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Quand Charest vote PQ
Michel Venne
LE DEVOIR - 31 mars 2003
La présente campagne électorale a le mérite de faire apparaître des différences philosophiques claires entre les deux partis susceptibles de former le gouvernement. PQ et PLQ sont aux antipodes sur la question nationale et sur la priorité à accorder aux baisses d'impôts dans les prochaines années. De plus, le PQ croit dans l'intervention ordonnée de l'État pour développer l'économie tandis que les candidats du Parti libéral n'y croient guère, bien que, lorsqu'ils ont exercé le pouvoir, ils s'y soient résignés.
À elles seules, ces trois distinctions déterminent déjà l'allégeance partisane du plus grand nombre des électeurs. La classification proposée par le magazine L'actualité illustre d'ailleurs assez bien ce fait. D'autres feront leur choix en fonction de la personnalité des chefs et, dans une moindre mesure, des candidats locaux. La question de confiance est ainsi posée. À cet égard, le débat télévisé de ce soir est important.
L'autre axe déterminant pour le choix du prochain gouvernement est la capacité des partis politiques de bien comprendre les nouveaux enjeux auxquels le Québec d'aujourd'hui est confronté et de proposer les politiques appropriées.
À ce sujet, l'ADQ s'est disqualifiée en suggérant des ruptures radicales et improvisées. Le Parti québécois a, pour sa part, été l'architecte de changements majeurs au cours des huit dernières années et il énonce, dans son programme électoral, sa volonté de poursuivre dans cette voie. Quant au Parti libéral, il se présente devant l'électorat comme un gestionnaire plus compétent que le Parti québécois mais en offrant un nombre limité de voies innovatrices pour répondre aux besoins changeants de la société québécoise.
L'une des conséquences de cette posture électorale de PLQ mise essentiellement sur la règle de l'alternance), est que Jean Charest appuie implicitement ou explicitement plusieurs politiques structurantes adoptées ou proposées par son principal rival. Sur plusieurs sujets, M. Charest vote donc pour le Parti québécois.
Àu cours de la dernière semaine, il était amusant de voir le PLQ soumettre des solutions déjà mises en oeuvre ou annoncées par le PQ :
- la décentralisation à la carte et le partage des redevances sur les ressources naturelles pour les régions, deux idées sorties tout droit du Rendez-vous national des régions organisé par le gouvernement l'automne dernier;
- un réinvestissement de 240 millions dans les universités et le gel, pour la durée du prochain mandat, des droits de scolarité universitaires;
- la collaboration avec les autres provinces pour dénoncer le déséquilibre fiscal avec le fédéral, une priorité du gouvernement du Parti québécois qui a créé la commission Séguin en 2000 et formé un front commun avec les autres provinces.
Au-delà de l'anecdote, le Parti libéral promet de reconduire des politiques initiées par le gouvernement du Parti québécois, ce qui revient à reconnaître leur bien-fondé :
- l'équilibre budgétaire (déficit zéro);
- le réinvestissement dans la santé de PLQ propose d'augmenter les budgets de 5,1 % par année; dans son dernier budget, Pauline Marois a annoncé une hausse de 6 % pour l'année qui vient);
- le développement du réseau des centres de la petite enfance (garderies à 5 $);
- l'instauration d'un congé parental québécois;
- M. Charest appuie la Paix des braves, conclue avec les Cris de la baie James, et l'approche commune avec les Innus de la Côte-Nord et du Saguenay-Lac-Saint-Jean;
- il propose, comme M. Landry, un filet de sécurité sociale pour les créateurs;
- la relance des grands projets hydroélectriques, le développement de l'énergie éolienne et de l'exploration gazière;
- une enquête publique sur la gestion de la forêt;
- la réforme du mode de scrutin...
... pour ne mentionner que ceux-là.
À l'Assemblée nationale, au cours des prochains mois, les députés libéraux ont voté en faveur de :
- la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale;
- la nouvelle Loi sur les normes du travail;
- la loi sur l'union civile, permettant aux couples de même sexe de s'unir légalement;
- la loi péquiste obligeant un vote de l'Assemblée nationale sur tout projet d'accord de libre-échange.
Le PLQ n'ose même pas s'opposer aux fusions municipales. Cependant, il promet de rouvrir de vieilles plaies et de saboter le processus d'intégration amorcé à Montréal, à Longueuil et à Québec en laissant des intérêts locaux exiger des référendums. Il suggère aussi d'imposer l'enseignement de l'anglais en première année, autre pomme de discorde en perspective et de raviver le programme de petites centrales électriques sur les rivières du Québec, qu'artistes et écologistes avaient réussi à faire abolir.
En somme, sauf pour les baisses d'impôts que le PLQ veut poursuivre à raison d'un milliard par année pendant cinq ans de gouvernement péquiste avait cependant réduit les impôts des particuliers de 15 milliards ces cinq dernières années) et sur la question nationale, le PLQ suggère de continuer, pour l'essentiel, les politiques du PQ. Alors la question se pose sur l'ensemble de ces sujets : qui est le mieux placé pour mettre en oeuvre ces politiques, le parti qui les a conçues ou celui qui s'y est rallié après coup ?
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
vennem@fides.qc.ca.
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Irak
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L'autre discours de Toronto
Chantal Hébert
LE DEVOIR - 31 mars 2003
Sondeur attitré du Parti libéral du Canada, Michael Marzolini a vu neiger. Peu de temps après l'arrivée au pouvoir de Jean Chrétien, il avait été parmi les premiers à noter l'apparition de la santé sur l'écran-radar de l'opinion publique. Après le fiasco référendaire de 1995, sa lecture des sentiments contradictoires des électeurs avait fait partie des éléments qui avaient permis à Jean Chrétien de naviguer à vue jusqu'à la réélection d'un gouvernement majoritaire libéral moins de deux ans plus tard.
Tout cela pour dire que quand M. Marzolini affirme, comme il l'a fait il y a quelques jours dans un discours à Toronto, que le débat sur la guerre en Irak s'annonce comme le plus déchirant de l'histoire moderne du Canada, il faut s'y intéresser et sans doute davantage qu'à l'autre discours de guerre prononcé dans la même ville, c'est-à-dire l'allocution remarquée de l'ambassadeur américain Paul Cellucci. L'un n'est d'ailleurs pas étranger à l'autre.
Les interventions américaines dans les affaires internes du Canada sont toujours matière à controverse. Elles ont également toujours de l'impact. Pour ces deux raisons, elles ne surviennent que quand le jeu en vaut vraiment la chandelle pour l'administration en place.
À l'occasion du référendum de 1995, la Maison-Blanche s'était laissé convaincre qu'une intervention du président Bill Clinton pourrait faire la différence entre un Oui et un Non à la souveraineté. Par la suite, des sources américaines avaient laissé filtré des données montrant que l'opinion du président avait été un facteur dans le vote de plusieurs Québécois.
L'intervention de l'ambassadeur Cellucci ciblait davantage l'opinion du reste du Canada. Tout indique qu'elle a fait mouche. Dans sa foulée, l'appui à la position canadienne sur l'Irak a fondu de 10 points. Les données de M. Marzolini confirment que l'ambassadeur était certain de toucher un nerf sensible.
Selon le sondeur libéral, la question irakienne est susceptible de diviser davantage le Canada que la conscription, le traité canado-américain de libre-échange et le débat constitutionnel. C'est une méga-bombe à retardement politique.
En principe, les données rendues publiques par M. Marzolini à Toronto n'avaient pas été commandées par son client fédéral. Mais on peut présumer qu'il les avait partagées avec le gouvernement Chrétien. Quand le premier ministre a fait son nid sur l'Irak, il a choisi entre deux maux assurés de diviser le Canada sans pouvoir savoir lequel serait finalement le moindre.
Si Jean Chrétien avait dit oui à la guerre, il aurait eu tout le Québec sur le dos en pleine campagne électorale; le NPD aurait mené une bataille sans relâche aux libéraux dans leurs bastions urbains de l'Ontario et de la Colombie-Britannique; le caucus et le cabinet fédéral auraient peut-être éclaté. Le Canada se serait également engagé sur une pente savonneuse qui l'aurait potentiellement amené à devoir répondre présent à chaque appel aux armes de son voisin américain.
En disant non, le gouvernement Chrétien s'est attiré la colère de Bay Street et les foudres de l'administration américaine. Deux premiers ministres conservateurs -- Ralph Klein en Alberta et Ernie Eves en Ontario -- ont fait le geste inusité d'écrire directement à l'ambassade américaine pour désavouer la position fédérale. On a parlé ouvertement de séparatisme aux assises des conservateurs de l'Alberta ce week-end.
Doublement préoccupé par la campagne électorale et le spectacle quotidien de la guerre, le Québec a largement échappé au débat qui déchire l'opinion canadienne. Il ne perd néanmoins rien pour attendre. Alors que l'opposition à la guerre s'effrite partout ailleurs, elle demeure solide en sol québécois. Aujourd'hui, le Québec est responsable de ce qu'une majorité mathématique de Canadiens appuient encore la position fédérale.
À l'époque du traité canado-américain de libre-échange, la gauche canadienne en avait beaucoup voulu au Québec d'avoir fait pencher la balance des élections de 1988 en faveur des parrains de l'initiative. Ce sentiment s'était traduit par la passivité hostile de plusieurs intellectuels et autres ténors de gauche pendant l'agonie des accords du lac Meech.
Cette fois-ci, c'est la droite canadienne qui est sur le sentier de la guerre. Au cours des dernières semaines, des commentateurs ont écrit que le désir du premier ministre de faire plaisir au Québec avait jeté la honte sur le Canada. S'il faut en croire la teneur de la pluie de courriels qui s'abat sur les commentateurs qui montent au front de l'opinion anglophone, on assiste à la naissance d'un ressac anti-québécois comme on n'en avait pas vu depuis le référendum.
Jusqu'à présent, les politiciens fédéraux avaient éviter d'alimenter ce ressac. À cet égard, le comportement de l'Alliance canadienne, tout au moins sur la colline parlementaire, a été largement irréprochable. On ne peut pas en dire autant des conservateurs. La semaine dernière, Joe Clark a accusé Jean Chrétien d'avoir voulu «apaiser» le Québec en refusant d'aller en guerre. Comme si les Québécois n'étaient pas canadiens au même titre les autres quand ils avancent une opinion. Cette intervention, incendiaire dans les circonstances, a indigné ses homologues libéraux. Devant son caucus la semaine dernière, Jean Chrétien a dénoncé ces propos.
Ils sont bel et bien indignes d'un ancien premier ministre et d'un chef qui s'est toujours targué de diriger un parti plus inclusif du Québec que sa concurrence allianciste. Mais surtout, les paroles écervelées de Joe Clark sont symptomatiques d'un immense malaise canadien qui ne risque d'aller qu'en s'intensifiant plus la guerre se prolongera.
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
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élection 2003
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Scène politique québécoise - La décentralisation est l'une des idées les plus réactionnaires de l'heureL'essentiel, qui touche au bien commun, a besoin d'une direction d'ensemble
Louis Cornellier Professeur au Cégep de Joliette et chroniqueur au Devoir
LE DEVOIR - 31 mars 2003
Après les «baisses d'impôt», slogan populiste qui camoufle une idéologie néolibérale derrière une façade pro-monde ordinaire et dont on commence à peine à comprendre les effets pervers, voici venu le temps d'un nouveau cri de ralliement tout aussi profondément démagogique: la décentralisation et le pouvoir aux régions.
La semaine dernière, Mario Dumont, spécialiste en la matière, résumait bien cette nouvelle mode destinée à séduire le citoyen qui se sent dépossédé du pouvoir : «Lorsqu'on fera confiance aux régions, qu'on laissera les gens au niveau régional s'occuper de leurs affaires, les arbitrages vont se faire par des mécanismes assez naturels» de Devoir, 28 mars 2003). C'était, donc, Dumont, mais cela aurait tout aussi bien pu être Landry ou Charest, tant ce refrain semble faire consensus dans la classe politique. Personne, à droite comme à gauche, ne conteste cette idée d'un partage des pouvoirs revu et corrigé au bénéfice des instances régionales. Il s'agit, pourtant, de l'une des idées les plus réactionnaires de l'heure sur la scène politique québécoise.
À qui, en effet, profiterait cette décentralisation sinon à de petits roitelets de province qui auraient alors le champ libre pour exercer leur arbitraire en toute bonne conscience et au mépris le plus absolu de la cohésion sociale et nationale ? «Des mécanismes assez naturels», affirme Dumont. «Naturels» comme dans «loi de la jungle», faudrait-il ajouter.
Profondes iniquités régionales
Dans plusieurs écoles du Québec, on voit déjà les résultats de cet embryon de décentralisation qui s'exprime au sein des conseils d'établissement. Des parents et des administrateurs, parfois même des enseignants, souvent de bonne foi mais peu au fait des enjeux sociaux liés à l'organisation du système scolaire, tentent de se construire localement des petits projets particuliers au gré des tendances et en fonction, bien souvent, d'intérêts égoïstes. On décide ainsi, par exemple, de privilégier, autant que faire se peut, l'anglais au détriment des arts et de l'éducation physique ou encore de transformer les cours de sciences humaines en ateliers d'informatique. C'est pour mieux préparer les jeunes au marché du travail, à la vraie vie, dit-on, sans se rendre compte des effets nocifs d'une telle conception utilitaire de l'éducation.
Imaginez, alors, que la gestion des programmes scolaires dans leur ensemble soit laissée à la discrétion d'intervenants locaux, soumis à des contraintes minimales. À quoi assisterait-on ? Au développement de profondes iniquités régionales dont souffriraient, premièrement, les écoliers qui auraient la malchance de se retrouver dans des établissements aux projets réducteurs voire farfelus et, deuxièmement, l'avenir de la nation, abandonnée aux aléas de l'anarchie scolaire.
La justice sociale et l'égalité des chances exigent pourtant une cohésion nationale en ce qui a trait aux services scolaires. Complexe, la gestion des programmes pédagogiques et de la vie à l'école ne saurait être laissée à des intervenants amateurs et sujets, comme les parents dans ce cas, aux conflits d'intérêts.
C'est, contrairement à ce que l'on affirme de plus en plus, la centralisation qui a permis à l'école québécoise de s'élever à la hauteur des exigences d'une société moderne et qui a donné une valeur aux diplômes québécois. Soumettre cette école à des «arbitrages naturels» au niveau régional équivaudrait à un désastreux retour en arrière.
Relativisme gestionnaire
Sur la base de ce premier exemple, quelques extrapolations sont possibles. Souhaite-t-on un système de santé dont les objectifs et la gestion seraient définis localement ? Mais par qui, alors, et au prix de quel éclatement social une fois encore ? Ce qui est prioritaire ici ne le serait pas là ? Ce relativisme gestionnaire est porteur d'un arbitraire qui nous ramènerait, et là c'est le cas de le dire, aux pires années du duplessisme.
Maintenant, en qui a trait à la gestion des programmes d'aide sociale et au financement des groupes communautaires, a-t-on pensé aux situations d'humiliation et aux risques de patronage qu'engendrerait leur décentralisation ? La distribution bureaucratique des chèques de BS, quand on y pense, est une victoire de l'humanisme sur le paternalisme et les arbitrages nationaux placent les groupes communautaires à l'abri du favoritisme politicien quant à leur financement. Je n'aimerais pas, en effet, avoir à me retrouver devant un maire de village pour toucher mon chèque d'aide sociale ou devoir subir une entrevue avec un conseiller de province afin de le convaincre de financer mon groupe de défense environnementale.
La centralisation, bien sûr, a ses limites, ses lourdeurs, ses irritants, est parfois sans visage quand on lui en souhaiterait un, mais, sans elle, le Québec moderne redeviendrait un amas de villages western désorganisé dans lequel, comme à l'ancienne, les plus démunis devraient se traîner aux pieds des seigneurs locaux pour réclamer leur pitance.
L'accessoire se décentralise. L'essentiel, qui touche au bien commun, a besoin d'une direction d'ensemble, démocratiquement établie et sujette à des révisions nationales.
louiscornellier@parroinfo.net
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élection 2003
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Prisonnier des défusions
Bernard Descôteaux
LE DEVOIR - 31 mars 2003
Éditorial - Jean Charest est prisonnier. Prisonnier de sa position sur les défusions qu'il maintient contre toute logique, comme le lui rappellent les uns après les autres les maires des villes nées des fusions. Osera-t-il se libérer d'un engagement qui risque de lui coûter la victoire le 14 avril prochain?
Au moment où le Parti libéral adoptait cet engagement de permettre la tenue de référendums dans les territoires des villes fusionnées, M. Charest croyait pouvoir capitaliser sur le sentiment antifusions qui, à cette époque, était vigoureux. Or, les fusions ne furent pas l'enfer promis. Si tous ne sont pas satisfaits, la grande majorité des Québécois s'accommodent plutôt bien de la situation et ils ne veulent pas revenir en arrière.
Les partisans des défusions sont des gens qui n'ont pas encore surmonté leurs frustrations. Ils croient avoir été floués par un processus à leurs yeux antidémocratique. On ne sait trop si ce qu'ils veulent est retrouver leurs droits ou avoir une revanche. Malheureusement, en persistant à promettre la tenue de référendums, M. Charest alimente un mouvement de contestation qui est, malgré les apparences, antidémocratique.
La prémisse sur laquelle repose la politique libérale sur les défusions est le caractère antidémocratique de cette réforme. Selon le PLQ, il appartenait aux citoyens des villes visées par le processus d'intégration d'accepter. Disant cela, on nie par ailleurs le droit fondamental de la collectivité québécoise de choisir le modèle de développement urbain qui lui semble être le plus approprié. Les tribunaux ont rappelé aux opposants aux fusions, deux fois plutôt qu'une, qu'il en était ainsi car les municipalités sont des créatures provinciales.
Engager un processus de défusion aurait des effets pervers multiples. Certains se font déjà sentir comme à Montréal où la stabilité de l'administration du maire Gérald Tremblay est ébranlée par la démission de trois conseillers devenus indépendants pour retrouver leur liberté d'oeuvrer à la défusion de Pointe-Claire. Les maires des villes fusionnées, peu importe leur allégeance politique, voient déjà poindre la paralysie qu'entraînera sur le développement des nouvelles villes la promesse libérale. Le maire de Val d'Or, Fernand Trahan, soulignait jeudi que l'incertitude créée rendrait impossible une saine gestion de sa ville. On imaginera facilement l'effet que cela aura à Montréal où, plutôt que de travailler à construire un pôle économique fort, on débattra avec Westmount et Baie d'Urfé de la gestion des services de police et d'incendie.
Dans ce débat, les libéraux ont tout faux. Ils se méprennent tout particulièrement sur le sens même du sentiment d'opposition aux fusions. L'ex-maire de Westmount, Peter Trent, n'est pas représentatif des insatisfactions qui demeurent un an après les fusions. Une plus grande autonomie accordée aux arrondissements à Montréal résoudrait tous les problèmes. On ne peut que se demander pourquoi Jean Charest s'entête à maintenir une promesse qui heurte une très large majorité d'électeurs.
En réitérant constamment sa position sur les défusions, le chef libéral a lui-même construit la prison d'où il semble incapable de s'échapper. Pourtant, il en possède la clé. Il lui suffirait de transformer son engagement sur les référendums en une promesse d'étudier une nouvelle répartition des pouvoirs entres les nouvelles villes et leurs arrondissements. Ce faisant, il nous montrerait qu'il n'entend être prisonnier d'aucun lobby, non plus de ses erreurs.
bdescoteaux@ledevoir.ca
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élection 2003
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Le Super Bowl de la campagne? En réalité, le match de championnat sera livré le 14 avril
DANIEL JOHNSON L'auteur a été chef du Parti libéral du Québec (1993-1998) et premier ministre du Québec (1994). Il est avocat-conseil chez McCarthy Tétrault.
La Presse - 31 mars 2003
DEPUIS PLUS de quarante ans, la plupart des campagnes électorales nord-américaines comportent le passage obligé des chefs à une épreuve du feu : le débat télévisé. Au Québec, même s'il fallut patienter jusqu'en 1994 pour reprendre ce qui était bien établi ailleurs et n'avait été pratiqué ici qu'en 1962, le débat des chefs dont nous serons témoins en soirée s'inscrit très certainement dans ce qui sera désormais une habitude.
Les médias présentent généralement un événement comme celui de ce soir comme un grand moment pour la démocratie, qu'on dit essentiel pour mieux éclairer le citoyen avant l'exercice de son droit de vote. Ils en rapporteront sans doute tous les détails (mais on nous a fait grâce cette fois-ci du «débat sur le débat»), un peu à la manière des journalistes sportifs qui font leur compte rendu du lundi matin. Trop souvent, on crée des attentes d'un niveau et d'une intensité très élevés, comme si un débat en direct de deux heures à deux, trois et quatre participants pouvait révéler de manière éclatante la capacité de gouverner des chefs en présence.
Des limites
Pourtant, les limites imposées par le format habituel (nombre de plages, temps alloué, séquence et alternance, etc.) imposent une logique qui ne respecte pas la variété des styles de campagne ou des personnalités des candidats. Songeons aussi que les temps soi-disant forts et soulignés d'un échange aussi contraignant sont un bien pauvre «indicateur avancé» du résultat électoral ou de la capacité de gouverner. À preuve, les quelques secondes de silence médusé et compréhensible de Gérald Tremblay devant les propos de Pierre Bourque en 2001, que certains commentateurs ont caricaturé (encore à ce jour) comme l'épisode central du débat, ne l'ont pas empêché de devenir maire de Montréal et de gouverner avec compétence et dévouement.
Dans le pire des cas, c'est un peu, beaucoup, comme si le débat était devenu le Super Bowl, l'événement numéro un de la campagne, pour ne pas dire LA campagne. Pourtant, le match de championnat sera livré le 14 avril, et celui de ce soir ressemble davantage, peut-être, à un match important mais non crucial d'une série 4 de 7! De toute façon, c'est la prochaine saison qui compte, et le débat ne peut jamais être une boule de cristal qui permet de prévoir précisement ce que seraient les quatre ou cinq prochaines années d'un nouveau gouvernement.
Mais la presse orchestre toujours un battage autour de cet événement. Ces jours derniers, un certain commentateur radiophonique négligeait les nouvelles électorales, et haussait franchement le ton en dénonçant bruyamment la «platitude» de la campagne, qui manquait selon lui de «clips» percutants, et en souhaitant que le débat «relance» la campagne. Concurremment, un bulletin de nouvelles télé rangeait, après l'Irak, les activités de Céline et René, et le risque et les probabilités d'embâcles printanières (annuelles et toujours locales), devant les reportages électoraux (quinquennaux et nationaux !). Si la guerre en Irak, avec ses horreurs quotidiennes et ses conséquences à long terme sur les relations internationales, est à raison tout en haut de la liste de nos préoccupations, la campagne électorale ne devrait pas pour autant être reléguée en queue de peloton par les médias.
L'impression qui se dégage pour moi de l'attitude des médias est que leur traitement de cette nouvelle impose aux campagnes qu'elles satisfassent la soif de nouveauté, et deviennent une série d'épisodes de «télé-réalité» marqués de déclarations accrocheuses ou percutantes et d'images aussi originales que mémorables. On risque ainsi d'homogénéiser les types de campagnes, qui ont pourtant toutes leurs caractéristiques propres en raison des différences et divergences normales entre les partis et les chefs, quant à ce qu'ils croient être les meilleures solutions pour le Québec. Ainsi, cette année, les promesses de continuité du PQ, l'appel au changement de l'ADQ, et les propositions de fond substantielles et nombreuses de l'équipe du PLQ qu'elle véhicule partout depuis des mois, ne se prêtent pas également aux mêmes modes de présentation et de diffusion. Or, on veut amener les candidats à obéir tant aux impératifs du marché du spectacle qu'aux exigences de renouvellement des canaux de nouvelles continues: dangereuse convergence! Cela est d'ailleurs inattendu et ironique à la fois, compte tenu que la plupart des chroniqueurs et autres artisans de la diffusion de l'actualité réclament aussi très haut un débat d'idées centré sur les programmes!
Une place de choix
Mais tout n'est pas noir, évidemment, et l'événement n'est pas dénué de toute pertinence ; et dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient, il occupera une place de choix inhabituelle tant pour les participants que pour les électeurs. Si on peut convenir que le débat n'est qu'une facette de la campagne, plus importante cette année, on peut aussi admettre que son importance peut varier selon l'intérêt des citoyens-télespectaieurs pour la chose publique : certains y accorderont un grand
poids si l'émission de ce soir est leur source principale, voire unique pour se renseigner, et ils souhaiteront entendre le plus grand nombre des présentations en direct et sans intermédiaire. Mais, malgré la noblesse de cet espoir, la formule encourage passablement la confrontation, que beaucoup de nos concitoyens déplorent. L'immense avantage qui subsiste est sans contredit l'occasion de présenter simplement, sans filtre et sans crainte de mise en contexte injuste, quelques idées maîtresses, illustrées de bons exemples, tout en répondant, une fois pour toutes, peuse-t-on, aux prétentions ou accusations des adversaires partisans, ou aux critiques des quelques analystes au stylo acéré !
Un ajout
C'est ce dernier aspect de cette prise en direct qui me suggère une alternative, ou plutôt un ajout, à la gamme des types de communications qui devraient s'offrir aux candidats, soit par les médias ou des organismes ayant le souci de rehausser la pratique de la démocratie.
En effet, si l'exercice même de la communication politique vise à présenter, convaincre, expliquer, répondre et justifier, seul le véritable dialogue avec le premier intéressé, c'est-à-dire le citoyen, mérite qu'on déploie quelques efforts pour le rendre accessible au plus grand nombre. C'est pour cette raison que j'ai toujours beaucoup aimé, et souvent pratiqué, la formule des assemblées locales, sur le modèle des «town hall meetings» de nos voisins de Nouvelle-Angleterre, que ce soit en studio ou dans la salle de l'hôtel de ville ou du cégep de l'endroit. L'organisation en est relativement simple, et le déroulement laisse finalement peu ou pas de place au dialogue de sourds, car si plusieurs des candidats s'y présentent... ils n'ont pas à échanger entre eux comme s'ils visaient à se convaincre les uns les autres, ou à perpétuer en campagne la période de questions orales !
Les citoyens posent alors des questions pour inviter les candidats à s'expliquer sur les aspects plus obscurs ou problématiques de leur bilan, ou les détails de leurs engagements, mais sans pour autant manifester par là leur opposition. En prime, on assiste à des échanges constructifs avec ceux et celles qui votent, paient des taxes et se demandent ce qu'on a fait ou fera avec leur argent. En bout de course, c'est ce que les Québécoises et les Québécois veulent savoir, et on peut souhaiter voir ce soir de tels élans des participants, lorsqu'ils s'adresseront directement à leurs concitoyens en faisant appel à leur appui.
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élection 2003
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Le PQ prend les devants Le débat des chefs s'annonce crucial pour Jean Charest
DENIS LESSARD
La Presse - 31 mars 2003
Parvenu à imposer ses thèmes dès le début de la campagne et désormais à l'abri des projecteurs à cause du conflit en Irak, le Parti québécois vogue vers la victoire - à moins que Jean Charest ne parvienne à clairement remporter le débat des chefs ce soir
C'est du moins ce qu'affirme Claude Gauthier, vice-président chez CROP, commentant les résultats du dernier sondage réalisé pour le compte de La Presse, du Soleil et du Globe and Mail de Toronto, auprès de 1001 personnes, du 21 ail 29 mars.
Avec une marge d'erreur de plus ou moins 3%, CROP observe que le PQ aurait récolté 36% des intentions de vote la semaine dernière, contre 30% au PLQ et 15% à l'ADQ. Une fois les 17% d'indécis répartis selon leur réponse à la question référendaire, le PQ prend les devants avec 42% des intentions de vote, trois points de plus que dans le précédent sondage, il y a deux semaines. Le PLQ reste au même niveau (39%) et l'ADQ de Mario Dumont descend de trois points, à 18%
Pour Claude Gauthier, de tels résultats ne laissent guère de place à l'interprétation : le PQ l'aurait emporté clairement si des élections avaient eu lieu cette semaine. «Les choses se précisent en faveur du Parti québécois», constate-t-il, ajoutant qu'avec la moitié de la campagne derrière lui, Jean Charest doit à tout prix marquer des points au débat s'il veut l'emporter le 14 avril.
Avec ses 18%, un peu plus seulement que les 12% récoltés en 1998, il est même possible que Mario Dumont revienne tout seul à l'Assemblée nationale, estime le spécialiste.
La remontée du PQ observée dans les intentions de vote se retrouve aussi dans la satisfaction à l'endroit du gouvernement Landry. Désormais, 53% des répondants sont «très ou plutôt» satisfaits du gouvernernent, cinq points de plus qu'au sondage effectué du 13 au 23 mars, et six points de plus qu'au début du mois.
Aussi, quand on leur demande quel parti selon eux va remporter les élections du 14 avril, 52% des répondants prédisent une victoire du PQ, 3% de plus que dans le précédent sondage. Les libéraux sont perçus comme gagnants par 23% des électeurs, 2% de moins qu'à la précédente lecture. Quant à l'ADQ, seulement 3% des personnes interrogées croient encore à ses chances.
En revanche, quand on leur demande s'ils vedulent «continuer avec le gouvernement», les Québécois sont en faveur d'un changement à 52%, contre 37% qui souhaitent voir le PQ reporté au pouvoir. La question laisse 11% des gens indécis. Dans la précédente enquête, du 13 au 23 mars, 50% des gens optaient pour le changement tandis que 35% choisissaient la continuité.
L'ADQ pique du nez chez les francophones
Quand on observe le vote francophone, qui scelle le résultat des élections dans une majorité de circonscriptions, on observe que le PQ a gagné 3%, passant à 43% des intentions de vote. L'ADQ a perdu autant, passant de 19 a 16%. Le PLQ est à peu près stable, perdant 1%, à 23%.
Une observation sur une plus longue période montre que le PQ est en constante progression chez les francophones depuis le début de l'année. Les libéraux eux aussi ont remonté, mais moins rapidement. C'est l'ADQ qui pique du nez, ses appuis chez les francophones ayant diminué de moitié depuis le début du mois de février.
Par région, dans l'île de Montreal, le PLQ domine toujours avec 39% des appuis, 1% de moins qu'il y a deux semaines. Le PQ perd aussi 1%, passant à 32%, tandis que l'ADQ en prend deux, à 11%.
Dans le «450», le nombre d'indécis a considérablement augmenté - on est passé de 16 à 23%. Le PLQ reste stable à 27% d'appuis, mais le PQ est en baisse sévère de 5% à 36%. L'ADQ, à 12%, perd 4%.
Dans la région de Québec, les libéraux gagnent 2% des intentions de vote à 29% ; les péquistes prennent 5% à 36% et l'ADQ perd 4%, passant à 22%.
Dans les régions, Bernard Landry a de 35 à 40% tandis que l'ADQ descend à 17%, une baisse de 4%, et que le PLQ reste au neutre à 26%.
L'ADQ est le parti dont l'appui reste le plus fragile: 49% des adéquistes disent qu'ils pourraient changer d'allégeance, contre 39% des libéraux et 38% des péquistes.
Ces adéquistes opteraient majoritairement pour le PQ s'ils changeaient de camp ; 49% de ceux qui n'ont pas définitivement arrêté leur choix disent qu'il pourraient aller au PQ contre 33% qui n'écartent pas l'idée de voter libéral.
Finalement, un électeur sur deux dit faire confiance aux sondages, tandis que 46% soutiennent n'accorder que peu ou pas du tout de crédibilité à ces enquêtes. Chez les sceptiques, on trouve 54% d'adéquistes. Les péquistes sont ceux qui, de loin, croient le plus aux sondages, à 59%.
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élection 2003
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Trois chefs, trois recettes
MARIO CLOUTIER
La Presse - 29 mars 2003
BERNARD Landry, Jean Charest et Mario Dumont ont rendez-vous dans votre salon ce soir, dès 20 h, à la télévision francophone. Mais aucun des trois chefs n'a potassé le même livre de recettes afin de se préparer à cette rencontre primordiale dans le cadre de la campagne électorale.
Les leaders du Parti québécois, du Parti libéral et de l'Action démocratique ont minimisé l'importance de ce duel télévisuel. Dans les faits, cependant, MM. Landry et Charest ont essayé d'écrire à l'avance le scénario de la bataille, allant de simulation en répétition, tandis que Mario Dumont a accouché de quelques répliques en groupe restreint.
Les négociations préalables au débat entre les trois formations se sont passées sans heurts pour se conclure au bout de quatre rencontres. Mis à part une étincelle sur le thème de la santé, les représentants des trois partis se sont rapidement reportés sur la formule de 1998, qui opposait aussi trois chefs.
La santé ne sera pas abordée dans la première demi-heure du débat de 107 minutes, au grand dam des libéraux. Pour le négociateur libéral, Pierre Pilote, l'ordre du jour proposé au début par le Parti québécois «réduisait beaucoup l'importance de la santé».
Conseiller du premier ministre Landry, Denis Hardy s'insurge. Le PQ, dit-il, proposait de parler des «missions sociales», mais «les libéraux voulaient absolument le mot santé, c'est un peu futile parce que de toute façon on va parler de la même chose».
En fin de semaine, le moins expérimenté des trois débatteurs, le chef du Parti québécois, Bernard Landry, a donc tenu deux répétitions en compagnie de plusieurs conseillers, notamment les communicateurs Jacques Wilkins et Hubert Bolduc, sa directrice de cabinet, Brigitte Pelletier, le sondeur Richard Nadeau et les stratèges économiques Denis Hardy et Fredéric Alberro.
«On va être en désavantage numérique pendant deux heures, on va s'arranger pour faire quelques offensives. L'idée est qu'il reste calme, qu'il continue sur la lancée du «restons forts», explique M. Wilkins.
Quelques heures avant le débat, une répétition générale en temps réel a été organisée chez M. Landry, à Verchères, avec questions, réponses et auditoire, un participant jouant le rôle de Mario Dumont et un autre, celui de Jean Charest.
Pendant ce temps, le vrai chef du Parti libéral n'a rien laissé au hasard. L'organisation libérale a commencé à astiquer ses armes quelques jours après le déclenchement des élections. Dès le 16 mars, a appris La Presse, à peine sorti du défilé de la Saint-Patrick, Jean Charest a participé à une réunion préparatoire pendant laquelle on a simulé un débat.
Un comité restreint s'occupe depuis ce temps de la préparation du chef. Son rédacteur, Patrice Servant, notamment, a préparé quelques interventions qu'on espère décisives, tandis que des conseillers s'affairent à approfondir les dossiers qui seront abordés ce soir.
Le chef libéral s'attend à être la cible des deux autres chefs. Se devant d'être prêt et reposé, il est le seul à s'être accordé une retraite complète de 48 heures.
La stratégie libérale peut se résumer en deux mots : santé et naturel. Le premier est un thème récurrent sur lequel misent les libéraux depuis 1998. Quant au second, on estime que Jean Charest est à son mieux quand il laisse voir son empathie et son sens de l'humour.
Le président du PLQ, Marc-André Blanchard, croit cependant que le débat ne changera pas l'issue de la campagne: «Mario Dumont, le roi du clip, a besoin d'un knockout pour gagner, et Bernard Landry, le politicien aguerri, a comme cible Jean Charest, dit-il. Il faut que M. Charest arrive de façon sereine, frais et reposé, prêt à communiquer avec les Québécois.»
Quant à Mario Dumont, en homme simple qu'il dit être, il ne croit pas au «cinéma» auquel se sont pliés ses adversaires dans les derniers jours. «La meilleure préparation que j'ai eue pour le débat, c'est que depuis le début de la campagne, j'ai été avec les gens. Je les ai écoutés», a affirmé le chef de l'ADQ, seul à avoir tenu une conférence de presse hier.
M. Dumont s'est réuni au cours des derniers jours avec ses collègues habituels, dont Jean-Luc Benoit et Éric Montigny, spécialiste des répliques «punchées», et le producteur du groupe musical Mixmania, André Lauzon, partisan de la spontanéité et du naturel. «La formule de débat met en évidence les contenus, ce n'est pas un débat spectacle, observe ce dernier. M. Dumont avait, en 1998, marqué des points avec des questions surprenantes à Lucien Bouchard, sur le suicide chez les jeunes.»
De son côté, le chef adequiste ne cache pas qu'il parle beaucoup à sa conjointe, Marie-Claude Barrette. «Elle n'est pas des rencontres secondaires, mais des rencontres importantes sur l'oreiller, là où l'on décide les vraies choses», a-t-il lancé en riant.
Pour le débat, il dit préférer l'habit d'enseignant à celui de boxeur. Le chef de l'ADQ veut expliquer aux auditeurs la «vision» de son parti sur l'avenir du Québec.
Avec la collaboration de Denis Lesssard et Karim Benessaieh
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élection 2003
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Assez de chiffres!Ce qui compte, c'est moins la bataille de chiffres que la bataille de philosophies.
André Pratte
La Presse - 31 mars 2003
Éditorial - Le Parti québécois affirme que le cadre financier des libéraux n'est pas crédible: le PLQ réplique que les péquistes ont fait bien plus de promesses que ce qu'ils pourront payer. Qui a raison dans cette bataille de chiffres ?
Le PQ estime que les prévisions de croissance économique des libéraux sont excessives parce qu'elles
sont supérieures à celles du Conférence Board. Ces dernières, pourtant, paraissent particulièrement pessimistes. De toute façon, Pauline Marois est mal placée pour accuser les libéraux de voir l'avenir en rose, alors qu'elle-même, dans son dernier budget, a adopté des prévisions supérieures à celles des économistes du secteur privé.
Le Parti québécois a annoncé plusieurs nouvelles dépenses ou augmentations de dépenses depuis
le début de sa campagne. Les montants ne sont pas très élevés, mais on peut légitimement se demander où le gouvernement ira chercher l'argent, alors même que pour équilibrer les finances publiques l'an prochain il a dû prévoir des compressions non identifiées de 500 millions.
Un gouvernement libéral, pour sa part, ferait face à deux difficultés. D'une part, le cadre financier dit programme du PLQ prévoit que le service de la dette reste stable, à 7,7 milliards. Compte tenir de la probabilité d'une hausse des taux d'intérêt, cela semble imprudent. Déjà, pour 2004-5, le budget de Mme Marris prévoit un service de la dette de 8,2 milliards. Du coup, la marge de manoeuvre identifiée par les libéraux n'existe plus.
En outre les libéraux promettent de geler l'ensemble des dépenses du gouvernement, outre la santé et l'éducation. Cela signifie des compressions de 300 millions par année. Ce défi-là est colossal, d'autant plus que le PLQ prévoit des hausses de dépenses pour compléter le programme de garderies à 5 $. Les autres ministères vivraient assurément des années très difficiles.
Les équilibres financiers du programme adéquiste, enfin, reposent sur des hypothèses beaucoup trop optimistes quant à l'effet des compressions de dépenses et de la simplification du système fiscal. Dès l'an prochain, ces mesures devraient dégager près de 2 milliards, ce qui ne nous paraît pas réaliste.
Les prévisions financières des trois partis sont probablement trop optimistes. Les risques d'une récession au cours des quatre ou cinq prochaines années sont grands, en quel cas ces beaux exercices comptables s'effondreraient comme des châteaux de cartes. Admettons donc d'emblée que, quel que soit le parti qui formera le prochain gouvernement, il ne pourra réaliser l'ensemble de ses engagements.
Ce qui compte, par conséquent, c'est moins la bataille de chiffres que la bataille de philosophies. Même si le cadre financier du parti élu ne tient pas la route, ce parti restera guidé par les priorités qu'il a identifiées.
Au chapitre budgétaire, les choses sont claires. Le Parti québécois consacrera chaque dollar de sa marge de manoeuvre au développement de nouveaux programmes, en particulier pour la famille. Le Parti libéral investira tout ce qu'il peut en santé, tout en diminuant les impôts, s'il en est capable. L'ADQ sabrera partout dans l'espoir de pouvoir réduire la dette du gouvernement.
Nouveaux programmes, baisses d'impôt ou réduction de la dette? En ce qui a trait aux finances publiques, c'est le choix qui se présente aux Québécois le 14 avril.
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Élection 2003
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This not the time for Liberal leader Charest to be subtle
The Montréal Gazette March 31, 2003
In one sense, a televised leaders' debate is the most sterile and scripted of the entire campaign, sound bites and pointed fingers in search of defining moments. In another sense, however, a leaders' debate is a uniquely important moment in the campaign because it is the one occasion on which most voters are paying attention, and which gives all leaders the same standing on a level playing field.
So here we are at the leaders' debate in the campaign of 2003. Today marks the end of the phony war in the campaign, in the middle of the real war that has practically knocked the election off the air.
For Mario Dumont, the debate is his last chance to reverse his slide, grow his voting intention back to 20 per cent and at least create a semblance of a three-way race.
Bernard Landry and Jean Charest, however, have every interest in keeping it the two-way race it has become, rather than the three-way contest predicted at the outset of the campaign. Polarization works for both of them, Landry as he tries to hold sovereignty voters without talking about sovereignty, and Charest as he tries to force the issue of change among the five per cent of francophone voters who hold the key to this election.
It's no time to be subtle. Charest's message is simple: ''If you want a change of government, and 62 per cent of you say you do, il faut voter Libéral. Period.''
On health care, Charest has been called a one-trick pony. But give any leader ownership of an issue that 62 per cent of voters call the most important in the campaign, and he will run with it.
Nor is it time for either Charest or Dumont to be subtle in attacking the Parti Québécois on both the spending choices it has made, and the ones Landry has proposed in the campaign.
Landry gives $170 million in free office space to IBM, and puts thousands of health-care workers on the street. He gives $1 billion to Alcoa, a U.S. $40-billion-a-year corporation, but says he can't afford to cut taxes until 2010. Maybe Quebecers should get themselves on the Dow-30 list like IBM and Alcoa.
Landry has to hide on health care, unless you believe that the guys who created the crisis are the ones to solve it. But he has got a surprising amount of traction by making his campaign about family and quality of life with promises of a four-day work week for parents with children under the age of 12 and three-weeks vacation for entry level workers. But he clearly invited ridicule last week when he suggested subsidized holidays in Quebec. Are there frequent flyer points with that?
The PQ has also been scoring on the non-issue of municipal mergers, making it about Westmount and Beaconsfield. Les anglais, yes, sir.
He even stooped to mention in Charest's own riding of Sherbrooke that the Liberal leader is a resident of Westmount, ''he has to live with that.'' It was a truly despicable comment, and Charest allowed him to get away with it, suggesting yet again the lack of a killer instinct.
Neither Charest nor Dumont should allow Landry to get away with his position on a referendum in a third mandate. Landry talks about sovereignty within 1,000 days, actually within 800, but won't say how he will achieve it because he refuses to be pinned down on a referendum. Here again, Charest must force the issue: if you don't want a referendum, there's only one way out, elect the Liberals.
Dumont was the first to propose a referendum moratorium, and so he has credentials on this issue. He might be the one to smoke Landry out on it tonight, but it's hard to see how he would be the main beneficiary when his polling numbers are in the teens. Sovereignty has been on the margins of the campaign until now, and Landry must hope that it will remain there.
The PQ has also taken a calculated risk in making the campaign entirely on Landry's popularity - from its posters to its media buy to the leader's tour. It has thus invited both Charest and Dumont to attack not his person, but his record.
As for Charest, still trailing significantly among francophone voters, the debate might be his last, best opportunity to define himself and his vision of Quebec. He must do that tonight.
Let the real campaign begin.
imacdonald@irpp.org
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Élection 2003
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Le quelqu'un, le quelconque et le quelquefois
Michel Vastel
Le Soleil lundi 31 mars 2003
Que peut changer un débat quand une majorité d'électeurs fait confiance à Bernard Landry et le trouve deux fois plus compétent que ses adversaires ? Beaucoup ! Seulement un Québécois sur trois se dit prêt à continuer avec lui, et une bonne majorité souhaite un changement de gouvernement. Jean Charest et Mario Dumont doivent donc convaincre qu'il y a mieux à faire que de choisir le moins pire...
Commençons par " le quelconque ", Jean Charest. On ne lui en veut pas. On ne l'aime pas non plus. Au mieux, il laisse indifférent. Au pire, il agace. Qu'il s'agisse de l'honnêteté, de la proximité avec les gens, de la sincérité, du leadership, il arrive bon dernier tout le temps. Oh bien sûr, il paraît plus compétent que Mario Dumont, mais deux fois moins que Bernard Landry. Quant à la confiance, le courant ne passe pas, surtout chez les francophones.
Ce soir, dès l'ouverture du débat télévisé, Jean Charest doit faire face à cette question du vote francophone. Il doit d'abord regarder la caméra : ce sont les Québécois qu'il doit convaincre, pas ses deux adversaires. Le temps d'un cri du coeur, il doit même les ignorer pour mieux accrocher l'attention de ceux qui le regardent. Et il devrait s'inspirer de Pierre Elliott Trudeau, eh oui ! Le 14 mai 1980, au Centre Paul-Sauvé, le premier ministre avait pris de front cette question de ses origines - sa mère, Grace Elliott, venait d'une vieille famille écossaise - qui rendaient les Québécois soupçonneux à son égard.
Jean Charest fait face au même problème. Sa mère, Rita Leonard, descend d'une vieille famille irlandaise et le prêtre de la paroisse St-Patrick de Sherbrooke, eut la malencontreuse idée d'inscrire " John " sur son baptistère. Comme Trudeau en 1980, ce soir, Charest doit lancer à la caméra : " Oui ! Leonard est le nom de ma mère. C'était le nom porté par ses ancêtres, arrivés au Canada il y a 170 ans. Mon nom est un nom du Québec... " Car tant que Charest n'aura pas établi le contact avec les Québécois francophones, il ne sera jamais premier ministre...
" Le quelqu'un ", pour Bernard Landry, ce n'est pas forcément un compliment ! Oh bien sûr, on le trouve compétent et on lui fait confiance pour diriger un gouvernement. Pour un homme qui a été si longtemps le second de chefs plus populaires que lui, il s'en tire plutôt bien. Il y a un an, on l'a oublié, seulement 28 % des Québécois lui faisaient confiance et, s'ils l'ont toujours trouvé compétent, ils ne lui trouvaient aucune autre qualité. Bernard Landry doit se souvenir que 63 % des électeurs ne désirent pas continuer avec lui...
Ce qui agace le plus chez lui, c'est qu'il a toujours raison. Et même quand nous sommes d'accord avec lui, il a une façon de nous dire : " Ah tu vois ! Je te l'avais bien dit... " qui rebute. L'électeur aime bien penser que c'est lui qui a convaincu ses chefs. Landry ne changeant jamais d'avis, il semble être né avec la vérité. D'ailleurs, encore aujourd'hui, trois citoyens sur quatre doutent de sa sincérité et le trouvent hautain. " Ar-ron-dis-sez-vo-tre-ton " monsieur Landry ! Faites-vous humble ! Juste le temps de ce débat télévisé...
Le premier ministre devrait parler aux Québécois comme il parle à Camille, sa petite fille, ou à Thérèse Granger, sa maman. Il devrait prendre l'air navré qu'il avait quand maman Granger le tenait responsable de ce qu'il n'y avait pas de médecin à Saint-Jacques-de-Montcalm, et qu'elle le grondait, brandissant un doigt sévère. Il n'en menait pas large alors... Ou quand il parle à l'adolescente qu'est maintenant Camille, il n'a pas ce ton paternaliste qu'il lui arrivait de prendre avec Julie, sa fille. Ah s'il pouvait mettre un peu de chaleur dans sa voix. Et que pour une fois, il ait l'air un peu moins chef et davantage homme...
J'ai choisi " le quelquefois " pour Mario Dumont, mais cela aurait pu être " l'autre tantôt ". Ah ce que les Québécois peuvent l'aimer ce Mario, en particulier ceux dont il pourrait être le fils, et ceux dont il ferait un bon copain. Ceux-là le tutoient d'ailleurs. Mais un premier ministre, ce n'est jamais un " fiston " ni un " chum ". C'est pour cela que si un grand nombre de Québécois lui faisait confiance l'été dernier, ils ne l'ont jamais vu en premier ministre car ils ne le considèrent pas compétent pour cela. Seulement honnête et sympathique, ce qui est déjà beaucoup !
On dit qu'il a trop louvoyé, reniant ses idées les plus radicales. C'est vrai qu'au plan des idées il ressemble de plus en plus aux libéraux et, tant qu'à faire, les Québécois ont tendance à choisir le vrai. Ce soir, Dumont doit retrouver l'audace de ses 30 ans, revenir à ses solutions à l'emporte-pièce et à ses projets les plus fous. On dira qu'il va se faire battre avec un tel comportement. La belle affaire ! Il est déjà battu...
Les Québécois tiennent à lui cependant. Avez-vous remarqué le nombre de gens qui lui disent : " La prochaine fois... " ? On veut qu'il apprenne encore un peu. Et quelle meilleure façon d'apprendre que de se faire le chien de garde du gouvernement ? Ce soir, Mario Dumont doit faire rêver les Québécois en leur promettant un gouvernement minoritaire dont il sera le gardien. Il lui faut seulement une dizaine de députés pour cela, et 20 % des suffrages exprimés. Il n'en est pas loin. Il lui suffit d'aller chercher la moitié de ceux qu'il a séduits, l'été dernier. Avec un discours révolutionnaire justement !
MVastel@lesoleil.com
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Élection 2003
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Fuite en avant
Jean-Marc Salvet
Le Soleil lundi 31 mars 2003
Éditorial - Reléguée au second plan par la guerre, la campagne électorale reprendra ses droits à l'occasion du traditionnel débat des chefs. À moins d'une monumentale bourde de l'un des protagonistes, la prestation télévisée de ce soir alimentera les conversations encore demain, mais guère plus. L'impression de monotonie regagnera assez rapidement une bonne partie des électeurs. Il n'en demeure pas moins - comme les experts et les profanes l'ont dit depuis un an - que cette élection comporte de vrais enjeux, qu'elle offre de vrais choix aux Québécois. La première moitié de la joute électorale l'a prouvé.
Rien ne l'illustre mieux que le rôle que le Parti québécois, le Parti libéral et l'Action démocratique réservent à l'État - ou, dans ces deux derniers cas, sur la façon de parvenir au changement (ce qui est tout aussi important).
L'" interventionnisme " n'est certainement pas le mal du siècle et a pu favoriser la croissance économique, mais la coupe est assurément pleine au Québec. Or, plutôt que de ralentir la marche en vue de négocier un virage harmonieux, le Parti québécois continue de filer à 150 km/h. Entre les subventions, les crédits d'impôt et la participation des sociétés d'État, le Québec est devenu le champion toutes catégories des mesures d'aide aux entreprises. Selon certaines évaluations, elles atteignent 3,3 milliards $ par année. Qui croit que ce genre d'interventions est synonyme de social-démocratie ?
Depuis le début de la campagne, on n'a pas entendu Bernard Landry parler de changements sur ce plan. Dans ce dossier, comme dans d'autres, on a plutôt l'impression d'une fuite en avant. Dans ce contexte, on ne sait plus trop où ira cette idée, lancée en décembre par Pauline Marois, de couper dans les mesures fiscales aux entreprises pour abaisser leur taux d'imposition. En l'état actuel des choses, ce projet paraît mort-né.
Parler de l'État, c'est aussi parler de sa taille. On peut donc se demander où sont passées les propositions de Joseph Facal jugées " fascinantes ", l'automne dernier encore, par le premier ministre. Au PQ, on n'a pas compris que le président du Conseil du Trésor voulait réconcilier la notion de gouvernement efficace avec certains idéaux sociaux-démocrates. On l'a vu comme un missionnaire de droite. Lui parti, on n'entend plus personne chez les péquistes pour mousser l'idée qu'il faut réduire et revoir le rôle de l'État.
Sur le fond, ce qu'on a appelé le " plan Facal " correspond toujours à une nécessité. On ne peut qu'être d'accord avec le projet d'éliminer des organismes publics, tant il est évident que plusieurs d'entre eux passent le plus clair de leur temps à justifier leur raison d'être.
Le PLQ et l'ADQ sont évidemment beaucoup plus déterminés dans leur volonté d'administrer un régime minceur à l'État et à ses fonctions. L'ADQ l'est probablement même beaucoup trop. La méthode qu'elle propose laisse entrevoir de dures et inutiles confrontations. Le discours qu'elle tient à l'égard des fonctionnaires n'augure en effet rien qui vaille. Car il ne faut pas se leurrer, la méthode choisie pour aller d'un point A à un point B est aussi importante que l'objectif poursuivi. Une vérité qu'on a souvent tendance à oublier.
À cet égard, le grand ménage promis par les libéraux est beaucoup plus digeste pour tout le monde. Vendredi, Jean Charest a réitéré que son approche ne serait pas " dogmatique ". Voilà qui apparaîtra comme un signe de faiblesse à certains, mais qui peut aussi être perçu comme un élan de sagesse.
Méfions-nous en toutes circonstances des dogmes et des idéologies, d'où qu'ils proviennent. En plus d'être une source constante de conflits et d'appels à la démagogie, ils ne résistent jamais à la réalité.
JMSalvet@lesoleil.com
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Élection 2003
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Landry donne à son peuple
J- Jacques Samson
Le Soleil lundi 31 mars 2003
Chronique politique - La petite histoire politique attribue à Maurice Duplessis des réparties suaves. Lancé dans une envolée oratoire devant un auditoire d'un petit village pendant une campagne électorale, le " cheuf " a promis la construction d'un pont. Un électeur s'est empressé de lui faire remarquer qu'il faisait erreur sur le village et qu'il n'y avait pas de rivière qui traversait celui où il se trouvait. Nous en creuserons une ! a rétorqué du tac au tac le premier ministre. Il n'y a rien qui arrête l'Union nationale !
Le programme improvisé de crédit d'impôt pour des vacances en famille, lancé la semaine dernière par Bernard Landry, a fait la preuve que rien n'arrête non plus le Parti québécois. Landry, comme Duplessis en 1948, donne à son peuple ; le premier offrait des bouts de route et des réfrigérateurs, le second promet du temps, la semaine de travail de quatre jours, trois semaines de vacances par année, des garderies à 5 $ même pour des prestataires de l'aide sociale, des forfaits-vacances subventionnés... Il promet en somme d'accroître le BNB, le bonheur national brut, selon la formule inventée par le visionnaire Jean Garon en 1985, que même les péquistes tournaient en ridicule la qualifiant de créditiste. Jean Garon, devenu maire de Lévis, offre maintenant dans son dernier bulletin municipal le " bonheur municipal brut ".
Les électeurs ne croient pas nécessairement aux promesses - ou engagements - des politiciens pendant les campagnes électorales. Mais il y a longtemps que les spécialistes des sciences politiques ont bien compris qu'ils en redemandent tout de même, campagne après campagne. D'abord parce que les politiciens, comme des agents de voyages, vendent du rêve. Il y a toujours une large clientèle pour en acheter, les succès commerciaux de Loto-Québec le prouvent. Deux, les électeurs trouvent une forme de valorisation de leur vote - donc de leur propre personne - dans toutes les promesses faites pour les courtiser, pour " acheter leur vote ". C'est d'ailleurs cette même recherche de valorisation qui en poussera un certain nombre à se prétendre " indécis " jusqu'à la dernière minute ou à répondre aux sondeurs que leur choix n'est peut-être pas définitif. Un électeur coulé dans le béton pour un parti ou l'autre perd beaucoup d'intérêt pour les stratèges politiques. Les campagnes électorales sont programmées d'abord et avant tout pour faire basculer des indécis dans son camp et des " mous ".
Lancer des promesses est donc une nécessité. Les partis déterminent seulement quelle clientèle ils viseront par leurs engagements. Le Parti québécois dirige ses miroirs aux alouettes vers les strates les plus importantes par leur nombre, bas et moyens salariés, jeunes parents, locataires désireux d'accéder à la propriété, à qui les services publics - et les crédits d'impôt - profitent déjà le plus. Il ratisse très large. Cette clientèle déjà privilégiée au Québec sur le plan fiscal obtient maintenant des choses qu'elle n'aurait osé réclamer, tels les crédits d'impôt pour vacances, tellement la mesure paraît indécente, parce que cet électorat est aussi conscient que le panier d'avantages dont elle jouit est déjà bien garni et qu'il faut prendre garde de casser l'élastique. Un sondage éclair mené par un réseau de télévision le jour de l'annonce de cette trouvaille montrait que plus de 80 % des sondés n'étaient pas d'accord. Ce qui veut dire que de nombreux bénéficiaires potentiels trouvaient que la coupe débordait.
Le Parti libéral et l'Action démocratique, en optant pour des baisses d'impôt et des coupes dans certains secteurs, ont visé des clientèles électorales numériquement plus petites. En Ontario et en Alberta, Mike Harris et Ralph Klein, ont remporté des succès monstres avec cette recette. Au Québec, les contribuables ont droit à bien moins de sympathie.
Libéraux et péquistes ne parviennent cependant pas à distancer l'adversaire dans les sondages depuis le début de la campagne. Ils en sont presque au même point. Le Parti québécois a tellement voulu creuser l'écart entre ses orientations sociales-démocrates et celles des partis adverses qu'il a dépassé la limite de l'acceptable pour un citoyen équilibré, dans la poursuite de sa doctrine du " faisons payer les riches ". Il s'est départi de la retenue minimale et du sens des responsabilités attendu des politiciens. Les crédits d'impôt sont des dépenses fiscales. L'État se prive ainsi d'argent qu'il devra récupérer dans les poches d'autres tranches de la population. Ils sont des détournements de la fiscalité de ses fins premières : prélever des revenus pour acquitter des services de base communs. Un crédit d'impôt est une utilisation politique sournoise, non courageuse, de la fiscalité, pour imprégner des orientations sociales ou économiques qu'un gouvernement n'ose pas donner visière levée.
Si un recul du Parti québécois est enregistré dans les prochains sondages, avant de l'imputer à la performance de Bernard Landry dans le débat de ce soir, il faudra scruter du côté de cet engagement farfelu.
JJSamson@lesoleil.com
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"l'Approche commune"
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Un référendum pour "l'Approche commune"?
Isabelle Pion
La Tribune lundi 31 mars 2003
Le président du Mouvement estrien pour le français (MEF) et membre en règle du Bloc québécois, Jacques Poisson, présentera une résolution "demandant un référendum sur l'Approche commune", ce projet d'entente entre les Innus, le gouvernement fédéral et le gouvernement québécois, lors du Congrès national du Bloc québécois.
Toutefois, aux yeux du député bloquiste Serge Cardin, la résolution adoptée n'implique pas de demande de référendum.
La résolution présentée par M. Poisson, adoptée à l'unanimité par l'Assemblée générale des membres du comté de Sherbrooke et par les membres présents lors du congrès régional, indique que les ententes politiques avec les autochtones doivent se faire "impérativement en informant, en consultant et avec l'accord des populations concernées."
Joint par téléphone et questionné sur cette demande (dont fait état un communiqué émis par M. Poisson), M. Cardin a semblé d'abord pris au dépourvu. "On ne peut pas dire que la résolution demande un référendum. On ne fait pas appel à ce mot", précise-t-il. À ses yeux, il faut d'abord informer la population complètement, puis tenter d'aller chercher son accord.
De son côté, Jacques Poisson souligne que même si on ne retrouve pas le mot écrit textuellement, c'est quand même le sens qu'on a voulu lui donner. M. Poisson a été élu délégué lors de l'assemblée générale et il défendra cette proposition lors du Congrès national, du 4 au 6 avril à Montréal.
"Dans l'esprit de la résolution telle que présentée, ça implique qu'il y ait un accord sur un sujet précis... donc un référendum", précise-t-il.
A-t-elle de bonnes chances d'être acceptée? "C'est un peu comme dire qui va gagner l'élection. On va avoir un bon appui, mais de là à dire si ça va passer ou non..." Une chose est sûre: aux yeux du bloquiste, le référendum "est la façon la plus démocratique et la plus claire de consulter les gens".
Quant à Serge Cardin, il semble être peu certain, notamment en raison de la position du caucus face à cette question. Cependant, il dit demeurer convaincu "de la légitimité de se questionner et d'avoir des réponses à nos questions."
Rappelons que selon ce projet d'entente, les autochtones seront autorisés à chasser et pêcher sur un territoire de 300 000 km carrés, en plus de recevoir des compensations sur les ressources naturelles exploitées sur ce territoire. La nation innue toucherait également des indemnités de l'ordre de 377 millions $. De plus, un gouvernement autochtone pourrait voir le jour.
Mais n'est-ce pas un peu dangereux d'agir ainsi en pleine campagne électorale, alors que le Bloc québécois appuie le PQ? "Le Bloc n'est pas une succursale du PQ", fait valoir M. Poisson. "S'il veut être un parti démocratique, qu'y-a-t-il de plus démocratique qu'un référendum? On aimerait qu'on en parle un peu plus dans la campagne électorale!"
Pour sa part, M. Cardin croit que "ce n'est pas le moment de parler de référendum". "Idéalement, il faudrait que tout le monde soit d'accord avec ce projet d'entente, et c'est l'objectif du gouvernement québécois."
ipion@latribune.qc.ca
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