Élections 2003
| Élections 2003
Le choix du Devoir - Le Parti québécois, avec réserve
Bernard Descôteaux
LE DEVOIR samedi 12 et dimanche 13 avril 2003
Éditorial - Lundi, au terme d'une campagne électorale qui aura duré près d'un an, il nous faudra choisir un nouveau gouvernement. Déjà, l'Action démocratique du Québec est éliminée. Restent le Parti libéral et le Parti québécois, qui se partagent la faveur de l'électorat. Lequel de ces deux partis est le plus apte à gouverner? Lequel peut le mieux faire avancer la société québécoise? Le Devoir propose une réponse.
La réaction des Québécois d'écarter l'ADQ est sage. L'attrait subit qui s'est manifesté envers cette formation au printemps 2002 traduisait la lassitude des électeurs à l'endroit des partis traditionnels. Plusieurs ont été séduits par les idées et les approches nouvelles prônées par Mario Dumont. Le débat qui s'en est suivi a vite laissé entrevoir le manque de profondeur et d'expérience de l'Action démocratique, qui n'est pas assez mûre pour accéder à la direction des affaires publiques.
À l'ADQ, il faut reconnaître certains mérites. Par sa présence, elle a enrichi le débat démocratique, provoquant une réflexion collective sur nos valeurs comme cela ne s'était pas vu depuis des années. La discussion n'est pas close ! Il faut même espérer qu'elle se poursuive. Les idées de l'ADQ ont l'appui d'un nombre important de Québécois, et il serait sain que ceux qui les défendent puissent continuer à le faire depuis l'Assemblée nationale.
***
Pour former le gouvernement, le Parti libéral et le Parti québécois représentent donc les deux seules options raisonnables. Rappelés à l'ordre par leur jeune adversaire adéquiste, le PLQ et le PQ ont compris que le pouvoir ne leur appartient pas de droit divin et qu'il faut le mériter. Aujourd'hui, ces partis nous présentent des équipes et des programmes qui sont propres à inspirer confiance.
À l'issue de cette campagne, il est difficile, par exemple, de départager libéraux et péquistes en ce qui a trait à leurs qualités de gestionnaires. Cet aspect des choses n'est pas secondaire. La gestion du quotidien accapare l'essentiel des énergies d'un gouvernement et, souvent, c'est à sa capacité de bien administrer qu'on le jugera. On sait l'importance, parfois démesurée, qu'a prise ces derniers mois la gestion des salles d'urgence et des listes d'attente pour certains traitements médicaux. Le gouvernement est d'abord là pour donner des services pour lesquels on s'attend à une qualité à la hauteur des impôts que l'on verse.
Les équipes réunies par MM. Landry et Charest souffrent la comparaison. Il n'y a pas lieu de penser qu'Yves Séguin ou Michel Audet seraient moins bons que Pauline Marois aux Finances, que Philippe Couillard serait un ministre de la Santé moins bon que François Legault et que Lyne Beauchamp serait une ministre de la Culture moins bonne que Diane Lemieux. Quant à savoir qui ferait le meilleur premier ministre, là aussi, on peut croire que malgré des styles fort différents, les chefs libéral et péquiste ont tous deux la stature de la fonction. Bernard Landry est désormais à l'aise dans les habits de chef de gouvernement alors que Jean Charest, au cours de cette campagne, est apparu bien préparé pour assumer ce rôle.
Dans plusieurs dossiers, libéraux et péquistes partagent d'ailleurs les mêmes perspectives, sinon les mêmes solutions. C'est le cas de l'éducation, où tous deux veulent allonger le temps d'enseignement en classe, l'un de 90 minutes, l'autre de 120 minutes par semaine. En santé, la campagne électorale n'a pas permis d'établir de façon probante que les propositions du PLQ assureront une meilleure accessibilité aux soins que celles du PQ. Tous deux conviennent qu'il faut d'abord investir. Le reste suivra.
***
Ténues dans certains domaines, les différences entre libéraux et péquistes sont toutefois plus marquées sur le plan des grandes orientations. Ce n'est pas que le PQ et le PLQ soient aux antipodes l'un de l'autre. Tous deux sont des partis de centre avec chacun un accent, à gauche dans le premier cas, à droite dans le second. L'un privilégie davantage l'interventionnisme de l'État, l'autre, le libre marché, sur le plan tant économique que social. Voilà qui oriente fondamentalement notre choix : celui-ci va au Parti québécois, mais il nous faut l'accompagner de réserves.
Résumée à grands traits, la politique de développement économique du PLQ s'appuie sur une réduction significative du fardeau fiscal tant des particuliers que des entreprises. Une fois la compétitivité accrue, les investissements viendront tout naturellement, nous dit-on. Le PQ, pour sa part, pense qu'il faut inciter, stimuler, appuyer, bref intervenir, au point où on peut le qualifier d'activiste. Parfois, il l'est inutilement, mais souvent, son action a été déterminante. Deux exemples : Pacar et Gaspésia. Sans intervention forte de l'État, ces deux entreprises seraient de l'histoire ancienne. Un gouvernement Charest réagirait-il avec la même détermination ? Il ne serait certes pas insensible au sort des travailleurs, mais compte tenu de ses convictions, il hésiterait.
Au début de la Révolution tranquille, on disait, pour justifier l'interventionnisme, que «l'État est notre seul millionnaire». Cela n'est plus vrai : les acteurs économiques sont nombreux. Cela dit, il reste que le Québec n'a pas encore entièrement rattrapé son retard économique. Si on veut atteindre cet objectif, on ne peut pas compter sur les seules forces du marché. Le levier de l'État demeure indispensable. L'État doit être présent. Ce qu'il faut éviter, ce sont les excès. Fouetté par l'ADQ, le gouvernement Landry avait promis de moderniser l'État québécois. S'il est réélu, il faudra lui rappeler cet engagement oublié en cours de campagne.
En matière sociale, le choix du PLQ de miser sur les baisses d'impôts réduirait la capacité d'un gouvernement libéral d'agir, exception faite du secteur de la santé. Les compressions budgétaires apparaissent inévitables, ce qui affecterait les ressources dévolues à un certain nombre de programmes sociaux. Le Parti québécois, pour sa part, entend agir à l'inverse. Les réductions d'impôts ne viendront que lorsqu'on aura réalisé les engagements pris au cours de cette campagne, comme cette promesse d'établir la semaine de quatre jours pour les parents de jeunes enfants. Une idée bien inspirée mais qu'il faudra bien étudier, sinon nuancer.
Ce que le Parti libéral nous propose, c'est un État beaucoup moins présent, si ce n'est absent, alors que le Parti québécois veut un État toujours aussi présent. A priori, il nous semble que l'esprit de partage et de justice sociale qu'a développé notre société sera mieux servi par le Parti québécois... à la condition que celui-ci demeure responsable d'un point de vue fiscal. Le Québec a appris à vivre selon ses moyens. Il ne faut surtout pas laisser la machine s'emballer de nouveau.
***
Ces élections ne sont pas des élections référendaires. Avant toute chose, les Québécois sont à la recherche d'un bon gouvernement, et ils n'ont guère prêté l'oreille aux échanges sur le thème «la santé ou la souveraineté» proposé par le Parti libéral. Personne n'ignore que le Parti québécois est souverainiste et qu'il travaillera, qu'il soit réélu ou renvoyé dans l'opposition, à faire avancer la cause de la souveraineté. Il n'y a pas de crainte sérieuse de le voir tenter de nous imposer une marche forcée vers cet objectif car les Québécois peuvent le rappeler à l'ordre. S'ils se sentent bousculés, ils le lui diront à l'occasion des prochaines élections fédérales en votant contre son parti frère, le Bloc québécois. La transparence est une vertu qu'il faut rappeler au Parti québécois. Réélu, celui-ci devra d'abord nous donner ce bon gouvernement qu'il nous promet.
Le débat sur la souveraineté resurgira certainement un jour, mais en attendant, il faut s'assurer d'avoir un gouvernement qui défendra assidûment les intérêts du Québec. La dynamique des relations fédérales-provinciales est telle que le Québec ne peut pas vivre en marge du cadre constitutionnel actuel. Le débat récent sur le déséquilibre fiscal a démontré que le Québec est gagnant lorsqu'il ne pratique pas la politique de la chaise vide. Ce débat n'est pas terminé, et il y aura d'autres questions qu'il faudra aborder. Tout particulièrement à surveiller, la négociation des ententes commerciales dans le cadre de la ZLEA et de l'OMC.
Qui, du Parti libéral ou du Parti québécois, saura le mieux défendre les intérêts du Québec ? Jean Charest croit essentiellement qu'il pourra mieux le faire du fait que l'élection d'un gouvernement fédéraliste à Québec engendrera un climat de confiance propice à faire avancer les choses. Le chef libéral croit que la conciliation sera plus efficace que l'affrontement. Le fédéralisme revendicateur pratiqué par ses prédécesseurs libéraux est à son avis dépassé. Sa thèse est toutefois démentie par le succès obtenu par Lucien Bouchard et Bernard Landry dans le dossier de la santé. On ne sait pas si la méthode Charest serait plus efficace que la méthode Landry. Pour le savoir, il faudrait l'essayer, ce qui nous entraînerait dans une tout autre dynamique. Nous ne sommes pas de ceux qui croient que Jean Charest irait brader les intérêts du Québec, mais il faut rappeler qu'à Ottawa, on continue de pratiquer un fédéralisme centralisateur. Tant que cela demeurera, mieux vaut garder à Québec un gouvernement revendicateur. Sur ce plan, le Parti québécois servira mieux les intérêts du Québec.
bdescoteaux@ledevoir.ca
|

Élection 2003
|
Lettre ouverte aux souverainistes
Pierre Bourgault
LE JOURNAL DE MONTRÉAL / SAMEDI 12 AVRIL 2003
(N.D.L.R.) Notre chroniqueur Pierre Bourgault, bien connu de nos lecteurs pour ses opinions tranchées, lance à la veille des élections, un immense cri du coeur aux souverainistes afin que ces derniers aillent massivement jeter leur bulletin de vote dans l'urne du Parti québécois. Car, dit-il, avec le PQ élu, la souveraineté aurait une chance sur cinq de se réaliser. Sans le PQ au pouvoir, la chance serait de une sur mille.
Vous direz sans doute que je me répète mais il me semble important de rappeler quelques petites vérités aux souverainistes qui s'apprêtent à voter.
C'est que certains d'entre eux ne semblent pas reconnaître que cette élection n'est pas une élection comme une autre. Qu'on le veuille ou non, c'est l'élection de la dernière chance.
Si le PQ prend le pouvoir lundi, la souveraineté aura peut-être une chance sur cinq de se réaliser.
S'il est repoussé dans l'opposition, elle n'aura plus une chance sur mille. Si cela devait arriver, on peut facilement imaginer dans quel état se trouvera le Parti québécois dans deux ou trois ans. Chose certaine, il sera d'autant plus
affaibli que, après quarante ans de lutte, des milliers de souverainistes vont rentrer dans leurs terres.
Il faudrait être naïf ou inconscient pour croire que des milliers de jeunes vont les remplacer pour reprendre le
flambeau. Il faudrait également être d'un optimisme béat pour croire que d'autres partis souverainistes vont prendre la relève et déterminer de nouvelles échéances.
Pourtant, ils sont nombreux, trop nombreux, les souverainistes qui ne voteront pas, lundi, pour le PQ. Bien qu'ils affirment haut et fort qu'ils soient toujours farouchement souverainistes, ils vont se jeter dans les bras des fédéralistes sous les prétextes les plus futiles. L'un affirme qu'il a toujours voté PQ mais qu'il ne le fera pas cette fois-ci parce que l'autoroute 30 ne passera pas, selon lui, au bon endroit. Mon autoroute contre la souveraineté.
Un autre en veut au PQ parce qu'une porcherie s'est installée près de chez lui. Il votera pour n'importe qui sauf pour le PQ. Mon petit confort contre la souveraineté.
Je ne dis pas que ces citoyens n'ont pas raison de traiter leurs problèmes particuliers de la façon dont ils le font. Je dis que, s'ils leur accordent plus d'importance qu'à la souveraineté, ils tournent définitivement le dos au rêve qu'ils prétendent toujours entretenir. PARCE QUE CE N'EST PAS UNE ELECTION COMME UNE AUTRE.
Il faut bien comprendre que si le PQ fait le plein de votes souverainistes lundi, il reviendra facilement au pouvoir. Sinon, il est menacé. Non pas par l'ADQ ou par le Parti libéral, mais par les souverainistes eux-mêmes.
Ceux-ci devraient se souvenir que le Parti québécois n'est pas là pour faire mieux que les autres, bien qu'il y soit souvent arrivé, mais pour faire AUTRE CHOSE.
C'est tout l'enjeu de cette élection de la dernière chance.
On peut trouver toutes sortes de raisons pour voter contre le PQ. Mais je ne vois pas une seule raison pour laquelle un souverainiste devrait voter contre la souveraineté.
Qu'on le veuille ou non, qu'on s'en réjouisse ou pas, seul le Parti québécois est en mesure, aujourd'hui, de mener l'entreprise à terme.
Non, l'élection du Parti québécois n'est pas une garantie de l'accession du Québec à la souveraineté. Mais c'est une occasion, presque inespérée. D'autre part, la défaite du PQ est la garantie absolue de son affaiblissement, voire de sa disparition.
Je ne veux pas croire que des souverainistes veuillent courir ce risque. On peut vouloir changer de parti pour un autre. Ce serait un bien petit changement.
Mais on peut décider de sortir de la province pour entrer dans le pays. Seul le Parti québécois incarne ce VRAI changement. Pensez-y bien: ce sera la dernière fois.
|

Élection 2003
| Voici ma réponse à la «Lettre ouverte aux souverainistes»
Désolé, je ne marche plus
Serge Cantin
TRIBUNE LIBRE dimanche 13 avril 2003
(N.D.L.R.) Notre chroniqueur Pierre Bourgault, bien connu de nos lecteurs pour ses opinions tranchées, lance à la veille des élections, un immense cri du coeur aux souverainistes afin que ces derniers aillent massivement jeter leur bulletin de vote dans l'urne du Parti québécois. Car, dit-il, avec le PQ élu, la souveraineté aurait une chance sur cinq de se réaliser. Sans le PQ au pouvoir, la chance serait de une sur mille.
________________
Vous direz sans doute que je me répète mais il me semble important de rappeler quelques petites vérités aux souverainistes qui s'apprêtent à voter.
C'est que certains d'entre eux ne semblent pas reconnaître que cette élection n'est pas une élection comme une autre. Qu'on le veuille ou non, c'est l'élection de la dernière chance.
Toujours la même dernière chance! Mais la dernière chance pour qui? Ne serait-ce pas d’abord pour ceux et celles dont la carrière politique repose, depuis trop longtemps, sur l’exploitation délétère de la fibre nationaliste des Québécois ?
Si le PQ prend le pouvoir lundi, la souveraineté aura peut-être une chance sur cinq de se réaliser. S'il est repoussé dans l'opposition, elle n'aura plus une chance sur mille. Si cela devait arriver, on peut facilement imaginer dans quel état se trouvera le Parti québécois dans deux ou trois ans. Chose certaine, il sera d'autant plus affaibli que, après quarante ans de lutte, des milliers de souverainistes vont rentrer dans leurs terres.
Je pense, au contraire, qu’en reportant le PQ au pouvoir lundi la souveraineté n’aurait aucune chance de se réaliser, pour la simple et bonne raison que le PQ n’est pas et n’a jamais vraiment été un parti indépendantiste. Le PQ est né, en 1968, d’un mouvement qui prônait la souveraineté-association (MSA), et c’est ce mouvement – en faveur duquel, dois-je le rappeler, le RIN de Pierre Bourgault, la mort dans l’âme, accepta jadis de se saborder – qui a toujours fini par triompher au sein du PQ, du « beau risque » de René Lévesque à « l’union confédérale » de Bernard Landry en passant par le souverainisme politically correct de Pierre-Marc Johnson et Lucien Bouchard. Le seul chef du Parti québécois qui ait jamais été indépendantiste, c’est Jacques Parizeau, et l’on sait le sort que lui réserve aujourd’hui, Bernard Landry en tête, l’establishment péquiste, plus soucieux de rectitude politique que de vérité, d’électoralisme que d’indépendantisme. La meilleure chose qui puisse encore arriver au projet d’indépendance du Québec, c’est que le PQ se retrouve, lundi, dans l’opposition, et que cette situation soit pour lui l’occasion de procéder à un très sérieux examen de conscience. Et si, ne pouvant supporter de n’être plus au pouvoir, le PQ choisissait alors de disparaître, comme Bourgault en brandit la menace, eh bien, ce parti nous administrerait ainsi la preuve a posteriori qu’il n’a jamais cherché au fond que le pouvoir, qu’il n’a jamais cru vraiment en ce qu’il prétendait croire, qu’il n’a jamais vraiment voulu cette souveraineté dont il a du reste cessé de parler depuis longtemps, comme Paul Bégin lui en faisait lourdement grief quand il a pris la décision de démissionner, après tant d’autres nationalistes « purs et durs ».
Je refuse d’être plus longtemps l’otage du Parti québécois, de subir ce chantage auquel se prête à son tour Pierre Bourgault, lui qui en fut pourtant l’une des premières victimes.
Il faudrait être naïf ou inconscient pour croire que des milliers de jeunes vont les remplacer pour reprendre le flambeau. Il faudrait également être d'un optimisme béat pour croire que d'autres partis souverainistes vont prendre la relève et déterminer de nouvelles échéances.
Outre que le jugement du vieux baby-boomer Pierre Bourgault témoigne de pas mal de mépris à l’égard d’une jeunesse dont il n’a pourtant de cesse d’exalter les vertus, je ne vois pas qu’il faille « être d’un optimisme béat » pour voter, comme je m’apprête à le faire, pour l’Union des forces progressistes, un parti indépendantiste de gauche, plutôt que pour un parti dont je sais qu’il ne fera jamais l’indépendance et qui compte dans ses hauts rangs un François Legault, homme d’affaires prévoyant et premier aspirant à la couronne de Bernard Landry.
Vous m’objecterez, cher Pierre Bourgault, qu’en votant pour l’UFP, qui n’a aucune chance de l’emporter, je vote « objectivement » pour le Parti libéral, qui a, lui, toutes les chances de former le prochain gouvernement. Mais sachez qu’avec un tel argument le PQ n’aura jamais pu devenir le parti gouvernemental, car le PQ fut aussi, naguère, un petit parti qui n’avait aucune chance de l’emporter. Quand j’ai voté pour le PQ en 1970, je l’ai fait en toute connaissance de cause, sachant fort bien que j’allais, comme on dit, « perdre mes élections ». Aurais-je dû m’abstenir alors de voter pour le PQ sous prétexte qu’en votant pour lui je nuisais aux chances de l’Union nationale (le PQ de ce temps-là) et faisais le jeu du Parti libéral de Bourassa, qui remporta finalement l’élection ? J’ai préféré voter selon mes convictions, et c’est ce que je ferai encore une fois demain. Vote irresponsable, dites-vous. Mais en êtes-vous bien certain ? Se pourrait-il que dans ce cas-ci, comme en 1970, la morale de la conviction, bien loin de contredire la morale de la responsabilité, l’anticipe? Autrement dit, que mon vote pour l’UFP soit à la fois convaincu et responsable?
Pourtant, ils sont nombreux, trop nombreux, les souverainistes qui ne voteront pas, lundi, pour le PQ. Bien qu'ils affirment haut et fort qu'ils soient toujours farouchement souverainistes, ils vont se jeter dans les bras des fédéralistes sous les prétextes les plus futiles. L'un affirme qu'il a toujours voté PQ mais qu'il ne le fera pas cette fois-ci parce que l'autoroute 30 ne passera pas, selon lui, au bon endroit. Mon autoroute contre la souveraineté.
Un autre en veut au PQ parce qu'une porcherie s'est installée près de chez lui. Il votera pour n'importe qui sauf pour le PQ. Mon petit confort contre la souveraineté.
Il n’y aurait donc jamais, selon vous, que des raisons futiles pour ne pas voter pour le PQ. Mais devrais-je voter PQ jusqu’à mon lit de mort ? J’y consentirais bien si, du moins, ce parti avait le courage de promouvoir l’indépendance du Québec au risque de perdre le pouvoir ; ce qui m’apparaîtrait plutôt logique de la part d’un parti prétendument indépendantiste. Qu’il ne le fasse pas prouve simplement que l’indépendance n’est pas sa priorité, ou que sa « première » priorité est de garder le pouvoir.
Je ne dis pas que ces citoyens n'ont pas raison de traiter leurs problèmes particuliers de la façon dont ils le font. Je dis que, s'ils leur accordent plus d'importance qu'à la souveraineté, ils tournent définitivement le dos au rêve qu'ils prétendent toujours entretenir. PARCE QUE CE N'EST PAS UNE ELECTION COMME UNE AUTRE.
Il faut bien comprendre que si le PQ fait le plein de votes souverainistes lundi, il reviendra facilement au pouvoir. Sinon, il est menacé. Non pas par l'ADQ ou par le Parti libéral, mais par les souverainistes eux-mêmes.
C’est bien pourquoi je ne voterai pas pour le PQ lundi : pour qu’il ne revienne pas « facilement au pouvoir » et ne continue ainsi à nous bercer d’illusions, à nous endormir dans une ambivalence qui nous est trop familière et, finalement, confortable.
Ceux-ci devraient se souvenir que le Parti québécois n'est pas là pour faire mieux que les autres, bien qu'il y soit souvent arrivé, mais pour faire AUTRE CHOSE.
C'est tout l'enjeu de cette élection de la dernière chance.
On peut trouver toutes sortes de raisons pour voter contre le PQ. Mais je ne vois pas une seule raison pour laquelle un souverainiste devrait voter contre la souveraineté.
Encore le coup de la dernière chance ! Encore le chantage ! Comme si en ne votant pas pour le PQ on votait nécessairement contre la souveraineté. Sur ce sophisme, habilement entretenu, et depuis longtemps, par les stratèges du Parti québécois, repose, ou reposait, sa crédibilité.
Qu'on le veuille ou non, qu'on s'en réjouisse ou pas, seul le Parti québécois est en mesure, aujourd'hui, de mener l'entreprise à terme.
Non, l'élection du Parti québécois n'est pas une garantie de l'accession du Québec à la souveraineté. Mais c'est une occasion, presque inespérée. D'autre part, la défaite du PQ est la garantie absolue de son affaiblissement, voire de sa disparition.
Eh bien, qu’il disparaisse s’il a perdu sa raison d’être ! Il est temps, s’il n’est pas déjà trop tard, que nous prenions collectivement conscience de « l’urgence de choisir », ce qui s’avère impossible aussi longtemps que le PQ joue, par sa présence même, à nous dissimuler cette urgence.
Je ne veux pas croire que des souverainistes veuillent courir ce risque. On peut vouloir changer de parti pour un autre. Ce serait un bien petit changement.
Mais on peut décider de sortir de la province pour entrer dans le pays. Seul le Parti québécois incarne ce VRAI changement. Pensez-y bien: ce sera la dernière fois.
Encore le chantage à « la dernière fois ». Désolé, je ne marche plus.
|

Élection 2003
| Réplique à Serge Cantin
UFP : Divisons la gauche et élisons la droite, jusqu’à la marginalisation finale!
Christian Gagnon
Président régional
Parti Québécois de Montréal-Centre
TRIBUNE LIBRE lundi 14 avril 2003
Encore un qui nous lance le plus sérieusement du monde cette affirmation délirante voulant que «le PQ n’est pas et n’a jamais vraiment été un parti indépendantiste». Ainsi, depuis 35 ans, des milliers de studieux militants bénévoles auraient retourné dans tous les sens chaque phrase du chapître 1 du programme du PQ et n’y auraient vu que du feu. Autant dire que les souverainistes qui voteront aujourd’hui pour le PQ ont tort et que les fédéralistes qui ne voteront pas pour le PQ précisément parce qu’ils s’opposent à la souveraineté se trompent eux aussi. Seul Serge Cantin a vu la lumière.
«Je ne vois pas qu’il faille « être d’un optimisme béat » pour voter, comme je m’apprête à le faire, pour l’Union des forces progressistes, un parti indépendantiste de gauche», nous affirme M. Cantin en réponse à Pierre Bourgault. Cherchez donc l’UFP dans les sondages, M. Cantin, et demandez-vous ce que Bernard Landry veut dire quand, en pleine campagne électorale, il dit qu’il tiendra un référendum sur la souveraineté s’il en a «la moindre chance», et ce afin «que le Québec participe au Concert des nations dès 2005». S’il n’est pas indépendantiste, Bernard Landry s’y prend bien mal pour le cacher et choisit bien mal son moment et ses moyens pour «prouver simplement que l’indépendance n’est pas sa priorité, ou que sa « première » priorité est de garder le pouvoir», comme le soutient le très incohérent M. Cantin.
Et parlant de gauche et d’optimisme béat, M. Cantin peut-il nous expliquer comment l’UFP convaincra les Québécois de mettre en pratique son très jovialiste programme en matière de travail? Il consiste tout bonnement à imprimer de l’argent en promettant «l’instauration immédiate de la semaine de travail à 35 heures, tendant vers 32 heures à court terme, sans baisse de revenu et avec une création d’emplois compensatoires». Si la réduction volontaire du temps de travail proposée par le PQ a injustement été jugée improvisée même si elle figure dans son programme depuis 1996, travailler 32 heures et être payé pour 40, c’est du délire authentique.
Dans toute sa pureté, l’UFP ne s’est pas non plus privée d’un criant populisme récupérateur en soutenant à pleine publicité - bilingue s’il vous plaît - dans les hebdos locaux qu’«un vote pour l’UFP est un vote contre la guerre», comme si, toute unilatérale et impérialiste qu’elle soit, cette intervention anglo-américaine en Irak faisait partie des enjeux qui différencient les parties en lisse dans la présente élection.
En fait, parlant de la droite américaine, elle doit justement son pouvoir à tous ces Américains de gauche qui ont préféré affaiblir les Démocrates en appuyant Ralph Nader, avec le résultat qu’on sait : les faucons du clan Bush doivent leur victoire à la Cour suprême des États-Unis et à cette frange intransigeante de la gauche dont se réclame M. Cantin! Il en est de même pour tous ces Français de gauche qui, sans se demander ce qui en résulterait, se sont éparpillés chez les candidatures trotskiste, communiste, vert et autres, si bien que le socialiste Lionel Jospin a dû suivre à la maison un deuxième tour mettant aux prises la droite et l’extrême droite. Bravo pour les convictions! Tiens, Lionel Jospin, un autre «néolibéral», je présume?
Alors, M. Cantin, si l’UFP connaît aujourd’hui le succès que vous lui souhaitez et que la dure règle de l’alternance persiste, nous risquons d’en avoir pour 8 ou 9 ans de coupures libérales motivées non plus par l’interruption de la croissance de notre gigantesque dette mais bien par l’obsession de couper les impôts à tout prix, quitte à réduire le rôle de l’État à peau de chagrin. Et pendant que vous suivrez tout cela à la télévision, M. Cantin, les militantes et militants péquistes trimeront dur pour porter à bout de bras le projet souverainiste. Bravo pour les convictions!
On verra bien si le travail acharné de la base militante du Parti Québécois fera mentir les sondages. Chose certaine, les faits vous font déjà mentir, M. Cantin, et l’avenir en fera autant, quoiqu’il advienne ce soir.
|

Élection 2003
| Élections provinciales
Charest surmontera-t-il le handicap historique des libéraux?
Paul Cliche Membre de l'Union des forces progressistes
LE DEVOIR samedi 12 et dimanche 13 avril 2003
Il n'y a eu que trois élections sur les 36 tenues depuis 1867 où l'alignement des partis en lice a eu des ressemblances notables avec celles de 2003. Ce sont celles de 1935, 1944 et 1970.
Lors des premières de ces trois élections, celles de l935, les deux partis traditionnels (libéral et conservateur) s'affrontaient de nouveau, mais la naissance de l'Action libérale nationale (ALN) a changé la donne en quelques mois, tout comme l'ADQ l'a fait l'an dernier. En début de campagne cependant, conservateurs et ALN ont conclu une alliance en décidant de ne pas présenter de candidats l'un contre l'autre.
C'est ainsi que la coalition s'est rendue aux portes du pouvoir, que la fusion des deux partis a été consommée quelques mois plus tard au profit du chef conservateur, Maurice Duplessis, et qu'est née l'Union nationale, qui a renversé le régime libéral de façon décisive au scrutin de 1936. Cet épisode ne peut évidemment pas s'appliquer à la situation actuelle à cause de la coalition des deux partis d'opposition.
Par ailleurs, les élections de 1970, qui ont amorcé le déclin définitif de l'Union nationale, ont aussi donné lieu à l'affrontement de trois partis ayant des assises nationales comme aujourd'hui. En plus de l'Union nationale, qui avait repris le pouvoir en 1966 sous le leadership de Daniel Johnson, il y avait le Parti libéral, sous la direction de son nouveau chef, Robert Bourassa, et le Parti québécois de René Lévesque, qui en était à son baptême de feu électoral.
Était aussi en lice le Ralliement créditiste qui, solidement implanté dans certaines régions rurales, voulait répéter à Québec l'exploit que son fondateur, Réal Caouette, avait accompli en faisant élire près d'une trentaine de députés sur la scène fédérale quelques années plus tôt.
Les libéraux se sont alors nettement distancés de leurs adversaires. Avec une récolte de 45,4 % des suffrages, ils se sont fait attribuer 66,7 % des sièges, suivis de loin par le Parti québécois qui, avec 23,1 % des voix, n'a obtenu que 6,5 % des sièges; l'Union nationale a eu 19,6 % des voix et 15,7 % des sièges; quant à eux, les créditistes, avec 11,2 % des voix, ont remporté 11,1 % des sièges.
Ces résultats démontrent qu'il n'y a pas de similitude avec la situation actuelle. Mais ils constituent une parfaite illustration des distorsions aberrantes causées par le scrutin majoritaire.
Les élections de 1944 : un tiers parti fortement sous-représenté
Les élections de 1944 ont opposé principalement le Parti libéral d'Adélard Godbout, qui avait exercé le pouvoir pendant la guerre, à l'Union nationale de Maurice Duplessis.
La principale ressemblance avec la campagne en cours est la présence de plusieurs tiers partis, dont un, le Bloc populaire, avait autant d'importance dans le paysage politique du temps que l'Action démocratique aujourd'hui. Une deuxième ressemblance aurait pu s'appliquer si des résultats serrés avaient donné lieu à un renversement de la volonté populaire.
Pour la première fois dans l'histoire des élections provinciales, quatre tiers partis étaient en lice. Le principal, qui a présenté des candidats dans 80 des 91 circonscriptions, était le Bloc populaire, formation nationaliste réformiste née lors de la crise de la conscription, qui était dirigée par André Laurendeau.
C'était la première fois au Québec qu'on testait la capacité du scrutin majoritaire d'imposer pratiquement le bipartisme. Ce test devait être concluant. Le Bloc populaire, qui avait le vent dans les voiles pendant les mois précédant les élections, espérait même obtenir le tiers des votes.
Comme c'est le cas en 2003, on prévoyait une lutte à trois. Mais la nouvelle formation, mal organisée dans plusieurs régions, a vu son étoile pâlir au fur et à mesure du déroulement de la campagne. Plusieurs de ses sympathisants résolument nationalistes se sont finalement repliés sur la position autonomiste de l'Union nationale, comme aujourd'hui bon nombre de souverainistes progressistes le font avec le PQ, de crainte que les libéraux ne se retrouvent au pouvoir. Ainsi, le Bloc populaire n'a finalement recueilli que 15,2 % des suffrages, ce qui ne lui a valu que quatre députés (4,4 % des sièges), tandis qu'un candidat socialiste (CCF) était élu dans Rouyn-Noranda.
Le principal point saillant des élections de 1944 a toutefois été le renversement de la volonté populaire, car le Parti libéral, qui s'était classé premier dans les suffrages avec 40 % des votes contre 38,2 % pour l'Union nationale, s'est fait reléguer dans l'opposition avec 11 députés de moins.
C'était la première fois qu'un tel phénomène se produisait au Québec. Il s'est répété en 1966 et en 1998. À noter qu'il ne s'est jamais produit à Ottawa.
Les libéraux en voie de surmonter le handicap qui les affecte depuis 1944
On sait que ce phénomène est attribuable au handicap dont le Parti libéral souffre parce que ses appuis les plus massifs sont concentrés dans les circonscriptions à forte composante anglophone et allophone de Montréal ainsi que dans l'Outaouais et certains secteurs des Cantons-de-l'Est et de l'ouest de la Montérégie. Selon les calculs effectuées par le politologue Louis Massicotte, de l'Université de Montréal, il aurait fallu, en 1998, quelque 300 000 voix (7,5 % des suffrages globaux) de plus au PLQ pour qu'il se fasse attribuer le même nombre de sièges que le Parti québécois.
En 1966, par exemple, les libéraux de Jean Lesage, qui avaient obtenu 150 000 voix (6,5 % des suffrages globaux) de plus que l'Union nationale de Daniel Johnson, s'étaient fait attribuer six sièges de moins. Ce handicap libéral, qui remonte à 1944 -- jusqu'en 1935, il affectait les conservateurs --, a joué un rôle important dans le résultat de plusieurs élections depuis, et encore une fois en 1998, alors qu'il a été responsable d'un troisième renversement de la volonté populaire en 15 scrutins généraux.
Ainsi, les libéraux sont assurés, de scrutin en scrutin, d'un coussin appréciable de plus d'une trentaine de circonscriptions qu'ils remportent avec de fortes majorités. Mais ils tirent souvent de l'arrière de façon prononcée dans l'ensemble des 85 circonscriptions à forte prédominance francophone qui font et défont le gouvernement et où les majorités sont beaucoup moins substantielles. Les péquistes, au contraire, ne possèdent pratiquement plus de forteresses, comme l'ont démontré les dernières partielles. Leur position est fragile, comme l'a prouvé l'ascension inattendue de l'ADQ en 2002, qui a menacé de les faire presque disparaître de la scène parlementaire. Mais ils peuvent rebondir plus facilement, comme ils l'ont prouvé depuis décembre dernier.
Toutefois, les sondages Léger Marketing et CROP publiés jeudi indiquent que la légère avance que les libéraux avaient prise sur le Parti québécois depuis le débat des chefs, remporté par Jean Charest, se serait amplifiée ces derniers jours. À un point tel que ce parti serait en voie de surmonter le fameux handicap, tout comme Robert Bourassa en 1970, 1973, 1985 et 1989 ainsi que Jean Lesage en 1960 et 1962.
Le meilleur indice qu'une victoire libérale est possible -- certains diront probable -- est le fait que l'avance du PQ sur les libéraux, qui était de 14 points ces derniers jours, a été réduite entre cinq à dix points, selon les deux sondages.
Une fois que les libéraux ont surmonté leur handicap, ils engrangent de généreux dividendes; on assiste alors à un transfert massif de sièges en leur faveur. C'est donc dire que si l'écart en faveur du Parti libéral dans les suffrages venait à dépasser 7 %, on verrait basculer plusieurs circonscriptions péquistes dans son giron à chaque nouveau point d'avance. Ainsi, en 1989, les libéraux, avec une majorité de 9,7 % sur le PQ dans les suffrages, s'étaient fait attribuer 73,6 % des sièges même s'ils en avaient perdu momentanément quatre aux mains du Parti Égalité dans leur forteresse de l'ouest de Montréal.
L'effet de nuisance de l'ADQ jouera un rôle important
Il ne faut pas non plus exclure la possibilité d'un gouvernement minoritaire où l'ADQ, malgré un nombre restreint de députés, détiendrait la balance du pouvoir. Il faut surtout tenir compte du fait que dans une campagne électorale où un tiers parti fort est en lice, un facteur revêt une importance presque aussi capitale que la proportion de votes obtenue par chaque parti au niveau national. C'est l'effet de nuisance que ce dernier peut avoir sur les deux principaux partis.
En 1944, par exemple, le Bloc populaire avait joué un rôle important sous cet aspect, de même que le Rassemblement pour l'indépendance nationale en 1966. Dans les deux cas, le phénomène avait défavorisé le Parti libéral, qui avait été devancé par l'Union nationale en ce qui a trait au nombre de députés, même s'il avait recueilli plus de votes que son adversaire.
Si les effets classiques du scrutin majoritaire à un tour sont bien connus, on oublie souvent qu'une autre caractéristique de notre système électoral peut jouer un rôle aussi crucial et rendre les résultats souvent imprévisibles, surtout lorsqu'il y a plusieurs partis en lice. C'est le découpage du territoire national en 125 circonscriptions locales où se déroulent autant d'élections distinctes dont l'issue dépend de multiples impondérables qui réservent souvent des surprises. On peut donc s'attendre à ce que cela se produise dans un certain nombre de circonscriptions lundi. C'est ainsi, par exemple, que le chef unioniste Daniel Johnson avait expliqué sa courte victoire en 1966.
Les nombreux changements survenus depuis le 12 mars dernier démontrent une fois de plus que les campagnes électorales peuvent être déterminantes. Qu'on se rappelle notamment celle de 1984 sur la scène fédérale, où les libéraux de John Turner étaient partis vainqueurs mais où les conservateurs de Brian Mulroney avaient en bout de course remporté une victoire sans précédent.
|

Élection 2003
| Le Québec aux urnes
Changement de décorLe débat des chefs aura été un tournant dans la campagne
Michel David
LE DEVOIR samedi 12 et dimanche 13 avril 2003
Le résultat des élections de 1998 avait tout simplement cristallisé la situation issue à la fois des élections de 1994 et du référendum de 1995. Les Québécois avaient alors choisi de maintenir le PQ au pouvoir tout en s'assurant qu'il ne puisse en faire plus qu'offrir un «bon gouvernement» provincial.
Si Jacques Parizeau était resté en poste après le référendum, il y a fort à parier que les libéraux l'auraient emporté, mais les Québécois avaient trop aimé Lucien Bouchard pour ne pas vouloir voter pour lui au moins une fois, malgré les très dures compressions budgétaires qu'il leur a imposées pour atteindre le déficit zéro.
La victoire de 1998 était une sorte de prix de consolation, comme celui qu'ils avaient offert à René Lévesque en 1981. De toute manière, Jean Charest ne faisait pas le poids devant Bouchard. Pas plus que Claude Ryan face à René Lévesque.
Une victoire péquiste, lundi soir, ne ferait que perpétuer le cul-de-sac des dernières années. Jusqu'au débat télévisé du 31 mars, la population semblait résignée à s'en accommoder dans la mesure où la méfiance à l'endroit de Jean Charest l'emportait sur son désir de changement et où l'ADQ démontrait un peu plus chaque jour son inaptitude à gouverner. Les Québécois ne sont pas disposés à bazarder l'héritage de la Révolution tranquille. Ils souhaitent simplement un changement de décor.
Si M. Charest devient premier ministre, comme le laissent prévoir les derniers sondages, il faudra ajouter ce débat à la courte liste de ceux qui ont bouleversé le cours d'une campagne électorale. Il est vrai que les sondages se sont souvent trompés au cours des dernières années, mais ce serait bien la première fois qu'ils sous-estiment le vote péquiste.
Il reste à voir l'effet qu'ils auront sur l'électorat. L'effet bandwagon, qui en pousse plusieurs à se ranger dans le camp du vainqueur présumé, est bien connu, mais la perspective d'un gouvernement libéral mènera peut-être certains souverainistes à surmonter leur scepticisme à l'endroit de l'union confédérale de Bernard Landry. D'autres, au contraire, pourraient décider qu'ils n'ont plus rien à perdre à laisser libre cours à leurs sympathies de gauche et voter UFP. Dans Mercier, par exemple.
Un excès de confiance de la part des électeurs libéraux paraît moins probable dans la mesure où l'organisation du PLQ a toujours réussi à «faire sortir le vote», même quand la victoire semblait plus assurée qu'elle l'est à l'heure actuelle.
La preuve par l'absurde
Après avoir vu la mort de près à la suite des élections partielles du 17 juin 2002, les militants péquistes ont été littéralement transportés au cours des derniers mois par la perspective d'un véritable miracle. Une défaite serait d'autant plus amère, mais plusieurs avaient déjà commencé à se faire à l'idée qu'un retour dans l'opposition pouvait aussi comporter des avantages.
Le dernier sondage Léger Marketing-Le Devoir indique que 65 % des partisans péquistes ne croient pas à la tenue d'un référendum sur la souveraineté au cours d'un éventuel prochain mandat, et la possibilité que le PQ en obtienne un quatrième de suite est pour le moins incertaine.
M. Landry aurait beau présenter le plus beau «plan de transition vers la souveraineté», plusieurs estiment que Jean Charest, comme Robert Bourassa avant lui, demeure le plus apte à refaire la preuve par l'absurde qu'il est impossible de renouveler le fédéralisme canadien dans le sens des aspirations du Québec.
Le professeur que M. Landry s'est toujours flatté d'être ne nierait sûrement pas les vertus pédagogiques de la répétition. À ceux qui lui reprochaient de répéter continuellement à quel point son bilan était bon, il expliquait que la population finirait bien par le croire. Il aura d'ailleurs eu raison, même si ça ne suffisait pas à le faire réélire.
Déjà, le modeste bureau sur le déséquilibre fiscal, dont M. Charest a proposé la création, suscite des réserves dans les autres provinces. Qu'est-ce que ce sera quand il s'agira de mettre sur pied un conseil de la fédération, comme le recommande le rapport Pelletier ?
Le chef du PLQ croit sincèrement que sa connaissance intime du Canada anglais et les relations étroites qu'il a pu établir avec ses dirigeants lui confèrent un avantage que ses prédécesseurs n'avaient pas. L'arrivée de Paul Martin contribuera sans doute à améliorer le ton des discussions, mais elle ne résoudra pas le problème de fond, auquel M. Charest devra faire face tôt ou tard, peu importe les arrangements de nature administrative qu'il pourrait conclure : le reste du pays n'acceptera jamais de reconnaître au Québec un statut de nation associée, sans lequel la souveraineté demeurera une tentation permanente.
Les leçons du passé
S'il peut éviter de s'enliser dans les défusions, M. Charest jouira néanmoins d'un certain répit. Après les élections de 1985, les chicanes au PQ, qui ont culminé dans le putsch contre Pierre Marc Johnson, ont valu deux années de relative tranquillité aux libéraux de Robert Bourassa.
Il semble douteux que la paix signée au conseil national de Gatineau, en septembre dernier, puisse être maintenue. Les péquistes se sont serré les coudes à l'approche des élections, mais plusieurs estiment urgent de stopper la dérive vers l'union confédérale, dont parle continuellement M. Landry, sans jamais en préciser les contours.
Immanquablement, un retour dans l'opposition ranimerait le vieux débat entre radicaux et modérés, lointains héritiers du RIN et du MSA, qui rythme la vie du PQ depuis sa fondation. Aucun des aspirants officieux à la succession de M. Landry, que ce soit Pauline Marois, François Legault ou André Boisclair, ne fait partie de l'école des «impatients», mais ils devront composer avec eux.
Il ne faudrait surtout pas croire que la récente mésaventure de Jacques Parizeau, dont l'irruption dans la campagne a peut-être été le point tournant, va le rendre plus discret. Aux yeux de plusieurs, il demeure le chef spirituel du PQ.
C'est la résurgence du débat linguistique, centré à l'époque sur la question de l'affichage, qui a permis au PQ de reprendre l'offensive après la défaite de 1985. Depuis plus de 30 ans, le phénomène est cyclique : quand le PQ se retrouve dans l'opposition, une application politique du principe des vases communicants fait en sorte que la langue sert d'exutoire au trop-plein d'énergie qui ne peut être consacré à la promotion de la souveraineté. La question linguistique a été totalement absente de la campagne qui s'achève, mais les défusions offriraient au PQ une occasion en or de la remettre à l'ordre du jour.
Au suivant...
Partir sur une défaite n'est jamais très réjouissant, mais il y a tout de même des degrés dans la tristesse. La semaine dernière, M. Charest confiait n'avoir aucune difficulté à entrevoir un avenir heureux, en dehors de la politique, mais il n'a jamais prévu la quitter à 44 ans, sans avoir jamais rien gagné.
En 1998, plusieurs étaient d'avis qu'il devait partir, mais personne n'était en mesure de lui forcer la main. Et pour le remplacer par qui ? Si, contre toute attente, le PQ l'emportait lundi, M. Charest ne traînera pas longtemps dans le paysage. Une défaite dans son comté lui faciliterait même les choses, comme ce fut le cas de Robert Bourassa en 1976.
M. Landry a déjà une carrière exceptionnelle derrière lui. À défaut de faire la souveraineté, il a réalisé son ambition de devenir premier ministre. Il pourra partir avec la satisfaction d'avoir sauvé son parti d'un naufrage qui risquait de l'emporter corps et biens, sachant surtout que le mouvement souverainiste demeure bien vivant.
Contrairement à M. Charest, on le laissera choisir son heure. Un choix lourd de conséquences : un départ plus hâtif donnerait à Pauline Marois, qui a déjà une longueur d'avance, une sérieuse option sur sa succession. Plus M. Landry s'attarderait, plus les chances de François Legault augmenteraient.
Quand il a lui-même succédé à Lucien Bouchard, il a clairement laissé entendre qu'il favoriserait Mme Marois quand viendrait son tour de partir. En lui confiant la direction de l'organisation, il lui a permis d'accroître son emprise sur le parti. Dans les semaines qui ont précédé le déclenchement des élections, elle a multiplié les rencontres avec les dirigeants locaux et régionaux. Même des partisans de François Legault ont reconnu avoir été impressionnés par le dynamisme de Mme Marois.
Si le PQ est battu, la course au leadership commencera dès mardi matin, et elle sera sans merci. On a fait une trêve pour la durée de la campagne, mais il n'y a aucune amitié entre la vice-première ministre et son collègue de l'Éducation. La campagne n'était pas encore commencée que les partisans de Mme Marois reprochaient déjà à M. Legault de ne pas assumer pleinement les responsabilités qui lui incombaient à titre de responsable du financement.
L'avenir de Mario
Mario Dumont n'oubliera jamais le calvaire qu'il a vécu au cours des dernières semaines. Après les espoirs qu'avaient fait naître les élections partielles du 17 juin, la déception sera immense, mais il aura beaucoup appris.
Selon les résultats de lundi, il aura tout le loisir de décider s'il a envie de continuer ou s'il ne serait pas mieux de s'absenter quelque temps. De toute manière, son poste ne sera pas très convoité.
Il se peut toujours qu'un extraordinaire concours de circonstances lui confère la balance du pouvoir, mais c'est à se demander si ce serait un bon service à lui rendre. Au delà de son programme et des ratés de son organisation, la campagne a révélé des lacunes intellectuelles que le chef de l'ADQ aurait intérêt à combler. Trop occupé à faire de la politique, presque depuis l'adolescence, il n'a peut-être pas suffisamment pris le temps de réfléchir, préférant emprunter des idées toutes faites à ceux qui font métier de penser.
Se ressourcer n'a d'ailleurs rien de déshonorant. C'est ce qu'ont fait tour à tour Robert Bourassa et Bernard Landry, ce qui leur a permis de connaître une deuxième carrière encore plus brillante que la première. Les Québécois n'ont pas rejeté celui qu'ils continuent affectueusement d'appeler Mario. Ils ont simplement jugé qu'il n'était pas prêt. À 32 ans, il a tout le temps d'attendre et de préparer des jours meilleurs.
mdavid@ledevoir.com
|

Élection 2003
| La campagne du PQ
Bernard Landry est inquietLe nouveau mantra du Parti québécois : faire sortir le vote
Tommy Chouinard
LE DEVOIR samedi 12 et dimanche 13 avril 2003
Le Parti québécois a lancé hier l'opération «Fierté». Le principe est simple: lancer un défi aux militants pour gagner des points. Un message audiophonique, enregistré hier matin par le premier ministre Bernard Landry -- au moment même où ont été publiés des sondages qui lui sont défavorables -- et envoyé aux 125 comités électoraux du Parti québécois, invite chaque militant à convaincre au moins trois indécis de se convertir au PQ ou alors, à tout le moins, de se rendre aux urnes lundi. Aucun prix n'est attribué au militant le plus assidu, sauf, bien entendu, une victoire de son parti. Si, et seulement si cet appel au vote porte fruits.
Faire sortir le vote, voilà le nouveau mantra du Parti québécois, l'élément déterminant identifié par le parti pour remporter le scrutin du 14 avril. Jamais ce cliché de la politique n'aura d'ailleurs été aussi vrai pour les stratèges du Parti québécois. Dans l'entourage du premier ministre Bernard Landry, c'est même devenu le mot d'ordre. Et depuis une semaine, le chef péquiste lance d'ailleurs lui-même des appels de plus en plus pressants aux militants afin qu'ils influencent le choix de leur entourage et les incitent à se rendre aux urnes.
Même si Bernard Landry ne les commente pas, il constate depuis quelques jours des sondages qui placent le Parti québécois en deuxième place, entre 5 et 8 % derrière le Parti libéral avant la répartition des indécis. Ces résultats pourraient justement aider le Parti québécois à faire sortir le vote, dit-on dans son entourage, puisque des électeurs péquistes qui ne seraient pas allés voter devant des résultats plus favorables au PQ seront sûrement plus prompts à faire leur devoir de citoyen alors que leur parti se retrouve deuxième.
Bernard Landry, fort de ses sondages internes qui montrent plutôt une lutte très serrée qui pourrait mener au scénario de 1998, veut montrer une assurance débordante et conserve donc une sérénité qui détonne avec son caractère généralement bouillant. Avant le déclenchement des élections, il répétait sans cesse aux militants péquistes qu'ils ne devaient pas pécher par excès de confiance. Il leur a même demandé de laisser de côté le slogan «On va gagner» pour adopter le plus humble «Il faut gagner». Aujourd'hui, c'est le chef péquiste lui-même qui aborde le scrutin de lundi avec une assurance qui traduit mal la réalité.
Cri du coeur
Des signes laissent toutefois deviner une certaine inquiétude chez le premier ministre. D'abord, alors qu'il prétend mener une «campagne la plus positive possible», Bernard Landry traite depuis peu des engagements du Parti libéral, notamment la loi-cadre sur les défusions, avec un vocabulaire qui se rapporte davantage à la réalité de la guerre en Irak : catastrophe, horizon atroce, désastre. Ensuite, il implore les militants de se rendre aux urnes et d'influencer le vote de leur entourage avec une insistance qui ressemble plus à un immense cri du coeur qu'à un appel au vote généralement lancé par un chef de parti en fin de campagne. Enfin, le premier ministre invite ses «compatriotes» à «bien réfléchir» avant de voter, à penser à ce que le Parti québécois a réalisé et aux «absurdités» proposées par le Parti libéral. Entre affirmer cela et intimider les électeurs, il n'y a qu'un pas que Bernard Landry n'a pas osé franchir. «Quand on a un bon gouvernement, on le garde», préfère répéter le chef péquiste à qui veut bien l'entendre.
Si le Parti québécois est élu, Bernard Landry promet une «continuité dynamique». Malgré neuf années au pouvoir, il y a toujours des idées au PQ, tente-t-il de démontrer. Le chef péquiste prend pour exemple le thème de la conciliation famille-travail, qu'il a d'ailleurs su imposer durant la campagne électorale. Or, ombre au tableau, il a dû surtout se défendre de ne pas avoir versé dans l'improvisation en proposant la semaine de quatre jours pour les parents ayant des enfants de moins de 12 ans.
Un mandat d'un gouvernement péquiste se déroulerait en trois temps : consolidation des services publics (en particulier la santé), atteinte d'une fiscalité compétitive (des baisses d'impôts seraient envisagées à compter de la deuxième année, si possible), effort accru pour le remboursement de la dette.
Si le PQ perd lundi, Bernard Landry pourrait bien ne pas se satisfaire du rôle de chef de l'opposition, surtout qu'il vient d'avoir 66 ans. La vice-première ministre Pauline Marois occupe un rôle de premier plan, non seulement au sein du gouvernement mais aussi au sein du Parti québécois. C'est la prétendante numéro un au trône.
Bernard Landry a toutefois suivi à la lettre sa stratégie de campagne pour n'avoir jamais à remettre en question son avenir politique. La première moitié de la campagne a consisté à révéler les idées du Parti québécois, particulièrement la conciliation famille-travail. La seconde a pris la forme d'une attaque en règle contre les engagements du Parti libéral, affirmant même qu'elles disqualifient Jean Charest du pouvoir.
C'est en mi-campagne que le vent a semblé tourner. Le débat des chefs n'a pas été une réussite pour Bernard Landry, et l'après-débat ne l'a pas été davantage. Les déclarations de l'ancien premier ministre Jacques Parizeau sont venues rappeler les mauvais souvenirs du référendum de 1995.
Et la souveraineté ? Bernard Landry aborde peu le sujet, se limitant à conclure ses discours sur ce thème pour soulever les militants. Le premier ministre cultive toujours l'ambivalence sur la tenue d'un référendum au cours d'un éventuel troisième mandat. Pourtant, l'ambivalence, c'est tout ce que le Parti québécois ne veut pas qu'un électeur exprime lundi.
|

Élection 2003
| Enjeux de campagne
Entre péquistes, libéraux et adéquistes, l'embarras du choix
Éric Desrosiers
LE DEVOIR samedi 12 et dimanche 13 avril 2003
-
Le Devoir termine la publication d'une série de bilans portant sur les grands thèmes de la campagne électorale. Aujourd'hui: économie et finances publiques.
Rarement aura-t-on vu trois partis politiques offrir des visions si différentes sur l'économie et la place que l'État doit y occuper, fait remarquer le professeur d'économie de l'Université du Québec à Montréal Pierre Fortin, à propos de la campagne électorale qui s'achève au Québec.
«Écoutez, c'est vraiment la démocratie à son meilleur. Trois possibilités s'offrent à vous lorsqu'il est question de finances publiques : soit l'on augmente les services publics, soit l'on réduit les impôts, soit l'on réduit son endettement. Il se trouve que ces trois possibilités sont justement représentées par les trois principaux partis. Les électeurs ne peuvent pas avoir de choix plus clair. On n'a pas vu ça depuis longtemps, ni au Québec, ni dans les autres provinces, ni même au niveau fédéral canadien ou américain.»
Avec pour contexte une économie québécoise affichant une santé qu'on ne lui avait pas connue depuis des lustres, et ce, en dépit d'une économie mondiale tourmentée, la bataille économique de cette campagne électorale n'aura exceptionnellement pas porté, cette fois-ci, sur les habituelles questions de chômage, de lutte au déficit, du déclin de Montréal ou du retard économique grandissant par rapport à l'Ontario. Elle n'aura pas moins été marquée par la peur de la spirale des coûts de la santé et le souci de ne pas perdre l'élan gagné durant les dernières années de croissance.
Santé et impôts
Dévoilé des mois avant le déclenchement des élections, le cadre financier du Parti libéral montrait, en matière de dépenses publiques, que si Jean Charest jurait de faire du réinvestissement dans le réseau de la santé sa «première priorité», il accordait presque autant d'importance aux baisses d'impôts des particuliers. Il promettait en effet, à ce chapitre, des baisses cumulatives d'un milliard par année pendant cinq ans, destinées principalement aux familles de classe moyenne avec enfants, pour une réduction totale de cinq milliards (ou 27 % en moyenne) en fin de mandat, comparativement à un investissement de 6,2 milliards supplémentaires pour la santé et les services sociaux.
Forcée, par la critique, à remettre aux calendes grecques son projet d'impôt à taux unique, l'Action démocratique de Mario Dumont s'est pour sa part contentée de promettre des baisses totales d'impôts d'environ 1,4 milliard. Se disant surtout préoccupée par le fardeau financier que représentera la santé dans 10 ou 15 ans, l'ADQ annonçait, en revanche, son intention de rembourser 10 milliards de la dette publique québécoise, la ramenant ainsi en cinq ans de 106 milliards à 96 milliards.
Le Parti québécois allait, quant à lui, suivre une tout autre voie. Privilégiant le maintien, sinon l'amélioration des services publics, notamment en santé et en éducation, il se disait prêt à laisser à la croissance économique le soin de réduire le poids relatif de la dette. Quant à de nouvelles baisses d'impôts, Bernard Landry en écartait l'idée, du moins pour la première moitié de son mandat.
Les trois partis devaient toutefois se rejoindre sur d'autres enjeux cruciaux, soit l'importance absolue à accorder au maintien du déficit zéro et l'engagement de mener au gouvernement fédéral une lutte féroce pour la réduction du déséquilibre fiscal.
Au secours des entreprises
Bien que validés par des «experts indépendants», les cadres financiers libéral et adéquiste n'ont pas manqué de s'attirer des critiques. On a particulièrement mis en cause le réalisme des promesses libérales de viser en même temps une augmentation des dépenses en santé et en éducation, une réduction des impôts et le maintien d'un budget équilibré, et accusé Jean Charest de rester bien vague sur les réductions que devront assumer les autres ministères.
«À elles seules, les réductions d'impôts promises par les libéraux équivalent grosso modo à l'effort consenti de 1996 à 1998 pour atteindre le déficit zéro, note Pierre Fortin. Cela peut être moins difficile à atteindre si l'économie poursuit sa croissance, mais si elle commence à marquer le pas, ce sera beaucoup plus compliqué.»
Les positions des uns et des autres se sont ressemblées également en matière de fiscalité des entreprises, les trois partis s'engageant à protéger, en ce domaine, l'avantage comparatif du Québec par rapport aux autres provinces canadiennes. Alors que le PLQ et l'ADQ promettaient d'exaucer le souhait des PME en abolissant la taxe sur le capital, le PQ rappelait que cela a déjà été fait à 50 % et affirmait qu'il n'était pas opposé à faire le reste du chemin. Si ce dernier a montré nettement moins de conviction que les deux autres partis sur la possibilité et l'utilité de «faire un grand ménage» dans les programmes de subventions et les congés fiscaux offerts aux entreprises, il n'a pas moins reconnu la nécessité de réduire le poids de la bureaucratie sur les compagnies.
Préjugé favorable
Ce préjugé favorable à l'égard des entreprises n'a pas surpris Pierre Emmanuel Paradis, économiste principal à la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante. «Les trois quarts des entreprises au Québec comptent quatre employés ou moins. Quels que soient les avantages de l'interventionnisme étatique, il est impossible d'avoir des mesures adaptées à chacune de ces petites entreprises. Mais l'impact négatif de la réglementation et de la bureaucratie, lui, est bien connu.»
«Il faut quand même reconnaître que, pour les entreprises de technologie de l'information et de multimédia, un peu de paperasse leur a rapporté beaucoup d'argent, rétorque Diane-Gabrielle Tremblay, professeure au département d'économie et de gestion à la Télé-université de l'Université du Québec. Puis, on préfère quand même qu'il y ait des règles et des contrôles dans les programmes d'aide.»
Aux dénonciations de Jean Charest concernant les généreux avantages accordés récemment à des multinationales comme IBM ou Alcoa, Bernard Landry répondra que de pareilles mesures sont nécessaires pour conserver ou créer des emplois de qualité au Québec. Aux accusations des chefs libéral et adéquiste d'avoir «présidé au pire désastre financier de l'histoire du Québec», avec des pertes de 13 milliards en deux ans à la Caisse de dépôt et placement, le chef péquiste rétorquera que les pouvoirs décisionnels du gouvernement ne s'étendent pas aux stratégies d'investissement de la société d'État et que les resserrements de ses règles de gouvernance viendront bientôt.
Poursuivant dans leur logique de déréglementation, adéquistes et libéraux en ont aussi appelé, en matière d'emploi, à un assouplissement de l'article 45 du Code du travail afin de faciliter aux entreprises le recours à la sous-traitance. Venant à peine de compléter leur propre révision du Code du travail, les péquistes ont plutôt lié, de leur côté, l'allégement du fardeau fiscal des entreprises au maintien d'emplois de qualité.
Des barrages, le privé et les régions
À toutes ces dispositions, les trois partis promettent d'ajouter d'autres mesures pour favoriser le développement économique. Au PQ, où l'on s'est fixé comme objectif de ramener le taux de chômage à 7,5 % en 2005, on compte par exemple sur le déploiement d'une «politique globale de l'exportation», la mise en branle «des plus importants chantiers énergétiques depuis la Baie-James» et le soutien aux secteurs de pointe de l'hydroélectricité, des technologies de l'information, de la biopharmaceutique et de l'aérospatiale.
Au PLQ, où l'on s'accorde dix ans pour hisser le Québec du 52e rang à la première moitié des 60 États américains et provinces canadiennes les plus riches par habitant, on promet l'adoption d'une politique-cadre favorisant l'établissement de «partenariats publics-privés», ainsi que la définition prochaine d'une «vision commune de l'innovation».
À l'ADQ, on rêve à la fois de barrages hydroélectriques et de plus grande place au privé. On fonde également beaucoup d'espoir sur la décentralisation des pouvoirs décisionnels et des ressources financières vers les régions. Quelles institutions locales bénéficieront de cette mesure ? L'ADQ laisse à chaque région le soin de le déterminer.
C'est une proposition que les deux autres partis se gardent bien de laisser sans réponse, le PLQ s'engageant à son tour à transférer plus de responsabilités aux municipalités régionales de comté (MRC) et le PQ rappelant que sa réforme du monde municipal visait justement un renforcement local et que son récent Rendez-vous des régions a permis de mettre en branle une toute nouvelle dynamique de développement régional.
«Comme toujours, les questions économiques ont assez largement dominé la campagne électorale, note Diane-Gabrielle Tremblay. Et comme toujours, les médias électroniques ont eu tendance à ramener le débat à un échange de phrases-punchs. Moi, ma surprise a été de voir qu'une question fondamentale comme la conciliation famille-travail a malgré tout réussi, pour la première fois, à se frayer un chemin.»
|

Élection 2003
|
Qui vote pour qui?
Cyberpresse et Marie-Claude Girard (La Presse) samedi 12 avril 2003
Le récent sondage CROP-La Presse sur les intentions de vote des Québécois réalisé du 2 au 9 avril suggère un profil des électeurs des trois principaux partis. En voici les traits principaux.
Parti québécois : Le PQ recueille la moitié de ses appuis chez les adultes d'âge moyen, les 35-54 ans. Il est aussi celui qui «performe» le mieux chez les 18-24 ans et 35-44 ans. Ceux qui s'apprêtent à voter pour le PQ travaillent à temps plein dans près de 60 % des cas. Les retraités forment près de 15 % des appuis péquistes. Le français est la langue la plus souvent parlée à la maison dans 99 % des cas.
Parti libéral du Québec : Il n'est pas faux d'associer le PLQ aux électeurs plus âgés. Plus du quart des sympathisants libéraux sont âgés de 65 ans et plus. Aussi, 40 % ont 55 ans et plus, près du double de la proportion pour les péquistes. Le parti est celui qui récolte le moins d'appuis chez les 18-24 ans et les 35-44 ans. De même, près de 30 % des gens qui l'appuient sont retraités. En proportion, il recueille moins la faveur des travailleurs à temps plein. Les deux tiers des sympathisants libéraux parlent habituellement français à la maison, 28 % l'anglais et 6 % une autre langue.
Action démocratique du Québec : La moitié des appuis à l'ADQ se trouve dans le groupe des 25 à 44 ans, plus du quart ayant entre 25 et 34 ans. Comme c'est le cas pour le PQ, l'ADQ recueille 58 % de ses partisans chez les travailleurs à temps plein. Cependant, il a deux fois plus d'appuis que les autres chez les travailleurs à temps partiel. Le français est la langue la plus souvent parlée à la maison dans la quasi-totalité des cas.
|

Élection 2003
|
A time to choose
The Gazette Saturday, April 12, 2003
Quebec after nine years under the Parti Québécois: We're still Canada's highest-taxed province and among the lowest in per-capita health spending. We get less than our share of private business investment. We have high drop-out rates. Our city administrations are starving. So are our libraries. Montreal's hospital planners can't get a straight answer from Quebec City. We do at least have language peace, and the provincial budget is balanced, if you accept the government's accounting.
Think how much better off we would be today if we had had, instead, two terms of a government that disdained the costly and divisive chimera of a sovereign utopia. A government that did not play favourites in the economy by writing cheques to big corporations. A government that was pro-Montreal, rather than one that pandered to the regions. A government alert to the looming demographic crisis of an aging population. A government truly open to the benefits of bilingualism and multiculturalism. A government eager to cut taxes and willing to pay down the debt that burdens us. A government willing to rethink the burdensome "Quebec model." A government aware that it works for the public, rather than the other way around. A government truly responsive to the real needs of all our diverse types of families. A government able to co-operate with Ottawa in common-sense ways, but ready to resist federal forays into heavy-handed paternalism.
There is no party quite like that, but Jean Charest's Liberals offer us hope of progress in most of these matters.
We are coming to the end of the most illuminating Quebec campaign in modern memory, and for that we all owe thanks - we won't say a vote of thanks - to Action démocratique du Québec. Mario Dumont's party has smashed the stale old framework in which every policy issue hinged on la question nationale; over the last couple of years he and the ADQ have made the other parties deal with other issues.
Many of the ADQ's ideas, from paying down the debt to day-care vouchers, seem to us - and to many voters - quite sensible. Other proposals, such as school vouchers, deserve a test, but that one in particular could not survive the counterattack of the vested interests: school unions, school boards, old parties. Overall, Dumont and his party appear to us not quite ready for prime time.
It's not clear how many seats the ADQ can hope to win. Few or none on Montreal Island, apparently, but they have some strong local candidates here and there around the province. They need a dozen seats to gain official party status in the National Assembly, a status that brings a regular chance to ask questions, money for research staff and so on. We believe that an official ADQ third party would be a very good thing for Quebec.
That leaves the Liberals. Their program is realistic and practical. Their campaign has given scant attention to Montreal, as they concentrate on swing ridings elsewhere. But a Charest cabinet would have to have a good cross-section of Montreal MNAs, including, we trust, fair numbers of anglophone and allophones, whose communities support the Liberals so strongly.
And finally: Some Montreal voters might think it's not worth turning out on Monday, since Liberal victories are assured in many island seats. But remember the last election: The PQ won a big majority of seats but actually collected fewer total votes than the Liberals. This greatly reduced the separatist party's moral authority on the key issue of Quebec's future. Every vote cast against the PQ, anywhere, will reduce that party's ability to call a divisive referendum, if it should win the most seats again.
|

Élection 2003
|
O lucky manJean Charest thrives on the campaign trail and his years of work in the regions of Quebec finally paid off
DON MACPHERSON
The Gazette Saturday, April 12, 2003
Did the U.S. generals in Iraq feel "the hand of God," as former Liberal leader Claude Ryan once called it?
Was it divine influence that caused them to pause their ground advance on Baghdad just long enough for Quebecers to turn their attention to the leaders' debate in another campaign at home?
Whatever it was, it gave Jean Charest one of several breaks he caught during the campaign.
Even without looking at the poll results, you could see in yesterday's Gazette which way the trend was running. There was a photo of Jean Charest playing at television news cameraman. And there was a story about Bernard Landry snarling personal attacks at one reporter after another. In more than one sense, the Parti Québécois leader seemed to be losing it.
With two days left until voting day, this decision desk is already declaring Charest the hands-down winner of the campaign.
Landry has shown that the aspect of politics he enjoys most is governing for the four years between elections. But it's in the 33 days of the quadrennial campaign that Charest thrives.
And in this one, he has shown that he can out-campaign opposition more formidable than Kim Campbell, against whom he made his reputation. In an earlier stroke of good fortune, he fell just short of wrestling from her the career-killing poisoned chalice that was the federal Conservative leadership in 1993.
The current campaign paid off the investment in hard work that Charest had put in, if not for all of the past five years as he now claims, then at least for the past few after he snapped out of the prolonged sulk that followed his defeat in the 1998 campaign.
His repeated tours of the province's regions gave him a confident grasp of local issues he was able to show on his campaign tour and in the debate.
And of the three major party leaders, he had the most experience at televised leaders' debates, acquired in federal as well as provincial politics.
But in addition to experience, hard work and a gift for campaigning, Charest had something else going for him in this campaign. He had the luck of his Irish forebears.
In the debate, he gambled by pre-emptively raising the municipal demerger issue in his opening statement instead of waiting for his opponents to do so. By doing so, he could have put himself on the defensive for the duration of the debate.
But in a stroke of luck for him, both his opponents were either so nervous or so dumfounded by his audacity that neither mentioned the issue again.
It was apparently Charest who made the final decision to address the issue in his opening statement. And it was his decision as well to take another risk by using in the debate an unverified fragment of a story from a Trois Rivières newspaper's Web site handed to him by his research staff less than an hour before the debate.
The story was about Jacques Parizeau's elaboration earlier in the day of his "money and ethnic votes" remark on the night of the 1995 referendum.
This time, Charest was doubly lucky. Not only was the accuracy of the story later confirmed, but Landry had not been made aware of it by either his own research staff or the PQ aides accompanying Parizeau. As a result, Landry was caught off-balance, and the momentum of the campaign was reversed.
And then there is the mere fact there was a debate. It was in the PQ's interests, since it was then in the lead, to find some pretext to duck the debate. For example, it could have insisted that the debate be staged in Landry's "national capital" of Quebec City instead of in Montreal, which would have been more expensive for the networks and a sure deal-breaker for TVA in particular.
But whether out of hubris or because the polls showed Landry's popularity was the PQ's biggest electoral asset at the time, he gave his opponents the opportunity to focus attention on the campaign and to debate him on an equal footing.
The debate became an object lesson for future front-runners, which is why it might be the last we see for some time. It was just Charest's luck (or was it the hand of God?) that we saw one when he needed it most.
dmacpher@thegazette.canwest.com
|

Élection 2003
|
Quebec's clear choice in a watershed election
The Globe and Mail - Saturday, April 12, 2003
Éditorial -
Quebec voters are the most subtile and sophisticated in the country. They rejected the Parti Québécois in the 1970s until it promised it would not take Quebec out of Confederation without first winning a referendum. That done, they voted in the revered René Lévesque.
But along with Mr. Lévesque came a strengthened commitment to his federalist bête noire, Pierre Trudeau. Next, Quebeckers rejected separation in the 1980 referendum, but subsequently re-elected Mr. Lévesque. Then, in the 1995 referendum, voters pulled back at the last moment, succeeding in shocking the rest of the country without withdrawing from it.
The last provincial election in 1998 underscored the collective genius of Quebec voters. Pollsters and pundits expected a smashing Lucien Bouchard victory, one that would lead quickly to a third referendum and a "Yes" vote. But the Quebec voter sent a fiendishly clever double message: electing Mr. Bouchard's PQ over Jean Charest's Liberals, but dumping cold war on another referendum by giving the Liberals the win in the overall popular vote.
The result enabled Mr. Charest to survive. It was as if Quebeckers were telling him: "You haven't proved your bona fides to us yet, but we want to give you enough encouragement to keep trying."
Which brings us to the crucial decision Quebeckers face Monday. Do they stick with a party mired in the past, riven by internal divisions and out of touch with a new generation of outward-looking francophones? Or do they opt for what amounts to a return to the politics of the normal -- where changes can be judged on their merits instead of being weighed on whether they're good or bad for the spent cause of sovereignty.
Typically, Quebeckers seem to be choosing wisely, betting on the future without condemning the past. A pre-election poll conducted by CROP Inc. for The Globe and Mail, La Presse and Le Soleil found that 51 per cent of voters are satisfied with the PQ government but that 57 per cent want a change. Mr. Charest and his party have shot up in popular support to the point where they could win a convincing majority (a fact they would probably rather not share with such a calculating electorate).
The PQ has provided adequate government since its return to power in 1994. The charismatic Mr. Bouchard and his finance minister and eventual successor, Bernard Landry, breathed some life into a failing economy, repaired the government's shaky financial foundations, balanced the budget and enacted enlightened child-care policies -- led by its $5-a-day day care program. Nobody should dismiss the PQ as a failed party or government: It cleaned up election financing in the 1970s; it secured the place of the French language sufficiently to remove the issue as an everyday concern; and it has been commendably innovative in social policy.
But the party also must answer for serious deficiencies. The Quebec health-care system has fallen into a deplorable state, even by the sorry standards of other provinces. And the PQ continues to run a high-cost administration, imposes some of Canada's heaviest taxes and has done little to reverse the brain drain that has depleted the province of considerable talent.
In dealings with Ottawa, Mr. Landry's personality and unchanging core beliefs ensure he will perpetuate the politics of confrontation -- the only federal-provincial policy the PQ really knows -- even though most Quebeckers long ago realized how costly and unproductive this can be. For him, almost any initiative is weighed first in terms of its value to the cause of sovereignty rather than to the well-being of the citizenry.
It's been more than 26 years, two failed referendums and an entire generational shift since Mr. Lévesque first led a relatively youthful gaggle of committed separatists, Mr. Landry among them, to power. Their insistence that the collective rights of francophones could only be ensured through independence resonated with people who feared the clout of Ottawa and who felt as if they were on an increasingly isolated French iceberg in a rising anglo sea.
This has not been the case for some considerable time, as waning support for the politics of separation shows. Today, a strong francophone business and professional class exudes confidence and demands a provincial government that will provide the kind of prudent, competent and co-operative leadership needed to underpin further growth and success.
The PQ isn't in a position to do what's necessary, because it has yet to figure out what life holds for it in an increasingly dynamic, multicultural Quebec, where French language and culture are no longer at risk. The party badly needs a thorough internal debate to clarify the role it is to play in the new Quebec. That debate has been suppressed by both Mr. Bouchard and Mr. Landry. Such gut-wrenching discussion is impossible for a party in power. The PQ needs to get off the road for a while if it is to find its way.
Mario Dumont and his Action Démocratique du Québec lack the gravitas to fulfill the desire for safe change and stability. That leaves Mr. Charest, a skilled political performer who won handily the televised leaders' debate nearly two weeks ago.
Back in 1998, when Mr. Charest was talked into abandoning the federal Tories to pick up the torch for the stumbling provincial Liberals, he warned: "The old grievances and endless bickering cultivated and perpetuated by the Péquistes serve only to sap our strength. Our economy and our future are held hostage to a political debate that costs us so very dearly."
Mr. Charest promises lower taxes and smaller, more efficient government and says he will plow more resources into health and education. But he has been careful to assure Quebeckers that their beloved social safety net will not be at risk in the hands of a moderate Liberal government. He has also borrowed a page from earlier nationalist Liberal leaders Jean Lesage and Robert Bourassa, vowing to fight for a new federal deal on equalization and transfer payments that gives the provinces a bigger share of taxes and more autonomy.
On the sensitive subject of why he should be trusted to defend Quebec's interests, Mr. Charest wraps himself in the cloak of the late Mr. Lesage, who launched the transforming Quiet Revolution in the 1960s after his return from federal politics.
We still have reservations about Mr. Charest. He is an adroit politician, and he did a competent job as the youngest of prime minister Brian Mulroney's ministers. But it remains to be seen whether he possesses the discipline, focus and toughness to lead Quebec through the changes necessary to bring it fully into the world of the global economy.
We believe, though, that Mr. Charest understands this is a watershed moment for Quebec, much as the one Jean Lesage faced more than four decades ago. It's time for the next generation to take the helm and cast off the tired politics of confrontation and the outmoded policies of yesteryear and embrace a brighter future within Canada. Mr. Charest offers that hope.
|

juifs
| Montréal
L’Hôpital juif impose «ses Pâques» au personnel
LCN Le 11 avril 2003 - Éric Yvan Lemay - Journal de Montréal
Dès mercredi prochain, il sera interdit d'acheter une cannette de Pepsi dans les machines distributrices de l'Hôpital général juif. Motif invoqué: c'est la pâque juive et le Pepsi n'est pas permis par la loi hébraïque.
«C’est illogique. À ce que je sache, l’hôpital est un endroit public», dit Massimo Tutino, un bénévole de l’hôpital. «Au moins, s’ils laissaient un ou deux endroits spécifiques où l’on pourrait en avoir.»
Mais l’hôpital est strict, toutes les distributrices seront fermées du 16 au 24 avril prochain.
«Il y a des Juifs très orthodoxes qui viennent ici. On ne veut froisser personne», dit la responsable des affaires publiques et des communications, Audrey Maman.
Pourtant, les Juifs ne représentent que 30% de la clientèle de l’hôpital, mais les aliments faits avec de la levure sont proscrits dans leur religion durant la pâque. Le Pepsi entre donc dans cette liste d’interdits puisqu’il est composé de sirop de maïs.
Pas de sandwichs
La direction fermera également toutes les machines à sandwichs. Seules trois distributrices seront mises à la disposition des usagers. Ces dernières ne contiennent que des chips et barres de chocolat cashers (autorisés par la religion).
Ironiquement, les distributrices à café resteront ouvertes puisqu’elles ont été certifiées cashers par le Conseil Rabbinique de Montréal. La direction indique toutefois que cette pratique existe depuis l’ouverture de l’hôpital. «C’est sûr qu’on ne mettra pas dehors quelqu’un qui arrive avec un Pepsi, mais on demande de respecter les lieux», dit Audrey Maman.
Contesté par les employés
Une position contestée par plusieurs employés. «J’ai plusieurs collègues qui ne peuvent rien acheter durant ces jours-là. Ça fait jaser pas mal», dit Nguyen Phi qui travaille depuis 15 ans au service de la buanderie.
«Ils devraient en laisser quelques-unes ouvertes», croit pour sa part Manikkan Loganathan, un Sri Lankais qui fréquente l’hôpital depuis plusieurs années.
«Ils ont le droit. C’est un hôpital juif après tout. Si les gens ne sont pas contents, ils n’ont qu’à aller ailleurs», croit toutefois Frances Belgrave, une résidente de Joliette en visite à Montréal pour la naissance de sa petite-fille.
|

Irak: la guerre
| Montréal
Non à la guerre... pour faire mal aux séparatistes!
LCN Le 11 avril 2003
Ottawa a décidé de ne pas participer à la guerre contre l'Irak dans le but de faire mal au mouvement séparatiste au Québec, soutient le major-général à la retraite Lewis MacKenzie.
M. MacKenzie, qui oeuvre aujourd'hui comme analyste dans les médias, a souligné que le premier ministre du Québec, Bernard Landry, a été obligé de féliciter le premier ministre Jean Chrétien pour avoir refusé d'aller en guerre parce que 83% des Québécois s'opposaient à une action militaire contre l'Irak. Or, ce geste va faire perdre des voix au chef du Parti québécois lors des élections de lundi parce qu'il a été perçu comme s'il adoptait la même position que les libéraux fédéraux, a déclaré M. MacKenzie dans une entrevue.
«Dans quel autre dossier pourriez-vous imaginer qu'un premier ministre québécois affirme: «Merci d'avoir pris une bonne décision, monsieur le premier ministre» (fédéral)? À cause de ce geste, le chef du Parti libéral, Jean Charest, se dirige vers la victoire aux élections, mais pour ce qui est de savoir si cela va rétrécir l'écart entre lui et M. Landry, personne ne le sait.»
Les libéraux fédéraux sont demeurés discrets durant la campagne électorale au Québec: une stratégie dont les observateurs politiques ont dit qu'elle était la meilleure à adopter pour M. Chrétien s'il voulait aider M. Charest à devenir premier ministre.
Pour sa part, le chef conservateur, Joe Clark, a lui aussi fait un rapprochement entre la politique du gouvernement fédéral au sujet de l'Irak et le Québec. M. Clark a ainsi accusé M. Chrétien d'avoir refusé de se joindre à la guerre pour ne pas heurter les Québécois.
M. MacKenzie a pris part à neuf missions de maintien de la paix dans certaines des régions les plus dangereuses du monde. Il affirme que le Canada n'est plus un gardien de la paix aujourd'hui. Le Canada compte moins de 300 casques bleus déployés à travers le monde aujourd'hui, comparativement à 5000 en 1992-93. «Nous sommes passés du premier au 36e rang mondial en matière de soutien aux opérations des Nations unies», a déploré M. MacKenzie.
L'armée a perdu ses pouvoirs depuis que le gouvernement a décidé de se concentrer sur la réduction de la dette, a-t-il indiqué.
Le succès de la tournée de M. MacKenzie dans l'ex-Yougoslavie en tant que chef d'état-major de la Force de protection de l'ONU l'a rendu célèbre au Canada. Son livre, The Road to Sarajevo, est devenu un best-seller au Canada anglais, dont a été tiré un documentaire qui a remporté un prix.
Il était en Alberta vendredi pour prononcer un discours à l'occasion d'une fête au Collège Olds, à Red Deer. (PC)
|

livres
| Essai
Alain Cognard, ou la confusion du pamphlétaire
Louis Cornellier
LE DEVOIR samedi 12 et dimanche 13 avril 2003
Titre VO : La Belle Province des satisfaits
Description : Alain Cognard, VLB, Montréal, 2003, 264 pages.
Il y a des livres qui ne devraient jamais paraître. La Belle Province des satisfaits d'Alain Cognard en est un. Présenté comme un pamphlet visant à secouer les Québécois léthargiques et à leur redonner le goût du débat politique, cet ouvrage est un salmigondis confondant qui part dans toutes les directions, parle de tout et de rien et finit par noyer sa thèse dans un fatras de digressions totalement débridées.
En lisant entre les lignes et entre les paragraphes, ce à quoi il faut bien se résoudre puisque se contenter de lire les lignes nous réduirait à n'y rien comprendre, on finit par saisir que l'essayiste se veut à gauche et indépendantiste, mais sa pensée est à ce point décousue que même si on partage certains de ses fondements, on ne peut qu'en décrocher après quelques pages.
Le Québec est plein de potentiel, semble-t-il écrire, mais tout y va pourtant plutôt mal, et il faudrait faire l'indépendance pour régler ça. Ce à quoi il ajoute que s'il faut faire l'indépendance, c'est pour devenir ce qu'on est, mais mon dieu qu'on fait dur. La thèse, un peu tordue, pourrait se défendre (le Québec fait dur parce qu'il est empêché de se développer), mais l'essayiste s'y enlise plus qu'autre chose.
De profondes carences
Dans un état des lieux qui souffre de profondes carences sur le plan de la grammaire du texte, Cognard traite de langue, d'éducation, de santé, des banques, de l'aéroport de Mirabel, du verglas, du port de Montréal, du toit du stade, de la violence faite aux femmes, des accidents de la route, des caries dentaires des enfants et j'en passe, le tout à la va comme je te pousse, dans un désordre à ce point impressionnant qu'on ne parle plus, ici, de réflexions en coq-à-l'âne mais bel et bien d'un capharnaüm rhétorique et idéologique. En bref, donc, n'importe quoi, et c'est sans compter les affirmations gratuites sur la qualité de notre langue, de notre télévision («proche du zéro absolu») et de notre système scolaire, entre plusieurs autres du même acabit. Sur le dernier aspect, d'ailleurs, je tiens à le rassurer : la plupart de mes étudiants, au collégial, ont une pensée plus cohérente que la sienne.
La forme pamphlet ne justifie pas tout et il faut posséder, pour s'y adonner avec efficacité, plus que les qualités qui conviennent à un gérant d'estrade sur la brosse.
Notre déception, devant ce désolant patchwork, est donc à la hauteur de nos attentes. Nous espérions beaucoup, en effet, de cet essai annoncé comme un électrochoc politique salutaire. Nous aurons eu, finalement, moins que peu.
|

Élection 2003
|
Une confiance inébranlable en notre peuple
Andrée Ferretti
TRIBUNE LIBRE dimanche 13 avril 2003
chers amis du réseau Pour le pays du Québec,
Je lis depuis midi les textes des Bourgault, Beauchemin, Bélanger, J.-M. Léger que nous transmet monsieur Robert Bertrand, sans doute pour nous encourager en cette veille inquiétante d'élection nationale.
Bien que je sois en gros d'accord avec leur contenu, je ne peux que vous dire que je les trouve un peu courts, si ce n'est même, sous certains aspects, erronés.
Même si je suis, et ne peux que l'être, absolument convaincue de la nécessité de la réélection, demain, du Parti québécois, je ne partage pas le défaitisme de ceux qui craignent que, hors ce parti au pouvoir, c'est la fin de la lutte pour l'indépendance. Peut-être, au contraire, sera-ce l'occasion de continuer la lutte avec des stratégies plus efficaces que celle de la seule lutte électoraliste. La panique qui s'empare aujourd'hui des souverainistes n'est-elle pas, à sa manière, une reconnaissance de l'échec de la stratégie péquiste de l'exercice du pouvoir comme puissance de mobilisation de notre peuple dans son engagement vers son indépendance nationale.
Je trouve très dangereux de lier si étroitement la lutte d'un peuple pour son indépendance à la lutte d'un parti qui n'a jamais craint de mettre l'option sous le boisseau pour accéder au pouvoir provincial.
OUI, quoiqu'il arrive demain, nous devrons et pourrons continuer à nous battre pour notre existence nationale.
Avec l'espoir que rien ne saurait nous abattre, je vous appelle à une confiance inébranlable en notre peuple, à sa volonté centenaire de survie, à son désir décennaire de plein épanouissement.
En toute solidarité,
Andrée Ferretti.
Un jour les Québécois seront indépendants
Allô Andrée,
comme je disais à un ami, italien comme moi, qui partage nos mêmes aspirations d'épanouissement et de liberté pour le peuple québécois, si demain les libéraux sont portés au pouvoir, surtout si très majoritaires, ce sera peut-être la meilleure chose qui pouvait arriver à la cause de l'indépendance.
En effet, il ne faudra pas grand temps avant que le libéraux ne commencent à dilapider les acquis du peuple au profit de puissances étrangères au peuple québécois.
Le peuple, s'apercevant alors qu'il a été berné par ces démagogues, réagira et se donnera enfin les moyens de l'atteindre.
Car, paradoxalement, un parti indépendantiste au pouvoir dans la province de Québec est automatiquement enfermé dans un carcan où la bonne conduite des affaires de la bourgade fait la preuve implicite de la non-nécessité de l'indépendance. Et s'il gère mal la bourgade, on dira qu'on ne peut lui confier plus grand. S'il essaie de démontrer la nécessité de faire l'indépendance on dira qu'il prêche pour sa paroisse (et souvent on l'accusera d'utiliser les fonds publics pour promouvoir "SON" option).
Quel dommage que les peuples, surtout le québécois, aient la mémoire si courte!
La question sous-jacente est: les Québécois arriveront-ils à faire l'indépendance démocratiquement? Car les nombreux ennemis de l'indépendance des Québécois utilisent des moyens anti-démocratiques! (Mon argent qu'Ottawa dépense pour nous contrer sans que cela ne puisse être comptabilisé comme aidant à une cause (référendaire ou autre) au détriment de l'autre, par exemple!).
Démocratiquement ou non, un jour les Québécois seront indépendants. J'espère seulement de pouvoir voir cela de mon vivant!
Alors, restons confiants! Les forces du mal ne peuvent que retarder l'oeuvre du bien!
Comme prix de consolation, regardez l'image fournie en annexe. Nom du fichier: "Si vous le rencontrez, frappez-le.jpg". - de Dominic Phillibert (pour agrandir - affiche)
Autorisation accordée sans restriction à quiconque voudrait utiliser mon texte.
ALP
Pierre Biacchi, TL 13.4.2003
|