PLQ
|
Charest réitère son engagement de présenter un budget sans déficit
JOCELYNE RICHER
Presse Canadienne Le samedi 26 avril 2003
QUEBEC (PC) - Le premier ministre élu, Jean Charest, a renouvelé, vendredi, son engagement à présenter un budget sans déficit, quel que soit l'état dans lequel il trouvera les finances publiques, à l'occasion du dépôt du rapport Breton, attendu mercredi prochain.
"Il n'est pas question de remettre en question nos engagements", a dit M. Charest, lors d'un point de presse. Le Parti libéral s'est engagé à maintenir l'équilibre des finances publiques, tout en prévoyant d'importantes baisses d'impôt.
M. Charest réagissait à diverses informations diffusées dans les médias au cours des derniers jours, laissant entendre que l'équilibre affiché dans le budget présenté le 11 mars par la ministre Pauline Marois masquerait en fait un déficit important.
Le gouvernement Landry a été prévenu, le 27 mars, que le gouvernement fédéral avait revu à la baisse le poids démographique du Québec, ce qui se traduirait par un manque à gagner d'un milliard de dollars dans les paiements de transferts versés par Ottawa à Québec. Vendredi, on apprenait par ailleurs que, malgré une loi antidéficit, le déficit accumulé des hôpitaux atteindrait 630 millions $ et celui des universités totaliserait 221 millions $.
"Peu de gens seraient étonnés d'apprendre que le sous-financement du système a entraîné des déficits. Cela fait partie du portrait global", a dit M. Charest, qui n'a pas voulu élaborer sur le sujet.
Il s'est aussi abstenu de tout commentaire, lorsqu'on lui a demandé s'il blâmait l'actuelle ministre des Finances, Pauline Marois, d'avoir gardé le silence, durant la campagne électorale, à propos de l'information provenant d'Ottawa sur la révision à la baisse des paiements de transfert.
"Je n'ai pas l'intention de faire des commentaires, tant que M. Breton n'aura pas déposé son rapport", a dit et répété M. Charest, pour éviter de répondre à toutes les questions relatives à l'état des finances publiques.
Mardi, le premier ministre élu a demandé à l'ex-vérificateur général Guy Breton de tracer le portrait exact des finances publiques. Il doit remettre son rapport à l'occasion de la première réunion du cabinet, mercredi, au lendemain de la prestation de serment du nouveau conseil des ministres.
"Je veux qu'on donne le portrait réel des finances publiques, telles que les choses sont", a-t-il dit.
M. Charest complètera la formation de son cabinet au cours du week-end, un exercice "difficile", a-t-il convenu, compte tenu que son caucus compte 76 députés et "beaucoup de talents".
|


Irak
|
Ce qui n'est pas arrivé
Gil Courtemanche
LE DEVOIR Le samedi 26 avril 2003
Durant les mois qui ont précédé le déclenchement de la guerre contre l'Irak, le monde entier, mais surtout les citoyens américains, a été soumis à un formidable barrage de propagande et de désinformation. La guerre n'avait pas encore débuté, mais on avait acquis des certitudes. Saddam possédait une formidable machine de guerre, sa cruauté et sa folie le pousseraient aux pires crimes pour entraver la marche américaine, les réseaux terroristes islamistes, particulièrement aux États-Unis, se lanceraient dans des attaques suicide. Tout aussi avait été mis en place par les planificateurs du Pentagone pour que la vie reprenne rapidement son cours après la victoire, pour que les services et la sécurité soient rétablis, les infrastructures protégées et que toutes les tendances politiques soient réunies pour donner enfin à l'Irak la démocratie.
Ce qui n'est pas arrivé : il n'y a pas eu vraiment de guerre. Entendons-nous. Il y a eu bien sûr les tapis de bombes intelligentes qui perdaient parfois, un peu trop souvent, la tête et décidaient de tomber sur un marché public. Au sol cependant, il n'y a pas eu d'affrontement entre deux armées. La raison en est simple et les États-Unis le savaient, Saddam n'avait ni armée, ni soldats aguerris, ni équipements modernes.
Tout cela était parti en fumée et en ferraille lors de la guerre de 1991. Si guerre il y a eu, ce fut un peu comme une coupe Stanley disputée entre les Sénateurs d'Ottawa et les Moustiques de Saint Clet.
On nous avait prédit le feu et le sang, la politique de la terre brûlée, le cataclysme chimique, l'horreur botulique. Rien de cela n'est survenu. Le raïs n'a pas mis le feu aux installations pétrolifères. Pourtant, il en aurait eu le temps. Il n'a pas pratiqué la politique de la terre brûlée, il a tout simplement vidé le terrain. Doté d'un arsenal chimique et biologique qui menaçait la planète, y compris les très lointains États-Unis, il a semble-t-il oublié de l'utiliser. Ses missiles sont demeurés sur leurs rampes de lancement et seul un gros pétard mouillé, une antiquité chinoise, s'est abattu sur un centre commercial. Pas un seul Scud ne s'est envolé vers Israël.
Vaccins au placard
Chez nos voisins, on a abaissé la cote d'alerte interne et remisé dans les placards les vaccins contre la variole et les rubans adhésifs qui devaient protéger les civils américains d'attaques au gaz. Une seule bombe d'al-Qaïda : une bande vidéo. Aurait-on oublié de nous dire que la guerre contre l'hydre Oussama avait été gagnée ?
Sur le terrain, tous les services essentiels ont été paralysés, les édifices publics détruits, les musées pillés. Seul le ministère du Pétrole a été protégé. Ce qui n'est pas arrivé : l'eau à Bassora, des hôpitaux qui fonctionnent. Rumsfeld avait évoqué des centaines de milliers d'Irakiens criant leur joie, un peu comme en France lors de l'arrivée des troupes alliées en Normandie. CNN, pour rendre réelle la prophétie, repasse en boucle depuis deux semaines la chute de la statue de Saddam devant l'hôtel Palestine.
Très rapidement, toutes les composantes de la société irakienne devaient se retrouver unies dans de grandes palabres constructives. Ce n'est pas arrivé. Seuls participent aux négociations pour s'arracher le pactole irakien des exilés de longue date qui ne représentent que des Irakiens qui ne vivent pas en Irak et qui n'ont pas l'intention d'y retourner. Interdits de palabres sont tous ceux qui ont le plus pâti de la dictature de Saddam, ces chiites qui rongent leur frein islamique et radical depuis que Saddam a pris le pouvoir.
Quadrature du cercle
Voilà un paradoxe, une quadrature du cercle qui fascine. Comment faire la démocratie en Irak tout en interdisant que les représentants de 60 % de la population irakienne y participent ?
Maintenant, arrêtons-nous à ce qui est arrivé et à ce qui arrive. Même les plus modérés des Irakiens souhaitent le départ rapide des Américains. Dans l'est du pays, le long de la frontière avec l'Iran, s'est installé une sorte de gouvernement informel constitué de mollahs intégristes conseillés par des envoyés iraniens. Même les imams sunnites appellent à la résistance passive aux Américains et déclarent qu'on ne saurait tolérer plus longtemps le pied de l'infidèle sur le sol sacré de l'islam...
Les tensions entre Kurdes et Arabes dans le nord peuvent entraîner les pires débordements. À Karbala, des centaines de milliers de pèlerins ont réclamé l'instauration d'une république islamique.
Ce qui est déjà arrivé : dans un temps pas si lointain, pour s'assurer une victoire à courte vue contre la dictature soviétique en Afghanistan, Washington avait décidé d'appuyer une minorité radicale de fous de Dieu. Cela nous a donné les talibans, al-Qaïda et la récente invasion de l'Afghanistan. En Irak, le scénario possible est encore pire. Ce n'est pas une minorité, mais une militante majorité chiite que la guerre vient de libérer, une majorité fortement incrustée dans la mouvance d'un autre membre de l'axe du mal, l'Iran. La guerre, dit-on, n'est qu'une manière de faire de la politique. Voici les choix politiques auxquels les Américains sont confrontés : installer un protectorat américain de facto, soutenir une nouvelle dictature sunnite composée d'exilés irakiens ou permettre la démocratie qui enfantera selon toute vraisemblance une nouvelle république islamiste. Quelle belle victoire M. Rumsfeld ! Quel beau gâchis, M. Powell !
|


PLC
|
Départ du premier ministre du Canada - Une fin chrétienne
Yves Beauchemin, Écrivain
LE DEVOIR Le samedi 26 avril 2003
Les valises faites et à portée de la main, Jean Chrétien multiplie les actions d'homme d'État dans l'espoir de laisser un bon souvenir après 40 ans de batailles de taverne, de coups de gueule, de coups fourrés et de coups de force.
Une bonne fin peut-elle sauver un mauvais roman ? Non, bien sûr. Mais on est forcé de convenir qu'un mauvais roman avec une bonne fin est préférable à un mauvais roman qui se terminerait de façon lamentable. On ne peut donc qu'approuver le refus du premier ministre de s'associer à une guerre menée par des assoiffés de pétrole le crucifix à la main, tout comme sa décision de nettoyer le financement des partis politiques fédéraux (25 ans après le Québec). Cette décision n'est peut-être qu'un cadeau d'adieu-jambette à son éventuel successeur Paul Martin pour l'aider à s'aplatir le museau dans ses futures fonctions, mais les résultats comptent ici davantage que les intentions -- et puis, pour être franc, avouons qu'à peu près tout le monde, sauf Paul Martin, se fiche des maux de tête de Paul Martin.
Cela dit, un malfaiteur repenti conserve tout son passé et, dans l'émotion qu'on ressent à le contempler, il reste toujours un peu de méfiance. L'histoire n'oubliera pas que Jean Chrétien a passé une bonne partie de sa carrière à diriger un gouvernement corrompu et à tenter d'écraser de tout son poids -- qui était celui de l'argent et de la majorité anglophone -- un peuple -- son peuple -- engagé dans la conquête de sa liberté.
Pour que la fin du roman politique de Jean Chrétien ait des chances de faire oublier l'histoire minable qui la précède, il faudrait bien d'autres bonnes actions. Il faudrait, par exemple, qu'il abandonne une fois pour toutes la stratégie de famine financière qu'il utilise contre le Québec pour le forcer à se mettre à genoux devant la statue de l'unité canadienne. Il faudrait aussi, malgré toutes les joies solitaires qu'elle a procurées à son ministre Stéphane Dion, abroger cette fameuse loi sur la clarté référendaire, qui n'a de clair que son esprit de domination.
Mais de cela, Jean Chrétien n'a sans doute ni la capacité ni -- très certainement -- la volonté. On a beau vouloir finir grand homme, il y a des choses au Canada qui ne se font pas.
|


Course à la chefferie
|
Le temps des demi-mesures est révolu
Jacques Lamothe, Membre du CA du RIQ
RIQ Le samedi 26 avril 2003
Depuis la quasi-défaite du camp du « non » lors du dernier référendum sur la souveraineté du Québec en 1995, le gouvernement d'Ottawa a développé et élaboré son « plan B » visant à empêcher la réédition d'un tel référendum qui pourrait se traduire par une victoire du « oui » conduisant à l'indépendance du Québec.
Ce plan savamment lubrifié à coup de milliards, à même les impôts des québécois, a contribué à freiner suffisamment la marche du peuple québécois vers son indépendance nationale, permettant ainsi l'élection d'un gouvernement de laquais libéraux provinciaux.
S'exclamant de joie à l'élection de monsieur Jean Charest le 14 avril dernier, le premier ministre du Canada a vu en ce dernier la cerise sur le sundae. Ayant sans doute en tête que ce sera du gâteau que de transiger avec ce servile gouvernement féru de provincialisme.
Jean Charest m'apparaît donc comme le parachèvement du « plan B » du gouvernement d'Ottawa. Le premier ministre Chrétien avait bien raison de jubiler. Avec monsieur Charest à la tête du Québec, la « louisianisation » des québécois s'enclenche. Lentement, mais sûrement! Avec la complicité d'Ottawa, comment arrêter ce mouvement?
Je crois que pour stopper cette marche du Québec vers l'insignifiance, pour l'arrêter de tourner en rond jusqu'à l'épuisement total, il n'y a qu'une façon de faire. Redonner le goût aux québécois de relever la tête, leur redonner le goût de l'indépendance du Québec.
Bientôt, il y aura une course à la chefferie au parti québécois. Je pense que ce parti, avec son nouveau chef, doit prendre le virage indépendantiste. C'est-à-dire un parti visant le pouvoir non pas pour montrer au peuple qu'il est capable de gouverner (le peuple le sait déjà), mais visant le pouvoir pour mettre en marche tout le processus dynamique culminant avec l'indépendance du Québec.
Les deux seules questions plébiscitaires acceptables, selon moi, sont : « Voulez-vous que le Québec soit votre pays? » ou encore « Voulez-vous que le Québec devienne un état souverain? » ce qui revient au même. Avec un « oui », nous avons un pays!
Le temps de la tergiversation est terminé, le temps de la clarté et du courage vient de commencer. Il nous faut dire au peuple québécois que le préalable sine qua non à tout partenariat ou association est l'indépendance. De plus avec une question plébiscitaire claire, nous faisons disparaître tout le côté « astuce » dont les fédéraux aiment tant taxer les indépendantistes.
Pour le parti québécois, le chemin de la droiture et de la clarté est le chemin à suivre. Lui seul est mobilisateur. On ne reprendra plus les québécois dans les méandres sinueux de la tergiversation souverainiste; les résultats de la dernière élection du 14 avril sont là pour nous le prouver. Une quantité impressionnante d'indépendantistes ne se sont pas rendus aux urnes; d'où le taux de participation le plus faible (70.5%) depuis 1927!
Pour remettre tout le Québec politique en marche, il faut lui donner le pays du Québec comme horizon. Ce n'est que ce pays qui mobilisera la nation québécoise, qui lui fera battre le coeur à nouveau.
Si toutefois le parti québécois refusait le virage indépendantiste, tous ceux qui veulent faire du Québec leur pays devraient se poser alors de sérieuses questions. La folie ne serait-elle pas de répéter ad nauseam les mêmes erreurs en espérant des résultats différents? Le parti québécois devrait y méditer. La méditation est souvent excellente conseillère.
Donc, la question que les indépendantistes devraient alors se poser est la suivante : « Ne serait-il pas mieux d'avoir un nouveau véhicule pour faire l'indépendance du Québec si le PQ, en demeurant dans ses vieilles ornières, refuse de prendre le virage indépendantiste? ».
|


PLQ
| Revue de presse:
Jean Charest, ou la maladie contagieuse du provincialisme
Antoine Robitaille
LE DEVOIR Le samedi 26 avril 2003
Les célébrations auront été de courte durée. À la suite de la victoire libérale au Québec, «nous pouvons pousser deux hourras. Pas trois», écrivait le politologue William Christian dans le Guelph Mercury samedi dernier. Certes, les «séparatistes» ont été chassés du pouvoir au Québec. Certes, Charest est «le premier ministre québécois le plus pro-Canada de l'histoire» (dixit Richard Gwyn). Reste qu'il incarne une vision presque aussi détestable que le séparatisme: le renforcement des provinces.
Ce constat quelque peu désenchanté se retrouvait presque partout dans les journaux du ROC cette semaine. Après les «bons débarras» des lendemains de la défaite péquiste, c'est comme si les mauvais souvenirs des années Meech-Charlottetown, donc du PLQ de l'époque, étaient revenus à la surface.
Le «conseil de la fédération» envisagé dans le programme Charest pour réunir les premiers ministres provinciaux et faire contrepoids au gouvernement central en intrigue plusieurs dans le ROC. Richard Gwyn, du Toronto Star, affirmait mercredi que cette nouvelle structure favoriserait «l'irresponsabilité politique» des gouvernements provinciaux. Aussi, Gwyn juge inquiétant que Jean Charest «ait adhéré à l'arithmétique douteuse du déséquilibre fiscal». Il craint que les Ralph Klein (Alberta) et Gordon Campbell (Colombie-Britannique) le suivent. Gwyn y voit de la «provincialisation», qu'il oppose à une «vraie décentralisation». C'est-à-dire ? Une dévolution de pouvoirs d'Ottawa «vers les villes». En effet, selon le chroniqueur, les provinces sont «dépassées» puisqu'elles demeurent des outils de gestion. En revanche, les villes sont «des outils de création de valeur». En somme, Charest et son «élite provinciale», de même que «leurs semblables partout au Canada», ont dépassé «leur date d'expiration», tranche Gwyn.
***
Sur le plan économique, le «provincialisme» a fait des ravages, estime Gwyn. Selon lui, il est «absurde» qu'il y ait plus de barrières tarifaires «entre les provinces canadiennes qu'entre les membres de l'Union européenne». Et cela ne changera pas avec Jean Charest au pouvoir à Québec, écrit-il.
Dans le dossier des valeurs mobilières, Michael Den Tandt, dans le Globe and Mail de jeudi, affirmait que l'élection du PLQ n'aidera en rien à la création de l'institution pancanadienne que plusieurs dans le ROC réclament depuis longtemps. Aujourd'hui, d'un océan à l'autre, il existe 13 commissions des valeurs mobilières distinctes : une «courte-pointe antédiluvienne» de règlements provinciaux différents, écrit Den Tandt. Ce dernier affirme que la fusion ou l'harmonisation des organismes en un ensemble pancanadien s'impose à notre époque où les économies nord-américaines sont plus enchevêtrées que jamais. En centralisant, on offrirait un environnement plus cohérent aux investisseurs, fait-il valoir. Or, écrit-il, «par le passé, les gouvernements québécois libéraux n'ont pas été tellement plus coopératifs que les séparatistes». Et l'arrivée de Paul Martin à la tête du gouvernement fédéral ? Den Tandt affirme qu'il n'y a rien là pour se réjouir : «C'est un ami déclaré des provinces. Contrairement à Jean Chrétien, Martin a appuyé l'accord du lac Meech dans les années 80.»
***
Le Fredericton Daily Gleaner publiait mardi un éditorial plein de soupçons et d'avertissements. Lui aussi s'inquiétait du «conseil de la fédération» libéral. D'autant plus qu'un axe Charest-Martin se profile à l'horizon et que «certains observateurs avancent» que ces deux chefs francophones «auraient conclu un accord secret pour accorder au Québec des sénateurs supplémentaires, de même que la clause de société distincte» ( !). Peu importe le caractère bizarre de cette rumeur, le Gleaner bombe le torse et lance : «Ces politiciens devraient savoir que le peuple du Canada veut que toutes les provinces, tout comme les personnes qui les composent, soient égales.» Ainsi, dire que ce ne serait que le début d'une ombre d'une réforme asymétrique du fédéralisme canadien revient à «atteindre un sommet de stupidité». «Le favoritisme à l'endroit du Québec, ça doit cesser !», tonne le Gleaner.
«N'ouvrez pas la boîte de Pandore constitutionnelle», clamait pour sa part Lloyd Axworthy, ancien ministre dans le gouvernement Chrétien, dans le National Post jeudi. Toute question constitutionnelle doit être évitée comme la «peste», ce qui n'est pas peu dire en plein délire du SRAS ! Pourquoi cet avertissement ? Parce qu'on pourrait croire que l'élection d'un fédéraliste à Québec est l'occasion ou jamais de régler des problèmes constitutionnels, «comme on l'a cru en 1970, avec Trudeau et Bourassa, de même qu'en 1985, avec Mulroney et Bourassa». Est-ce à dire qu'il faille refuser toute réforme ? Nenni !, insiste Axworthy, qui, contrairement à Gwyn, fait un éloge de la créativité des provinces en plusieurs matières : la Saskatchewan et le «medicare»; l'Alberta et le «déficit zéro», etc. Axworthy dit que c'est «le génie du fédéralisme canadien» de généraliser à l'ensemble du pays les bonnes idées issues des provinces. Mais pour cela, nul besoin d'ouvrir la «boîte de Pandore constitutionnelle», insiste-t-il. «Gardez-la bien scellée.»
Article ambigu de Roger Gibbins dans le Calgary Sun d'hier. D'une part, Gibbins envisage avec joie l'arrivée au pouvoir à Québec d'un allié potentiel de Klein. D'autre part, Gibbins estime que la victoire de Charest pourrait être le prélude d'une autre : et si le gars de Sherbrooke devenait premier ministre du Canada en 2009-10 ? Ah non, dit Gibbins, pas encore 20 ans de premiers ministres originaires du Québec !
(...)
|


PLQ
|
D'abord, les finances
Bernard Descôteaux
LE DEVOIR Le samedi 26 avril 2003
Le conseil des ministres que dévoilera M. Charest mardi sera certainement beaucoup moins lourd que celui de son prédécesseur, dont 50 % des 36 membres avaient le statut de ministre délégué. Le nouveau premier ministre pourra sans difficulté réduire le nombre de fauteuils ministériels à moins de 25. À ce stade-ci, la structure la plus légère possible s'impose.
L'efficacité et la cohésion doivent être les deux principales caractéristiques de ce nouveau gouvernement qui a besoin d'imposer sa marque rapidement. Maintenant qu'il est élu, Jean Charest sait qu'il sera plus difficile d'assumer le pouvoir qu'il l'imaginait. Le slogan «Nous sommes prêts» prend une autre tonalité à mesure qu'il se mesure à la réalité : il y a moins d'argent dans les coffres du gouvernement, si bien qu'avant de s'attaquer aux problèmes du système de santé, il lui faudra d'abord s'assurer de la santé financière du gouvernement. L'ordre des priorités est inversé.
Parmi toutes les nominations que le nouveau premier ministre s'apprête à faire, trois s'avèrent cruciales. Il y a tout d'abord la présidence du Conseil du trésor, qui exige une connaissance intime de l'administration publique et un grand talent de négociateur. Pour dégager la marge de manoeuvre lui permettant à la fois d'allouer de nouveaux budgets à la santé et de réduire les impôts sans renouer avec les déficits, il lui faudra comprimer les dépenses de tout l'appareil gouvernemental. Cela aura un impact immédiat sur le renouvellement des conventions collectives du secteur public, qui doivent commencer sous peu. L'effort exigé sera d'autant plus grand que les revenus du gouvernement ne croîtront pas aussi rapidement qu'on l'espérait.
Le rôle du ministre des Finances sera névralgique à cet égard. Puisqu'il n'est pas question d'augmenter taxes et impôts pour accroître les revenus, son titulaire n'aura d'autre choix que de poursuivre la bataille avec Ottawa sur la question du déséquilibre fiscal. Plusieurs dossiers sont déjà inscrits à l'ordre du jour. Outre la révision à la hausse des paiements de transfert en santé, la renégociation des accords fiscaux est sur le point de s'amorcer. Ces accords portent essentiellement sur la péréquation de laquelle le Québec a tiré 4,8 milliards en 2002. Ici aussi, il faudra un fin négociateur pour en obtenir davantage du gouvernement fédéral.
Le comportement de l'économie québécoise aura aussi une incidence importante sur les revenus du gouvernement. L'adoption de politiques économiques énergiques s'impose afin de soutenir une croissance économique qui tend à s'affaiblir plus qu'on ne l'avait prévu. Un premier geste à faire consistera à redonner son autonomie au ministère de l'Industrie et du Commerce qui, depuis sept ans, est sous la tutelle des Finances. Il faudra en faire un véritable ministère de l'Économie et y nommer une personne capable de déployer une stratégie d'ensemble pour le développement économique du Québec. Ce qui n'était pas un enjeu de premier plan il y a quelques semaines l'est aujourd'hui.
Ce trio de ministres formera, avec le ministre de la Santé et celui des Affaires municipales -- qui seront les porteurs des deux principaux engagements électoraux des libéraux --, le noyau dur du gouvernement Charest. De leur succès dépendra celui de tout le gouvernement. Dans les choix qu'il fera au cours des prochaines heures, le premier ministre n'aura pas le luxe de pouvoir se tromper. Sinon, adieu, promesses électorales ! Il n'y aura pas d'argent pour remettre le système de santé sur les rails. Il n'y en aura pas pour des réductions d'impôts en 2004 et encore moins pour les projets que tous les autres ministres voudront mettre en avant.
bdescoteaux@ledevoir.ca
|


Course à la chefferie
| La succession de Bernard Landry
Une course larvéeLes candidats à la présidence du PQ sont déjà à pied d'oeuvre
Robert Dutrisac
LE DEVOIR Le samedi 26 avril 2003
Malgré l'appel à la prudence lancé cette semaine par Bernard Landry, une course larvée à la direction du Parti québécois bat son plein. Si le président du PQ, dans ses nouveaux habits de chef de l'opposition officielle, voudrait bien que ses députés se concentrent sur leur rôle de critiques du gouvernement Charest, les deux protagonistes, Pauline Marois et François Legault, sont à pied d'oeuvre pour assurer leurs positions au sein du caucus et du parti. Avec les tiraillements que cela suppose.
Bernard Landry a lui-même mis un sérieux bémol à son appel à la prudence. «Chacun peut laisser libre cours à ses ambitions, se former des réseaux», a-t-il déclaré au même moment, en rappelant qu'en 2001, c'est son propre réseau qui lui a permis d'écraser en deux temps, trois mouvements les aspirations, rapidement devenues velléitaires, de Mme Marois.
Pauline Marois n'a pas attendu le feu vert du chef pour s'activer. Dès le lendemain de la défaite électorale, elle a fait le tour des élus péquistes pour les convaincre de l'appuyer. La moitié des députés l'ont fait, au dire de l'entourage de Mme Marois, qui part avec une longueur d'avance sur son adversaire déclaré.
Mme Marois peut compter sur l'appui de 18 députés, d'après une liste que Le Devoir a obtenue. Parmi les députés d'expérience acquis au camp Marois, on retrouve Jocelyne Caron, Rita Dionne-Marsolais, Louise Harel, Nicole Léger, Diane Lemieux, Agnès Maltais, Lucie Papineau ainsi que Maxime Arseneau, Jacques Côté, Serge Deslières, Léandre Dion, Guy Lelièvre, Michel Létourneau, Michel Morin et Sylvain Simard. Quatre nouveaux élus s'ajoutent à cette énumération : Denise Beaudoin, Camil Bouchard et Claude Cousineau.
En comparaison, il y a une dizaine d'élus qui ont accordé leur appui à François Legault, soutient-on dans son organisation. Certains ont eu à résister à un brutal tordage de bras de la part de l'autre camp, dit-on. Hier, M. Legault a multiplié les appels téléphoniques.
Malgré ce retard, l'entourage de M. Legault estime que le premier objectif de l'aspirant est rempli : s'assurer d'un nombre d'appuis suffisant pour que se tienne une vraie course à la direction.
Comme Pauline Marois apparaît la plus forte, le fait qu'un bon nombre de députés ne lui aient pas accordé leur appui d'entrée de jeu, malgré les risques politiques qu'ils courent à ne pas se rallier, témoigne d'une certaine faiblesse de son leadership, avance-t-on dans l'organisation de l'autre aspirant. S'il est vrai que personne n'est encore sorti du placard pour clamer son appui à M. Legault, beaucoup d'élus souhaitent que la course au leadership ait lieu en 2004 plutôt qu'à l'automne 2003 comme le voudrait le camp Marois. François Gendron est de ceux-là : il réclame que la course au leadership n'ait pas lieu en 2003, ce qui avantage implicitement François Legault. M. Gendron, dont l'opinion est faite, dit-il, a beau dire que celle-ci est «de nature privée», son jupon dépasse. Son fils de 32 ans, Sylvain, travaille d'ailleurs activement à la campagne de M. Legault.
André Boisclair s'est fait on ne peut plus discret ces derniers temps. On dit qu'il garde son poste de leader parlementaire et qu'il est prêt à renoncer à la course, alors que Louise Harel et François Gendron se disputaient cette fonction également. M. Landry a d'ailleurs rencontré Mme Harel jeudi pour lui annoncer qu'elle ne deviendra pas leader.
À la permanence du PQ, le directeur général, Martin Dubé, indique que l'exécutif national ne prendra aucune décision à brève échéance sur le mode de scrutin qui régira l'élection du chef. Le PQ pourrait opter pour un scrutin par la poste, comme le Bloc québécois l'a fait, ou encore pour des scrutins distincts dans toutes les régions du Québec comme en 1985. Même un congrès traditionnel avec une élection sur place, la solution la plus coûteuse, n'est pas exclu. Chose certaine, l'élection se fera au suffrage universel des membres.
Or le PQ, en raison des élections et des investitures qui les a précédées, a fait le plein de membres dont le nombre se situerait à plus de 100 000. Dans le camp Legault, on croit qu'il est encore possible de rallier de nouveaux membres, des plus jeunes qui feraient partie de la relève du PQ.
Les militants «purs et durs», comme on les appelle, qui n'ont cure du partenariat et encore moins de l'union confédérale à l'européenne, risquent de demeurer sur leur faim devant un choix entre Pauline Marois et François Legault. Aucun des deux aspirants n'a montré dans le passé qu'il était mû par une ferveur indépendantiste à tout crin. Pragmatique, Mme Marois parle rarement de souveraineté; gouverner semblait la satisfaire pleinement. À tort ou à raison, François Legault est perçu comme un simple autonomiste qui se contenterait de gober des points d'impôt.
Dans son camp, on est conscient de cette lacune. Dans un document que son organisation fait circuler, François Legault promet de «lancer un plan d'action visant à bien préparer l'accession à la souveraineté» assorti d'un projet de budget d'un Québec souverain, une démarche réalisée «sous le sceau de l'efficacité», écrit-il. M. Legault se demande même s'il ne faut pas larguer purement et simplement le partenariat. «Dans un contexte où l'ALENA et l'OMC font en sorte que l'ouverture des marchés et l'interdépendance économique sont des réalités incontournables, un éventuel partenariat politique entre un Québec souverain et le reste du Canada est-il nécessaire ?», se demande-t-il. L'aspirant ne répond pas à la question. Gageons qu'il clarifiera sa position prochainement.
|


Idées
|
Pour une démocratie pacifique
Caroline Montpetit
LE DEVOIR Le samedi 26 avril 2003
Il a plongé dans une époque peu connue de l'histoire, une époque de guerre de religions et d'intérêts économiques. Cette époque, celle de la guerre de Trente ans et du XVIIe siècle, présente, malheureusement, quelques similitudes avec la nôtre. Avec Comenius, l'art sacré de l'éducation, qui paraît chez JC Lattès, Jean Bédard clôt sa trilogie biographique entamée il y a quelques années avec Maître Eckhart et Nicolas de Cues. Son héros, cette fois, est rien de moins que l'inventeur de la démocratie paysanne, avec l'éducation pour tous comme fondement de cette démocratie.
On dit de Jean Bédard qu'il est un ermite. Bien campé à Saint-Fabien-sur-Mer, au bord du fleuve, où il vit, il voyage peu, mais réfléchit et écrit beaucoup. Ses livres sont des oeuvres intenses, difficiles, qui tentent, à travers la forme romanesque, de capter l'essence de la pensée d'un personnage historique et de son oeuvre. Depuis trois ans, c'est Comenius, de son vrai nom tchèque Jan Amis Komensky, qui occupe son esprit.
«C'est un homme qui est dans le concret, qui vise la paix directement, qui travaille à la paix et aux institutions possibles», dit-il au sujet de ce personnage qui a traversé la guerre religieuse de Trente ans, au XVIIe siècle, et qui y a aussi perdu une épouse et deux enfants. «Son oeuvre et sa vie sont extrêmement chargées d'actualité», ajoute-t-il, elle illustre l'opposition entre les forces de la guerre et les forces de la paix.
En fait, c'est entre autres une idée de Comenius qui a inspiré l'organisation des Nations unies, après la Seconde Guerre mondiale. Cette démocratie universelle paysanne, c'est une démocratie dont les pauvres ne sont pas exclus. Cette idée était contenue dans un texte de Comenius qui s'intitulait La Consultation universelle pour la réforme des affaires humaines.
«Sa notion de démocratie paysanne est un apport extrêmement important», explique Bédard, qui définit la démocratie comme une prise en charge, par les individus, de leur liberté individuelle et collective. Parmi les principes de cette démocratie qui n'est pas encore réalisée, on retrouve la déconcentration des pouvoirs, la collégialité des décisions, la justice sociale, le désarmement symétrique, puis l'éducation «de tout l'humain et de tous les humains». Et la démocratie authentique, croit Bédard, est garante de la paix.
Dans le cours actuel des choses, au milieu du renversement de l'ONU et dans un contexte d'affrontement religieux potentiel, on pourrait penser que Comenius, qui a tenté de rapprocher non seulement les être mais les religions, est un utopiste.
«Il est souvent considéré comme tel, mais je dirais plutôt que c'est un antiutopiste [...]. Il essaie de faire le contraire de l'utopie. Une utopie serait doctrinaire», répond Bédard. Or, Comenius est l'apôtre de la liberté. «Pour lui, le premier point de l'éducation, c'est le contraire de l'endoctrinement. C'est arriver à retrouver, à se réapproprier sa propre liberté».
Jean Bédard dit lui-même être hanté par la notion de liberté, et c'est cette obsession qui l'a mené à écrire cette trilogie dont ce dernier tome vient de paraître chez Jean-Claude Lattès en France.
«Maître Eckhart (Stock) fonde la liberté à partir du tréfond de l'être humain, cet être essentiellement créateur, explique-t-il. Cela m'apparaissait extrêmement important de ramener cela. Nicolas de Cues (l'Hexagone) exprime la liberté de façon plus collective. Pour lui, la liberté est une liberté d'action de réformer les institutions humaines. Chez Comenius, la liberté va s'exprimer de façon plus politique avec son idée de démocratie paysanne».
Il faut dire que la philosophie a de tout temps habité Jean Bédard. Né dans un quartier ouvrier, il se souvient de son père, un frère défroqué, qui parlait de Karl Marx, de Henry Miller et de Saint-Augustin, pendant que sa mère, une ancienne soeur grise, était férue de poésie. Il fait des études de philosophie à l'Université de Montréal. Mais c'est en Abitibi, au hasard d'un poste d'enseignant au secondaire, après avoir échoué dans une tentative d'héberger une adolescente en tant que famille d'accueil, que Jean Bédard bifurque vers le travail social. Enfin, il y a quelques années, il démissionnait de son titre d'intervenant dans le réseau des centres jeunesse pour protester contre le manque criant de ressources financières et humaines dont on disposait dans ce secteur, pour venir en aide aux familles les plus démunies, et les plus brisées.
«J'ai mené un combat pour essayer d'améliorer cette organisation qui est en manque de ressources humaines. Il manque carrément de ressources humaines et financières pour s'attaquer au problème de la misère dans notre société», constate-t-il.
Pourtant, Jean Bédard s'intéresse toujours beaucoup aux enfants, notamment à travers les personnages qu'il étudie, et plus particulièrement à travers Comenius, qui est lui-même un éducateur.
«Les enfants sont toujours réactifs à la guerre», dit Bédard. Ils comprennent que l'usage de la force ne résout pas les conflits. Dans son roman, qui s'inspire directement de la vie de Comenius, l'histoire nous arrive par sa fille Élizabeth, qui participera, en tant que professeur, à la grande entreprise d'éducation de son père. Élizabeth adopte même une fille, comme Bédard l'a fait, et tente de nouer avec elle des liens filiaux.
Aujourd'hui, Jean Bédard consacre beaucoup de temps à la littérature. Il enseigne aussi ponctuellement, en Suisse et à l'Université du Québec à Rimouski. Au cours des dernières années, il s'est beaucoup consacré à lire sur les XIVe et XVe siècles, avec Maître Eckhart et Nicolas de Cues, puis, les noirceurs du XVIIe siècle avec Comenius.
«La guerre de Trente ans est particulièrement cruelle, c'est une guerre au cours de laquelle entre 40 et 70 % de l'Europe a été décimée. Et parmi les philosophes qui ont été touchés, Comenius est celui qui a été atteint de plus grand fouet», rappelle-t-il.
Dans une situation de crise, croit-il, il faut revenir aux fondements, aux fondations. La connaissance et la compréhension du passé est le meilleur moyen de ne pas répéter les erreurs. Ceux qui se fichent de l'histoire, dit-il, sont ceux qui sont le plus susceptibles de revenir au passé et à des choses qu'on a éliminées.
Pour lui, l'essentiel, c'est de mettre l'intelligence au-dessus de la force, et non la force au-dessus de l'intelligence.
Reste que Jean Bédard garde espoir que des jours meilleurs paraîtront pour la planète.
L'être humain, croit-il, a la capacité de faire des choses qu'il n'aurait pas imaginées. «Il y a des forces qui naissent dans l'obscurité qui sont très grandes».
En attendant, Jean Bédard travaille déjà à un prochain roman, qui pourrait se passer en Amérique, auprès de grandes figures comme Henry David Thoreau ou Emily Dickinson...
Comenius ou l'art sacré de l'éducation
Jean Bédard
Éditions JC Lattès
Paris, 2003, 330 pages
|


Idées
| Essais:
Gil Courtemanche : entre le repli et l'espoir
Louis Cornellier
LE DEVOIR Le samedi 26 avril 2003
«Soyons francs, écrit Gil Courtemanche, nous sommes perdus. Sur les plans politique, économique et social, nous ne savons plus très bien où nous allons. Il nous reste peu de certitudes et encore moins de projets de société qui nous enthousiasment.» Lancé sur cette note de désarroi, son nouvel essai, intitulé La Seconde Révolution tranquille, n'entend évidemment pas en rester là.
Aussi, sur la base d'un constat critique qui reprend les principales doléances émanant de la gauche à l'endroit du néolibéralisme et de l'imposture d'une certaine démocratie représentative, Courtemanche formule donc une déclaration de principes politiques et des propositions d'action visant à «démocratiser la démocratie».
Le constat pourrait se résumer en deux mots : déficit démocratique. Les causes en sont nombreuses, mais l'essayiste pointe plus particulièrement la crise de la représentation politique (les partis se sont substitués aux citoyens comme source légitime du pouvoir), la démission des États devant le pouvoir économique, la perversion de ce dernier en un «nouveau capitalisme» sauvage et financier et l'inacceptable concentration, surtout au Québec, de la presse («personne ne conteste l'ordre actuel des choses»; «l'éventail de notre presse va aussi du centre à l'extrême droite économique»), le tout résultant en une désaffection des citoyens à l'endroit de la vie politique.
S'il faut se réjouir, écrit Courtemanche, des sursauts d'une «société civile» qui, à Seattle, à Québec et ailleurs, est parvenue, dans une certaine mesure, à «freiner le rouleau compresseur de la mondialisation capitaliste» et à faire la preuve que l'on peut modifier le cours des choses, il importe néanmoins de constater que cette même société civile, et ce sont là ses faiblesses, «marche rarement en rangs groupés» et s'entête à se situer en dehors de la politique.
Une question s'impose donc : «Quelle démocratie voulons-nous construire pour répondre aux nouveaux défis posés par la mondialisation, par le désengagement gouvernemental, par le déficit démocratique et par la croissance de la pauvreté ?» Pour y répondre, Courtemanche expose les principes politiques qu'il considère fondamentaux.
À gauche
Pas de démocratie, établit-il d'abord, sans la gauche : «L'histoire nous enseigne que tous les droits démocratiques auxquels nous tenons (capitalistes compris) ont été conquis de haute lutte par la gauche contre la droite.» Aussi, le principe de solidarité, qu'il situe aux fondements de toute communauté viable et réellement démocratique, ne saurait avoir d'autre lieu.
Maintenant, pour que cette gauche solidaire, au Québec, préside au renouveau démocratique souhaité, elle doit en finir avec l'obsession de la question nationale, qui la paralyse. «La question nationale, écrit par exemple Courtemanche dans un raccourci que je ne partage pas, a tué le PQ progressiste.» Ce à quoi il ajoute : «La gauche québécoise n'a pas d'avenir si elle pose comme prérequis à toute action sociale l'accession à l'indépendance.»
Pour être plus acceptable, cette deuxième affirmation n'en reste pas moins trop courte, tant il est vrai que la fuite en avant, à cet égard, ne me semble pas non plus une voie d'avenir. Les souverainistes progressistes, c'est-à-dire la majorité d'entre eux, ne s'accrochent pas à la question nationale par entêtement. Leur option n'est pas une lubie mais plutôt, à leurs yeux, une pièce fondamentale dans leur quête de justice, et ce ne sont pas les appels pressés de Courtemanche qui les convaincront du contraire. La souveraineté comme «prérequis à toute action sociale» ? Dans l'absolu, sûrement pas, et plusieurs souverainistes le savent qui n'attendent pas le grand soir pour s'engager à gauche. Cette mise au point étant faite, on peut donc essayer de suivre l'essayiste plus avant.
«La politique, écrit-il, c'est la rue», et il est urgent de «réconcilier la vie et la politique». Le problème actuel de la gauche tient à ce qu'elle «aime rarement ce qui est simple, le concret, l'immédiat, ce qui peut se faire ici et maintenant, préférant bien souvent les somptueux édifices théoriques, les plans complexes». De cela aussi, donc, elle devrait s'extirper afin de revenir sur le plancher des vaches.
Outre une invitation à une action syndicale concrète et en phase avec la société civile, Courtemanche en appelle surtout à une redécouverte de la participation de proximité et du sens de la communauté. C'est là que l'on vit, dans nos lieux d'appartenance premiers, que doit naître la «seconde Révolution tranquille». Si la première, celle des années 60, est venue d'en haut et que -- il le reconnaît -- «bien peu de peuples ont profité de cette chance et de cette générosité», les circonstances actuelles imposent cette fois-ci que le mouvement parte d'en bas.
Les régions
Énergique plaidoyer en faveur d'une réappropriation citoyenne de la vie démocratique locale et régionale, la thèse principale de Courtemanche, ironiquement, ressemble à un slogan adéquiste : le pouvoir aux régions. Ce qui la distingue du régionalisme de droite, c'est son insistance sur la participation citoyenne et solidaire : «Ce ne sont pas les partis, même élus démocratiquement, ni les bureaucraties mises en place par les élus qui doivent diriger, ce sont les citoyens qui doivent quotidiennement pouvoir s'exprimer sur l'organisation de leur vie quotidienne.»
La ville de Porto Alegre, au Brésil, lui sert évidemment d'exemple pour illustrer le potentiel révolutionnaire de ce repli municipal porteur de tous les espoirs démocratiques. Pour rendre possible cette révolution et enrayer le déficit démocratique actuel, il importe toutefois, insiste-t-il, d'imposer, aux niveaux municipal et régional d'abord, les principes du scrutin proportionnel et du financement électoral égalitaire.
Porteuse, à mon avis, d'une foule de régressions sociopolitiques potentielles (à ce sujet, et faute d'espace pour les reprendre ici, on me permettra de renvoyer le lecteur aux arguments que j'ai récemment développés dans «La décentralisation est l'une des idées les plus réactionnaires de l'heure», Le Devoir, 31 mars 2002), cette thèse de la décentralisation ne m'apparaît pas convaincante du tout. Bien sûr que les citoyens doivent se réapproprier la démocratie à tous les niveaux, mais il existe des domaines essentiels -- l'éducation, la santé et l'environnement, entre autres -- qui nécessitent une direction nationale (je veux dire québécoise), par ailleurs démocratiquement définie elle aussi, afin d'être gérés avec efficacité et, surtout, justice. Le contrôle local des écoles, par exemple ? Non merci, si cela comprend plus que la gestion du parascolaire. C'est l'égalité des chances qui souffrirait de l'éclatement potentiel du système scolaire contenu dans une telle proposition. En santé, le même danger existe.
Les penseurs de droite recourent, quand ils sont en panne d'arguments, ce qui n'est pas rare, à l'argument du «gros bon sens». Courtemanche, me semble-t-il, ne procède pas autrement en faisant reposer sa thèse sur quelque chose comme une sorte de gros bon sens de gauche (les défusionnistes de Westmount en sont-ils pourvus eux aussi ?) qu'il s'agirait de laisser s'exprimer dans «un engagement sinon quotidien, du moins permanent».
Cette sorte de mobilisation totale, positive parce qu'issue d'en bas, ne m'apparaît, même d'un point de vue de gauche, ni réaliste ni, à certains égards, souhaitable.
louiscornellier@parroinfo.net
La Seconde Révolution tranquille
Démocratiser la démocratie
Gil Courtemanche
Boréal Montréal, 2003, 174 pages
|


Que faire ?
|
Sovereignists' best hope is to reignite language feuds
DON MACPHERSON
The Gazette Saturday, April 26, 2003
At a news conference after a Parti Québécois meeting in Trois Rivières last January, a reporter pressed Bernard Landry on why he didn't seem to have a plan to bring about sovereignty.
Finally, an exasperated Landry blurted to the reporter, "If you have the key, I'll triple your salary."
Sometimes, PQ leaders admit to reporters something they could not bring themselves to tell their party only moments earlier.
In similar circumstances two years earlier, Landry's predecessor, Lucien Bouchard, admitted his own powerlessness. He acknowledged that the sovereignists had lost the momentum that had almost carried them to victory in the 1995 referendum and that he didn't know how to get it back. That was just before he abruptly quit politics.
Now, the sovereignty movement might finally be ready to face the truth and learn the lessons of 1995 and the years since. These lessons are that the appeals to reason in favour of sovereignty aren't nearly as effective as the emotional arguments, that a Yes vote in a referendum is essentially a negative vote against Canada and that demonstrating to Quebecers that federalism doesn't work is something only federalists can do.
That might explain why many sovereignists have all but shrugged off the PQ's defeat in last week's election and almost seem to be looking forward to being in opposition. As Landry noted this week, the sovereignty movement has made the most progress in the past while federalists were in power in Quebec.
While the PQ was in office, sovereignists unfavourably compared first Bouchard then Landry to Bouchard's predecessor, Jacques Parizeau. One difference, they said, was that Parizeau had a timetable for a referendum when he became premier in 1994.
But Parizeau didn't have to create what Bouchard later called the "winning conditions" for a referendum. They were waiting for him ready-made when he came into office, created by the federalists responsible for the Meech Lake constitutional debacle.
To Quebecers at that point, a sovereignty referendum was the logical culmination of a series of events going back several years.
The federalists have learned from their experience, and it will be a while before they're willing to consider constitutional reform. And Jean Charest's Liberals are realistic enough to realize this.
They have no high-risk agenda of constitutional reform. What they call their "constitutional" policy actually proposes only relatively low-profile administrative changes in the functioning of federalism.
So if not the constitution, is there another issue of identity, that the sovereignists can hope the Liberals will mishandle?
Well, of course there is only one and that's language, the issue that established the PQ as one of the two dominant provincial parties and the Liberals' bête noire. But the very first commitment Charest made after entering provincial politics - indeed, his only firm one for a long time - was not to touch Bill 101.
The Liberal municipal demergers promise, however, carries the risk of pitting affluent, English-speaking Montrealers against less well-off, French-speaking ones. And no government has the power to keep the language issue out of the courts; this week, the Supreme Court agreed to hear cases in which Brent Tyler is attacking the very heart of Bill 101, its restrictions on admission to English schools.
Tyler must first win his cases, in a court that has shown itself to be sensitive to the political implications of its rulings. Even if he does, the government could still shield the most important restrictions by invoking an override clause in the Quebec charter of rights. And it would probably have the support of a broad consensus in Quebec, including some non-francophones who accept the sacrifice of minority language rights in this province as the price of national unity.
But in the past, when Quebec has overriden minority rights in the name of protecting the French language, it has sent French-English relations in the country into a downward spiral. So sovereignists should be silently cheering Tyler on since he might represent whatever hope they have for an early revival of their movement.
dmacpher@thegazette.canwest.com
|


PLQ
|
Count on seeing quite a lot of Charest's grin in coming years
NORMAN WEBSTER
The Gazette Saturday, April 26, 2003
EDITORIAL - I first met Jean Charest in Toronto in the late 1980s. I was the editor of the local rag and he the youngest Ottawa cabinet minister in history. Our handlers thought it might be nice if we did lunch.
We met in a downtown hotel, where I made the interesting discovery that the homes we two had grown up in in Sherbrooke were literally down the street from each other. Another discovery, when I did the math, was that I had left Sherbrooke for the big wide world when he was, er, 4. Suddenly, I felt very old.
The main memory of that lunch was the irrepressible good cheer of Jean Charest. It was a time when members of the Mulroney government were getting into trouble, taking a public lashing and moaning about the horrible burdens of office.
Yet here was this sunny young man saying he had the best job in the world - living in Ottawa with his family, representing the folks back home in Sherbrooke and flying around the country getting to know Canadians. He just couldn't have been happier.
Want to know what he looked like? Pick up any newspaper these days and check the smiling photos of Quebec's premier-designate. After a decade and a half of political ups and downs, the Charest grin is again at full stretch.
We'll be seeing quite a lot of it in the years ahead. Sure, there will be bad days and thorny decisions, but I don't think they will change the essential, essentially positive Charest. This is a man comfortable in his skin, as the saying goes, with solid Eastern Townships roots, strong family support, a playful wit and the good sense not to take himself too seriously.
He might be knocked off stride from time to time, as we all are, but he will not be knocked out of character. He will not turn sour.
We'll learn more about Charest as the months in office go by. We learned quite a bit during the recent election. Not that he is the best pure campaigner in the country - we already knew that - but that he is both more assiduous and harder-hitting than previously thought.
Those years touring the boondocks really did make a difference. When the real campaign began, Charest showed remarkable command of the many complicated dossiers of Quebec regional politics. He knew his stuff.
He was also ruthless when it counted, blindsiding Bernard Landry during the leaders' TV debate with Jacques Parizeau's further musings about money and ethnic votes. A rattled Landry never recovered.
More than just a turning point, the debate proved to be a true tipping point, one of the few that genuinely alter outcomes. It goes into the books alongside such duels as Kennedy-Nixon in 1960 and Mulroney-Turner in 1984.
Note that Charest didn't "win" because he was more glib or had a better haircut; these would be poor reasons for choosing a leader. Nor was it just because he lobbed Old Uncle Jacques, the relative who keeps embarrassing the family by getting into the gin at reunions, into Landry's lap without warning.
No, more than that, what the debate revealed was that Charest was an informed, tough, at times passionate politician, very much up to the task of being premier ministre du Québec.
The previous portrait of a shallow, white-bread brother-in-law who never quite cuts it at family parties fell away. Suddenly, Charest was cruising as the capable, thoughtful leader of a team ready for power. The transformation in image was remarkable.
Now, on to government, and an approach that should take us back to the years of Jean Lesage. There will be much "reinventing of Quebec" provincially and some challenges to Ottawa nationally. No surprises there. Quebec wants more money; all the provinces want more money; what's new?
The important thing is that, at the end of the day, Quebec will not be threatening to walk if it doesn't get its way. Our premier will confine himself to the conventional weapons of bluster, leverage and sweet persuasion; the nuclear weapon of Referendum-Sovereignty-We're Outta Here will stay stored away, in a deep, firmly locked silo.
Result: Not only will we all breathe easier, but we'll be able to tackle our problems in coming years as Canadians, together, without embittering threats and ulterior motives. With luck, it'll be a Canada to bring that smile of springtime to the lips of Jean Charest.
Who knows? He might want to lead it himself some day.
Norman Webster is a former editor of The Gazette.
|


médias
|
Al-Jazeera contravenes Canada's core values
Keith M. Landy
National Post Saturday, April 26, 2003
Canadian cable companies have applied to the Canadian Radio-television and Telecommunications Commission (CRTC) for a licence to broadcast al-Jazeera, the Qatar-based Arabic-language TV network. The Canadian Jewish Congress (CJC) strongly opposes these applications because al-Jazeera offers programming that is virulently anti-Semitic and racist and likely to contravene Canadian law.
The CJC can only speculate that the licence applicants either do not know of the network's troubling underside or are ignoring it. But let's be clear: al-Jazeera's programming characterizes Jews in repugnant and gutter-like language ("apes and pigs" are favoured references), threatens Jewish rights and physical security, affirms Holocaust denial and supports and glorifies suicide bombings.
Al-Jazeera, Osama bin Laden's bullhorn to the world, has served virtually as the exclusive source for his statements, including expressions of abhorrence for Jews and Judaism. His umbrella terrorist group is the "International Islamic Front to confront Jews and crusaders" (1998 interview); U.S. reaction to the Sept. 11 attacks is a "new Jewish crusade" (on-air letter, Sept. 23, 2001); U.S. government officials are "agents of the Jews" (audio tape, October, 2002), who are "murderers of the prophets ... violators of agreements ... usurers and whoremongers...." (sermon carried March, 2003).
The Opposite Direction, a two-hour weekly show moderated by al-Jazeera's Faisal Al-Qassam, on Jan. 22, 2002, wondered whether bin Laden was good or bad for Islam. A Saudi cleric, arguing in the affirmative, described Jews as "the most despicable people ... worms ... all evil," blaming them for 9/11 and calling on the United States to "get rid" of them.
Al-Qassam himself, on July 10, 2001, asked: "Who hurt Israel and achieved the first victory in modern Arab history, if not the Islamic Jihad movement? The heroic Hezbollah in southern Lebanon is a popular movement. 'Hezbollah' is a beautiful, mighty name, and as many have said, it succeeded in expelling the Zionists from southern [Lebanon] like dogs -- my apologies to the dogs ..."
An episode on May 15, 2001, asked: "Is Zionism worse than Nazism?" An e-mail read on-air noted: "God ... will not be deterred unless there is a true holocaust that will exterminate all of them [the Jews] at once ..." while the infamous French Holocaust denier Robert Faurisson, who twice testified in Canada on behalf of Ernst Zundel, participated via telephone. Not incidentally, another al-Jazeera show, Without Borders, in November, 2002, interviewed the notorious U.S. white supremacist David Duke.
Sheikh Yousif al-Karadawi, host of the weekly program Sharia and Life, is the suicide bombers' champion. A close disciple and sometime stand-in denied the Sheikh "incites" young people to suicide terrorism. Rather, he stated, the Sheikh "motivates them" to perpetrate these acts (CBC's Disclosure, April 1, 2003).
In Canada, individuals identified by such characteristics as race, religion and ethnic origin are protected by Section 8(1)(b) of the Broadcasting Distribution Regulations from "any abusive comment ... that tends to or is likely to expose" them to "hatred or contempt" and by Section 319(2) of the Criminal Code from any communication that "wilfully promotes hatred."
The Criminal Code's Section 318(1), which prohibits the advocacy of genocide, also is relevant in this case. In fact, provisions of the recent Anti-Terrorism Act might well be contravened by al-Jazeera coverage (when news reporting and analysis give way to support and unfiltered messaging) of al-Qaeda, Hezbollah, Hamas and Islamic Jihad -- all organizations the government of Canada has placed on its list of banned terrorist entities. Allowing al-Jazeera on Canadian airwaves will ensure regular breaches of these statutes.
Canadians are defined by a set of core values, among them the inherent dignity and security of the person, pluralism, social harmony and cohesion and civility in public discourse. Al-Jazeera programming runs afoul of precisely these values and the body of jurisprudence Canada has developed to safeguard them.
As a long-standing policy, the CJC has supported the promotion of ethnic television stations that, in their own languages, serve our country's various communities and reflect Canada's commitment to multicultural diversity. Our opposition to al-Jazeera, therefore, has nothing to do with conflicting points of view or "undesirable" material. It has everything to do with opposing anti-Semitic hatred, affirming Canadian values, respecting Canadian law and upholding the Canadian public interest.
Keith M. Landy is national president of the Canadian Jewish Congress
|


Élection 2003
|
Sighs of Relief Greet Quebec Separatists' Defeat
SHELDON GORDON
(New York Times, USA) APRIL 25, 2003
MONTREAL - As they observed Passover last week, many members of Montreal's 100,000-strong Jewish community were also celebrating what some called a liberation of another sort: the defeat in provincial elections of the nationalist Parti Quebecois, which had been trying since 1994 to promote Quebec's secession from Canada.
The Parti Quebecois, or PQ, was ousted April 14 after two stormy terms in office by the federalist-minded Liberal Party, which won 76 seats in the 125-member provincial legislature to the PQ's 45. The remaining four seats were won by the conservative Parti D'Action Democratique. The Liberals were supported by an overwhelming majority of the province's Jewish voters, and their victory clears the way for what many Jews believe will be a healthier investment climate and less punitive enforcement of laws favoring the French language.
An improved economic and political climate, in turn, is likely to stanch the steady exodus of young Jews from Quebec, Canada's second-largest province, and might, optimists suggested, prompt the return of some Jews who previously migrated to Toronto or the United States.
"For the community, it's a fantastic thing," said Mel Hoppenheim, a prominent Montreal businessman. "I think the new government will be incredibly tuned in to our situation. They realize the importance that we play in this province."
Hoppenheim predicted an inflow not only of investment capital but also of expatriate Montreal Jews. "I think people were paranoid [about investing in Quebec]. I think our youngsters will be coming back slowly. I've already spoken to a few in Toronto, and they miss Montreal."
Leaders of Jewish organizations were more circumspect in their comments, emphasizing that the Jewish community maintains "good working relationships with all political parties in Canada," in the words of Joseph Ben-Ami, communications director of B'nai Brith Canada.
The caution masked deep feelings, however. Most Jews are "staunch federalists, can't stand the PQ and are delighted whenever they're out of power," said Harold Waller, a McGill University political scientist. "In that sense, this is a tremendous accomplishment and people are very pleased with the outcome."
But he was less certain it would reverse the "steady outflow" of Jews that has occurred since the PQ first came to power in 1976. "A lot of people made a judgment that they didn't want their lives held captive to the whims of the PQ and the voters of Quebec. That concern has been lifted, for the moment, but it's only one election. There are other elections down the road, and who knows what's going to happen."
Quebec's Jews, largely Ashkenazic and English-speaking, have had a turbulent relationship with the PQ since its founding in 1968. Though founding party leader Rene Levesque was viewed as a liberal with good ties in the Jewish community, many were wary of his followers' roots in Catholic Quebec's antisemitic past and feared the movement's links to third world liberation groups. When the PQ came to power in 1976, it enacted draconian French-language laws that helped prompt an exodus of an estimated 30,000 Jews to Toronto and the United States during the ensuing decade, reducing the Montreal community to Canada's second largest for the first time. The exodus slowed after 1980, when a PQ-sponsored referendum on secession failed. The party was turned out of office in 1985.
The party returned to power in 1994, and it sponsored another secession referendum a year later, which narrowly failed. The defeat led to the resignation of party leader and provincial premier Jacques Parizeau, who was accused of racism after he publicly blamed the defeat on "money and the ethnic vote."
Parizeau's successor, Lucien Bouchard, resigned in 2001 following an incident in which he denounced a PQ political candidate who had cast doubts on the Holocaust and had claimed that Jews were always whining about their lot in life.
Bouchard's successor, Bernard Landry, who was defeated last week, also went out of his way to maintain good relations with the Jewish community. "He has always had our welfare at heart," said Joseph Gabay, chairman of the Canadian Jewish Congress, Quebec Region. "After September 11 he called me personally, gave me his cell-phone number and offered his assistance to the Jewish community whenever we needed it."
Still, the contrast between the PQ leadership and the new premier-elect, Liberal Party leader Jean Charest, could not be greater, Jewish observers say. A youthful, curly-haired, perfectly bilingual politician from Sherbrooke in the Eastern Townships, Charest, 44, is the least nationalistic Quebec leader since the 1960s, said Waller, and has made "a very favorable impression" on the Jewish community.
As guest speaker at a Jewish National Fund dinner in 1999, Charest praised Montreal Jews for their integration into both the English-speaking and French-speaking communities. Their "attachment" to Israel, he said, is not a "contradiction of their attachment to Montreal, Quebec and Canada," because being Canadian embraces this sort of multiple identity.
Quebec Jewry has become increasingly French-speaking in recent years thanks to an influx of French-speaking Sephardic Jews from North Africa, who now number about 20,000, or one-fifth of the community. Still, most Jews, including most Sephardim, remain suspicious of the ethnocentrism that is seen as fueling much of the PQ's support. The party won 33% of the popular vote last week to the Liberals' 46% and Action Democratique's 18%.
Many observers caution against exaggerating the importance of the PQ's defeat. Far from being "a nail in the coffin of separatism," the election outcome might be a "last chance" for federalists to convince the French-speaking majority that Quebec can flourish within Canada, said Montreal attorney Steven Slimovitch, national legal counsel for B'nai Brith Canada.
Referring to former Montreal Jews who traveled Highway 401 to Toronto, Slimovitch said: "A lot of these '401ers' took that road because of restrictive language policies, because of the economy. It's a big decision to leave your home and establish yourself somewhere else. You don't take the decision to come back lightly. Their bags weren't packed waiting to see the results of the election."
The Liberal victory may mean a less heavy-handed approach to the language laws. Although no one expects a retreat from the dominant status of French as the language of the workplace, there may be a more relaxed attitude toward the use of English alongside French on commercial signs.
Meanwhile, Charest's pledge to reduce taxes, coupled with the prospect of more investment in Quebec, could make more money available to support Jewish community services. "It all starts with funding," said Hoppenheim, a past chair of Montreal's Combined Jewish Appeal, who noted that Montreal Jews raise more money per capita than any other community in North America.
The Jewish Telegraphic Agency contributed to this report
|


Élection 2003
|
Vive le Québec canadien Canada's French-speaking province has for once elected a leader who is not pro-independence, writes Anne McIlroy
The Guardian (London, UK) Monday April 21, 2003
For the first time in almost a decade, Canadians can breathe a little easier about Quebec. There will not be another referendum on the primarily French-speaking province separating from the rest of the country for at least four years.
That is because the Liberal party leader, Jean Charest, won a convincing victory over the separatist Parti Québécois in last week's provincial election.
The PQ came within a whisker of winning a referendum on sovereignty in 1995 and had refused to rule out another vote on the province's future. Mr Charest has relegated them to the opposition benches, where they can continue to try to build support for an independent Quebec, but will not have the power to call another vote on Quebec's place in Canada for four years.
Not only that, but the new premier is probably more pro-Canada than any Quebec leader in recent memory.
"I believe we will demonstrate that this federation can work more effectively," he said the day after his victory. "My approach is going to be different from that of any other premier in the past, including Liberal [ones]."
In the past, Liberal party premiers have sought to satisfy the nationalist yearnings of many Quebeckers by pushing hard for new powers that would give the province more control over its own affairs.
Mr Charest has made it clear there will be no new constitutional demands from Quebec, no "knife to the throat" of the rest of Canada, as the Liberals have described their strategy in the past.
The victory was especially sweet for Mr Charest, who in the months before the election had dropped to third place, behind the then Quebec premier, Bernard Landry, and Action Démocratique du Québec, an upstart third party that was ambiguous on the sovereignty issue. The ADQ threatened to split the federalist vote in the province and hand Mr Landry a victory.
It seemed that Quebeckers still did not quite trust Mr Charest, who quit as leader of the Progressive Conservative federal party after the 1995 sovereignty referendum to jump to provincial politics and lead the Quebec Liberals, the federalist party in Quebec.
It was a move the native Quebecker had made reluctantly. But his passionate defence of Canada had made a difference in the 1995 campaign and he was under enormous public pressure to return home and do his part to keep Quebec in Canada.
Mr Charest is fluently bilingual, and grew up in a part of the province where French and English-speaking Quebeckers live side by side.
After losing the 1998 election, he spent weeks touring the remote regions of Quebec, and slowly began winning the confidence of voters, who feared he would neglect their interests. He was able to convince voters he was one of them.
He ran a solid campaign, and was able to capitalise on the fact that voters were ready for change. Polls show that support for sovereignty is fading, that Quebeckers are tired of fighting about their political future, and that they did not want another referendum, a possibility Mr Landry would not rule out.
The ADQ was woefully unprepared for the campaign. Its support dropped dramatically throughout the campaign. In the end, surprisingly, the ADQ hurt the PQ more than the Liberals, attracting disgruntled voters who had supported the sovereigntist party in the past.
Mr Charest's victory was savoured by the Canadian prime minister, Jean Chrétien, who badly underestimated the sovereigntists in the 1995 campaign and as a result, came close to losing the country. After that near disaster, he took a much tougher approach to Quebec's traditional position that it alone would decide he conditions for its sovereignty. The strategy appears to have paid off.
As Mr Chrétien prepares to retire, the separatists are firmly in retreat, at least for now. No wonder he described Mr Charest's win as the cherry on his sundae.
|


Élection 2003
|
Le rêve souverainiste mis entre parenthèses La défaite de Bernard Landry révèle la lassitude des Québécois.
Carole Duffrechou
Libération (France) mercredi 16 avril 2003
«C'est une très bonne journée. Et la confirmation que la menace de la séparation a disparu.» Jean Chrétien, Premier ministre libéral du Canada
A l'annonce de l'élection de Jean Charest à la tête du gouvernement québécois, le premier ministre libéral du Canada n'a pas caché sa satisfaction. «En tant que fédéraliste venant du Québec, je trouve que c'est une très bonne journée, s'est réjoui Jean Chrétien. C'est la confirmation que la menace de la séparation a disparu.» Jean Chrétien n'était pas le seul à voir dans la défaite du Parti Québécois (PQ) l'essoufflement des ambitions indépendantistes de cette province, francophone à 80 %. En optant pour un gouvernement libéral qui mettrait entre parenthèses le projet de souveraineté, la population québécoise a montré qu'elle souhaitait mettre un terme, au moins de manière provisoire, à l'éternel débat constitutionnel.
Message d'espoir. C'est un coup dur pour la cause souverainiste, mais aussi pour Bernard Landry qui, à 66 ans, voit s'écrouler son rêve de réaliser la souveraineté de sa province d'ici à 2 005. Lundi soir pourtant, c'est plein d'espoir que le chef du PQ a lancé un message aux militants de la cause indépendantiste. «Il faut que nous continuions à faire avancer le Québec vers un statut de pays complet et reconnu. »
Loin de remettre en question l'article premier de la plate-forme du parti sur la réalisation de la souveraineté, le futur chef de l'opposition entend profiter de ces prochains mois pour renouveler la réflexion du Parti Québécois sur ce qui est sa raison d'être. Le Premier ministre sortant a salué ses partisans avec un «A la prochaine !»
Non à l'indépendance. La souveraineté n'a pourtant pas été au coeur de la campagne électorale. Après deux référendums qui ont vu la victoire du non à l'indépendance (en 1980 et 1995), et avec des Québécois qui, à plus de 50 %, ne veulent pas entendre parler de nouvelle consultation sur le sujet, Bernard Landry était resté prudent. Mais la semaine dernière, en baisse dans les sondages, soucieux de s'assurer le vote de ses militants, Bernard Landry a remis sous les projecteurs son plan de transition vers la souveraineté et vers une union confédérale avec le Canada.
Vendredi, il a haussé le ton et prévenu qu'il existait des «risques énormes» à mettre l'option souverainiste en veilleuse. «Avec Jean Charest, la question nationale est en panne. Un peuple ne peut pas rester en panne. (...). Il faut qu'il avance vers son destin.» Hier, de nombreux péquistes refusaient de voir dans la défaite électorale la mort de l'option souverainiste. L'ancien ministre, Guy Chevrette, regrettait ainsi que cela en retarde l'aboutissement, mais avançait que cela permettrait au parti de se restructurer : «Il est plus facile de se mobiliser pour la souveraineté quand on n'est pas au pouvoir.»
Préoccupation essentielle. Reste que l'impact de ce «retard» sur le moral et la motivation des militants, élément fondamental pour la suite du projet souverainiste, est encore aujourd'hui impossible à mesurer.
Signe que la place de la province francophone dans la confédération canadienne reste quand même une préoccupation essentielle des Québécois, Jean Charest a déjà prévenu Ottawa que «le Québec se mêlera de toutes les discussions canadiennes qui touchent l'intérêt des Québécois».
|


Élection 2003
|
Quebec Result: Solidly for Canada
CLIFFORD KRAUSS The New York Times (USA)
April 16, 2003, Wednesday
During his failed provincial election campaign, Premier Bernard Landry predicted that Quebec would become a sovereign state within 1,000 days after his victory.
He never promised to hold a referendum or explained how Quebec would leave Canada and become independent. Still, the separatist threat was out there, just as it has been for the last 40 years of tumultuous elections, marches, family spats and even a spurt of terrorism in 1970 that led to martial law.
But on Monday, Mr. Landry and his Parti Quebecois were buried in a landslide by Jean Charest, the Liberal leader who led the antisovereignty forces to a razor-thin victory in a 1995 referendum.
The Liberals won 45.9 percent of the vote, with the Parti Quebecois gaining 33.2 percent and the center-right Action Democratique du Quebec trailing with 18.2 percent. More important, after nine years of separatist control, the Liberals will have solid control of the so-called National Assembly that selects the provincial government.
"The 1,000 days was perhaps a little short," Mr. Landry said in his concession speech on Monday night. Now, "we have a few thousand days to convince our compatriots."
The wait will certainly last Mr. Charest's full term of four to five years, but it could stretch an entire generation or maybe more. The demographics appear to be moving against the Parti Quebecois.
About 10 percent of the voters in Quebec are now immigrants from Eastern Europe, Africa, the Caribbean and Asia who feel little sympathy for the nationalistic strivings rooted in Quebec's French colonial past and conquest by British forces in the mid-18th century. With the birthrate plummeting, immigrants are bound to make up a growing segment of the population.
Meanwhile, the old passionate disputes between English speakers and French speakers, which for so long divided Montreal, have subsided as people have become increasingly bilingual and more Francophones marry Anglophones.
Hundreds of thousands of the most recalcitrant English speakers left the province in the 1970's and 1980's, damaging the economy but leaving behind a generation of Anglophones more willing to speak French and accept a new social order.
Today, surveys show that as many as 50 percent of the Anglophones support language laws enacted during the last 30 years to assure that most immigrants learn French and that French is the most prominently displayed language on commercial signs.
"People are fed up with the debate, tired of the issue of 'are we in or are we out,' " said Alain Gagnon, director of Quebec studies at McGill University.
Mr. Charest exploited that fatigue by telling voters they could either choose a government that would aim for sovereignty or one that would ease the long waiting lines for health care services.
Mr. Charest's improved performance over his failed run in 1998 was partly based on increasing his total of Francophone voters. But he was also helped by the emergence of the Action Democratique du Quebec, which took many of the Francophone votes from Mr. Landry.
Led by Mario Dumont, who helped lead the pro-sovereignty forces in 1995, the center-right party pledged to put off referendums for the foreseeable future while pushing a conservative agenda of budget-cutting, school vouchers and partial privatization of health care.
Still, many political scientists caution that the Parti Quebecois lost in landslides in 1985 and 1989, only to return to power in 1994 to pursue another referendum campaign. "Every time people say sovereignty is dead, it always comes back," said Guy Lachapelle, a political scientist at Concordia University in Montreal.
Mr. Charest based his campaign on the promise that he would improve health care by getting more aid from Ottawa, training more doctors and nurses, and allowing public hospitals to award contracts to private clinics and laboratories without increasing expenses for patients.
But given that there are long waiting lists for medical procedures across Canada, and the federal government says it has limited resources for health care, Mr. Charest may have created expectations that will be hard to satisfy. The Parti Quebecois will be there to offer other options.
But for now, at least, the new Quebec government will be solidly federalist.
"Quebec's leadership will make Canada a stronger place," Mr. Charest said in his victory speech. "It's not only Quebec that starts to change tonight, it's also Canada."
http://www.nytimes.com
GRAPHIC: Photo: The Liberal leader, Jean Charest, celebrating with supporters in Montreal after winning a landslide victory. (Agence France-Presse)
|