élection 2003

L'importance du changement


Alain Dubuc
Le Soleil jeudi 10 avril 2003


Éditorial - La tradition veut que les quotidiens d'information qui, comme Le Soleil, ont une pratique éditoriale, expriment leur choix vers la fin de la campagne électorale. C'est une tradition que nous tenons à respecter, mais d'une façon qui reflète l'évolution de la société dans laquelle nous vivons.

Les lecteurs du Soleil, comme l'ensemble des Québécois, sont des citoyens qui pensent par eux-mêmes et qui ne souhaitent certainement pas que l'on tente d'une façon ou d'une autre de dicter leurs gestes. Voilà pourquoi ces éditoriaux qui concluent la campagne électorale ont une portée plus modeste, celle de partager le fruit de nos réflexions avec nos lecteurs en espérant que cela puisse enrichir leur propre démarche.

C'est dans ce même esprit, celui du respect de l'intelligence de nos lecteurs et du respect du choix qu'ils feront le 14 avril, que Le Soleil a rendu compte de la campagne électorale, en favorisant les débats, la réflexion et l'expression des points de vue, en proposant la couverture électorale la plus objective et la plus équilibrée possible, et en respectant scrupuleusement la séparation nécessaire entre nos pages éditoriales et nos pages d'information.

Depuis une génération, le débat politique au Québec a polarisé les citoyens autour du projet de souveraineté du Québec. Et dans ce débat, Le Soleil a toujours défendu l'idée que ce chemin ne serait pas souhaitable pour les Québécois. Personne ne sera donc étonné du fait que la persistance de ce débat et la promesse d'un référendum sur la souveraineté dans les années qui viennent nous forcent, comme bien des Québécois, à ne pas souhaiter une réélection du Parti québécois.

Mais d'autres facteurs nous mènent à estimer que le Parti libéral formerait le gouvernement qui servirait le mieux le Québec. Ce choix repose sur trois ensembles de considérations que nous explorerons aujourd'hui, demain et samedi : la nécessité du changement dans une société démocratique, l'importance de renouveler la façon dont le Québec abordera la question nationale et le choix de société que sous-tendent les programmes qui nous sont présentés.

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La première des raisons qui nous mènent à privilégier le PLQ, c'est le rôle important que joue le changement dans le processus démocratique. Plusieurs pays limitent les mandats de leurs politiciens, d'autres, comme le nôtre, le font en privilégiant l'alternance, au nom d'une sagesse populaire voulant que les gouvernements tirent leur révérence après deux mandats.

Les sondages Crop que nous publions depuis le début de la campagne illustrent ce désir de changement des électeurs. Si de 35 à 37 % des électeurs souhaitent continuer avec l'équipe Landry, de 50 à 52 % voudraient un changement de gouvernement.

Pour rompre cette tradition bien ancrée, le président du Parti québécois, Bernard Landry, invoque le bon bilan de son administration et conclut qu'il faut réélire le Parti québécois pour continuer à avoir un bon gouvernement.

Nous ne disputons pas complètement ce bilan. Le gouvernement dirigé par Lucien Bouchard et ensuite par Bernard Landry a été, à certains égards, un bon gouvernement, qui s'est notamment distingué dans certains choix déterminants pour l'avenir du Québec : les fusions municipales, l'entente historique avec les Cris et, surtout, l'élimination du déficit zéro. Il est toutefois responsable de sérieux échecs, comme la crise en santé ou les pertes colossales de la Caisse de dépôt. D'autres champs d'action appellent un jugement plus nuancé, comme la bonne tenue de l'économie québécoise, qui doit bien plus à la conjoncture qu'à l'interventionnisme débridé du gouvernement.

Mais ce jugement nuancé sur l'administration sortante ne doit pas mener automatiquement à souhaiter sa réélection. On peut fort bien vouloir exprimer notre respect envers l'équipe sortante tout en souhaitant qu'elle soit remplacée. Parce que le passé n'est pas garant de l'avenir en politique, et parce que le renouvellement des équipes est un processus sain et nécessaire. Il y a plusieurs raisons à cela.

Tout d'abord, rester au pouvoir trop longtemps engendre des effets pervers que l'on perçoit déjà en cette neuvième année de règne péquiste : la réduction de la capacité d'écoute de gouvernements qui se coupent progressivement de la population, une tendance croissante à croire que leur façon de diriger est la seule à être légitime, la confusion croissante de l'intérêt collectif et les intérêts partisans, qui mènent au favoritisme, au copinage, à l'accumulation des dettes politiques. Et bien sûr, les squelettes dans les placards : qu'on pense à l'incident Parizeau.

Ensuite, rester au pouvoir trop longtemps mène à l'usure et réduit la capacité d'innover. Le PQ a une foule de projets, on le voit en campagne, mais ils sont le plus souvent le prolongement d'une même logique, parfois même une fuite en avant. Le renouvellement, c'est la capacité de regarder les choses d'une façon nouvelle, pour arriver à des solutions nouvelles.

Ce n'est plus ce que le Parti québécois est en mesure de proposer. Si le Parti québécois obtient un troisième mandat, on risque surtout d'assister à la mort lente d'un gouvernement en bout de course.

Encore faut-il éviter le changement pour le changement. Nous verrons dans les jours qui viennent, que de nombreux changements dans la façon de gouverner sont souhaitables, et qu'il y a une équipe pour les mettre en oeuvre.

ADubuc@lesoleil.com


Élection 2003
La tournée des régions du Québec: Montréal

La région entend mieux intégrer les travailleurs immigrants

Les initiatives se multiplient pour favoriser des rapprochements entre entreprises et candidats ethniques

Suzanne Dansereau
Les Affaires Cahier spécial, samedi 12 avril 2003


Dans une ville internationale où 37 % de la population n'est pas de souche, et au moment où plusieurs secteurs subissent une pénurie de main-d'oeuvre, l'intégration de quelque 200 communautés culturelles devient le défi de l'heure à Montréal.

On n'a qu'à regarder Hydro-Québec, l'un des plus gros employeurs de la région : d'ici 2014, la société d'État compte recruter près de 2 500 candidats issus des communautés culturelles. Elle aura besoin de 10 000 nouveaux employés, et pour répondre à la nouvelle Loi sur l'accès à l'égalité, et ainsi mieux refléter la réalité démographique à Montréal, elle s'est donnée l'objectif d'en recruter 25 % chez ces communautés.

"Nous sommes en train de faire l'analyse de notre effectif pour voir dans quels secteurs il y a sous-représentation. Notre plan d'action sera prêt d'ici un an et demi", précise Dana Crocetti, conseillère en affaires interculturelles chez Hydro-Québec.

Imaginez la manne pour les immigrants ! C'est le même phénomène dans la fonction publique qui s'est elle aussi fixé l'objectif de 25 %.

Dans le privé, les initiatives se multiplient pour favoriser des rapprochements entre entreprises et candidats ethniques. Dans le secteur Saint-Laurent, où vivent 166 communautés différentes formant la moitié de la population, le Service de développement économique a organisé en mars dernier une soirée de maillage à laquelle ont participé une vingtaine d'entreprises et une soixantaine de candidats issus de milieux ethniques.

Dans la même semaine, un autre événement du même type avait lieu à une plus grande échelle : la Jeune Chambre de commerce de Montréal organisait la Soirée contact, une activité de réseautage avec les chambres de commerce grecque, italienne, chinoise, juive et latino-américaine.

Grâce à la formule "souper tournant", chaque participant avait l'occasion de rencontrer et d'échanger avec 27 personnes lors de la soirée.

Deux obstacles majeurs

Il y a deux obstacles majeurs à une intégration harmonieuse des immigrants récents au marché du travail, selon les experts consultés : la langue et la reconnaissance des compétences acquises à l'étranger.

"J'ai d'excellents candidats assembleurs que je voudrais promouvoir au poste de technicien, mais ils ne peuvent pas écrire un rapport", déplore Danielle Laflamme, coordonnatrice aux ressources humaines d'Andromède, l'une des entreprises qui participaient à la soirée à Saint Laurent. Andromède fabrique de l'équipement médical de haute technologie et plus de 60 % de son personnel est ethnique : russe, vietnamien, roumain, etc.

Mme Laflamme explique qu'il lui arrive souvent d'embaucher des gens à des postes inférieurs à ceux auxquels il auraient pu accéder dans leur terre natale.

"Ils ont un baccalauréat en génie mais leurs compétences ne sont pas reconnues ici." D'où "le problème monumental" selon Mme Crocetti, de la reconnaissance des compétences. "Il y a de la main-d'oeuvre surqualifiée qui n'arrive pas à trouver un emploi car elle n'a pas d'expérience canadienne", dit-elle.

Les autorités - gouvernements et ordres professionnels - sont conscients du problème et tentent d'y remédier par la création de divers programmes : le ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration (MRCI) offre, dans les domaines non réglementés, un service d'évaluation comparative de compétences. Dans les domaines réglementés, il travaille avec les ordres professionnels pour développer des guides de préparation aux examens.

"Souvent, les immigrants échouent parce que le contexte dans lequel ils ont pratiqué avant n'est pas le même qu'ici, particulièrement en matière de santé et de sécurité", explique Jacques Robert, directeur des politiques au MRCI. À ces programmes s'ajoutent d'autres initiatives de soutien : les carrefours d'intégration, programmes d'appoint, formations en employabilité, etc.

Jacques Robert demande aux employeurs de faire preuve de "plus d'ouverture".

"D'abord, il faut embaucher les immigrants, ne pas avoir peur. Il faut prendre en compte leurs expériences et leur offrir de l'accompagnement. Souvent, un employeur recrute un candidat et il le laisse travailler sans soutien pour ensuite le remercier en disant qu'il ne faisait pas l'affaire.

"Il faut penser à des mesures, comme le jumelage. Il y a de la richesse dans la diversité. On dirait que les employeurs ne sont pas encore en mode pénurie. Mais dans quelques années, ils vont le sentir."

suzanne.dansereau@transcontinental.ca


Élection 2003
Quebec's election

A new nationalism

A tight election in Canada's most complicated province

The Economist (London, UK) April 10th 2003


MONTRÉAL - Six months ago, political pundits were preparing obituaries for the Parti Québécois (PQ) and even for its raison d'être, the peaceful democratic secession of Quebec from Canada. But as campaigning for the provincial election on April 14th was drawing to a close, all of that looked a little premature. The Quebec Liberals had secured a small, but constant, lead in the opinion polls. But many of the pundits were betting that the PQ would sneak back for a third successive term, becoming the first party for half a century to do so. If so, that would not be the result of a surge in support for secession. Rather, it would be a consequence of Canada's first-past-the-post electoral system-and of a plateful of bread-and-butter issues.

At the last election, in 1998, the Liberals, then as now lead by Jean Charest, won 25,000 more votes than the PQ. But too many of their votes were piled up in a clutch of constituencies in the Montreal area, and too few among the French-speaking voters scattered across the rest of the province, who determine elections. The result: the PQ finished up with 76 seats in the 125-member legislature while the Liberals took only 48. The polls suggest a similar outcome this time.

Two things could upset that. The first is the campaigning of Mr Charest, who dominated the only television debate and has argued strongly for improving health care. By contrast, the PQ's Bernard Landry is a shrewd but often testy warhorse of the secessionist movement. The second factor is the performance of Action Démocratique du Québec, a young conservative party which at first threatened to make the election a three-way race. Voters have cooled to it. But if the ADQ siphons off enough French-speakers' votes from the PQ, the Liberals could yet squeeze through.

However, the main reason the PQ looks likely to be re-elected is Quebec's thriving economy. That has allowed Mr Landry, who was finance minister from 1996 until he took over as premier in 2001, to present himself as a cautious and competent administrator. And he has run a clever campaign. He has deflected attention from Mr Charest's promises of tax cuts and smaller government. Out have gone past references to the Canadian flag as a "red rag". Instead, Mr Landry has been reborn as a wise and smiling grandfather, who is promising a four-day week for hard-pressed young parents while himself unashamedly taking an afternoon nap in what has been called the Camomile Campaign.

And secession? The polls show that a solid 40% continue to support independence in principle. But far fewer want another divisive referendum on the issue in the near future. Mr Landry has nevertheless promised one if there is "the least chance of winning". But this has not helped Mr Charest, who in 1998 gave up the leadership of the federal Conservatives in Ottawa to lead the Quebec Liberals. He has been unable to shake the perception that he is a Canadian before he is a Quebecker, and that he is à quatre pattes (on all fours) before the federal government, in the words of a PQ stalwart.

Over the past few years, the PQ government has wrung from Ottawa more local control over matters such as employment policy and health care. Paradoxically, many Quebeckers seem to see a secessionist government as the way to get the best deal within Canada. Another Liberal defeat would thus almost certainly spell the end of Mr Charest's leadership of his party. And it would show that Quebec nationalism, though of a restrained and moderate variety, is still alive.


Élection 2003

Liberal Jean Charest paints himself nationalist blue in election campaign

The Associated Press (USA) April 9, 2003


MONTREAL (AP) - Liberal Leader Jean Charest turned further away from his federal past Wednesday, promising to organize his provincial counterparts in a fight to squeeze more money out of Ottawa.

Charest has proposed the provinces set up a permanent council to lobby the federal government for higher transfer payments.

"We'll have to fight," Charest said campaigning in Quebec City for Monday's election.

"It's not true that people (in Ottawa) will say, 'Here, if you want it, fine. We'll agree to what you're asking.'

"We'll have to fight. We're good at it, I'm good at it. I like it."

Recent appearances by federal cabinet ministers at some of Charest's campaign events have helped his opponents argue that he was hand-picked by Ottawa to lead the Quebec Liberals.

Charest stepped down as federal Tory leader in 1998 under intense pressure to lead the Quebec Liberals. As a result, some francophone voters don't see him as a strong defender of Quebec.


Élection 2003
Indépendantistes, votez anti-indépendantiste !?

Le curieux appel de Bruno Deshaies à voter PLQ

Richard Gervais
TIBUNE LIBRE - jeudi 10 avril 2003


Aux élections générales du 14 avril prochain, voter libéral quand on veut l'indépendance du Québec serait absurde. Ça ne se justifierait ni en soi, ni stratégiquement, ni tactiquement. Ça serait tout simplement voter pour le Canada contre le Québec. C'est pourtant ce que proposent sérieusement Bruno Deshaies et quelques autres indépendantistes qui gravitent autour des « académies de l'indépendance ». Leur position me semble marquée par le purisme idéologique et elle ne résiste pas à l'analyse.

Dans sa dernière « chronique du jeudi » (Vigile, 3 avril 2003), Deshaies, s'adresse « aux défenseurs et partisans de l'indépendance » et les enjoint de « voter libéral » en ces termes :

« Il faut résister à voter péquiste. Il faut choisir l’adversaire libéral qui permettra d’obliger les péquistes partisans de ce projet d’union confédérale à faire une solide réflexion et un profond examen de conscience dans l’opposition. Il faut combattre ce projet fumeux qui traîne dans les cartons du Parti Québécois depuis trente-cinq ans. C’est le premier devoir des indépendantistes en ce moment au cours de la présente élection générale. Agir autrement, c’est cautionner du fédéralisme à peine camouflé. Pire encore, c’est s’obliger à défendre une cause qui ne sert plus l’objectif de l’indépendance du Québec. »

Puisque le parti indépendantiste ne s'est pas montré à la hauteur de son idéal, votons pour les adversaires de cet idéal ! Le raisonnement est absurde, mais il peut séduire certains indépendantistes désenchantés — non sans raison — de leur parti. Attention cependant. On ne propose pas là de favoriser un autre parti indépendantiste, ce qui pourrait se tenir comme raisonnement, mais bien un parti anti-indépendantiste, ce qui ressemble à du cynisme. Et on ne voit pas les avantages stratégiques ou tactiques qu'il y aurait à le faire. Ceux qu'entrevoit Deshaies ne tiennent pas la route.

Premièrement, une victoire du PLQ donnerait à penser que les Québécois veulent rester dans le Canada et inciterait les adeptes péquistes d'une nouvelle « union confédérale » à persister dans leur voie, au moins tout autant qu'une victoire du PQ. Deuxièmement, si le projet de réformer le fédéralisme traîne effectivement dans les cartons du PQ depuis longtemps, c'est quand même en concurrence avec le projet indépendantiste. Voter contre le PQ ne serait donc pas voter seulement contre ses éléments confédéralistes, mais aussi contre ses éléments indépendantistes. Troisièmement, s'il s'agit d'assurer la prépondérance de l'aile indépendantiste dans les rangs du parti et notamment à sa direction, une défaite électorale y contribuerait peut-être, puisque ce serait la défaite de l'ambiguïté néoconfédérale que représente Landry, mais cela à quel prix ? Au prix peut-être de la scission du parti, laquelle ne serait un bien qu'à condition de pouvoir correspondre à une stratégie expresse, élucidation stratégique dont ne se préoccupe pas Deshaies. Ce dernier n'appelle pas à voter pour un autre parti indépendantiste, mais bien à voter pour le parti anti-indépendantiste, ce qui est tout autre chose. De toute façon, porter les libéraux au pouvoir renforcerait la domination canadienne sur le Québec et, partant, rendrait plus ardue la lutte pour l'indépendance. C'est l'autre prix à payer pour élire le PLQ (j'y reviens dans le paragraphe suivant). Pour ce qui est de la crainte qu'un vote pour le PQ vienne « cautionner du fédéralisme à peine camouflé », elle contredit la recommandation même qu'elle prétend justifier, car si un vote pour le PQ cautionne le fédéralisme, c'est bien davantage le cas d'un vote pour le PLQ.

Mais surtout ceci. Proposer de voter PLQ, c'est oublier les méfaits objectifs d'un éventuel mandat « libéral » sur le Québec (et possiblement de mandats libéraux successifs) : probable signature de la constitution de 1982, anglicisation accélérée de Montréal et de nos immigrants, humiliation des aspirations nationales québécoises en face de l'arrogance retrouvée des « Anglais », porte « fraternellement » ouverte aux empiètements « fédéraux » dans l'éducation, la santé et ailleurs, délégitimation du gouvernement du Québec comme gouvernement national des Québécois, sa provincialisation systématique consentante, etc., sans parler du partitionnisme anglais mené sous couvert de défusion municipale. Porter au pouvoir les adversaires du Québec ne serait quand même pas sans conséquence ; et on n'a pas le droit d'y contribuer simplement pour faire claquer sa claire définition de l'indépendance sur la troupe des indépendantistes soi-disant confus. L'affranchissement politique du Québec n'est pas plus au bout d'une définition des contours du pays rêvé (voir ma critique du RIQ) qu'au bout d'une définition de l'indépendance, si impeccable qu'elle soit sur le plan théorique (et si inspirée de Maurice Séguin qu'elle puisse être). L'indépendance va se faire avec tous les nationalistes québécois, les clairs et les confus : séparatistes, confédéralistes et même fédéralisants, pourvu que la direction du mouvement appartienne aux indépendantistes, aux séparatistes. On n'a donc pas à transformer tous les nationalistes en séparatistes, mais à faire que les séparatistes soient à la tête du mouvement national.

La garde jalouse qu'exercent certains épigones de l'historien Maurice Séguin sur l'idée d'indépendance leur fait oublier qu'il s'agit d'un projet, et d'un projet collectif, soumis comme tel aux lois ordinaires de l'action politique, à ses pesanteurs, ses aléas, ses contingences. Inutile de distribuer des accessits d'indépendance du haut de la définition autorisée qu'on s'en fait. Que Bernard Landry soit à sa manière confédéraliste, c'est l'évidence ; mais il est tout aussi évident qu'il suivrait ou pourrait suivre un chef séparatiste dans l'action (il suivait bien Parizeau), tandis qu'un Jean Charest s'y opposerait à coup sûr et ouvertement.

Bref, en appelant à voter PLQ, les « académiciens de l'indépendance » prêtent leur concours aux forces anti-indépendantistes pour, j'ai bien peur, une simple ribote de pureté théorique. Il faut au contraire voter PQ, à charge de faire bientôt prévaloir plus nettement dans ce parti le projet d'un Québec indépendant sur celui d'un Québec confédéré. Et, dans la suite des choses, si la tendance confédéraliste devait prévaloir, ce parti finira par se scinder et apparaîtra une autre « autorité indépendantiste », pour reprendre l'expression de Gilles Verrier. Mais c'est là une autre affaire. L'élection de lundi ne se déroule pas à l'intérieur du Parti québécois, où s'opposent séparatisme et confédéralisme, mais dans l'ensemble de la nation où s'opposent essentiellement l'option Québec et l'option Canada. Voter PLQ, c'est voter Canada. Pour un indépendantiste, ce serait voter contre soi-même.