TRIBUNE LIBRE
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Le 14 avril 2003...
Guillaume Ducharme
Membre du Parti Québécois
TRIBUNE LIBRE - dimanche 27 avril 2003
La scène était quasi-biblique : à mesure que les urnes révélaient leur implacable verdict, les éléments de la nature ne cessaient de se déchaîner. Le tonnerre, les éclairs, les rafales de vents qui se sont abattus sur le Québec semblaient avoir été attisés par la prise de conscience horrible et intolérable que plus rien ne sera comme avant au Québec. Désormais, c’est un Québécois d’Ottawa, authentiquement et résolument fédéraliste, qui mène les destinées de notre nation.
Les militants sincères, ceux qui n’ont eu d‘autre volonté que de voir le Québec accéder à sa pleine indépendance n’ont pas, en cette soirée, le cœur à trouver de petites victoires morales dans ce flot de résultats négatifs. Évidemment le Parti Québécois n’est pas écrasé. Évidemment nous allons former une opposition forte, sérieuse et souverainiste, mais le problème, c’est que nous ne sommes plus en mesure de faire l’histoire. Désormais, nous ne pouvons que subir les décisions d’hommes et de femmes aux idées et projets diamétralement opposés aux nôtres. Certains ont peut-être songé à ces 1000 jours, à Buenos Aires, à cette échéance promise qui vient de s’éloigner brutalement de nous. Cette quête que nous avions entreprise ensemble et qui devait nous mener à cette Terre promise qu’est la souveraineté s’est brutalement arrêtée à la première étape intermédiaire, celle des 300 jours. C’est le souffle coupé net que nous devons nous rendre compte aujourd’hui que cette entreprise folle qui nous était proposée par notre chef, faire la souveraineté du Québec en 1000 jours malgré le marasme de nos troupes, était vouée à l’échec.
Cadenassé par les insatisfactions populaires normales d’une fin de mandat, entravé par la division stérile des forces souverainistes, gêné par le manque de foi évident de plusieurs de nos dirigeants, embarrassé par les limites de la rectitude politique, notre projet national n’avait, dans ce contexte, guère de chance de réussir. Plusieurs militants s’étaient bien rendu compte que quelque chose n’allait pas, mais pour ne pas gêner la stratégie du chef et du Parti ils ont préféré se taire et travailler de bonne foi à sa réussite.
Lorsque le chef donne la direction à prendre, il n’y a guère de place pour la dissidence, la critique et même le doute. Il est de notre devoir de militant souverainiste de tout mettre en oeuvre pour atteindre notre objectif, même si les moyens utilisés nous semblent impropres ou imparfaits. L’histoire nous apprend qu’en temps de guerre (s’il est possible d’utiliser cette expression en ce contexte) l’unité derrière le chef est toujours la voie la moins risquée et la plus prometteuse de réussite.
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Que faire cependant lorsque, par la force des choses (et de l’électorat), notre mouvement a été mis hors combat ? Que faire lorsque le peuple choisit librement d’écarter notre formation politique au profit d’une autre ? La réponse est évidente : profitons de cette période pour revoir ensemble ce qui n’a pas fonctionné. Profitons de cette période à l’opposition pour discuter librement de notre projet et des moyens à prendre pour le voir se réaliser. Jamais nous n’avons souhaité que le Parti Québécois retourne dans l’opposition, mais comme nous y sommes rabattus, ne laissons pas passer cette «chance» que nous avons de «revisiter» notre projet national.
Plusieurs analystes ont déjà commencé à énoncer certaines théories concernant la défaite électorale de notre parti. Josée Legault, bien connue des milieux souverainistes, jette déjà le blâme sur la faible promotion de l’option nationale pendant la campagne électorale. Son discours est bien connu et il faut déjà entendre les conseillers et les faiseurs d’images de tout acabit nous affirmer que faire la promotion de l’indépendance en temps de campagne aurait été suicidaire dans le contexte actuel. Il est possible d’y croire, à condition que l’on explique comment la souveraineté, une idée qui obtient de 7 à 11 points de plus que le PQ dans les sondages, pourrait nous causer du tort si nous la mettions de l’avant.
Pierre Drouilly, le grand spécialiste des sondages d’opinion, avance pour sa part, pour expliquer la défaite péquiste, que nos supporteurs habituels ne sont pas allés voter le 14 avril. Le faible taux de participation aurait, toujours selon Drouilly, contribué à faire chuter nos appuis de plus de 10%. Encore une fois, une question doit être posée aux conseillers qui ont mené de main de maître cette campagne électorale : comment se fait-il que les enjeux électoraux que vous avez définis de «prioritaires» pour les Québécois n’ont pas suscité un appui et une participation plus élevée au scrutin ?
La période de 5 ans qui s’ouvre à nous aujourd’hui sera une occasion pour les militants de revoir les idéaux qui animent notre parti, l’attachement que nous avons envers le projet souverainiste ainsi que la façon que nous avons de choisir nos priorités électorales.
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TRIBUNE LIBRE
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L'Outaouais mérite ce qu’il y a de meilleur
Raphaël J. Déry
Candidat défait du Parti Québécois de Hull
Président du Comité des Jeunes du Parti Québécois, région de l’Outaouais
Raphael.crjo.pq@iquebec.com
TRIBUNE LIBRE 27.4.2003
À titre de candidat défait du Parti Québécois dans Hull, je tiens à féliciter sincèrement les candidats du Parti Libéral qui se sont faits élire dans les cinq circonscriptions de la région.
J’ai tout de même été très inquiet du niveau de participation de la population : des 48 987 électeurs inscrits dans Hull, seulement 28 640 d’entre eux se sont rendus voter le 14 avril dernier.
Il ne faut cependant pas croire que les absents de ce scrutin auraient nécessairement appuyé la formation politique que j’ai défendue; je ne cherche définitivement pas à excuser cette défaite que j’assume pleinement et à laquelle nous avons amplement le temps de penser.
Toutefois, j’estime qu’il est impératif de comprendre le peu d’enthousiasme qu’a suscité notre démocratie le 14 avril dernier pour que seulement 58% des électeurs inscrits décident de se prévaloir de leur droit de citoyen, celui de voter.
Les candidats de la région ont décrit, à mon humble avis, les enjeux du scrutin et ont dévoilé les grandes lignes de leurs orientations politiques. Malgré le cynisme habituel de la population envers ses politiciens, je crois que ces derniers ont fait, pour la plupart, leurs devoirs.
Dès le déclenchement de l’élection, rares étaient ceux et celles qui ne pouvaient pas prédire les résultats démocratiques en Outaouais, et ce, à mon grand désarroi! Une des hypothèses à laquelle je crois, c’est que beaucoup de citoyens, de toute allégeance, ont cru que leur vote ne changerait rien à l’irréversible. Le défi est donc très simple : donner une valeur à chaque vote pour qu’aucun ne soit perçu inutile à l’issu du scrutin. Mais aussi, le Parti Québécois devra s’afficher davantage et présenter, pour l’Outaouais, ses envies et désirs.
Parce qu’il existe des souverainistes en Outaouais. J’ai le bonheur d’en faire partie et de les côtoyer : ils sont retraités de la fonction publique, ils sont étudiants à l’Université d’Ottawa ou au Québec, ils sont entrepreneurs, ils sont travailleurs de la construction ou au McDonald’s. Au fait, en 1995, près d’une personne sur trois était souverainiste dans la circonscription de Hull.
Le projet souverainiste est perçu chez plusieurs personnes comme ayant beaucoup d’inconvénients dans la région, des inconvénients auxquels on demande des garanties, alors qu’à l’inverse, la souveraineté aura tant d’avantages pour l’Outaouais : essentiellement, celui d’affirmer le caractère autonome et métropolitain de Gatineau, l’actuelle banlieue d’Ottawa.
En tant qu’étudiant en droit à l’Université d’Ottawa, je n’ai donc aucune peur du projet souverainiste et l’ensemble de nos militants régionaux veulent développer l’Outaouais, tout en gardant d’excellentes relations avec Ottawa. Je trouve regrettable que certains emploient la peur comme outil de propagande contre la création du pays du Québec.
Ceci mentionné, le Parti Québécois ne pourra attendre la prochaine élection pour s’inscrire comme une véritable alternative au Parti libéral du Québec. Je lance à l’ensemble des sympatisants de l’Outaouais un message sincère et criant : offrons à nos concitoyens un beau choix pour l’avenir, et ce, dès maintenant.
Pour ma part, je veillerai à ce que nos élus récemment confirmés députés respectent leurs commettants et proposent des projets positifs pour la création d’emplois, pour aider nos plus démunis et nos jeunes familles. D’ailleurs, je déplore déjà l’attitude d’un député qui, suite à un excès de confiance, s’est permis d’injurier ses adversaires et s’est accordé un moment de détente en pleine campagne électorale... en refusant des invitations de débat. Cet homme se reconnaîtra et devrait retenir les conseils de ses collègues qui ont tout de même fait campagne dans leur circonscription malgré la tradition libérale régionale. Ce comportement anti-démocratique du député de Gatineau mérite des ajustements urgents et s’ils ne proviennent pas de ses électeurs, j’espère que Jean Charest s’en chargera.
Les initiatives positives mériteront cependant notre appui. Le Parti Québécois est là pour la population outaouaise et c’est pour elle que nous devrons unir nos voix quand les débats nous le permetteront.
Enfin, nous formerons sous peu un comité de citoyens qui veillera à la défense des intérêts régionaux par nos députés, et nous serons sans scrupules parce que nous sommes d’avis que l’Outaouais mérite ce qu’il y a de meilleur.
Vous pouvez compter sur nous!
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Intégration
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Taking the best of both worldsLife here is an east-meets-west balance
SUSAN SEMENAK
The Gazette Sunday, April 27, 2003
Asha and her husband Govind Saxena: "Our family has grown, integrated and done well." Originally from India, their sons were raised in Montreal and both are engineers, having graduated from McGill.
Asha and Govind Saxena found each other through an advertisement Asha's father placed in the Hindustan Times. They met for an hour under the watchful eyes of relatives in her family's living room in Lucknow, India, and were married a month later.
But that was nearly 30 years ago and a continent away. The Brossard couple still hold fast to their Indian culture and Hindu religion, but they have no illusions of arranging their own sons' marriages.
Like most of the 58,000 Montrealers with roots in South Asia, family life here is an East-meets-West balance.
"Our family has grown, integrated and done well. We have told our children: Take the best of both worlds," said Asha Saxena, who greets guests to her spacious Brossard home in a traditional gold and burgundy tunic and pants called a salwar kameez, but wears business suits to work.
"We have changed a lot in our thinking and our outlook. Now, I'm a Montrealer first and an Indian second."
Their own sons, Gautam, 26, and Amitabh, 24, grew up in two cultures. They speak English, French and Hindi. Gautam, a computer engineer, currently lives in Washington, D.C., his younger brother is a mechanical engineer working in Uganda.
"We live in a global community, our sons are examples of this," says Govind, a Dawson College physics professor who came to Canada from India in 1962. "And there is real hope now, with a change of government in Quebec that the province will be less inward-looking than previously."
The South Asian community, too, is more open, says Govind, as a new generation of Montreal-born children of Indian, Pakistani, Sri Lankan and Bangladeshi immigrants come of age. For instance, Govind points to interfaith and intercultural marriages within the community - unions that would have been taboo a generation or two ago.
"We see Hindus marrying Christians and Muslims and Jews. We see people changing religions," Govind said. "The community is more accepting of change now."
The process is not always easy. Asha is a firm believer in the family-centred values with which she herself was raised. She gave up a career in law when she came to Canada and stayed home when her boys were small. But she has since returned to school and forged a new career for herself as a teacher of accounting and computer applications at Shadd Business Centre in Notre Dame de Grâce.
Still, she admits her happiest moments are those spent in the company of her husband and sons on their visits back home.
She recalls the awkwardness she felt discussing girls and dating with her boys.
"Bringing a girl home? I couldn't think of those things," she said. "But we talk a lot now. Dating doesn't seem foreign anymore. Even getting married to someone from another culture would not be as shocking as it would have been."
Govind says he and his wife sometimes feared their sons would resent their strict, traditional upbringing, where education and family came first. But at the couple's 25th wedding anniversary recently, the boys paid their parents the ultimate tribute: in their speech at the reception they spoke of their desire to raise their own children the way Asha and Govind raised them.
ssemenak@thegazette.canwest.com
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Que faire ?
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Le PQ dans l'opposition : Parizeau propose son plan d'attaque
Carl Thériault
Le Soleil - dimanche 27 avril 2003
Rimouski - Dans un discours fleuve d'une heure, l'ex-premier ministre du Québec Jacques Parizeau a proposé hier à Rimouski aux militants souverainistes un vaste plan d'action pour les quatre années d'opposition du Parti québécois avec pour objectif de définir un vaste projet de société d'un Québec souverain.
À sa première sortie publique depuis l'élection du nouveau gouvernement libéral à Québec, Jacques Parizeau s'est excusé, sur un ton plutôt humoristique, "à l'avance vis-à-vis des journalistes. Je ne parlerai pas, vous savez, de l'argent, et...", une observation saluée par la centaine de membres de la Société nationale de l'Est du Québec réunis en assemblée générale à l'Institut maritime du Québec.
Le Bloc québécois sera amené, dans le contexte créé par la défaite du Parti québécois, à jouer un "rôle absolument crucial", a dit l'homme politique, autant pour la reconstruction de l'idéal souverainiste que pour le nouveau gouvernement libéral de Jean Charest. "La prochaine étape pour nous, c'est l'élection du Bloc, qui sera même utile pour M. Charest. S'il faut qu'une majorité de députés libéraux du Québec rencontre une majorité de députés du Québec élus à Ottawa, nous allons entrer dans une période bien paisible. Jamais le Bloc n'aura eu un rôle aussi essentiel à jouer. C'est le rempart ultime."
L'ex-président du Parti québécois s'est référé aux années qui ont précédé la prise du pouvoir des souverainistes en 1994. Pour lui, le Parti québécois doit largement dépasser son rôle d'opposition officielle à l'Assemblée nationale.
"Être une bonne opposition à l'Assemblée nationale, cela va de soi. Le Parti québécois demeure le seul instrument crédible pour faire la souveraineté. Mais nous disposons de quatre ans. Qu'est-ce qu'on fait ?", a lancé Jacques Parizeau.
L'ex-premier ministre a commenté une foule de sujets, dont le choix d'un régime politique, la mise à jour des études sur la souveraineté, le partage des dettes et de l'actif fédéral, la fiscalité, le mode de scrutin, la décentralisation des budgets et des pouvoirs d'un Québec souverain, le Code criminel, la justice et l'armée québécoise...
L'ex-ministre des Finances sous René Lévesque souhaite même une sorte de nouveau budget de l'an 1 en fusionnant la partie québécoise du budget fédéral avec ses surplus et celui, équilibré, du Québec.
Jacques Parizeau demande aussi que les souverainistes définissent le contenu de l'union confédérale qui serait proposée au Canada. "Je ne suis pas plus enthousiaste de l'union confédérale que du partenariat, mais encore faut-il définir de quoi il s'agit comme je l'ai fait avec Lucien Bouchard, Mario Dumont et le Bloc québécois pour le partenariat dans l'entente du 12 juin 1995. Les gens veulent savoir. Il faut indiquer à nos concitoyens ce que nous voulons faire avec la souveraineté, une proposition claire du changement dans la mondialisation."
Les médias n'ont pas eu droit à un point de presse comme ils en avaient été informés vendredi.
Souper de crabes
Hier soir, à l'occasion du souper de crabes annuel de la députée bloquiste de Rimouski-Neigette-et-La-Mitis, Suzanne Tremblay, Jacques Parizeau a réitéré que le fer de lance de la souveraineté serait le Bloc québécois. "Je me demande comment ça se fait que depuis sept ans, on n'ait pas mis à jour les études sur la souveraineté. Je ne me fermerai pas la boîte. Comment expliquer qu'on ait refusé d'utiliser des fonds publics pour le faire ?"
C'était aussi pour la députée Suzanne Tremblay une première sortie publique depuis son intervention chirurgicale pour des pontages coronariens. "Le Canada a sa dernière chance avec Jean Charest", a dit la députée fédérale devant un auditoire d'une cinquantaine de personnes.
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PLQ
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Budget provincial : Le rapport Breton pourrait être sévère
Le Soleil - dimanche 27 avril 2003
Montréal - Le rapport que doit remettre en début de semaine l'ancien vérificateur général Guy Breton pourrait révéler que l'équilibre budgétaire du gouvernement québécois pour les cinq dernières années était artificiel.
Le problème ne se limiterait pas au budget présenté à la veille du déclenchement des élections, soit le 11 mars dernier, par la ministre des Finances, Pauline Marois. Les acrobaties comptables concerneraient également les exercices financiers depuis 1998-99, année de l'atteinte du déficit zéro.
Argument massue de Bernard Landry au cours de la campagne électorale pour étayer la crédibilité des neuf années de son gouvernement en matière de gestion, le déficit zéro en prendrait ainsi pour son rhume.
Mardi dernier, le premier ministre élu Jean Charest a confié à M. Breton le mandat de passer les livres de l'État au peigne fin. Dès la semaine dernière, les rapports des divers ministères que les hauts fonctionnaires avaient préparés démontraient un manque à gagner de quelque 2 milliards $.
Après un examen préliminaire, on parle davantage, dans les milieux libéraux, d'un problème avoisinant les 4 milliards $. En 1997, Guy Breton, alors vérificateur général en titre, dénonçait le système comptable du gouvernement du Québec. On avait exclu la création de 15 fonds spéciaux qui masquaient le déficit des opérations budgétaires. On relevait également le problème des déficits actuariels alors que les obligations du gouvernement n'étaient pas toutes comptabilisées. L'année suivante, Bernard Landry, alors ministre des Finances, entreprenait une réforme des normes comptables du gouvernement.
Mais en 2000, M. Breton revenait à la charge, accusant M. Landry d'avoir dissimulé des surplus de 541 millions $. Quelques mois plus tard, le vérificateur tombait une fois de plus à bras raccourcis sur les pratiques de M. Landry, affirmant qu'elles manquaient de transparence. Ce dernier avait en effet retranché 730 millions $ des surplus afin de les verser à huit organismes sans but lucratif. Du coup, ces sommes importantes étaient soustraites à l'examen de l'Assemblée nationale.
Un autre quotidien montréalais révélait cette semaine que la liste des horreurs budgétaires que découvrent les membres du comité de transition du gouvernement Charest s'allongeait encore. Les déficits accumulés des hôpitaux seraient passés de 690 millions à 790 millions $, alors qu'ils sont assujettis à une loi antidéficit.
Par ailleurs, Mme Marois a reconnu cette semaine qu'elle savait que le budget qu'elle avait présenté en mars dernier affichait un trou de 1 milliard $ lié à une diminution prévisible des transferts du gouvernement fédéral. Le budget Marois prévoyait l'obtention de 788 millions $ de plus alors que les données du recensement, qui servent de base de calcul aux transferts du gouvernement du Canada aux provinces, montraient une diminution des transferts de 294 millions $ pour 2003-2004, soit un écart de plus de 1 milliard $.
Selon les péquistes, la maison est en ordre et les firmes internationales de cotation ont salué les efforts du gouvernement du Parti québécois au fil des ans. Jean Charest entend rendre public le rapport Breton.
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PLQ
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Jean Charest persiste et signe Il entend tenir ses engagements quelles que soient les conclusions du rapport Breton
Pascale Breton, Gilles Normand
La Presse - samedi 26 avril 2003
Québec - Peu importe la conclusion du rapport commandé à l'ancien vérificateur général Guy Breton, le premier ministre élu, Jean Charest, réitère que le gouvernement libéral tiendra ses engagements.
Le chef du Parti libéral a cru bon faire cette précision hier matin, peu avant la prestation de serment de 74 de ses 75 députés en trois vagues au Parlement. Seule la députée de Saint-Henri-Sainte-Anne, Nicole Loiselle, était retenue à l'extérieur.
"Il n'est pas question de remettre en question nos engagements. Il est écrit noir sur blanc dans le document que nous avons rendu public le 12 septembre dernier que notre cadre financier sera mis en branle à partir de 2004", a affirmé le premier ministre désigné.
Dans un geste inusité, M. Charest a demandé mardi à l'ancien vérificateur du Québec de faire la lumière sur les finances de la province. Guy Breton doit remettre son rapport le 30 avril, lors de la première réunion du nouveau Conseil des ministres qui aura été formé la veille.
Des informations ont cependant filtré au cours des derniers jours, laissant présager un trou d'un milliard résultant de transferts fédéraux moins élevés que ce qui avait été estimé, de même qu'un autre manque à gagner de 790 millions provenant du déficit accumulé des hôpitaux.
"Nous avons donné un mandat à Guy Breton et je n'ai pas l'intention de faire de commentaires tant qu'il n'aura pas déposé son rapport", s'est contenté de répondre le chef du Parti libéral lorsqu'il a été interrogé à plusieurs reprises là-dessus.
Affirmant qu'il souhaite laisser l'ancien vérificateur effectuer son travail, M. Charest a rappelé que ce rapport n'a qu'un seul objectif. "Je veux qu'on donne le portrait réel des finances publiques."
Les promesses
Dans leur plate-forme électorale, les libéraux se sont engagés à réduire les impôts de cinq milliards en cinq ans tout en réinvestissant massivement en santé et en éducation. Ils veulent aussi revoir le rôle de l'État et la fiscalité.
Sera-t-il possible de respecter ces promesses? "J'ose espérer, a répondu le député de Kamouraska-Témiscouata, Claude Béchard, hier. Nous avons un plan qui était là, qui se tient. Peut-être qu'à court terme ce sera difficile, mais à moyen et long terme, il faut revenir sur notre plan."
Le député de Notre-Dame-de-Grâce, Russell Copeman, s'est pour sa part montré quelque peu inquiet. "Nous allons essayer de mettre en vigueur certains de nos engagements. C'est sûr que la situation financière du gouvernement nous préoccupe, mais nous allons nous mettre à l'oeuvre dès mardi après-midi (jour de la passation des pouvoirs)", a-t-il dit.
Pressenti pour devenir ministre des Finances, le député d'Outremont, Yves Séguin, n'a pour sa part pas voulu s'aventurer à commenter l'état des finances publiques. "Aujourd'hui, c'est la journée des députés avec l'assermentation. Je laisserai les événements parler d'eux-mêmes."
Prestation de serment des libéraux
Après les péquistes la veille, c'était au tour des députés libéraux de prêter serment hier. Reflet des populations de l'Ouest de Montréal et de l'Outaouais qu'ils représentent, plusieurs députés ont prononcé en français et en anglais leurs deux serments de fidélité et de loyauté, le premier à la reine d'Angleterre et le second au peuple du Québec.
Le moment le plus émouvant et le plus spectaculaire de cette cérémonie de plus de trois heures est survenu en après-midi, lorsqu'on a fait s'avancer une soixantaine d'élèves de 10 et 11 ans de l'école Hélène-Boulé, de Sherbrooke, qui se sont assis aux pieds de Jean Charest.
Arrivés en matinée, ces écoliers souhaitaient rencontrer le député de Sherbrooke, mais ils s'étaient résignés à partir sans y parvenir. Informé de cette visite inattendue par une page de l'Assemblée nationale, le chef libéral a mandaté quelqu'un pour retracer le groupe pour l'inviter à sa prestation de serment en après-midi.
M. Charest s'est adressé à eux comme un professeur, en insistant sur le rôle du député. Il a d'abord lu quelques courts messages que lui avaient adressés les enfants, dont celui-ci: "Salut M. Charest. Je suis contente pour vous que vous ayez gagné. Vous allez sûrement être un bon premier ministre. Bye bye! Geneviève."
Puis, prenant les enfants à témoin, il s'est adressé aux membres de son équipe et à leurs invités, soulignant que cette cérémonie était l'occasion de se rappeler le rôle le plus important qu'ils seront appelés à jouer. "Pour moi, le titre le plus important que je porte est celui de député de Sherbrooke."
Il a indiqué que la première responsabilité des élus était de parler au nom des citoyens de leur circonscription et il les a invités à bien choisir leurs mots et à réfléchir lorsqu'ils prendraient la parole au nom de leurs commettants.
Le chef libéral passera par ailleurs le week-end à finaliser la formation de son Conseil des ministres qui, selon des informations, comptera un peu plus de 20 ministres. "À mon avis, il aurait de la difficulté à former un cabinet de moins de 24 ministres en raison de la nécessaire représentation des régions", a dit le député de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis.
Pour le premier ministre désigné, il s'agit toutefois d'un beau casse-tête. "C'est le genre de problème que j'espérais avoir. Il y a beaucoup de talents, il y a beaucoup de choses qu'il faut essayer de concilier, mais je n'en dirai pas plus", a-t-il dit.
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Québec - France
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L'heureuse banalisation du Québec
Louis-Bernard Robitaille
La Presse - dimanche 27 avril 2003
La Presse à Paris - UNE PAGE se tourne dans les relations France-Québec. Ni pour le meilleur ni pour le pire : ce sera certainement différent, voilà tout.
À la veille de la formation du nouveau gouvernement, on peut prédire sans grand risque d'erreur que les rapports officiels et ministériels entre Québec et Paris seront un peu moins suivis et personnalisés qu'ils ne l'étaient dans les neuf dernières années.
Et ce n'est pas un drame. Pour cette bonne raison que, Dieu merci, les vraies relations entre les deux pays - qui sont d'abord culturelles, économiques ou universitaires - fonctionnent et prospèrent sans avoir besoin de spectaculaires déplacements ministériels pour leur faire du bouche-à-bouche. Ce qu'on appelle la " société civile " en économie, dans les musées, les universités ou la vie culturelle, est aujourd'hui parfaitement capable de se faire un chemin en France par soi-même.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que la francophilie ne fait pas partie de la tradition du parti libéral. On se souvient que, par exemple, l'indifférence de Robert Bourassa vis-à-vis de la France atteignait des sommets impressionnants. Et que dans son cabinet, à peu près aucun ministre n'avait vraiment de relations personnelles en France - à la petite exception de Gil Rémillard, qui fréquentait Robert Badinter et des collègues de l'université.
On dira qu'à l'inverse, le Parti québécois pratiquait une sorte de francophilie hystérique, ou en tout cas souvent naïve, comme si le fait qu'un président français reçoive des Québécois ou distille de petites phrases d'encouragement ambiguës à des souverainistes de passage allait rapporter un suffrage québécois supplémentaire à la cause indépendantiste, ou donner soudain une crédibilité inédite au projet. Il y avait indéniablement un aspect utile à cette grande activité franco-québécoise, car le volontarisme du PQ dans ce domaine donnait à la longue une certaine visibilité au Québec en France. Même si parfois on frôlait le ridicule ou la posture coloniale - car ce ne sont pas les " audiences " accordées par Mitterrand ou Chirac qui ont fait les succès phénoménaux de Garou, de Luc Plamondon ou de Bombardier, entre autres.
L'oeuvre de Louise Beaudoin
Bien entendu, l'intimité des relations entre Québec et Paris tenait en grande partie à l'hyperactivité d'une seule et incontournable personne, c'est-à-dire Louise Beaudoin, comme cela a beaucoup été dit ces jours derniers. À elle seule, Mme Beaudoin avait eu un accès direct et personnel à deux présidents en exercice (Mitterrand et Chirac), à divers premiers ministres (Barre, Rocard, Fabius), à une grosse moitié des personnalités politiques de premier plan. La stratégie, vieille d'un quart de siècle, était particulièrement adaptée aux moeurs françaises : à Paris, si l'on sait que vous avez accès au président Mitterrand (et à Rocard), presque tout le monde vous ouvrira la porte. Les politiques, les dirigeants économiques, mais aussi les journalistes importants de la capitale. Un carnet d'adresses de ce genre, on n'en reverra pas de sitôt.
Est-ce si grave ? En réalité, une personnalité unique en son genre comme Louise Beaudoin a pour ainsi dire donné utilement ce qu'elle avait à donner. Et, passé un certain stade, les relations officielles entre la France et le Québec ont simplement besoin d'être entretenues, sans qu'il soit besoin de multiplier les visites ou les gestes spectaculaires.
Signe des temps, c'est au lendemain même de la formation du gouvernement libéral qu'on verra se pointer au Québec (et au Canada !) le premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin. C'est comme une ironie du sort : alors que s'efface le Parti québécois, qui attachait tellement d'importance à ces rencontres annuelles entre premiers ministres, visites qui n'ont jamais été annuelles, la visite du premier ministre français survient en un temps record. Mais c'est également un signe des temps, et le résultat d'une histoire : M. Raffarin, membre éminent de la famille libérale, n'est certainement pas suspect de penchants nationalistes ou souverainistes. Mais en même temps, il est quelque part le produit des efforts tenaces des péquistes dans ce domaine : avant d'être nommé à Matignon, M. Raffarin avait déjà visité le Québec à plusieurs reprises, car sa région de Poitou-Charente avait de fait des liens historiques avec le Québec. Et, en février dernier, il avait tout naturellement reçu, sans fanfare, le chef de l'opposition libérale, ce qui demeure un geste amical et inusité dans le code des relations entre les deux pays.
D'une certaine manière, si Jean Charest a été ainsi reçu à Matignon, il le doit en partie à l'activité parfois excessive et dérisoire des leaders souverainistes depuis 1976. Le travail ayant été fait - parfois au-delà du nécessaire -, il en reste aujourd'hui des traces indélébiles. Dans les limites du raisonnable, un premier ministre du Québec aura toujours porte ouverte à Matignon. Et un ministre de premier plan, qui a quelque chose de réel à discuter avec les Français, trouvera des interlocuteurs de bon niveau au gouvernement - même si les records marathoniens réalisés par Mme Beaudoin ne sont pas près d'être réédités.
Rythme de croisière
Tout se présente aujourd'hui comme si, le travail de retrouvailles ayant été accompli, on pouvait s'installer dans un rythme de croisière satisfaisant et réaliste. Après tout, la coopération entre les deux pays se porte à merveille, de même que l'Office pour la jeunesse et les échanges universitaires. Ces jours-ci, on peut toujours voir à Paris, au très beau Musée de la marine, au Trocadéro, une remarquable exposition consacrée à la sculpture navale en France, principalement à l'époque de Louis XIV. Or, cette exposition, qui réunit presque exclusivement de magnifiques pièces monumentales françaises, a été entièrement conçue et réalisée par le Musée du Québec, qui a brillamment réuni et organisé des collections françaises qui dormaient au fond des musées. Il ne faut certes pas voir là-dedans une manifestation de soutien à la souveraineté par le Musée de la marine. Mais si une aussi jolie réussite a pu avoir lieu, sans tambour ni trompettes, c'est que beaucoup de liens divers se sont tissés depuis une trentaine d'années et que le Québec s'est à la fois imposé et banalisé. Les politiques (souverainistes) y ont tenu leur place. Mais maintenant, c'est justement à la " société civile " de jouer : aux directeurs de musées et d'universités, aux artistes et aux milieux d'affaires.
Car le danger qui menaçait les acteurs politiques souverainistes, c'était de continuer à trop en faire alors que, pour l'essentiel, leur mission était accomplie. L'exemple de cet excès dans le zèle demeure le fameux Printemps du Québec de 1999, qui avait été élaboré dans la précipitation pour des raisons manifestement politiques, avait coûté 10 ou 12 millions de dollars... et avait finalement fait moins parler dans les médias français qu'un disque de Céline Dion, un spectacle de Plamondon ou même une pièce de théâtre de Robert Lepage. Il s'agissait alors de ce qu'on pourrait appeler des relations franco-québécoises hystériques. Et c'est une bonne chose, de ce point de vue, de tourner la page. Et de célébrer une banalisation heureuse des rapports entre les deux pays.
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PLQ
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Le pari de Marois
André Pratte
La Presse - samedi 26 avril 2003
Depuis qu'elle est ministre des Finances, Pauline Marois a pris plusieurs paris et gagné. Avec son dernier budget, cependant, elle a joué... et perdu.
En plus de se fonder sur des prévisions de croissance trop optimistes, Mme Marois a choisi un estimé rose bonbon de l'augmentation des transferts fédéraux que provoquerait la publication des données du dernier recensement. Or, les plus récentes corrections apportées à ces données laissent croire qu'au contraire, les transferts versés par Ottawa au Québec baisseront.
La diminution en tant que telle n'a rien de catastrophique: 98 millions par année. Plusieurs autres provinces seront touchées beaucoup plus durement que le Québec. Ce qui rend la chose grave pour les finances du Québec, c'est l'hypothèse jovialiste qui a permis à Mme Marois de boucler son budget, tout en augmentant ses dépenses.
En bref, on peut expliquer les choses de cette manière. Les données brutes du recensement laissaient espérer un ajustement des transferts de 560 millions par an sur trois ans, somme que Québec aurait toute encaissée en 2003-4: 1,7 milliard. Mais on sait que ces données brutes font toujours l'objet de corrections, pour tenir compte de ce que les démographes appellent le "sous-dénombrement net". En fabriquant son budget, Mme Marois avait le choix entre au moins trois évaluations de l'impact de ces corrections. Elle aurait dû choisir la plus conservatrice, selon laquelle Québec n'aurait reçu que 413 millions de plus que prévu, au lieu de 1,7 milliard. Elle a choisi une évaluation beaucoup plus généreuse, 788 millions. D'où le trou d'un milliard: non seulement Québec ne recevra-t-il pas 788 millions de plus en 2003-4; il recevra 294 millions de moins.
Pauline Marois aurait-elle dû faire part de cette mauvaise nouvelle aux électeurs lorsqu'elle l'a apprise, en pleine campagne électorale? Sans doute. On comprend pourquoi elle ne l'a pas fait: il lui aurait fallu admettre que son propre budget reposait sur des bases aussi fragiles que le cadre financier des libéraux qu'elle ne cessait de dénoncer.
Outre l'imprudence de la ministre, l'affaire démontre encore une fois combien les finances des provinces sont à la merci du système de calcul des transferts fédéraux. Suivant ces formules extrêmement complexes, le moindre changement dans une variable parmi des milliers peut déstabiliser l'exercice budgétaire le mieux préparé.
Chaque fois qu'un tel choc se produit, les provinces obtiennent des accommodements d'Ottawa, afin d'amortir le coup. Mais il leur faut d'abord faire une crise, puis négocier longuement.
Une formule durable doit absolument être trouvée afin de faciliter la planification budgétaire des provinces. Des négociations sont déjà en cours sur la question, et il faut prier pour qu'elles aboutissent.
Pourtant, une entente à ce chapitre ne délestera pas le ministre des Finances du Québec du devoir de faire preuve d'une extrême prudence. C'est simple: à ce poste, il vaut mieux être gratteux.
Apratte@lapresse.ca
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Que faire ?
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Avancez en arrière...
Lysiane Gagnon
La Presse - samedi 26 avril 2003
Il y a des anecdotes qui en disent long. Ainsi, cette fameuse boutade de Bernard Landry qui, se croyant à l'abri des micros, avait lancé à une militante péquiste qu'il aimait mieux " rencontrer le président de la Sun Life que les groupes de femmes ".
À la réflexion, cette allusion à la Sun Life une affaire qui remonte à 1976, alors que la compagnie d'assurances déménageait son siège social à Toronto pour protester contre l'élection du PQ est aussi surprenante que révélatrice.
Tant qu'à choisir une incarnation de l'horreur, pourquoi M. Landry n'a-t-il pas mentionné, par exemple, Saddam Hussein, un personnage qui est dans l'actualité ? Pourquoi, en voulant évoquer le pire, est-ce un événement datant de 27 ans qui lui est spontanément venu à l'esprit ?
" En 1976, me dit une jeune collègue, j'avais deux ans ! Quand M. Landry a parlé du président de la Sun Life, je me suis dit : " Mais c'est qui, ce bonhomme ? Et c'est quoi, la Sun Life ? " Comment se fait-il qu'il est encore accroché à 1976 ? "
L'incident m'est revenu en mémoire cette semaine, lors de la prestation de serment des députés péquistes.
Jean-Claude St-André, Stéphan Tremblay, Nicole Léger et Bernard Landry lui-même ont fait tout un cirque lorsqu'est venu le temps pour chacun de jurer allégeance à la reine Élisabeth II. Cela m'a rappelé les années soixante, quand la reine était l'une des têtes de Turc favorites des indépendantistes.
Remarquez, ces petits éclats verbaux sont bien innocents, et il est assez normal que des gens tiquent à l'idée de lire un texte archaïque à plus forte raison si l'on prend tout au premier degré. Mais il y a des années que cette histoire de monarchie n'indigne plus personne. La monarchie constitutionnelle est un cadre abstrait, qui n'a rien de contraignant, et qui, pour le Québécois d'aujourd'hui, n'est pas plus agaçant qu'une photo sur un timbre ou un billet de banque.
Et puis, la même semaine, le chanteur Paul Piché déclare que la victoire libérale annonce " le retour des boubou-macoutes " !
Les quoi ? Même à moi, qui ai couvert le règne de Robert Bourassa, il m'a fallu quelques secondes pour me rappeler qui étaient ces personnages. (L'expression désignait, il y a une quinzaine d'années, les fonctionnaires qui enquêtaient sur les prestataires de l'aide sociale.)
" Get a life ! " disent les Anglais à ceux qui passent leur temps à ressasser de vieux griefs. Traduction : " Revenez-en ", ou " passez à autre chose ! "
À entendre les ténors du parti, ce séjour dans l'opposition permettra aux péquistes de se lancer dans de grands débats idéologiques, voire, comme le leur conseillent divers observateurs, de " dépoussiérer " l'option souverainiste.
Il est vrai que l'opposition est plus propice à la réflexion et aux révisions que le pouvoir, mais le chemin, pour le PQ, reste très étroitement balisé.
Pour ce qui est de la question nationale, il n'y a pas 36 solutions. Le PQ ne peut pas faire marche arrière et proclamer que l'indépendance est un projet dépassé, même si c'est ce que plusieurs péquistes croient en leur for intérieur. Le PQ ne peut pas non plus se transformer en parti autonomiste, sous peine de devenir un clone du PLQ ou de l'ADQ, qui tous deux réclament plus de pouvoirs et de points d'impôts pour le Québec.
Or, si le PQ reste souverainiste, il n'y a pas plusieurs manières de l'être. On propose l'indépendance du Québec, point à la ligne, et l'on peut toujours s'amuser à discuter de la forme que pourrait prendre une hypothétique association avec le reste du Canada.
Pour ce qui est de renouveler le discours souverainiste, on se demande bien quelle nouvelle trouvaille on pourra faire qui n'ait pas déjà été faite.
Il y a près de 10 ans depuis la défaite référendaire de 1995 que le Bloc québécois, qui a tout son temps libre puisqu'il ne sera jamais au pouvoir, forme comité sur comité dans le but de " moderniser " la démarche.
Il est acquis, au PQ comme au Bloc, que le nationalisme territorial a remplacé le nationalisme ethnique.
Jacques Parizeau, qui reste un excellent théoricien, a très bien défini l'arrimage à faire entre la souveraineté et la mondialisation. Il n'y a rien à ajouter à cela.
Bernard Landry, après avoir prêché la souveraineté avec des arguments économiques, a tenté pendant deux ans de revenir aux thèmes émotionnels, avec d'incessantes allusions à "la nation" et à "l'amour de la patrie"... sans plus de résultats.
Et voilà que François Legault, qui se présente comme le porte-parole de la nouvelle vague, entend revenir au discours basé sur l'efficacité comptable, en promettant d'établir le premier budget d'un Québec souverain ! Pincez-moi quelqu'un, sommes-nous revenus à 1973 et au fameux Budget de l'an un de Jacques Parizeau ?
lgagnon@lapresse.ca
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Livres
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GASTON MIRON : L'HOMME SANS FIN
Jean Royer
La Presse dimanche 27 avril 2003
En fondant les Éditions de l'Hexagone, il y a 50 ans, Gaston Miron et ses amis voulaient "faire du neuf", faire entrer le Québec dans la modernité en donnant une forme matérielle et une diffusion à ce qu'ils avaient à dire et à écrire. Dans le Québec de 2003, Gaston Miron (1928-1996), personnage légendaire de son vivant, a pris la figure d'un poète emblématique, le plus connu de notre culture dans le monde. Comment ce destin littéraire s'est-il formé? Bien sûr, on ne peut pas répondre à cette question en quelques lignes. Mais on peut au moins la poser en tentant de reconnaître l'homme dans son oeuvre et son action.
Le premier livre de l'Hexagone, intitulé Deux sangs et composé de poèmes d'Olivier Marchand et de Gaston Miron, paraît en juillet 1953. L'Hexagone, dira plus tard Miron, "fut un lieu de poésie et d'amitié, de rencontres, de confluences, de diversité et d'échange, et à certains moments, elle a pu être perçue comme un symbole de rassemblement". Ce qui est nouveau à l'Hexagone, c'est l'esprit de concertation d'une équipe éditoriale, des poètes publiés et d'un public lecteur. La poésie est le premier lieu de cette rencontre sur les chemins de l'identité et du langage. Mais la maison d'édition s'inscrira vite dans une littérature qui se fera "complète" quelques années plus tard, au moment de ce qu'on a appelé la Révolution tranquille. À côté de la poésie (des oeuvres de Jean-Guy Pilon, Michel van Schendel, Paul-Marie Lapointe, Roland Giguère, entre autres), le roman ainsi que l'essai littéraire et socio-politique feront aussi partie intégrante et constitutive du domaine éditorial de l'Hexagone, où Miron publiera bientôt Andrée Maillet (Les Remparts de Québec), Rémi Savard (Le Rire précolombien dans le Québec d'aujourd'hui) et Pierre Vadeboncoeur (Les Deux Royaumes), entre autres, où à sa suite Alain Horic, dans les années 1980, publiera toute une génération de romanciers et d'essayistes aujourd'hui réputés (Robert Baillie, François Barcelo, Émile Ollivier, Yolande Villemaire, Denise Boucher, Paul Chamberland, France Théoret, Claire Lejeune et tant d'autres) et fondera la collection de poche "Typo".
Bouillon de culture phénoménal
Son prestige comme lieu d'édition littéraire, l'Hexagone le doit d'abord à son animateur et agitateur naturel, Gaston Miron, qui, durant 30 ans, choisira "le poids de la création" pour élaborer une littérature nationale.
En même temps que d'autres intellectuels et animateurs de sa génération, en particulier Jean-Guy Pilon, Gaston Miron contribuera à la fondation et à la maturation de nos institutions culturelles. On peut parler de la "génération de l'Hexagone" comme de celle des pionniers d'un Québec culturel moderne.
Gaston Miron se retrouve donc avec d'autres au centre d'un bouillon de culture phénoménal et d'une vie littéraire intense. En même temps, il se nie comme poète et consacre sa vie à l'action culturelle et politique. Pourtant, dans les années cinquante et soixante se forme une légende: celle de "Miron le Magnifique". Ses poèmes sont parfois publiés dans les revues et journaux. En 1957, ses grandes suites poétiques sont déjà écrites: La Batèche, La Vie agonique, La Marche à l'amour . On connaît bien l'homme Miron, le militant qui est sur la place publique avec les siens, le poète qui lance des rumeurs de poèmes au coin des rues, engagé avec une ardeur exemplaire pour la langue française et pour la question du Québec. Miron "le Magnifique" comme on le dit d'un athlète olympien.
Le poète emblématique du 20e siècle
"Qui parmi nous ne connaît pas Gaston Miron?" lancera Jacques Brault dans une célèbre conférence à l'Université de Montréal en 1966. Cet homme répandu comme une légende, animateur et agitateur de première force, dont le visage se confond presque avec notre société. Aujourd'hui, 50 ans après la fondation de l'Hexagone et la publication de ses premiers poèmes, Gaston Miron est devenu le poète emblématique du Québec du 20e siècle, comme Nelligan l'a été du Canada français du 19e siècle. Que s'est-il passé?
"Tout écrivain de taille est un commencement", disait Miron. Il répétait aussi que "le poème refait l'homme". Car, devant le Québec anachronique et colonisé des années quarante et cinquante, Miron doutait de l'épanouissement de l'homme québécois, qu'il voyait dépossédé, aliéné et "pauvre en poésie". Miron, dans son militantisme, ne se considérait pas comme un témoin de l'histoire ni même comme un acteur de l'émancipation du Québec, mais bien plutôt comme "le lieu (même) de la tragédie". Il développera alors ce qu'il appelle une "pensée agonique". Le Québécois est pour lui un "homme agonique" et Miron est ce Québécois.
Ainsi, au fil de ses rencontres en France, en Italie et ailleurs, Gaston Miron, le poète et le militant, deviendra "l'ambassadeur idéal" de nos lettres, dira Alain Bosquet en France, ou bien il incarnera une sorte de "miracle québécois", ajoutera Albert Memmi, pour qui Miron a tenu le pari de faire de la poésie un acte collectif.
En fait, l'oeuvre de Miron, L'Homme rapaillé, publiée presque malgré lui au Québec en 1970, deviendra une sorte de chant du monde, traduite en plusieurs langues, dont l'anglais des États-Unis, le portugais du Brésil, l'espagnol du Mexique et l'italien, entre autres. Toutes éditions confondues, L'Homme rapaillé atteint maintenant un tirage de 100 000 exemplaires dans le monde.
"Je n'ai pas de biographie, mais mes poèmes sont autobiographiques", m'a confié un jour Gaston Miron en boutade. Cet homme, qui n'a pas toujours été convaincu de vouloir être un poète, incarne aujourd'hui sa culture natale et son oeuvre illustre l'insurrection en poésie. Miron se voyait pourtant comme un "anthropoète" et donnait à la poésie une mission ontologique. Pour lui, la poésie était reliée à l'être. Elle était de l'être. "La poésie, c'est ce qui est étant dit", me lancera-t-il au cours d'un entretien. Ce poète était, en fait, un existentialiste, souffrant de ce qu'il appelait "la fêlure" ou "le manque à être" (plutôt que le mal être). Gaston Miron était l'homme sans fin.
Voilà qui peut nous faire comprendre, peut-être, l'ardeur du poète et du militant. Celui-là même qu'on redécouvre dans ces Poèmes épars, qui viennent de paraître à l'occasion des 50 ans d'existence des Éditions de l'Hexagone. Après L'Homme rapaillé, voici les Poèmes épars, réunis par Marie-Andrée Beaudet et Pierre Nepveu, comme le tombeau du poète en allé. Des poèmes écrits durant les trois dernières décennies de sa vie, où l'on entend la voix d'un Miron épique et amoureux, certes, mais aussi celle, plus intime et tragique, où semblent se réconcilier les deux visages du poète et du militant. Ces poèmes récents sont suivis d'un choix de "Poèmes anciens (1947-1958)" qui font le lien avec l'écriture du grand oeuvre que reste L'Homme rapaillé.
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POÈMES ÉPARS
Gaston Miron
Édition préparée par Marie-Andrée Beaudet et Pierre Nepveu
L'Hexagone, 136 pages, Montréal, 2003
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Francophonie
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Une conférence de la Francophonie sur l'État de droit
LE DEVOIR - samedi 26 avril 2003
Brazzaville - La promotion de l'État de droit était en discussion hier à Brazzaville à l'occasion de la première conférence des structures gouvernementales sur les droits de l'homme dans la francophonie. L'ancien chef de l'État sénégalais et secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Abdou Diouf, qui préside la conférence, a souligné les «insuffisances et les échecs qui tiennent à la récurrence des conflits, l'interruption des processus démocratiques pouvant aller jusqu'à des massacres ou même au génocide et aux violations graves ou massives des droits de l'homme».
«Ce sont là des constats inquiétants qui méritent que nous nous efforcions, par une analyse lucide et sincère, de poursuivre l'identification des causes profondes de ces dérives perverses qui constituent autant de freins au développement pour affronter la pauvreté et surmonter les écueils de la mondialisation», a-t-il ajouté à l'adresse de quelques 200 participants.
Parmi eux, une dizaine de ministres de la Justice et des droits de l'homme, le ministre français délégué à la Coopération et la Francophonie, Pierre André Wiltzer, des associations de la francophonie ainsi qu'un seul observateur d'une organisation des droits de l'homme, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH).
«L'enjeu est d'importance. Nous savons en effet que c'est sur le terrain de la démocratie et des droits de l'homme que nos opinions publiques et nos partenaires nous jugeront. La crédibilité de notre organisation internationale en dépend pour une large part», a dit M. Wiltzer.
«L'attention, a dit le ministre français, doit se porter sur les conditions matérielles de fonctionnement des juridictions, des appareils judiciaires et des autorités de contrôle.»
La France, a-t-il indiqué, a consacré plus de 20 millions d'euros en 2002 au titre de la coopération bilatérale pour renforcer les «juridictions des instances de régulation et des appareils de police».
Il a ensuite proposé une procédure de surveillance du bon fonctionnement démocratique. «Lorsqu'un pays membre connaît une rupture de la démocratie», a-t-il dit, pourrait se déclencher «une consultation informelle et rapide des ministres directement concernés, une réunion restreinte de représentants de chefs d'État et de gouvernement afin d'envisager les mesures à prendre».
La conférence, qui se déroule du 25 au 28 avril, devrait annoncer lundi la mise en place d'un réseau de communication entre gouvernements de la francophonie.
Pourtant, parmi les pays représentés par leurs ministres, plusieurs ne semblent pas soucieux de garantir un État de droit.
Ainsi, l'opposition au président Denis Sassou Nguesso a accusé l'OIF de cautionner les violations des droits de l'homme au Congo en y organisant la conférence.
«Nous estimons que la tenue à Brazzaville de cette conférence constitue une caution au déni des droits de l'homme, à la mal "gouvernance" et à l'impunité», affirme la Convention pour la démocratie et le salut (CODESA) dans un communiqué.
Un tout récent rapport d'Amnesty International dénonce en effet les violations des droits de l'homme et l'impunité au Congo, notamment la disparition en 1999 de 350 personnes qui rentraient de République démocratique du Congo (RDC), où elles avaient fui les affrontements au Congo entre les troupes gouvernementales et des milices armées.
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