Société générale de financement du Québec
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Dommage pour la SGF
Gérard Bérubé
Le Devoir jeudi 17 avril 2003
Perspectives Le téléphone ne dérougit pas à la Société générale de financement du Québec depuis mardi. Avec une équipe Charest ne ratant pas une seule occasion pour dénoncer l'interventionnisme économique sous la gouverne du Parti québécois, avec une équipe Charest retenant la SGF comme étant l'illustration de cette intimité décriée entre l'État et le développement économique, l'élection d'un gouvernement libéral fait craindre pour la suite des choses à la SGF. Si les remplacements à la haute direction ne font plus de doute, on s'attend également à ce que la mission de la société d'État soit à ce point dénaturée que le Québec perdra un bras industriel puissant. Et que la SGF ne deviendra plus qu'une créature hybride oeuvrant auprès des PME en région, et ce, en concurrence avec une institution privée - le Fonds de solidarité des travailleurs FTQ -- qui se déploie avec succès dans ce créneau.
Le téléphone ne dérougit donc pas à la SGF depuis l'élection du gouvernement libéral. Les appels viennent de ces partenaires, actuels et en devenir, qui se demandent ce qu'il adviendra de ce nouveau plan quinquennal de 12 milliards adopté par le conseil des ministres le 12 février dernier. Si ce plan ne tient plus, si le mode d'intervention particulier de la SGF ne tient également plus, si on délaisse les grands chantiers et la création de filières industrielles pour diriger le tout vers une aide à la transformation auprès des PME régionales...
Les appels viennent donc de ces DSM Biologics, filiale montréalaise du géant néerlandais de la biotechnologie qui s'est engagée, en janvier dernier, à retenir le sol montréalais -- lire le sol de Saint-Laurent, une nuance redevenue importante avec cet autre engagement sur les défusions -- plutôt que celui de Greenville, en Caroline du Nord, pour installer son usine de 460 millions. Le projet, qui vient apporter le chaînon manquant à l'émergence d'une filière en biotechnologie à Montréal, repose sur une participation de 30 % de la SGF. Les appels viennent aussi de ces partenaires dans l'autre filière, celle de la pétrochimie à Montréal-Est, impliqués dans la construction d'autant d'usines. Celle de 100 millions $US de Shell Chemicals, celle de 700 millions d'Interquisa et celle de 200 millions de Coastal. Ils viennent aussi de la suite à donner dans cette relance de 493 millions de la papetière Wayagamack, en partenariat avec Kruger.
Certes, on peut présumer que la fermeture des vannes ne touchera pas les engagements déjà pris de la SGF. Que ce sera le statu quo à ce chapitre et que la nouvelle politique de non-intervention sauce libérale vient stopper tous nouveaux engagements. Or on estime à une vingtaine le nombre de projets présentement à l'étude à la SGF et qui en seraient à l'étape finale des négociations. Il y a également ce nouveau fonds de capital de risque en biotechnologie introduit dans le budget Marois de mars dernier. Un fonds d'au moins 300 millions qui s'appuie sur une contribution de départ d'Innovatech, de la SGF et du Fonds de solidarité et sur une participation d'investisseurs privés. Tout est bloqué. Il y a recul dans ce démarchage auprès d'investisseurs privés, essentiellement américains, et arrêt des presses, le prospectus inhérent au lancement de ce fonds étant attendu pour la semaine prochaine.
Il y a cela, il y a cette incertitude. Mais il y a plus. Les manchettes ne retiennent que les trois grands échecs de la SGF. On pense à ce projet mal inspiré du Technodôme, mort-né. À celui, discutable, de Metaforia, ou à cette désillusion liée à la mise hors service de l'usine Magnola. Mais dans l'ensemble, les cinq premières années de la SGF ont donné naissance à 221 projets impliquant des investissements totaux de 10,6 milliards et une création de 56 000 emplois. Cette période a également mené à la création d'un puissant réseau international, comprenant 65 partenaires internationaux répartis dans 16 pays.
Les grandes estimations retenues, portant sur la période de quatre ans allant de 1998 à 2001, attribuent directement à l'action de la SGF au moins 15 % des emplois créés au Québec dans l'intervalle. On lui reconnaît également une contribution annuelle de 0,6 % au PIB québécois, soit une valeur ajoutée de près de cinq milliards se traduisant par des revenus additionnels d'au moins 1,2 milliard pour l'État. Et une forte participation à cette diversification de l'activité économique au Québec. Tout cela dans une mission articulée autour d'un impératif de rendement, la SGF devant dégager un rendement représentant au moins l'équivalent du coût des fonds empruntés par l'État.
Quant aux projets qui n'auraient pas vu le jour sans la présence ou l'intervention de la SGF, on pense à la relance de la Gaspésia ou à celle de la Wayagamack. Ou encore à DSM et à ces trois grands géants de la pétrochimie à Montréal-Est. Pour ne nommer qu'eux.
Dommage, donc.
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Caisse de dépôt et placement du Québec
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Scinder la Caisse? Au plan de la gestion des fonds, on devrait favoriser la séparation des tâches entre le pouvoir de mandater et celui d'exécuter
Serge Rémillard
La Presse jeudi 17 avril 2003
IL Y A eu et il y aura au cours des prochains mois encore beaucoup de suggestions et beau coup de débats concernant à la fois la mission de la Caisse, sa gouvernance et sa structure. Le rap port sur la gouvernance, publié en mars 2003 par la Caisse de dépôt et placement du Québec, est un pas dans la bonne direction. Mais autant que l'aspect opérationnel, la gestion des fonds mérite d'être revue.
Le pouvoir de mandater versus le pouvoir d'exécuter mérite d'être séparé en deux activités distinctes. Actuellement, les dirigeants de CDP Capital ont le loisir de gérer ou de faire gérer certaines classes d'actifs. Cependant, ils conservent le monopole de certains domaines de gestion, par exemple en ce qui a trait à la gestion des actions canadiennes, la gestion des obligations canadiennes, etc. Or, il est très difficile de l'interne, de décider de confier une partie du portefeuille à l'externe, de se délester ainsi d'une partie de l'actif. Il y a là de toute évidence un conflit d'intérêt. Même en prenant en compte les frais de gestion, il serait sain et profitable d'instaurer une concurrence entre la gestion interne et la gestion confiée à l'externe, ici même au Québec. Voilà qui aurait comme avantage de dynamiser tout le secteur de la gestion de fonds institutionnelle à Montréal.
Je suggère de séparer la Caisse de dépôt et placement du Québec, le dépositaire des fonds, de CDP Capital, le gestionnaire. Il y aurait, dans cette nouvelle structure, deux entités distinctes et autonomes. La première, la Caisse aurait pour mission de "faire" gérer les avoirs collectifs de ses déposants en recherchant le rendement de leurs capitaux dans le respect de leur politique de placement. La deuxième, CDP Capital, deviendrait un gestionnaire de fonds institutionnels autonome, dont la mission serait de gérer les fonds qui lui sont confiés par la Caisse mais aussi d'offrir à des tiers (ce qu'elle a déjà commencé à faire d'ailleurs), ses services de gestion, compétitifs tant du point de vue des coûts que de la performance et cela, dans le respect des normes de l'industrie, notamment celles de l'AIMR.
La Caisse aurait ainsi la responsabilité d'appliquer les politiques de placements des déposants, de choisir des gestionnaires, ce qui veut dire en clair que CDP Capital n'aurait plus, le cas échéant, l'exclusivité des avoirs des déposants actuels. Cette mesure aurait notamment comme avantage de permettre à la fois à la Caisse et à CDP Capital de ne plus dépendre l'une de l'autre pour leur survie. Dans les faits, CDP Capital à l'instar, des TAL et Jarislowsky Fraser de ce monde, aurait à affronter les lois du marché pour demeurer compétitive.
La Caisse accorderait à CDP Capital un délai raisonnable pour à la fois redresser sa performance et créer la liquidité nécessaire au retrait, s'il y a lieu de le faire pour certains capitaux. La Caisse aurait alors l'obligation morale de favoriser la gestion des actifs redéployés en territoire québécois. Tout comme la Caisse ne pourrait pas gérer à l'interne des capitaux sauf en ce qui a trait à la liquidité nécessaire à la gestion des avoirs des déposants.
Pour ce faire, la Caisse se doterait d'une organisation simple: le personnel serait réduit au strict minimum et compterait au sein de son équipe sur l'expertise de professionnels, notamment pour assurer les relations avec les déposants, l'analyse et le suivi des mandats de gestion, la répartition de l'actif ainsi que les politiques de placement, l'administration des mandats et la production des états financiers, ainsi que les relations avec les instances telles que l'Assemblée nationale et le Vérificateur général.
Le cas échéant, le conseil d'administration aurait à revoir la structure de l'organisation de la Caisse qui demeurerait une organisation dynamique et imputable. Les autres responsabilités dévolues au conseil demeureraient les mêmes notamment pour l'adoption des budgets, la nomination des officiers et leurs rémunérations et les responsabilités usuelles respectives. Le conseil d'administration serait composé de sept membres externes nommés par le gouvernement en consultation notamment avec la Carra.
Différence considérable
Il y a une différence considérable, dont on se doit de tenir compte, entre les besoins spécifiques de la Carra pour ses régimes de retraite versus les besoins du gouvernement pour ses régimes d'assurances. Les régimes de retraite doivent se doter d'une politique de placement de leurs capitaux qui doit impérativement prendre en compte la courbe démographique de ses adhérents et, par le fait même, gérer les périodes ou les dépôts annuels sont plus importants que les sorties et vice versa.
Mieux encore, la Caisse devrait être en mesure de pouvoir choisir différentes stratégies de gestion adaptées au profil de chacun de ses déposants. Par exemple, dans le cas de California Public Employees' Retirement System (CalPERS), un des plus importants régimes de retraite au monde, le conseil a choisi d'adopter une gestion passive et une gestion à l'externe basée sur notamment l'évaluation des besoins et la propension aux risques. La Caisse devrait avoir cette même marge de manoeuvre et cette souplesse quant au choix du style de gestion qui convient le mieux.
CDP Capital aurait comme actif de départ près de 100G $ (77,5 G $ d'actifs sous gestion en provenance de la Caisse et 22 G $ en provenance de tiers- rapport annuel 2002). La structure de CDP Capital serait quasi identique à ce qu'elle a actuellement, à l'exception des employés chargés des relations avec les déposants qui relèveraient de la Caisse.
Mais les structures et les modes de gestion devraient être adaptés à leur nouveau statut car les coûts se devraient désormais d'être compétitifs. Les budgets d'exploitation devront non seulement répondre aux besoins de gestion, mais également dégager des profits et ce, en concordance avec les ratios de l'industrie.
D'aucuns soutiendront que CDP Capital deviendrait, dans ces conditions, vulnérable et à la merci de la Caisse. Je dirais à ces personnes que l'épée de Damoclès n'est pas plus tranchante pour CDP Capital qu'elle l'est pour tout gestionnaire qui a à affronter la concurrence et à défendre sa performance. Il faudra faire table rase et redonner toute la confiance aux futurs dirigeants de la Caisse, lesquels auraient pour seule exigence ou condition d'avoir un parti pris favorable à CDP Capital, si ces derniers sont à la fois, compétitifs tant pour la performance que pour les coûts.
En conclusion, au niveau de la gestion des fonds de la Caisse, je favorise la séparation des tâches entre le pouvoir de mandater et le pouvoir d'exécuter. L'un des avantages de cette séparation des rôles serait de contrer l'intervention politique dans la gestion des placements. Les retombées économiques pour les adhérents aux régimes administrés par la Caisse passeraient par sa performance.
L'auteur a été premier-vice président Administration et Contrôle à la Caisse de dépôt et placement de 1989 à 1998 et président de la filiale Services Financiers de 1996 à 2000.
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Économie
| Selon le p.-d.g. du Fonds de solidarité FTQ, Pierre Genest :
Le Québec doit créer deux ou trois Bombardier
Claude Turcotte
Le Devoir jeudi 17 avril 2003
Pierre Genest, président-directeur général du Fonds de solidarité FTQ, n'est pas le genre d'homme à se péter les bretelles devant les progrès de l'économie québécoise qui, tout en étant réels, sont néanmoins trop lents pour permettre un rattrapage qui lui apparaît urgent en matière de productivité. «Les entreprises américaines sont nos plus féroces compétiteurs, et leur apparente capacité de croissance supérieure à la nôtre menace directement notre position concurrentielle», prévient-il.
Parlant hier midi au déjeuner de l'Association des MBA du Québec, M. Genest a soutenu qu'au cours de la prochaine décennie, il faudra créer deux ou trois grandes sociétés de l'envergure de Bombardier et de 40 à 50 autres entreprises de 200 emplois et plus, lesquelles constitueront le fondement de l'économie québécoise pour la création d'emplois. «Nous avons l'argent et l'expertise pour y arriver», a-t-il déclaré.
Le président du Fonds de solidarité FTQ voit surtout l'élargissement de cette base industrielle dans le secteur manufacturier. À l'instar de Bombardier, qui, par le passé, était un acheteur de petites pièces et de boulons alors qu'il achète maintenant des ailes entières, des trains d'atterrissage, etc., il faut créer quelques grandes entreprises comparables qui vont elles-mêmes entraîner le développement de nombreuses sociétés, lesquelles seront des intégrateurs et des fournisseurs. En attendant, convient-il, on trouve ici environ 200 entreprises dans l'industrie aérospatiale qui éprouvent des difficultés et qui se sentent en danger par suite des graves difficultés que connaît l'industrie de l'aviation à l'échelle mondiale.
M. Genest ne veut pas préciser dans quels créneaux manufacturiers précis il faudra mettre l'accent, mais il avance qu'il y a déjà, dans le portefeuille du Fonds de solidarité, quelques entreprises qui offrent un important potentiel de développement. Pour l'instant, selon lui, il est faux de «se mettre dans la tête qu'on va devenir le prédateur» au lieu d'être toujours la proie de grandes sociétés étrangères.
Une économie de PME
L'économie québécoise est une économie de PME et leur productivité est inférieure à celle des plus grandes sociétés. Au Québec, en 1999, 90,9 % des entreprises avaient moins de dix salariés, en comparaison de 75 % en Ontario et de 75,4 % aux États-Unis. Ce sont par ailleurs les sociétés de 200 employés et plus qui créent le plus de richesse puisqu'elles versent 64 % des salaires et contribuent à 70 % des expéditions et 86 % des exportations.
Ce qui inquiète particulièrement M. Genest, c'est la faible croissance du nombre d'entreprises de plus de 500 employés. À cet égard, la progression n'a été que de 0,8 % au Québec entre 1992 et 1999, régressant même de 0,8 % en Ontario tandis qu'elle augmentait de 18,5 % aux États-Unis. Par surcroît, nos grandes entreprises sont nettement plus petites que leurs concurrentes américaines.
Cette croissance plus lente du côté canadien ne s'explique pas par un manque d'ambition ou de détermination de la part de nos entrepreneurs, croit M. Genest, qui attribue cette situation à d'autres facteurs, tels la sous-capitalisation, la réticence à ouvrir l'entreprise à d'autres investisseurs, la faiblesse de l'équipe de direction, la mauvaise connaissance des marchés, le manque de main-d'oeuvre qualifiée, etc.
Le Fonds de solidarité FTQ exige qu'une entreprise ait un conseil d'administration solide avant d'y investir, non pas pour y avoir ses propres représentants mais pour s'assurer qu'il y ait des gens compétents pour appuyer la direction dans son travail. Il note à ce propos un véritable «blocage mental» de la part de propriétaires de PME qui préfèrent ralentir la croissance de leur entreprise plutôt que de l'ouvrir à des partenaires extérieurs. Un entrepreneur beauceron confiait même à M. Genest qu'ouvrir le capital de son entreprise à une autre personne serait un peu comme avouer ne pas être capable d'élever seul son enfant.
Pour aider les entreprises québécoises, du moins quelques-unes d'entre elles, à devenir de «nouveaux Bombardier», le Fonds FTQ aimerait pouvoir obtenir la permission d'offrir ses capitaux à des entreprises plus importantes que celles auxquelles elle peut le faire à l'heure actuelle, c'est-à-dire un premier investissement admissible dans une société dont l'actif est inférieur à 50 millions et dont l'avoir net est d'au plus 20 millions. Des pourparlers avaient été entrepris à ce sujet avec le gouvernement Landry et la même demande sera faite au nouveau gouvernement Charest.
Nouveau gouvernement
M. Genest a-t-il des craintes pour l'avenir du Fonds avec la venue de ce nouveau gouvernement? «Je ne suis pas inquiet du tout. Je suis allé trois fois à Sherbrooke pour annoncer des investissements et, à chaque fois, le député de Sherbrooke était là et il est venu me féliciter pour notre bon travail. Nous sommes un instrument pour la création d'emplois», a répondu le président.
Interrogé sur les positions du Parti libéral à propos de la Société générale de financement, M. Genest a mentionné qu'il avait toujours travaillé dans un milieu où il y avait plusieurs joueurs et que cela contribuait à devenir meilleur.
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Économie
| Le Pouls de l'économie
Le Québec s'est distingué en 2002 La croissance économique s'est située à 4,1 %, devant l'Ontario et le Canada
Marc Pinsonneault Économiste à la Banque Nationale
Les Affaires - Actualité et analyse, samedi 19 avril 2003
En 2002, la croissance économique du Québec s'est située à 4,1 % selon l'Institut de la statistique du Québec.
Cette performance surpasse nettement celle de l'Ontario (3,8 %) et du reste du Canada (2,5 %). En 20 ans, une telle conjonction n'était survenue qu'une seule autre fois, en 2000. Cette année-là, le Québec, avec une croissance de 4,7 %, avait devancé par des poussières la croissance de 4,6 % de l'Ontario et celle de 4,3 % du reste du Canada.
Des difficultés au pays
La domination québécoise sur le reste du Canada hormis l'Ontario en 2002 tient de la faiblesse persistante du secteur forestier en Colombie-Britannique, des difficultés climatiques dans les Prairies et de la baisse de régime du secteur du pétrole et du gaz en Alberta. En ce qui a trait à l'écart positif sur l'Ontario, la situation est examinée de plus près dans les lignes suivantes.
La demande totale
Les consommateurs ontariens ont mis un peu plus la main à la pâte que leurs homologues québécois. La croissance des dépenses a été de 3,3 % en Ontario, par rapport à 3 % au Québec. Par contre, cet avantage a été annulé par le fait que la partie des dépenses de consommation dans la demande totale est légèrement supérieure au Québec. En ce qui concerne la contribution à la croissance de la demande totale, on peut considérer qu'il y a un match nul sur le plan des dépenses de consommation.
Le Québec a nettement dominé dans le secteur de la construction résidentielle. Les mises en chantier ont crû de 54,8 % au Québec en 2002, par rapport à 13,4 % en Ontario. Pour ce qui est de contribution à la croissance de la demande totale, l'écart favorable au Québec est de 0,5 %. Par contre, les investissements des entreprises ont reculé de 5 % au Québec, alors qu'ils progressaient de 1,5 % en Ontario. L'accumulation de stocks par les entreprises a aussi été relativement plus importante en Ontario. La contribution des entreprises à la croissance économique a donc été nettement à l'avantage de l'Ontario. L'écart en faveur de cette dernière atteint 1 %.
Au total, le Québec surpasse néanmoins l'Ontario en raison des écarts favorables de 0,5 % et de 0,4 % sur le plan de la contribution des exportation nettes et des dépenses du gouvernement.
Quelques secteurs
En 2002, la construction résidentielle a contribué pour 0,3 % à la croissance économique au Québec, par rapport à 0,1 % en Ontario. La construction autre que résidentielle a aussi contribué davantage au Québec. Au total, le secteur de la construction a eu un apport supplémentaire de 0,5 % à la croissance économique au Québec. Autant dire que ce secteur est responsable de l'écart de croissance économique qui a favorisé le Québec en 2002.
Sachant à quel point la reprise de l'industrie automobile a été importante en Ontario en 2002, on aurait pu s'attendre à ce que le secteur manufacturier ait eu un impact beaucoup plus senti qu'au Québec. Ce ne fut pas le cas, l'apport de ce secteur à la croissance ayant été de 0,6 % dans chacune des deux provinces.
Au Québec, les secteurs des produits du bois et des meubles, en amont de la construction résidentielle, ont eu un apport de 0,3 % à la croissance économique au Québec, par rapport à moins de 0,1 % en Ontario. Cet écart favorable au Québec a compensé l'écart défavorable sur le plan de l'apport de la production de matériel de transport, en incluant l'automobile.
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La guerre en Irak
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La question française déchire l'administration américaine
Le Soleil jeudi 17 avril 2003
Washington - Les États-Unis réfléchissent à la politique à adopter à l'égard de la France après la position de Paris contre la guerre en Irak, certains membres de l'administration réclamant des mesures de rétorsion, tandis que d'autres voudraient tourner la page.
Ce sujet doit être abordé lors d'une rencontre aujourd'hui à la Maison-Blanche entre le secrétaire d'État Colin Powell, son homologue de la Défense Donald Rumsfeld et la conseillère pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice. Selon des responsables qui ont requis l'anonymat, l'administration américaine est fortement divisée sur le sujet, et il est peu probable qu'une position ferme soit prise lors de cette rencontre, toute décision dans ce domaine relevant du président Bush lui-même.
Les positions reflètent l'antagonisme traditionnel entre le département de la Défense, favorable à des mesures ciblées contre Paris, et les Affaires étrangères, soucieuses de ménager un pays allié et tourner la page des querelles sur l'Irak.
Deux "faucons", le secrétaire adjoint à la Défense, Paul Wolfowitz, et un conseiller du Pentagone, Richard Perle, souhaiteraient limiter le rôle de la France au sein de l'Otan, et la pénaliser dans l'attribution des contrats pour la reconstruction de l'Irak, selon ces responsables. M. Wolfowitz a récemment déclaré devant une commission du Congrès que Paris devrait "payer le prix" de son opposition virulente à la guerre en Irak au sein du Conseil de sécurité de l'ONU et à l'OTan avant que le conflit n'éclate.
Washington reproche au président français Jacques Chirac d'avoir menacé de mettre le veto de Paris à un projet de résolution qui aurait donné un feu vert explicite de l'ONU aux opérations en Irak. Les États-Unis ont également du mal à oublier l'activisme du chef de la diplomatie française, Dominique de Villepin, pour bâtir un front international contre la politique américaine vis-à-vis de l'Irak.
La réunion d'aujourd'hui se tiendra après une conversation téléphonique, mardi, entre les présidents Bush et Chirac, à l'initiative de ce dernier, la première en deux mois de brouille. La présidence française a qualifié cet entretien de "pragmatique". La Maison-Blanche a de son côté parlé d'échanges sur un ton "professionnel", laissant entendre que le climat restait encore frais entre Washington et Paris.
Pas question d'exclure Moscou
Par ailleurs, les États-Unis disent compter sur la Russie pour jouer un rôle dans la reconstruction de l'Irak, mais ils n'entendent pas garantir aux compagnies russes de contrats pétroliers en échange de l'annulation par Moscou de la dette de Bagdad.
"Nous ne cherchons pas à exclure la Russie de la reconstruction" de l'Irak, a assuré l'ambassadeur américain en Russie, Alexander Vershbow, tout en rejetant l'idée que la Russie puisse bénéficier de contrats pétroliers en échange de l'effacement de la dette irakienne. "Je pense que ces deux questions distinctes, d'un côté la dette et de l'autre les contrats de reconstruction et d'exploitation pétrolière, ne doivent pas être liées."
Le secrétaire adjoint américain à la Défense, Paul Wolfowitz, avait proposé à la Russie, la France et l'Allemagne d'aider l'Irak en effaçant sa dette. Le président russe Vladimir Poutine s'était dit prêt, vendredi, à examiner cette possibilité, Bagdad devant 8,5 milliards $ à Moscou. Le tout à condition que ses intérêts économiques soient respectés en Irak, avait cependant précisé lundi un responsable du ministère du Développement économique, sous le couvert de l'anonymat. Les autorités russes doivent notamment défendre les intérêts des compagnies pétrolières russes en Irak, en particulier ceux de Loukoïl, dont un important contrat signé avec Bagdad est remis en cause par la guerre.
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PLQ et la fédération
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D'abord Bagdad, puis Charlottetown
Michel Vastel
Le Soleil jeudi 17 avril 2003
Chronique politique - Avant de ranger dans le tiroir de son bureau de premier ministre du Québec les couteaux que ses prédécesseurs avaient l'habitude de poser sur la gorge des Canadiens, Jean Charest doit attendre deux confirmations. D'abord que Jean Chrétien a effectivement l'intention d'envoyer Stéphane Dion à Bagdad. Puis que ses homologues des autres provinces, à Charlottetown en août, se rallient à son idée de constituer un Conseil de la fédération.
Alors seulement se réalisera la prophétie de Mordecaï Richler : "Jean Charest est le dernier espoir du Canada..."
L'idée d'envoyer Stéphane Dion en Irak n'est pas de moi, mais de Jean Chrétien lui-même. Parlant de reconstruction de ce pays, et admettant que nous ne sommes pas les mieux placés pour rebâtir des ponts, le premier ministre a suggéré que nous exportions notre expertise constitutionnelle. "Certains pensent que les Irakiens auraient besoin d'une fédération, alors on pourrait leur apporter notre expérience d'une fédération décentralisée", a-t-il dit le 9 avril dernier.
La suggestion a fait sourire, bien entendu. Mais maintenant que la réforme du fédéralisme est un sujet tabou au Canada, bien des avocats et des professeurs d'université crient famine. L'expertise de Stéphane Dion sera d'autant plus précieuse à la fédération irakienne que celle-ci a son "problème kurde". Comment traiter une société distincte ? Comment "écraser" le séparatisme kurde ? Comment "faire souffrir" la province rebelle pour la soumettre au pouvoir central de Bagdad ? On pourra même leur concocter une petite Loi sur la clarté référendaire !
La défaite du Parti québécois pourrait donc précipiter la retraite de Stéphane Dion. Il en pressentait la nécessité depuis plusieurs mois puisqu'il nous parlait ouvertement des offres qu'il aurait reçues de plusieurs universités canadiennes. Le Parti québécois eût-il été réélu lundi que l'arrivée de Paul Martin à la tête du gouvernement fédéral en aurait sonné l'heure.
On retient de la prudente euphorie qui s'est emparée des fédéralistes au Québec que le déblocage attendu, dans les relations fédérales-provinciales, ne pourra se produire tant que Jean Chrétien lui-même, et son serrurier de service - le père de la Loi du cadenas [C-20] - seront au pouvoir à Ottawa.
Jean Chrétien a bien sûr raison de se réjouir de la défaite du Parti québécois, mais il n'a aucun droit de s'en féliciter puisqu'il a dû se cacher pendant cette campagne électorale. Voilà une contribution bien piteuse à la victoire des rouges ! Si on en croit certains rapports de presse, il aurait même eu le cynisme de souhaiter que le Bloc québécois reste fort au Québec : "Ça aide au financement du parti et ça aide les libéraux à se faire élire !" aurait-il dit.
Quelle belle façon de souligner ainsi le succès de Jean Charest, dont le Parti progressiste conservateur, en 1993 et en 1997, a été le premier à souffrir de cette polarisation de l'électorat québécois entre fédéralistes et souverainistes ! Quelle vision du fédéralisme que de souhaiter la vigueur de partis régionaux qui, par leur division, assurent le pouvoir à une sorte de parti unique et centralisateur !
Le premier ministre de l'Alberta, Ralph Klein, n'a pas seulement envoyé les félicitations d'usage à Jean Charest, qu'il connaît depuis 1991 alors que l'un à Ottawa et l'autre à Edmonton étaient ministres de l'Environnement dans leurs gouvernements respectifs. Il lui a personnellement fait savoir qu'il comptait sur lui à la prochaine Conférence des premiers ministres des provinces. Que va donc changer la présence de Charest à cette table des premiers ministres ?
Ralph Klein a eu l'élégance de rappeler cette semaine qu'il n'avait rien à reprocher à Bernard Landry, "un homme intelligent qui connaît bien ses dossiers". Mais il ne fait pas de doute que la présence d'un premier ministre du Québec fédéraliste, qui participera donc à toutes les réunions, dans tous les domaines, plutôt que de jouer la politique de la chaise visite, renforcera le front des provinces. Et cela arrive au moment même où une autre relève de la garde survient à Ottawa.
Certes, le dauphin, Paul Martin, responsable en tant que ministre des Finances d'une réduction catastrophique des transferts aux provinces, nie avec autant d'énergie que M. Chrétien lui-même l'existence d'un déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces. Mais le 1er avril prochain, il sera acculé au pied du mur.
En effet, les premiers ministres ont convenu, en février dernier, de mettre fin aux ententes actuelles sur le financement de la santé, de l'éducation post-secondaire et de l'assistance sociale le 31 mars 2004. Ce sera donc l'occasion de renégocier le fédéralisme fiscal avec de nouveaux joueurs, tant à Ottawa que dans plusieurs provinces, dont le Québec.
La coopération fédérale-provinciale n'est pas évidente quand elle est à la merci des changements de régime à Ottawa ou à Québec. Le premier test de Jean Charest viendra donc à l'occasion de la prochaine réunion des premiers ministres. Le fameux "Conseil de la fédération" proposé par Benoît Pelletier serait "le centre névralgique où le dialogue constant et la coopération entre les provinces et le fédéral permettraient de redéfinir et de faire évoluer nos relations économiques et sociales dans le sens d'une nouvelle vision canadienne fondée sur la codécision..."
Jean Charest n'a jamais ouvertement appuyé cette proposition. Elle ne faisait pas partie de son programme électoral. On peut tout de même se souvenir qu'elle se trouvait dans l'Accord de Charlottetown de 1992, proposée par un gouvernement fédéral dont il était membre.
Alors, Charest est-il vraiment "le dernier espoir du Canada" ? Cela dépend de lui... Et du Canada !
MVastel@lesoleil.com
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Élections 2003
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Le nouveau nationaliste
Katia Gagnon
La Presse jeudi 17 avril 2003
Un nouvel animal a fait son apparition lundi dans la jungle politique québécoise: le nationaliste de droite. Le Parti québécois a perdu plusieurs circonscriptions parce que des centaines d'électeurs lui ont préféré l'Action démocratique. Comment fera le parti du modèle québécois pour regagner le coeur de ces ex-partisans, pour qui nationalisme ne rime plus nécessairement avec social-démocratie?
Si les libéraux ont obtenu à peu près le même pourcentage des voix qu'en 1998, le Parti québécois, lui, a perdu près de dix points. L'ADQ, de son côté, a gagné presque sept points. Sans faire une adéquation parfaite entre les deux, on peut néanmoins en déduire qu'une partie d'électeurs péquistes ont opté pour l'ADQ. Résultat: en terme de voix exprimées, le PQ obtient son pire score depuis 1973. Le nombre élevé de circonscriptions remportées peut faire illusion, mais seulement 33 % des électeurs ont choisi le PQ.
La circonscription symbolique de cette tendance, c'est Rouyn-Noranda, où le ministre Rémy Trudel s'est fait battre par le libéral Bernard Daniel à cause du score plus que respectable obtenu par l'ex-bloquiste Pierre Brien, passé à l'ADQ. M. Brien représente d'ailleurs parfaitement ce nouveau nationaliste plus à droite, souverainiste, mais mal à l'aise avec les orientations sociales du Bloc et du PQ.
Le défi des quatre prochaines années, pour le Parti québécois, sera de reconquérir cet électorat, sans pour autant perdre son âme sociale-démocrate. Car par respect pour sa base, le PQ ne peut pas virer à droite. Les électeurs qui ont le coeur à gauche ont droit à une voix forte et plus réaliste que celle, marginale, offerte par l'Union des forces progressistes. Néanmoins, s'il ne veut pas continuer de perdre son électorat, le Parti québécois devra évoluer. Comment?
D'abord, en se questionnant sur le leadership. Bernard Landry a beau avoir sauvé son parti de la déroute, il est à lui seul l'incarnation du modèle québécois très interventionniste qui déplaît souverainement à une tranche d'électeurs. M. Landry est-il vraiment l'homme qu'il faut pour amorcer un vrai questionnement sur le sacro-saint modèle québécois? Car s'il se justifie souvent en matière sociale, la pertinence de ce modèle est nettement moins évidente sur le plan économique. Le désastre de la Caisse de dépôt et les déboires de la Société générale de financement en sont l'illustration la plus éloquente. Le Parti québécois devra revoir le dogme de l'interventionnisme, en évaluant chaque situation sous l'angle du gros bon sens.
Le modèle québécois sauce péquiste a également engendré deux autres réflexes fâcheux: la structurite et le mur-à-mur. Pour se donner l'illusion d'agir dans le dossier de la pauvreté, les péquistes ont adopté une loi-cadre, créé un observatoire. Des structures, puis, plus rien. Est-ce vraiment là de la social-démocratie? Et non seulement crée-t-on de nouvelles structures, mais on veut les imposer à l'échelle de la province. Si la fusion municipale s'imposait à Montréal et à Québec, valait-il vraiment la peine d'étendre cette politique à l'ensemble de la rive sud de la métropole, à Chicoutimi et Baie-Comeau? Valait-il la peine de priver les parents de milliers de places de garde à 5 $ en imposant à l'échelle de la province le modèle unique du centre de la petite enfance, écartant les garderies privées du développement?
Les détracteurs de l'Action démocratique diront que le Parti québécois a déjà trop concédé aux idées de droite, notamment en subordonnant l'activité étatique à l'objectif du déficit zéro. Oui, le Parti québécois a changé. Mais il n'a pas trahi ses idéaux de gauche. Le parti doit maintenant franchir une autre étape de son évolution en abandonnant de vieux réflexes, sans pour autant renoncer à l'essence de la social-démocratie. C'est possible et nécessaire.
kgagnon@lapresse.ca
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défusions
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Le mirage
Julie Lemieux
Le Soleil jeudi 17 avril 2003
Éditorial - Il est vrai que les défusions peuvent être attrayantes pour les citoyens qui n'ont pas digéré les regroupements forcés. Attrayantes dans la mesure où les choses redeviendraient comme avant, où le compte de taxes ne serait pas appelé à monter et ressemblerait à celui du passé. Mais la réalité serait tout autre et c'est ce qui devrait faire réfléchir ceux qui pensent monter aux barricades pour vendre ce mirage.
Il est possible de spéculer sur les coûts des fusions, sur l'impact d'un retour en arrière, sur les bénéfices ou les reculs qu'auraient entraînés les regroupements. Mais à travers ce flot d'extrapolations, une évidence s'impose : le principe de l'équité fiscale entre les municipalités d'une même agglomération doit être maintenu et respecté. Même le nouveau premier ministre, Jean Charest, est d'avis qu'il faudra imposer une fiscalité d'agglomération aux villes qui pourraient décider de se prévaloir de son éventuelle loi-cadre.
Il serait donc utopique de croire que les défusions permettraient aux citoyens nostalgiques de freiner la hausse de leurs comptes de taxes. Non seulement parce que les municipalités qui voudront se détacher de la grande ville devront continuer à absorber le rattrapage fiscal déjà amorcé, mais aussi parce qu'elles devront payer de leurs poches le coût des défusions. Un coût, tant humain que financier, qui pourrait réserver des surprises à bien des citoyens.
L'ex-maire de L'Ancienne-Lorette, Émile Loranger, semble penser qu'il a anticipé tous les problèmes en ayant gardé "les numéros de série de ses trucks" pour les ramener dans sa ville en cas de désannexion. Mais cet ancien élu devrait pourtant savoir qu'une municipalité ne se résume pas qu'à sa voirie. Défusionner une ville impliquerait aussi de séparer des mentalités qui deviennent de plus en plus familières, des services et des départements qui commencent à être rodés, des budgets qui n'ont pas été faciles à concocter.
Même s'il est probable que la plupart des citoyens réaliseront en cours de route qu'il y a pas ou peu d'avantages financiers à la défusion, cette présomption ne veut pas dire qu'il faille rester les bras croisés face à ceux qui militent pour un retour en arrière. L'opposition à la Ville de Québec suggère au maire Jean-Paul L'Allier de travailler à un meilleur partage des pouvoirs avec les arrondissements, question de faire échec au mouvement défusionniste. Cette voie, qui est d'ailleurs celle que préconise Montréal, nous semble être la bonne afin d'étouffer le vent d'insatisfaction qui souffle dans la cour de plusieurs citoyens et d'offrir une solution à ceux qui ne voient que la défusion pour soulager leur frustration.
JLemieux@lesoleil.com
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élections 2003
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Quand médias et sondages faussent la campagne
Martin Reid L'auteur habite Métis-sur-Mer
Le Soleil jeudi 17 avril 2003
Après la victoire sans équivoque des libéraux, lundi, on a abondamment vanté le travail de M. Charest. Je dois reconnaître qu'il n'a jamais baissé les bras et qu'il a travaillé fort : cela a certainement joué dans les résultats. Mais la balance n'a tourné en faveur des libéraux qu'à partir des 15 derniers jours de la campagne.
Que s'est-il donc passé ? Le fait de répéter pour la millième fois que sa priorité serait la santé ? Le débat des chefs qui nous a soudainement révélé le chef d'État en Jean Charest ? Je comprends qu'il y avait de la grogne contre le PQ et que M. Charest a aussi été habile en soutirant le vote du changement à l'ADQ, mais cela s'arrête là. Pour le reste, ce sont les médias qui ont fait le travail.
J'ai regardé le débat et je comprends difficilement comment les médias ont pu déclarer Jean Charest vainqueur. Il a déstabilisé Bernard Landry en sortant le lapin Parizeau de son chapeau. Bravo pour l'exercice, mais y avait-il un analyste dans la salle pour questionner la pertinence de l'intervention du chef libéral ? Au contraire, le soir même on félicitait Charest pour son intervention et, le lendemain dans les journaux, on s'emparait du "scandale" Parizeau comme si c'était une question d'importance. À propos, Parizeau était-il candidat à quelque part ?
Dès le moment où les médias ont consacré Jean Charest grand gagnant du débat, ce sont les sondages qui ont contribué à donner le vote des indécis aux libéraux. Les sondages, qui donnaient une avance sans cesse grandissante aux libéraux, ont certainement convaincu plusieurs indécis de voter pour les meneurs afin d'avoir un député dans le camp des gagnants. Est-ce que les médias croient vraiment que l'on peut publier de tels sondages sans qu'ils n'aient un impact sur le résultat final ?
Puisque personne ne semble aborder la question jusqu'à maintenant, je me fais un devoir de demander aux médias de faire un examen de conscience par rapport à leur travail durant la campagne. À mon avis, non seulement l'incident Parizeau ne valait pas la peine que l'on s'y attarde, mais, en plus, les médias auraient dû saisir l'occasion de ramener M. Charest à l'ordre. D'autre part, les impacts des sondages quotidiens sur la répartition des votes des indécis devraient être sérieusement étudiés par le Directeur général des élections, question de s'assurer que c'est bien souhaitable pour la santé de notre démocratie.
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Élection 2003
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Le changement de la garde
Lysiane Gagnon
La Presse jeudi 17 avril 2003
Tout indique que c'est dans un esprit de conciliation remarquable que s'effectuera, à Québec, le changement de la garde.
Quel contraste avec 1994, alors que le nouveau gouvernement Parizeau n'avait rien de plus pressé que de remplacer par des fidèles les mandarins soupçonnés de tiédeur envers l'option souverainiste ! Même en 1976, on avait assisté à bien des règlements de comptes et des procès d'intention, lors de la prise en mains de la machine gouvernementale par le nouveau gouvernement Lévesque.
Il s'agissait, dans les deux cas, de s'assurer de l'orthodoxie idéologique de l'administration publique, à la veille d'un référendum sur la souveraineté.
Par contre, lorsque le PLQ de Bourassa était revenu au pouvoir, en 1985, la transition s'était faite en douceur. On avait même associé des fonctionnaires souverainistes aux travaux constitutionnels du nouveau gouvernement !
C'est toute la différence entre le PQ, parti idéologique et militant, et le PLQ, parti pragmatique et conciliant.
Un parti qui s'est investi d'une mission, à plus forte raison quand cette mission est difficile à mener, a forcément un côté sectaire, indépendamment des individus qui le dirigent, parce qu'il est toujours, en quelque sorte, sur le pied de guerre.
Le PLQ, au contraire, est essentiellement un parti de gouvernement, aux objectifs concrets et terre-à-terre. Or, les gérants sont par définition plus accommodants que les visionnaires. Le PLQ a en outre l'habitude des compromis et de la tolérance, ne serait-ce que parce qu'il est le seul parti vraiment multiculturel au Québec.
Tout comme il avait longuement planifié sa campagne électorale, M. Charest a donc planifié son arrivée au pouvoir, et misé sur la continuité libérale, tout en prenant soin de ménager les sensibilités de l'administration publique. Ce côté rassembleur, c'est le plus bel atout du premier ministre désigné. Dommage que le premier test de son leadership doive se faire dans ce dossier éminemment " divisif " qu'est le projet ouvrant la porte aux défusions...
LE POIDS DES VOTES - Tous les votes n'ont pas le même poids. Ceux des Montréalais, en particulier, pèsent beaucoup moins lourd que les autres.
Certes, l'égalité absolue des votes est impossible pour peu que la population soit inégalement partagée, avec de grandes régions rurales à peu près vides et de fortes concentrations urbaines. S'il fallait donner aux régions éloignées le même poids électoral qu'à Montréal, on aurait, dans le nord, l'est et l'ouest du Québec, des circonscriptions immenses, impraticables, sans cohésion culturelle.
Mais à défaut d'égalité absolue, les États démocratiques visent la réduction maximale des écarts entre les circonscriptions.
Or, comme le signalait récemment Robert Israël, un chercheur de l'Association des Études canadiennes, le Québec est la seule province où les écarts se sont aggravés depuis 1984. Exception faite de la Nouvelle-Écosse, le Québec est la province où la représentation électorale est la plus inéquitable.
L'île de Montréal, qui compte 24,6 % de l'électorat, ne détient que 22,4 % des comtés. Laval est encore plus défavorisée, le pouvoir électoral de ses résidants étant de 0,85, à comparer à 0,91 à Montréal... et 1,03 % pour le reste de la province.
L'autre inégalité, c'est celle qui affecte les électeurs des partis minoritaires. Exemple flagrant : près d'un électeur sur cinq a voté pour l'ADQ, mais le parti n'aura que quatre députés au Parlement.
Exemple classique : le cas du PLQ, dont l'électorat est trop concentré à Montréal. Une partie de ses votes est " gaspillée " dans les comtés anglophones de l'Ouest. Il aura beau avoir 90 % des votes dans D'Arcy-McGee, cela ne lui donnera toujours qu'un seul député, ce qui ne rend pas justice aux électeurs du comté.
La solution serait d'ajouter aux sièges traditionnels un certain nombre de sièges qui seraient dévolus en fonction du pourcentage du vote populaire obtenus par les partis.
Cela n'est pas une panacée, cependant, car la représentation proportionnelle a elle aussi des effets pervers. Elle rompt le lien entre l'électeur et le député, favorise la bureaucratie des partis (qui choisit ses " députés "), et risque de diminuer l'efficacité des gouvernements. Il faudrait à tout le moins établir un seuil assez élevé pour l'octroi de sièges désignés, afin d'empêcher que des représentants d'infimes minorités viennent faire la loi au Parlement.
S'il y a un gouvernement qui pourrait introduire un certain degré de représentation proportionnelle dans le mode de scrutin, c'est bien le PLQ, principale victime du régime actuel. Mais il est loin d'être évident que les libéraux voudront se lancer dans cette aventure. Ils ont déjà, comme on dit, les mains pleines, avec les priorités sur lesquelles ils se sont fait élire - la réforme de la santé, le cadre budgétaire, sans compter l'explosif dossier des défusions...
lgagnon@lapresse.ca
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Élection 2003
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Stick to the program
National Post Thursday, April 17, 2003
Éditorial -
Jean Charest, the Quebec Liberal leader and premier-elect, spent most of his successful campaign talking about the issues that matter most. In particular, Mr. Charest's focus on health care, education and personal tax cuts convinced us -- and more importantly, Quebec voters -- that he deserved a chance to lead the province. So it is with mild concern that we note that the days following his election triumph have seen the focus continue to shift toward a theme he zeroed in on only at the tail end of his campaign. For whatever reason, Mr. Charest seems more keen to talk about Quebec's role within the federation than the important priorities he was elected upon.
In fairness, this may not be entirely Mr. Charest's fault. The national media is naturally more intrigued by what his victory means for the country than its impact upon the provincial economy, and members of the Quebec media -- including both the chief editorialist and a leading columnist at the nominally federalist La Presse -- are already leaning heavily on the Liberals to help "redefine" federal-provincial relations. But that still does not explain why, rather than sticking to his sensible social and economic policy proposals, Mr. Charest is deliberately drawing attention to his ambitions for a better deal with Ottawa. Although he now insists that he does not have constitutional reforms in mind (despite previous policy announcements to the contrary), he is proposing a transfer of "tax points" from Ottawa to the provinces, an overhaul of equalization payments and a "Council of the Federation." Having described himself as a "nationalist" shortly before election day, he has hinted that he will adopt a strong line with Ottawa to defend his province's interests.
Although there is nothing wrong with working to secure a fair shake from the feds, Mr. Charest is playing with fire. Neither the rest of the country nor, we suspect, most Quebecers, have much of an appetite for another round of soul-searching of the sort we endured a decade ago.
Rather than getting bogged down in endless haggling with his federal counterparts, the incoming premier should remember that his primary responsibility is to usher Quebec into the 21st century after years of drifting Péquiste leadership. Quebec has not suffered from mistreatment by Ottawa (certainly not in comparison to provinces like Alberta and British Columbia), so much as it has been hurt by a backward-looking government caught in a time warp. Mr. Charest has the chance to change that, starting with fundamental reforms to make the province more efficient and competitive. But if he spends too much time fighting the battles of Robert Bourassa, we could soon be back to square one -- or worse.
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