France - Québec

Les relations France-Québec resteront ce qu'elles sont, selon P.-A. Wiltzer

MICHEL DOLBEC
PC 22 avril 2003


PARIS (PC) - Le ministre français de la Coopération et de la Francophonie, Pierre-André Wiltzer, assure que les relations franco-québécoises "resteront ce qu'elles sont", même si un de leurs principaux enjeux politiques n'est plus à l'ordre du jour après la défaite des souverainistes.

"Il y a eu dans l'Histoire des moments où il a été nécessaire pour le Québec de nouer des relations fortes avec la France, dans tous les partis et au plus haut niveau, a rappelé le ministre en entrevue en fin de semaine.

Louise Beaudoin a fait beaucoup d'efforts pour expliquer aux responsables français le pourquoi de la démarche souverainiste. On n'est plus dans cette situation. Tout le monde est au courant. Et on n'est pas dans une période où un nouveau débat se profile."

Avec l'arrivée au pouvoir des libéraux et le report aux "calendes grecques" d'un nouveau référendum, selon l'expression du journal Le Monde, il faut donc s'attendre à un "changement de style et de méthode", souligne M. Wiltzer. Celui-ci ne redoute pas pour autant une banalisation de la coopération franco-québécoise. "Notre relation directe et privilégiée dépasse les partis politiques, a-t-il assuré. Et indépendamment des relations personnelles, elle restera ce qu'elle est."

Par "relations personnelles", le ministre entend celles qu'une partie de la classe politique françaises entretient depuis plus de 20 ans avec certains souverainistes, Louise Beaudoin en particulier qui possédait ici de vastes réseaux politiques. M. Wiltzer est lui-même un intime de l'ex-ministre des Relations internationales, qu'il voit partir avec un "pincement au coeur".

"Le fait qu'elle ne soit plus directement en charge de ces relations marque un tournant, dit-il. Mais sur le fond, en tant que responsable, je n'ai pas d'inquiétudes. On ne repart pas à zéro."

M. Wiltzer ne croit pas en conséquence que le prochain ministre des Relations internationales, ne disposant pas de l'expérience et des entrées politiques de son prédécesseur, devra se contenter d'être reçu par le ministre de la Coopération lorsqu'il viendra à Paris, comme on l'a déjà prédit.

"Ce serait nettement insuffisant, admet le ministre. Normalement, les ministres étrangers n'ont pas les chefs d'Etat comme interlocuteur. Mais notre relation avec le Québec dépassant le cadre protocolaire, les Québécois auront toutes leurs entrées au gouvernement, de haut en bas."

Le fait que Jean Charest, qui n'était alors que chef de l'Opposition, ait été reçu il y a deux mois à Paris par le premier ministre Jean-Pierre Raffarin témoigne de la "solidité de l'engagement" de la France, selon le ministre.

Il reste que les souverainistes ont longtemps accordé plus d'importance que les libéraux à leurs relations politiques avec la France. Pendant le deuxième mandat de Robert Bourassa, ces relations avaient d'ailleurs connu un net affaiblissement. Cette période avait été marquée par le quasi-abandon des visites "alternées" de premiers ministres, dont s'était personnellement inquiété Jacques Chirac, alors maire de Paris, et qu'avait vivement dénoncé le président du groupe d'amitié France-Québec à l'Assemblée nationale, un certain Pierre-André Wiltzer.

Aujourd'hui, ce dernier se réjouit de voir que les relations entre la France et le Québec sont au coeur des préoccupations du nouveau premier ministre. En février à Paris, Jean Charest a en effet promis de donner un "donner un nouveau souffle" à cette "relation d'avenir", en l'orientant davantage vers l'économie, la technologie et des dossiers comme la décentralisation.

L'économie sera d'ailleurs au centre de la visite que doit effectuer à Québec le chef du gouvernement français, Jean-Pierre Raffarin, dans un mois. M. Raffarin assistera à cette occasion à Futuralia, le salon international du "maillage" des PME, né dans sa région de la Vienne en 1989, et dont Québec est l'hôte pour la première fois.




Élection 2003

«Déficit caché»: tactique libérale, dit Marois

Clairandrée Cauchy
LE DEVOIR mardi 22 avril 2003


L'ancienne ministre des Finances, Pauline Marois, nie les allégations du comité de transition libéral selon lesquelles le gouvernement du Parti québécois aurait camouflé un déficit d'au moins deux milliards dans le dernier budget.

«On connaît la tactique qui consiste à dire que ce qu'on découvre n'est pas beau et qui leur permet de mettre leurs engagements par-dessus bord. [...] Ils vont essayer de trouver un bouc émissaire. Je suis certaine qu'ils peuvent maintenir l'équilibre budgétaire tel qu'il était dans le budget, et j'espère qu'ils ne profiteront pas du fait qu'ils se sont gourés dans leurs engagements pour nous ramener vers un déficit», déclare Mme Marois.

Elle souligne que les normes comptables employées par le gouvernement du Québec sont reconnues par l'Institut canadien des comptables agréés et que les agences de cotation Moody's et Standard and Poor's ont bien réévalué la cote du gouvernement en 2001.

La Presse révélait samedi que l'équipe de transition libérale avait constaté un trou d'au moins deux milliards dans le budget québécois, entre autres en raison des prévisions budgétaires optimistes adoptées par Mme Marois, de l'exclusion du périmètre comptable de la caisse de la Commission de la santé et de la sécurité au travail (CSST), largement déficitaire l'année dernière, et des compressions budgétaires de 400 millions prévues en cours d'année pour financer de nouvelles dépenses.

Pauline Marois estime que le budget faisait preuve de transparence. L'exclusion de la CSST du périmètre comptable avait été adoptée sous forme de loi à l'Assemblée nationale, fait-elle valoir. Elle ajoute qu'il était clairement écrit dans le budget qu'une somme de 400 millions devrait être puisée à même les crédits périmés en fin d'année (les budgets non dépensés par les ministères et organismes en fin d'année serviraient à financer d'autres postes budgétaires).

Pour ce qui est des prévisions de croissance, elle souligne que le budget se basait sur la moyenne des prévisions formulées par les économistes au moment où le budget a été déposé. «Cela demeurait une prévision raisonnable et réaliste au moment où elle a été faite», ajoute-t-elle.

Mme Marois reconnaît cependant qu'un gouvernement péquiste aurait lui aussi été forcé de revoir certains éléments du budget, notamment à la lumière de la présente donne économique et pour trouver les 400 millions nécessaires lors de la révision des crédits.

«Nous savons que les finances publiques du Québec sont fragiles et qu'à chaque année, on doit faire des efforts considérables pour respecter l'équilibre budgétaire. Contre vents et marées, et malgré le déséquilibre fiscal, nous sommes arrivés à le maintenir. Cependant, il est certain que les libéraux ne pourront pas arriver à honorer leurs promesses. On ne peut pas dire sur tous les toits qu'il y a un déséquilibre fiscal et ensuite dire sur tous les toits qu'il ne nous embête pas.»




Élection 2003

Analyse

Quelques conclusions à tirer des élections - 1

La dernière bataille d'un conflit «nationalitaire» qui a commencé avec l'échec de Meech

Pierre Drouilly
Professeur invité de sociologie, Université du Québec à Montréal
Jean-Herman Guay
Professeur de science politique, Université de Sherbrooke
Kristoff Talin
Professeur invité de sociologie, Université du Québec à Montréal
LE DEVOIR mardi 22 avril 2003


Un après-midi d'analyse électorale - Élections 2003: bilan et prospective - a été organisé par l'UQAM le 17 avril. Les auteurs ont souhaité rendre compte le plus largement possible de leurs conclusions sur les élections qui viennent de se dérouler. Aujourd'hui et demain, trois spécialistes de l'analyse politique vous livreront leurs réactions.

Une élection est faite d'électeurs et d'actes de vote mais, on l'oublie trop souvent, l'élection est un processus démocratique qui s'inscrit dans la durée et qui existe grâce à la présence de candidats. Qui sont ces héros des temps modernes, capables de braver les foudres médiatiques et d'échapper aux quolibets des électeurs ? Que nous disent-elles, que nous disent-ils durant une campagne électorale un peu particulière ? C'est ce que nous vous proposons de découvrir ensemble.

De plus en plus de femmes


644 personnes se sont portées candidates le 14 avril. Elles émanaient de neuf partis reconnus auxquels s'ajoutaient 36 candidatures indépendantes. C'est sensiblement moins qu'en 1994 et en 1998 et sensiblement différent selon les différents partis. Ainsi, l'ADQ, le PLQ, le PQ, l'UFP -- qui avait des candidatures communes avec le Parti Vert du Québec --, représentaient à eux seuls 75 % des candidates et des candidats en lice. Cette situation est, en partie, imposée par le coût élevé d'une campagne électorale, qui décourage les petits partis. Ainsi, cinq partis autorisés n'ont pourtant déposé aucune candidature. D'un point vu scientifique, on ne peut manquer de se demander si cette concentration ne risque pas, à terme, de nuire à la démocratie en réduisant la palette des choix disponibles et en ne favorisant pas l'expression des minorités politiques.

Les femmes sont de plus en plus nombreuses à se risquer dans l'arène. Ainsi, 26,6 % d'entre elles tentent de devenir députées en 2003 contre 21,8 % cinq ans plus tôt. La palme de la féminisation revient aux «petits partis» qui n'ont pas d'enjeux électoraux forts. Ainsi le Parti marxiste léniniste du Québec atteint presque la parité avec 43,4 % de candidates alors que le Parti égalité est le moins égalitaire avec un faible 19,0 % de femmes. Parmi les partis susceptibles d'obtenir des députés, le PQ présentait 34,4 % de femmes, le PLQ 27,2 % et l'ADQ 25,6 %. Certes, ce score est encore loin de la parité mais on remarque qu'il progresse régulièrement, notamment dans les principaux partis politiques. En cinq ans, le pourcentage de femmes croît de 9,2 % au PQ, de 8,7 % à l'ADQ et de «seulement» 3,1 % au PLQ. Le parti de tous les Québécois ne serait-il pas celui de toutes les Québécoises ? Cette présence des femmes dans les candidatures se traduit dans les résultats. Il y a, en proportion, autant de femmes élues que de femmes candidates. Autrement dit, les femmes ont autant de chances d'être élues que les hommes.

L'âge

Les candidates et les candidats ont un âge moyen de 43 ans en 2003 ce qui est proche de celui de 1998 (42 ans). Il y a donc un renouvellement des candidatures qui, même s'il est faible, existe. L'UFP, le PVQ et l'ADQ et surtout le Bloc Pot (29 ans) sont une source de jouvence pour la gent candidate. L'ADQ, si elle ne joue pas la cause des femmes, joue en revanche celle des jeunes (41 ans). Il demeure ainsi le seul parti parlementaire à avoir une moyenne d'âge inférieure à 43 ans. Paradoxalement, c'est le parti dont l'âge moyen a le plus augmenté en cinq ans. Cette observation confirme que l'ADQ devient un parti «comme les autres» et que la jeune -- un de ses traits forts distinctifs au début -- est en train de s'estomper. L'apport de candidats d'expérience, Pierre Bourque par exemple, s'accompagne mal d'un rajeunissement des candidatures. Le PLQ et le PQ avec une moyenne d'âge à peu près semblable, 47 et 48 ans, apparaissent comme des partis dont les cadres ont plus de mal à se renouveler.

Ainsi, nous sommes encore en présence d'une population largement masculine, relativement âgée et dont les profils varient selon les partis que les candidates et les candidats représentent. On peut, à juste titre, avoir l'impression qu'un acte de candidature à deux vitesses se profile avec d'une part les candidatures rurales, moins nombreuses, plus âgées et moins féminisées et d'autre part les candidatures dans les grandes métropoles où les différences d'âge, de genre se font moins sentir et où la course à la députation attire pourtant davantage de monde. Si les candidates et les candidates se ressemblent dans leurs caractéristiques, qu'en est-il de leurs discours ?

Une campagne pleine de bruits

Le faible taux de participation (70,5 %) s'explique en bonne partie par le fait que deux sujets ont mobilisé l'attention des médias et celle des lecteurs. Si l'on ne considère que les deux quotidiens La Presse et Le Devoir, ont obtient déjà une bonne image du bruit international qui a recouvert les débats électoraux. Pendant les 33 jours de la campagne, le président Bush a été cité dans 819 articles et Saddam Hussein dans 926 articles. Pendant la même période, Bernard Landry fut cité dans 539 articles et son adversaire libéral dans les mêmes proportions. En fait, il n'y a eu qu'une semaine où les projecteurs étaient braqués sur «nos affaires domestiques», c'est lors du débat et dans les jours qui ont suivi : un segment temporel qui a nettement avantagé Jean Charest. Plusieurs avaient donc «la tête ailleurs».

L'autre cause de la faible participation -- celle des souverainistes en particulier -- tient au fait que l'électorat ne fut pas mobilisé sur la question nationale. Pour une première fois depuis trente ans, l'axe gauche-droite a dominé la scène. Cette nouvelle polarisation s'explique par :
- l'arrivée de l'UFP qui concentre des partis de gauche;
- la montée de l'ADQ, nettement associée à la droite;
- le déplacement du Parti québécois vers la gauche, craintif de voir une réédition de la partielle de Mercier.

Cette reconfiguration de l'échiquier politique a fait en sorte que les enjeux les plus importants touchaient directement les responsabilités de l'État : santé et éducation. La souveraineté n'a occupé les médias que pendant les jours qui ont suivi le débat; notamment avec l'affaire Parizeau. Dans la mesure où la question constitutionnelle n'était pas un enjeu majeur, les griefs à l'endroit du gouvernement ont, même dans les couches nationalistes, supplanté l'adhésion à «la cause».

La campagne des médias

L'examen attentif du nombre d'articles où l'on cite les chefs des partis est révélatrice a plus d'un égard. Au début, les médias accordaient souvent plus d'importance à Mario Dumont qu'à Jean Charest. Au cours de la dernière semaine, le chef de l'ADQ est nettement relégué au rang de joueur secondaire. Le débat a transformé Jean Charest en un joueur de premier plan.

Lorsqu'on trace en parallèle la courbe des intentions de votes attribuées aux différents partis politiques, la corrélation est manifeste. Quant à savoir si c'est l'intérêt des médias qui a provoqué le déplacement des intentions de vote ou l'inverse, l'analyse ne permet pas d'établir une antériorité de l'oeuf ou de la poule. Un phénomène demeure : l'ADQ a toujours eu plus de place dans les deux quotidiens que ce que les sondeurs lui accordaient dans les opinions. Pour sa part, l'UFP, une jeune formation qui n'a pas un an, a reçu une soixantaine d'articles de La Presse et du Devoir; un score qui satisfaisait Gorden Lefebvre, conseiller au programme. C'est cependant nettement moins que Star Académie qui s'est retrouvé dans 82 articles !

Une campagne dans une continuité historique

Le nez collé sur l'arbre, on perd de vue l'ensemble du processus. Cette campagne constitue la dernière bataille d'un conflit «nationalitaire» qui a commencé avec l'échec de Meech. Cet événement avait provoqué une croissance marquée des appuis à la souveraineté, atteignant la barre des 60 %. Bon nombre d'analystes avaient diagnostiqué un phénomène structurel, irréversible. Les huit dernières années nous ont prouvé le contraire. La remontée du Parti libéral du Canada, l'effritement des appuis à la souveraineté dans les enquêtes d'opinion et son effacement de l'agenda des médias, le tout joint à la désaffection de l'ADQ du camp souverainiste, tous ces facteurs contribuent à rendre, dans la réalité et dans les perceptions, plus hypothétique que jamais la souveraineté du Québec. C'est aussi dans ce contexte général que beaucoup de souverainistes mous ont hésité à se rendre dans les bureaux de vote.

La défaite du Parti québécois, qui malgré une performance exceptionnelle de l'économie, n'obtient que 33 %, son pire score depuis 1973, s'inscrit dans un processus qui semble s'achever. Privé de l'agenda gouvernemental, les souverainistes entrent dans une période d'examens de conscience qui pourrait les amener dans une morosité profonde et faire imploser le PQ. Bien plus, Jean Charest et Paul Martin, plus pragmatiques et moins trudeauistes que Jean Chrétien et Stéphane Dion, pourraient formuler une asymétrie avantageuse pour le Québec en concoctant des ententes administratives majeures. Forts de l'expérience de Meech et Charlettetown, ils savent tous les deux que l'enjeu ne doit pas être symbolique mais budgétaire et fiscal. S'ils relèvent le défi, il se pourrait que les appuis à la souveraineté tombent à 10 ou 15 %, cette option retomberait dans la marginalité. S'ils échouent on peut penser que les souverainistes pourraient connaître un rebond ! Ils devront cependant éviter de sortir leurs vieux habits fripés et trouver de nouveaux arguments pour convaincre leurs concitoyens.

La seconde partie de cette analyse rédigée pour Le Devoir sera publiée demain.




Élection 2003

Analyse

Quelques conclusions à tirer des élections - 2

Victoire libérale ou défaite péquiste?

Pierre Drouilly
Professeur invité de sociologie, Université du Québec à Montréal
Jean-Herman Guay
Professeur de science politique, Université de Sherbrooke
Kristoff Talin
Professeur invité de sociologie, Université du Québec à Montréal
LE DEVOIR mercredi 23 avril 2003


Au début de la campagne électorale, on pouvait s'attendre à ce que ces élections soient un clone de celles de 1998: le PLQ en avance dans le vote populaire, le PQ avec une majorité de sièges et l'ADQ reléguée au rang de particule. En fait, le 14 avril dernier, nous avons plutôt eu un clone des élections de 1985, alors que l'abstention d'une importante partie de l'électorat péquiste avait assuré la victoire aux libéraux.

Le vote linguistique

Avec 45,9 % des voix exprimées, le PLQ devance clairement le PQ (33,2 %) et l'ADQ (18,2 %). Par rapport à 1998, il s'agit d'une progression de 2,4 % pour le PLQ, d'une hausse de 6,4 % pour l'ADQ et d'un recul de 9,7 % pour le PQ. Mais une fois de plus, comme la quasi-totalité des non-francophones a appuyé le PLQ, la répartition des forces dans l'électorat francophone est tout autre. Parmi les francophones, le PQ mène toujours avec 40,7 % des voix (11,9 % de moins qu'en 1998, toutefois), devant le PLQ à 33,6 % (30,8 % en 1998), et l'ADQ à 22,3 % (14,5 % en 1998). Ces chiffres sont exactement ceux que les sondages nous annonçaient.

Dans la région de Montréal, où se concentre l'immense majorité des non-francophones, le PQ mène encore plus nettement chez les francophones, avec près de 50 % (6 % de moins qu'en 1998), devant un PLQ à 26 % (25 % en 1998) et l'ADQ à 17 % (15 % en 1998). Dans cette région, donc, c'est plutôt le statu quo, même si le PQ a perdu les circonscriptions de Laval.

La participation électorale

Le fait majeur de ces élections est évidemment leur faible taux de participation de 70,5 % (le plus bas depuis 1927 !), comparativement à 78,3 % en 1998. Malgré un accroissement de près d'un quart de million d'électeurs inscrits, le nombre de votants a diminué d'un quart de million. Le PQ recule de 475 000 votes, le PLQ recule de 17 000 votes et l'ADQ progresse de 216 000 votes. Le taux de participation a reculé dans toutes les circonscriptions, mais de façon inégale.

À Montréal, par exemple (les 38 circonscriptions de Montréal, Laval et Longueuil totalisant 1 800 000 électeurs), on enregistre une chute de 10 % du taux de participation (-127 000 votants), et cette baisse a touché autant le PQ (perte de 82 000 votes) que le PLQ (perte de 62 000 votes), l'ADQ restant stable (gain de 4000 voix).

En dehors de Montréal (87 circonscriptions), dans les 35 circonscriptions conservées par le PQ (1,5 million d'électeurs), le PLQ enregistre une progression fort modeste de 24 000 votes, le PQ, une perte de 134 000 votes, et l'ADQ, une progression de 57 000 votes, alors que le total des suffrages exprimés a chuté de 42 000 voix.

Dans les 48 circonscriptions remportées par le PLQ (deux millions d'électeurs), le PLQ enregistre ici aussi une progression minime de 23 000 votes, le PQ, une perte de 236 000 votes, et l'ADQ, une hausse de 130 000 votes, alors que le total des suffrages exprimés a chuté de 76 000 voix.

Dans les deux cas, les progrès du vote libéral sont très faibles, une bonne part du vote péquiste semble s'être réfugiée dans l'abstention mais une autre part non négligeable semble être passée à l'ADQ.

Enfin, dans les quatre circonscriptions remportées par l'ADQ, la participation est restée stable depuis 1998, le PLQ enregistrant une perte de 2000 votes, le PQ, une perte de 24 000 votes, et l'ADQ, un gain de 25 000 votes.

Les défusions

L'enjeu des fusions municipales a beaucoup fait parler pendant la campagne électorale, et tout le monde a observé que le PQ a perdu beaucoup de circonscriptions concernées par cet enjeu, dont certaines étaient de véritables châteaux forts. À Montréal, bien entendu, cet enjeu a pu jouer, mais le vote non francophone masque les mouvements de votes que l'on pourrait attribuer à cet enjeu puisque la domination libérale y est toujours aussi forte.

Nous avons regroupé 16 circonscriptions francophones de l'extérieur de Montréal où cet enjeu a pu jouer (Chicoutimi-Jonquière, Québec, Trois-Rivières ainsi que dans le «450») : on y retrouve trois quarts de million d'électeurs. Effectivement, le PQ y a subi des pertes sévères, passant de 48,9 % des votes en 1998 à 32,2 % cette année.

Dans ces circonscriptions, le taux de participation est resté assez stable, passant de 80,3 % en 1998 à 78,5 % en 2003, avec une augmentation de 4000 votes exprimés. Le PQ y a subi une perte de 94 000 votes, mais le PLQ n'en a récolté que 38 000, et l'ADQ, 58 000 : c'est donc dire que ce vote de mécontentement est davantage allé à l'ADQ qu'au PLQ (dans Chutes-de-la-Chaudière, cela a donné un gain à l'ADQ, l'immense majorité de ces autres circonscriptions passant au PLQ).

Le Québec «tranquille»

Depuis quelques années déjà, nous avons identifié une région du Québec que nous avons appelée le «Québec tranquille» : il s'agit essentiellement des circonscriptions plus rurales de la rive sud du Saint-Laurent. De Rivière-du-Loup jusqu'à la Beauce, de Nicolet-Yamaska et Lotbinière jusqu'en Estrie, de même que le long de la frontière avec les États-Unis, on retrouve une vingtaine de circonscriptions qui se caractérisent par le fait qu'au cours des neuf élections depuis 1970 et des trois référendums de 1980, 1992 et 1995, elles ont toujours eu un vote francophone souverainiste inférieur au vote francophone souverainiste de l'ensemble du Québec. Ces circonscriptions sont toujours «molles» à l'endroit des options souverainistes : certaines ont déjà élu des députés péquistes, mais de façon intermittente.

Cette vaste région a une structure sociale particulière : une population vieillissante (à cause de l'exode rural), faiblement scolarisée, à forte composition agricole et ouvrière (de 60 à 75 % des hommes de ces circonscriptions sont des cols bleus), à faible revenu (le revenu y équivaut aux deux tiers de celui de l'ensemble du Québec), mais avec un chômage plus faible que la moyenne du Québec (c'est pour cette dernière caractéristique que des régions comme la Gaspésie, la Côte-Nord ou l'Abitibi-Témiscamingue, qui connaissent depuis toujours un chômage chronique, n'en font pas partie). C'est une région rurale, parsemée de petites villes où les PME sont très présentes : la Beauce en est l'archétype. C'est en quelque sorte le Québec «oublié», oublié par la Révolution tranquille, oublié par les centres urbains (Montréal et Québec), oublié par le gouvernement...

En 1998, le vote se répartissait ainsi dans le Québec «tranquille» : PLQ, 40,9 %, PQ, 44 %, et ADQ, 14,4 %. Les résultats en 2003 ont été les suivants : 40,4 % au PLQ (-0,5 %), 29,4 % au PQ (-14,6 %) et 28,7 % à l'ADQ (+14,3 %). La participation électorale y est passée de 80,2 % en 1998 à 73,9 % en 2003.

C'est dans cette région que l'ADQ y a fait l'essentiel de ses gains (87 000 votes de plus), le PLQ y perdant 17 000 votes, et le PQ, 108 000 votes. L'ADQ y a fait élire trois de ses quatre députés (Rivière-du-Loup, Beauce-Nord et Lotbinière). Alors qu'en 1994 et 1998, le vote de l'ADQ se répartissait assez uniformément à travers le Québec, exprimant un vote de mécontentement indifférencié, le scrutin de 2003 nous montre un vote adéquiste plus typé : dans les circonscriptions du Québec «tranquille», le vote pour l'ADQ est toujours supérieur à son score pour l'ensemble du Québec et généralement compris entre 30 et 40 %. Le discours de Mario Dumont, discours antiétatique, hostile aux fonctionnaires, aux réglementations gouvernementales, à la «paperasse» administrative, aux syndicats «qui ont trop de pouvoir», etc., a trouvé là un terreau fertile.

Rappelons, pour mémoire, que c'est dans cette région du Québec que les créditistes avaient fait élire, en 1970, huit de leurs douze députés, et c'est encore dans cette région que l'Union nationale avait fait élire, en 1976, neuf de ses onze députés.

Conclusion

À la suite des élections du 14 avril, le Québec est donc divisé en trois blocs. D'une part, l'électorat non francophone, toujours unanimement derrière le PLQ, auquel se joignent à peine le tiers des francophones : le PLQ représente bien le parti des «Canadiens» fédéralistes. Le mode de scrutin lui a donné une victoire forte, mais au chapitre des comportements électoraux, il n'y a pas eu de vague : ce fut au mieux une vaguelette.

D'autre part, l'ADQ est clairement devenue aujourd'hui un parti «néocréditiste», trouvant appui sur le quart de l'électorat francophone, cette partie plus traditionnelle du Québec, en quelque sorte «canadienne-française», qui n'a pas encore tout à fait accédé à la modernité politique.

Enfin, le PQ est toujours le parti des Québécois (avec 41 % des appuis francophones) mais il s'est fait fortement écharper par l'abstention d'une partie de son électorat naturel, par le mécontentement suscité par les fusions municipales et par la perte, dans le Québec «tranquille», des maigres appuis qu'il pouvait y trouver. Le PQ a été battu, certes, mais il n'est pas encore vaincu.




Élection 2003

Hauts faits et dérapages

Jean Chevrier
L'auteur est politicologue, avocat et éditeur. Il n'a pas gagné ses élections.

LE DEVOIR mardi 22 avril 2003


Une éclatante victoire libérale. Une victoire historique aussi lors de la guerre en Irak. Chez nous, cette guerre a coupé l'herbe sous le pied de l'ADQ qui avait bien besoin d'espace médiatique pour promouvoir ses idées et réparer ses erreurs. Mais la guerre, qui devait surtout profiter à Bernard Landry lorsqu'elle a été déclenchée, a plutôt servi la cause de Jean Charest. C'est lui qui, d'un point de vue psychologique, a affiché l'image la plus rassurante, celle d'un chef expérimenté, voire d'un homme d'État en pleine possession de ses moyens et de ses dossiers.

Au PQ, avant les élections, on appréhendait un désastre politique. Dans les circonstances, l'élection de 45 députés tient presque du miracle et témoigne de la sagacité et de l'instinct de préservation de Bernard Landry. Mais il reste que sa performance durant la campagne laissait à désirer. Son discours, trop souvent saccadé, n'arrivait pas à convaincre pleinement. Aussi, son image «grand-père» le rendait vulnérable face à une société qui vante démesurément les vertus de la jeunesse et de la réussite.

Dans une élection, il est souvent difficile d'affirmer avec certitude quels ont été les facteurs déterminants ou l'enjeu véritable. Quel rôle ont joué les médias, par exemple, par rapport aux politiques elles-mêmes ? Ces dernières avaient été tellement débattues avant les élections que c'est plutôt l'image des chefs, leur personnalité et leurs réparties qui devenaient le véritable point de mire. À ce chapitre, Jean Charest a excellé, non seulement lors du débat des chefs, mais durant toute la campagne. Fermeté, détermination et bonne humeur ne se sont jamais démenties. Cette personnalité ragaillardie du chef libéral a séduit l'électorat et aura eu raison finalement des velléités que les Québécois entretenaient envers lui.

Donnons aussi crédit à la stratégie de communication du Parti libéral qui s'harmonisait avec le tempo de la campagne. Tel un athlète, Jean Charest atteignait son maximum à chacune des compétitions, et le slogan «Je suis prêt» prenait toute sa dimension. Les annonces télévisées axées sur le chef, de même que ces nouvelles pancartes, qui sont apparues dans les dernières semaines, venaient à un moment crucial renforcer le message.

En contrepartie, la défaite de Mario Dumont résulte d'erreurs stratégiques magistrales. L'on comprend mal l'abandon soudain de sa politique nationaliste qui avait pris naissance avec le rapport Allaire et qui lui avait attiré une clientèle fidèle. Pouvait-on vraiment remettre aux calendes grecques ce débat sur l'avenir du Québec qui passionne au plus haut point les Québécois ? L'ADQ a aussi souffert du fait qu'elle a voulu implanter une politique de droite de façon draconienne. La population n'en demandait pas tant et se serait fort bien accommodée du système de santé à deux vitesses, du redressement de la taille de l'État et d'un remboursement plus rapide de la dette. Vouloir renchérir avec un concept révolutionnaire, comme les bons d'éducation, par exemple, concordait mal avec l'idée que se faisaient les Québécois du système d'éducation. À leurs yeux, ce système n'avait nullement besoin d'être réaménagé.

D'autre part, l'humiliante défaite subie par Pierre Bourque illustre aussi un manque de planification. Ce dernier s'est retrouvé sans outils et sans plan d'action pour livrer bataille dans l'Est de Montréal. Il aurait fallu développer des projets précis pour appuyer, par exemple, les mouvements sociaux et combattre la pauvreté chronique qui afflige ce secteur. Les poignées de main à elles seules n'étaient pas suffisantes pour conquérir les bastions péquistes. Aussi, curieuse anomalie, une attaque en règle dirigée par l'ex-maire contre le parti libéral sur la question des défusions ne s'est jamais réalisée. Ce sujet explosif aurait pu très facilement trancher le débat électoral à Montréal en faveur de l'ADQ.

En terminant, disons que la campagne s'est déroulée sous le signe d'une rare civilité. La cordialité était aussi à l'honneur lorsque les chefs se sont adressés à la population le soir de l'élection. Suivront cependant d'âpres débats, tels que ceux portant sur les défusions et le rapport de force avec Ottawa. Déjà, le gouvernement fédéral laisse entendre qu'il n'a pas l'intention de donner suite aux revendications sur le déquilibre fiscal et le transfert des points d'impôt. Cette victoire pourrait être lourde de conséquences pour le Parti libéral. Que fera Jean Charest s'il n'obtient pas gain de cause ou s'il ne peut amener le Canada anglais à effacer les traces des accords du lac Meech et de Charlottetown ? Bref, on pourrait assister, à plus ou moins brève échéance, à de nouveaux affrontements, alors que les trois partis devront encore une fois prendre des décisions historiques.




PLQ

Jean Charest le Québécois?

André Vézina
LE DEVOIR mardi 22 avril 2003


Lettres: Montréal, avril 2003

Les mots ont un sens et les lapsus sont révélateurs. Le soir de sa victoire Jean Charest déclarait: «Nous vivons dans l'endroit [sic] le plus extraordinaire au monde...»

Le Québec un endroit ? Voyons la définition de ce mot : Endroit : lieu déterminé, celui où l'on se trouve, la localité. Fam. Le petit endroit : les toilettes. (Larousse). Ainsi, selon Jean Charest, le Québec, le plus vaste pays de la francophonie n'est qu'un endroit !

Et maintenant, le lapsus : Jean Charest au début la campagne électorale avait commis le lapsus révélateur qui en avait fait sourire plusieurs : «Je suis le futur premier ministre du Canada.» (sic)

Jean Charest québécois ? À Jean-René Dufort, l'Infoman de Radio-Canada, Jean Charest avait avoué ne pas connaître les paroles de la chanson de Vigneault Gens du Pays devenue presque l'hymne national du Québec ! Et il ajoutait : «la chanson c'est pas mon fort». Les artistes du Québec ont raison d'être inquiets.

Jean Charest est un formidable fédéraliste. Il ne s'en cache pas. L'an dernier il avait déclaré qu'il fallait tourner la page de la «Révolution tranquille» de Jean Lesage, l'un de ses prédécesseurs. Jean Lesage c'était la révolution tranquille et le «maître chez nous».

Dans ses discours, Lesage employait le terme «l'État du Québec» et non pas «la province de Québec». Rappelons que même Jean Chrétien et Stéphane Dion, lesquels ne sont pas d'ardents nationalistes québécois, avaient avoué que les Québécois étaient «un peuple». Pour Jean Charest, le Québec n'est qu'un endroit !

La victoire de Jean Charest, c'est la victoire des fédéralistes. C'est la victoire de Jean Chrétien et de Stéphane Dion. C'est la victoire des «défusionnistes». C'est la victoire des soumis qui devront aller pleurer et quémander des sous à Ottawa pour la santé, alors qu'ils savent très bien que la porte du «déséquilibre fiscal» est fermée à double tour.

Ainsi vous n'entendrez jamais Jean Charest dire que le Québec est un peuple, ni une nation, ni un pays. Fini le «maître chez nous» de Jean Lesage, fini le «égalité ou indépendance» de Daniel Johnson, fini la «souveraineté culturelle» de Robert Bourassa. Jean Charest, a toujours voulu être premier ministre du Canada. Il se trouve à la tête du gouvernement du Québec parce qu'il a été forcé par les Canadiens anglais de poursuivre sa carrière au Québec.

Jean Charest c'est un Pierre-Elliott Trudeau «provincial» c'est-à-dire... en plus petit.




Élection 2003

Échec d'un «virage à gauche»...

Yves Claudé
Sociologue

La PRESSE Le lundi 21 avril 2003


Les analyses et commentaires à propos des résultats des élections du 14 avril ont mis en évidence la perte relative d'influence de l'ADQ, le «jeu de l'alternance» et l'implication de forces politiques et économiques ayant favorisé la prise du pouvoir du PLQ, etc.

Il y a cependant un aspect qui mériterait d'être développé: la responsabilité du PQ et des groupes dits de «gauche» dans cette démobilisation des électeurs, à la fois dans le processus démocratique (baisse de la participation) et dans l'adhésion à une orientation politique sociale-démocrate.

Peu de gens auront noté le fait que le PQ et l'Union des forces progressistes (UFP), à la suite de leur rencontre du 22 février dernier, ont décidé, implicitement, de laisser la mécanique électorale donner la victoire au PLQ: le PQ et l'UFP auraient officiellement décidé «de ne pas se nuire»... Ce qui ne fut pas réellement le cas, puisque, entre autres, dans au moins une dizaine de circonscriptions, le PLQ a objectivement bénéficié de la division du vote «social-démocrate» entre le PQ et l'UFP (ainsi que le Parti vert, etc.), et que d'autre part, de nombreux sympathisants de l'UFP n'ont pas désiré favoriser la victoire du PLQ et n'ont pas voté pour l'UFP. De plus, même entre l'UFP et le Parti Vert, l'entente pour le partage des circonscriptions n'a pas été respectée...

Par ailleurs, le constat de cette impasse du 22 février se rattache à des enjeux politiques plus fondamentaux: en effet, une union du PQ et des forces de gauche sur un programme minimum aurait permis de concrétiser une force et une direction de changement, qui aurait eu la capacité de recueillir la majorité des voix, et qui d'autre part aurait laissé au PLQ les voix des «Chambres de commerce» et de quelques «bastions fédéralistes»... et à l'ADQ celles des partisans conscients et déterminés du néolibéralisme.

Je constate que l'UFP, par sectarisme et par défaut d'analyse politique, et d'autre part le PQ, par manque d'ouverture et sans doute par une attitude supérieure et hautaine, ont échoué à proposer aux Québécois une alternative progressiste et stratégiquement viable de changement. Si le PQ avait, par exemple, laissé le terrain libre à Messieurs Kadir et Aktouf (candidats «vedettes» de l'UFP) dans une initiative généreuse et novatrice, en échange d'un soutien des forces «progressistes» dans les autres circonscriptions, nous aurions peut-être eu une dynamique tout autre, et nous aurions évité un recul majeur sur le plan social et sur celui de la question nationale. Nous n'aurions peut-être pas à subir pour plusieurs années le pouvoir du PLQ, ce dont les «défusions» municipales ne sont que le prélude...

Pour ceux et celles qui ne se considèrent pas représentés dans cette recomposition du pouvoir politique à la direction de l'État québécois, il restera sans doute le terrain de la rue, et le PLQ, si «bien préparé» à l'exercice du pouvoir, n'aura certainement pas oublié de prévoir les coûts des heures supplémentaires des forces policières qui auront à maintenir «l'ordre».

Il s'agit de ne pas répéter ces mêmes erreurs! Il serait par exemple intéressant de regarder du côté de l'Allemagne, là où les forces plus novatrices et revendicatrices sont présentes et ont la capacité d'influencer un gouvernement de centre-gauche, comme on l'a vu entre autres dans la prise de position allemande contre l'invasion militaire de l'Irak.

En ce qui concerne la réforme du mode de scrutin, elle est toujours urgente...., et elle devrait être l'objet d'une mobilisation politique, et d'un débat élargi, car il ne s'agit surtout pas d'une modalité technique, mais d'une pièce-maîtresse d'un projet de société.

Il sera intéressant de voir si l'attitude d'ouverture à gauche manifestée par Daniel Turp se répandra dans le PQ, et d'autre part si l'UFP sera à même de se remettre en question (notamment en ce qui concerne un sectarisme intrinsèque qui rappelle fâcheusement la culture politique des défunts groupes «marxistes-lélinistes»), pour mériter l'appellation d'«Union des forces progressites», et pour occuper d'une façon effective et dynamique ce qui apparaît comme un large vide politique à la gauche du PQ.




Élection 2003

Happy days

This is an editorial from CanWest Publications
Tuesday, April 22, 2003


Édit. de Canwest dans The Montreal Gazette, le Ottawa Citizen sous le titre: "Canada's good fortune" et le National Post: "The Quebec albatross is removed"

It is said that a week in politics is like a lifetime, and so it was last week for Prime Minister Jean Chrétien, and for Canada. After years of threatening yet another constitutional convulsion, the separatist government of Quebec was resoundingly repudiated by both francophone and anglophone voters. There is good reason to believe the separatist Bloc Québécois will suffer a similar fate. We could hope that Canada would then be assured of a much-needed continuation of tranquility on that front.

The prime minister and his government can take satisfaction that policies they have followed since the near-fatal last referendum helped us reach this point. The situation called for a healthy dose of "tough love" and the country got that from the Chrétien government.

That culminated in the Clarity Act, which sent an unambiguous message that Canada, not just Quebec, would decide if and how Quebec could leave Confederation.

It is hoped Premier-designate Jean Charest will pursue harmonious relations with the rest of Canada. Quebec will have differences with Ottawa, as all provinces do. But negotiating in good faith, rather than trying to precipitate an issue that might drive a "yes" vote in a hoked-up referendum, is more likely to provide progress for Quebec.

As Chrétien enters the final nine months in a remarkable 40-year career, he has every right to celebrate. Our dollar has reached recent highs, and unemployment is at modern-day lows. Canada enjoys a huge trade surplus, while the United States. wallows in trade deficits and its currency declines.

While our American cousins will post a half-trillion-dollar deficit this year, prudent fiscal management has seen Chrétien's government pay off 11 per cent of the debt piled up over more than three decades. Canada's fiscal responsibility and economic performance are to be envied.

If Paul Martin is the next prime minister, as many expect, he will owe much to Chrétien's commitment to putting Canada's financial affairs in order. We have urged much more be done on tax relief and debt reduction, but by comparison with G7 countries, Canada has done well.

There are clear signs of a rapprochement between Canada and the U.S., too. Our governments are quietly exploring collaborative roles for Canada in Iraq and Afghanistan. While we have differed with government policy vigorously, dire concern about American retaliation against Canada's economic interests should fade. The bonds between our two independent countries are too strong to be broken by moments of disagreement.

Chrétien can anticipate a relaxed summer. To be sure, the media will apply scrutiny to the blossoming debate over termination of political contributions by corporations and unions. But Chrétien is privately assured labour and corporate Canada welcome relief from the thankless task of making political contributions for which they get nothing but the pleasure of supporting the political system. Only politicians needy of their alms are disturbed.

Kyoto is yesterday's issue. The separatist albatross is off Chrétien's back. He is free to complete his agenda with one more barrier swept away.

We do differ with the prime minister's government on many issues. Canada is too quick to defend the United Nations, which is held hostage by governments that mock basic human rights. Management of Canada-U.S. relations has been too cavalier, especially following the Sept. 11 terrorist attacks and in the lead-up to the Iraq war.

We continue to believe Parliament must be more accountable. Sweeping reform of the Senate remains necessary. And the $1-billion registry for rifles and shotguns is a paramount example of bureaucracy gone wild.

But no government, and no leader, gets everything right. As we happily leave winter behind, Canadians have reason to be in a good mood, and to celebrate their good fortune along with the prime minister.




Racisme au Canada

Les autochtones et les Arabes mal perçus au pays

SRC mardi 22 avril 2003


Les actes d'intolérance et les préjugés à l'égard des autochtones et des immigrants, en particulier des Arabes, semblent avoir atteint un niveau préoccupant au Canada. C'est ce qui ressort d'une étude menée par l'Association d'études canadiennes.

L'Association a posé aux répondants des questions sur les Arabes, les autochtones, les immigrants, les homosexuels, les noirs et les juifs. Pour tenter de mesurer la perception et les préjugés des répondants, sans poser directement la question, les sondeurs leur ont demandé de nommer quels groupes projetaient une image négative dans la société canadienne.

33% des répondants ont dit que les autochtones projettent une image négative et 30 % considèrent que c'est le cas pour les Arabes. Toujours selon l'étude, 23% des Québécois qualifient de négative l'image des autochtones, tandis que pour 29%, c'est l'image des Arabes qui l'est. L'image projetée par les communautés noires et juives est négative pour un moins grand nombre de répondants.

Salim Chouieb, du Centre maghrébin de recherches et d'information, affirme que les résultats du sondage ne l'étonnent pas. Il ajoute : «On l'a vu, pas tellement avec la guerre, mais surtout après les attentats de septembre 2001.»

Les auteurs de l'étude souhaitent que les gouvernements soient sensibles au problème et mettent en place des programmes pour y répondre. Le sondage a été mené du 15 au 23 mars auprès de 2002 Canadiens. Sa marge d'erreur est de 3,5 %, 19 fois sur 20.




Que faire?

Legault et Boisclair convainquent Landry de rester

Un affrontement est à prévoir avec Pauline Marois

Denis Lessard
La Presse mardi 22 avril 2003


Québec - Pour éviter un couronnement de Pauline Marois et une course à la direction rapide dont, ultimement, Jean Charest sortirait gagnant, le chef péquiste Bernard Landry va annoncer demain qu'il entend rester encore un moment à la barre du Parti québécois et qu'il dirigera l'opposition officielle à la rentrée parlementaire de la fin mai.

Mais sa décision de demeurer en poste, et surtout son désir de voir la course à sa succession ne pas survenir avant le printemps 2004, vont déclencher un affrontement en règle avec Pauline Marois et les supporters de la ministre des Finances.

Hier, les deux plus probables adversaires de Mme Marois dans la course à la succession de Bernard Landry, François Legault et André Boisclair, ont confirmé à La Presse avoir fait pression sur M. Landry pour qu'il reste le temps nécessaire "pour effectuer une transition correcte".

Pour MM. Legault et Boisclair, une telle transition "nécessite au moins un an"... "sinon deux", a ajouté M. Legault. Une course à la direction "l'automne prochain serait beaucoup trop tôt", a-t-il dit.

Les deux hommes, tout comme les vétérans péquistes Guy Chevrette et François Gendron, ont lourdement insisté auprès de M. Landry pour qu'il reste. En cela, ils reprenaient le message envoyé par le caucus des élus péquistes, mercredi dernier, qui avait demandé à M. Landry de revoir sa décision de partir, clairement annoncée au Conseil des ministres quelques minutes plus tôt. M. Chevrette a rencontré M. Landry à Joliette vendredi.

François Gendron souhaiterait devenir leader parlementaire de l'opposition, puisque André Boisclair pourrait difficilement être prétendant à la succession et occuper une fonction aussi visible. Au surplus, le fils de M. Gendron, Sylvain, est déjà dans l'organisation de François Legault. Autre coup de pouce voilé, M. Landry récupérera aussi dans son cabinet d'intérim Nathalie Verge, la chef de cabinet de M. Legault.

Hier, un proche collaborateur de M. Landry confirmait qu'il était désormais "déterminé à rester un bout de temps". Jusqu'à vendredi dernier, M. Landry était d'avis que la course à sa succession ne devrait pas survenir avant le printemps 2004, assurait son plus proche collaborateur hier.

"Le PQ a besoin d'un bon débat interne", insistait M. Legault hier. Le brassage d'idées devra rafraîchir la position du PQ sur la souveraineté du Québec, mais il s'agit aussi de repositionner le parti par rapport au courant social-démocrate. "L'apparition d'un parti comme l'Action démocratique est un enseignement, les gens souhaitent un gouvernement social-démocrate, mais ils souhaitent aussi plus d'efficacité", observe M. Legault.

Pour l'heure, il promet "de participer activement au débat" qui occupera le PQ dans les prochains mois, mais refuse d'assurer qu'il sera automatiquement partant pour la course à la succession de Bernard Landry.

Selon M. Legault, un congrès à la direction dès l'automne surviendrait "beaucoup trop tôt pour permettre le débat nécessaire": il y aura des semaines monopolisées par les travaux de l'Assemblée nationale d'ici l'été, puis deux mois de vacances. Une course à la direction dès l'automne tuerait dans l'oeuf le nécessaire questionnement que doit traverser le PQ.

Demain, Bernard Landry insistera sur la nécessité de "présenter une opposition forte" pour justifier sa décision de rester à la barre du PQ. En partant, il y a fort à parier que la course à la direction du PQ, davantage que les engagements non tenus du PLQ, défraierait la chronique, plaidera-t-il. En restant, il entend rappeler au premier ministre Jean Charest ses engagements d'augmenter le financement de la santé tout en réduisant les impôts.

Mais dans l'entourage de Pauline Marois, on estime que toutes ces explications sont cousues de fil blanc. M. Landry peut rester quelques semaines, mais pas question de repousser le congrès à la direction pour donner aux Legault et Boisclair le temps de mettre en place une organisation, pratiquement inexistante actuellement.

"À un moment donné, la réalité nous rattrape quand on a perdu", de prévenir une proche collaboratrice de Mme Marois. Remettre la course à la succession de M. Landry à l'an prochain, "cela n'a tout simplement pas de bon sens", prévient-on à l'avance. En 1985, quand René Lévesque avait, en juin, annoncé son départ, le congrès à la direction où Pierre Marc Johnson l'avait emporté avait eu lieu dès septembre, rappelle-t-on dans le clan Marois.

En janvier 2001, Mme Marois avait perdu la course contre Bernard Landry parce qu'elle avait trop attendu. Ses quelques jours de tergiversations avaient permis par exemple à M. Landry d'obtenir l'appui, déterminant alors, de François Legault. Elle est bien déterminée à ne pas répéter la même erreur.

Même dans l'entourage de M. Landry, on prévoit déjà que la situation deviendra vite "intenable" si Mme Marois décide d'éjecter son ancien rival. La prochaine réunion du comité exécutif national du PQ, que présidera le 2 mai M. Landry, sera l'occasion d'un bilan de la défaite, mais sera aussi l'occasion pour M. Landry et Mme Marois de mesurer leurs forces au sein de la machine.

La confiance est loin d'être acquise. Quand M. Landry est arrivé au pouvoir, il avait promis la totalité des dossiers économiques à Mme Marois pour la convaincre de rester au sein du gouvernement. Or, à la première occasion, son disciple Gilles Baril a réclamé et obtenu le poste de ministre en titre de l'Industrie, privant ainsi la titulaire des Finances de leviers importants, se souvient-on chez Mme Marois.




Santé

Le droit à la santé, un enjeu fondamental

Claude Castonguay
Le Soleil mardi 22 avril 2003


Éditorial - Au cours de la dernière campagne électorale, nous avons été appelés à faire un choix entre deux options fondamentales. Malgré les refus répétés des Québécois et l'absence de motifs clairs justifiant la voie de l'indépendance, c'est pourtant ce que, le 14 avril dernier, Bernard Landry proposait comme choix. En contrepartie, Jean Charest a su répondre au désir de changement de la population et à son inquiétude face à notre système de santé en proposant le changement de façon ordonnée et en plaçant clairement la plus haute priorité sur la santé.

Ce choix est sûrement apparu à plusieurs comme un enjeu électoral semblable à ceux auxquels nous avons été confrontés dans le passé. Pourtant il s'agit d'un choix tout aussi fondamental que celui de l'indépendance. Il s'agit ni plus ni moins que d'assurer le respect du droit fondamental de chaque personne à la santé.

Pour plusieurs raisons, on a perdu de vue le fait qu'un droit fondamental est en cause. À l'origine, lors de l'établissement de l'assurance maladie, nous avons donné préséance au droit collectif à la santé. L'objectif était clairement de donner à l'ensemble des citoyens un accès égal aux services de santé. La capacité des gouvernements de financer un système public ne faisait aucun doute. Avec le temps, la primauté accordée au droit collectif est devenue un véritable dogme. À tel point qu'il est devenu quasi impossible, au Canada et particulièrement au Québec, d'engager un débat de fond sur la santé.

Détérioration

La centralisation excessive, la lourdeur de la réglementation et des conventions collectives, les décisions désastreuses sur les mises à la retraite des médecins et infirmières ont contribué à la détérioration graduelle de notre système de santé. Mais, au-delà de ces facteurs, c'est le déséquilibre entre la croissance trop rapide des coûts, et celle plus lente des revenus de l'État, qui constitue la principale cause des crises périodiques dont nous sommes les témoins ou les victimes. D'ailleurs, le rapport de la Commission Clair affirme sans équivoque que notre système de santé dans sa forme actuelle n'est pas financièrement viable.

Au lieu d'apporter les changements qui s'imposent, le gouvernement a choisi la voie du rationnement pour rétablir l'équilibre entre ses revenus et les dépenses de santé. Fatalement il en est résulté de trop longues attentes, l'engorgement des urgences, la fermeture de salles d'opération, la désuétude des équipements et des bâtiments etc. En conséquence, combien de personnes vivent dans l'inquiétude et voient leur santé ou celle de leurs enfants se détériorer? Combien de patients, dans le bruit et le brouhaha des corridors, subissent dans les pires conditions leur maladie? Et que dire du respect de leur dignité?

Il faut bien admettre qu'il s'agit pour ces personnes de la négation et du non-respect de leur droit à la santé. En d'autres termes, on a subordonné le droit fondamental à la santé de ces personnes à un objectif collectif qui tient maintenant d'une idéologie insensible aux besoins et aux individuels. Le nouveau gouvernement, en se faisant élire sur le thème de la santé, a assumé une lourde responsabilité. Il s'est engagé à faire en sorte que le droit fondamental à la santé de chaque individu soit rétabli et respecté.

Changements

Étant donné que les injections périodiques d'argent nouveau ne peuvent à elles seules rétablir l'équilibre, des changements significatifs vont devoir être apportés. Ces changements devront évidemment respecter les critères d'universalité et d'accessibilité de notre système public. Ils vont toutefois nécessiter des choix difficiles qui devront être faits malgré les résistances des groupes d'intérêt. Au-delà des mesures qui doivent être prises à court terme pour réduire les listes d'attente et soulager les services d'urgence, les autres changements vont exiger une certaine somme de temps. C'est le second engagement pris par le premier ministre Jean Charest, celui d'effectuer de façon ordonnée les changements qui s'imposent.

Le droit à la santé est second seulement après le droit à la vie. Les Québécois en sont bien conscients. Lors des échanges de voeux, c'est devenu courant de souhaiter à nos proches et amis la santé en précisant qu'" avec la santé tout est possible ". Le rétablissement du droit à la santé constitue en conséquence un enjeu de taille qui, au plan des valeurs, est plus noble que la poursuite de la souveraineté. En optant pour la santé, les Québécois et Québécoises ont fait un choix primordial. Si les indépendantistes pouvaient pour un instant oublier leur vieux rêve et le comprendre.

L'auteur a été ministre de la Santé sous plusieurs gouvernements du Parti libéral. Il est le fondateur du Régime d'assurance-maladie du Québec.




Élection 2003

Le Québec et l'Ontario, les inséparables

Rémy Beauregard
Le Droit mardi 22 avril 2003


À lire la presse anglo-torontoise au lendemain de la victoire des libéraux de Jean Charest au Québec, nous avons l'impression que le Canada, tout autant que le Québec, venait d'être libéré et qu'une période de renouvellement et de reconstruction est sur le point de s'amorcer. En fait, je m'attendais à ce qu'on propose de tenir, à Montréal, une autre manifestation d'amour à l'égard des Québécois, cette fois, sous le thème : MERCI QUÉBEC !

Pour certains commentateurs, les Québécois étant entrés dans le rang, ils pourront enfin bénéficier des avantages que leur offre leur appartenance à la fédération canadienne.

En présentant Jean Charest comme un Canadien et un fédéraliste, on note qu'il y a maintenant, à Québec, quelqu'un de " parlable " comme si tous les premiers ministres précédents avaient été sourds et muets.

Il y a toujours eu, depuis les années soixante, d'étroits contacts entre les premiers ministres de l'Ontario et du Québec.

Je me souviens d'avoir rencontré, dans un restaurant populaire de la rue Rideau, John Robarts et Daniel Johnson qui prenaient un café et une pointe de tarte, très tard, un soir de conférence constitutionnelle et c'était évident qu'ils n'en étaient pas à leur première rencontre tant la discussion semblait animée. Et que dire de l'amitié qu'il y avait entre David Peterson et Robert Bourassa et des excellents contacts qu'entretenaient Bill Davis et René Lévesque, à tout le moins, jusqu'à l'accord constitutionnel de 1982.

Ce ne sont pas les interlocuteurs et la qualité des échanges qui comptent mais les résultats. David Peterson et Robert Bourassa s'étaient entendus sur les conditions de Meech Lake mais, de part et d'autre, le reste du Canada et une grande partie de leur population respective n'ont pas suivi.

Dans ce concert de bons sentiments à l'égard du Québec, les chroniqueurs s'empressent de noter, toutefois, qu'il n'y a pas de place pour des pourparlers constitutionnels qui auraient pour conséquence de déterrer les conditions de Meech Lake ou quelque chose de semblable.

On s'attend à ce que le Québec reste dans le rang maintenant qu'il y est entré. L'impatience des anglo-canadiens par rapport à la question du Québec n'a jamais été aussi évidente.

Pour le chroniqueur Paul Wells du National Post, plus que jamais, le reste du Canada doit apprendre à dire NON au Québec. L'élection du fédéraliste Jean Charest ne doit pas être utilisée par les Québécois pour faire de l'extorsion.

Le Québec, selon Paul Wells, pourrait être tenté de menacer le Canada du retour du PQ si ses revendications ne sont pas acceptées. Pour Wells, le reste du Canada doit dire haut et fort, dès maintenant, que cette stratégie ne fonctionnera pas. Que signifie donc pour l'Ontario, la victoire libérale au Québec et quel impact celle-ci aura-t-elle ?

Par rapport à l'élection ontarienne qui devrait se tenir dans les prochains mois, certains électeurs pourraient y réfléchir par deux fois avant de voter pour Dalton McGuinty de peur de voir une mainmise trop " rouge-libérale " sur les principaux leviers de commande du Canada central. Imaginez un seul instant l'influence sur les politiques publiques d'un gouvernement libéral à Ottawa, à Québec et à Toronto.

Les néo-conservateurs de l'Ontario et du reste du Canada doivent commencer à en perdre leur sommeil.

Dans l'éventualité d'un gouvernement libéral à Queen's Park, les relations entre les deux provinces devraient être meilleures qu'elles ne le sont présentement.

Mike Harris et encore moins Ernie Eves n'ont accordé quelque attention que ce soit au Québec, sauf pour encourager la confrontation sur la question des travailleurs transfrontaliers.

Il serait utile, pour démarrer, que les deux gouvernements remettent sur les rails une entente renouvelée de coop0ération et d'échange. Il y aurait avantage également pour l'Ontario d'envisager, avec le Québec, la coproduction d'électricité au lieu de continuer à acheter l'électricité à fort prix. En matière de services publics, une plus grande harmonisation serait profitable, de part et d'autre, dans les domaines de la santé, du transport, du travail et de l'environnement. Les liens historiques qui lient l'Ontario et le Québec ont besoin d'être encouragés, soutenus et développés.

Le destin des deux provinces les rend inséparables.

nouvelles@ledroit.com




Élection 2003

Une radiographie des casaniers

André Pratte
La Presse mardi 22 avril 2003


Depuis les élections de la semaine dernière, on a beaucoup entendu les deux arguments suivants:

le taux de participation (70 %) est le plus bas depuis 1927, ce qui est très inquiétant pour l'état de la démocratie québécoise;

ce faible de taux de participation explique en bonne partie la défaite du Parti québécois: plutôt que d'aller voter, les péquistes ont fait les casaniers.

Or, une analyse préliminaire des résultats circonscription par circonscription (sans tenir compte des changements à la carte électorale) force à nuancer ce qui paraît d'abord comme des évidences.

D'abord, sur le taux de participation. Il faut souligner que le faible taux de cette année ne s'inscrit d'aucune façon dans une tendance. Les Québécois votent systématiquement dans une proportion de plus de 75 % lors d'élections générales, voire à plus de 80 % lorsque l'enjeu (lire la souveraineté) est particulièrement important. Le faible score du 14 avril 2003 est donc hors-norme. Ou bien il s'agit de l'amorce d'une tendance à la baisse, ou bien il s'agit tout simplement d'une exception. Exception qui pourrait fort bien s'expliquer par le peu d'intérêt généré par la campagne, notamment à cause de la guerre en Irak.

On remarque aussi que les 20 circonscriptions où le taux de participation a le plus baissé sont TOUTES des circonscriptions acquises depuis des lunes au Parti libéral du Québec. Dans Bourassa-Sauvé, le taux est passé de 78,5 % à 59,1 % (-19,4 points de pourcentage); dans Pontiac, le taux est passé de 74,6 % à 55,5 %; dans D'Arcy-McGee, de 76,2 % à 62 %; et ainsi de suite. La participation a donc dégringolé dans les comtés où il ne semblait pas y avoir d'enjeu véritable.

Par contre, les circonscriptions où la participation a le moins diminué sont, dans beaucoup de cas, des comtés où faisait rage le débat sur les fusions municipales (Louis-Hébert, Vanier, Chauveau, notamment). De plus, dans la grande majorité de ces comtés, l'ADQ a obtenu un score beaucoup plus élevé que sa moyenne au Québec. On peut donc émettre l'hypothèse que là où les électeurs ont perçu un enjeu, ils sont allés voter en aussi grand nombre qu'à l'habitude. Ce qui dénote un degré de confiance certain à l'endroit du système démocratique.

Passons à l'impact de l'abstention sur le score du Parti québécois. Il faut remarquer que plusieurs des comtés perdus par le PQ sont des circonscriptions où la participation a très peu diminué: Louis-Hébert, Vanier, Chutes-de-la-Chaudière, Chauveau, Lévis, Bellechasse, Charlesbourg, Portneuf, Lotbinière... Dans ces circonscriptions, le candidat péquiste a perdu beaucoup de votes par rapport à 1998. Une partie de ces électeurs sont de toute évidence restés à la maison, mais bon nombre d'autres ont voté ADQ. Ce vote-là est donc "sorti"; sauf qu'il n'est pas sorti comme l'auraient aimé les organisateurs péquistes!

Par ailleurs, les libéraux ont aussi été "victimes" de l'abstention. On l'a dit, la chute du taux de participation a été particulièrement raide dans les forteresses rouges. Ce n'est pas parce que les rares péquistes de ces coins-là se sont abstenus; c'est plutôt le député en place qui a perdu plusieurs milliers de votes.

Tout cela ne signifie pas qu'il faille ignorer la chute de la participation. C'est un phénomène préoccupant, qu'il doit être suivi de près.

Cela ne veut pas dire non plus que la faible participation n'a pas nui au PQ; c'est l'évidence même. Par exemple, dans Fabre, alors que les scores des libéraux et des adéquistes sont restés relativement stables, le candidat péquiste a recueilli 6000 votes de moins qu'en 1998; le comté est passé au PLQ.

Simplement, il faut admettre que l'électorat québécois est une bête trop complexe pour que son comportement puisse être expliqué en une ou deux phrases.

apratte@lapresse.ca