Irak
Église et histoire
|
Pour comprendre le pacifisme du peuple québécois,
il faut remonter à ses origines
Claude G. Charron
TRIBUNE LIBRE 11 avril 2003 (texte publié dans La Presse du 12 avril 2003)
Les bruits de bottes qui ont précédé le présent carnage en Irak nous ont encore permis de voir - comme si cela n'était pas assez évident - qu'il y a deux peuples au Canada. Alors qu'à Montréal, des centaines de milliers de citoyens ont répondu à l'appel des organisateurs des manifestations pour la paix, de semblables rassemblements à Toronto n'ont attiré à peine que quelques milliers de manifestants.
Nous formons en Amérique un peuple à part. Nous sommes surtout un peuple intrinsèquement pacifiste. À une époque de notre histoire où les tenants du nationalisme civique prennent tous les moyens à leur disposition pour mettre notre passé sous le boisseau, comme s'il était honteux, il est intéressant de se rendre compte que les origines de notre pacifisme se trouvent pourtant dans les sentiments de tolérance qui habitaient Henri IV et Richelieu, deux grands personnages de l'Histoire de France qui ont exercé une influence capitale dans ce que nous avons été et ce que nous sommes devenus.
Dans son introduction au tome III de son Histoire de la Nouvelle-France qu'il consacre à la Compagnie des Cent-Associés, l'historien Marcel Trudel énumère quatre "avantages" qui, en plus du commerce des fourrures, ont été accordés à celle-ci, le troisième étant "de nature à stimuler la formation d'une société française en Amérique et propre, en même temps, à fusionner Européens et Amérindiens"(1). Les lettres patentes de ladite société en témoignent: " les descendants des François qui s'habitueront au dit pays, ensemble les sauvages qui seront amenés à la connaissance de la foi et en feront profession, seront censés et réputés naturels françois," (2)
Quel contraste avec le sort réservé aux Arawaks dès la seconde expédition de Christophe Colomb tel que le raconte Howard Zinn dans son récent ouvrage: L'histoire populaire des États-Unis ! Il écrit: "Dans la province haïtienne de Cicao, où lui (Colomb) et ses hommes pensaient trouver l'or en abondance, ils obligèrent tous les individus de quatorze ans et plus à collecter chaque trimestre une quantité déterminée d'or. Les Indiens qui remplissaient ce contrat recevaient un jeton de cuivre qu'ils devaient suspendre à leur cou. Tout Indien surpris sans ce talisman avait les mains tranchées et était saigné à blanc." (3)
On aurait pu penser que les puritains, ces "pèlerins" qui avaient choisi d'émigrer en Amérique afin de fuir la persécution des "papistes", auraient pu avoir une certaine compassion envers les autochtones forcément dérangés par leur arrivée. Nenni. Des extraits bien choisis de la bible leur servirent à justifier les pires infamies. Entre autres, l'Épître aux romains 16,2 de Saint-Paul: "Quiconque s'oppose à l'autorité s'est dressé contre la volonté de Dieu. Celui-là sera jugé et condamné". (4)
William Badford a décrit, peu après les faits, le raid d'un dénommé Mason sur un village pequot: "C'était un spectacle horrible que de les voir se tordre dans les flammes et tout ce sang répandu sur le sol. Tout aussi horrible était la puanteur qui se dégageait de cet endroit. Mais la victoire semblait comme un doux sacrifice à Dieu, qu'ils remercièrent d'avoir œuvré si merveilleusement pour eux. Et de leur avoir ainsi livré leurs ennemis, permettant une rapide victoire sur un si vaillant et si exécrable ennemi." (5)
Comme, dans leurs rapports avec les autochtones, les colons de la Nouvelle-France ne se sont pas laissé, au nom de Dieu, aller à de telles perfidies, Zinn n'a rien à dire à leur sujet. Durant les années qui précèdent et suivent la fondation de Québec, c'est en France même que se vivent de grandes turbulences. En 1589, Henri III, roi excommunié pour avoir fait alliance avec "l'hérétique " roi de Navarre, est assassiné par un moine qui aujourd'hui serait qualifié de "fondamentaliste". En 1610, c'est au tour du roi converti d'être poignardé par Ravaillac, un autre fanatique religieux. Le 6 mai 1628, c'est devant une ville de La Rochelle assiégée depuis sept mois que Louis XIII et son grand ministre, Richelieu, signent l'acte de naissance de la Compagnie des Cent-Associés. Pour bien comprendre ce que devait devenir la Nouvelle-France, une colonie essentiellement catholique et pacifique, on se doit de bien saisir la situation politique qui prévaut dans la France d'alors.
La Rochelle assiégée montre bien que la conversion d'Henri de Navarre en 1593 n'a pas totalement mis fin à la guerre de religion en France. Si l'Édit de Nantes permet cinq ans plus tard aux huguenots d'exercer leur foi en toute liberté, Richelieu se rend vite compte que, quand ils sont majoritaires dans une région, les huguenots risquent de constituer "Un État dans l'État" selon une expression qui semble venir de lui. À La Rochelle, importante ville portuaire du golfe de Gascogne, la situation était d'autant plus périlleuse que l'Angleterre, ayant vaincu l'Invincible Armada en 1588, souhaitait entraver la possibilité pour la France de remplacer l'Espagne comme rivale sur les mers. Londres cachait donc ses intérêts stratégiques en déclarant vouloir porter main forte à des coreligionnaires assiégés.
Il y eut pour le royaume péril plus grave encore et qui devint évident au lendemain de la reddition de la ville portuaire. Le parti des Dévots reprocha alors à Richelieu d'aller guerroyer en Italie du Nord plutôt que de réprimer les vaincus de La Rochelle. Dans cette ville où les deux tiers des habitants étaient morts de faim pendant quatorze mois de siège, le roi et son premier ministre étaient l'image même de la modération.
Les Dévots, forts de compter dans leur rang la mère et le frère du roi, pactisaient avec un Philipe IV d'Espagne qui, riche de l'or rapportée de l'Amérique par la rapine des conquistadors, était prêt à étendre son hégémonie sur l'Europe entière par l'éradication de tous les huguenots. Sa puissance était d'autant plus forte qu'il était maître des Flandres et du Milanais. Autre grave souci pour la France, l'empereur était un Habsbourg qui désirait, tout autant que son cousin espagnol, la défaite des États voyous protestants...
À la grande exaspération des Dévots, Richelieu reprit l'idée du "grand dessein" d'Henri IV, une sorte de Nations-unies d'Europe laissées en plan par l'attentat de la rue de la Ferronnerie. La France devait s'opposer à toute tentative de rompre l'équilibre en Europe et soutenir, même si protestants, les petits États contre les grands. Cette politique provoqua tant de mécontentement qu'elle engendra toute une série de complots de la part des Grands. Heureusement, le cardinal avait ses espions et pu couper l'herbe sous le pied des candidats-assassins.
Dans un tel contexte, il ne faut pas se surprendre que Richelieu ait favorisé l'implantation du catholicisme en Nouvelle-France. Ce qui ne veut pas dire que les huguenots en sont exclus individuellement. Marcel Trudel en témoigne: "La situation de 1627 n'est pas différente de celle d'avant: c'est une Nouvelle-France catholique que les protestants Chauvin de Tonnetuit, Du Gua de Monts et de Caën avaient mission d'établir, comme c'est une Nouvelle-France catholique que l'on attend des Cent-Associés, mais les huguenots ne sont pas exclus" (6). La Nouvelle-France sera catholique parce que le roi paiera les salaires des curés et des évêques. Il reste que nous avons ici affaire à une France gallicane qui a pris depuis longtemps ses distances devant les excès de pouvoir du Vatican. C'est le roi qui nomme les évêques selon les dispositions du Concordat de 1516.
Henri IV et Richelieu étaient de fervents lecteurs des œuvres de Montaigne. Le premier a visité la bibliothèque de l'écrivain du temps où il était encore roi de Navarre. Nos deux personnages ont sans doute su tirer toute la sagesse émanant de ce court extrait du chapitre XIX du livre II: "En ce debat pas lequel la France est à présent agitée de guerres civiles, le meilleur et le plus sain party est sans doubte celuy qui maintient et la religion et la police ancienne du pays." C'est cet esprit de tolérance et de juste milieu inspiré des philosophes antiques et que l'on retrouve alors, non seulement chez Montaigne, mais chez d'autres penseurs tels les Corneille, François de Salles et Descartes. Il fera la grandeur de la France sous Richelieu, sous Mazarin et dans la première partie du règne de Louis XIV.
Juste milieu que l'on retrouve dans le débat théologique qui oppose alors les cardinaux Richelieu et Bérulle. Celui-ci, fervent disciple de Jansénius et de sa théorie de la prédestination, limite la liberté humaine en partant du principe que la grâce est accordée à certains êtres dès leur naissance. Richelieu croit plutôt à la perfectibilité de l'être humain par ses constants efforts pour s'améliorer et aider son prochain. Il jouirait donc d'une certaine liberté lui permettant d'obtenir la grâce du Seigneur et d'être ainsi sauvé.
Cette manière de voir inclut tous les êtres humains et transpire dans le "quatrième avantage" accordé par Richelieu à la Compagnie des Cent-Associés, celle de permettre aux "sauvages" de devenir des "naturels françois" à la condition qu'ils se convertissent au catholicisme. Un tel décret royal allié à une théologie qui veut que la grâce soit en surabondance accordée à celui qui se voue au salut des autres devait avoir un effet percutant en Nouvelle-France. La ferveur religieuse provoquée par la Réforme catholique en France incita Jésuites, Récollets et Sulpiciens à traverser en grand nombre l'Atlantique avec le dessein "de convertir les sauvages à la vraie religion" S'ajoutèrent à eux, des femmes de haute stature, telles les Marguerite Bourgeoys et Marie de l'Incarnation.
Nous sommes alors à plein dans ce que Fernand Dumont appelle "l'utopie religieuse". Dans Genèse de la société québécoise, il écrit (52): "Une antinomie se dessine très tôt entre la colonisation agricole et la traite des fourrures. Cette antinomie se double d'une autre: la conversion des Indiens s'avère un quasi échec, alors que c'était l'objectif principal de l'utopie religieuse, auquel on subordonnait l'installation des colons français." (7)
Échec de la conversion des Indiens, mais succès dans la création d'un nouveau peuple dans l'hinterland de plus en plus lointain. "Là , écrit Dumont, les "voyageurs" canadiens, coupés de la colonie originelle, s'intègrent aux nations indiennes (68). Plus nombreux dans la suite des temps, ils formeront un nouveau peuple, les Métis. La langue française s'emmêlera à la langue des indiens, un autre héritage de culture se fondera avec le leur." (8)
Le métissage avec les Amérindiens est quasi-inexistant dans l'Amérique anglo-saxonne qui débute avec la fondation de Jamestown en 1609. La raison est simple. Si en France, Henri IV et Richelieu en arrivent à éteindre les feux des guerres de religion et ainsi accroître l'influence de cet État-Nation en gestation, le succès de cette politique a le grand désavantage de ne point pousser les Français à émigrer. Mais tout le contraire se passe en Angleterre.
Outre-Manche, si la chambre des Communes est souvent majoritairement protestante, par contre, à la tête de l'État succède à un roi protestant, une reine catholique. Puis à celle-ci, une reine protestante. Puis deux rois catholiques, le dernier étant chassé par l'instauration d'une république puritaine. Suit, avant la Grande révolution de 1689, la Restauration par deux rois anglicans. Considérés comme étant catholiques et "papistes" par les puritains.
Ces constantes fluctuations provoquent autant d'alternances dans les persécutions: le changement de couronne suffit pour que l'on passe d'une chasse aux protestants à une autre où se sont les "papistes" qui sont châtiés. Cette éternelle tourmente a comme principal effet de provoquer une constante fuite de persécutés vers l'Amérique. Il faut bien comprendre que, dans un tel contexte, ni la Couronne, ni les immigrants de Nouvelle-Angleterre n'ont eu tendance à favoriser un métissage entre blancs et autochtones, le danger étant bien plus que de trop forts contingents des premiers effarouchent les seconds. Ce qui arriva.
L'arrivée des premiers puritains sur le Mayflower près de Cape Cod en décembre 1620 semble avoir donné le ton à ce que sont devenus les États-Unis d'aujourd'hui. Ces colons, étaient appelés "séparatistes" parce qu'ils faisaient partie de la branche puritaine voulant couper totalement les ponts avec la religion établie, l'Église anglicane, que l'on trouvait trop accommodante vis-à-vis le catholicisme honni. Puritains plus modérés, les "non-conformistes" arrivèrent dix ans plus tard en grand nombre et fondèrent Boston.
Avec la création des town meetings, les puritains ont grandement contribué à l'implantation de la démocratie en Amérique. Mais trop souvent, ces anciens persécutés devinrent les plus fanatiques persécuteurs, comme l'explique Franck Schoell dans son Histoire des États-Unis: "C'est ainsi qu'en 1644 ils votèrent une loi contre les baptistes et que les années 1656 à 1662 furent marquées par de multiples sévices contre les quakers, qui furent traqués, fouettés, emprisonnés, voire exécutés."(9)
Le fondamentalisme protestant domine aux USA
Tout pour donner raison à Montaigne! On sait que l'exécution de trente-deux personnes à la suite d'une grave chasse aux sorcières à Salem en 1691 et 1692 a inspiré l'écrivain Arthur Miller pour l'écriture de sa pièce de théâtre Les sorcières de Salem, qui en fait est un dur réquisitoire contre les excès du mccarthyisme des années cinquante. On peut maintenant penser qu'est de même farine, le "If you are not with us, you are with the terrorists" de George W. Bush...
Dans Éthique protestante et capitalisme, le sociologue Max Weber démontre que l'ascétisme protestant, celui issu surtout du calvinisme, se caractérise notamment par un dogme de la prédestination qui s'écarte peu du jansénisme de Bérulle, mais beaucoup de l'optimisme d'un Richelieu. Weber écrit: «Nous savons seulement qu'une partie de l'humanité sera sauvée, l'autre damnée» (10).
Les individus sont donc appelés à être des "élus" ou des "réprouvés". Les premiers verront une manifestation de la grâce dans le succès qu'ils ont à s'enrichir. Les seconds sont irrécupérables. Il est certain que l'éthique protestante a énormément aidé les Américains à accumuler de la richesse. Le revers de la médaille vient du fait que cette éthique les pousse en même temps à croire que le mal est inné chez certains individus et dans certaines sociétés et que, si le darwinisme économique ne vient pas à enrayer ce mal, l'usage de la force devient la seule manière de le neutraliser.
Il est clair que la société américaine n'est pas monolithique. Qu'elle est traversée par divers courants. Il reste que, surtout depuis le 11 septembre 2001, le fondamentalisme protestant est actuellement l'idéologie dominante aux États-Unis. Il règne en maître non seulement à la Maison Blanche et au Pentagone, mais également chez les animateurs et journalistes des principaux médias de ce pays.
Pour les autres peuples du monde, le danger vient du fait que, les États-Unis étant la plus grande puissance économique et militaire, ils imposent une nouvelle forme d'impérialisme qui fait que toute démocratie devient pratiquement impossible ailleurs, puisque tant dans les domaines économiques et surtout militaires, ils ont la capacité d'imposer leur volonté en fonction de leurs intérêts. Le problème est plus grand encore pour des peuples, comme le Mexique, le Canada anglais et le Québec, qui ont une frontière commune avec les États-Unis et dont le gros des exportations va vers ce pays.
Un bon nombre de journalistes canadiens anglais, surtout ceux de la chaîne CanWest, écrivent maintenant que, n'eut été du Québec, le gouvernement Chrétien se serait peut-être rangé du côté des États-Unis dans la présente guerre en Irak. Tandis que des journalistes aussi libéraux que Jeffrey Simpson voient mal comment un gouvernement états-unien pourrait reconnaître un jour un Québec souverain après que l'on ait chahuté pendant que l'on jouait l'hymne national américain avant une partie de hockey au Centre Bell.
Si, avant la Révolution tranquille, la province de Québec représentait une société archi-conservatrice, rendue même très ultramontaine suite à la défaite des Patriotes, elle s'est bien reprise depuis, se laïcisant tout en faisant l'économie de sanglants soubresauts que les Français ont connus suite à 1789. Notre société hautement démocratique, notre acceptation de l'Accord de Kyoto, notre refus de l'AMI et de l'homogénéisation des cultures, notre sens de la solidarité et de la compassion, nos artistes créant des chansons aussi belles que Quand les hommes vivront d'amour, la Paix des Braves, tout cela fait que nous sommes quelque chose comme un grand peuple.
À l'émission Le Point il y a peu de temps, on interviewait des Américains qui étaient venus s'installer au Québec, parce que, témoignaient-ils, les États-Unis s'enfoncent dans un conservatisme dangereux et déstabilisateur. L'histoire nous montre que, quand un régime politique est incapable de se restaurer par lui-même, il finit toujours par perdre ses forces vives.
(1) Marcel Trudel, Histoire de la Nouvelle-France III - La Seigneurie des Cent-Associés 1627 1653 tome 1: les événements, Montréal, Fides, 1979, page 12
(2) Ibid.
(3) Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours, Montréal, Lux, 2002, page 9
(4) Ibid., page 20
(5) Ibid., page 21
(6) Marcel Trudel, Op. Cit., page 13
(7) Fernand Dumont, Genèse de la société québécoise, Montréal, Boréal, 1993, page 52
(8) Ibid., page 69
(9) Franck L. Schoell, Histoire des États-Unis, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 1965, page 38
(10) Weber, Max, L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, Plon, Paris, 1994, page 115
|

Irak
|
Nous sommes-nous trompés?
Paule Des Rivières
LE DEVOIR - vendredi 11 avril 2003
Tous les pays occidentaux ont salué mercredi la victoire américaine à Bagdad. Et pour cause. Il ne se trouve personne pour regretter le départ d'un des dictateurs les plus corrompus de la planète. Cela signifie-t-il pour autant que les opposants à l'intervention armée ont fait fausse route en refusant d'appuyer la stratégie de George W. Bush? Que non!
Une fois la guerre devenue réalité, tous les gouvernements, qu'ils aient été pour ou contre la guerre en Irak, ont souhaité un dénouement rapide des hostilités. La victoire américaine n'a jamais été mise en doute; seule sa durée restait inconnue. Aujourd'hui, comment ne pas se réjouir du départ du dictateur ? Mais cela ne signifie aucunement que les pays qui se sont opposés à cette guerre se soient trompés en dénonçant son caractère illégitime.
La méthode utilisée pour renverser la dictature irakienne n'est pas plus justifiable aujourd'hui qu'elle l'était hier. D'ailleurs, les responsables du Pentagone sont incapables de répondre aux nombreuses questions sur la présence d'armes de destruction massive en Irak, prétexte qui a servi à justifier l'attaque. Aucune découverte n'a encore été annoncée.
Aussi, on ne le dira jamais assez, cette première guerre préventive, sans l'aval des Nations unies, pourrait servir de justification à d'autres attaques et mettre en péril le travail colossal effectué depuis la Seconde Guerre mondiale afin de confier la gestion de conflits internationaux à des organisations s'appuyant sur des règles de droit. Les déclarations menaçantes du Pentagone à l'endroit de la Syrie ont de quoi inquiéter.
Mais avant tout, il faut attendre la suite des événements. Les Irakiens sont heureux du renversement d'un des régimes les plus répressifs de la planète, n'en doutons pas. L'avenir contient désormais une promesse, en dépit des formidables défis auxquels le peuple est confronté.
Les arguments que les opposants à la guerre ont servis avant le début de l'attaque tiennent encore. Mais sauront-ils convaincre l'administration américaine de la nécessité de redonner à l'ONU un rôle majeur non seulement dans la distribution d'aide aux Irakiens mais dans la reconstruction et la redéfinition de la vie politique ? Les propos du sous-secrétaire à la Défense, Paul Wolfowitz, sur le rôle très secondaire qu'il envisage pour l'ONU tranchent ouvertement avec ceux du secrétaire d'État Colin Powell. Cette bataille diplomatique sera déterminante non seulement pour l'Irak mais pour la suite de l'ordre mondial. Un unilatéralisme sans concessions aggraverait les tensions déjà fortes entre l'Europe et les États-Unis.
Plus fondamentalement, cette question conduit à une autre interrogation, à savoir si le déploiement de la force américaine correspond à l'idéologie d'un président ou si elle incarne les États-Unis de demain, indépendamment de l'équipe au pouvoir.
pdesrivieres@ledevoir.ca
|

élection 2003
|
Le meilleur choix
Claude Ryan Ancien chef du Parti libéral du Québec et ancien ministre de l'Éducation
LE DEVOIR - vendredi 11 avril 2003
Libre opinion: Par-delà les sautes d'humeur des derniers mois, la campagne électorale aura permis de dégager une conclusion claire. Le choix du prochain gouvernement du Québec se fera non pas entre trois partis, comme on le prévoyait au début, mais entre le Parti québécois et le Parti libéral du Québec.
Dépourvue de racines solides et en proie à des tiraillements internes, véhiculant des idées d'emprunt mal digérées et encore plus mal expliquées, dirigée par un chef possédant le sens de la formule facile mais qui est peu préparé à gouverner, l'ADQ a été de plus en plus marginalisée à mesure que la campagne avançait. Nul ne considère sérieusement qu'elle a ce qu'il faut pour aspirer à former le prochain gouvernement.
La question que devront trancher les lecteurs se ramène à ceci : voulons-nous, oui ou non, un changement de gouvernement ? Les personnes qui veulent garder le Parti québécois au pouvoir voteront pour ce parti, comme c'est leur droit. Celles qui veulent un changement voteront au contraire pour le Parti libéral du Québec, seul capable de procurer le changement devenu nécessaire aux yeux de plusieurs. Je favorise pour ma part un changement de gouvernement. J'appuie en conséquence le Parti libéral du Québec, et ce, pour trois motifs principaux.
En premier lieu, le Parti québécois est au pouvoir depuis neuf ans. Cela suffit. Le gouvernement sortant a sans doute fait de bonnes choses. Mais il a aussi multiplié les erreurs, voire les abus. Mentionnons entre autres les coûteux ratés en matière de santé, la commercialisation excessive des alcools et des jeux de hasard, la piètre gestion de la Caisse de dépôt et placement, les interventions souvent injustifiées du gouvernement dans l'économie, le fardeau trop lourd des impôts, les nominations partisanes et les copinages avec les amis du régime pour l'octroi de contrats et de subventions, la lenteur à réagir devant la pauvreté et l'introduction inconsidérée dans l'éducation de normes de mesure copiées sans discernement sur celles qui ont cours dans l'économie. De plus, le Parti québécois ne s'est guère renouvelé, autant dans ses idées que dans ses effectifs. Réélire ce parti serait plonger de nouveau le Québec dans l'ambiguïté et l'incertitude.
En second lieu, le Parti libéral du Québec est prêt à gouverner le Québec. Il a mis en avant, chiffres à l'appui, un programme de gouvernement qu'il n'a pas craint, contrairement à ses adversaires, de dévoiler longtemps avant le déclenchement des élections. Il a su trouver dans la personne de Jean Charest un chef aguerri, beaucoup plus sûr de lui que la fois précédente, capable de promouvoir avec conviction et assurance les valeurs de liberté, de justice et d'ouverture à un monde plus large qui caractérisent le Parti libéral du Québec. De l'avis général, Jean Charest a gagné haut la main le débat des chefs. Ce résultat n'a pas été le fruit du hasard mais d'une longue maturation qui a duré cinq ans.
De plus, Jean Charest n'est pas seul. Il se présente accompagné d'une forte équipe. La presse a surtout souligné la qualité exceptionnelle des nouvelles figures qui sont venues se joindre l'équipe libérale. Elle n'a pas eu tort de le faire car des candidatures comme celles de Michel Audet, Marc Bellemare, Philippe Couillard, Michèle Courchesne, Sam Hamad, Pierre Moreau, Alan Paquet, Pierre Reid et Yves Séguin tranchent nettement sur la moyenne au chapitre de la compétence et des états de service à la collectivité. La qualité de ces nouvelles recrues ne saurait cependant faire oublier que parmi les députés actuels qui se présentent de nouveau, nombreux sont ceux et celles qui peuvent faire d'excellents ministres.
Depuis plus de 40 ans, dans leur sagesse à la fois simple et insondable, les Québécois ont toujours jugé qu'après deux mandats consécutifs, un gouvernement avait livré le meilleur de lui-même et que le parti au pouvoir avait gagné le droit d'aller se refaire dans l'opposition. Pour le bon équilibre politique de la société québécoise, souhaitons que la règle de l'alternance joue de nouveau cette fois-ci. Elle empêche qu'un parti soit tenté de s'approprier le pouvoir comme s'il était devenu sa chose.
Parce qu'il a su se présenter à la population avec un programme et une équipe renouvelés, parce qu'il représente en matière d'orientation un excellent équilibre entre les valeurs de liberté et de justice, parce qu'il est le seul, parmi les partis en présence, à avoir une politique cohérente, franche et réaliste en matière constitutionnelle, parce qu'il est le parti de tous les Québécois, sans distinction entre les bons et les mauvais, entre ceux qui le sont de souche et les plus récents, entre «eux» et «nous», le Parti libéral du Québec mérite que le Québec lui donne son appui le 14 avril. Je le lui souhaite de tout coeur.
|

élection 2003
|
Le cadre financier du PLQ vu par le Conference Board
Anne Golden Présidente et chef de la direction du Conference Board du Canada
LE DEVOIR - vendredi 11 avril 2003
Lettres: Je vous écris pour clarifier les remarques attribuées à un économiste du Conference Board du Canada dans l'article publié le 9 avril 2003 et intitulé «Charest reconnaît des imperfections au cadre financier». Ces remarques étaient basées sur nos plus récentes prévisions économiques pour la province de Québec, lesquelles contiennent des prévisions pour des éléments clés de la situation fiscale du Québec qui sont différentes du scénario décrit dans le cadre financier du Parti libéral du Québec. Les prévisions actuelles du Conference Board suggèrent des projections moins optimistes pour l'équilibre financier à moyen terme du Québec que celles contenues dans le cadre financier du PLQ.
Le Conference Board du Canada ne remet pas en question la cohérence intrinsèque du cadre financier du Parti libéral du Québec. Le scénario fiscal présenté à l'intérieur du cadre financier suit de manière logique les hypothèses économiques sous-jacentes. Ces hypothèses, même si elles sont différentes de celles du Conference Board, peuvent être débattues. Les prévisions ne sont pas écrites dans la pierre et des scénarios différents sont concevables. Il est important de noter que le Conference Board met à jour ses prévisions économiques tous les trimestres et que la situation a changé depuis que le document du cadre financier a été préparé, en septembre dernier.
|

Lionel Groulx
|
M. Bouchard échoue son exercice de validation
Esther Delisle
LE DEVOIR - vendredi 11 avril 2003
Lettres: Le Devoir des samedi 5 et dimanche 6 avril 2003 reprend, en page F 6, l'essentiel d'un passage du livre de Gérard Bouchard, Les Deux Chanoines. M. Bouchard soutient avoir conduit un exercice de validation de mon livre intitulé Le Traître et le Juif - Lionel Groulx, Le Devoir et le délire du nationalisme d'extrême droite dans la province de Québec, 1929-1939 (et non Le Traître et le Juif - Lionel Groulx, comme il l'a écrit). Le résultat de cet exercice serait qu'il y a 28 renvois inexacts des textes de Groulx annoncés comme ayant paru dans L'Action nationale entre 1933 et 1939 (23 n'ont même pas pu être retrouvés dans la revue), comme l'écrit votre journal.
Avec des ressources financières, humaines et technologiques qui dépassent largement celles dont je disposais durant la rédaction de ma thèse de doctorat et du livre qui en est issu, M. Bouchard a lamentablement raté son modeste exercice de validation. Il n'y a pas 28 renvois inexacts de ces textes, et tous les renvois correspondent à des textes de Lionel Groulx se trouvant dans L'Action nationale de 1933 à 1939. Je mets généreusement à sa disposition tous les documents pertinents à une validation sérieuse.
Je demande à Gérard Bouchard de s'excuser de ses propos erronés, qui nuisent à ma réputation. Peut-être poussera-t-il l'élégance jusqu'à insérer une correction dans son livre. Je n'attends rien de moins d'un historien dont la réputation dépasse largement la ville de Chicoutimi, où il enseigne.
Enfin, Jean-François Nadeau décrit incorrectement ma soutenance de thèse de doctorat. Pierre Anctil n'était ni droit ni debout mais bien assis, comme les autres membres du jury. Il n'était pas non plus le seul à attaquer ma thèse. Le professeur Guy-Antoine Lafleur a affirmé que j'étais folle, comme le démontrait le contenu de ma thèse. J'espère que M. Nadeau est plus doué pour diriger l'information au Devoir qu'il ne l'est pour rapporter les faits.
|

élection 2003
|
Je voterai libéral? Eh bien... non!
Jean-Claude Rivest Jean-Claude Rivest est sénateur.
LE DEVOIR - vendredi 11 avril 2003
Vivement un élément de proportionnelle dans notre système électoral. Pour le respect des droits de la majorité et surtout pour que les inégalités et les injustices de la société, comme le rappelle l'UFP, soient dites, répétées et entendues à l'Assemblée nationale.
Mon vote, le 14 avril ? Voici la saga d'un électeur (négligent) !
Si j'étais dans le comté de Berthier, je voterais pour Marie Grégoire, de l'ADQ. Intelligente, intègre et pertinente. Une sorte de Thérèse Lavoie-Roux ou de Louise Harel des temps modernes ! À l'entendre, on se dit : oui, place à une nouvelle génération, place à un espace élargi pour la liberté et la responsabilité du citoyen, place à une remise en cause du «modèle québécois». Quelle bonne idée a eue Mario Dumont de proposer de reléguer ainsi à un Sénat ( !) virtuel le discours traditionnel des baby-boomers, des establishments et des bureaucrates !
Toutefois, le risque de l'élargissement des inégalités sociales, les lourdes incertitudes administratives et financières ainsi que les batailles futiles à entreprendre (la sécurité d'emploi de la fonction publique) minent le mérite des engagements de l'ADQ. Des bons pour les garderies, des bons pour l'école, des bons pour le recours aux services privés de santé après une certaine ( !) période d'attente... Beaucoup de «coupons» à manipuler, dont l'encre n'est manifestement pas sèche. Marie Grégoire et Mario Dumont s'expliquent sur tout cela. Ils ne sont franchement pas toujours convaincants. Si j'étais du comté de Berthier, j'aurais tout de même l'audace de voter pour Marie Grégoire -- histoire de préparer son retour au PLQ !
Je suis électeur du comté de Verchères. Je ne peux pas voter contre le premier ministre, surtout que Bernard Landry s'est imposé comme un chef de gouvernement sérieux et compétent, tout en contrôle (fragile) de ses émotions : «Quand la "nation" a un bon gouvernement (et un bon premier ministre), les "compatriotes" le gardent.» Il y a cependant l'omniprésente tentation référendaire. Bernard Landry est certes aussi lucide et responsable que Lucien Bouchard, mais il y a du Jacques Parizeau dans ses veines souverainistes. Danger. Les «gentils» fédéralistes qu'il invite à voter péquiste pourraient le regretter ! Heureusement, Stéphane Dion veille sur l'orthodoxie fédéraliste !
Si je votais pour Bernard Landry dans le comté de Verchères, je me trouverais donc à voter péquiste ! Oh là, ça, je ne peux pas. Moi, voter pour un parti qui a «empoisonné» ma vie politique pendant plus de 25 ans ? J'en suis tout à fait incapable ! D'ailleurs, en dépit d'une performance économique et financière correcte, est-ce un si bon gouvernement que ça ? (Voyez comme je me défile.) Huit ans de pouvoir, ça use. La fatigue et le comportement routinier de l'équipe péquiste sont manifestes (on ne voit que Bernard Landry). Et, forcément il y a la liste des erreurs commises : au premier chef, la qualité des services de santé, sacrifiée brutalement sur l'autel du déficit zéro; une administration publique de plus en plus lourde (les réformes de Joseph Facal sont restées lettre morte); une fiscalité toujours aussi forte et peu compétitive; des régions en difficulté; des mesures insuffisantes de lutte contre la pauvreté; des relations simplement stratégiques avec le gouvernement fédéral et vouées à l'obsédante recherche de «conditions gagnantes».
Et ces rares promesses de renouveau, comme le programme famille-travail, qui paraissent improvisées. En somme, de sérieux doutes sur la capacité d'une équipe péquiste peu renouvelée d'incarner le changement véritable et de porter un regard neuf sur les problèmes et l'avenir du Québec.
J'ai toujours voté libéral. Aucun mérite pour moi. Être libéral, c'est quelque chose d'inné, un don du ciel, un véritable état de grâce !
Je crois dans la solidité du cadre financier du PLQ : investir prioritairement dans la santé (et l'éducation), geler les budgets des autres ministères et réduire les impôts. Si la croissance économique n'était pas au rendez-vous, l'essentiel est que la santé y trouve immédiatement son compte et, là-dessus, pas de doute, la détermination de Jean Charest est indéfectible. Je suis pour la réussite du regroupement des grandes villes, surtout à Montréal. Jean Charest aussi. «Euh... la loi sur le démembrement... ouais ?»
Par ailleurs, je pense que Jean Charest et Paul Martin peuvent travailler ensemble sans arrière-pensée et conjuguer véritablement les initiatives respectives des gouvernements québécois et canadien dans le sens des intérêts du Québec. La qualité de la nouvelle équipe libérale est impressionnante, surtout en région. Et, quant à Jean Charest, qui a eu bien des difficultés à surmonter, il est manifestement prêt à être premier ministre du Québec.
Je voterai donc libéral...
Et pourtant, non !
Mon insouciance débonnaire m'aura une nouvelle fois joué un très vilain tour. Je ne suis pas inscrit sur la liste électorale ! J'ai bêtement oublié que j'avais déménagé et j'ai raté la période de révision. J'ai honte, évidemment. Mince consolation pour moi : celle de penser que Marie Grégoire et Bernard Landry ne pourront pas dire que j'aurai voté contre eux !
|

juifs
|
La religion permet-elle de passer outre à un contrat?
Presse Canadienne - Le jeudi 10 avril 2003
Des juifs orthodoxes ont-ils le droit inaliénable d'ériger une soukah sur leur balcon pour célébrer la fête religieuse de Soukot, même si leur déclaration de copropriété l'interdit formellement? La Cour suprême du Canada a annoncé jeudi qu'elle se pencherait sur la question.
Ce sera la première fois que le plus haut tribunal du pays examinera la portée de la liberté religieuse, garantie par les chartes, sur les contrats privés que sont les déclarations de copropriété.
En 1998, la Cour supérieure du Québec a confirmé que quatre familles juives n'avaient pas le droit de construire des soukahs sur leur balcon du Sanctuaire du Mont-Royal, des condos de luxe situés à Montréal.
Ces familles soutiennent que leur foi les oblige à ériger, une fois l'an, ces petites cabanes en bois ou en toile, recouvertes de branches, qui servent à commémorer les conditions de vie difficiles du peuple juif après la fuite d'Égypte. Or, les déclarations de copropriété qu'elles ont signées sont sans équivoque: il est interdit de «faire des constructions de quelque nature que ce soit» sur les balcons — et même de décorer ces derniers.
Dans le dossier qu'elles ont soumis à la Cour suprême, les familles affirment qu'un contrat privé ne peut pas avoir pour effet de brimer leurs droits religieux.
La Cour suprême entendra l'affaire d'ici les prochains mois.
|

Élection 2003
| Enjeux de campagne
Chut!Consensus des trois grands partis: le dossier linguistique est réglé. On n'en parle pas. Mais la SSJB et Alliance Québec pensent autrement.
Marie-Andrée Chouinard
LE DEVOIR - vendredi 11 avril 2003
Le Devoir poursuit aujourd'hui la publication d'une série de bilans qui se succéderont toute la semaine et qui aborderont les grands thèmes traités (ou pas) par nos politiciens au cours de la campagne électorale. Aujourd'hui: la langue
Généralement peu habitués à s'accorder sur les questions linguistiques, Alliance Québec et la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) dénoncent à l'unisson l'absence totale de débat électoral entourant les questions de cet ordre dans cette campagne qui s'achève.
Le tout nouveau président de la SSJB, Jean Dorion, s'indigne de la prépondérance «presque grotesque» de la santé dans les propos des partis politiques. «On dirait, à suivre la campagne, que le Québec est un hôpital.» Peu étonnant, dans ce contexte, que la langue soit «carrément passée sous le boisseau».
Confortés par l'indifférence apparente de la population, les partis n'ont pas choisi de miser sur la langue, thème de campagne peu séduisant, juge M. Dorion. «Mais à bien des égards, ce sentiment de sécurité linguistique est factice», croit-il. Le président de la SSJB craint que ce confort ne mette en veilleuse certains «reculs», notamment en ce qui a trait au pourcentage réel d'enfants admis chaque année à l'école française ou à la place de l'anglais dans les universités de langue française. «On n'en parle pas probablement parce que l'opinion publique est confortée dans l'idée que ça va bien.»
Déjà portée par des questions linguistiques, la souveraineté non plus n'aura pas provoqué de flammèches électorales. «Chez une partie des élites indépendantistes, on pense que parler de la langue va nuire au courant souverainiste, explique Jean Dorion. Je pense que si on ne soulève pas la question de la langue, on affaiblit le mouvement souverainiste.»
Même les efforts d'Alliance Québec pour faire mousser les débats linguistiques seront tombés à plat, de l'aveu de son président, Brent Tyler. Une conférence de presse organisée la semaine dernière autour du choix de la langue d'instruction des enfants n'a pas incité les partis à réagir. Un deuxième événement médiatique est d'ailleurs organisé aujourd'hui au sujet de la langue dans l'affichage commercial, précisément pour provoquer le débat.
Et si, dans l'esprit des gens, la question linguistique était réglée? «L'opinion de l'élite politique et l'opinion des gens sur le terrain ne sont pas les mêmes, la déconnexion est radicale», réplique Brent Tyler, qui affirme que «sur le terrain, les gens veulent avoir le choix» de la langue d'instruction.
Si la langue est absente des débats, c'est plutôt parce que les trois partis politiques se réfugient derrière le consensus pour éviter d'en parler, croit le président d'Alliance Québec, qui évoque d'un même souffle et la loi 101 et la récente loi 104 (qui ne permet plus le passage direct d'une école privée non subventionnée de langue anglaise au réseau public anglophone). «Une fois qu'ils ont convenu qu'ils faisaient consensus autour de la langue, ils n'ont plus rien à dire», déplore M. Tyler.
Pour certains partis, comme le Parti Égalité, cette affaire de langue est pourtant au coeur du programme que la vingtaine de candidats mettent en avant, essentiellement à Montréal. «La question de la langue n'est pas morte», écrit-on dans la brève plate-forme du parti de Keith Henderson. «La loi 101, une des politiques linguistiques les plus discriminatoires du monde occidental, pousse encore des Québécois anglophones à quitter la province», annonce-t-on sur le site Internet du parti.
Le Parti Égalité, dont on remet en question la vigueur politique ces jours-ci, «rejette la loi 101». Comme Alliance Québec, il réfute l'absence des langues autres que le français dans l'affichage commercial et appuie la liberté de choix pour l'éducation. «Puisque les parents paient pour les deux systèmes, ils devraient avoir le droit d'envoyer leurs enfants dans des écoles de l'une ou l'autre de ces langues officielles, partout où de telles écoles sont disponibles, au Québec ou partout ailleurs au Canada», affirme le programme.
Parmi les trois principaux partis, pour lesquels la langue ne figure clairement pas au sommet des priorités, l'Action démocratique du Québec (ADQ) «maintiendrait la prépondérance claire et systématique» du français, sans aucune modification prévue à la politique linguistique.
Le Parti québécois réaffirme quant à lui son intention de «renforcer» le consensus qui s'exprime au Québec sur la question de la langue, notamment en donnant «une nouvelle vigueur» à la francisation des entreprises et aux pratiques linguistiques des organismes publics, «ceux de Montréal tout spécialement».
Enfin, peu bavards sur les questions linguistiques dans leur plate-forme, les libéraux insistent sur l'importance de maîtriser le français -- «un enjeu crucial» -- et en font un important facteur de réussite scolaire. L'apprentissage de l'anglais dès la première année du primaire, qui a fait l'objet de débats publics avant la campagne électorale, ne s'oppose pas à une bonne maîtrise du français, selon le PLQ, qui propose aussi une troisième langue au secondaire.
|

Élection 2003
|
Let's hope for a few surprises election night
JOSEE LEGAULT The Montréal Gazette April 11, 2003
Saved by a war that has siphoned away most of our attention, Bernard Landry, Jean Charest and Mario Dumont escaped the kind of scrutiny they would have faced otherwise. If it hadn't been for the leaders' debate and the so-called Parizeau affair, last weekend's snowfall would have been the major story of the election campaign.
In fact, ambiguity became the trademark of this campaign. If re-elected, Landry refused to say if there would be a third referendum on sovereignty or how he would implement the four-day work week for young parents. Charest kept mum on possible demergers and joined Dumont in complete silence when it came to list which services and departments they would cut. Don't worry, be happy, they all seem to say. So voters get to choose which Pandora's box they prefer.
If anything, it's been a campaign of well-controlled images, not of ideas. The platforms of the main parties read more like a focus group wish-list than well- defined visions. There's been hardly any debate on health or education. Born out of those same focus groups, work-family conciliation dethroned the government's previous "obsession" with full employment and the fight against poverty. By the way, that's called "agenda setting." And it's been so successful that both Charest and Dumont have had no choice but to jump on the family bandwagon.
Promising that Quebec will become "the most extraordinary place on the planet to have babies," as the premier humbly puts it, the Parti Québécois still keeps some lead among francophone voters, even the dejected, childless ones. Still, few commentators have dared to predict who will form the next government.
That's for two reasons. First, the Liberals have been picking up steam since the leaders' debate, capitalizing on Charest's performance and the will for change expressed by a majority of Quebecers. Second, there's a wild card out there called the Action démocratique. Though it's firmly in third place, it could still garner enough support in some regions, including the important Quebec City area, to be the kingmaker in a number of ridings. If it splits the vote between the PQ and the Liberals, who knows who'll come up the middle?
Landry knows all that. He feels the water rising, as Robert Bourassa used to say. So much so that he's now resorting to sovereignty as his life-saver. Who'd have thought it? Referring more often to a future referendum, he hopes to get his militants to work even harder and for sovereignists at large to close ranks regardless of the discontent that lingered after the premier yanked Jacques Parizeau out of the PQ campaign.
The premier is probably also hoping that few heard him when he said "I'm not asking for a mandate to achieve sovereignty." Or that even fewer read the words of Jacques Parizeau in the latest issue of the newspaper Le Québécois. After asking readers to vote for the PQ, Parizeau concludes, with a warning of sorts: "After the election, everyone will recover their freedom to speak out, to criticize and to present their projects for the future."
Also watch for the left-wing Union des forces progressistes which has recruited top quality candidates such as Gaétan Breton in Ste. Marie-St. Jacques and Jill Hanley in Outremont. But it's Amir Khadir, running in Mercier, who is the one UFP candidate who stands the most chance of being elected. As his party's star candidate, he's had a great deal of visibility in the media and has won the support of such prominent Quebecers as songwriter Richard Desjardins and former CSN president Marc Laviolette. Even La Presse's most popular columnist, Pierre Foglia, wrote that "it would be really great for the democratic life of this country to have in Quebec City a different voice, maybe not 50, but at least one would be nice."
Up against Liberal MNA Nathalie Rochefort and PQ candidate Daniel Turp, Khadir could help the riding of Mercier make history, as it's done so often in the past. Should he be elected on Monday, Mercier would not only send a vigorous left-wing voice to the National Assembly; it would also offer Quebecers a foretaste of what proportional representation could do by giving a seat to someone who represents those who have been voiceless in our political arena.
So on Monday night, maybe, just maybe, some voters will forgo the carefully orchestrated image-based platforms they've been served up by the three main parties. And, all in all, maybe there will be some surprises that could produce a result no one had expected at the onset of the campaign. Who knows?
|

Élection 2003
|
Non au projet libéral de défusions
Gilbert Leduc
Le Soleil - vendredi 11 avril 2003
Élections 2003 - S'il est élu, le Parti libéral devrait songer à mettre sur les tablettes son projet d'adopter une loi-cadre sur les défusions municipales. Pas moins de 58 % des personnes interrogées par la maison de sondage CROP sont défavorables à l'adoption d'une telle législation par un éventuel gouvernement libéral dirigé par Jean Charest.
À peine 28 % des 1002 Québécois sondés pour le compte du SOLEIL, de La Presse et The Globe & Mail sont plutôt ou très favorables à l'arrivée dans le paysage municipal d'une telle loi visant à encadrer la mécanique de défusion des villes regroupées.
Même parmi les sympathisants libéraux, cet élément du programme électoral du PLQ ne fait pas l'unanimité, signale Claude Gauthier, vice-président de CROP. "Notre enquête révèle que 44 % de gens qui appuient le PLQ sont favorables à la loi-cadre et que 41 % ne le sont pas."
Du côté des sympathisants adéquistes, seulement 29 % d'entre eux voient d'un bon oeil l'adoption d'une loi-cadre sur les défusions alors que cette proportion n'est que de 8 % chez les péquistes.
Bien malgré lui, Jacques Parizeau a été l'une des "vedettes" du débat des chefs du 31 mars dernier qui, incidemment, a été regardé en entier ou en partie par 58 % des personnes interrogées par CROP. L'ancien premier ministre péquiste était revenu, le jour même du débat, sur ses propos sur "l'argent et le vote ethnique" et le chef libéral, Jean Charest, s'était fait un malin plaisir à les mettre sous le nez de Bernard Landry.
Pas moins de 63 % des Québécois sondés sont en désaccord avec Jacques Parizeau lorsqu'il attribue la défaite du OUI au référendum de 1995 "à l'argent et au vote ethnique". Seulement 19 % des gens partagent son opinion.
Pour 47 % des électeurs, la déclaration de M. Parizeau n'aura aucun impact sur le vote péquiste le 14 avril. Par contre, 37 % des personnes questionnées croient que cette déclaration aurait un impact négatif sur le PQ.
Par ailleurs, 77 % des répondants ont affirmé que la guerre en Irak n'avait rien changé à leur intérêt pour les élections. Un Québécois sur deux a manifesté beaucoup ou assez d'intérêt pour la campagne électorale. La proportion de ceux qui se sont intéressés à la guerre en Irak a été de 78 %.
À savoir si la campagne électorale avait permis aux électeurs de se faire une idée sur le parti qu'ils allaient appuyer, 68 % des personnes sondées ont indiqué qu'elles avaient arrêté leur choix avant le début de la campagne.
GLeduc@lesoleil.com
|

Élection 2003
| La ligne d'arrivée
Enfourcher le bon cheval
Joseph Facal
La Presse - vendredi 11 avril 2003
Forum - À QUATRE jours du vote, il est trop tard pour que les partis exploitent de nouveaux thèmes ou prennent des engagements qui sentiraient l'improvisation. On cherchera plutôt à faire basculer les indécis et à mobiliser ses partisans afin de s'assurer qu'ils iront voter. Pour cela, chaque parti va réduire son message à sa plus simple expression et le marteler sans relâche jusqu'au fil d'arrivée. Il faut donc s'assurer qu'on enfourche le bon cheval pour la dernière ligne droite.
Le PLQ va taper sur deux clous. Pour éviter de diviser le vote de tous ceux qui veulent un changement de gouvernement, il fera valoir qu'un vote pour l'ADQ aide le PQ. C'est l'argument classique du vote "utile".
L'autre angle d'attaque sera de recréer la polarisation classique de toutes les fins de campagnes libérales récentes en jouant sur le peu d'appétit de la population pour un référendum à brève échéance. Mais l'argument a perdu beaucoup de son efficacité à force d'avoir été tant utilisé et à partir du moment où monsieur Landry n'a pas pris l'engagement de tenir un référendum coûte que coûte. On cherche aussi l'agenda "caché" d'un parti et d'un homme qui affirment depuis plus de trente ans que la souveraineté est leur raison d'être politique.
Le PQ, aussi, devra soigneusement choisir son discours d'ici à lundi. Trois thèmes s'offrent à lui: les défusions, le cadre financier du PLQ ou la proximité PLC-PLQ, involontairement illustrée par Lucienne Robillard. Je ne pense pas que le thème des défusions permette au PQ de faire de nouveaux gains. Bien sûr, la position libérale est absurde, mais depuis le temps qu'on en parle, chacun a fait son lit pour le meilleur ou pour le pire.
Le vrai talon d'Achille
Le cadre financier du PLQ est un talon d'Achille plus sérieux. Il implique des compressions budgétaires sévères que monsieur Charest refuse d'identifier. Il est en contradiction avec les promesses de dépenses accrues de ses porte-parole sectoriels. Il ne prévoit rien non plus pour l'équité salariale ni pour la prochaine ronde de négociations avec les salariés du secteur public. Comment réconcilier par ailleurs l'admission par le PLQ qu'il existe un déséquilibre fiscal, que le Québec est donc privé par Ottawa de sommes importantes, avec l'intention de baisser de façon importante les impôts, donc de se priver soi-même de ces revenus dont on dit ne pouvoir se passer?
C'est là que la question de la proximité entre le PLC et le PLQ prend toute son importance. Il ne s'agit pas de savoir si un député libéral fédéral peut souhaiter la victoire du PLQ et même l'aider concrètement. Bien sûr qu'il en a le droit, tout autant que ceux du Bloc espèrent la victoire du PQ. Mais si des membres éminents du gouvernement Chrétien, qui nie jusqu'à l'existence du déséquilibre fiscal, souhaitent si ouvertement la victoire de monsieur Charest, c'est qu'à l'évidence ils ne craignent pas beaucoup les revendications d'un éventuel gouvernement libéral provincial. Le Bloc, lui, ne sera jamais en position de devoir répondre aux revendications d'un gouvernement péquiste.
Au bout du compte, comme les deux grands partis peuvent compter sur des noyaux durs de partisans de taille à peu près égale, ce sont paradoxalement les électeurs qui ont flirté avec l'ADQ, à mesure qu'ils reconsidèrent leur choix, qui décideront du prochain gouvernement.
L'auteur est président du Conseil du Trésor au sein du gouvernement Landry. Il quittera la vie politique à la fin du présent mandat.
|

Élection 2003
|
Quatre jours à l'anglaise
Katia Gagnon
La Presse - vendredi 11 avril 2003
Forum - Si le Parti québécois est réélu, lundi, il récoltera les fruits d'un formidable coup de marketing: la semaine de quatre jours aura presque réussi à éclipser de la campagne tous les autres sujets chauds. Les derniers jours ont cependant mis en relief l'improvisation considérable qui entoure l'engagement péquiste. Mais cette promesse a suscité un tel intérêt qu'il faudra que le nouveau gouvernement, qu'il soit libéral ou péquiste, planche sérieusement sur cet enjeu. Et il aurait intérêt, pour ce faire, à jeter un coup d'oeil du côté de la Grande-Bretagne.
Plus la campagne avance, plus le projet péquiste de semaine de quatre jours nage dans le flou. Qui paiera la note? Pauline Marois évoque la possibilité que le gouvernement aide financièrement les entreprises. Non, rétorque Bernard Landry: ce sont les entreprises et les parents qui paieront. Mme Marois dit avoir été prise de court par l'engagement de son chef: le premier ministre, de son côté, prétend que son gouvernement étudie la question depuis un an. Les documents dévoilés hier en appui à cette assertion ne sont que la somme totale des études qui se sont faites, ici et ailleurs, sur la conciliation travail-famille. Rien qui ressemble, de près ou de loin, à une vraie étude d'impact économique gouvernementale.
Bref, tout cela sent l'improvisation la plus totale.
Mais ce n'est pas parce que la promesse péquiste, dans sa forme actuelle, ne tient pas debout, qu'elle devrait être rejetée du revers de la main. L'enjeu de la conciliation travail-famille a touché le coeur de bien des parents: à preuve, même le chef libéral Jean Charest, dont le programme était pratiquement muet à ce sujet, s'est engagé, en fin de campagne, à l'étudier sérieusement. Quoi qu'en dise M. Charest, les familles ne veulent pas seulement que l'on diminue leurs impôts. Elles veulent du temps, plus de temps. Comment pourrait-on leur en donner sans affecter outre mesure l'économie québécoise?
La proposition du Parti québécois se rapproche, par son caractère universel et coercitif, de la semaine de 35 heures adoptée par la France. Or ce modèle étatique a de considérables limites. La Grande-Bretagne, de son côté, vient d'adopter une loi beaucoup plus souple. Les employeurs anglais sont désormais tenus de considérer toute demande de réduction du temps de travail formulée par leurs employés. Le processus défini par la loi est précis: après une demande écrite, une rencontre doit se tenir entre les deux parties, et la réponse de l'entreprise doit suivre 14 jours plus tard. S'il refuse, l'employeur doit motiver cette réponse par des motifs très précis. Le refus doit être formulé par écrit, auquel cas l'employé peut demander une autre rencontre avec l'employeur. En dernière extrémité, les deux parties peuvent se soumettre à un arbitrage exécutoire ou se retrouvent devant un tribunal du travail.
Le procédé est intéressant précisément parce qu'il respecte les besoins des deux parties. Partout, dans le document explicatif de la législation, on exhorte employeurs et employés à la flexibilité. On prend d'ailleurs la peine d'expliciter une dizaine de modes de réorganisation du temps auxquels pourraient souscrire les employés. Heures annualisées, horaires comprimés, travail à domicile, partage d'emplois, heures décalées, congés sans solde: les possibilités sont infinies et vont bien au-delà du modèle unique de semaine de quatre jours.
Le pari qu'ont fait les Britanniques, c'est que deux bonnes rencontres entre un patron et son employé seront suffisantes, dans la plupart des cas, pour en arriver à un compromis acceptable. La loi n'oblige à rien d'autre qu'à une saine discussion. Ce scénario à l'anglaise serait, on peut le supposer, beaucoup plus réaliste que la semaine de quatre jours péquiste.
kgagnon@lapresse.ca
|

Élection 2003
|
L'horizon référendaire
Lysiane Gagnon
La Presse - vendredi 11 avril 2003
Élections 2003 - Jean Charest a à la fois tort et raison de parler de l' " agenda caché " de Bernard Landry sur la souveraineté.
Il a tort, parce que cet " agenda " n'a rien de secret. Ce qui est vrai, par contre, c'est que le PQ ne dit pas clairement aux électeurs que son projet souverainiste serait au coeur des préoccupations gouvernementales.
Le contraire serait impossible, car le sentiment d'urgence dépassera tout ce que l'on a vu jusqu'à présent.
Si les souverainistes sont victorieux lundi prochain, ils seront bien conscients du fait qu'en 2008 au plus tard, le pouvoir passera à un autre parti pour cinq ou dix ans. Il serait en effet presque impensable que le PQ réussisse à décrocher un quatrième mandat.
Ce troisième mandat constituera donc la dernière chance de la génération des Landry, des Beaudoin et des Harel de réaliser son rêve de jeunesse.
Compte tenu de l'état d'esprit de la population, il va de soi que le défi sera gigantesque, et qu'il exigera une extraordinaire concentration d'efforts.
Si l'on veut amener au camp du Oui le nombre suffisant d'électeurs pour dépasser de quelques points la barre des 50 %, il faudra mettre en oeuvre une panoplie de mesures de persuasion et tout un arsenal de stratégies. Cela n'empêchera évidemment pas le PQ de gérer le Québec au jour le jour, mais une bonne partie de la machine gouvernementale sera au service de la Cause.
Le programme péquiste n'en fait aucunement mystère, d'ailleurs. En réitérant que " l'objectif premier " du PQ est " de mener le Québec à sa souveraineté, il prévoit " une démarche méthodique et rigoureuse pour préparer le Québec à la souveraineté ", et indique que " le PQ s'engage à prendre tous les moyens pour réaliser la souveraineté dans les meilleurs délais et au terme d'un processus transparent, bien planifié ".
Plus précisément, le " plan national de transition vers la souveraineté " comprendra " une proposition de regroupement des fonctions étatiques actuellement réparties entre les deux ordres de gouvernement ; un projet de réaménagement et de décentralisation de l'appareil gouvernemental vers les régions ; l'énumération des lois, traités et règlements qui devront être préparés ou modifiés de manière à assurer une transition harmonieuse... ".
On prévoit en outre amorcer " les démarches en vue de la participation du Québec à une éventuelle union de type confédéral avec le Canada et aux grandes organisations internationales ", de même que " l'élaboration d'un projet de constitution transitoire ".
Précisons que tous ces travaux se feront AVANT le déclenchement d'un référendum. Autrement dit, cet immense plan de préparation du référendum se déroulera même si, dans l'éventualité où tout cela n'aurait pas fait monter l'appui à la souveraineté, il n'y avait pas de référendum au bout du compte. C'est dire que tous les ministères seront mis à contribution.
C'est dire aussi que le Québec serait replongé pendant des mois en plein débat constitutionnel - au sens littéral du terme -, puisque l'un des projets est l'élaboration d'une version préliminaire de la constitution d'un Québec souverain.
Ce débat, échelonné sur des mois, prendrait la forme d'assemblées régionales suivies d'États généraux et possiblement d'un référendum pour faire entériner le texte par la population. L'opération, forcément entourée d'un gros battage médiatique, aurait pour objet d'ouvrir la voie au référendum sur la souveraineté et, comme le disait récemment M. Landry, de " créer une atmosphère où la souveraineté deviendra désirable ".
Le chef péquiste a commencé la campagne en disant qu'il pourrait ne pas tenir de référendum (tout dépendant évidemment des sondages).
Cette semaine, il a abaissé la barre en annonçant qu'il tiendrait un référendum dès lors qu'il aurait " la moindre chance " de le gagner. Autrement dit, il n'attendrait pas nécessairement d'avoir en mains plusieurs sondages l'assurant d'une solide majorité. Il pourrait, par exemple, se risquer à tenir un référendum si la courbe de l'appui à la souveraineté était en hausse sur une certaine période, ce qui, effectivement, lui donnerait " l'assurance morale " d'une victoire, pour peu que le camp du Oui fasse une très bonne campagne.
Vers la fin des campagnes électorales, les chefs péquistes ont toujours mis la pédale douce sur la souveraineté, pour les mêmes raisons que Jean Charest a intérêt à taper sur ce clou durant les derniers jours.
Cette semaine pourtant, M. Landry a dérogé à la coutume, en réaffirmant passionnément ses convictions souverainistes devant la chambre de commerce de Québec. C'était vraisemblablement pour ramener au bercail les indépendantistes ulcérés de l'avoir vu laisser tomber Jacques Parizeau au lendemain du débat des chefs.
Mais ce faisant, M. Landry risque d'avoir fait fuir une partie des électeurs non souverainistes à qui il avait promis qu'un vote pour le PQ ne mène qu'à un " bon gouvernement ".
lgagnon@lapresse.ca
|

Élection 2003
|
Prisonniers de leurs militants
Julius Grey
LE DEVOIR - vendredi 11 avril 2003
À chaud -
Marquée par plusieurs débats intéressants, la campagne électorale tire à sa fin, prenant l'allure d'une course effrénée entre, d'une part, le nouvel élan des libéraux et, d'autre part, l'avance solide mais fragile chez les électeurs francophones du PQ.
Les débats ont révélé plus de substance que dans la majorité des campagnes occidentales, mais les incohérences et les contradictions de chacun des partis demeurent indéniables. Pour le Parti québécois, la difficulté, c'est le référendum qu'on tiendra ou pas mais qu'on ne perdra jamais. Chez les libéraux, la contradiction se trouve dans l'amélioration annoncée des services sociaux conjuguée avec l'amincissement de l'État et les compressions majeures. Les sondages montrent que les électeurs n'y croient pas. Les incohérences de l'ADQ se sont avérées tellement importantes que ce parti a à toutes fins utiles été éliminé de la course.
Toutes ces contradictions non résolues nous amènent au caractère particulier et unique de la politique québécoise. Si les partis parlent des programmes sociaux, de l'éducation et des finances publiques comme partout au monde, ils ne peuvent pas ignorer qu'une partie importante de leurs clientèles respectives ne vote que sur une question -- la souveraineté et la langue. Aucun argument social ne pourrait donner au PQ un appui important des non-francophones et les souverainistes purs et durs ne voteraient jamais pour le PLQ même s'ils étaient d'accord avec une politique économique plus conservatrice. Bref, le débat représente peut-être la réalité de la campagne, mais ce n'est pas celle des élections, où chacun des partis est prisonnier de ses militants. Par ailleurs, chacun doit inclure des éléments contradictoires dans son programme pour satisfaire les demandes de différents lobbys qui le composent.
Julius Grey est avocat.
|

Élection 2003
|
Des promesses, des promesses...
Paul Roy
La Presse - vendredi 11 avril 2003
Élections 2003
Nom: Landry, Bernard (Parti québécois)
Promesses: soins à domicile accessibles et de qualité; accès à un groupe de médecine de famille 24 heures sur 24, sept jours sur sept; semaine de quatre jours; troisième semaine de vacances; maintien de l'équilibre budgétaire...
Nom: Charest, Jean (Parti libéral)
Promesses: désengorgement des urgences; soins accessibles 24 heures sur 24, sept jours sur sept; réduction des impôts de 27 % en cinq ans; loi-cadre sur les défusions; maintien de l'équilibre budgétaire...
Nom: Dumont, Mario (Action démocratique)
Promesses: contribution du privé en santé; réduction du fardeau fiscal; remboursement de la dette; maintien de l'équilibre budgétaire...
Imaginez un instant un grand cahier contenant toutes les promesses des partis et de leurs candidats. Ces promesses- il y en aurait des centaines- seraient transmises à la Direction générale des promesses du Québec en début de campagne électorale. Le cahier serait rangé dans un coffre-fort gardé par une demi-douzaine de gorilles un peu psychopathes (juste ce qu'il faut, l'idée étant de faire peur). Aucune promesse additionnelle ne pourrait donc être ajoutée en cours de route, et aucune de celles inscrites ne pourrait être retranchée.
Après le scrutin, les vaincus seraient libérés de leurs promesses, n'étant pas en mesure de les réaliser. Mais les vainqueurs, eux, seraient tenus de remplir les leurs sous peine de ne plus pouvoir se représenter et de faire l'objet de poursuites judiciaires.
De quoi vous enlever le goût d'être élu!
Farfelu? Ce n'est pas ce que croient trois candidats indépendants, qui promettent qu'une loi en ce sens- le coffre-fort et les gorilles en moins- sera proposée si l'un d'eux est élu. Et comme c'est leur seule promesse, avouez qu'ils seraient malvenus de ne pas la tenir. Daniel Cormier-Roach est candidat dans Jacques-Cartier, Charles Robidoux dans Laurier-Dorion et Jean Robert dans Saint-Jean.
Ils n'ont pas de parti parce que, disent-ils, ils n'ont pas eu le temps d'en faire inscrire un. Sans compter qu'il aurait fallu qu'ils soient au moins 20 candidats.
"La prochaine fois", promet... euh, affirme M. Cormier-Roach, joint hier au téléphone. Le nom du parti est même déjà trouvé: il s'appellera le Parti de la sagesse. Et si j'ai bien compris, son programme pourrait contenir des éléments du programme original de l'ADQ.
Mais M. Cormier-Roach, comme d'autres, reproche ses volte-face à l'équipe de Mario Dumont: "Il (Mario Dumont) promet de dégraisser, mais quand il parle aux fonctionnaires, il leur dit: Ayez pas peur pour vos jobs..."
À Jean Charest, il reproche sa promesse sur les défusions, "du patinage pour obtenir les votes d'un peu tout le monde". À Bernard Landry, sa promesse de rechercher les conditions pour tenir un référendum "alors qu'il sait très bien qu'il ne les aura pas".
Le candidat indépendant de 51 ans dit trouver "aberrant de constater que les hommes politiques soient les seules personnes dans notre société à ne pas être obligées légalement de remplir leurs promesses". "Décrocher un emploi lucratif sur la base de promesses qu'on ne respectera pas, n'est-ce pas de la fraude?" demande-t-il.
Nos politiciens doivent-ils s'inquiéter? Non. Nos trois pourfendeurs de promesses non tenues ne seront pas élus. Et il y a peu de chances qu'un projet comme celui qu'ils promettent de déposer le soit par quelqu'un d'autre, même s'ils mettent au défi les autres partis et candidats d'en inclure un dans leur programme électoral "afin de montrer leur bonne foi". Encore moins de chances qu'un tel projet de loi soit adopté.
Reviendront-ils avec leur Parti de la sagesse dans quatre ans? M. Cormier-Roach dit que oui. Mais il n'en fait pas une promesse. Très sage.
|

Élection 2003
|
Le pèlerinage
J. -Jacques Samson
Le Soleil - vendredi 11 avril 2003
Chronique politique - Mercier, au centre-ville de Montréal, la rue Saint-Denis Nord, le Plateau, la mythique forteresse péquiste gagnée par la libérale Nathalie Rochefort dans une élection complémentaire en 2001 sont des lieux de pèlerinage pour les journalistes politiques. Une campagne électorale ne serait pas complète sans une visite de ces lieux saints de la politique québécoise.
Mercier a été occupé par Robert Bourassa entre 1970 et 1976. Il y a été détrôné par le journaliste, écrivain et compagnon de vie de Pauline Julien, Gérald Godin. Le poète était dans son aquarium dans Mercier. Robert Perreault a ensuite pris la relève. La libérale "spéciale" aux cheveux rouges Nathalie Rochefort l'a enlevé dans une élection complémentaire, à la faveur d'une course à trois impliquant un péquiste controversé, Claudel Toussaint et un indépendant de gauche, Paul Cliche.
Il faut connaître un peu Mercier. Ce comté est unique au Québec. Théoriquement plus à gauche que la gauche traditionnelle mais truffé de petits commerçants bien capitalistes, d'artistes qui ont le coeur à gauche et le portefeuille à droite, de contestataires qui ont les poches pleines mais veulent tout de même changer le monde, de souverainistes aux poches vides ou pleines, plus indépendantistes que tous les membres du gouvernement réunis.
Le candidat du PQ est cette fois Daniel Turp, un ancien député du Bloc québécois, universitaire coloré souvent chargé à une époque de débattre avec son collègue Stéphane Dion, président du comité des relations internationales du PQ. À côté de lui, le ministre Sylvain Simard fait populiste !
Nathalie Rochefort n'a à peu près pas de pancartes sur les poteaux. Elle n'en voulait pas. La direction du PLQ s'est rangée à ses volontés. "Les verts ont plus de pancartes qu'elle", rigole Pierre Bibeau, le directeur de l'organisation libérale, dont le siège social est d'ailleurs situé dans le comté, anonyme, gêné dirait-on de son identité. "Nathalie connaît son comté ; il est spécial et elle est spéciale. On la laisse faire", explique-t-il.
L'Union des forces progressistes y est représentée cette fois par un médecin humaniste, Amir Khadir, dont tout le monde dit le plus grand bien.
Les principaux candidats ont été inondés de demandes d'entrevues ces derniers jours.
Le comté devrait revenir au Parti québécois lundi. Le ministre Robert Perreault l'avait gagné par 8500 votes en 1998. La victoire de Nathalie Rochefort par 1000 votes en 2001 est un accident de parcours.
Elle s'est faufilée à la faveur d'une lutte à trois faussée en plus par les relents de "l'affaire Michaud" et des révélations en cours de campagne sur le candidat péquiste Claudel Toussaint qui l'ont disqualifié aux yeux de nombreux électeurs.
Nathalie Rochefort a par ailleurs fait une entrée de vedette à l'Assemblée nationale, en raison de son originalité. Elle détonait dans la photo d'équipe du très conservateur PLQ. Elle n'a toutefois rien renversé par la suite. Elle n'est intervenue qu'à de rares occasions et n'a pas piloté de dossiers majeurs qui lui auraient permis de s'imposer. La jeune travailleuse communautaire se signale seulement par la ferveur qu'elle met dans ses propos lorsqu'il lui est permis de s'exprimer.
Or, les électeurs de Mercier ont été habitués depuis 1970 à être représentés par des acteurs de premier plan.
Le résultat de l'élection complémentaire de 2001 a cependant causé une commotion telle que Mercier attirera les regards lundi. C'est de cette campagne qu'a été relancé le mouvement de gauche qui a donné naissance à l'Union des forces progressistes. La victoire de Nathalie Rochefort a aussi donné du poids aux causes auxquelles elle était identifiée, comme le logement, l'itinérance, le suicide. Elle a provoqué une sorte de réveil.
Le passage de Nathalie Rochefort à l'Assemblée nationale aura peut-être été de courte durée, mais utile tout de même.
|

Élection 2003
|
Mario Dumont ou la douleur de croître...
Yves Boisvert
La Presse - vendredi 11 avril 2003
Élections 2003 - La Presse poursuit la publication des portraits des chefs des trois principaux partis politiques sous la plume du chroniqueur Yves Boisvert. Aujourd'hui, le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont.
Dans sa veste qu'on croirait amidonnée de haut en bas, l'homme que nous montre la télé paraît légèrement coincé, mal à l'aise dans un personnage aux gestes carrés et au port de tête raide.
Ce n'est pas le même Mario Dumont qui se présente dans nos bureaux. Sans formalité, sans affectation. C'est le voisin d'en arrière. Et après des semaines passées à se défendre, rien ne paraît plus l'énerver.
La mesure du succès de l'ADQ, c'est la croissance, dit Mario Dumont. Pas la croissance entre les élections. La croissance d'une élection à l'autre. Et la croissance, en politique comme dans tout le reste, ne vient pas sans douleur.
La douloureuse tâche de voir ses idées testées et contestées dans le détail. De devoir trouver des candidats. Et ensuite de partager l'espace.
L'agacement, depuis trois semaines, de devoir passer plus de la moitié de son temps médiatique à expliquer pourquoi, après avoir touché les sommets, il redescend si bas. Plus vous vous expliquez, plus vous descendez dans les sondages... Comment ça se fait?
Mario Dumont ne s'énerve pas. Il sourit même encore! Mais lui qui a fait sa carrière en passant à l'attaque se trouve soudain dans une position qu'il connaît mal, la défensive.
Quand le parti a changé de nom en 1998 pour s'appeler "Action démocratique du Québec Équipe Mario Dumont", qui est toujours son nom officiel, il montrait assez clairement qu'il était l'affaire d'un seul nom. Ce n'est plus le cas. Son équipe compte plusieurs forts candidats, de Pierre Bourque à Joëlle Lescop en passant par Guy Laforest.
Mais quand on est seul, ou presque seul, on n'a que ses gaffes à gérer. Maintenant, il faut expliquer, s'expliquer, trouver sa cohérence, nier que l'on est en chicane avec Pierre Bourque...
En 1994, le parti présente des candidats dans deux tiers des circonscriptions (80 sur 125), obtient 6,5 % des voix au Québec, et fait élire un député, Mario Dumont. En 1998, les 125 candidats adéquistes ont récolté 11,8 % des suffrages et ils ont encore fait élire un seul député, Mario Dumont.
Cette année, l'ADQ se présente avec cinq députés: quatre se sont fait élire dans les élections partielles. Avec des sondages qui le plaçaient en tête l'automne dernier, tout paraissait possible. Ce n'est plus le cas. Revoici l'ADQ autour de 17 %. Et il n'est pas clair du tout que Mario Dumont continuera à faire des réunions de caucus avec quelqu'un d'autre que le député de Rivière-du-Loup...
Celui qui a dit "non"
Mario Dumont a grandi sur une ferme. Il est le fils d'un producteur laitier qui était aussi un organisateur libéral. Il se réclame d'un certain réalisme "terrien", comparant notamment l'administration de l'État à celle d'une ferme familiale, où l'on doit "vivre selon ses moyens". Que ce soit à la télé en 1998, ou lors d'une visite de ferme cette année, il lui faut une vache à traire pour chaque campagne, histoire de montrer à qui en douterait qu'il n'a pas perdu la touche.
Il a laissé le souvenir d'un fort en thème et fort en gueule à l'école, notamment en devenant le "meilleur compteur" de son équipe à l'émission Génies en herbe.
Il aura 33 ans le mois prochain, les journalistes sont au tu avec lui, mais c'est déjà un vétéran de la politique. Il a commencé à s'impliquer chez les jeunes libéraux au cégep. Et voilà déjà plus de 10 ans qu'il occupe l'avant-scène politique québécoise.
Il s'est révélé quand, à la tête des jeunes libéraux, en 1992, il a rompu avec le Parti libéral du Québec, et, plus difficile encore, avec son idole de jeunesse, Robert Bourassa, alors premier ministre. Dumont soutenait le "rapport Allaire", du nom du président de la commission politique du PLQ, Jean Allaire, qui réclamait le transfert au Québec d'une longue série de compétences dévolues au gouvernement fédéral (ou occupées par lui) par la Constitution.
L'accord constitutionnel du lac Meech, qui offrait un certain nombre de garanties au Québec, avait échoué en 1990. Le Québec était en ébullition et, pour réparer les pots cassés, les premiers ministres canadiens avaient concocté un accord de rechange, celui de Charlottetown. Mais il était convenu de tenir un référendum pour le faire ratifier. Robert Bourassa et le Parti libéral allaient appuyer l'entente. Pas Mario Dumont.
C'est à ce moment clé de l'histoire politique que le personnage politique a pris forme. On n'avait pas affaire à une bête politique ordinaire. Il allait résister à toutes les tentatives de séduction de Robert Bourassa, qui prédisait la fin de sa carrière politique s'il commettait cette erreur. Robert Bourassa qui avait lui-même contribué à créer le personnage, d'abord en donnant à l'aile jeunesse un poids immense dans le parti; puis en acceptant le rapport Allaire comme programme constitutionnel.
Celui qui a dit "oui"
À partir de ce moment, les libéraux comme les péquistes ont tenté de le rallier. Mario Dumont incarne le nationalisme québécois dans toute son ambiguïté: pas nécessairement souverainiste, mais souverainiste si nécessaire. C'est-à-dire, dans la tradition du "couteau sur la gorge", comme le disait le politologue Léon Dion, l'utilisation de la menace de séparation comme outil de négociation.
Il devient député à 24 ans, au moment où le Parti québécois de Jacques Parizeau prend le pouvoir, avec sa promesse d'un référendum dans l'année qui suit.
Promesse tenue. En 1995, au moment du référendum sur la souveraineté, le député de Rivière-du-Loup, même si son parti n'a pas obtenu 10 % des voix aux élections, peut faire la différence entre la victoire et la défaite. Ainsi pensent du moins les stratèges péquistes.
Dumont conclut de fait une entente avec Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, alors chef du Bloc québécois, une entente qui promet un partenariat économique avec le Canada en cas de sécession.
Il sera donc du camp du OUI. Bouchard l'a convaincu. Convaincu notamment que s'il veut survivre politiquement, il lui faut de la visibilité, selon ce qu'en dit Jean Allaire. Et s'il est du camp du NON, il sera écrasé par les libéraux, avec qui il vient de rompre, trois ans plus tôt.
Mais malgré les approches de Lucien Bouchard, Dumont refuse d'entrer dans le camp souverainiste proprement dit. Il est toujours impossible, d'ailleurs, de lui faire dire s'il est souverainiste ou fédéraliste. Sa ligne idéologique est de ne pas en parler. De refuser ce débat binaire. Il est temps de "passer à autre chose". Il renvoie comme non pertinente toute question sur le sujet, vieille rengaine de "vieux partis", à ses yeux. Il choisit plutôt d'engager le débat sur d'autres thèmes. Il se fait désormais le champion du conservatisme fiscal.
Mario Dumont réussit à faire croître son parti aux élections de 1998. C'est presque deux fois plus de gens qui ont voté ADQ.
Seul ou avec d'autres?
À quelques jours du vote, Mario Dumont sait qu'il ne battra pas le record de Robert Bourassa, devenu premier ministre à 35 ans en 1970. Le père de trois jeunes enfants dit qu'il restera en poste, quoi qu'il arrive. Seul ou avec d'autres. Son parti va croître en voix exprimées, c'est assuré. Mais en sièges? Pour l'instant, à la lumière des sondages, vu le système électoral, vu la concentration du vote adéquiste, il pourrait autant se retrouver avec 10 autres députés... que seul.
Seul avec plus de votes? Il a beau avoir fréquenté longtemps les chemins de traverse, ce n'est certainement pas le genre de croissance qu'envisageait Mario Dumont.
Ça pourrait faire mal.
|