Irak
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Chrétien avoue que des soldats canadiens pourraient être en IrakLe premier ministre confirme ainsi les craintes du Bloc québécois et du NPD mais précise que ces militaires ne participent pas aux combats
Hélène Buzzetti
LE DEVOIR 28 mars 2003
Ottawa - Les 31 soldats canadiens qui participent à des programmes d'échange avec les troupes américaines, britanniques et australiennes dans la région du golfe Persique pourraient bien se trouver en sol irakien en ce moment, a reconnu le premier ministre hier, et ce, même si le Canada s'est officiellement prononcé contre la guerre en Irak.
Jean Chrétien a du coup confirmé les craintes du Bloc québécois et du NPD, qui redoutent la capture potentielle de soldats canadiens, voire des morts, ce qui révélerait au monde entier ce qu'ils considèrent être le double discours du Canada en ce qui concerne la guerre contre le régime de Saddam Hussein.
«Il est possible qu'ils soient présentement sur le sol de l'Irak, a déclaré M. Chrétien à la Chambre des communes. Le ministre de la Défense nationale dit qu'ils étaient là dans des services auxiliaires, qu'ils n'étaient pas des combattants et qu'ils avaient reçu des instructions de leur armée disant qu'ils pouvaient utiliser leurs armes seulement en cas de défense. Ils ne sont pas des combattants.»
Reportage de la CBC
Un reportage de la CBC, cité par le Bloc québécois lors de la période de questions, tend toutefois à contredire le premier ministre. Le lieutenant-colonel britannique Ronnie McCourt, interrogé par un journaliste radio-canadien à Doha, au Qatar, a reconnu que les soldats canadiens «prêtés» aux Britanniques courent eux aussi le risque d'être blessés ou tués. «Bien sûr. Ils sont en situation de combat. Il y a toujours un risque», a déclaré M. McCourt.
Le Bloc répète depuis quelques jours que c'est la présence en soi de soldats canadiens en sol irakien qui pose problème et non pas la nature des tâches qu'ils y effectuent. Le parti de Gilles Duceppe fait remarquer que les soldats américains qui ont été capturés ou tués faisaient partie d'une équipe de logistique; porter ce chapeau ne protège pas des blessures.
À la Défense nationale, on reconnaît que les documents qui régissent les échanges de soldats ne précisent aucunement que ces soldats ne doivent pas se rendre en Irak. «Il n'y a rien d'écrit qui stipule cela», indique la porte-parole Heather Biunner.
Mme Biunner explique que les soldats canadiens «entrent et sortent du théâtre d'opération», d'où la difficulté de confirmer ou non s'ils se trouvent en Irak.
Le ministre de la Défense nationale, John McCallum, continue de dire qu'il en va de la sécurité des soldats canadiens. «Je ne m'aventurerai pas sur cette pente glissante. Ils veulent savoir dans quel pays ils se trouvent. La prochaine fois, ils voudront savoir quelle ville. Puis, ils vont vouloir savoir leur nom, leur rang et leur numéro de matricule. [...] Je ne vais pas m'aventurer sur cette pente glissante et mettre en péril les vies d'hommes et de femmes des forces canadiennes.»
Selon le Bloc québécois, ces soldats devraient être retirés du théâtre d'opération. «Il n'est jamais trop tard, il y a moyen qu'ils reviennent, croit M. Duceppe. Il y a des troupes qui se déplacent, des troupes qui sont ravitaillées.
Et quand des soldats sont blessés, ils les retirent. Alors, qu'on n'attende pas qu'ils soient blessés pour les retirer.»
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2003
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Il n'y en aura pas de facile pour Charest !
Michel Vastel
Le Soleil - vendredi 28 mars 2003
Peter Downey, l'homme qui scellera l'avenir de Jean Charest, n'a pas pu savoir hier matin si le quatrième enfant d'Alyson Wood, sa femme, sera un garçon ou une fille. L'échographie, comme le baromètre électoral, était trop difficile à lire. "On sait qu'on est en santé mais on ne connaît pas le résultat final", dit en riant le candidat de l'Action démocratique.
Les deux autres candidats vedettes de la circonscription, Charest et Marie Malavoy, pourraient aussi bien dire la même chose. La bataille de Sherbrooke est une vraie lutte à trois dont personne n'ose prédire le résultat. La seule certitude, c'est que le chef libéral n'aura encore pas droit à un couronnement. Et si Sherbrooke est fidèle à sa réputation de comté baromètre, Jean Charest sera premier ministre élu ou simple avocat, le 15 avril prochain.
Le chef libéral a arraché une difficile majorité de 907 voix sur Marie Malavoy en 1998. Mais le candidat de l'ADQ, en deçà de la moyenne nationale de son parti, ne dérangeait pas beaucoup. Cette fois, Peter Downey, fils d'une famille très connue de producteurs de sapins de Noël et gendre d'un richissime homme d'affaires libéral, Dennis Wood, mêle les cartes. "On ne l'a jamais rencontré !" disent les Charest. Mais en 1988 justement, alors que le conservateur Jean Charest faisait face au futur beau-père de Peter Downey, celui-ci travaillait pour Charest. "Typique des Charest !" lance Downey avec mépris.
De fait, si j'en crois la sagesse des chauffeurs de taxi - et j'en ai pas mal sur mon compte de dépenses ! - , on reproche à Jean Charest ses absences, d'autant plus maintenant qu'il est à l'Assemblée nationale plutôt qu'à la Chambre des communes. Michèle Dionne le reconnaît d'ailleurs, mais ajoute que "les gens sont fiers du petit gars de la place". Un organisateur libéral me disait cette semaine que si les Sherbrookois croient que le Parti libéral formera le prochain gouvernement, son chef sera facilement élu. Autrement dit, Jean Charest a besoin d'une vague libérale pour gagner, plutôt que l'inverse !
Marie Malavoy n'a pas vraiment été absente de la politique depuis sa défaite de 1998 puisque, vice-présidente du PQ, on la voyait souvent à la télévision. Des gens l'abordent encore, croyant que c'est elle le député de Sherbrooke ! Elle aussi reconnaît que la position de chef de Charest lui donne une certaine "plus-value". Elle compte tellement sur une lutte à trois que Bernard Landry a parlé du "candidat crédible de l'ADQ" qui augmentait les chances de sa candidate. Peter Downey a apprécié le compliment...
La campagne de Sherbrooke n'a pas davantage "levé" qu'ailleurs dans la province. On y parle des mêmes enjeux - la santé, les emplois pour retenir les jeunes en Estrie, les garderies - et on regarde surtout la télévision. "Les gens me parlent de la guerre, alors je parle de la guerre", me raconte Marie Malavoy en revenant d'une séance de porte-à-porte. Dans le camp libéral, c'est Michèle Dionne qui, trois jours par semaine, cogne aux portes. Présidente d'honneur de la Croix-Rouge, engagée dans les campagnes de la Maison L'Escale (pour femmes violentées), elle se défend d'être le député de Sherbrooke, mais sa présence souligne dans une certaine mesure les absences de son mari.
Et puis, aussi renversant que cela puisse paraître, les francophones n'aiment pas davantage Charest chez lui que dans le reste du Québec. Les Dionne et les Charest ont beau être Sherbrookois depuis beaucoup plus longtemps que Marie Malavoy, par exemple, ils ne sont pas vraiment des "enfants du pays".
Malavoy enseignait encore cette semaine au département des politiques sociales à l'Université de Sherbrooke. Elle ne voulait pas laisser tomber ses 21 étudiants en maîtrise qui en sont rendus à l'étape de la rédaction de leurs travaux. Ce n'est pas forcément du temps perdu puisque le PQ fait une campagne pour encourager les 5000 étudiants à s'inscrire dans la circonscription de Sherbrooke. Il pourrait en sortir, pour le professeur Malavoy, les quelques centaines de voix qui feront la différence.
Un signe que les temps sont durs pour leur chef, les libéraux ont dégarni les organisations des circonscriptions voisines pour renforcer le quartier général de la rue King, qui a l'air d'une véritable ruche. Et ce sont, contrairement à ce qui se passait en 1998, des amis de Jean Charest qui feraient n'importe quoi pour lui et aimeraient bien donner une leçon à la vieille garde du parti. "On se sent avec les nôtres", dit Michèle Dionne.
Peter Downey n'est pas tout à fait un inconnu non plus. Outre sa famille, qui emploie près de 500 personnes dans la région, lui-même était un avocat criminaliste assez médiatisé. Il animait même une émission à la télévision communautaire. Il parle des problèmes sociaux de Sherbrooke comme un expert. Et hier midi, il a visité la cinquantaine d'invités de la soupe populaire de Commun'Action au sous-sol de l'église Sainte-Jeanne-d'Arc. "Ce sont les parents de mes clients", m'expliquait-il en décrivant le parcours des pauvres gens qui s'offraient un pâté de viande hachée et de la purée pour 1,50 $.
Je vous entends : vous voulez une prédiction. Eh bien, il n'y en aura pas de facile pour le chef libéral. En fait, après avoir suivi Peter Downey, je crois que Jean Charest court à une défaite. À moins que le Parti libéral...
MVastel@lesoleil.com
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Irak
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La morale élastique
Serge Truffaut
LE DEVOIR - vendredi 28 mars 2003
Éditorial - La morale de l'administration Bush est passablement élastique. Ainsi qu'en témoignent deux épisodes constatés cette semaine, Bush et les siens s'abstiennent d'observer ces principes éthiques dont ils se réclament pour justifier leur politique dès que leurs intérêts personnels sont en jeu. En moins de cinq jours, on a appris que l'un des notables de cette administration était en situation de conflit d'intérêts et qu'il y avait apparence de conflit d'intérêts dans le cas du numéro deux du régime, le vice-président Dick Cheney.
Le notable en question s'appelle Richard Perle. Jusqu'à hier, il était président du Defense Policy Board, qui regroupe une trentaine d'éminences grises chargées de conseiller le Pentagone. Perle est donc un puissant. Il a été l'un des premiers à réclamer, il y a une dizaine d'années de cela, une intervention musclée en Irak. Et voilà qu'au lendemain de l'amorce de cette guerre longtemps désirée, on apprend que M. Perle a signé un contrat avec le conglomérat Global Crossing, acculé à la faillite en raison des magouilles comptables qu'elle a, à l'instar d'Enron, commises.
Moyennant un million de dollars canadiens, Perle s'était engagé à user de son pouvoir dans le but de convaincre les hauts fonctionnaires du Pentagone de laisser des investisseurs situés à Hong Kong et Singapour faire l'acquisition de Global Crossing. Une filiale de cette dernière oeuvrant sur le front sensible de la fibre optique, des administrations fédérales, dont le FBI, ont estimé que cela serait contraire à la sécurité du pays. Ainsi donc, celui qui exige plus de sécurité, celui qui juge que le gouvernement, au nom de celle-ci, a raison d'amputer les libertés des citoyens s'est échiné à vendre une entreprise à des intérêts appartenant à un pays qualifié par Condoleezza Rice, conseillère à la sécurité nationale, de futur «premier concurrent» des États-Unis. Cela ne relève pas de la banale contradiction mais bien de l'avidité, que ce monsieur doit avoir méticuleuse.
L'autre cas est tout aussi troublant. Il s'agit de l'entreprise Halliburton, l'une des deux plus imposantes au monde pour tout ce qui a trait à la construction d'infrastructures pétrolières. Dans les cinq années antérieures à l'élection de Bush, son vice-président Dick Cheney en était le président et chef de la direction. On se souviendra que sous sa gouverne, Halliburton a fait ce qui a coulé Enron : elle a tripoté les chiffres pour gonfler sa valeur. Il y a deux jours, cette société a obtenu un juteux contrat du Pentagone... sans qu'il y ait eu appel d'offres.
En fin de journée hier, Perle a enfin démissionné de son poste. Quant à Cheney... Parions que cet homme qui n'a que mépris pour le Congrès, qui travaille à la restauration de tous les pouvoirs présidentiels perdus dans la foulée du Watergate, que cet homme, donc, moque tous les atermoiements que provoque cette sale histoire.
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Élection 2003
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Une bombe à retardement pour le maire Tremblay : La tenue de référendums sur les défusions risque de compromettre la majorité de l'UCIM
Sébastien Rodrigue
La Presse vendredi 28 mars 2003
Pour le maire Gérald Tremblay, les référendums sur les défusions représentent une bombe à retardement qui peut être désamorcée par une défaite libérale ou lui exploser au visage avec une victoire des troupes de Jean Charest.
La démission fracassante de trois conseillers municipaux de Pointe-Claire, cette semaine, a donné un avant-goût à Gérald Tremblay de l'équilibre fragile de son parti, l'Union des citoyens de l'île de Montréal (UCIM), sur l'épineuse question des référendums sur les défusions.
La présence du maire Tremblay et de ses collègues des autres villes fusionnées à une conférence de presse pour désapprouver l'idée des défusions a poussé le conseiller municipal Bill McMurchie et les deux conseillers d'arrondissement, Aldo Iermieri et Morris Trudeau, à claquer la porte du parti.
D'autres conseillers de l'UCIM opposés aux fusions municipales ont mentionné qu'ils avaient l'intention de demeurer dans le parti, mais quelques-uns sont néanmoins impatients de voir le résultat du prochain scrutin électoral. "Dans l'Ouest-de-l'Île, c'est très clair que tout le monde cherche la défusion, ce n'est pas caché", dit John Meaney, conseiller de l'arrondissement de Kirkland.
Avec le maire et ses 38 conseillers, l'UCIM possède maintenant une mince majorité de trois sièges à l'hôtel de ville, puisque l'opposition compte 27 conseillers contre huit pour le groupe de conseillers indépendants. Si la ville se morcelle ou si d'autres démissions surviennent, le parti du maire Tremblay pourrait alors ne plus avoir la marge de manoeuvre nécessaire pour adopter des règlements et autoriser des dépenses.
Les élections pourraient aussi changer la donne pour Vision Montréal puisque trois conseillers municipaux font campagne pour l'Action démocratique du Québec et un autre pour le Parti libéral du Québec.
Mais les conseillers de l'UCIM interrogés par La Presse ne voient pas pourquoi il y aurait péril en la demeure. "Le mandat qu'on a dans le moment est celui de voir à ce que la Ville fonctionne. Tant que ce mandat ne sera pas changé par la population, c'est celui qu'on devra faire", affirme George Bossé, président de l'arrondissement de Verdun et membre du comité exécutif.
Comme l'ensemble des membres du caucus de l'UCIM, M. Meaney estime que la population doit décider de son avenir. "Je vais continuer à travailler pour bâtir la nouvelle ville jusqu'à ce qu'il y ait une autre option", dit-il. Le président de l'arrondissement de Kirkland souligne aussi que la défusion n'est peut-être pas la seule solution et qu'il y a place à plus de décentralisation.
De vifs opposants aux fusions forcées comme Georges Bossé et Luis Miranda se montrent quant à eux plus modérés face aux ardeurs défusionnistes. "Les gens me voit comme un défusionniste, je suis contre les fusions, mais je suis pour une autonomie locale", précise M. Miranda, président de l'arrondissement d'Anjou.
Lourdeur administrative
Les élus des anciennes villes de banlieue se plaignent de la lourdeur administrative de la nouvelle ville et de la lenteur pour en arriver à une prise de décision. "Il faut trouver une méthode parce que ça marche trop lentement. Ça fait un an et demi et on est pris dans la bureaucratie de la nouvelle ville. Il n'y a rien qui marche, c'est effrayant le temps que ça prend pour n'importe quoi", soutient M. Meaney.
De son côté, M. Miranda souhaiterait avoir plus de latitude quant au budget que son arrondissement administre. "Il y a une menace (de défusion), parce qu'on n'a pas fait en sorte que le nouveau Montréal soit décentralisé massivement vers les arrondissements", ajoute-t-il.
Le président de l'arrondissement de Dollard-des-Ormeaux, Edward Janiszewski, va plus loin et espère l'implantation de "villes-arrondissements" avec des pouvoirs de taxation et d'emprunt. "On n'est pas satisfait dans les anciennes villes de banlieue parce que les décisions étaient rapides avant. On n'est pas habitué à quelque chose qui ne marche pas vite", dit-il.
Mais pour Georges Bossé, les coûts et les conséquences liés à des défusions sont encore trop vagues pour se prononcer sur cette question. Il se demande, par exemple, comment les services en commun offerts autrefois par la Communauté urbaine de Montréal seraient offerts à une ville défusionnée.
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garderies à 5 $
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Coûteuses, les garderies!
Jean-Robert Sansfaçon
LE DEVOIR - vendredi 28 mars 2003
Éditorial - On le savait, mais voilà qu'une nouvelle étude vient placer des chiffres éclairants sur le phénomène: les garderies à 5 $ par jour font perdre des centaines de dollars par année aux familles à revenus modestes alors qu'elles en font économiser autant aux familles à revenus plus élevés. Une réforme du financement s'impose pour rendre ce système équitable... et viable.
C'est la deuxième fois que Claude Laferrière, professeur de sciences comptables à l'école de gestion de l'UQAM, publie une étude sur le coût réel des services de garde à 5 $ par jour pour les parents. Si la première étude était passée à peu près inaperçue il y a deux ans, celle-ci tombe à point alors que les promesses qui touchent la famille sont au coeur de la campagne électorale.
Ce que révèle l'analyse du professeur Laferrière est tout simplement absurde et montre bien qu'on n'avait pas évalué les retombées fiscales du programme au moment de sa création, en 1997. L'étude nous apprend qu'à cause des règles fiscales, des parents dont le revenu familial se situe sous les 30 000 $ perdent jusqu'à 1800 $ par année en payant 5 $ par jour au lieu du plein tarif. D'abord parce que la garde à 5 $ empêche ces familles à revenu modeste de profiter pleinement des généreux crédits d'impôt pour la garde. Ainsi, un ménage qui gagne moins de 28 000 $ a droit à un crédit de 18 $ par jour à Québec uniquement pour des frais de garde de 24 $, ce qui ramène le coût quotidien à 6 $. De plus, le fait de débourser 6000 $ pour la garde réduirait d'autant son revenu imposable à Ottawa et lui donnerait droit à des crédits supplémentaires pour enfants et pour la TPS. Résultat : pour avoir utilisé la garderie publique à 5 $ par jour, cette famille se prive d'une somme nette qui peut atteindre 1800 $ par année...
Au contraire, une famille dont le revenu annuel atteint 75 000 $ fera un gain net variant entre 1729 $ et 2100 $ en confiant son enfant à une garderie à 5 $ au lieu de payer le plein tarif.
En réaction à cette étude, le premier ministre Bernard Landry a répondu que les familles préfèrent payer 5 $ par jour et attendre un remboursement d'impôt qui ne viendra que plusieurs mois plus tard. Il a parfaitement raison, et voilà bien où est le drame : les gens qui gagnent 30 000 $ n'ont pas les moyens de prêter de l'argent au gouvernement. Mais ils ont encore moins les moyens de se priver de 1700 $ par année... En raisonnant ainsi, le gouvernement se comporte comme ces prêteurs usuraires qui avancent en janvier le montant du retour d'impôt après l'avoir amputé de 30 %.
Devant cet état de fait, il faut agir. Les libéraux, qui savent que le régime est plus favorable aux familles aisées qu'aux autres, proposent de leur faire payer un montant plus élevé que les 5 $ actuels. Curieux que les mêmes libéraux promettent par ailleurs de réduire les impôts ! Trouvons autre chose.
Quant à M. Landry, il vient tout juste de promettre de ne pas toucher au prix de 5 $ par jour d'ici cinq ans. Élections obligent, dira-t-on, mais voilà qui manque nettement de perspective.
Le prochain gouvernement devra s'attaquer à rendre le système plus neutre sur le plan fiscal tout en étant viable à long terme pour les finances publiques du Québec. L'exercice est urgent puisque le régime, dont le coût est passé de 400 millions à un milliard par année en cinq ans, pourrait coûter le double d'ici la fin de la décennie.
Une autre raison d'agir : en ne déduisant que 5 $ par jour de leurs revenus au moment de remplir leur déclaration fédérale de revenu, les contribuables du Québec se privent d'une somme de 225 millions par année qui devrait leur être remboursée par Ottawa, selon l'évaluation du professeur Laferrière.
Même si la formule de la garderie à 5 $ par jour est devenue un symbole, il faut se résoudre à imaginer une autre approche pour le financement de nos services de garde, plus juste et plus réaliste à long terme.
jrsansfacon@ledevoir.ca
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Souveraineté et langue française
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Une occasion manquée
Jason Smith Étudiant à la London School of Economics and Political Science
LE DEVOIR - vendredi 28 mars 2003
Lettres: London, le 25 mars 2003
La campagne électorale s'est terminée au début du mois de mars, quand M. Landry a décidé de dissoudre l'Assemblée nationale. Dès lors, le débat d'idées a laissé place aux sourires et aux poignées de main si dignes de notre système démocratique actuel. C'est bien dommage puisque le Québec est probablement à un tournant, tout particulièrement en ce qui concerne la question nationale.
La question nationale n'est toujours pas réglée et les Québécois semblent maintenant résignés au statu quo. Cette position est celle que favorise le parti de Mario Dumont malgré le fait que quelques membres de cette formation aient exprimé des positions contradictoires (M. Bourque, par exemple). Le néant ou plutôt le je-m'en-foutisme de l'Action démocratique en ce qui a trait à la question nationale est un véritable drame. Ce parti aura raté une belle occasion de proposer une approche différente de celles du Parti libéral et du Parti québécois.
En effet, les libéraux reconnaissent l'existence de la nation québécoise mais refusent de faire de cette nation un État. Ce choix est totalement en opposition aux prises de position du Parti québécois, pour lequel le Québec est à la fois une nation et un État. Cependant, le nationalisme que propose le Parti québécois est non seulement civique mais également unilingue. Le Parti québécois ne semble pas comprendre que le projet d'un Québec souverain doit être le plus inclusif possible. Le simple fait que le Parti québécois détienne le monopole de la souveraineté et qu'il ne puisse représenter les intérêts des anglophones du Québec est troublant.
Tant et aussi longtemps qu'il y aura des ayatollahs de la langue au sein du Parti québécois, la position du Parti libéral sera réactionnaire et vide de nouvelles propositions. Il s'agit d'un cercle vicieux dans lequel les Québécois sont présentement coincés. Le Québec ne deviendra jamais souverain si le Parti québécois persiste à insister sur le fait que ce Québec est d'abord et avant tout français. Une nouvelle approche est rapidement requise, une approche qui dépouillera la question nationale de toute référence unilingue. Pourquoi s'acharner à faire du Québec un État francophone lorsque 40 % de sa population est bilingue et que sa communauté anglophone y a toujours joué un rôle important ? Pourquoi ne pas avouer plutôt que l'idée d'un Canada bilingue et uni a échoué et que le véritable Canada se trouve plutôt au Québec ? En effet, n'y a-t-il pas une ville plus «canadienne» que Montréal ?
Pourquoi ne pas complètement transformer ce nationalisme unilingue en nationalisme civique ? Il faut un Québec souverain parce que le projet de société québécois n'a pas d'égal dans le reste du Canada. Pourquoi ne pas insister davantage sur l'importance pour le Québec de parler de sa propre voie (sic) sur la scène internationale ? MM. Landry et Charest, certaines des positions de vos partis en ce qui a trait à la question nationale sont dépassées et empêchent le Québec de finalement accéder à sa pleine autonomie et de «prospérer». Quant à vous, M. Dumont, vous venez de passer à côté d'une formidable occasion de redéfinir le Québec et d'en faire un véritable État-nation inclusif. Vous avez plutôt opté pour un programme qui réduit les individus à de simples marchandises échangeables, comme Mme Thatcher l'a proposé au Royaume-Uni dans les années 1970. Pourtant, la cible aurait été si facile à atteindre...
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Élection 2003
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Trois visions du monde distinctes
Frank Fiorito
L'Actualité, n° Vol: 28 No: 6 - 15 avril 2003
PQ
Un État interventionniste... et bientôt souverain
S'il est reconduit dans ses fonctions de premier ministre, Bernard Landry lancera une campagne souverainiste d'une "puissance incroyable", a-t-il promis à ses militants. Parallèlement, un prochain gouvernement péquiste s'engage à "faire du Québec une référence en matière de conciliation des exigences de la vie familiale et professionnelle". Voter pour le PQ, c'est à la fois donner son appui à un État interventionniste et, possiblement, souverain dès 2005.
À la lumière du budget de Pauline Marois, le 11 mars dernier, voici quelques-uns des engagements des péquistes:
- faciliter la conciliation travail-famille en obligeant les entreprises à offrir la semaine de quatre jours aux parents d'enfants de 12 ans et moins;
- investir massivement (1,7 milliard de plus que l'année dernière, soit 41% du budget total du gouvernement) en santé, principalement dans l'amélioration des services de première ligne;
- créer une caisse-santé pour faire face au vieillissement de la population;
- augmenter de deux heures par semaine le temps en classe des élèves du primaire;
- améliorer l'accessibilité au logement;
- instaurer un crédit d'impôt pour les travailleurs qui utilisent les transports en commun sur une base régulière;
- améliorer le programme des garderies à cinq dollars;
- ne pas baisser les impôts d'ici deux ans;
- "préparer le Québec à la souveraineté", sans pour autant tenir obligatoirement un référendum au cours du prochain mandat.
PLQ
Santé, éducation et baisse d'impôts
Le chef du Parti libéral du Québec, Jean Charest, joue son va-tout dans cette campagne électorale. "Faites-moi confiance, je vais remettre sur pied le système de santé. Jugez-moi sur ces résultats. Et si je n'y arrive pas, vous saurez quoi faire", a-t-il déclaré à La Presse à quelques jours du déclenchement des élections. Le PLQ entend en finir avec les listes d'attente et assurer l'accès aux soins sept jours sur sept, 24 heures sur 24, partout au Québec. Pour atteindre cet objectif, il propose une série de mesures qui nécessiteront l'injection de 7,5 milliards de dollars en cinq ans. Il promet entre autres de créer un poste de commissaire à la santé, d'abolir les quotas d'interventions chirurgicales, d'accroître le financement des soins à domicile et d'embaucher 1 500 infirmières de plus.
Le PLQ promet aussi:
- des baisses d'impôts de cinq milliards de dollars en cinq ans;
- l'enseignement de l'anglais dès la 1re année du primaire, l'augmentation du nombre d'heures en classe au primaire (qui passeront de 23,5 à 25 heures) et l'aide aux devoirs;
- la réduction de la taille de l'État et le gel des budgets de tous les ministères, sauf la Santé et l'Éducation;
- la constitution d'un guichet unique de services gouvernementaux en ligne (dans Internet);
- l'allégement de la réglementation et de la fiscalité pour les entreprises;
- la collaboration avec les autres provinces pour en arriver à un fédéralisme plus souple;
- la tenue du référendum sur les défusions municipales, là où la population le demandera.
ADQ
Diminuer les impôts, réduire la dette et s'ouvrir au privé
Aux antipodes du Parti québécois, l'Action démocratique du Québec propose un État moins lourd, moins interventionniste. "Redonner l'initiative aux citoyens", telle est la philosophie du jeune parti. Après quelques semaines de tergiversations et de déchirements en public au sujet d'éléments majeurs de son programme, l'ADQ a dévoilé ses engagements électoraux à la fin de février.
En voici quelques-uns:
- baisser les impôts de 4,3 milliards en cinq ans;
- réduire la dette de 10 milliards en cinq ans;
- permettre le recours au privé dans le système de santé, en particulier pour les actes de chirurgie dite "élective", la construction d'hôpitaux et la réduction de certaines listes d'attente;
- abolir le principe de l'emploi garanti à vie dans la fonction publique;
- implanter les "bons de garde" et bonifier le congé parental.
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Élection 2003
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Enquête sur l'homo electus
Pierre Cayouette
L'Actualité, n° Vol: 28 No: 6 15 avril 2003
Appartenez-vous aux Purzédurs ou aux Ô-Canada? Aux Purzémous, aux Orphelins-de-Boubou ou encore aux Chevaliers-de-la-Table-Rase? Un grand sondage L'actualité-CROP-Le point présente les cinq familles d'électeurs qui façonneront le prochain gouvernement québécois.
Tout était tellement plus simple au temps du bipartisme, c'est-à-dire avant la percée de l'ADQ. Le monde politique québécois se divisait clairement en deux factions. Dans cet univers bipolaire, c'était bleu ou rouge, péquiste ou libéral, Lévesque ou Trudeau, la ceinture fléchée ou les Rocheuses, le jeune neveu péquiste ou le vieil oncle fédéraliste, Gilles Vigneault ou Sweet People, Volvo ou Buick, Paris ou la Floride, le Oui ou le Non.
À la veille des élections générales du 14 avril, bien malin celui qui pourrait départager les électeurs québécois de manière si caricaturale. Méfions-nous des clichés: le paysage apparaît beaucoup plus complexe qu'il ne l'était lors des sept ou huit dernières élections. Il y aura des jeunes de 20 ans, souverainistes, champions d'Internet, qui carburent au hip-hop et qui voteront pour le Parti québécois (PQ); de jeunes fédéralistes, adeptes de raves, qui appuieront le Parti libéral (PLQ); des retraités souverainistes qui opteront pour l'Action démocratique (ADQ) afin que Mario Dumont fasse table rase du modèle québécois; des snowbirds qui rentreront de Floride pour réitérer leur appui au PQ; et des professeurs d'université, éternels péquistes, qui voteront cette fois pour l'Union des forces progressistes (UFP).
"Au Québec, le lien entre le mode de vie et les convictions politiques n'existe pas, du moins pas comme en France, où il y a des positions idéologiques bien campées associées à un style de vie donné", dit Alain Giguère, président de la maison de sondages CROP.
Les élections qui viennent seront en quelque sorte la revanche des mous, du moins des indécis. Ce sont eux, pour qui rien n'est ni noir ni blanc, qui trancheront. Aux deux extrêmes de l'échiquier politique traditionnel, les purs et durs - les péquistes convaincus et les libéraux indéfectibles - forment respectivement 26% et 22% de l'électorat. Plus de la moitié des électeurs sont donc ailleurs, à l'ADQ ou assis entre trois chaises. La position constitutionnelle n'est plus le seul vecteur. La segmentation se fait désormais à partir d'un autre axe, celui du "changement" (voir le tableau ci-contre).
L'actualité et Le point ont demandé à CROP de déterminer les grandes familles d'électeurs qui éliront le prochain gouvernement du Québec. La maison de sondages a accepté de jouer le jeu. Elle s'est fondée sur des données recueillies dans le contexte d'un programme de recherche annuel qui vise à suivre l'évolution des grands courants socioculturels, le "3SC". Et elle a réalisé un sondage exclusif auprès de 900 participants. Dans son analyse, elle a principalement tenu compte des questions portant sur l'intention de vote aux élections provinciales, la position au sujet de la souveraineté du Québec, le choix à un éventuel référendum sur la souveraineté et la satisfaction à l'égard du gouvernement actuel. Elle s'est également appuyée sur l'opinion des participants, qui devaient déterminer quel était le problème le plus important au Canada. À quelle famille d'électeurs appartenez-vous?
LES PURZÉDURS (26%)
La fleur de lys tatouée sur le coeur, ils rêvent au grand soir.
Ce sont des patriotes, des Gaulois, des "bleu ciel", des "républicains", comme dans "République du Québec", celle dont ils rêvent. On les appelle aussi souvent les "purs et durs", comme pour les dissocier davantage des "impurs et mous". Les "Purzédurs" ne digéreront jamais la défaite des plaines d'Abraham; ils se lèvent la nuit pour maudire Stéphane Dion et entendent bien poursuivre le combat jusqu'à ce que le Québec obtienne son siège aux Nations unies. Francophones à 95%, ce sont des souverainistes convaincus et des électeurs quasi indéfectibles du PQ: 94% d'entre eux se prononcent en faveur de la souveraineté du Québec, 96% voteraient oui à un référendum sur le sujet et 94% ont l'intention d'appuyer le PQ le 14 avril. Le gouvernement péquiste répond à leurs attentes: 88% des Purzédurs s'en déclarent plutôt satisfaits, même s'ils estiment qu'il pourrait parfois faire mieux. Bernard Landry est de loin (81%) le chef politique auquel ils font le plus confiance pour diriger la province.
Les adéquistes et leur chef aiment se moquer des Purzédurs. Au congrès de son aile jeunesse, début février, à Montréal, Mario Dumont a déridé son auditoire avec ses blagues ironiques sur le programme du PQ, "écrit il y a plus de 30 ans sur de vieilles machines à écrire manuelles, par des jeunes qui portaient des jeans pattes d'éléphant, fumaient des gitanes et écoutaient des disques de vinyle". Attention! Ceux qui qualifient ces électeurs d'anachroniques ou de nostalgiques des "années 70" et les imaginent tous avec des barbichettes blanches font erreur. Il y a des Purzédurs dans tous les groupes d'âge.
Simon Gignac a 20 ans. Étudiant, il habite chez ses parents, à Laval. Grand amateur de hip-hop, féru d'Internet, il avoue ne jamais acheter de disques d'artistes québécois. Si 44% des Purzédurs sont des fidèles du Téléjournal, de Stéphan Bureau, à Radio-Canada, notre homme, lui, a pour référence en information Jean Lapierre, à TQS. Il se décrit pourtant comme un souverainiste convaincu et il appuiera le PQ en avril. "Avant tout parce que Bernard Landry a promis de nous mener à la souveraineté d'ici 2005", dit-il. L'ADQ? "Le chef est trop jeune, trop inexpérimenté. Son parti n'a pas de crédibilité."
Comme tous les Québécois, les Purzédurs placent la qualité des soins médicaux au coeur de leurs inquiétudes (44%). La pauvreté (22%), les restrictions dans les programmes sociaux (12%) et le chômage (6%) les préoccupent également. On les imagine ardents défenseurs de la social-démocratie, plutôt à gauche. Il faut nuancer. Plus de la moitié d'entre eux (52%) seraient d'accord pour faire plus de place au secteur privé dans le domaine de la santé. Chose étonnante, ils approuvent dans une proportion de 55% la mise en place d'un système de bons d'éducation, comme le propose l'ADQ, et 64% sont en faveur d'une réduction de la taille de la fonction publique. Les idées avancées par Mario Dumont ont fait leur chemin, même parmi les esprits que l'on imagine les plus réticents
Dans une forte majorité, les Purzédurs sont favorables à la semaine de quatre jours pour aider à concilier travail et famille (81%, contre 67% dans l'ensemble de la population). Ils estiment, dans une proportion de 78%, qu'il faut favoriser les ententes avec les autochtones. "Cela démontre à quel point les opposants à l'accord avec les Innus étaient minoritaires, même parmi les purs et durs", note Alain Giguère.
"Je suis tout à fait d'accord pour qu'on décriminalise la marijuana, pas seulement à des fins thérapeutiques", dit Simon Gignac. En cela, il rejoint la majorité de sa famille électorale. La question rallie 64% des Purzédurs. Le sondage révèle par ailleurs que les membres de cette famille ont pour valeurs communes: la très ferme volonté d'affirmer leur identité québécoise, le besoin d'appartenance et de "connexions émotionnelles" avec autrui, l'hédonisme et le désir de vivre avec une certaine intensité. Ils aiment en outre les conversations autour d'une bonne bouteille de vin. Et ne soyez pas surpris s'ils allument un petit joint, l'été prochain, en camping. Au fait, 35% des Purzédurs pratiquent le camping, tandis qu'à peine 22% des fédéralistes tendance Ô-Canada s'y adonnent.
Les Purzédurs accordent aussi beaucoup d'importance à la solidarité sociale. Ils font généralement preuve d'une grande ouverture d'esprit et valorisent l'épanouissement personnel. Ils sont ouverts à l'égalité des sexes et aux nouvelles définitions de la famille.
LES PURZÉMOUS (24%)
Souverainistes déçus du PQ, ils sont tentés par la nouveauté.
Les Dépités? Les Désenchantés? Les Perd-la-Foi? Les Décrochés? Les Ulcérés? Les Mécontents? Les Ras-le-Pompon? Nous avons longuement hésité avant d'opter pour les "Purzémous".
Serge Lachapelle est un jeune retraité lavallois de 55 ans. Il incarne mieux que quiconque cette famille d'électeurs. Comptable agréé, il a occupé de hautes fonctions au cégep Montmorency jusqu'à l'an dernier. "J'ai enfin le temps de lire les journaux et de m'informer à mon goût", dit-il. Depuis quelques mois, chez les Lachapelle, les soupers de famille du dimanche sont ponctués d'orageuses discussions politiques. "Il est déchaîné, intarissable", dit l'aînée, Judith, à propos de son père. "Quand il commence à parler de politique, il s'emporte au point que l'on a parfois envie de quitter la table. On ne le reconnaît plus!"
Souverainiste depuis qu'il a l'âge de raison, Serge Lachapelle a toujours voté pour le PQ depuis 1970. "J'y croyais tellement! Ce parti incarnait tous mes rêves", soupire-t-il. Il a décroché il y a environ deux ans. "Ça coïncide à peu près avec le départ de Lucien Bouchard. Lui, au moins, il a eu le courage de s'attaquer au déficit. Je le sais, j'ai eu à gérer ses maudites compressions au cégep. Mais il fallait le faire."
Pourquoi a-t-il abandonné le parti qui a si longtemps incarné ses idéaux? "C'est une série d'événements. Il y a eu l'affaire des lobbyistes. Et quand j'ai vu les vieux Guy Chevrette et Jacques Brassard s'accrocher, l'année dernière, je n'en pouvais plus!" Rien ne pourra le ramener au bercail, du moins pas à court terme. La semaine de quatre jours et les millions de dollars dans les hôpitaux? "De la guidounerie! Au fait, le PQ a-t-il pensé aux enseignants la cinquième journée? C'est honteux, il achète les votes!"
Serge Lachapelle explique ainsi son désenchantement. "J'avais pensé, comme bien des baby-boomers, que l'on bâtirait une société meilleure que celle de nos voisins. On en a fait une pas si pire . Mais la social-démocratie, il ne faut pas se le cacher, a créé des adultes irresponsables qui attendent trop de l'État-providence."
Il note avec satisfaction que "l'ADQ a le courage de se prononcer en faveur d'une indexation des droits de scolarité, ce que les gouvernements précédents n'ont pas osé faire". Incapable de se résoudre à voter pour Jean Charest - "il n'a rien fait pour relancer le Québec" -, il donnera son appui aux troupes de Mario Dumont. "Les adéquistes vont faire des erreurs, ils sont jeunes. Mais j'en ai ras le pompon des péquistes et je crois qu'il faut brasser la cage", dit Serge Lachapelle. Il précise ne pas être pour autant un homme de droite. "Je ne veux pas de baisses d'impôts. Je veux simplement que mes impôts soient mieux administrés."
La majorité des Purzémous penchent pour la souveraineté: 71% s'y disent favorables et une proportion comparable (74%) voterait oui à un référendum. Toutefois, près de la moitié (44%) s'avouent insatisfaits du gouvernement actuel; seulement 39% comptent appuyer le PQ et 49% s'apprêtent à voter pour l'ADQ. Mario Dumont est donc le chef de parti à qui ils font le plus confiance pour diriger le Québec (44%). Il devance de peu Bernard Landry (36%). Jean Charest ne rallie pas du tout cette famille d'électeurs. À peine 8% des Purzémous lui feraient confiance comme premier ministre.
"Le vote des Purzémous n'est toutefois pas coulé dans le ciment, dit Alain Giguère. Dans les semaines à venir, ce sont eux, les déçus du gouvernement , que les stratèges péquistes doivent courtiser. S'ils parviennent à les ramener au bercail, ils seront réélus. Plus le gouvernement actuel se montrera ouvert, plus il s'engagera à adopter certains points du programme de l'ADQ - tout en préservant les acquis du modèle québécois - et plus il aura de chances d'être reporté au pouvoir."
Si on les compare aux Purzédurs, les Purzémous se montrent plus ouverts à certaines mesures proposées par l'ADQ: 63% d'entre eux approuvent l'idée de faire une plus grande place au secteur privé dans la santé (contre 52% chez les Purzédurs) et 73% appuient la mise en place d'un système de bons d'éducation (contre 55% chez les Purzédurs). L'apprentissage de l'anglais dès la 1re année du primaire paraît souhaitable aux yeux de la grande majorité de ces "péquistes dépités" (81%, contre 70% chez les "républicains").
Sur le plan des valeurs, ils se distinguent par une approche très intuitive et très émotionnelle de la vie. "Ils sont très touchés, par exemple, par des reportages sur le temps d'attente dans les urgences des hôpitaux", dit Claude Gauthier, expert-sondeur de CROP. Ils rejettent l'autorité et les structures trop hiérarchisées et technocratisées, ils recherchent la nouveauté, valorisent le changement, l'hédonisme - les soupers de famille du dimanche! -, la joie de vivre et une certaine insouciance. Ils se préoccupent beaucoup de l'environnement. Leur identité québécoise est forte; leur identité canadienne, faible.
LES ORPHELINS-DE-BOUBOU (16%)
Libéraux dans l'âme, ils se cherchent un chef.
On leur avait envoyé un "sauveur", mais le drame est qu'ils n'y croient plus, à ce sauveur. Ce sont les "Orphelins-de-Boubou", ces libéraux nostalgiques de Robert Bourassa, qui savait rassembler les militants et les Québécois, et qui remportait les élections. Ce sont des Canadiens errants, des sans-chef.
"Jean Charest? Il manque de punch. On dirait qu'il passe toujours après les autres, qu'il n'est pas capable de sortir quelque chose de nouveau", se plaint Roland Parent, un électeur de Vaudreuil-Soulanges.
Il résume en quelques mots le point de vue de ces "agnostiques des libéraux". Fédéraliste, partisan libéral de longue date, il voterait spontanément pour le PLQ, comme il l'a fait lors des dernières élections. Mais cette fois, il hésite. "Ça va dépendre de mon humeur le jour des élections."
"La solution pour les libéraux? Changer de chef. Je ne sais pas quoi répondre d'autre, concluait Alain Giguère à la fin de février. C'est un problème de crédibilité. Jean Charest peut dire ce qu'il veut, ça ne passe pas. Faites-lui le plus beau programme, le mieux adapté pour incarner les changements que veulent les Québécois, le message ne se rend pas."
Ces Orphelins-de-Boubou, francophones à 80%, ont pourtant un fort penchant fédéraliste: 86% s'opposent à la souveraineté du Québec. Mais ils sont déchirés entre l'ADQ et le PLQ, aucun des chefs ne s'imposant clairement comme celui qui pourrait gagner leur confiance. Ils oscillent donc entre Mario Dumont (35%), Jean Charest (30%) et Bernard Landry (18%). Près de la moitié d'entre eux (45%) voteraient pour le Parti libéral et 42% pour l'ADQ. À 72%, ils sont insatisfaits du gouvernement. "Ce serait la clientèle naturelle du PLQ. Mais à cause de Jean Charest, ils hésitent", dit Claude Gauthier.
Plutôt conservateurs, les membres de cette famille d'électeurs disent non à l'adoption d'enfants par des couples homosexuels (64%) et à la décriminalisation de la marijuana (64%).
Au chapitre des valeurs, on s'en doute, ils ont besoin de leadership, d'où leur déception à l'égard de Jean Charest. Ils éprouvent un sentiment d'exclusion marqué et gardent l'impression de ne pas être en phase avec le reste de la société. Ils ont une faible identité québécoise et une forte identité canadienne. Si le chef du PLQ parvient à les reconquérir au cours de la campagne électorale, tous les espoirs sont permis.
LES CHEVALIERS-DE-LA-TABLE-RASE (11%)
La vie est une véritable jungle. La solution: l'ADQ!
Ils rêvent de casser la baraque, d'en finir avec les vieux partis, de mettre du Drano dans la tuyauterie étatique, de crier "c'est assez!" Ce sont des défricheurs: on abat tout ce qu'il y a devant, on jette le bois mort et on recommence. Appelons-les les "Chevaliers-de-la-Table-Rase".
Même si les intentions de vote en faveur de l'ADQ ont grimpé au-dessus de 35% l'automne dernier, le noyau dur du parti ne rassemble que 11% de la population. La très grande majorité des Chevaliers-de-la-Table-Rase se déclarent défavorables à la souveraineté (81%). Insatisfaits du gouvernement actuel (86%), ils sont partisans de l'électrochoc et souhaitent que Dumont fasse place nette. Ils ont toutefois des avis partagés sur certaines questions de société. Par exemple, 56% s'opposent à l'adoption d'enfants par les couples homosexuels. Et la décriminalisation de la marijuana les divise en deux camps égaux: 50% y sont favorables, 49% s'y opposent.
Sur le plan des valeurs, ils ont tendance à penser que la vie est une véritable jungle socioéconomique. "Ce sont des adeptes du darwinisme social", résume Alain Giguère. À leurs yeux, c'est le plus fort qui l'emporte: si nous avons les moyens de payer pour éviter les listes d'attente en chirurgie, pourquoi nous empêcherait-on de le faire?
Ex-partisan du PQ, Bernard Loyer, 51 ans, est maintenant un adéquiste convaincu. Défavorable à la souveraineté - "si on est unis, on sera plus forts" -, il a pour principale préoccupation la réduction des impôts. Ce travailleur du secteur de la téléphonie, père de deux enfants, habite à Pincourt, dans l'ouest de l'île de Montréal. "C'est simple. Il me semble que s'il me restait plus d'argent sur ma paye, j'aurais plus de facilité à joindre les deux bouts, dit-il. Je pourrais me procurer davantage de biens. C'est la même chose pour tout le monde. Alors l'économie tournerait mieux." Amateur de sport, il rêve d'emmener ses enfants au Centre Bell pour y assister à un match du Canadien, mais il n'en a pas les moyens. "Nous, de la classe moyenne, nous devons constamment faire des choix. Nous sommes les perdants. Je suis fatigué d'avoir à expliquer ça à mes enfants." Le programme de Mario Dumont, croit-il, est taillé sur mesure pour lui.
LES Ô-CANADA (22%)
Ultra-fédéralistes, ils votent rouge depuis des générations.
Micheline Bouchard, retraitée de Verdun, jeune soixantaine, fédéraliste convaincue, appuiera le PLQ sans hésiter; elle n'a rien à redire contre Jean Charest. "Il a des solutions adéquates, notamment en santé, et la bonne position constitutionnelle. Il aura mon appui", dit-elle. Se décrivant lui-même comme un "teindu rouge", Raoul Lepage, 78 ans, de Sainte-Angèle, dans l'est du Québec, renchérit: "Il a une vaste expérience de la politique et ça compte beaucoup dans une campagne électorale. Il a désormais ses racines dans le parti et il adhère pleinement aux valeurs libérales."
À l'opposé des Purzédurs, il y a donc les Ô-Canada. Ce sont des libéraux ultra-fédéralistes, défavorables à la souveraineté dans une proportion de 94%. On y trouve 27% d'anglophones et 11% d'allophones. Ils résident en majorité dans l'île de Montréal (48%), et près de la moitié d'entre eux, soit 44%, ont 55 ans ou plus.
Seuls 57% désignent Jean Charest comme l'homme de la situation, mais 84% comptent voter pour le PLQ le 14 avril.
On trouve aussi des jeunes dans cette famille d'électeurs. Fanny Flamand, 26 ans, résidante du Plateau-Mont-Royal, à Montréal, voit en Jean Charest le chef le plus crédible. "C'est celui qui m'inspire le plus confiance." Mère d'une famille monoparentale, elle avait la ferme intention de lui accorder son appui jusqu'à ce que le premier ministre, Bernard Landry, lance son idée de la semaine de quatre jours pour concilier le travail et la famille. "Cela pourrait m'inciter à voter pour le PQ, même si je dirais non à un référendum sur la souveraineté", avoue-t-elle. Elle fait partie de cette infime proportion d'Ô-Canada susceptibles de changer de camp.
Au sein de ces électeurs, la semaine de quatre jours jouit en fait d'un appui beaucoup moins fort que dans l'ensemble de la population (51%, contre 67%). Seulement 33% des Ô-Canada s'avouent favorables à la décriminalisation de la marijuana. "Je suis tout à fait contre, dit Fanny Flamand. Je vais dans des raves et je vois à quel point la drogue fait des ravages. Ce serait stupide d'en rendre l'accès plus facile."
Sur le plan des valeurs, cette famille se distingue ainsi: attachement très fort à l'identité canadienne et faible à l'identité québécoise; valeurs conservatrices et traditionnelles (famille et religion); sens du devoir, de l'éthique, de la morale; approche rationnelle de la vie; tendance à épargner; valorisation d'un certain libéralisme en matière de gouvernement. "L'époque, pour eux, est difficile. Tout va trop vite", résume Alain Giguère.
Un exercice révélateur
Même si l'arrivée de l'ADQ dans le paysage a ravivé l'intérêt pour la politique, le problème irakien demeurait, à quelques semaines des élections, la principale préoccupation des Québécois. À la question "Quel est votre principal centre d'intérêt dans l'actualité pour les mois à venir?", 69% des Québécois, toutes allégeances confondues, ont répondu: "La menace d'une guerre en Irak." Nous étions alors dans la première moitié du mois de février et la campagne électorale était pour ainsi dire amorcée. À peine 10% des répondants ont vu dans celle-ci leur principale préoccupation.
Cela dit, au moment où a été réalisé le sondage commandé par L'actualité et Le point, le Parti québécois avait le vent en poupe. "C'était le temps ou jamais pour le gouvernement Landry de déclencher des élections", dit Alain Giguère.
La répartition des électeurs en familles confirme la situation précaire de Jean Charest, incapable de rallier ses sympathisants naturels. L'étude confirme aussi la fragilité de l'appui à l'ADQ. Les partisans de Mario Dumont sont versatiles et la base solide dont dispose son parti n'est que de 11% des électeurs québécois.
L'analyse de CROP démontre enfin la remontée spectaculaire du premier ministre, Bernard Landry. "Il est en train de démontrer qu'il peut incarner le changement, analyse Claude Gauthier. Il fait une très bonne gestion de son image personnelle. Il est partout, dans tous les genres d'émissions de télévision (même à Star Académie!), il a changé sa façon de se vêtir, il fait preuve de plus d'empathie. On lui reprochait d'être arrogant, froid et intellectuel. Il a réussi à faire oublier l'image du ministre des Finances au profit d'un premier ministre ouvert, proche des gens. Il se présente comme le bon grand-père et ça lui réussit." Le point de vue de ce sondeur n'est pas négligeable. C'est fort probablement à la lumière des derniers sondages CROP que des élections ont été déclenchées à ce moment précis...
Les Purzémous
Penchant souverainiste, très critiques à l'égard du gouvernement, forte identité québécoise, faible identité canadienne, recherchent la nouveauté, se préoccupent beaucoup de l'environnement.
24%
Les Purzédurs
Souverainistes indéfectibles, satisfaits du gouvernement, très forte identité québécoise, hédonistes, intenses, préoccupés par les causes sociales, ouverts au changement.
26%
Les Chevaliers-de-la-Table-Rase
Défavorables à la souveraineté, insatisfaits du gouvernement actuel, "la vie est une jungle socioéconomique", spontanés, sceptiques. Ils veulent en découdre avec les partis traditionnels.
11%
Les Orphelins-de-Boubou
Fédéralistes, plutôt conservateurs, très grand besoin de leadership (nostalgiques de l'époque de Robert Bourassa), sentiment d'exclusion, faible identité québécoise et forte identité canadienne.
16%
Les Ô-Canada
Ultra-fédéralistes, fidèles au PLQ, valeurs traditionnelles, sens du devoir, de l'éthique et de la morale, approche rationnelle de la vie.
22%
En fonction de leurs intentions de vote, voici l'opinion des Québécois sur certains enjeux majeurs.
Ils sont en faveur d'un rôle accru du secteur privé dans le domaine de la santé.
ADQ 73%
PLQ 50%
PQ 51%
Ensemble de la population 58%
Ils sont favorables à une réduction de la taille de la fonction publique.
ADQ 80%
PLQ 64%
PQ 59%
Ensemble de la population 67%
Ils favorisent les ententes avec les autochtones.
ADQ 61%
PLQ 67%
PQ 73%
Ensemble de la population 67%
En fin de soirée, ils s'informent d'abord auprès de
ADQ Sophie Thibault (32%)
PLQ Stéphan Bureau (26%)
PQ Stéphan Bureau (44%)
Ils voteraient oui à un référendum sur la souveraineté.
ADQ 45%
PLQ 15%
PQ 74%
Ensemble de la population 43%
Ils approuvent l'instauration d'un système de bons d'éducation.
ADQ 78%
PLQ 72%
PQ 58%
Ensemble de la population 69%
Ils disent oui à la semaine de quatre jours pour favoriser la conciliation travail-famille.
ADQ 62%
PLQ 57%
PQ 83%
Ensemble de la population 66%
Ils approuveraient la décriminalisation de la marijuana.
ADQ 46%
PLQ 35%
PQ 58%
Ensemble de la population 46%
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Élection 2003
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Du pareil au même
Gilbert Lavoie
Le Soleil vendredi 28 mars 2003
Éditorial - Est-ce la guerre en Irak, le manque d'imagination des candidats ou la disparition des villes fusionnées ? Toujours est-il qu'on a peine à identifier les enjeux régionaux de la campagne électorale en cours. À deux semaines et demie du scrutin, il est difficile de mettre le doigt sur des dossiers qui différencient véritablement les candidats.
Si l'ADQ constituait encore une menace pour le PQ et le PLQ, on assisterait à un grand débat sur l'importance de la fonction publique dans l'économie régionale. Mais les sondeurs ont fait disparaître le parti de Mario Dumont de l'écran-radar des médias.
Si le Parti québécois sortait son objectif souverainiste du placard, il vanterait le rôle accru de la capitale dans un Québec souverain et se prononcerait sur l'intégration des fonctionnaires fédéraux à la fonction publique québécoise. Mais la démarche référendaire de Bernard Landry relègue cette question à l'arrière-plan, ou "en toile de fond" de la campagne, comme l'a dit Pauline Marois. Le programme régional du PQ, dévoilé mercredi, se limite à une allusion à la souveraineté pour affirmer que les candidats poursuivront la préparation de la ville à "son rôle imminent de Capitale nationale d'un nouveau pays". Ce programme comporte bien quelques engagements concrets, mais ils viennent tout droit de la liste d'épicerie du maire L'Allier ou de la mise en application des engagements nationaux.
Mercredi soir, à la télé de Radio-Canada, un débat a opposé le libéral Sam Hamad, le péquiste Daniel Mercier-Gouin et l'adéquiste Jean-Guy Lemieux sur le développement économique de la région. L'animateur Sébastien Bovet a dû rappeler les candidats à l'ordre : ils ne parlaient que des enjeux nationaux. Expérience similaire à CJMF, où l'ancienne mairesse Andrée Boucher a organisé un débat sur les fusions : aucun des trois candidats n'a suggéré la défusion. Bref, on s'entend comme des larrons en foire au pays de Jean-Paul L'Allier et de Jean Garon.
Serait-ce à croire que tout a été fait, qu'il n'y a plus de place à l'imagination pour la région de la capitale ? C'est dangereux. On l'a bien vu dans le cas des fusions municipales : quand une région n'a pas de projet collectif, c'est le gouvernement qui lui en trouve.
GLavoie@lesoleil.com
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Élection 2003
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À mi-chemin de la campagne électorale...
Carol Néron
Le Quotidien vendredi 28 mars 2003
Éditorial - À mi-chemin de la campagne électorale, les tendances ainsi que les enjeux régionaux commencent enfin à se préciser. Il était temps...
L'événement marquant des derniers jours aura été le dévoilement des engagements électoraux des cinq candidats péquistes du Saguenay-Lac-Saint-Jean ainsi que la visite des chefs Bernard Landry et Jean Charest.
Dans Lac-Saint-Jean, le dossier de la voie de contournement de l'autoroute 70 et les difficultés auxquelles sont confrontés les agriculteurs retiennent l'attention des candidats. Dans Roberval, où le débat semble se faire plus discret, un certain courant d'opinion veut toutefois que le libéral Karl Blackburn ait une certaine longueur d'avance sur ses adversaires péquistes et adéquiste. Dans Dubuc, Jacques Côté (PQ) ne serait pas menacé pour le moment bien que les partisans de la défusion se fassent plus bruyants depuis quelques jours.
Dans Jonquière, le dossier de l'hôpital demeure toujours au premier rang des priorités, tandis que le département Art et technologie des médias (ATM) du cégep local rappelle aux différents partis politiques, dans le cadre d'une grande manifestation, que l'exclusivité de leur option est menacée. Cela dit, la libérale sortante Françoise Gauthier pourrait être réélue s'il faut en croire certains observateurs assidus.
Enfin, dans Chicoutimi, le débat sur le nom donné à la ville regroupé refait surface obligeant péquistes, libéraux et adéquistes, à prendre position. Même s'il a plutôt mal paru à l'occasion d'un débat organisé par le Regroupement Chicoutimi-Saguenay, le député sortant Stéphane Bédard (PQ) apparaît toujours comme le favori de l'électorat (quoique sa promesse de construire un deuxième pont au-dessus du Saguenay, en plus de manquer carrément de sérieux, ne soit pas sans rappeler une autre époque...duplessiste).
Le reflet des sondages
En gros, cette estimation sommaire reflète les sondages des derniers jours démontrant, à l'échelle du Québec, une lutte à deux très serrée entre le Parti québécois et les libéraux. L'Action démocratique demeure quant à elle un point d'interrogation car sa descente aux enfers ne signifie nullement que sa présence ne se fera pas sentir en régions, où les candidats de Mario Dumont pourraient brouiller quelques cartes le soir du 14 avril. Une hypothèse également applicable au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Le débat des chefs, lundi, devrait marquer un tournant majeur. Pour la première fois en effet depuis l'offensive anglo-américaine en Irak, les téléspectateurs québécois devraient voir leur attention retenue au petit écran par autre chose que les scènes de bombardements - et Star Académie!
En temps normal, dans une élection générale, la performance des chefs politiques a préséance sur celle des candidats. La conjoncture internationale étant ce qu'elle est, les Québécois pourraient être tentés de s'en remettre, lundi à l'issue du débat, à celui qu'ils jugent le plus apte à faire face à la crise. À ce chapitre, Mario Dumont est exclu d'office (depuis les derniers sondages). Jean Charest a toujours une longue pente à remonter. Bernard Landry peut donc être considéré comme le favori. Mais, attention! Le chef péquiste serait bien mal venu de vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué... Car son principal adversaire libéral est, de l'avis de tous, un redoutable "debater", ce qu'il a prouvé à maintes reprises dans le passé.
Arrogance et improvisation
Un Bernard Landry trop sûr de lui (c'est l'impression qu'il donne en ce moment), face à un Jean Charest ayant tout à gagner dans cet ultime face à face avant le rendez-vous du 14 avril et, entre les deux, un Mario Dumont tirant à bout portant sur tout ce qui bouge, voilà qui pourrait faire toute la différence.
Le chef péquiste a tendance à déraper sérieusement dans ses déclarations lorsqu'il se croit le plus fort ou quand il craint de se retrouver dans les câbles. Par contre, s'il fait preuve d'une prudence exagérée, lundi soir, il pourrait faire mauvaise impression sur l'électorat. Celui-ci pourrait en venir à la conclusion que Bernard Landry a peur.
Les spécialistes en image, notamment ceux au service du PQ, ne devraient pas chômer en fin de semaine!
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Élection 2003
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Vive les vacances !
André Pratte
La Presse vendredi 28 mars 2003
Éditorial - Réjouissez-vous: si le Parti québécois est réélu, vos prochaines vacances pourraient être en partie payées par le gouvernement. Cela paraît proprement incroyable; c'est pourtant bel et bien ce qu'a annoncé le premier ministre, Bernard Landry, mercredi.
Si vous achetez un forfait touristique au Québec, le gouvernement vous en remboursera 25 %. Pourquoi? D'abord, a expliqué M. Landry, pour aider l'industrie touristique québécoise. Ensuite, pour aider les familles à revenu modeste à prendre des vacances. Peut-on être contre ça?
Oui. Quand les finances d'un gouvernement sont tellement serrées qu'il se plaint chaque jour d'être "étranglé", quant il maintient de peine et de misère l'équilibre budgétaire, il ne devrait pas subventionner les vacances- les vacances!- des gens.
Le coût de cette mesure n'est pas insignifiant: 19 millions. Mais ce qui choque surtout, c'est que le PQ soit en train de dénaturer le principe même de l'aide gouvernementale. Cette aide doit assurer à chaque citoyen un minimum vital. Or, à moins de déformer le sens des mots, les croisières aux baleines et les glissades d'eau ne sont pas des besoins fondamentaux.
Le corollaire d'une telle mesure, c'est la bureaucratisation des vacances. Qui dit crédit d'impôt dit normes, fonctionnaires et paperasse. Le crédit d'impôt vacances-famille sera réservé aux familles dont le revenu est inférieur à 50 000 $ (pourquoi pas 40 000 $, ou 60 000 $?) ayant au moins un enfant à charge de moins de 16 ans (pourquoi pas 14 ans, ou 12 ans, ou 18 ans?) Le gouvernement déterminera quels sont les forfaits "admissibles", et quelles sont les dépenses "admissibles". Les forfaits, nous dit le communiqué du PQ, devront comprendre une "prestation touristique". Une prestation touristique? "Restauration, activité ou attrait touristique payant", traduit le communiqué.
À quand le crédit d'impôt pour les gens qui achètent leurs cadeaux de Noël au Salon des métiers d'art?
Apratte@lapresse.ca
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Élection 2003
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L'allié objectif
Denis Lessard Jean-Claude Rivest est sénateur.
La Presse vendredi 28 mars 2003
Élections 2003 Analyse - C'était au début des années 90, Jacques Parizeau promettait qu'une fois élu, un gouvernement péquiste procéderait très rapidement à la tenue d'un référendum sur la souveraineté. Ce serait une affaire bouclée sans tergiverser, "en huit ou 10 mois", aimait-il répéter.
C'était l'époque où, devant ses amis, Bernard Landry désapprouvait un tel empressement. Jugeant son souverainiste de chef trop rapide, M. Landry l'avait rebaptisé, sympathiquement, "Rapizeau".
Bernard Landry n'avait pas hésité à donner un coup de frein sur le référendum que M. Parizeau entrevoyait pour le printemps 1995, prévenant qu'il ne saurait être "le commandant en second de la brigade légère qui fut exterminée en Crimée en 20 minutes à cause de l'irresponsabilité de ses chefs".
M. Landry ne fut pas tendre non plus à l'endroit de son ancien patron, qui se faisait une joie de faire des déclarations embarrassantes pour Lucien Bouchard. À des moments bien choisis, M. Parizeau avait embêté Lucien Bouchard. "Il s'est fait l'allié objectif de nos adversaires..." avait lancé M. Landry à la veille des élections de 1998, soutenant que son sens du timing était "plus élevé que son sens de la solidarité".
On était bien loin de ces différends, hier, au cégep de L'Assomption. Jacques Parizeau, l'infatigable soldat, a accepté de parler à des élèves, ce qu'il a toujours aimé faire depuis la rentrée de septembre... 1955. À toutes les élections depuis sa démission d'octobre 1995, M. Parizeau a repris le bâton du pèlerin pour faire une tournée des cégeps et des universités. Cette fois, on prévoit six ou sept haltes pour la caravane Parizeau, un peu partout en province.
Il s'est moqué gentiment des journalistes, qui épiaient le moindre écart de sa part sur la voie tracée depuis le début de la campagne électorale par Bernard Landry. "Je suis désolé que vous n'ayez pas de nouvelles, mais je suis d'accord avec M. Landry", a-t-il dit, amusé, avant de confier qu'il s'était "longuement entretenu" avec le premier ministre, pour constater qu'ils étaient sur la même longueur d'onde.
Même s'il s'était engagé à procéder rapidement après son élection de septembre 1994, il croit maintenant que le chef péquiste a raison de ne pas préciser trop hâtivement son échéancier référendaire. En 1976, le PQ avait fait l'erreur de s'engager à consulter la population "au cours du mandat". Or, en 1979, après avoir remporté un affrontement avec Ottawa sur la question de la taxe de vente, le gouvernement Lévesque aurait pu facilement obtenir une réélection avec une majorité plus claire que trois ans auparavant. Mais son engagement référendaire a obstrué la route des urnes. "Il ne faut pas se menotter les mains", observe M. Parizeau.
Le vétéran se dit aussi satisfait de l'horizon 2005 offert par M. Landry pour la réalisation de la souveraineté.
Des péquistes "orthodoxes" peuvent juger ambiguë la formule de relation "confédérale" entre le Canada et le Québec souverain, et M. Parizeau, devenu quasi fiduciaire de l'option souverainiste, a tenu à rester loin de ces arguties sémantiques.
"C'est le fond de la question qui est important", a-t-il dit. Sur ce fond, MM. Parizeau et Landry tiennent le même discours. Après un OUI au référendum, le Québec fera une proposition au reste du pays. Le Canada anglais tergiversera, mais un principe demeure: la souveraineté ne saurait être "conditionnelle" à l'apparition d'une nouvelle structure.
"M. Lévesque, c'était l'association, moi, j'ai offert un partenariat, M. Landry a sa formule d'union confédérale", a précisé M. Parizeau. Mais, derrière les formules, une seule question demeure. Que fait-on si on ne parvient pas à s'entendre avec le reste du pays? "Eh bien... on fait la souveraineté quand même. Là-dessus, M. Landry et moi sommes d'accord."
À bout de munitions, les journalistes l'ont interrogé sur l'appui surprenant de sa femme, Lizette, à la position "formidable" de Jean Charest, qui propose de revoir le régime d'indemnisation sans égard à la faute pour permettre aux accidentés de poursuivre au civil les criminels de la route. Il faut rappeler que le fils de Mme Lapointe a été grièvement blessé dans un accident.
Jacques Parizeau n'a pas voulu dire s'il jugeait la sortie bien avisée. Il a toutefois reconnu qu'il l'avait appris dans le journal du matin. Cette fois "Rapizeau", le rapide, a été devancé.
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Élection 2003
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La noblesse des impôts
Julius Grey
LE DEVOIR - 28 mars 2003
Dans toutes les démocraties occidentales, y compris au Québec, les électeurs sont soumis à un véritable encan entre les candidats pour déterminer lequel réduira le plus les impôts. Il est grand temps que les politiciens courageux se lèvent pour défendre les impôts en expliquant leur importance.
Il est vrai que jadis, les impôts étaient perçus par les rois pour financer leurs guerres et promouvoir leurs intérêts dynastiques. Mais à cette époque, l'État ne fournissait guère de services, à part l'armée et la sécurité. Aujourd'hui, les impôts méritent un autre traitement. Les élus sont redevables devant leurs électeurs et les fonds collectés sont destinés à maints services, comme la santé, l'éducation, la culture et l'aide sociale. Et ce n'est pas là le seul but du système fiscal, qui sert aussi à promouvoir l'égalité et à réduire les écarts entre riches et pauvres. Les impôts sont donc une institution positive, et ceux qui veulent les réduire radicalement sombrent souvent dans la démagogie.
Depuis 1970, les économistes néolibéraux ont réussi à convaincre une partie importante du public que les réductions d'impôts stimulent l'économie et améliorent le sort de tout le monde, d'abord les fortunés mais ensuite les pauvres eux aussi. Or cette théorie n'a fonctionné nulle part. Au contraire, son application a toujours eu pour effet de creuser les écarts, de détériorer les services et de détruire la solidarité.
Bien sûr, les impôts ne sont pas des vaches sacrées. S'ils peuvent être augmentés, ils peuvent aussi être diminués. Ces réductions peuvent même s'avérer nécessaires dans un contexte de forte concurrence pour les investissements. Il est donc rationnel de penser qu'après avoir stabilisé les système de santé et d'éducation, notre gouvernement puisse songer à réduire les impôts de façon responsable et modérée. Mais nous n'en sommes pas là.
Dans la campagne en cours, le déclin des intentions de vote à l'endroit de l'ADQ semble indiquer que l'électorat ne se laissera pas séduire par la pensée magique, et c'est tant mieux.
Julius Grey est avocat.
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Élection 2003
ADQ
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Réforme de l'administration publique... en mode électoralL'accroissement de l'efficacité des services gouvernementaux est toujours un thème de prédilection des rendez-vous électoraux.
Jean-Claude Rivest Jean-Claude Rivest est sénateur.
LE DEVOIR - 28 mars 2003
Cette fois-ci, cependant, le projet a beaucoup plus d'emprise sur le réel que par le passé. Le caractère limité des ressources financières de l'État, la lourdeur du fardeau fiscal des contribuables et la très forte croissance de la demande de services dans les domaines de la santé, des services sociaux et de l'éducation exercent des pressions exceptionnellement fortes en vue d'augmenter de façon significative la qualité de l'organisation de l'appareil étatique et la productivité de ses méthodes et pratiques de gestion.
C'est l'ADQ qui pose peut-être dans les termes les plus engagés la question du renouveau de l'administration publique. Dommage que certaines de ses propositions de changement, comme celle portant sur la sécurité d'emploi des fonctionnaires, n'aient pour utilité réelle que celle d'alimenter la controverse.
Le PLQ propose la vision d'un État axé sur le citoyen et six priorités d'action, dont la réduction du nombre de ministères et d'organismes gouvernementaux ainsi que la mise en place du «gouvernement en ligne». Son intérêt principal porte évidemment sur le domaine de la santé avec, en particulier, la proposition d'abolir les régies régionales.
Au PQ, sauf pour Joseph Facal, on entretient toujours le culte du «modèle québécois» quasi intangible sur fond de rites incantatoires consacrés aux vertus du déficit zéro, qui n'a pourtant que très peu de résonance sur l'amélioration de la qualité des services publics (tout le contraire, en fait, si on mesure ses effets néfastes dans le domaine des services de santé).
Cependant, les partis politiques déterminent rarement de manière précise et claire la nature exacte de leurs engagements de principe pour renouveler l'administration publique québécoise. Quels sont les ministères et organismes à regrouper ? Quels sont les services gouvernementaux à transférer au secteur privé ? Quelles sont les dépenses inutiles à éliminer ? Qui sont ces fonctionnaires «tablettés», et combien sont-ils ? Bien peu de réponses à ces questions ! Il en faudrait tout de même plus que l'éternel refrain du transfert au privé des services de buanderie et des cafétérias d'hôpitaux !
Des propositions concrètes et surtout une conscience éveillée et manifeste des importantes difficultés de l'entreprise sont nécessaires. Tout autre chose que la seule pensée magique du discours électoral !
Par exemple, l'élimination de la paperasse gouvernementale. En dénoncer le caractère abusif et tatillon est chose facile. Dire, cependant, comment on va la simplifier ou l'éliminer est beaucoup plus complexe. L'administration doit tout de même pouvoir vérifier si les exigences de la loi sont respectées afin d'éviter les abus, la fraude ou le gaspillage. Il y a certainement moyen d'améliorer la situation, mais encore faut-il y mettre les efforts et la rigueur nécessaires, beaucoup plus, en fait, que les seuls voeux pieux du discours. Yves Séguin, ancien ministre du Revenu, a en son temps réussi à simplifier radicalement les formulaires de déclaration de revenu. Alors, oui, on peut agir.
Autre exemple des difficultés du renouveau de l'organisation étatique : la décentralisation vers les régions. Le sommet sur les régions a renforcé les convictions de tous pour une plus grande autonomie régionale. Les partis politiques s'y engagent avec éloquence. Reste cependant à choisir les services qui seront transférés en région, la méthode suivie (le «mur à mur» ou «à la carte»), les budgets alloués, les mécanismes de contrôle, la désignation des autorités... Toute une entreprise ! Aussi, petits problèmes additionnels dont on parle bien peu, plus de services gouvernementaux en région, c'est moins de services dans la «capitale nationale», déjà très éprouvée par la force d'attraction de Montréal. Tout un débat avec le maire de Québec !
Les fonctionnaires et leurs familles doivent accepter de quitter Québec pour aller travailler et vivre à Alma, Mont-Joli ou Val-d'Or. Tout un changement de vie ! Les médecins se précipitent pour aller en région, n'est-ce pas ? Dans les années 70, le simple transfert de l'Institut maritime de Québec à Rimouski a été une véritable épopée !
Par d'ailleurs, que doit-on comprendre de cette ambition d'alléger le poids de l'État et de la fonction publique quand, à chaque jour de la campagne électorale, on annonce de nouveaux programmes gouvernementaux et qu'on s'engage en même temps à accroître le personnel d'encadrement dans les écoles, le nombre d'enseignants, celui des professionnels et techniciens de la santé, celui des préposés aux personnes en difficulté...
Paradoxe singulier qui met peut-être simplement en relief la nécessité d'avoir l'obsession de l'efficacité de l'État pour dégager les marges nécessaires à la satisfaction des nouveaux besoins de la société !
Le prochain président du Conseil du trésor qui aura la responsabilité de traduire, dans le concret des choses, les ambitions du renouvellement de l'administration publique sera donc bien occupé. On le verra bien peu souvent chez Le grand blond avec un show sournois ou à Infoman !
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Élection 2003 - bourdes
ADQ
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Mario Dumont laisse planer le doute sur ses convictions nationalistes
KARINE FORTIN
PC - 28 mars 2003
MONTREAL (PC) - Même si ses adversaires le pressent de faire son lit, le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, persiste à laisser planer le doute sur ses convictions nationalistes.
Aux journalistes qui le suivent en campagne, le politicien répond immanquablement qu'il se définit comme Québécois, tout simplement, et que les vieilles étiquettes "souverainistes ou fédéralistes" ne collent plus à la réalité.
Il en a remis vendredi soir, au Grand Journal du réseau de télévision TQS: "Fédéraliste, souverainiste, c'est des vieilles étiquettes. C'est des étiquettes finies ça-là" a-t-il déclaré en réponse à l'animateur Jean-Luc Mongrain. On est Québécois, on vit dans le Québec pis on veut que ça marche."
Sa réponse sybilline lui a valu d'être comparé par l'animateur au personnage principal du film "Elvis Gratton", qui se dit - tour à tour et dans le désordre- "Québécois", "Canadien", "nationaliste" et "francophone d'Amérique".
Sans se démonter, M. Dumont a promis de ne pas tenir de référendum et suggéré à ceux qui souhaitent poursuivre le débat sur l'avenir constitutionnel du Québec de voter pour le Parti québécois ou le Parti libéral, pour qui cet enjeu demeure fondamental.
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