dernier spasme réformateur remonte à la première année du gouvernement Bouchard. Force nous est de constater que le discours dominant camoufle cette toile de fond. Et libéraux comme péquistes refusent le constat du baril percé; ils nous promettent d'ajouter plus d'eau pour résoudre un problème récurrent.
Il apparaît bien évident que notre bien-être est menacé; une conjoncture économique adverse n'aura qu'à se pointer le bout du nez et les équilibres budgétaires seront sérieusement affectés. Mais le problème est avant tout structurel; notre classe politico-bureaucrate, qui pousse à la roue depuis longtemps, n'a pas réussi à endiguer les fissures. La preuve est cette pluie de promesses à l'égard de ceci et de cela et d'à peu près tout. La tendance ne peut pas se maintenir. À la fin de la journée, il manque de ressources dans à peu près tous les domaines, et malheureusement aussi dans l'assiette fiscale pour satisfaire aux nouvelles exigences.
Face à ce mur de brique, deux attitudes. L'une qui semble gagnante consiste à recevoir ces demandes et à occulter les problèmes qui sont pourtant à la source de ces demandes. Prenons le pouvoir et on traversera le pont une fois rendu. L'autre qui apparaît jusqu'à maintenant néophyte, pleine des illusions de la jeunesse, attaque les questions de front et structure une réponse rationnelle et crédible dans ce monde de contraintes grandissantes.
Anticiper et proposer m'apparaît plus rassurant devant ce qui nous attend. Autrement, on subira d'autres correctifs dont les conséquences pourraient venir nous hanter. La mise à la retraite des infirmières s'est avérée une erreur de proportions inestimables. Devant les listes d'attente, on diminue le nombre de soigneurs ! Une telle attitude n'est pas surprenante; si l'on refuse de réorganiser, il faut couper. Hélas, la manière dont on l'a fait et le secteur touché ne semblent pas nous alarmer outre mesure, du moins pas assez pour en tirer la leçon.
Les propos de M. Dumont se rangent parmi ceux de la jeunesse, qui partage cette inquiétude que le cheptel ne puisse plus nourrir tout le monde et que son insuffisance dépende beaucoup des méthodes d'élevage. Ils ont une résonance certaine auprès de ceux qui ont dû faire face à ces dilemmes et qui ont implanté au cours des dernières années des réorganisations majeures. Ces propos reçoivent également l'aval des artisans du secteur public, qui à bien des égards vivent les incohérences des structures empilées et des projets de réforme sans lendemain.
On n'aura pas le loisir de passer à côté de choix cornéliens. «L'avenir autrement» est inévitable. Je me range du côté de ceux qui pensent que l'appareil gouvernemental, l'intervention de l'État et notre structure fiscale ont besoin d'un sérieux ménage; ces éléments sont au coeur de la productivité de notre société, qui a souffert au cours des trente dernières années tout comme ce fut le cas pour tout le Canada. Et pour être tout à fait sûr d'être bien compris, j'ajouterai que repenser à notre productivité ne veut pas dire travailler plus fort mais mieux travailler, travailler plus intelligemment. Un peu plus de matière grise et un peu moins d'huile de bras et de privilèges ou de dollars à crédit.
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Irak
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Avec des amis comme ça...
Matthieu Roy-Décarie
LE DEVOIR - jeudi 27 mars 2003
Lettres: Laval, le 25 mars 2003
Monsieur l'ambassadeur des États-Unis au Canada, Vous avez fait part aujourd'hui de la «déception» et de «l'agacement» de votre gouvernement face à la décision du Canada de ne pas vous accompagner dans votre petite expédition en Irak. Et vous avez dit, le plus sérieusement du monde, qu'il n'y aurait même pas eu de débat chez vous si le Canada vous avait demandé votre aide parce qu'il était agressé. Vous seriez venus sans hésiter. Mais nous n'en avons jamais douté, M. l'ambassadeur. Et il ne faut pas douter non plus que, si vous aviez le malheur d'être attaqués, le Canada serait le premier à se précipiter pour vous aider. Seulement, cette fois-ci, il y a un os: c'est votre pays qui est l'agresseur!
Imaginez, pour un instant, que le Canada décide unilatéralement, avec un mépris à peine voilé pour le droit international et pour les pays qui, comme le vôtre, ne partageraient pas son avis, d'attaquer un pays qui ne l'a jamais agressé. Imaginez qu'il le fasse au nom de la liberté, mais qu'il ait aussi de nombreuses motivations beaucoup moins nobles. Que feriez-vous ? Les États-Unis seraient-ils automatiquement à ses côtés ?
Alors remballez vos petits reproches, M. l'ambassadeur. Nous serons sûrement là pour aider à réparer vos dégâts. En attendant, laissez-moi vous rappeler les paroles sages de Michael Moore (un de vos compatriotes) : «un ami, un allié, c'est quelqu'un qui a le courage de vous dire quand vous avez tort». Eh bien, dans ce sens, n'ayez aucun doute sur notre amitié.
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Irak
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Pourquoi l'Irak?
Serge Truffaut
LE DEVOIR - jeudi 27 mars 2003
Éditorial -
Les idéologues qui entourent le président Bush ont atteint leur but. Depuis douze ans, ils clament haut et fort qu'à la suite de l'implosion de l'Union soviétique, le rôle des organisations emblématiques du multilatéralisme comme l'ONU doit être réduit à trois fois rien afin de ne pas altérer le destin des États-Unis. En militants fervents de «la logique des empires», rien ne doit empêcher leur pays de dominer un monde que l'on veut unipolaire. Première étape? L'Irak.
Le renversement de Saddam Hussein et son remplacement par un régime sculpté en fonction de valeurs américaines est l'obsession d'un homme : Paul Wolfowitz. Depuis l'installation de Bush à la Maison-Blanche, il est le numéro deux du Pentagone. Lorsque Bush père était aux commandes, Wolfowitz patronna la planification de la campagne Tempête du désert, qui se conclut, pour lui, par un dépit. En effet, au nom de principes qui siéent au multilatéralisme, Bush refusa d'aller jusqu'à Bagdad. Par l'intermédiaire de Bush fils, Wolfowitz réalise actuellement son rêve.
Dans cette histoire, il est remarquable de constater qu'une fois encore la guerre fut précédée par une bataille des idées remportée, celle-ci, par Wolfowitz. Par lui et tous ceux qui l'ont suivi et qui occupent aujourd'hui des postes influents dans l'administration ou à la périphérie de celle-ci. On pense à Richard Perle, président du Defense Policy Board, qui conseille le Pentagone, ou à William Kristol, éditeur du Weekly Standard, qui est la bible des néo-conservateurs, financée par Rupert Murdoch, propriétaire de la chaîne Fox News, ou encore à Robert Kagan, essayiste et associé du Carnegie Endowment for International Peace.
En février 1998, tous ces bonzes et éminences grises ont adressé au président Clinton une lettre l'exhortant à faire de l'Irak la pierre angulaire de la politique étrangère des États-Unis. Tout ce que le monde vit aujourd'hui, et même depuis plusieurs mois, est contenu dans cette missive : l'endiguement qui avait guidé la politique à l'époque de l'Union soviétique doit être abandonné, l'action unilatérale doit être privilégiée même si cela doit signifier la fin du multilatéralisme, etc. De cette lettre, on retiendra autre chose : huit des dix-huit signataires, dont Donald Rumsfeld, entourent aujourd'hui le président Bush.
Tous étant des universitaires, des intellectuels bardés de diplômes aimant jongler avec les concepts, il est peut-être bon de préciser leur filiation. Ils sont les héritiers de l'école philosophique de Chicago, les enfants du professeur Allan Bloom, auteur de The Closing of The American Mind ou L'Âme désarmée. Surtout, ils sont les descendants du philosophe Leo Strauss. Résumé à l'extrême, son projet fut le suivant : l'idée selon laquelle l'esprit des Lumières, le rationalisme, est supérieur à l'obscurantisme religieux est une supercherie. Bien au contraire, les prétentions de l'orthodoxie religieuse sont toujours d'actualité. D'autant plus que le monde se divise encore et toujours, selon tous ces messieurs, entre le bien et le mal. C'est tout noir ou blanc. Il ne peut y avoir de place pour le gris, pour la nuance, pour le débat, pour... les Nations unies ! En adeptes de Strauss, ils sont enfin des partisans de l'action. Pour eux, l'exercice du droit des États-Unis, nation qui a ceci de différent des autres qu'elle est aussi une idée, à régenter le monde passe par l'action. Par la guerre ! Aujourd'hui l'Irak, demain...
Le problème, avec tout ce fatras idéologique, c'est que ces messieurs ont oublié une chose que l'économie est en train de leur rappeler. Ainsi qu'on commence à le lire ici et là aux États-Unis, l'administration Bush a oublié qu'elle préside un pays qui, depuis le début des années 80, s'est fait le chantre du libéralisme, de cette mondialisation des marchés qui a favorisé l'avancée de ce multilatéralisme. Que Wolfowitz et consorts n'aient pas songé à cela nous fait espérer une chose : Bush perdra ses élections sur le front économique, celui où l'on fait la guerre autrement.
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Irak
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Agacement
Paule Des Rivières
LE DEVOIR - jeudi 27 mars 2003
Éditorial - L'ambassadeur des États-Unis au Canada, Paul Celluci, a semoncé le Canada pour avoir pris ses distances vis-à-vis de l'intervention militaire américaine en Irak. Personne ici ne s'attendait à recevoir des tapes dans le dos. Cela dit, les propos qu'a tenus l'ambassadeur devant l'Economic Club en disent long sur le statut de succursale que certains, à Washington, attribuent au Canada.
Mais quoi qu'en pensent ceux-là, le Canada n'a pas à suivre son voisin aveuglément, surtout lorsque ses décisions risquent de faire basculer une région entière dans le chaos. Bien entendu, la proximité géographique et l'étroitesse des liens unissant les deux pays donnent nécessairement un relief particulier à tout désaccord, et celui qui nous occupe est majeur. Mais les intérêts commerciaux ne peuvent tenir lieu de politique étrangère, n'en déplaise à l'ambassadeur qui y est allé de quelques menaces plus ou moins voilées. Cette tentative d'intimidation est d'ailleurs assez pitoyable. L'ambassadeur américain au Mexique sert-il la même rhétorique au gouvernement de Vicente Fox ?
Cette histoire permet au premier ministre Jean Chrétien de savourer un petit moment de gloire en flattant le sentiment antiaméricain qui sommeille en nous. En exposant sa déception et son agacement, l'ambassadeur américain à Ottawa a fourni une belle occasion au premier ministre de se démarquer, une fois de plus, de Washington.
Mais cela ne veut pas dire pour autant que la position canadienne vis-à-vis de la guerre en Irak soit cohérente. Nous sommes loin du compte. Lundi, le ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, disait que son gouvernement appuyait l'objectif américain de renverser le régime de Saddam Hussein. Vingt-quatre heures plus tard, changement total de perspective. Le gouvernement canadien, dit M. Chrétien, n'appuie pas nécessairement cet objectif parce qu'il ne correspondrait pas à une politique des Nations unies. Ces incohérences sont gênantes. Qui ne souhaite la chute de Saddam Hussein ? Il ne sert à rien de jouer sur les mots.
La présence de soldats canadiens dans le Golfe continue également d'alimenter la controverse. À l'heure actuelle, trois navires canadiens, cinq avions et près de 1200 soldats canadiens exercent des missions de surveillance dans le golfe Persique, la mer d'Oman et l'océan Indien. Cette présence témoigne de l'effort du Canada dans la lutte contre le terrorisme et n'est pas en contradiction avec le refus de se battre en Irak. En revanche, et en dépit de leur petit nombre, la trentaine de soldats canadiens participant à des missions en Irak aux côtés des soldats américains devraient quitter les lieux.
Hier, après la déclaration d'indépendance de leur chef, les députés libéraux se sont généralement abstenus de jeter de l'huile sur le feu. Cela est sage. Mais en même temps, le Canada ne fait pas partie des États-Unis. Il a le droit d'être en désaccord et de le dire. Il ne lui reste plus qu'à en assumer les éventuelles conséquences.
pdesrivieres@ledevoir.ca
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Montagnais
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Le projet de loi sur la gouvernance des Premières Nations
Ghislain Picard Ghislain Picard est Grand chef élu de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador.
LA PRESSE Le jeudi 27 mars 2003
Bâtir et rebâtir notre propre gouvernance, nos Premières Nations n'ont pas vraiment le choix. Elles offrent de le faire avec le gouvernement fédéral, mais leur ouverture reste sans réplique. Elles sont prêtes à examiner, puis réexaminer, s'il le faut, les conclusions de la Commission royale sur les peuples autochtones du Canada; elles n'ont pas plus de réponse.
Pourtant leur population est là, à leur porte, qui leur exige quotidiennement des comptes. Elle leur demande surtout de savoir quand nos gouvernements pourront répondre à leurs besoins réels. Une pétition demandant à la Chambre des communes de ne pas adopter le projet de loi C-7 et incitant le gouvernement à s'attaquer aux vrais problèmes a été signée par plus de 3 800 membres des Premières Nations appartenant à une vingtaine de communautés. Des conseils locaux, tels que celui les Mohawks de Kahnawake et des Malécites de Viger ont appuyé par résolution le texte de la pétition. Recueillies en quelques semaines à l'automne 2002, ces signatures représentent environ 40 % de la population des communautés impliquées.
Pourquoi le gouvernement Chrétien s'obstine-t-il à maintenir la porte fermée? Pourquoi refuse-t-il les propositions de l'Assemblée des Premières Nations qui lui lance de se débarrasser, ensemble et pour de bon, de la Loi sur les Indiens? Les Premiers Peuples ne souhaitent surtout pas développer la phase II comme il le propose!
Pourquoi a-t-il décidé d'essayer de réinventer la roue encore une fois? Pour quelle raison veut-il discréditer, face à l'opinion publique, les gouvernements que les Premières Nations se sont donnés? Pour quel motif souhaite-t-il miner leur capacité de se donner des gouvernements différents, plus près de leur culture, donc des modes de gouvernance qui leur sont propres? Enfin, quelle est la cause de ce douteux et dangereux recul et qui en paiera les pots cassés?
Les Premières Nations font appel à la société canadienne dans son ensemble pour ramener à la raison le gouvernement Chrétien.
Nos Premières Nations sont aux premières loges pour constater l'échec de la politique autochtone du gouvernement fédéral. Ce sont ses membres qui en paient le prix. Concrètement, les indicateurs sociaux se vivent et se mesurent au quotidien.
Comme nous le faisons avec lucidité, le gouvernement fédéral devrait constater que les problèmes majeurs non solutionnés chez les Premières Nations pullulent et que toute la mascarade autour de sa forme de gouvernance n'y changera strictement rien. Le ministre des Affaires indiennes et du Nord Canada (MAINC), monsieur Robert Nault, devrait sortir de sa tour d'ivoire d'Ottawa Hull et venir dans nos réserves. Il y constaterait les vrais problèmes que côtoient quotidiennement les Chefs des Premières Nations du Québec et du Labrador.
L'heure n'est plus aux études ni aux audiences publiques. Le gouvernement fédéral a tout en main pour prendre des décisions éclairées. Il doit cesser de tergiverser inutilement et, enfin, s'asseoir avec nous pour faire les bons choix.
Lire une statistique sur le suicide et enterrer un jeune de vingt ans, ce n'est pas la même chose. Lire une statistique de chômage et réaliser, à vingt ans, que tes projets ne peuvent pas se réaliser et que tu n'as pas d'avenir, ce n'est pas la même chose. Lire une statistique sur le logement et vivre à huit dans une maison insalubre, ce n'est pas la même chose. Lire une statistique sur l'endettement des conseils locaux et avoir quotidiennement à refuser des services à la population qui cogne à ta porte, ce n'est pas la même chose.
Pourquoi ne pas s'attaquer aux vraies questions
Sur le plan de la santé et des services sociaux, des initiatives sont en place et les Premières Nations sont actives dans les démarches entreprises avec le gouvernement fédéral. Le gouvernement fédéral devrait donc aider les communautés qui le désirent à mettre sur pied, à développer et à faire avancer des programmes et des services globaux de santé et de services sociaux adaptés et conçus par des organismes des Premières Nations et des Inuits.
Le MAINC et le Conseil du Trésor ont imposé unilatéralement un nouveau processus de renouvellement des politiques qui comprend les domaines suivants : La sécurité du revenu, les services à l'enfance et à la famille, la prestation nationale pour enfant, les soins aux adultes, la violence familiale et l'éducation. Malheureusement, nous n'avons pas défini les mêmes priorités.
Un dossier qui souffre du manque de financement est celui de l'emploi et de la formation. La Stratégie de développement des ressources humaines autochtones (SDRHA) tente de répondre aux besoins des communautés dans le domaine de la formation professionnelle et de l'emploi.
Par ailleurs, l'efficacité de cette stratégie est fortement limitée par l'inexistence des initiatives en développement économique qui pourraient être génératrices d'emplois durables et par l'absence de financement des infrastructures de services tant au niveau des communautés que de la région.
L'état sur la situation du logement dans les communautés des Premières Nations du Québec et du Labrador est catastrophique. Un rapport a été soumis conjointement par le Secrétariat de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL) et le Comité de liaison en habitation. Ce rapport fait la preuve que les affectations budgétaires fédérales pour le logement ne sont pas adéquates aux besoins des Premières Nations.
On y apprend également que les tendances lourdes sont à l'effet que la situation s'aggravera avec le temps dans le contexte d'un statu quo. Le rapport mentionne que les besoins en logement chez les Premières Nations au Québec et au Labrador se chiffrent à 1 milliard $ alors que l'affectation budgétaire du MAINC est de l'ordre de 11,4 M$ par année, et ce, depuis 1982. Quoique le MAINC ait injecté 24 M$ de façon ponctuelle depuis les sept dernières années, le financement permet à peine de combler entre 20 % et 30 % des besoins en logement.
Ces tendances lourdes s'expliquent par la forte croissance démographique des Premières Nations. La population dans les communautés augmentera au cours des prochaines années. Les jeunes Autochtones qui atteindront l'âge de former des ménages d'ici une quinzaine d'années (5-19 ans) sont sensiblement plus nombreux que les gens appartenant aux groupes d'âge qui les précèdent (20-34 ans), contrairement à ce que l'on observe chez les non-Autochtones.
Les principales conséquences de la situation actuelle sont : La détérioration accélérée du parc immobilier due au surpeuplement; le climat de tension familiale; les problèmes d'apprentissage chez les jeunes; les préoccupations au sujet de la santé et de la sécurité des occupants; l'endettement et le risque financier à cause des cas spéciaux. Enfin, il faut souligner que le financement n'a pas été indexé depuis vingt ans alors que les coûts de construction ont augmenté considérablement.
Les Premières Nations sont engagées dans une spirale sans fin et dans le contexte d'un statu quo, on ne voit pas le jour où la situation pourrait vraiment s'améliorer au bénéfice des Premières Nations.
En prétendant que le système scolaire des Premières Nations a échoué, au cours d'une entrevue donnée à un journaliste du Edmonton Journal, le ministre des Affaires indiennes et du Nord Canada, monsieur Robert Nault, nous blesse profondément et nous insulte. Cette déclaration atteint de plein fouet tous les éducateurs des Premières Nations du Québec et du Labrador.
On sait pourtant que ces derniers n'ont épargné aucun effort pour dispenser des services de qualité malgré le manque chronique de financement et l'absence d'une politique relative à l'éducation sur laquelle ils auraient pu s'appuyer. Plus encore, les éducateurs des Premières Nations ont dû tenter, par tous les moyens possibles, de contrer les effets dévastateurs d'une mauvaise gestion des services éducatifs du ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada.
À titre d'exemple, il faudrait se rappeler qu'au cours des années 1960 et 1970, alors que le ministère était roi et maître dans le domaine de l'éducation des Premières Nations, le taux d'abandon des étudiants autochtones touchait près de 90 % et atteignait même 100 % dans certaines communautés. Aujourd'hui, sous le régime des Premières Nations, ce taux d'abandon oscille autour des 7 % à 12 %; c'est toute une différence!
Plus encore, depuis que nous avons pris la charge de nos services d'éducation, le taux de réussite est un succès incontestable comparativement à ce qui existait auparavant alors que ces services étaient gérés par le ministère.
Il aurait donc été plus honnête pour le ministre des Affaires indiennes et du Nord Canada, monsieur Robert Nault, de mieux s'informer avant de dire que les Premières Nations ont échoué. Si quelqu'un a échoué, il s'agit plutôt de notre fiduciaire qui n'avait pas trouvé bon de consacrer les ressources financières nécessaires à l'instruction des jeunes Indiens. Ces moyens financiers n'étaient pas comparables à ceux des réseaux scolaires publics.
On répète que c'est NON à la forme de gouvernance proposée
En résumé, pour nous, il est évident qu'un processus n'est légitime que lorsqu'il inclut, dès le départ, les personnes qu'il vise. Les Premières Nations ne peuvent donner suite qu'aux solutions qu'elles auront trouvées et adoptées elles-mêmes, lesquels moyens leur permettront de réussir à coup sûr.
Depuis quelques années, le ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada est attaqué de toute part pour son manque de solutions aux problèmes sociaux et économiques des Premiers Peuples. Pour sa part, le Contrôleur général des finances publiques du Canada s'en est pris à ce même ministère en lui reprochant son incompétence comme gestionnaire de fonds publics. Pour le Contrôleur général, des sommes énormes sont englouties sans résultat satisfaisant à cause du manque de vérification de la part des gestionnaires gouvernementaux sur l'effet des programmes mis en place.
Enfin, au cours d'une entrevue accordée au quotidien Le Devoir le 5 janvier 2001, l'actuel ministre des Affaires indiennes et du Nord Canada, monsieur Robert Nault, a admis que la Loi sur les Indiens, qui date de 1867, ne résiste plus à la Charte canadienne des droits et libertés. Il a mentionné qu'une bonne partie de cette loi dépassée pourrait être jugée par la Cour suprême du Canada, au cours des prochaines années, comme étant inconstitutionnelle.
Voilà maintenant qu'aujourd'hui, le même ministre a déposé un projet de loi sur la gouvernance des Premières Nations qui fait fi de toutes ces belles déclarations sur la vétusté de la Loi sur les Indiens et présente un écran de fumée. Loin d'apporter des changements profonds dans les parties dénoncées par les Autochtones comme étant discriminatoires, il maquille cette loi ancienne pour masquer son incompétence administrative et tout mettre sur le dos des Premières Nations.
Dans le cas des droits de la personne, contrairement à ce que soulignait le ministre Nault dans ses déclarations publiques, il s'est laissé berner par ses fonctionnaires qui, par un tour de force inacceptable, ont incriminé les Premières Nations. Aujourd'hui, le ministre Nault a fait en sorte que dans son projet de loi se dégage que les Premières Nations sont les auteurs de violation des droits de la personne. Cette allusion est absolument fausse et, surtout, diffamatoire. Le ministre devrait savoir que les Premières Nations n'ont eu rien à voir sur l'écriture des anciens textes de la Loi des Sauvages et, plus tard, la Loi sur les Indiens.
Il est évident pour nos Premières Nations que notre autonomie gouvernementale passera par un processus de gouvernance; cependant, il sera défini adéquatement par les Premiers Peuples eux-mêmes.
La vision des Premières Nations demande des adaptations majeures au modèle de gouvernance que tente d'inculquer unilatéralement le gouvernement fédéral. Cette seule façon de forcer un modèle et le processus de consultation, qui les ont précédés, est déjà contraire aux divers engagements et aux dispositions de plusieurs jugements.
Dans les faits, ce projet de loi n'est rien d'autre que la réponse du gouvernement Chrétien aux pressions des partis d'opposition pour une meilleure imputabilité.
Voilà donc l'aboutissement de 33 ans de politique autochtone canadienne, de 33 ans de promesses faites et rompues, de 33 ans de rapports plus prometteurs les uns que les autres, tous pourtant tablettés; il s'agit donc de promesses et encore des promesses.
Trente-trois ans depuis le dépôt d'un livre blanc qui, bien que rejeté avec fermeté par les Premières Nations, n'en aura pas moins connu une belle carrière, comme son promoteur, le ministre des Affaires indiennes et du Nord Canada de l'époque, M. Jean Chrétien. Le livre blanc de 1969 reposait généralement sur l'idée que pour se développer, les Premières Nations n'avaient d'autre choix que de s'intégrer à la majorité et d'adopter son modèle de développement. Voilà encore, plus de 33 ans plus tard, tout ce que le gouvernement Chrétien a, avec beaucoup d'originalité, à nous proposer.
Le livre blanc de 1969 proposait aux Premières Nations de s'affranchir de la Loi sur les Indiens et d'en sortir par la porte de l'assimilation.
Or, depuis toujours, c'est de l'autre côté, vers l'autre porte, celle du retour de leur autonomie que les Premières Nations lorgnent. C'est par cette autre porte que les Premières Nations souhaitent sortir du régime de la Loi sur les Indiens.
Selon le gouvernement Chrétien, si les Premières Nations n'arrivent pas à s'en sortir, ce serait avant tout la faute de leurs gouvernements et surtout de leurs pratiques en matière de gouvernance. Ces « bonnes manières gouvernementales », si les Premières Nations ne veulent pas les adopter, il va leur en imposer pour leur bien. Il ne saurait y avoir d'autres modèles : « Faites comme nous et tout ira bien. »
Ne pouvant pas camoufler l'échec de sa politique autochtone, le gouvernement Chrétien l'attribue aux gouvernements des Premières Nations. Après tout, ce sont les conseils locaux qui se retrouvent en première ligne et qui livrent la majorité de ces programmes à leur population. Ces gouvernements locaux, selon le gouvernement Chrétien, n'ont qu'à suivre le bon mode d'emploi, celui qu'il se dit prêt à leur dicter.
La Commission royale sur les peuples autochtones du Canada a largement dénoncé toutes ces questions et a remis un ensemble de recommandations qui ne sont pas imprégnées de colonialisme et de paternalisme. Le gouvernement Chrétien a, dans un premier temps, répondu sans grande conviction aux recommandations de la Commission royale sur les peuples autochtones du Canada; voilà maintenant qu'il les range définitivement sur les tablettes.
La société canadienne dans son ensemble ne devrait pas accepter un tel comportement, un tel recul. Si le gouvernement canadien constate l'échec de sa politique, qu'il ait le courage de l'admettre publiquement et qu'il assume sa responsabilité, qu'elle soit fiduciaire ou morale.
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Irak
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Cellucci's Candour
The Gazette Thursday, March 27, 2003
Éditorial - Paul Cellucci has done us all a service. In a short, sharp speech that was as bracing as a cold shower on a spring morning, the U.S. ambassador has told us exactly where Canada stands with his government back in Washington and with many ordinary Americans, as well. Even for a man who has often shown a marked preference for straight talk over doubletalk, Cellucci's outburst of diplomatic candour at the Economic Club of Canada on Tuesday morning was something special. Love him or hate him, we now know just how hurt, resentful and angry many Americans feel about Canada's decision to sit out the attack on Iraq.
We also know for sure - in case there were any lingering doubts or hopes - that the Canadian government's decision not to support the war is going to cost us. Cellucci was pretty blunt. When the conflict is over, he suggested, and Saddam Hussein and his sons are in irons or in exile, the U.S. won't be in a mood to cut Canada any slack when it comes to things like trade disputes and border security - not as long as George W. Bush is president, anyway. There's nothing terribly surprising in that, perhaps, but it's useful and sobering to hear it expressed so frankly - whether you support the war or oppose it.
But let's not get carried away. Canada's decision to sit out this conflict - regrettable as it might be - does not mean the end of the world as we know it, and in the long run, it almost certainly won't mean the end of Canada's long friendship with the U.S. This is surely more in the nature of a family spat. There are some hurt feelings, for sure, and there will probably be at least some residual bitterness south of the border long after the the war is over - much of it thanks to those petulant expressions of juvenile anti-Americanism by some members of Jean Chrétien's party and government.
But a permanent rupture between the two countries? C'mon - the ties that bind us are a lot thicker and tougher than that. There are the trade ones, of course. Canadians have American business partners, American clients and American suppliers. Canadian natural gas lights Los Angeles and Canadian torch singers fill nightclubs in Las Vegas. But our relationship is not just a commercial one. Canadians also have American friends, American spouses and a lifelong love affair with Mickey Mouse. We eat at McDonalds, watch Survivor and buy cottages in Vermont. You don't sever all that with one lousy war.
And while Cellucci's speech was admirably frank, it was surely just a teeny bit exaggerated. ''There is no security threat to Canada that the United States would not be ready, willing and able to help with,'' he said. ''There would be no debate. There would be no hesitation. We would be there for Canada, part of our family.'' That's no doubt true, but to suggest that Canada hasn't been there for the U.S. in the wake of the attacks of Sept. 11, 2001, is a little much.
Canada is deeply committed to the war on terror. Our soldiers fought bravely alongside American GIs in Afghanistan (and four of them actually died at the hands of gung-ho U.S. pilots). Our frigates still patrol the Persian Gulf, and God knows, finding enough sailors to crew them properly was no easy task for the beleaguered navy. Canada is now sending more soldiers to Afghanistan to keep the peace, and oddly enough, Canada already has more soldiers in the Iraqi conflict than most of the 45 or so nations that the U.S. counts among its coalition of the willing. Thirty-one of the soldiers are serving in American units but in Canadian uniforms.
So the Americans will eventually come to their senses and forgive us. After all, we forgave them long ago for sitting out the first two years of the Second World War and the first three of the First World War.
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Irak
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Mr. Cellucci's absolutely right
MARGARET WENTE
The Globe and Mail Wednesday, Thursday, March 27, 2003
In Ottawa, the tea-leaf readers are scrambling to divine the subtexts and hidden threats in the U.S. ambassador's comments. I don't know why, because Paul Cellucci is a matter-of-fact type of guy. What he said is what he meant, and it's the simple truth.
The Americans are disappointed and upset at us because we let them down.
"We would come to aid Canada without hesitation," Mr. Cellucci said. This, too, is true. "It's disappointing that one of our family is not supporting us."
Mr. Cellucci isn't simply shaking a big stick for effect. He's describing the views not only of the Bush administration, but of most Americans who are at all aware of Canada. The Montrealers who booed the American anthem (but not the Ottawans who cheered it) made the sports pages of every U.S. paper. Canadian anti-Americanism is now a staple of some of the most popular talk-radio shows. Some Americans are so mad, they're cancelling their vacations to Canada. But it's not just the right-wingers and rod 'n' gun club guys who are disturbed. The moderates are, too. Many thoughtful Americans are telling their Canadian friends they are puzzled that, now that the talking is over, we haven't come onside.
We share a language, a culture, a continent. Despite our exaggerated differences, no two countries could be more alike. Yet we have a leader so narrow-minded and parochial that he has allowed his own resentments to sabotage the relationship.
Jean Chrétien absorbed his world-view from his hero, Pierre Trudeau, a profoundly nationalistic prime minister who did his best to decouple Canada from the U.S. both domestically and internationally. Then came Brian Mulroney. Mr. Chrétien hated the way he embraced the U.S. He himself preferred to keep as much distance as he possibly could.
Mr. Chrétien's attitude toward the U.S. is a mixture of suspicion, moral superiority and contempt -- tolerable in a 19-year-old peace protester but not in a prime minister. His feelings are shared by much of his caucus, many of whom were first elected in a more left-wing time. They live in the bubble world of Ottawa, where they talk only to each other. Some high-level Liberals are so out of touch, they want Mr. Cellucci to be recalled.
Not only has our leader cut us off from our most important ally, but he has cut us off from all the other English-speaking nations. He has opted out of the Anglosphere, a club that's more significant to Canada than all our membership cards in all the multilateral clubs put together.
Both Tony Blair and John Howard understand this. Both were able to explain why they cast their lot with Washington, despite their differences with the Bush administration. They argued not from narrow national self-interest, but from principle and conviction. And Mr. Blair did so with brilliance.
A couple of weeks ago, people were predicting the end of Mr. Blair's political career. But public opinion in Britain has shifted dramatically. A clear majority of Britons now believe he has it "about right" on Iraq. They even believe Mr. Bush has it about right.
It's not Mr. Bush who's behaving unilaterally. It's Mr. Chrétien. The U.S. has more than 40 governments representing a billion people on its side. That includes the Anglosphere -- except for us.
Michael Marzolini, the Liberals' own pollster, says that, if Mr. Chrétien had decided to support the U.S., Canadians would have swung behind him and accepted war. A majority expected that we'd have some part in it -- before our leader said no.
The irony is, we do have some part in it. Mr. Cellucci points out that, with our warship in the Persian Gulf and some other assets, Canada is supplying more materiel support than most members of the coalition. What a mess.
The issue of Iraq is terribly divisive. Mr. Marzolini believes the situation calls for a government to exercise extreme patience and sensitivity toward Canadians on both sides of the issue.
We desperately need nuance, subtlety, diplomacy and leadership. Instead, we have leaders who are acting sophomoric, irresponsible and downright silly. Our foreign policy is incoherent. On Monday, our Foreign Affairs Minister thought Saddam Hussein should go. A day later, Mr. Chrétien made him take it back. We seem to be in favour of disarming the regime, but Mr. Chrétien has no suggestion for how that might come about.
In fact, we have no foreign policy. Our only policy is to be against our oldest friend. The West is facing its greatest crisis in a generation, and we're missing in action. And unless we get awfully lucky, we've got another 11 months of this embarrassment to go.
Meantime, don't expect our friends down south to cut us any slack. Why should they? We've given them the finger. Thanks, Mr. Chrétien, for the legacy.
mwente@globeandmail.ca
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Irak
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Irak: La Guerre Nous aussi, on est déçus
Yves Boisvert
La Presse jeudi 27 mars 2003
Mais oui, les Américains sont furieux. On s'attendait à quoi, au juste? On ne parle pas d'un différend sur la couleur de la margarine ou le niveau des Grands Lacs. On parle de la guerre. Une guerre que l'administration Bush estime non seulement utile, mais nécessaire pour sa propre sécurité.
Alors, au cas où on penserait que ça ne les dérangeait pas, voyez ce qu'a dit l'ambassadeur des États-Unis, Paul Cellucci: Nous, on serait là pour vous. Vous êtes de la famille. C'est pour ça que tant d'Américains sont déçus et fâchés que le Canada ne nous appuie pas entièrement maintenant.
Il a ajouté que l'on répète beaucoup ces temps-ci les niaiseries antiaméricaines d'une députée ontarienne qui a parlé des "bâtards" d'Américains, et les commentaires du ministre Dhaliwal, qui a dit que George Bush n'était pas un homme d'État. Autant de commentaires qui n'ont pas entraîné de condamnation ferme de la part du premier ministre.
Avec les Français, c'est agaçant, mais relativement prévisible. Les Français se font une spécialité, en particulier depuis le général de Gaulle, de jouer les emmerdeurs de la politique étrangère américaine.
Mais du Canada?
Il fallait donc s'attendre à une colère d'une forme ou d'une autre. C'est le prix à payer pour exercer sa souveraineté, pour dire "non". Faut être conséquent. Il n'y a pas de quoi pleurnicher.
Mais il n'y a pas non plus de quoi battre la coulpe canadienne comme si on avait trahi les Américains. Comme nous y invitent tous ceux qui appuyaient la guerre... parce qu'elle est américaine, et que les Américains sont nos alliés. Ou ceux qui disent: on était contre, mais coudonc, l'affaire est partie... allons-y.
Non. Si les raisons de faire la guerre étaient mauvaises il y a deux semaines, elles le sont encore. On n'est ni traître, ni antiaméricain, ni pro-Saddam pour cela. Que ce régime soit expulsé de Bagdad, en soi, sera une fort bonne chose. Et plus vite ce sera fait, mieux ce sera. On a fait le pari des Nations unies, et tout faible qu'il ait pu être, cette fois, on n'en avait pas épuisé les ressources. C'est tout.
Le fait que cette colère soit exprimée publiquement par l'ambassadeur était "sans précédent", dit-on. Comme est également "sans précédent" l'absence du Canada dans une coalition armée dont sont membres les Américains et les Britanniques.
Mais ce qui est également sans précédent, ou presque, c'est la nature même de cette guerre. Une guerre "préventive" condamnée par la majorité des nations. On peut tout à fait renverser la proposition de l'ambassadeur Cellucci: le fait que même un membre de la famille comme le Canada ne soit pas membre de la coalition est, en soi, accablant pour la diplomatie américaine.
Ce qui est sans précédent, ou disons plus grossier que jamais, c'est l'unilatéralisme américain. Le repli. Le mépris des organisations internationales. Le rejet des traités internationaux, du protocole de Kyoto à la Cour pénale internationale.
Passé un certain point, cela ressemble non plus à un désaccord légitime, mais à un système. Cela a sans doute échappé à monsieur l'ambassadeur des États-Unis, trop occupé à avoir raison, mais le monde entier, ou disons un sacré morceau du monde, a l'impression de se faire traiter comme une merde par les États-Unis. Ça finit par produire son effet.
L'administration Bush impose le bois d'oeuvre à 27 % unilatéralement parce que les producteurs de bois seraient "subventionnés" de façon déloyale via des droits de coupe dérisoires (ce qui, sur le fond, se défend). Pendant ce temps, le Congrès vote une loi qui permettra aux fermiers américains de toucher 190 milliards en subventions dans les 10 prochaines années. Méchante manière de faire baisser le prix de l'épinard et d'enrager le fermier canadien.
Ce sont des exemples tout petits, la guerre est une affaire autrement sérieuse. Mais quand, justement, dans ces matières graves, même votre "ami", votre "famille" vous dit: tu te goures, je ne te suis pas, c'est peut-être parce que votre plan n'était pas le bon.
Le fait d'être minoritaire ne veut pas dire que l'on a tort. Churchill était un homme seul longtemps. Mais si l'on a raison sur des choses aussi graves, et qu'on s'appelle les États-Unis, on a l'obligation de convaincre. C'est raté.
Mais l'heure n'est évidemment pas à la modestie, encore moins à l'introspection. L'heure est à la colère, l'heure est au froid. C'est dans l'ordre des choses.
Un jour viendra néanmoins, peut-être, où l'on verra que le Canada n'a laissé tomber personne pour avoir tenu à un certain nombre de principes; où l'on verra que ce ne sont pas "les États-Unis" qui sont pris à partie. Seulement un groupe de personnes qui forment actuellement son gouvernement, qui redessinent la carte du monde. Et qui le font de plus en plus seuls.
Comme a dit Jean Chrétien dans une de ces formidables formules,
yves.boisvert@lapresse.ca
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Irak
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Cellucci va trop loin
André Pratte
La Presse jeudi 27 mars 2003
Éditorial -
L'ambassadeur des États-Unis au Canada, Paul Cellucci, a mis de côté la langue de soie des diplomates pour faire part de la colère des Américains à la suite du refus du Canada d'appuyer l'attaque contre l'Irak. M. Cellucci a le droit d'être fâché. Il fait cependant preuve d'une inadmissible impertinence lorsqu'il accuse le Canada d'avoir laissé tomber un membre de sa "famille".
"Les États-Unis viendraient toujours en aide au Canada s'il faisait face à une menace, a-t-il dit. Il n'y aurait pas de débat. Il n'y aurait pas d'hésitation. Nous serions aux côtés du Canada, parce que nous faisons partie de la même famille."
Le Canada n'a pas laissé tomber les États-Unis. À la suite des attentats du 11 septembre 2001, le Parlement a adopté des lois contre le terrorisme allant à la limite des convictions démocratiques des Canadiens. Il a pris, de concert avec les États-Unis, toutes sortes de mesures visant à renforcer le contrôle des frontières. Enfin, le Canada a participé sans hésiter à la guerre contre l'Afghanistan. Doit-on rappeler que quatre soldats canadiens ont été tués à la suite d'une bévue de pilotes américains?
Enfourchant le cheval de l'ambassadeur Cellucci, le chef de l'opposition officielle, Stephen Harper, a déclaré avoir "honte" de la politique canadienne en la matière. Honte! Honte de quoi? Le Canada, conformément à ses valeurs et aux fondements de sa politique étrangère, refuse de participer à une attaque qui n'a pas obtenu la sanction de l'ONU. Le Canada refuse d'approuver l'usage de la force alors que les moyens pacifiques n'ont pas été épuisés. Le Canada refuse d'admettre qu'un pays, si puissant soit-il, se réserve le droit d'en attaquer un autre par mesure "préventive". Le Canada refuse d'appuyer une intervention unilatérale dont l'objectif avoué est de renverser un régime en place, parce qu'il sait que cela ouvre la voie à l'anarchie internationale. Est-ce de cela que le Canada devrait avoir honte? Nous pensons au contraire que les Canadiens sont fiers du fait que leur gouvernement défende la paix et les institutions internationales.
En le faisant, Ottawa trahit-il la "famille" nord-américaine? Non. À moins que dans la famille dont parle M. Cellucci, personne ne puisse exprimer de désaccord avec... le parrain.
Plutôt que de sermonner ses alliés, l'administration Bush devrait faire un peu d'introspection et se demander pourquoi ceux-ci refusent de les suivre, malgré la sincérité de leur amitié et malgré les risques de représailles commerciales. "Nous partageons les valeurs, les objectifs et la détermination des États-Unis, du Royaume-Uni et de l'Espagne, disait la semaine dernière le président Vicente Fox, du Mexique. Cependant, aujourd'hui, nous n'approuvons ni le moment ni la méthode."
Le Mexique aura-t-il aussi droit à la colère de la Maison-Blanche? Et la France? L'Allemagne? La Russie? La Chine? Le Brésil? L'Inde? Le Pakistan? À force d'arrogance, il ne restera plus grand monde dans la famille américaine.
Apratte@lapresse.ca
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PLQ
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Charest et le déséquilibre fiscal
Denis Lessard
La Presse jeudi 27 mars 2003
Élections 2003 Analyse - Il y quelques mois Jean Charest promettait de "réinventer le Québec" et de mettre la hache dans la flopée d'organismes nouveaux, apparus au fil du mandat du Parti québécois- plus d'une soixantaine, "un par mois en moyenne", depuis l'élection de Lucien Bouchard en 1998.
Mais un nouvel organisme apparaîtra si Jean Charest est porté au pouvoir: le "Bureau des négociations du déséquilibre fiscal", qui verra le jour "dès les premières semaines de son mandat", a même renchéri le chef libéral.
Cet organisme serait une sorte de secrétariat permanent pour permettre aux provinces de mettre au point une stratégie commune en prévision d'une renégociation des accords fiscaux, prévue pour 2004.
Pour Jean Charest, ce serait la fin des conciliabules fébriles de dernière heure: fini les coups de fil inquiets du Québec à l'Ontario à la veille d'une conférence fédérale-provinciale afin de voir si un front commun pourrait se dégager face au fédéral.
Lucien Bouchard, par exemple, s'était précipité à Toronto en septembre 2000 pour sceller un accord avec Mike Harris, à quelques heures d'une conférence à Ottawa.
Jean Charest ne veut pas avoir à lancer les dés, à colmater des fronts communs de dernière minute. C'est honorable, mais la mise en place d'un nouveau "bidule" est-elle un passage obligé à une "gestion des fronts communs" plus ordonnée?
L'idée n'est pas nouvelle. Il y a un an, à Vancouver, les provinces s'étaient entendues pour la mise en place d'une structure permanente afin de mettre en commun leurs statistiques sur la santé. On aurait pu tout aussi bien élargir son mandat, mais Jean Charest n'aurait pu alors soutenir que le Québec prendrait le leadership de l'industrie de la consultation interprovinciale.
Avant que le chef libéral n'annonce son projet, au cours des derniers jours, un de ses collaborateurs a passé un coup de fil aux cabinets des premiers ministres d'Ontario, du Nouveau-Brunswick et de l'Alberta, pour vérifier leur intérêt par rapport à l'apparition du nouvel organisme.
"No problem!" a-t-on répondu. Mais d'ici quelques semaines, on déclenchera des élections en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Elles surviendront dans un an probablement en Alberta. Toutes ces provinces conviennent que ce serait une erreur de leur part de ne pas préparer une position unanime avant d'aller s'asseoir à Ottawa en 2004.
La question du déséquilibre fiscal n'est pas l'apanage du gouvernement Landry, bien que depuis plus d'un an, ce soit le Parti québécois qui ait sans cesse frappé ce clou au Québec. Dès 1999, les provinces de l'Ouest avaient publié un rapport accablant, Fiscal imbalance in Canada.
Dans les coulisses, au PLQ, on explique que Jean Charest a beaucoup appris des stratégies fédérales quand il était ministre de Brian Mulroney. Que ce soit sous Pierre Trudeau, Brian Mulroney, Jean Chrétien ou, éventuellement, Paul Martin, le plan de match des mandarins fédéraux sera toujours de diviser les provinces pour les amener une à une aux vues d'Ottawa.
Et si ces premiers ministres sont battus? Jean Charest aurait pris soin de prendre contact avec les leaders de l'opposition partout où il passait, assure-t-on.
Les fronts communs des provinces ont leurs limites. Elles apparaissent quand le gouvernement fédéral sort son chéquier. La conférence fédérale-provinciale de janvier dernier, où Ottawa a accordé pour la santé 13 milliards en trois ans aux provinces, a été l'occasion d'une rare unanimité des provinces. Toutes réclamaient davantage et à la conclusion de l'exercice, Bernard Landry n'était pas le seul à être amèrement déçu.
D'ici un an, le gouvernement Chrétien aura vécu. Paul Martin sera aux commandes. Au PLQ, on ne s'inquiète pas du tout de la réplique controversée de l'ancien titulaire des Finances lors de la publication du rapport Séguin. M. Martin soutenait alors que le déséquilibre fiscal, identifié par la commission, était une vue de l'esprit. Ce sont surtout les projections "irréalistes" des recettes fédérales prévues par le Conference Board dans les 20 prochaines années qui l'avaient fait bondir, explique-t-on aujourd'hui.
Il ne faut pas s'attendre à ce que, cette fois, Paul Martin réagisse aussi négativement à la proposition du chef libéral. Il restera muet, prévoit-on. Il sait très bien qu'il donnerait des munitions aux adversaires de Jean Charest s'il se mettait à applaudir à ses suggestions en matière de relations fédérales-provinciales.
Même s'il se garde d'attaquer Bernard Landry, le futur patron à Ottawa voit la réélection du Parti québécois "comme son pire cauchemar", confie-t-on chez les disciples de Paul Martin.
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PLQ
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Déséquilibre fiscal : Jean Charest arrive en retard
Site internet du PQ
Montréal, le mercredi 26 mars 2003 – La vice-première ministre, Pauline Marois, estime que Jean Charest arrive en retard en proposant un « Bureau de négociations du déséquilibre fiscal ». « Il s’agit d’une question de politique, non de bureaucratie ; c’est dans le cadre politique du forum des premiers ministres que doivent continuer de se situer les débats sur le déséquilibre fiscal », a déclaré la vice-première ministre, rappelant que c’est à l’initiative du Québec et de son premier ministre, Bernard Landry, que le déséquilibre fiscal a été mis à l’ordre du jour.
Qui plus est, c’est le gouvernement du Parti Québécois qui a fait les représentations nécessaires auprès des provinces canadiennes. Jean Charest devrait se rappeler que c’est la vice-première ministre qui a convaincu les ministres des Finances des provinces afin de réaliser une étude complète sur le déséquilibre fiscal. De la même façon, c’est le premier ministre Bernard Landry qui a permis de récupérer une partie des sommes du déséquilibre fiscal, en maintenant le front commun des provinces face à Ottawa.
Pour sa part, en proposant une nouvelle structure qui aurait pour mandat de définir la position commune des provinces devant Ottawa, le chef libéral laisse entendre qu’il serait prêt à confier ses responsabilités à un bureau formé majoritairement des provinces canadiennes. « Ce n’est pas d’une nouvelle structure dont nous avons besoin, mais d’un premier ministre qui sait se tenir debout face à Ottawa », a déclaré Pauline Marois.
La vice-première ministre met également en doute la crédibilité du chef libéral pour établir un nouveau rapport de force avec le gouvernement fédéral. « En promettant des baisses d’impôt immédiates en même temps qu’un réinvestissement massif en santé et en éducation, Jean Charest démontre qu’il n’a aucune crédibilité sur la question du déséquilibre fiscal », a déclaré Pauline Marois.
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TRIBUNE LIBRE
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L’ALLIANCE ÉLECTORALE – MOSES-LANDRY :
UN GUIGNOL AU PAYS DES HOMMES BLANCS !
Russel Bouchard
TRIBUNE LIBRE 27.3.2003
À Michel Vastel
(Le Soleil)
Monsieur Vastel,
J’ai pris connaissance de votre chronique de ce matin. Voilà enfin un papier qui rend grâce à votre esprit et à vos qualités d’analyste de la chose politique québécoise. Contrairement à votre collègue du Devoir (Venne) qui voit encore tout croche et tout partisan, vous sortez du frigo ce sac à puces empoisonnées qu’on avait voulu congeler le temps de la campagne. Et vous avez raison de craindre le dégel après les élections.
Même si les trois chefs se sont entendus comme compères en foire pour ne pas gratter les esprits ulcérés pendant la grande virée électorale, l’affaire n’a pas fini de ronger les régionaux impliqués pour autant. Que non !
On a beau enrober les mots et torturer les concepts politiques, on a beau sortir le gros clown à ressort de la boîte à grimaces pour racoler quelques votes qui ne peuvent venir que de Montréal (!), il n’empêche, et vous le rappelez fort bien, que M. Landry aurait été mieux inspiré de ne pas s’y mettre la main. En effet, ratiociner comme il l’a fait hier que les 13 000 Cris (sur 7 000 000 d’habitants que compte le Québec) forment une vraie nation (alors qu’ils ont eux-mêmes nié l’existence de la nation québécoise après le référendum de 1995) ; qu’ils sont propriétaires du territoire que leur a reconnu la Convention de la Baie-James ; et que le gouvernement du Québec ne peut plus y entreprendre quoi que ce soit sans avoir leur accord – monnayable, bien sûr - ; c’est avouer tacitement que le Québec n’est plus maître de son territoire.
Faites le pays du Québec maintenant…!
Russel Bouchard
Historien
Chicoutimi
le 26 mars 2003
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