2003
L'affaire Charest - 2
CHAREST - répugnant personnage
En invoquant avec légèreté l'expression "adulte consentant", le Joker montre la perversité de ses accusations et se pose en "fofolle de la politique québécoise"


Le chef libéral Jean Charest refuse de s'excuser auprès de Jacques Parizeau

NORMAN DELISLE
PC 2 avril 2003


Le chef libéral Jean Charest sourit lorsqu'il parle aux journalistes, mardi à Montréal. (PC/ Ryan Remiorz)

MONTREAL (PC) - Le chef libéral Jean Charest refuse de s'excuser pour l'attaque qu'il a portée contre l'ancien premier ministre Jacques Parizeau lors du débat des chefs lundi soir.

Interrogé mardi à la suite d'une intervention devant la Chambre de Commerce de l'Est de Montréal, M. Charest a invoqué que M. Parizeau, en politicien d'expérience, savait ce qu'il faisait en ramenant sur le tapis les propos qu'il avait tenus le 30 octobre 1995.

Ces propos signalaient que les forces fédéralistes l'avaient emporté grâce à des fonds venus des organismes fédéraux et du reste du Canada. M. Parizeau avait aussi déploré la quasi unanimité du vote fédéraliste au sein des communautés culturelles.

"Il n'est pas question pour moi de m'excuser. M. Parizeau a choisi de ramener dans le débat public ses propos de 1995. Ce sont des propos divisifs. Je ne changerai pas un seul mot de mes propos d'hier", a dit M. Charest.

Selon le chef libéral, M. Parizeau participe à la campagne électorale de M. Landry à la demande de ce dernier.

M. Charest accuse M. Landry d'avoir "un agenda caché pendant la campagne électorale sur la question de la souveraineté". C'est un agenda que les Québécois doivent savoir pour aller voter le 14 avril prochain.

"Leur choix, c'est la souveraineté ou la santé", a soutenu le chef libéral.

M. Charest a aussi rappelé que le Parti québécois a un plan national de transition vers la souveraineté." Il y a des conséquences rattachées à cela, et ils doivent vivre avec les conséquences".

Le chef libéral s'est défendu de toute démagogie dans ce dossier.

Le premier ministre Landry doit, selon M. Charest, se dissocier des propos de M. Parizeau. "Il faut que M. Landry rappelle que les propos de 1995 étaient inopportuns", a dit le chef du PLQ.

Les propos qui font l'objet de la controverse ont été formulés par l'ancien premier ministre Jacques Parizeau alors qu'il prenait la parole lundi devant des étudiants du Cégep de Shawinigan.

A un étudiant qui lui demandait les causes de l'échec référendaire des souverainistes en 1995, M. Parizeau a repris les deux motifs qu'il avait invoqués le soir du référendum: l'argent dépensé par les fédéralistes et le vote monolithique des électeurs provenant des communautés culturelles.

Les organismes fédéraux ont dépensé deux fois plus d'argent que les camps du Oui et du Non réunis, et cela en toute impunité, puisque la loi électorale québécoise ne s'applique pas hors Québec, avait expliqué l'ancien premier ministre.

Quant au vote des communautés culturelles, M. Parizeau a fait valoir que certaines d'entre elles, qui appuyaient le PQ dans une proportion de 7 à 9 pour cent, avaient fait chuter à 3 pour cent leur appui au camps du Oui.

M. Parizeau a cependant signalé que cette proportion d'appui chez les jeunes provenant des communautés culturelles est en train de progresser jusqu'à 40 pour cent, notamment grâce au fait que ces jeune ont passé par l'école française à cause de la loi 101.


Élection 2003

Mario Dumont ne veut pas rouvrir les plaies du référendum de 1995

JOCELYNE RICHER
PC 2.4.2003


LAVAL (PC) - Bernard Landry, Jacques Parizeau et Jean Charest devraient s'excuser d'avoir rouvert les cicatrices du référendum d'octobre 1995 durant le débat des chefs de lundi, selon le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, qui souhaite que la campagne électorale se recentre sur les véritables enjeux qui confrontent la société québécoise.

"Si on m'avait dit que le 1er avril 2003, le Québec allait être replongé dans les chicanes du référendum de 1995, qu'on pensait derrière nous, j'aurais cru que c'était un poisson d'avril", a dit M. Dumont, mardi après-midi, à Saint-Jean-sur-Richelieu, lors d'un point de presse improvisé.

Le chef adéquiste avait été invité à réagir aux propos tenus la veille par l'ex-premier ministre Parizeau, propos repris lors du débat par le chef libéral, Jean Charest.

Devant des étudiants de Shawinigan, M. Parizeau a rappelé sa déclaration du 30 octobre 1995, alors qu'il attribuait la victoire du camp du NON au référendum "à l'argent et aux votes ethniques". M. Parizeau rappelait que 61 pour cent des francophones avaient voté en faveur de la souveraineté et nuançait ses propos controversés de 1995 en soutenant "qu'en ce qui a trait au vote des communautés culturelles leur vote n'est plus monolithique".

"M. Parizeau qualifie lui-même ses déclarations de malheureuses", a ajouté M. Dumont, qui considère l'incident clos, contrairement au chef libéral. "Il a compris la gravité des propos qu'il avait tenus à l'époque. Je pense qu'il faut accepter sa parole."

En soirée, à Laval, devant plus d'un millier de militants et une soixantaine de candidats, le chef adéquiste a participé à un rassemblement au cours duquel il a rappelé les principaux engagements du parti, notamment en ce qui a trait au vieillissement de la population, "le plus grand défi de la société québécoise depuis la révolution tranquille", a-t-il soutenu, entouré de son épouse et de ses enfants.

Il a reproché aux "vieux partis" de ne pas s'occuper de cette question et d'agir "comme les musiciens qui continuent à jouer pendant que le Titanic coule".

En matinée, M. Dumont avait reproché au gouvernement Parti québécois de "n'avoir jamais été capable de faire une place aux gens des communautés culturelles. Le gouvernement est très en retard là-dessus. C'est le défi de l'avenir et je pense que le gouvernement du Parti québécois devrait clarifier ses affaires".

Il a fait valoir que l'ADQ présentait cinq candidats anglophones et plusieurs des communautés culturelles, "une équipe qui représente bien la diversité du Québec".

M. Dumont a de plus déploré qu'on comptait peu de représentants des communautés culturelles dans la fonction publique et à la tête des organismes gouvernementaux. C'est un enjeu sur lequel "le Parti québécois est sur la défensive", selon lui.

A la suite du débat de lundi - alors que plusieurs observateurs ont jugé que M. Dumont n'avait pas eu une performance éclatante - l'ADQ entend "accélérer le rythme" et entreprendre le dernier droit de la campagne électorale "la pédale au fond", a-t-il dit, lors d'un point de presse suivant une rencontre avec le président de l'Union des producteurs agricoles (UPA), Laurent Pellerin. M. Pellerin avait demandé aux trois chefs de parti de le rencontrer pour aborder les enjeux agricoles.

A ce propos, il a rappelé sa volonté d'éliminer la bureaucratie qui complique la vie des agriculteurs et sa volonté de leur assurer une meilleure protection sociale grâce à un programme de congés parentaux.

Selon lui, la volonté de changement amènera la population à voter pour l'ADQ et non pour le Parti libéral. Il est d'avis que PQ et PLQ, "c'est du pareil au même", sauf sur la question constitutionnelle. Voter libéral reviendrait selon lui à dire: "Le bateau coule et on va le peinturer en rouge".


Élection 2003

Charest refuse de faire des excuses à Parizeau

Bernard Landry ne retiendra pas Jacques Parizeau si ce dernier décidait de s'éclipser après avoir soulevé une nouvelle controverse

Tommy Chouinard
LE DEVOIR - mercredi 2 avril 2003


Jacques Parizeau exige des excuses de Jean Charest pour avoir lancé, lors du débat des chefs de lundi soir, de «fausses accusations» selon lesquelles l'ancien premier ministre avait «persisté et signé» en reprenant des propos controversés qu'il avait tenus le soir de la défaite du OUI au référendum de 1995, défaite qu'il avait alors attribuée «à l'argent et au vote ethnique». Le chef libéral refuse d'obtempérer, faisant même ses choux gras des déclarations de Jacques Parizeau.

Le premier ministre Bernard Landry estime quant à lui que Jean Charest a été «négligent», «imprudent», et qu'«il a mal fait son travail» lors du débat. Le chef péquiste ne tentera toutefois pas de retenir Jacques Parizeau si celui-ci décide de s'éclipser pour le reste de la campagne électorale à la suite de l'onde de choc créée par ses déclarations jugées controversées.

Un véritable imbroglio est d'ailleurs survenu hier sur la version des propos tenus par Jacques Parizeau au cégep de Shawinigan lundi. Pour mener son attaque contre Bernard Landry au débat des chefs, une offensive qui a déstabilisé le premier ministre, Jean Charest s'était fié à un texte comportant des extraits du discours de M. Parizeau diffusé sur le site Internet Cyberpresse. Ce texte stipulait que M. Parizeau avait réitéré ses propos de 1995 devant une soixantaine d'étudiants. M. Charest a repris ces termes lors du débat, demandant à M. Landry s'il cautionnait ces propos. Or la version électronique diffusée par la radio de Radio-Canada est beaucoup plus fidèle aux propos de M. Parizeau.

En fait, un étudiant a demandé à Jacques Parizeau ce qui, selon lui, avait causé la défaite référendaire de 1995 et si cette situation avait suffisamment changé pour en venir à espérer une victoire lors d'un prochain référendum. M. Parizeau a alors répondu, comme en 1995, que l'argent dépensé pour «la grande manifestation d'amour à Montréal» avait eu une influence certaine. Toutefois, contrairement à 1995, il n'a pas directement tenu les communautés culturelles responsables de la défaite référendaire, citant plutôt un sondage de Génération Québec rendu public le 1er mars dernier, qui démontre selon lui un «progrès».

«On fait un sondage sur 2800 [enfants d'immigrants], puis on demande la question référendaire à ces jeunes, et 40 % répondent OUI, 60 % NON. C'est-à-dire que le débat entre nous s'applique maintenant à ce qu'on appelle "les enfants de la loi 101". Il y a une véritable discussion qui est absolument la même que la nôtre. Ils sont intégrés, ils sont maintenant dans la société québécoise.»

De passage à Saint-Félicien, Jacques Parizeau a expliqué hier qu'il essayait «d'expliquer ce qui est arrivé en 1995 et montrer comment le contexte maintenant est complètement différent». L'ancien premier ministre estime que cette déclaration n'a rien à voir avec ses affirmations de 1995 sur «l'argent et le vote ethnique». Le lendemain de cette déclaration, M. Parizeau avait démissionné. «J'ai indiqué longuement que c'était une déclaration malheureuse. Pendant longtemps, on me l'a reprochée, et à juste titre, c'était une déclaration malheureuse», a dit M. Parizeau.

Bernard Landry ne voit pas plus d'éléments répréhensibles dans les propos de l'ancien premier ministre. «Je n'y vois franchement rien qui soit comparable à ce qu'il a dit en 1995, a-t-il indiqué en conférence de presse à Longueuil. Je n'y vois aucun blâme. Au contraire, je vois une lueur d'espoir puisqu'il évoque un fabuleux sondage de Génération Québec à l'effet que les Québécois issus de l'immigration post-loi 101 ont tendance à voter comme l'ensemble de la population.» Selon Bernard Landry, les déclarations de lundi de M. Parizeau sont écrites «dans tous les manuels». «Il n'y a rien d'insultant là-dedans. Ce qui était grave, en 1995, c'était de blâmer, d'attaquer et de réprouver, et il n'y a rien dans ce texte-là qui fait ça. Il y avait une autre chose grave en 1995, c'est le fameux "nous", qui n'était pas inclusif.» Or M. Parizeau laisse toujours entendre ce fameux «nous» dans sa déclaration de lundi, un «nous» qui semble exclure les communautés culturelles et qui ne concerne que les Québécois «de souche» en ce qui a trait aux événements de 1995.

Si Bernard Landry estime que Jean Charest a fait preuve d'imprudence et de négligence en rapportant des propos erronés et en ne vérifiant pas ses sources, Jacques Parizeau estime que le chef libéral a carrément lancé un procès d'intention contre sa personne. «Il doit présenter des excuses, je pense que c'est une question de correction élémentaire. Ça n'a aucun sens, ça n'a pas de bon sens», a lancé M. Parizeau.

Des excuses, Jacques Parizeau n'en recevra pas de Jean Charest. Hier à Montréal, le chef libéral, qui cachait mal sa jubilation, a dit qu'il n'avait aucune intention de présenter des excuses. «Il n'est pas question pour moi de m'excuser. M. Parizeau a choisi de ramener dans le débat ses propos de 1995. C'est des propos divisifs [sic]», a-t-il dit.

Rejetant les accusations d'avoir fait de la démagogie sur le dos de M. Parizeau lors du débat des chefs, M. Charest a refusé de reconnaître qu'il l'avait mal cité. «Je ne changerai pas un seul mot de mes propos d'hier [lundi]», a-t-il souligné. Il n'a pas non plus voulu blâmer son personnel politique qui lui avait remis une version tronquée des paroles de l'ancien premier ministre avant que le débat ne commence. «Je n'ai aucun reproche à faire à quiconque», a-t-il indiqué.

M. Landry, lui, n'exige pas d'excuses de Jean Charest. «C'est une affaire entre eux deux [MM. Parizeau et Charest]. M. Parizeau a demandé ce qu'il avait à demander et M. Charest répondra de ses actes et de ses gestes», a-t-il précisé.

Le chef péquiste ne tentera toutefois pas de retenir Jacques Parizeau si celui-ci décide de se retirer de la campagne électorale. «S'il voit qu'il ne sert pas ou que ses propos sont interprétés pour créer des impressions qu'il ne recherche pas à créer, il prendra sa décision lui-même. Je souhaite qu'il prenne la décision la plus sage. Je suis sûr qu'il veut aider [la cause du PQ]. C'est ça qu'il dit. Et s'il pense qu'il ne l'aide pas, je pense qu'il est assez bon soldat pour tirer ses conclusions lui-même.»

Jacques Parizeau est «un adulte consentant» qui sait ce qu'il fait en politique, a souligné Jean Charest. Personne ne le force à participer à la campagne électorale, a-t-il ajouté. «Il fait campagne pour le PQ à la demande de M. Landry, il le conseille sur la question de la souveraineté.»

De son côté, Mario Dumont estime que «les gens d'honneur» doivent accepter les explications de M. Parizeau même si les paroles de ce dernier, prononcées au référendum de 1995, ont laissé des cicatrices profondes dans la société québécoise.

Alors qu'il faisait campagne en Montérégie, M. Dumont a déploré la reprise des chicanes constitutionnelles. «S'il y a quelqu'un qui devrait s'excuser, c'est probablement M. Parizeau, M. Landry et M. Charest d'avoir replongé en pleine campagne électorale le Québec dans des chicanes qui datent de 1995 alors qu'il y a des enjeux extrêmement importants qui confrontent la société québécoise pour l'avenir», a-t-il soutenu.

Avec la collaboration de Robert Dutrisac, Marie-Andrée Chouinard et Kathleen Lévesque


Élection 2003

L’affaire Charest
Un poisson d’avril pour Monsieur Landry

Jean Bouthillette
VIGILE - TRIBUNE LIBRE - mercredi 2 avril 2003


TQS à 18h30, le 1er avril 2003, était fier de montrer qu’elle était la seule station à avoir eu une caméra sur place au Cégep de Shawinigan lors de la désormais célèbre conférence de Monsieur Parizeau. Monsieur Jean-Luc Mongrain nous a montré une complète séquence de l’entrevue de Monsieur Parizeau. Il a même insisté sur le fait que TQS nous présentait le contexte en nous montrant la question à laquelle avait répondu Monsieur Parizeau et, c’est vrai, personne ne pouvait s’y méprendre : Monsieur Parizeau n’a pas provoqué la question ; on le voyait même s’excuser de sa déclaration de 1995 puis présenter des statistiques d’aujourd’hui qui montrent une situation tout à fait différente, soit 40% de jeunes néo-québécois favorables à l’indépendance.

À 22 heures, TQS avait rejoint Radio-Canada et la bande de requins qui ont placardé le dos de Bernard Landry tout au long de cette longue journée du 1er avril 2003. La question d’un étudiant n’était plus mise en valeur; l’extrait d’entrevue se terminait carrément sur un Jacques Parizeau disant « Et puis, le vote de communautés ethniques, qui traditionnellement donnait aux souverainistes 7, 8, 9 % du vote, et qui là sont ramenés à 3 %. ! »

Il y a deux ans Monsieur Charest a réussi à entraîner l’Assemblée nationale dans son délire en dénaturant les propos de Monsieur Michaud. Cette fois-ci ce sera au peuple de le juger le 14 avril.

Dans cette «affaire Charest» il ne reste plus, me semble-t-il, qu’une approche gagnante et c’est de prendre le taureau par les cornes et de foncer. On pourrait même en profiter pour reconnaître les vertus curatives de la réflexion de Monsieur Parizeau en 1995 laquelle a eu le mérite, en montrant crûment les faits, de contribuer à faire bouger le Québec et à nous rassembler.

Le message de Monsieur Parizeau au Cégep de Shawinigan : «Alors on fait un sondage sur 2800 d'entre eux et on demande la question référendaire à ces jeunes-là. Et 40% répondent Oui et 60% Non. Entre nous, ça s'applique maintenant à ce qu'on appelle ‘les enfants de la loi 101’ : y'a une véritable discussion qui est absolument la même que la nôtre.»

Lors du débat des chefs Monsieur Landry s’est défendu en disant : «Je préconise un Québec ouvert et fraternel»

Deux hommes, un même langage.

Au gouvernement, Monsieur Landry a été bien seul pour tenter de réhabiliter son ami : Monsieur Michaud. Dans la présente période électorale, ne le laissons pas seul devant la démagogie primaire de Monsieur Charest. À toutes celles et ceux qui ont à cœur un Québec ouvert et fraternel, je dis : mettons de l’avant la vraie signification des propos de monsieur Parizeau lors de cette désormais mémorable conférence au Cégep de Shawinigan. Ces propos, moi je les entends comme étant : «Le Québec a beaucoup changé depuis 1995. Aujourd’hui québécois de souche et néo-québécois ont appris à se parler».


Élection 2003

Encore lui

Michel David
LE DEVOIR - mercredi 2 avril 2003


Perspectives: À Québec, tout comme à Ottawa, la tribune de la presse organise chaque année un souper à huis clos au cours duquel journalistes et politiciens se paient joyeusement la tête les uns des autres. À cette occasion, les chefs de parti sont invités à prononcer un petit discours où domine l'humour grinçant.

Jean Charest est particulièrement doué pour ce genre d'exercice, mais il s'était vraiment surpassé en décembre 1999. Le hasard avait voulu que le souper ait lieu le jour où Jacques Parizeau rencontrait les étudiants de l'Université Laval, où il avait encore déblatéré contre le gouvernement Bouchard.

Un collègue du Globe and Mail avait profité de son passage à Québec pour l'inviter au souper. Dans son discours, le chef du PLQ avait dit à quel point M. Parizeau lui avait manqué pendant la période des vendanges. À tel point que ses députés avaient offert d'aller lui donner un coup de main dans son vignoble du sud de la France afin qu'il rentre au plus tôt.

Il avait alors enchaîné avec quelques passages, plus savoureux les uns que les autres, de l'allocution que M. Parizeau avait prononcée quelques heures plus tôt : «Le bordel d'Emploi Québec n'est pas causé par un manque d'argent mais par la gestion à rebours du bon sens [...]. On est en train de monter des crises qui envahissent les journaux et dépriment la population, qui se demande si on est capables de mettre de l'ordre dans tout cela.» Tout le monde dans la salle se tordait de rire. Tout le monde, sauf Lucien Bouchard, qui ne la trouvait pas drôle du tout.

Lundi soir, quand M. Charest lui a lancé à la figure la déclaration que M. Parizeau avait faite, quelques heures plus tôt, devant les étudiants du cégep de Shawinigan, Bernard Landry a certainement regretté que les préparatifs de la nouvelle saison viticole ne l'aient pas retenu à Collioure.

***

À entendre l'enregistrement des propos de M. Parizeau, on ne voit pas très bien en quoi M. Charest les a dénaturés.

Hier, l'ancien premier ministre disait regretter sa déclaration de 1995 sur «l'argent et les votes ethniques», mais il en rigolait encore à Shawinigan et il faisait toujours une distinction entre «nous» et «eux».

Littéralement hors de lui à l'issue du débat de lundi soir, M. Landry s'était beaucoup radouci hier après-midi, reprochant simplement à M. Charest d'avoir été «négligent et imprudent». Autant dire rien. Il est évident que dans les circonstances, M. Parizeau aurait dû faire preuve d'une prudence élémentaire, mais quelqu'un au Québec est-il réellement surpris de le voir plonger son successeur dans l'embarras ?

Un autre épisode de la carrière mouvementée de M. Parizeau a dû revenir à la mémoire de M. Landry : celui de la campagne fédérale de 1997. Cette fois-là, il s'est mis en tête de donner un coup de main au Bloc québécois. Le voilà donc qui publie un livre dans lequel il explique le «grand jeu» qu'il avait prévu jouer avec la France, au lendemain d'un OUI, afin de faire reconnaître la souveraineté du Québec par la communauté internationale.

Dans le camp souverainiste, la consternation avait été totale. Ses propos pouvaient être interprétés comme l'aveu que, contrairement à toutes les assurances données pendant la campagne référendaire de 1995, il avait bel et bien envisagé de déclarer unilatéralement la souveraineté.

Pendant 24 heures, on l'aurait cru discrédité à jamais. Bernard Landry n'était pas le moins virulent. Parizeau avait trahi une amitié vieille de 30 ans. Trois jours plus tard, après une relecture plus attentive, tout le monde avait fait amende honorable. La paix au sein de la famille souverainiste était à ce prix.

Hier, M. Landry n'avait pas d'autre choix que de prendre sa défense. Depuis des mois, il répète à qui veut l'entendre que M. Parizeau appuie sa décision de reporter le référendum à une date indéterminée. Le désavouer aurait plongé le PQ dans un nouveau psychodrame. À deux semaines des élections, c'était hors de question.

S'il est impossible de contrôler M. Parizeau, on devrait au moins pouvoir le surveiller afin de limiter les dégâts. Comment se fait-il que le chef du PLQ soit au courant de ses déclarations plusieurs heures avant la tenue d'un débat crucial entre les chefs de parti et que M. Landry n'en sache rien ?

***

Les stratèges libéraux savaient bien avant le début de la campagne que le moment viendrait où M. Charest allait devoir ramener la question de la souveraineté et de l'«agenda secret» à l'avant-scène. Encore fallait-il trouver un prétexte acceptable.

Jusqu'à présent, M. Landry avait réussi à créer l'impression qu'il n'avait pas l'intention de tenir un autre référendum au cours du prochain mandat. Paradoxalement, c'est M. Parizeau lui-même qui lui servait de caution auprès des «purs et durs» du PQ, inquiets de ce report.

Ressortir sans raison l'épouvantail référendaire aurait été interprété comme un signe que M. Charest commençait à désespérer de rattraper le PQ. Maintenant que M. Parizeau lui en a donné l'occasion sur un plateau d'argent, il peut légitimement reprendre le refrain de la chicane et de la division des familles. Encore une fois, il doit bénir le ciel que M. Parizeau ne soit pas occupé à tailler ses vignes.

mdavid@ledevoir.com


Élection 2003

La déclaration de Jacques Parizeau

LE DEVOIR - mercredi 2 avril 2003


Voici le verbatim de la déclaration de l'ancien premier ministre Jacques Parizeau sur l'«argent et le vote des communautés ethniques» devant des étudiants du cégep de Shawinigan lundi.

Question de la salle : «Pourquoi le dernier référendum n'a pas marché et pourquoi le prochain marcherait ?»

Réponse de M. Parizeau : «Le dernier référendum, quand vous le perdez par 50 000 voix sur cinq millions, vous cherchez des causes et des explications. Euh... moi, un moment donné, j'en ai sorti une que j'ai traînée avec moi longtemps. En parlant du "vote ethnique et de l'argent".

«C'étaient deux choses différentes. L'argent, c'est important parce que la grande manifestation d'amour à Montréal, ç'a impressionné les gens. Il s'est dépensé dans cet après-midi -- par des organismes fédéraux ou d'autres provinces sur lesquels la loi québécoise ne s'appliquait pas --, ils ont dépensé deux fois plus d'argent cet après-midi que le camp du OUI et le camp du NON ensemble pour toute la campagne. Ça, c'est ça, l'argent.

«Et puis, le vote de communautés ethniques, qui traditionnellement donnaient aux souverainistes 7, 8, 9 % du vote et qui, là, sont ramenées à 3 %... Y a une grosse diminution de ce côté-là. Dans certaines communautés, ç'a été presque l'unanimité. Ça s'est beaucoup amélioré, ça.

«À l'heure actuelle, par exemple, on vient de faire un sondage à Montréal sur 2800 fils d'immigrants ou immigrés à deux ans, trois ans au Québec. À cause de la loi 101, y ont tous dû passer par l'école française. Alors, on fait un sondage sur 2800 d'entre eux et on demande la question référendaire à ces jeunes-là. Et 40 % répondent OUI et 60 % NON.

«C'est-à-dire que le débat entre nous s'applique maintenant à ce qu'on appelle "les enfants de la loi 101" : y a une véritable discussion qui est absolument la même que la nôtre. Ils sont intégrés et ils sont maintenant dans la société québécoise. Ç'a beaucoup évolué, c'était pas du tout ça. Cinq, six ans. Puis, chaque année apporte son contingent d'enfants de la loi 101, qui sont passés par les écoles françaises et, donc, se sont intégrés dans la société francophone, quelles que soient leurs origines.»


Élection 2003

En finir avec la mauvaise conscience

Michel Venne
LE DEVOIR - mercredi 2 avril 2003


Depuis le référendum de 1995, les fédéralistes cherchent à inoculer aux souverainistes et aux nationalistes en général une mauvaise conscience à l'endroit des minorités. Leur tactique a fonctionné et rendu plusieurs Québécois mal à l'aise devant la perspective d'un référendum gagnant dans lequel les anglophones et les allophones voteraient unanimement contre ce projet.

En évoquant au débat télévisé de lundi les déclarations de Jacques Parizeau, Jean Charest cherchait à perpétuer cette mauvaise conscience en plus de déstabiliser Bernard Landry. Il faut désormais refuser de se laisser intimider par cette tactique vicieuse. Le bon droit, ici, est du côté des souverainistes.

Les choses ont drôlement changé depuis les années 60, où le nationalisme québécois ne regroupait que des Canadiens français. Il y a quelques semaines, le groupe Génération Québec a publié les résultats d'un sondage qui auraient dû faire les manchettes de tous les journaux. Réalisé auprès de fils et de filles d'immigrants, celui-ci montrait que l'appui à la souveraineté est aussi élevé parmi eux, que l'on désigne parfois comme «les enfants de la loi 101» parce qu'ils ont fréquenté l'école française, que parmi la population en général.

La souveraineté n'est plus l'affaire des francophones «de souche». En étudiant les sondages réalisés ces dernières années, les sociologues Gilles Gagné et Simon Langlois ont d'ailleurs observé que l'appui des allophones à la souveraineté avait atteint près de 20 % en 2001. Au mois d'octobre 1995, l'appui des anglophones aurait avoisiné les 6 %, et celui des allophones, 14 % (Les Raisons fortes, PUM, 2002).

Les souverainistes n'ont aucune raison de cultiver cette mauvaise conscience. La souveraineté ne se fera pas contre les minorités. Au contraire, elle aura pour effet de favoriser des relations plus égalitaires et plus harmonieuses entre la majorité francophone et les communautés culturelles. En effet, la première conséquence de l'accès du Québec au statut d'État souverain est de créer une nouvelle citoyenneté québécoise, fondée sur l'égalité entre les citoyens, quelle que soit leur origine, et à laquelle pourront plus facilement s'identifier les Québécois qui ne sont pas d'ascendance française.

Aujourd'hui, un Québécois est perçu comme un francophone. Les immigrants, quant à eux, deviennent citoyens canadiens. Ottawa ne fait rien, évidemment, pour les encourager à s'identifier au Québec. Dès que le Québec acquerra sa souveraineté, l'identité québécoise, de culturelle, deviendra civique. Les francophones, devenus majoritaires, n'auront plus besoin de défendre pied à pied leur identité au sein de leur pays, comme c'est le cas dans le Canada d'aujourd'hui. La souveraineté conduira les Québécois francophones à s'émanciper de leur statut de minoritaire auquel ils sont confinés au Canada et ainsi à sortir du nationalisme.

C'est le maintien du Québec au sein du Canada qui entretient la division ethnique des Québécois.

***

En évoquant hors contexte, et en les déformant, des paroles de Jacques Parizeau qu'il n'avait ni lues ni entendues lui-même, Jean Charest a montré lundi soir l'image d'un médiocre démagogue. Depuis quand condamne-t-on les propos d'un homme sur du ouï-dire en direct devant des millions de téléspectateurs ?

Mais il a aussi entretenu la fracture linguistique et culturelle qui handicape le Québec et qui sert les intérêts électoraux du PLQ. Celui qui divise le Québec aujourd'hui s'appelle Jean Charest. Cette tactique a des effets négatifs qui débordent le débat entre fédéralisme et souveraineté. Le chef libéral sabote les efforts d'intégration des immigrants à la majorité de langue française. Il mine la conscience nationale québécoise, qui est un fondement de la démocratie. Il dilue la volonté d'autonomie des Québécois, conformément à son programme constitutionnel qui consiste à intégrer le plus possible le Québec dans la dynamique fédérale, en rupture avec 50 ans d'histoire.

Hier, le chef libéral refusait de s'amender. L'important, pour lui, a été de se rappeler que l'ancien premier ministre avait blâmé «des votes ethniques» pour sa défaite, le soir du référendum de 1995. À Shawinigan avant-hier, M. Parizeau n'a pas «persisté et signé», comme le rapportait une dépêche mal écrite, cueillie sur le site Internet du quotidien Le Nouvelliste et lue bêtement par M. Charest devant les caméras.

M. Parizeau a plutôt rappelé les faits remontant à cette soirée dramatique du 30 octobre 1995. Il ne les a pas niés, il n'aurait pas pu. Mais pour constater, à son tour, que les fils et les filles d'immigrants participent désormais au même débat sur l'avenir du Québec que l'ensemble des Québécois. «Ils sont intégrés et ils sont maintenant dans la société québécoise», dit-il. Si on a reproché avec raison à M. Parizeau d'avoir joué les mauvais sociologues en 1995 (son diagnostic était erroné en plus d'être odieux), force est de constater qu'il a fait du progrès.

Enfin, en braquant les projecteurs sur l'ancien premier ministre, Jean Charest a réussi à la fois à mettre M. Landry de mauvaise humeur et à s'épargner des explications au sujet de ses propres positions sur la question nationale.

vennem@fides.qc.ca

Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.


élection 2003

Lendemains de débat

Bernard Descôteaux
LE DEVOIR mercredi 2 avril 2003


Éditorial - La conjoncture internationale a occulté la première partie de la campagne électorale. Toutefois, le temps du débat télévisé de lundi soir, les caméras se sont tournées vers nos chefs politiques. Nous avons vu quelques moments de vérités à cette occasion. D'autres restent à venir.

Moment fort de toute campagne électorale, le débat télévisé des chefs ne permet jamais d'aller au fond des choses. Si les échanges sont intenses, la forme prime sur le fond. Rarement les politiciens répondent-ils à la question posée. Cela a encore été vrai lundi.

Au chapitre des coups portés avec succès, on peut déclarer Jean Charest vainqueur par K.-O. technique. Cela a été manifeste lorsqu'il a fait avouer à Bernard Landry qu'il avait dans son programme électoral un plan de transition vers la souveraineté. L'objectif recherché était de pouvoir dire : je vous l'avais bien dit, les péquistes ont un agenda caché ! Cela fait, qu'aura-t-on appris de plus ? Savons-nous en fait quel est ce plan ? Est-ce ce projet de commission nationale pour élaborer une constitution québécoise, évoqué par le chef péquiste à la veille du déclenchement des élections ? Le temps n'a pas permis d'en débattre, pas plus qu'on a pu savoir de M. Charest quelle place devrait occuper le Québec au sein de la fédération canadienne.

Les réponses à ces questions viendront peut-être au cours des prochains jours. On peut à cet égard voir le débat de lundi comme un nouveau point de départ de la campagne qui permettra d'approfondir les enjeux les plus importants. Depuis le déclenchement des élections, on a multiplié les engagements, sans toutefois bien les expliquer. Surtout, on a fait attention à ne pas insister sur le coût de ces promesses électorales. Pourtant, la question des finances publiques devrait être au centre des préoccupations des chefs de parti, qui ne peuvent ignorer que toutes leurs prévisions de croissance économique risquent fort de ne plus tenir en raison de la guerre en Irak.

Sur ce sujet, le Parti libéral est aussi vulnérable que le Parti québécois peut l'être en ce qui concerne la souveraineté. Lundi soir, Jean Charest a pu esquiver les questions sur son plan financier en faisant référence à des commentaires positifs de quelques experts. Cela ne nous dit pas comment il arrivera en même temps à réduire les impôts de un milliard de dollars par année et à augmenter le financement des programmes de santé et d'éducation. Cela pourrait représenter un autre coût de 1,3 milliard si on fait l'hypothèse qu'il maintiendrait la croissance des dépenses de santé à 5 % et celles en éducation à 3 %. Ce sont 2,3 milliards qu'il lui faudra donc trouver. Il compte à cet égard sur l'augmentation des revenus et sur un gel des dépenses des autres ministères qui pourraient, si on écoute certains candidats libéraux, ne pas être tous affectés.

Le plan financier du PLQ, adopté il y a sept mois, est déjà vieux. Une mise à jour s'impose. Tout comme il faudra, du côté péquiste, qu'on se livre à un bilan des engagements pris depuis trois semaines. Il y en a eu tellement qu'on a peine à faire le total. Personne ne veut se retrouver au lendemain du 14 avril devant une spirale déficitaire qu'une mauvaise conjoncture économique pourrait amplifier.

***

D'ici la fin de la campagne, il faudra aller au fond de ces deux sujets que constituent la souveraineté et les finances publiques, bien que la controverse soulevée par les propos de l'ancien chef péquiste, Jacques Parizeau, sur «l'argent et les votes ethniques» puisse malheureusement faire dévier le débat.

On reprochera à M. Charest d'avoir manipulé les propos de M. Parizeau, mais il y avait un risque pour le Parti québécois de laisser son ancien chef mener une campagne parallèle auprès des jeunes. Les libéraux ont sauté sur l'occasion.

Lors d'un scrutin, il ne peut y avoir deux chefs. Les libéraux fédéraux s'abstiennent de toute intervention. C'est ce que devrait aussi faire M. Parizeau, qui doit laisser toute la place à Bernard Landry. À titre de chef du parti, c'est à ce dernier seul qu'appartient la responsabilité de proposer et de défendre une démarche vers la souveraineté. C'est lui, le candidat au poste de premier ministre !

bdescoteaux@ledevoir.ca


Élection 2003

Sovereignists will remember slight against Parizeau

The Montréal Gazette April 2, 2003


The words I used on Oct. 30 have hurt many citizens of Quebec in both camps. ... I regret that these words were too strong, and I would have preferred to have better chosen them. ... I would like to say to all our compatriots that the Quebec we propose is one where, without any ambiguity, the word 'us' and the word 'all' can become synonymous."

Those are the words of former premier Jacques Parizeau. Not those he spoke yesterday when he replied to Jean Charest, who accused him at the leaders' debate of repeating his referendum statement on "money and ethnic votes." Those are the words he wrote in Le Devoir back on Nov. 28, 1995.

Despite his repeated regrets, Parizeau has been the ongoing target of accusations of intolerance. In fact, ever since he resigned as premier in 1995, he's been ridiculed by the best and worst of them, sovereignists and federalists alike. This scapegoating of sorts reached new heights in September 1998 when Le Devoir commissioned a Sondagem poll asking Quebecers if Parizeau should actually refrain from speaking in public. Then premier Lucien Bouchard must have been tickled pink when he saw the front-page headline, "Parizeau exasperates Quebecers" and read the article that described his predecessor as a "nuisance."

And what was the mortal sin Parizeau had committed all these years? He had stood up to Bouchard for his inaction on sovereignty. And that's what got under the skin of those who wanted to believe Saint Lucien was the real thing.

As Parizeau repeatedly criticized his successor, he was called every insult in the book.

Such a convenient bogeyman.

Here's how it works: Whenever the media report any so-called controversial comment by Parizeau, panic ensues within sovereignist ranks. Various Parti Québécois MNAs and ministers make it a national sport of disassociating themselves from "Monsieur" faster than a speeding bullet.

And few mince words when they do. In 1997, PQ minister André Boulerice kindly observed that "at least popes die; they don't keep bugging their successor."

Of course, the whole kerfuffle usually happens before Parizeau gets to set the record straight. Then, all those who renounced him praise him as a great thinker and a formidable man of convictions. Blah, blah, blah. That is, until the next controversy when the whole embarrassing dance starts again. And that's exactly the familiar dance that Bernard Landry did within the past 24 hours.

During the leaders' debate, he told Mario Dumont that he would actually yank Parizeau out of the PQ campaign if it turned out that he had repeated his referendum night statement. "I will do as you ask," the premier said. Under fire, his raw instinct was to drop Parizeau if disassociating from him wasn't enough. Not a very healthy instinct.

Yesterday, Landry completed the dance, but he gave it a different ending. After Parizeau had set the record straight at a press conference, Landry refrained from praising him. He even refused to say whether he wants the former premier to stay on the PQ campaign, leaving it up to Parizeau to make that decision. That sounds a lot like an invitation to disappear until election night, and it's a sign that the premier, like Bouchard, is growing tired of this predecessor.

While Bouchard had opted to ignore Parizeau and cut all ties, Landry has tried to render him more harmless by keeping some contact with him, even referring to him as his wise adviser on sovereignty.

In return, Parizeau has been a good soldier, going beyond the call of duty for Landry. And this is what he gets in return? All in all, through this latest incident, it's Parizeau who kept his dignity while Landry wavered and Charest refused to apologize.

Like the virage on the confederal union imposed recently on unsuspecting PQ members - which was denounced yesterday in Le Devoir by the Rassemblement pour l'indépendance du Québec - the premier's readiness to drop Parizeau during the leaders' debate, and now his hesitation to keep him on, will not go unnoticed within broader sovereignist ranks. Whether or not the PQ wins the election, these two problems are bound to resurface.

In May 1997, Parizeau said: "I don't like confusion. I'm not afraid of words. I say what I think. Forgive me, but I will not change."

If only that philosophy were as contagious as the ingratitude his successors have shown him, the sovereignist cause would be all the stronger.


Élection 2003

Parizeau might quit campaign - Landry

In wake of debate. Charest refuses to apologize

The Montréal Gazette April 2, 2003


Premier Bernard Landry strongly hinted yesterday that his predecessor Jacques Parizeau would be doing him and the Parti Québécois a big favour by taking one for the team and dropping out of sight for the rest of the election campaign.

"It's up to his good judgment whether he continues to campaign," Landry said yesterday afternoon in Longueuil.

"It's possible that he will decide not to do any more campaigning. Parizeau is there to serve, and if he sees that what he's doing is not serving, then (he'll make his decision.)... I think he's a good enough soldier to make a wise decision."

Parizeau's speech to Shawinigan college students ripped through the campaign after Liberal leader Jean Charest hit Landry in Monday night's debate with the possibility Parizeau had reiterated his "money and ethnic votes" slur from the night of the 1995 referendum vote, when he blamed immigrants and federal cash for the defeat of the pro-sovereignist side.

Caught off guard and cornered on live television, Landry was forced to say that if Parizeau had indeed said such things he would be pushed out of the Parti Québécois re-election campaign.

But after waiting all day to hear Parizeau out, Landry yesterday defended his former boss in the face of what he called Charest's "negligent" and "imprudent" accusations.

Landry insisted he heard no hint of reproach in Parizeau's most recent comments.

"What was serious in 1995 was that he reproached, he blamed, he used a 'we' that was not inclusive," Landry said. "What was serious in 1995 I denounced with all my might."

In light of Landry's own referendum night confrontation with a Spanish-speaking hotel maid, he took pains yesterday to distance himself from Parizeau's original remarks.

This time around Parizeau was only analyzing the breakdown of the vote, Landry insisted.

"Counting votes is not odious," he said. "What's odious is blaming people."

Landry tried to lob the problem back at Charest.

"This is an affair between Mr. Parizeau and Mr. Charest," Landry said. "But if I were in Mr. Charest's place, I'd be very uncomfortable to have made such a serious allegation in front of millions of Quebecers in regard to someone else."

Controversy still swirled yesterday about what precisely Parizeau said in Shawinigan and how exactly he apologized. Parizeau emerged earlier in the day in St. Félicien to demand Charest apologize for "ascribing motives" to him.

He said Charest took a vaguely worded rendition of his statement that was posted on the Cyperpresse Web site and twisted it for the purposes of the debate.

"It's not correct, it's not right," Parizeau said. "I understand politics allows a lot of things, but you can't exaggerate. I think I have the right to demand he apologize."

A transcript of Parizeau's comments posted on the Radio-Canada network's Web site (it included an audio) shows Parizeau did venture into the touchy subject, something he has done in other speeches since 1995 but without repeating exactly the same phrase or using the same bitter, vengeful tone as that of Oct. 30, 1995.

Parizeau chuckles when he answers a student's question.

"When you lose by 50,000 votes out of five million, you look for causes and explanations. Uh ... at one point I came out with one that I have dragged around with me for a long time, in speaking of the ethnic vote and money."

Parizeau said his money statement referred to the big federally sponsored rally during the referendum campaign and his comment on the ethnic communities was really designed to highlight an evolution in mentalities.

He said in 1995 support among the cultural communities for sovereignty dipped to an all-time low but a recent Génération Québec poll showed 40 per cent of adults under age 35 who were immigrants or children of immigrants would vote Yes to sovereignty.

But Parizeau also adds: "Between us, this applies to what we now call the children of Bill 101 (where) there are real discussions that are absolutely the same as ours. They are integrated and they are now in Quebec society."

The Liberals pounced on the word "ours" and the fact Parizeau expresses no regrets, although Le Nouvelliste quotes him as saying: "In 1995, 61 per cent of Quebec francophones voted Yes. I had made an unfortunate statement that I was long criticized for."

"Mr. Parizeau is an experienced politician who has chosen to participate in this election campaign at the request of (Premier Bernard) Landry," Charest said yesterday. "He has himself commented on his words and what he had said in his 1995 speech.

"What I said yesterday I stand by, and I don't intend to apologize at all.

"If Mr. Landry wants to invite Mr. Parizeau to campaign, he's going to have to live with the consequences of Mr. Parizeau being on the ground, giving speeches, giving interviews and saying whatever he is saying at the time."

Action démocratique leader Mario Dumont said Parizeau should have been forced to apologize for the 1995 comments.

"If someone had told me that on April 1, 2003, Quebec would be plunged back into the squabbles of the 1995 referendum that everyone thought was behind us, I would have sworn it was an April Fool's joke. And yet . . ."

For a transcript of Parizeau's remarks in French, log on to our Web site canada.com/montreal, Searchword Quebec Votes. Once you're in the page, scroll down for the headline Jacques Parizeau's controversial remarks.

ahanes@ thegazette.canwest.com
pauthier@ thegazette.canwest.com


Élection 2003

Landry urges 'good' soldier Parizeau to clam up

Former premier's controversial comments provide election ammunition to Liberals

RhéAl SéGuin And Tu Thanh Ha
The Globe and Mail Wednesday, April 2, 2003


Montreal PQ - Former premier Jacques Parizeau is being politely invited to bow out of the Quebec election campaign, amid continuing controversy over recent comments he made about immigrant voters.

"Mr. Parizeau is politically a good and peaceful soldier. And he wants to help. If he realizes that his participation in the campaign doesn't help, I rely upon him to take his own decision," Parti Québécois Leader Bernard Landry said yesterday.

During Monday night's leaders debate Liberal Leader Jean Charest accused Mr. Parizeau of reiterating his controversial comments partly blaming the defeat of the 1995 referendum on the ethnic vote.

Mr. Charest said these were divisive comments and urged Mr. Landry to dissociate himself from the former premier.

Through most of the day, Mr. Landry avoided reporters' questions in anticipation of Mr. Parizeau's response to the Liberal Leader's accusation.

Mr. Landry would neither condone nor condemn Mr. Parizeau, for fear of dividing the sovereignty forces.

In the Lac St-Jean community of St-Félicien, Mr. Parizeau finally spoke, lashing out at the Liberal Leader, calling on Mr. Charest to apologize for misrepresenting his comments.

"I have said that my remarks in 1995 were unfortunate and that the context had now completely changed. So it wasn't right of him. I am indignant. I ask him to apologize."

PQ campaign organizers went to great lengths to prove that Mr. Parizeau had apologized for his 1995 remarks and even handed out transcripts of Mr. Parizeau's recent comments to show he did not exclude immigrants when referring to francophone Quebeckers.

Mr. Charest refused yesterday to retract his comments.

"I said what I had to say and I won't change a word of it," Mr. Charest told reporters after hearing that Mr. Parizeau declared he had been quoted out of context and wanted an apology from the Liberals.

Mr. Parizeau is a veteran politician who should have known better than to revisit such slippery turf, the Liberal Leader said.

"This isn't his first election campaign. We're not talking about people who could say, 'Oh, I got tricked.' No, no, these are people who know exactly what they're doing."

Mr. Landry clearly distanced himself from Mr. Parizeau, refusing to support his demand for an apology from Mr. Charest. Mr. Landry said half-heartedly that Mr. Parizeau had said nothing reprehensible. He said there was nothing wrong in counting votes, what was wrong was to blame someone for the way they voted.

"I condemned him in 1995," Mr. Landry noted. "In 1995 he blamed, attacked, disapproved. There is nothing like that now."

Mr. Landry appeared awkward and uncomfortable in defending a man his entourage personally dislikes. Mr. Landry once referred to Mr. Parizeau as "an enemy of independence."

As he did in 1998 in the final stretch of a campaign, Mr. Charest is finding it necessary to focus on portraying his foes as separatists whom federalist voters cannot trust merely to run a competent bread-and-butter government.

While polls show him lagging behind the PQ for the affection of the key French-speaking electorate leading up to the April 14 vote, the federalist support among francophones tends to be underreported in opinion polls because fear of Quebec secession is not a fashionable point of view to admit publicly.

"The main stake in all of this is the hidden agenda of Mr. Landry and Mr. Parizeau," Mr. Charest told reporters.

He said while campaigning several times yesterday: "Do you want a government whose first priority is health-care or sovereignty?"

While the controversy over Mr. Parizeau's remarks raged, Mr. Charest announced yesterday a drastic shift in his financial platform, one giving him more room to manoeuvre in the face of criticisms from Mr. Landry that the Liberal plan was unrealistically rigid.

Until now, Mr. Charest had said he would freeze spending in all government departments, except for health and education.

Yesterday, after meeting with Quebec's powerful union of farmers, Mr. Charest said there was room for flexibility. The freeze only applied to overall spending, not to specific departments, he said.

"There's an overall budget of $16-billion [in spending outside health and education] and within that, we'll make choices," he told reporters.

He wouldn't say which ministries would be given more money. "The day after the election we'll have a thorough review. We can't be dogmatic about it."

The latest announcement, coupled with his resorting to playing the sovereignty issue, comes as Mr. Charest is trying, with two weeks left in the campaign, to overtake the Parti Québécois.

Because the Liberals' support is concentrated in fewer ridings, the party needs to be ahead of the PQ by at least five or six percentage points in overall ratings to clinch a victory.


Élection 2003

Parizeau might quit campaign - Landry

In wake of debate, Charest refuses to apologize

National Post April 2, 2003


Premier Bernard Landry strongly hinted yesterday that his predecessor Jacques Parizeau would be doing him and the Parti Quebecois a big favour by taking one for the team and dropping out of sight for the rest of the election campaign.

"It's up to his good judgment whether he continues to campaign," Landry said yesterday afternoon in Longueuil.

"It's possible that he will decide not to do any more campaigning. Parizeau is there to serve, and if he sees that what he's doing is not serving, then (he'll make his decision.)... I think he's a good enough soldier to make a wise decision."

Parizeau's speech to Shawinigan college students ripped through the campaign after Liberal leader Jean Charest hit Landry in Monday night's debate with the possibility Parizeau had reiterated his "money and ethnic votes" slur from the night of the 1995 referendum vote, when he blamed immigrants and federal cash for the defeat of the pro-sovereignist side.

Caught off guard and cornered on live television, Landry was forced to say that if Parizeau had indeed said such things he would be pushed out of the Parti Quebecois re-election campaign.

But after waiting all day to hear Parizeau out, Landry yesterday defended his former boss in the face of what he called Charest's "negligent" and "imprudent" accusations.

Landry insisted he heard no hint of reproach in Parizeau's most recent comments.

"What was serious in 1995 was that he reproached, he blamed, he used a 'we' that was not inclusive," Landry said. "What was serious in 1995 I denounced with all my might."

In light of Landry's own referendum night confrontation with a Spanish-speaking hotel maid, he took pains yesterday to distance himself from Parizeau's original remarks.

This time around Parizeau was only analyzing the breakdown of the vote, Landry insisted.

"Counting votes is not odious," he said. "What's odious is blaming people."

Landry tried to lob the problem back at Charest.

"This is an affair between Mr. Parizeau and Mr. Charest," Landry said. "But if I were in Mr. Charest's place, I'd be very uncomfortable to have made such a serious allegation in front of millions of Quebecers in regard to someone else."

Controversy still swirled yesterday about what precisely Parizeau said in Shawinigan and how exactly he apologized. Parizeau emerged earlier in the day in St. Felicien to demand Charest apologize for "ascribing motives" to him.

He said Charest took a vaguely worded rendition of his statement that was posted on the Cyperpresse Web site and twisted it for the purposes of the debate.

"It's not correct, it's not right," Parizeau said. "I understand politics allows a lot of things, but you can't exaggerate. I think I have the right to demand he apologize."

A transcript of Parizeau's comments posted on the Radio-Canada network's Web site (it included an audio) shows Parizeau did venture into the touchy subject, something he has done in other speeches since 1995 but without repeating exactly the same phrase or using the same bitter, vengeful tone as that of Oct. 30, 1995.

Parizeau chuckles when he answers a student's question.

"When you lose by 50,000 votes out of five million, you look for causes and explanations. Uh ... at one point I came out with one that I have dragged around with me for a long time, in speaking of the ethnic vote and money."

Parizeau said his money statement referred to the big federally sponsored rally during the referendum campaign and his comment on the ethnic communities was really designed to highlight an evolution in mentalities.

He said in 1995 support among the cultural communities for sovereignty dipped to an all-time low but a recent Generation Quebec poll showed 40 per cent of adults under age 35 who were immigrants or children of immigrants would vote Yes to sovereignty.

But Parizeau also adds: "Between us, this applies to what we now call the children of Bill 101 (where) there are real discussions that are absolutely the same as ours. They are integrated and they are now in Quebec society."

The Liberals pounced on the word "ours" and the fact Parizeau expresses no regrets, although Le Nouvelliste quotes him as saying: "In 1995, 61 per cent of Quebec francophones voted Yes. I had made an unfortunate statement that I was long criticized for."

"Mr. Parizeau is an experienced politician who has chosen to participate in this election campaign at the request of (Premier Bernard) Landry," Charest said yesterday. "He has himself commented on his words and what he had said in his 1995 speech.

"What I said yesterday I stand by, and I don't intend to apologize at all.

"If Mr. Landry wants to invite Mr. Parizeau to campaign, he's going to have to live with the consequences of Mr. Parizeau being on the ground, giving speeches, giving interviews and saying whatever he is saying at the time."

Action democratique leader Mario Dumont said Parizeau should have been forced to apologize for the 1995 comments.

"If someone had told me that on April 1, 2003, Quebec would be plunged back into the squabbles of the 1995 referendum that everyone thought was behind us, I would have sworn it was an April Fool's joke. And yet . . ."

For a transcript of Parizeau's remarks in French, log on to our Web site canada.com/montreal, Searchword Quebec Votes. Once you're in the page, scroll down for the headline Jacques Parizeau's controversial remarks.


Élection 2003

Parizeau se fera discret

L'ex-premier ministre ne veut pas alimenter davantage la controverse

Cloutier, Mario; Lessard, Denis; Breton, Pascale; Benessaieh, Karim
La Presse mercredi 2 avril 2003


SOUCIEUX de ne pas alimenter davantage la controverse, l'ancien premier ministre Jacques Parizeau va rentrer dans ses terres. "Profondément blessé" d'avoir vu ses propos dénaturés par le chef libéral Jean Charest, M. Parizeau a décidé de mettre un terme à la tournée des cégeps qu'il avait entreprise pour donner un coup de main à Bernard Landry, indiquent des sources dans l'entourage de MM. Parizeau et Landry.

"Il est frappé, blessé, par le contexte un peu mesquin qui a entouré sa sortie", a expliqué, tard hier, un homme de confiance de M. Parizeau. Ce dernier n'a terminé qu'en soirée sa dernière activité à Chicoutimi puis il a eu un long téléphone avec sa femme, Lizette. Quatre des six événements où il avait confirmé sa présence étaient déjà derrière lui. Jacques Parizeau avait pris la parole aux cégeps de L'Assomption, Shawinigan, Saint-Félicien et Chicoutimi. M. Parizeau pensait conclure aujourd'hui sa tournée par un dernier cégep à Québec et refuser par la suite les invitations, nombreuses, qu'il avait reçues pour parler devant d'autres groupes d'élèves.

"M. Parizeau ne voulait surtout pas apporter des problèmes, il voulait donner un coup de main et se rend compte que cela a tourné au vinaigre", indiquait-on dans l'entourage du chef péquiste. "M. Parizeau se dit est-ce que j'ai besoin de me taper ça (une telle controverse)", explique un de ses proches.

L'ancien premier ministre s'est aussi entretenu hier avec Pierre D'Amours, l'organisateur de la campagne qui, déjà sous M. Parizeau, occupait les mêmes fonctions. Officiellement toutefois, tous les apparatchiks péquistes restaient sur leurs positions. M. Parizeau n'a pas encore formellement décidé de se retirer de la campagne, a-t-on martelé jusqu'à tard en soirée hier.

Plus tôt dans la journée hier, le chef péquiste Bernard Landry avait été jusqu'à évoquer la fin de la participation de M. Parizeau, tout en maintenant que jamais l'ancien chef n'avait réitéré sa déclaration controversée du soir du référendum de 1995.

"M. Parizeau est un bon soldat. Il a agi comme tel jusqu'à maintenant. Je ne vois rien dans ses propos qui évoque ce qu'il a dit en 1995. C'est son jugement à lui qui décidera s'il doit continuer à faire campagne ou non. Il se peut qu'il décide de ne plus faire campagne", a expliqué M. Landry à Longueuil.

Le leader péquiste estime que M. Parizeau avait blâmé des membres des communautés culturelles dans son désormais célèbre discours de 1995 en utilisant un langage d'exclusion. "Il y avait une autre chose grave, dit M. Landry, c'est ce que j'ai dénoncé avec plus de force, c'est le fameux nous."

Or, lundi à Shawinigan, Jacques Parizeau a de nouveau tenu des propos tendancieux à propos des communautés culturelles. Ricanant, il a rappelé à des élèves du cégep son explication de la défaite référendaire en ajoutant que les choses avaient changé depuis.

"Le débat entre nous s'applique maintenant à ce qu'on appelle les enfants de la loi 101. Il y a une discussion qui est absolument la même que la nôtre. Ils sont intégrés et ils sont maintenant dans la société québécoise", a noté M. Parizeau.

Hier, l'ancien premier ministre a dit regretter que ses propos de 1995 sur le vote ethnique aient "choqué beaucoup de gens; dans un certain sens, je regrette d'avoir utilisé une formule comme celle-là".

Lors du débat télévisé de lundi, le chef libéral Jean Charest a pris Bernard Landry de court en affirmant que l'ancien chef du PQ revenait à la charge sur le "vote ethnique". Hier, M. Landry a accusé le chef du PLQ d'avoir été "négligent et imprudent" en affirmant que M. Parizeau avait dit "des choses qu'il n'avait pas à se reprocher".

Celui-ci a demandé des excuses à Jean Charest, mais le chef libéral s'est fait on ne peut plus clair. Il n'est pas question de s'excuser pour ses propos faisant référence au référendum de 1995 au cours du débat télévisé. "M. Parizeau a choisi de ramener dans le domaine public, dans le débat, ses propos de 1995 et je peux vous réitérer, comme je l'ai fait hier (lundi), que ce sont des propos divisifs", a déclaré M. Charest.

Questionné pour savoir si un membre de son entourage n'avait pas fait une erreur en lui rapportant les propos de Jacques Parizeau sans avoir fait préalablement certaines vérifications, le chef libéral a indiqué qu'il n'avait de reproche à faire à quiconque. "M. Landry a un agenda caché sur la question de la souveraineté et les Québécois méritent de le savoir avant de voter le 14 avril prochain", a répété M. Charest.

Le chef du PLQ croit que M. Parizeau est un homme expérimenté qui savait très bien ce qu'il faisait en remettant cette histoire sur le tapis. "M. Parizeau est un adulte consentant. Je présume qu'il sait ce qu'il fait quand il est en politique alors, maintenant, il doit en assumer la responsabilité", a-t-il indiqué.

Mario Dumont, lui, a accueilli toute cette controverse avec un sourire. "Si on m'avait dit que le 1er avril 2003, le Québec allait être replongé dans les chicanes du référendum de 1995 qu'on pensait derrière nous, j'aurais juré que c'était un poisson d'avril", a-t-il lancé.

Le chef de l'ADQ qualifie de "malhabile" la déclaration en début de semaine de M. Parizeau et estime qu'elle a fait dévier la campagne électorale. "Si quelqu'un devait s'excuser, c'est probablement M. Parizeau, M. Landry et M. Charest pour avoir replongé en pleine campagne électorale le Québec dans des chicanes qui datent de 1995."

Il estime que M. Parizeau a fait amende honorable et s'est dit prêt à tourner la page. M. Dumont n'a cependant pu s'empêcher de lancer une pique en direction de Jean Charest, estimant que le chef libéral a attaqué M. Parizeau avec légèreté. "On l'a vu depuis des années, dit-il, M. Charest aime beaucoup réinterpréter des propos, reprendre des mots des gens, essayer de les déformer", a soutenu le chef adéquiste.

Plus tôt hier, Bernard Landry avait répété au moins 10 fois la règle de droit audi alteram partem, qu'il a utilisée au débat de lundi soir, pour demander aux journalistes d'entendre les explications de Jacques Parizeau avant de se prononcer sur le sort de l'ancien premier ministre péquiste.

Refusant de se dissocier des explications de Jacques Parizeau en matinée sur "l'argent et les votes ethniques", M. Landry a préféré faire une petite leçon de morale aux journalistes en disant que l'ancien chef péquiste méritait d'être entendu. "Suis la loi naturelle, sois humain. Donne une chance à l'autre, présume de la bonne foi", a-t-il répété plusieurs fois aux scribes.


Élection 2003

Les rires de "Monsieur"

Lysiane Gagnon
La Presse mercredi 2 avril 2003


En quelques petites phrases, ce diable de Parizeau aura réussi à déloger la guerre d'Irak des manchettes, à permettre à Jean Charest de compter des points au débat des chefs, et à faire dérailler la campagne de Bernard Landry pendant toute la journée d'hier.

L'ironie, c'est que pour absoudre son ancien chef, M. Landry dit se fier à la version électronique des propos que M. Parizeau a tenus lundi, au cégep de Shawinigan, sur ce fameux thème de "l'argent et les votes ethniques". Or, cette version, enregistrée par le reporter de Radio-Canada, est beaucoup plus dommageable que l'interprétation qu'en a faite le reporter du Nouvelliste qui, de son propre aveu, travaillait sans enregistreuse.

Contrairement à ce que laissait croire l'article de ce dernier, qui a interprété assez librement ce qu'il croyait être "l'esprit" des propos de M. Parizeau, jamais l'ancien chef péquiste n'a dit trouver "malheureuse" sa déclaration du référendum de 1995.

Au contraire, sur la cassette de Radio-Canada, on entend M. Parizeau s'esclaffer à deux reprises en évoquant cet épisode. D'abord, un petit ricanement. Ensuite, une franche cascade de rires, lorsqu'il rappelle qu'il a "longtemps traîné avec (lui)" la déclaration explosive qui allait précipiter sa démission comme premier ministre.

Quant au reste, il maintient son analyse du vote référendaire de 1995, quoique sur un ton moins agressif que le soir du référendum. Mais il en rajoute, en disant que "le vote des communautés ethniques qui, traditionnellement, donnait aux souverainistes 7, 8 ou 9 % du vote", a été réduit, lors du référendum, à 3 %- "une grosse diminution"- et que "dans certaines communautés, ç'a été presque l'unanimité".

M. Parizeau ajoute que depuis, les choses se sont améliorées, et se félicite de ce qu'un sondage montre que "le débat entre nous (sic) s'applique maintenant aux enfants de la loi 101", les jeunes des communautés se répartissant, sur la souveraineté, dans les mêmes proportions que la population en général.

Mais cette prise en compte d'une "évolution" qui, de toute évidence, le ravit, ne change aucunement son jugement quant à la défaite référendaire de 1995, qu'il attribue encore "à l'argent et au vote ethnique". (On peut lire la transcription de la déclaration de M. Parizeau en page B1 du cahier Élections 2003).

M. Landry avait beau accuser, hier, Jean Charest d'avoir été "négligent et imprudent" en s'en prenant à M. Parizeau sur la foi d'un article de journal, force est de constater que M. Charest n'a aucunement exagéré, et qu'en fait, il aurait même pu frapper plus fort s'il avait disposé de la version électronique! (À ce sujet, M. Landry a dit hier n'avoir lu que la transcription écrite; si c'est exact, il n'aurait donc pas entendu son ancien chef s'esclaffer au rappel de la controverse sur les "votes ethniques.")

Hier après-midi, une fois le désastre consommé, M. Parizeau a dit trouver "malheureux" que sa déclaration de 1995 ait "choqué beaucoup de gens", mais il n'a pas reculé sur le fond. Il a simplement dit: "En un certain sens, je regrette d'avoir utilisé une formule comme celle-là." On a déjà entendu des repentirs plus poussés!

Harcelé par les reporters, Bernard Landry a été dans l'embarras toute la journée d'hier. Il a ardemment témoigné de sa foi dans le multiculturalisme, tout en s'évertuant à trouver des excuses à l'homme qu'il décrit toujours comme son conseiller en matière de souveraineté... et qui est en outre une figure extrêmement populaire au PQ. C'est là, d'ailleurs, que le bât blesse.

Déjà, des péquistes ulcérés lui reprochent d'avoir en quelque sorte offert la tête de Parizeau au chef libéral, en déclarant au cours du débat de lundi, en réponse aux interpellations de Jean Charest, que si ses affirmations s'avéraient, il demanderait à M. Parizeau de se retirer de la campagne péquiste.

Hier, M. Landry était solidement coincé entre l'arbre et l'écorce- entre une opinion publique réfractaire aux divisions ethniques, et les indispensables militants péquistes dont il a besoin pour "faire sortir" son vote.

Il est trop tôt pour savoir si cette affaire aura une répercussion sur la campagne péquiste, mais chose certaine, elle a ramené sur la table le spectre du référendum, en même temps que le souvenir d'un certain radicalisme qui déplaît à nombre d'électeurs.


Élection 2003

Il persiste et signe

André Pratte
La Presse mercredi 2 avril 2003


Jacques Parizeau a réclamé hier des excuses de la part de Jean Charest, l'accusant d'avoir déformé le sens de ses propos. Pourtant, quiconque a entendu la déclaration de l'ancien premier ministre ne peut que constater qu'il a bel et bien "persisté et signé", comme l'indiquait l'article cité par le chef libéral au cours du débat des chefs.

Il ne suffit pas de lire la transcription des paroles de M. Parizeau. Il faut les entendre. Il faut l'entendre rigoler lorsqu'il évoque ce qui fut pourtant l'une des déclarations les plus scandaleuses de l'histoire politique du Québec. "Le dernier référendum, quand vous le perdez par 50 000 voix sur 5 millions, vous cherchez des causes et des explications, a dit M. Parizeau devant un groupe d'étudiants. Euh... Un moment donné- hé, hé- j'en ai sorti une que j'ai traînée avec moi longtemps. En disant... (rires), en parlant du vote ethnique et de l'argent."

Pas l'once d'un remords! M. Parizeau et son auditoire semblent plutôt s'amuser ferme en évoquant ce souvenir du bon vieux temps. Ensuite, il explique comment l'argent et le vote des communautés culturelles sont à l'origine de la défaite du Oui. Hier, Bernard Landry a soutenu que M. Parizeau n'avait en rien répété sa déclaration d'il y a sept ans. M. Parizeau lui-même a dit regretter sa déclaration du 30 octobre 1995. Pourtant, sur le fond, l'ancien président du PQ continue de dire la même chose.

Et c'est là, sur le fond, qu'est le problème. Convenons avec MM. Parizeau et Landry que Jean Charest a commis une grossière imprudence en portant une accusation aussi grave sur la seule foi d'un bref rapport de presse. Sauf que cette controverse-là n'est plus pertinente, dans la mesure où, vérification faite, M. Parizeau a bel et bien dit ce qu'on lui reproche d'avoir dit.

Ce qui rend les propos de M. Parizeau malheureux, ce n'est pas seulement que le moment était particulièrement mal choisi (le soir du référendum). Ce ne sont pas seulement les rires (avant-hier). Ce qui rend ces propos malheureux, c'est que- quoi qu'en dise M. Landry- ils tendent à stigmatiser les communautés culturelles. D'ailleurs lundi, M. Parizeau en a remis. Se réjouissant de ce que, selon un sondage, 40 % des jeunes de descendance immigrante voteraient Oui à un référendum, il y a vu une preuve de leur intégration à "notre" société: "C'est-à-dire que le débat entre nous s'applique maintenant aux enfants de la loi 101. Il y a une véritable discussion qui est absolument la même que la nôtre. Ils sont intégrés. Ils sont maintenant dans la société québécoise." Autrement dit, tant qu'ils votent massivement pour le Non, les membres des minorités ne sont pas des "nôtres".

Ce raisonnement néfaste n'est pas exclusif à Jacques Parizeau au sein du mouvement souverainiste. Cette idée selon laquelle les Québécois anglophones et allophones "bloquent" la volonté d'émancipation des francophones doit être éradiquée. Entre autres raisons parce qu'elle est fausse: les francophones représentant 80 % de la population du Québec, personne n'est en mesure de les empêcher de dégager une majorité en faveur de la souveraineté, s'ils le souhaitent.

M. Landry, qui ne partage pas les idées de M. Parizeau sur cette question, aurait dû condamner fermement ses propos hier. Il est essentiel, pour le Québec comme pour le mouvement souverainiste, qu'aucun dérapage de ce genre ne soit toléré.

apratte@lapresse.ca


Élection 2003

Parizeau, point de mire malgré lui

Il reproche à Jean Charest d'avoir fait " tout un plat " avec ses propos et demande des excuses

Moisan, Mylène; Paquet, Stéphane; Giroux, Raymond
Le Soleil mercredi 2 avril 2003


Jacques Parizeau a volé la vedette de la campagne électorale hier, en remettant à l'ordre du jour la question controversée du vote ethnique. Jean Charest, qui en a fait ses choux gras lors du débat, a refusé de s'excuser. Le premier ministre, lui, n'y voit pas matière à fouetter un chat.

La controverse a germé lundi soir au cours du débat des chefs lorsque Jean Charest a sorti de son chapeau des propos de M. Parizeau tenus le jour même devant des cégépiens à Shawinigan. À cette occasion, il a repris son constat de 1995, selon lequel les membres des communautés culturelles avaient voté " presque à l'unanimité " contre l'indépendance du Québec. Partant de là, il a déclaré que " ça s'est beaucoup amélioré ", citant un sondage où 40 % des enfants d'immigrants voteraient OUI à un prochain référendum.

Autre pan de la controverse de 1995, l'utilisation du " nous ", comme l'a rappelé hier M. Landry, qui ne s'adressait qu'aux francophones de souche. Sur ce point, M. Parizeau a commis le même impair, affirmant que " le débat entre nous s'applique maintenant à ce qu'on appelle les enfants de la loi 101 ".

Le premier ministre a attendu plusieurs heures avant de réagir aux propos de l'ancien premier ministre, " question de se faire une opinion sage, ce que Jean Charest aurait dû faire avant d'attaquer un citoyen devant des millions d'autres ", a-t-il déclaré.

En début de journée, le premier ministre avait refusé obstinément de se mouiller sur la déclaration controversée de M. Parizeau. Il a ressorti son latin de la veille, au débat des chefs, pour justifier son silence. " Audi alteram partem, sois humain, applique la loi naturelle, laisse parler l'autre, ne le condamne pas d'avance, ne sois pas cruel envers lui, c'est un être humain ", a-t-il répété aux journalistes, qui ont tenté de toutes les façons de lui tirer les vers du nez.

Parce que la formule latine fait " avocat de (sa) génération ", M. Landry a traduit son " audi alteram partem " en français, " écoute l'autre partie ", en anglais, " listen to the other party " et même en espagnol, " escuche al otra parte ".

En milieu d'après-midi, M. Landry a donné sa lecture de l'événement, après avoir pris connaissance des différentes versions diffusées depuis la veille. Selon la dernière version, l'ex-premier ministre a déclaré que, des causes pour expliquer la défaite référendaire, " j'en ai sorti une que j'ai traînée avec moi longtemps, en parlant du vote ethnique et de l'argent ", avant de revenir sur le sujet et d'enchaîner sur le chemin parcouru depuis. " M. Parizeau est un bon soldat, il a agi comme tel jusqu'à maintenant, a tranché Bernard Landry. Je ne vois rien dans ses propos qui évoque ce qu'il a dit en 1995. Tout le monde au Québec a le droit de voter comme il veut sans se le faire reprocher. Ce qui était grave en 1995, c'était le reproche et le blâme et l'emploi d'un nous qui n'était pas inclusif. "

Mutin malgré lui

Reste que le " soldat " Parizeau a été fait mutin malgré lui en remettant sur le tapis cet épisode référendaire particulièrement controversé. M. Landry ne compte pas demander à M. Parizeau de se retirer de la campagne, mais l'invite à réfléchir, confiant qu'il prendra une " décision sage ". M. Parizeau " décidera s'il continuera à faire campagne. S'il voit que sa présence crée des interfaces trop rugueuses, peut-être décidera-t-il lui-même de se retirer. Il fait ça pour servir. S'il voit qu'il ne sert pas, que ces propos sont interprétés pour créer des impressions qu'il ne souhaite pas créer, il prendra sa décision lui-même ", a dit le premier ministre.

Quant à M. Parizeau, il a qualifié de " malheureuse " sa déclaration du 30 octobre 1995. Il reproche cependant au chef libéral d'avoir " fait tout un plat " de son exposé devant les cégépiens où il ne faisait que reprendre le constat. " Comment c'est sorti ? Eh bien, c'est sorti tout croche ", a-t-il lancé. Pour cette raison, il estime avoir " le droit de demander à M. Charest de s'excuser ".

Au lendemain du débat des chefs, M. Charest ne manifestait aucun regret d'avoir souligné à grand trait les déclarations de l'ancien chef péquiste. " Il n'est pas question pour moi de m'excuser. M. Parizeau a choisi de ramener dans le domaine public, dans le débat, ses propos de 1995 et je peux vous réitérer aujourd'hui, comme je l'ai fait hier, que ce sont des propos qui divisent. "

Celui-ci n'a pas voulu dire s'il avait d'abord été mis au courant du contexte dans lequel les déclarations de M. Parizeau avaient été faites. " Il a choisi de participer à la campagne ", a dit le chef libéral qui n'avait " aucun reproche à faire à quiconque " dans son équipe pour lui avoir transmis l'information, qui n'était à ce moment qu'un communiqué de Cyberpresse ne contenant aucune citation.

" On est en plein coeur d'une campagne électorale, M. Parizeau fait le tour des cégeps à la demande de M. Landry... Je pense que M. Parizeau est un adulte consentant qui sait ce qu'il fait. Je présume qu'il sait ce qu'il fait quand il est en politique, alors maintenant, il doit en assumer la responsabilité, c'est simple comme ça. "

Poisson d'avril

De son côté, Mario Dumont a accepté les explications fournies par M. Parizeau. " Le temps ayant fait son oeuvre et lui ayant compris la gravité de ses propos, a dit M. Dumont dans un bref point de presse à Saint-Jean-sur-Richelieu, il faut accepter sa parole ".

" Les gens d'honneur doivent accepter cette parole-là, a dit le chef de l'ADQ. Une personne s'excuse et regrette, il faut arrêter d'en parler, tourner la page ".

" Mais on l'a vu dans le débat, on l'a vu depuis des années, M. Charest aime beaucoup réinterpréter des propos, reprendre des mots des gens, essayer de les déformer. Il est meilleur pour jouer avec les propos des autres que pour présenter lui-même une vision ", a dit M. Dumont.

" Si quelqu'un doit s'excuser, a-t-il ajouté, ce sont probablement M. Parizeau, M. Landry et M. Charest pour avoir replongé le Québec dans des chicanes qui datent de 1995.

" Si on m'avait dit que le 1er avril 2003, le Québec serait replongé dans les chicanes du référendum de 1995, qu'on pensait derrière nous, j'aurais juré que c'est un poisson d'avril ", a-t-il lancé.

MMoisan@lesoleil.com
SPaquet@lesoleil.com
RGiroux@lesoleil.com


Élection 2003

Sauvé par la cloche !

Michel Vastel
Le Soleil mercredi 2 avril 2003


Je sais que Jacques Parizeau est un grand " Monsieur ". Un grand intellectuel de la classe de Pierre Trudeau. Un grand commis de l'État libéral de Jean Lesage. Un grand ministre de René Lévesque et un chef courageux du Parti québécois. Mais il est aussi la cloche qui a sauvé la campagne de Jean Charest et de ses candidats libéraux.

Je vous avais prédit hier qu'on ne parlerait que de Jacques Parizeau dans les jours qui suivraient le débat. L'homme ne passe pas inaperçu. Et il a l'habitude de tirer sur les messagers plutôt que de regretter ses propos. Quand en 1997 j'avais publié des extraits de son livre - Pour un Québec souverain - l'accusant d'avoir concocté, à Paris et avec l'ancien président Giscard d'Estaing, un plan secret de " reconnaissance internationale d'un Québec souverain ", il m'avait traité de " menteur ". Sauf que ses propres amis - Lucien Bouchard et Bernard Landry en particulier - l'avaient cruellement condamné à la lecture de ces quatre pages de son livre.

Hier, il a déploré avoir été cité hors contexte, exprimant même des regrets... Dix-neuf heures trop tard. Le premier ministre Bernard Landry lui a donné l'absolution après " avoir lu l'électronique ", c'est-à-dire le verbatim de l'enregistrement des propos de Jacques Parizeau miraculeusement réalisé par Radio-Canada. Les stratèges du Parti québécois - qui incidemment ont manqué une dépêche placée sur le site Cyberpresse.ca à 15 h 31, ou ont négligé d'en informer leur chef ! - ces stratèges donc devraient savoir qu'on ne " lit " pas un document électronique, on l'écoute.

D'ailleurs, la vraie transcription, celle qui a été faite dès 8 heures du matin hier par MEDIANOR, se lit comme suit: " Moi, un moment donné (RIRES), j'en ai sorti une que j'ai traînée avec moi longtemps (RIRES) en parlant du vote ethnique et de l'argent. " [La référence aux " rires " ne se retrouve pas dans la transcription officielle de Radio-Canada, ni dans celle que le bureau du premier ministre a fait distribuer à la presse.] En fait, moi qui ai écouté le ruban de Radio-Canada, j'ai été frappé par le cynisme de Jacques Parizeau : il ne rit pas, il ricane ! " Il effervesce ", diraient ses amis péquistes. Ce n'est qu'hier, à Saint-Félicien, que Monsieur a exprimé quelque remords. Trop tard, et seulement pour tirer son successeur d'embarras.

Demain dira s'il s'agit d'une tempête dans un verre d'eau ou si l'incident poussera des libéraux encore égarés à l'Action démocratique à rentrer au bercail. Une chose est certaine, Jacques Parizeau n'a pas seulement tenu des propos maladroits, il en a remis sur le comportement des groupes ethniques !

Voici ce qu'il dit sur les fils d'immigrants : " y'ont tous dû passer par l'école française(...) On leur pose la question référendaire (de 1995) et 40 % répondent OUI et 60 % NON (...) Ça s'applique à ce qu'on appelle les enfants de la loi 101, y'a une véritable discussion qui est absolument la même que la nôtre. Ils sont intégrés... " Faut-il comprendre de ces propos que les fils d'immigrants qui ne votent pas OUI dans un référendum sur la souveraineté ne sont pas " intégrés ", eux ? Évidemment, comme le soulignait Bernard Landry hier, Monsieur ne reproche plus aux groupes ethniques de voter NON. Mais il félicite ceux qui votent OUI ! Où est la différence avec les propos de 1995 ?

[Incidemment, la seule erreur que reconnaisse Jacques Parizeau est celle d'avoir reconnu les droits des Québécois qui oeuvrent dans la fonction publique fédérale. " On n'a pas gagné un vote en Outaouais et ça nous en a fait perdre dans la ville de Québec, a-t-il dit.... Ça s'appelle une erreur en politique ça ! " Moi je pensais que c'était de la franchise et du courage politique. Parizeau nous dit au fond qu'il aurait fallu mentir pour ne pas perdre de votes dans la ville de Québec. Cela s'appelle de la fourberie. Est-ce de cela qu'on discute au Conseil de la souveraineté du Québec ?]

Mais assez ergoté sur des propos à tout le moins maladroits et qui, quoiqu'il en dise officiellement, embarrassent Monsieur Landry. Je trouve même curieux que Jean Charest, contrairement aux souhaits de son entourage et de ses candidats, hésite à les exploiter davantage. La question plus grave, qui se posera toujours avec Jacques Parizeau, comme elle se posait avec Pierre Trudeau, c'est celle du fameux " devoir de réserve ".

Certains - Lucien Bouchard, Brian Mulroney - s'y soumettent de façon exemplaire. D'autres se pensent au dessus de cette règle que, chefs de gouvernement, ils imposaient avec rigueur à leurs hauts fonctionnaires et à leurs magistrats. C'était le cas de Pierre Elliott Trudeau qui, jusqu'à son décès, a mis dans l'embarras ses successeurs. Et c'est le cas de Monsieur. Dans son livre, il avait déjà commis l'indélicatesse de citer les conversations privées qu'il tint avec des hommes d'État étrangers. Depuis, il donne son interprétation personnelle de la politique, il commente la performance de ses successeurs, il spécule sur leurs fortunes électorales - " Ça sent bon ! ", dit-il des chances de réélection du PQ.

Plusieurs personnes m'ont demandé hier ce qu'il faudrait faire pour réduire Monsieur Parizeau au silence. Il faut le prendre au mot et le citer, rigoureusement... Jusqu'à ce que Bernard Landry ait enfin le courage de lui dire de se taire !

MVastel@lesoleil.com


Élection 2003

Peu de réactions dans les communautés culturelles

Éric Moreault
Le Soleil mercredi 2 avril 2003


Les propos controversés de Jacques Parizeau sur l'argent et le vote ethnique ne provoqueront pas au sein des communautés culturelles une onde de choc semblable à celle qui avait amené le premier ministre à démissionner au lendemain du référendum de 1995.

" On n'a pas l'épiderme si sensible ", disait-on hier du côté de la communauté italienne en soulignant que si c'était une grosse histoire à l'époque, il ne fallait pas en faire tout un plat aujourd'hui. Une réaction semblable à celles recueillies auprès de diverses communautés où on n'a pas enregistré de réaction outrée, en fait, pas de réaction tout court.

" Ce sont des commentaires excessivement malheureux et déplacés proférés en 1995. Il n'était pas utile de ramener ça sur le tapis ", déplore néanmoins Joseph Gabay, président du Congrès juif canadien, section Québec.

L'ex-premier ministre du Québec ne devrait pas regretter ses propos tenus à chaud, mais de ne pas avoir précisé sa pensée. Il aurait dû dénoncer l'establishment de la communauté juive, de la communauté italienne et du congrès hellénique qui a conclu une alliance avec le Parti libéral " depuis trois, quatre décennies ", lance, un brin provocateur, Amir Khadir.

Le candidat de l'Union des forces progressistes dans Mercier, d'origine iranienne, dénonce le fait que M. Parizeau ait englobé tous les membres des communautés culturelles. " Des Haïtiens, des Latinos-Américains et des gens de toutes les communautés, j'en connais plein qui votent pour la souveraineté. "

De toute façon, " les ethnies ont pleinement le droit d'exercer leur choix, dans un camp comme dans l'autre ". Il croit que dans l'ensemble, un grand nombre de citoyens " souhaitent un Québec moderne et ouvert sur le monde, qui est déjà l'une des sociétés les moins racistes " du globe.

Il voit dans la dénonciation de Jean Charest une manoeuvre politique de mauvais aloi bien qu'il considère que Bernard Landry doit se dissocier de son ancien collègue.

En fait, le Parti québécois devrait concrétiser ses engagements comme celui d'intégrer des représentants des communautés culturelles au sein de la fonction publique, qui stagne à 2 % depuis plus de 20 ans.

" Ce serait la meilleure façon pour les péquistes de répondre aux attaques des libéraux et la meilleure façon d'intégrer et de gagner la sympathie des immigrants. "

EMoreault@lesoleil.com


Élection 2003

Je n'ai pas la naïveté de croire que tout cela est le fruit du hasard

Michel Mongrain, Trois-Rivières
AGQ 2.4.2003


Bonjour,

Voici la lettre que j'ai fait parvenir à CyberPresse au sujet de ce que l'on pourrait nommer l'affaire Parizeau. Je suis outré du traitement fait à cette désinformation.

Bonjour,

Alors La Presse, sentant que le PQ avait des chances de gagner la prochaine élection, a décidé d'entrer dans la campagne et d'aider la famille libérale.

Ainsi, en publiant sur son site Cyber-Presse, une manchette qui déformait les propos de Monsieur Parizeau, on s'est assuré que Monsieur Charest aurait en main le contenu de cette désinformation à temps pour le débat. Peu importe si pour ce faire on implique la réputation d'un homme. Seul le résultat compte.

Je tiens à dénoncer cette procédure et encore plus la couverture que vous en faites. Ainsi, depuis le débat, on s'assure de placer en Une tous les articles qui frappent sur le clou.

La famille libérale se serre les coudes. Pourquoi un journal comme La Presse est-il si tendancieux et malhonnête? Évidemment tous ceux qui sont publiés à la Une, tel que les Denis Lessard, Yves Boisvert, Lysiane Gagnon et les autres, jugent coupables, sans procès, et surtout sans analyse sérieuse les propos de Monsieur Parizeau mais personne qui pourrait venir à sa défense n'est publié.

Ce traitement de l'information a une odeur nauséabonde dont le «timing» ne trompe pas. Je n'ai pas la naïveté de croire que tout cela est le fruit du hasard.

Deux semaines avant la date des élections et voyant que les sondages prédisaient une réélection du PQ si la tendance se maintenait, il fallait une intervention divine dont vous vous êtes chargé.

En politique, on dit que tous les coups sont permis mais je refuse de croire que l'on doive s'en prendre à des personnes sans raison. Je trouvais que Monsieur Charest menait une bonne campagne mais maintenant, surtout qu'il refuse de s'excuser, je lui souhaite une défaite et beaucoup de nominations sur les conseils d'administration pour son après-carrière politique... et bien sûr, qu'il sera le bienvenu sur le CA de La Presse et de Power Corporation!

Salutations.


Élection 2003

Retrait de Parizeau - Bernard Landry soulagé

Cyberpresse et Mario Cloutier (La Presse)
Le mercredi 02 avril 2003


Photo PC
Le chef du Parti québécois Bernard Landry

Le chef du Parti québécois Bernard Landry semble soulagé par le retrait de l'ex premier ministre Jacques Parizeau de la campagne électorale. Son prédécesseur avait causé la controverse en ramenant sur la table, lundi à Shawinigan, son explication controversée de la défaite référendaire de 1995, causée selon lui par «l'argent» et «le vote ethnique».

«Cette affaire est derrière nous», a estimé le premier ministre, qui dit cependant ne pas avoir parlé à Jacques Parizeau. «M. Parizeau est le juge, c'est lui qui a pris la décision», a-t-il précisé.

Bernard Landry a rebondi en attaquant le chef libéral Jean Charest. Il a souligné l'ambiguïté de sa position sur les fusions municipales. «On ne peut pas être pour les nouvelles villes et contre les nouvelles villes à la fois», a-t-il dit. Il accuse le chef libéral de ne pas s'être engagé à retirer son projet de loi cadre pour permettre des référendums sur les défusions des nouvelles grandes villes, même s'il a laissé entendre qu'il avait «comme contribuable (…) un préjugé favorable aux nouvelles villes» lors du débat de lundi soir.


Élection 2003

Déclaration de Jacques Parizeau

site internet du Parti québécois
Le mercredi 02 avril 2003


Montréal, le mercredi 2 avril 2003 – L’ex-premier ministre du Québec, monsieur Jacques Parizeau, a tenu à faire connaître la déclaration suivante :

« J’ai pris connaissance des propos qu’a tenus monsieur Jean Charest hier après-midi. Loin de répondre à mes demandes d’excuses, monsieur Charest a décidé d’envenimer le débat en se livrant à une charge indigne d’un aspirant à la fonction de premier ministre. Cette agressivité de monsieur Charest, mesquine et contraire à l’éthique élémentaire, est manifestement utilisée pour nuire à la campagne électorale du Parti Québécois.

La tête de Parizeau ne peut devenir un enjeu électoral. Ce serait trop bête, il y a des choses plus importantes à discuter.

Dans le genre de rôle que je joue, on ne fonctionne que lorsqu’on est utile. Quand on cesse de l’être, on décroche.

C’est ce que je fais, après une dernière prestation au Cégep de Lévis-Lauzon, ce matin. »


Élection 2003

Jacques Parizeau se retire

SRC Le mercredi 02 avril 2003


L'ancien premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, se retire de la campagne électorale. Il livrera une dernière prestation aujourd'hui devant les étudiants du cégep de Lévis-Lauzon.

Jacques Parizeau
Dans un communiqué, M. Parizeau explique qu'il a pris sa décision à la suite du refus du chef libéral Jean Charest de lui présenter des excuses au sujet de propos qu'il a tenus à Shawinigan et dont M. Charest a fait état lors du débat des chefs lundi. «Loin de répondre à mes demandes d'excuses, écrit Jacques Parizeau dans le communiqué, M. Charest a décidé d'envenimer le débat en se livrant à une charge indigne d'un aspirant à la fonction de premier ministre. Cette agressivité de M. Charest, mesquine et contraire à l'éthique élémentaire, est manifestement utilisée pour nuire à la campagne électorale du Parti québécois».

L'ancien premier ministre poursuit en affirmant que sa propre tête ne peut devenir un enjeu électoral, parce qu'il y a des choses plus importantes à discuter. «Dans le genre de rôle que je joue, on ne fonctionne que lorsqu'on est utile. Quand on cesse de l'être, on décroche», écrit-il en guise de conclusion.

Pas de surprise au PLQ

Jean Charest
Le chef libéral Jean Charest ne s'est pas montré vraiment surpris de la décision de Jacques Parizeau, ajoutant que quant à lui, il allait maintenir le cap dans sa campagne. «Même si M. Parizeau choisit de s'absenter, de prendre congé de la campagne, il reste toujours que fondamentalement, au Parti québécois, le choix c'est la souveraineté, à partir du 14 avril, alors que nous on choisit la santé. Ça ne change rien. Et on va continuer à rappeler à ceux qui sont appelés à voter le 14 avril que c'est le choix qui leur est offert», a-t-il déclaré.

Pas d'émoi au PQ

Bernard Landry
En campagne à Varennes, au sud de Montréal, le chef du PQ, Bernard Landry, s'est lui aussi montré peu surpris de la décision de M. Parizeau de mettre fin à ses apparitions dans la campagne. «Je ne lui ai pas parlé, a-t-il commenté, mais c'est cohérent avec ce que j'ai dit hier, qu'il était le juge de la pertinence de sa participation. (...) Je respecte sa décision», a conclu M. Landry.

L'ADQ se réjouit

Mario Dumont
Quant au chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, il estime que le retrait de Jacques Parizeau va permettre de recentrer la campagne électorale sur les véritables enjeux, comme la santé et l'éducation. «Tout l'épisode des défusions, tout l'épisode Parizeau dans la campagne nous a rappelé qu'avec le PQ et le PLQ, on va toujours rebrasser les histoires du passé, travailler à revenir en arrière. Y a seulement l'ADQ qui garde les yeux sur l'avenir», a-t-il affirmé.