élection 2003
Souveraineté et minorités
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Charest et les " ethnies "
Mohamed Lotfi Le Soleil 3 avril 2003
Objet : Lettre d'un québécois parmi d'autres (modifiée, à cause du départ de Parizeau)
"La politique, c'est l'art de se servir des gens", disait Paul Valéry. Monsieur Charest se sert des émotions des gens en les réduisant à de simples impulsifs qu'ils suffit de manipuler à coup de messages subliminaux. À celui de la santé, il ajoute maintenant celui de l'ethnie. De la sorte, il s'attaque à ce qu'il croit être les deux points faibles du PQ. Santé et souveraineté. Est-ce habile et moral d'utiliser les ''ethnies'' pour s'attaquer à la souveraineté...? Si au moins Parizeau avait réellement gaffé cette fois. Et si nous étions encore dans le Québec de 1995 où beaucoup d'enfants d'immigrants n'avaient pas encore le droit de vote.
De toute évidence, Charest ignore l'évolution des choix politiques des communautés culturelles. Les libéraux ne peuvent plus prétendre au monopole du vote ethnique. Il est plus que jamais auparavant diversifié. Les partis sont plus nombreux. Les fils d'immigrants, enfants de la loi 101, ne pensent pas tous comme leurs parents.
La réponse de Jacques Parizeau à une question posée par un étudiant de Shawinigan aurait pu être le début d'une réconciliation sur un malentendu trop longtemps entretenu. Mais les élections obligent, Parizeau devait se retirer de la campagne. Tant pis pour le débat. Mais retenons quand même en mémoire ces quelques chiffres. Le vote ethnique favorable à la souveraineté a baissé soudainement de 10% à 3% lors du référendum de 1995. Il y a de quoi frustrer tout souverainiste qui voit la souveraineté lui échapper par quelques milliers de voix.
Même si le vote ethnique n'est pas le seul ni le plus grand responsable de la défaite du OUI. Il est cependant vrai qu'en tant que premier Ministre de tous les Québécois, Parizeau aurait dû se retenir et garder ses explications pour un autre moment plus propice à l'analyse. Mais, essayez de mesurer l'ampleur de la frustration d'un homme que l'histoire aurait retenu comme le père de l'indépendance du Québec.
Il est apparemment difficile pour un non souverainiste de comprendre ça. Encore plus pour un immigrant non souverainiste. Mais si Parizeau n'était qu'un obsédé du pouvoir, il se serait contenté de dire: ''Vous n'êtes pas prêts pour la souveraineté, mais moi je suis toujours prêt au pouvoir''. Parizeau a préféré démissionner.
Aujourd'hui, Jean Charest croit qu'en ranimant les vieux sentiments de frustration vécus par beaucoup de membres des communautés culturelles, il ferait d'une pierre deux coups. Gagner le vote ethnique et faire peur aux non souverainistes satisfaits du bilan du gouvernement sortant. Mais la manoeuvre de Charest risque de provoquer l'effet contraire pour deux raisons principales:
1- La large diffusion de l'explication de Parizeau pourrait satisfaire beaucoup de membres des communautés culturelles qui attendaient des explications depuis 95.
2- Le manque de discrétion dans la manipulation de Charest risque de remettre en question le vote d'électeurs francophones qui n'aiment pas les politiciens manipulateurs.
Je ne suis pas prêt à voter pour un type qui me prend pour un con
Par ailleurs, la façon avec laquelle Charest aborde le thème de la santé, avant et tout au long de la campagne électorale, réduit le Québec à un hôpital et les Québécois à des malades. Comme si la santé n'était pas liée à d'autres thèmes comme l'environnement et à bien d'autres questions sociales que Charest n'aborde jamais. La pauvreté, par exemple. J'aurais bien aimé recevoir des messages subliminaux des libéraux qui annoncent une augmentation de 30% du salaire minimum. Ça aussi c'est une façon de parler de la santé des gens.
Monsieur Charest n'est pas le premier à répéter les mêmes mots et les mêmes phrases un million de fois en trente jours, espérant que cela va orienter le vote dans le sens qu'il désire. Cette technique a fait ses preuves chez nos voisins américains. Mais ne nous sommes pas 250 millions d'électeurs. Certains diraient qu'en campagne électorale, c'est de bonne guerre que de répéter des slogans. Monsieur Charest ne répète pas des slogans, il radote.
Je ne suis pas prêt à voter pour un type qui me prend pour un con.
Mohamed Lotfi
Un Québécois parmi d'autres
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Indispensable ADQ
Léon Courville
LE DEVOIR jeudi 3 avril 2003
Indispensable et pourtant urgent. La campagne électorale entre dans son dernier droit, et force est de constater que la position de l'ADQ dans les sondages laisse présager un résultat qui, à mon avis, ne correspond pas à l'impact que sa présence a eu dans le débat. Analysons cette contribution.
Le premier élément entoure («entourer» au sens d'«encercler») le débat national. À biens des égards, la présence d'un tiers parti qui échappe à la polarisation traditionnelle sur le sujet vient enrichir le débat. Les souverainistes qui ne sont pas à gauche et les fédéralistes qui ne sont pas libéraux ont été placés depuis belle lurette dans un no man's land inconfortable. Le continuum d'options et de propos nécessaires à la formulation et à l'expression d'opinions laissait paraître un large fossé. Dans ce fossé s'engouffraient non seulement les rapprochements d'opinions sur la question nationale mais beaucoup d'autres sujets en principe sans lien avec la question constitutionnelle.
Ainsi, la coalition d'intérêts qui se regroupait autour du Parti québécois tolérait peu la contrariété sans qu'elle paraisse être un refus de l'option souverainiste. Une sorte de package deal, incongru pour plusieurs, figeait une partie de l'électorat soumis à des choix dichotomiques. Le débat sur une foule de sujets peut maintenant se tenir indépendamment de la question nationale.
Deuxièmement, les positions audacieuses de l'ADQ en matière de politique publique ont sans doute permis de dédramatiser les enjeux. Il reste encore beaucoup de chemin à faire, mais le match est commencé. Ne nous faisons pas d'illusions : le Québec vit sous l'emprise du centre-gauche depuis plus de 30 ans. Certaines des grandes réalisations qui ont propulsé l'État québécois dans sa nature interventionniste, bureaucratique, planificatrice et omniprésente émergent du Parti libéral. Et, en un sens, on peut dire qu'entre le Parti libéral et le Parti québécois, il y a une sorte d'alternance sans véritable solution alternative.
Au risque de le répéter, c'est la question nationale qui a divisé ces partis aux réflexes par ailleurs semblables. Si bien qu'à part les vertus de l'État omniprésent, il n'y avait pas de place pour d'autres formes de pensée. Ou, s'il y en avait d'autres, elles étaient suspectes, irrévérencieuses et hors d'ordre. La vie publique était devenue un véritable film de cow-boys avec son bon et son méchant.
Les propositions de l'ADQ en matière de santé ou d'éducation ont percuté l'imagination des gens qui, en nombre maintenant suffisant pour constituer une masse critique, peuvent discuter du rôle du secteur privé sans subir l'anathème de leurs collègues ou de leurs confrères.
Que de chemin parcouru, même si les enjeux sont encore souvent brouillés ! Il y a là une oeuvre de pédagogie nécessaire; elle a rallié plusieurs personnes non partisanes au discours de l'ADQ, tout comme elle a attiré des observateurs autrefois alignés qui désespèrent de nos lourdeurs et de nos incohérences administratives.
Tout cela peut paraître anodin, mais la résistance naturelle face à la nouveauté ou aux ajustements inusités est pesante. On a souvent tendance à vouloir améliorer les choses dans une direction connue plutôt que de changer de direction. La familiarité avec les arguments et la connaissance intime des rouages procurent une assurance et un réconfort même illusoires, une sorte de pensée magique et automatique en vertu de laquelle on considère les débats clos à jamais.
Et il y a les intérêts. Il ne s'agit pas de les dénoncer mais bien de les reconnaître, ce qu'encore une fois les prétentions de l'ADQ sur la taille de l'État ont permis de débusquer. Les syndicats ont même transgressé les frontières du fair-play démocratique; les vieux partis n'ont pas voulu leur cogner sur les doigts parce qu'ils font partie de leurs desseins et de leurs entrailles. Demander à des groupes de diminuer leur influence et leur position de pouvoir produit les résultats que l'on a vus.
La route de cette pédagogie est longue et les calculs devront comprendre une bonne dose de patience. Mais le tracé d'une nouvelle voie est amorcé. Certains réflexes sont brisés et certaines incohérences ou hypocrisies sont dénoncées.
Pourtant, la perspective du statu quo laisse entrevoir des chocs douloureux. L'État-providence connaîtra de rudes épreuves sans aucune commune mesure avec les soubresauts récents, pourtant pénibles. Il fut un temps pas si lointain où plusieurs économistes avaient sonné l'alerte d'une course aux déficits gouvernementaux, essayant vainement de prévenir quelque chirurgie barbare à la scie mécanique. Espérons que les quelques jours qui restent dans cette campagne nous feront sentir qu'il y a une certaine urgence au changement de cap et que le long terme, c'est demain.
L'auteur est économiste. Il a récemment cosigné avec Paul-Daniel Muller
Place à l'initiative, publié chez Québec Amérique et préfacé par Mario Dumont.
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Landry-Parizeau: sans reproche ni regret
Mario Cloutier, Pascale Breton, Karim Benessaieh
La Presse jeudi 3 avril 2003
Élections 2003 - Bernard Landry ne reproche rien à Jacques Parizeau, mais, visiblement, il ne le regrettera pas non plus. Le chef du Parti québécois semblait soulagé hier du départ de M. Parizeau de la campagne électorale.
"C'est fini, a-t-il déclaré. Il a décidé lui-même de se retirer. Notre campagne est orientée vers la conciliation travail-famille, la croissance économique, des choses plus importantes que ce qui est survenu au cours des dernières heures."
M. Landry prétend qu'il n'a pas parlé à l'ancien premier ministre au cours des derniers jours. M. Parizeau a jugé seul de la pertinence de sa participation et a pris sa décision "en toute liberté", a-t-il ajouté.
"Je voudrais que cette affaire soit derrière nous et le nous de Landry est inclusif", a dit le chef péquiste en matinée.
C'est dans un communiqué diffusé hier matin par le Parti québécois que M. Parizeau a annoncé son retrait de la campagne électorale. Il a dit estimer que Jean Charest "a décidé d'envenimer le débat en se livrant à une charge indigne d'un aspirant à la fonction de premier ministre" à son égard.
L'ancien chef péquiste a vu dans l'agressivité de M. Charest une stratégie pour nuire à la campagne électorale du Parti québécois. "La tête de Parizeau ne peut devenir un enjeu électoral", a-t-il conclu.
M. Parizeau a fait une dernière présentation devant des élèves de Lévis hier midi, évitant les journalistes et les propos tendancieux. Une quinzaine d'autres établissements avaient requis ses services d'ici la fin de la campagne, mais sa tournée n'aura duré qu'une semaine.
Bernard Landry a rapidement tiré un trait sur cet "épiphénomène" en prenant même ses distances des propos de M. Parizeau sur Jean Charest.
"M. Parizeau est responsable de ses opinions en toutes circonstances et il les assume. Je n'ai pas eu d'excès de langage contre mes adversaires", a souligné le premier ministre.
En matinée hier, le chef du Parti québécois a affirmé que M. Parizeau ne faisait pas partie de la stratégie de campagne de son parti. En après-midi, toutefois, il a avoué que, mêmes minimes, les dépenses de l'ancien premier ministre seraient comptabilisées dans celles du PQ.
Le fait que M. Parizeau choisisse de se faire plus discret pour le reste de la campagne électorale ne change rien aux yeux du chef libéral Jean Charest. Un choix sera possible le soir du vote, la souveraineté, qui est "l'agenda caché du PQ", ou la santé, répète-t-il sans arrêt.
Selon Mario Dumont, le retrait de M. Parizeau va permettre à la campagne de revenir sur les "vraies" priorités des électeurs: "l'économie de demain, la santé et l'éducation". Le chef de l'ADQ croit que la controverse illustre à merveille la différence entre sa formation et celles de ses adversaires.
"Avec les péquistes et les libéraux, dit le chef adéquiste, on va toujours rebrasser les histoires du passé."
Avec la collaboration de Pascale Breton et Karim Benessaieh
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La campagne pour les nuls Le dernier cégep
Paul Roy
La Presse jeudi 3 avril 2003
Élections 2003 - Le Parti québécois a diffusé un communiqué hier matin. Un communiqué dans lequel Jacques Parizeau annonce la fin de son implication dans la campagne électorale 2003. Pour les raisons que l'on sait et qui sont étalées à pleines pages dans les journaux depuis deux jours. Mais il lui restait un dernier cégep à visiter. Un dernier cégep où il s'était engagé à venir parler avant qu'il ne se fasse un peu lui-même tomber le ciel sur la tête, lundi, à Shawinigan. Ce dernier cégep: Lévis-Lauzon, au sud-est de Québec.
Il devait parler à 9 h 30, il s'est pointé un peu passé 10 h. Le petit auditorium était rempli, ils devaient être autour de 200 élèves, profs... Et journalistes. Les journalistes étaient là pour l'entendre s'expliquer sur sa déclaration de lundi. Et si possible, rebrasser la bonne sousoupe de la controverse. Peut-être s'y trouvait-il encore de juteux morceaux de viande...
Eh bien, non. L'homme n'allait pas jouer les druides.
C'est un Jacques Parizeau discipliné, résolu à ne pas gâcher son dernier tour de piste - de cette campagne à tout le moins -, qui s'est avancé vers le micro, sous les applaudissements nourris et les "On veut un pays!" de l'assistance.
"Il y a beaucoup de journalistes aujourd'hui, a constaté d'entrée l'ex-premier ministre. Mais ça ne changera pas le sens de la présentation que je veux vous faire."
Il allait parler de souveraineté et de mondialisation, "et essentiellement de ça". "Pour un peuple, a-t-il débuté, ça commence à être dangereux de ne pas avoir de pays, de ne pas avoir d'État."
Mais le danger le guettait lui aussi. Et il en était conscient.
À quelques occasions, il devait s'interrompre pour dire tout haut: "Il faut que je fasse attention à mes mots..."
Ce fut entre autres le cas lors de la période de questions qui a suivi son exposé. Une collégienne lui demandait si les phénomènes de l'immigration et du vieillissement allaient influencer la suite des choses par rapport à la souveraineté.
"Oui, dans le sens suivant, a-t-il commencé: j'ai eu l'occasion de dire... et là, il faut que je fasse bien attention aux mots que j'utilise..."
Et la salle de rire. Et l'ex-premier ministre de reparler de ce sondage selon lequel les enfants d'immigrants qui ont été à l'école française, "les enfants de la loi 101", sont favorables à la souveraineté dans une proportion d'"à peu près 40 %".
Et de s'interrompre à mi-chemin pour glisser: "À propos, je me suis trompé, j'ai dit qu'il y avait 2000 personnes dans le sondage alors qu'il n'y en avait que 1025. Excusez! Ça reste un sondage (rires). C'est pas des farces, ça tournait à la radio ce matin... Cherchez les bibites!"
Plus tôt, à un cégépien qui lui demandait si cette apparition publique était sa dernière à cause du débat des chefs de lundi (au cours duquel Jean Charest a rapporté ses propos au cégep de Shawinigan), il s'est contenté de répondre: "Puis de la suite, puis de la suite..."
À son arrivée, Félix-Antoine Michaud, président de la cellule étudiante du PQ au cégep, l'avait présenté comme celui qui a "bâti le Québec" et qui "a donné sa vie à la cause de la souveraineté".
À la fin, c'est le candidat péquiste dans Chutes-de-la-Chaudière, Antoine Dubé, ex-bloquiste, qui l'a remercié en ces mots: "Prenez mon dépliant, si vous voulez revenir dans la campagne électorale, venez quand vous voulez, c'est une invitation. À votre heure, à votre jour, n'importe quand, vous êtes bienvenu!"
M. Dubé n'avait pas consulté son chef, Bernard Landry, avant de lancer cette invitation.
Quant à Jacques Parizeau, il a salué les cégépiens ainsi: "Tout ce que je vous ai dit vient d'un vieux monsieur qui a commencé à regarder vers la sortie. Le monde dans lequel vous allez vivre, ça va être le vôtre, alors occupez-vous en!"
Poursuivi par les journaliste qui voulaient le faire revenir sur sa déclaration de lundi, à sa sortie, il s'est contenté de répéter, sans agressivité: "Je n'ai pas de commentaires. Vous avez eu un communiqué, on s'y tient."
Il est monté à l'arrière d'une Chrysler grise, qui s'est éloignée.
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Lettre d'un «ethnique» sur l'utilisation de son vote «Je ne me sens pas très à l'aise dans le rôle d'otage que Jean Charest voudrait me voir jouer»
To Chi Kwan
Montréal
Le DEVOIR jeudi 3 avril 2003
En tant qu'«ethnique» vivant au Québec depuis 1972 (qui prend femme prend pays), j'ai eu soudainement le goût de sauter dans l'arène publique et de donner mon son de cloche après le débat des chefs du 31 mars. Disons d'entrée de jeu que je n'ai pas trop le droit d'écrire car je suis membre d'un de ces conseils importants que Super Mario voudrait faire sauter (!), le Conseil des relations interculturelles du Québec. Mais il est important de souligner que c'est en tant que membre de ce conseil qu'il serait inopportun pour moi d'intervenir au niveau public.
J'écris en tant que citoyen. Je n'ai pas d'identité double «ethnique québécois» ou membre d'un conseil citoyen. Je suis et je pense avoir le droit d'être une personne qui est un citoyen de ce Québec que j'aime par-dessus tout ! En tant que simple citoyen, donc, j'ai été interpellé par l'attitude d'un Jean Charest qui a tenu à remettre au débat (et ce, à la manière d'un coup bas assené à l'adversaire) une chose qui a été maintes fois qualifiée de regrettable par plusieurs péquistes depuis 1995, dont Bernard Landry.
Je pense que Jean Charest fait de la vieille politique en remettant constamment à l'ordre du jour des histoires que même nous, les «ethniques», avons oubliées ! Cela se passait au XXe siècle, il y a déjà presque dix ans.
Depuis bientôt 30 ans que je suis ici, j'ai maintenant passé plus d'années au Québec que dans mon pays d'origine, la Chine. Je suis un citoyen à part entière. Je travaille et paye mes impôts, et je sais que je contribue à un filet social qui n'existe pas dans plusieurs pays de la planète. Ces querelles idéologiques sur le dos des «ethnies» commencent à me peser, et je ne me sens pas très à l'aise dans le rôle d'otage que M. Charest voudrait me voir jouer. Je ne mange pas de ce pain-là, M. Charest.
Des changements
Je dois aussi dire que j'ai constaté des changements énormes dans les mentalités et l'ouverture des Québécois à l'endroit des «minorités visibles», dans la volonté réelle tant du gouvernement actuel (ce n'est pas de sa faute, il a de l'avance sur tout autre gouvernement avant lui) que des simples citoyens à dépasser les aspects triviaux et superficiels pour appréhender nos cultures différentes.
Il y a bien sûr encore beaucoup de chemin à accomplir et il faudrait dénoncer, pour ne citer qu'un point essentiel parmi tant d'autres, l'intolérance sournoise qui s'infiltre dans le tissu social depuis le 11 septembre 2001. Je suis par contre tout à fait désolé de voir les guerres de pouvoir économique que se livrent certains Québécois et des Premières Nations dans certaines régions du Québec. Les Premières Nations ont le droit de gérer leurs pêcheries et leurs ressources ou de le faire dans un partenariat équitable. Ceci dit, je sais que plusieurs autres «ethniques» veulent remettre au menu ce sujet si controversé qu'est «l'argent et le vote ethnique». Cela fait sans doute leur affaire, mais il est important de tourner la page sur les bévues d'une seule personne.
En Chine, cela ne serait pas devenu une parole célèbre. On aurait eu honte de la ressortir et, par politesse pour les autres «ethniques» comme moi, on ne la remettrait jamais à nouveau sur le tapis. Il y a une question de respect qui s'impose ici. C'est vrai qu'il y a encore des inégalités au Québec et, bien souvent, ce sont des «boss» du même groupe culturel qui exploitent leurs propres compatriotes nouvellement arrivés, tant dans les pizzerias que dans les restos-buffets, et pas seulement chinois ( !), voire dans d'autres types d'emplois.
Mais on y voit aussi de la compassion pour les travailleuses domestiques des Philippines et d'Amérique du Sud, ainsi que de la solidarité quand une injustice est commise contre un citoyen qui devra retourner dans un pays où il ne sera plus en sécurité. Cette société héberge dans son ventre plus de bon que de mauvais. Il ne faut pas corrompre les relations et les valeurs positives par l'abus des termes ou continuer à tourner le fer dans la plaie en martelant aux Québécois qui veulent un pays que leurs pires ennemis (ceux qui votent contre eux) sont les ethniques. On aurait la peste que ça ne serait pas pire que ça ! Être marqué au fer rouge, stigmatisé, étiqueté et classé comme irrécupérable n'est une position enviable pour personne.
Ces étiquettes font même souffrir les conjoints des «ethniques» qu'on juge à tort et à travers et qu'on hésite à côtoyer. Des gens de ma culture, au Canada, ayant travaillé au chemin de fer du CN, ont vécu pendant plusieurs années dans un tunnel noir, sous la terre, afin de se protéger du racisme et des traitements indignes qui leur étaient infligés. Cela fait partie de l'histoire dont on ne veut pas parler.
En 2003, en tant qu'«ethnique», je ne veux pas vivre dans un tunnel noir où je dois absolument me cacher. Pouvoir participer pleinement à la société que j'ai choisie, le Québec, est ce que je demande. Je ne veux pas qu'on remette en question ma présence à cause de ma «visibilité», je veux qu'on me parle comme un citoyen responsable, dont le vote est aussi sacré que le vote de n'importe quel autre citoyen. Et vous, M. Charest, avez-vous une bonne proportion de candidats «visibles» dans les rangs de votre parti ? Même les Cris n'ont pas d'entente avec vous !
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| Lettre aux groupes ethniques (1995)
Un Québécois en colère! Désormais, je vous interdis de me traiter de raciste!
André Vincent
VIGILE TRIBUNE LIBRE 3 avril 2003
Cette lettre (octobre 1995) n'a pas été écrite par un universitaire, ni par un spécialiste de ces questions; elle est d'un artisan paisible et depuis peu ... d'un Québécois en colère!
À qui de droite...
M. Parizeau a démissionné et je suppose que les dirigeants de vos organismes sont heureux et satisfaits. Moi aussi je suis content de cette décision mais pour des raisons autres; ce qu'il a «osé» dire, le soir du référendum, est un constat avec lequel je suis d'accord et je pense aussi qu'il fallait que ces choses soient dites. Si le vote des citoyens de vos communautés n'était pas si... braqué, nous aurions gagné ce référendum. «Au fond, a -t-il dit, nous avons été battus par l'argent et des votes ethniques... » Et alors? C'est quoi le problème?... Je mets au défi quiconque de me prouver le contraire, même avec le bon droit en l'air! Ce n'était pas un blâme ni une accusation: c'était un constat.
Ce n'est pas parce qu'une clameur s'élève des quatre coins de la rectitude politique que cela change la réalité des choses. Je crois plutôt que dans un moment crucial, il a voulu centrer les projecteurs sur le fait que nos concitoyens d'origines ethniques sont massivement contre le projet souverainiste, de façon à provoquer une prise de conscience et, en même temps, évacuer une bonne fois ce qui reste de peurs de dire. Et il l'a fait avec des mots durs, pour crever l'abcès!
Je le considère comme le plus grand homme d'état que le Québec ait connu et j'ai pour lui, vous l'aurez deviné, une très grande admiration. Il a dit à plusieurs reprises qu'il est revenu en politique pour réaliser la souveraineté du Québec et qu'il n'était pas intéressé à gérer une province comme les autres. Cet homme fait ce qu'il dit; en démissionnant, il a placé les espoirs de tout un peuple au-dessus des luttes de pouvoir et ce pays, il nous l'a presque donné. Avec un match nul, il lui a en quelque sorte réservé une place pour l'an deux mille.
Cette lettre s'adresse surtout à ceux d'entre vous qui avez choisi la culture anglo-américaine et, même si ce choix me désole, vous avez parfaitement le droit de le faire. Mais elle s'adresse principalement aux organismes qui vous représentent, à qui je voudrais dire que si le «nationalisme territorial» est bon pour Israël, l'Italie, la Grèce, le Canada, et les autres... il est bon pour nous aussi; leur dire en même temps qu' il est désormais hors de question de quêter des appuis avec l'insistance d'un vendeur de balayeuses.
Des efforts considérables ont été faits afin de sensibiliser vos organismes à la culture d'ici, à nos façons de faire et de vivre... en Français du nord. Lorsqu'un groupe vote à 90 ou 95 pour cent contre un autre, on peut alors parler de vote ethnique; mais on pourrait dire aussi que ce vote «frôle le racisme» puisqu'il est dirigé nettement contre un peuple, en l'occurrence le mien. Il faudrait un jour pouvoir se parler par-dessus le mur des présidents de tout acabit, qui ne représentent souvent que l'idée qu'il se font d'eux-mêmes, de leurs petits pouvoirs... et d'intérêts très particuliers.
Je comprends les raisons qui vous incitent à serrer les rangs et il est d'ailleurs assez rare que des minoritaires s'identifient à une autre minorité. Mais là, ça commence à bien faire...! Lorsque j'entends, par exemple, le président du Congrès Juif Canadien déclarer que les mots de monsieur Parizeau frôlent le racisme, j'inviterais ce monsieur, et toutes les vierges offensées de la belle Province, à se regarder comme il faut dans un miroir.
Et j'insiste: tous les citoyens qui vivent au Québec sont des Québécois, égaux entre eux, et ils peuvent voter comme ils l'entendent; c'est lorsque un groupe vote en bloc contre un autre qu'il faut se poser de sérieuses questions et je suis convaincu que si les Québécois d'origine française votaient de façon aussi monolithique, on ne tarderait pas à les taxer de racistes. D'ailleurs, on ne se gêne pas de nous présumer coupables... Mais au fait, pour quelles raisons au juste votez- vous toujours «contre», d'une façon aussi soutenue, comme une porte qui se referme à chaque fois qu'on ouvre les boîtes de scrutin? Que c'est qu'y'a? Vous n'aimez pas le bleu...???
On a même dit que ces mots étaient méprisants! Mais de quel mépris parle-t-on? Si un groupe humain vote massivement contre un autre, n'y a -t-il pas là une forme de mépris? Et celui-ci n'est-il pas très profond lorsqu'il se manifeste comme un rejet, contre un projet essentiel à l'épanouissement de ce peuple qui vit ici depuis plus de quatre cents ans. Mais dites-moi, quel mal y a-t-il à dire une évidence, à constater un fait? Vous avez le racisme un peu trop facile, monsieur Ethnique, et la poutre est souvent dans l'oeil du prêcheur.
Ce n'est qu'une fois souverain que de part et d'autre le mépris va se taire! Il faudrait qu'une bonne fois les ex-Canadiens-Français-Franco-Québécois-de-souche-et-de-naissance-d'origine-pure-laine-tricotés-serrés votent comme vous le faites, ne serait-ce que pour contrebalancer votre insistante solidarité et se démêler une bonne fois pour toutte.
J'ajouterais qu'on blâme les politiciens de ne pas nous dire ce qu'ils pensent et lorsqu'ils le font, on les cloue au pilori. Parce que les mots qu'il a prononcés à haute voix ce fameux soir, même mon épicier les pense tout bas; bien sûr, ceux qui font dans le cosmopolite et l'universel ne peuvent se permettre de tels écarts de langage... la carrière a de ces exigences...
Les racistes, c'est un peu comme les snobs, ils ne le savent pas tout l'temps; et lorsqu'on leur signale certaines irrégularités de comportement, ils protestent avec toute la vigueur de l'image que leur renvoient le milieu ambiant et les p'tits copains. J'ai remarqué aussi que ceux qui crient au racisme à tout bout de champ vivent généralement dans des quartiers blancs, ou l'inverse s'ils sont noirs ou visibles, entourés de gens qui leur ressemblent étrangement.
Pendant le référendum, au parc Éphémère, nos amis latinos chantaient Brassens sur un rythme de samba et les résidants des alentours dansaient avec l'Amérique du Sud au complet. Si vous connaissez des racistes sur le Plateau Mt-Royal, je vous prierais de me les nommer. Personnellement, j'en connais pas! Nous sommes pour la cha-cha-cha, le tango, la troïka, la tarantelle, la java, le sirtaki, les sets américains, les tam-tams africains, la basquaise dans l'fond d'la boîte à bois... et j'imagine des violons sur tous les toits du monde! Mais pour nous, le multiculturalisme ou la mosaïque canadienne... c'est un cadeau de Grec!
Ce mot, faut-il vous le rappeler, veut dire qu'un individu se croit d'une race supérieure, idem pour les peuples. Mais il peut aussi se pratiquer à l'envers et si vous cherchez des puces, si vous mesurez le racisme au compte-gouttes et l'utilisez à toutes les sauces, ne soyez pas surpris que je vous renvoie la balle.
Mais laissez-moi vous rassurer: les Québécois ne sont pas racistes et ce serait plutôt le contraire puisqu'ils se sont longtemps crus inférieurs... On a beau dire, le colonialisme laisse des traces... rouges. Ils ne sont pas xénophobes non plus, ou si peu; ce qu'ils n'aiment pas, ce qui les insulte et les blesse, est le fait que presque tous ceux qu'ils ont invités à leurs tables leur tournent le dos et vont finir la soirée chez le voisin.
Il faudrait que vous compreniez une bonne fois que nous ne voulons plus être une province comme les autres, que «la société distincte» est une patente bourassienne utilisée par des hommes petits, par l'homme qui a peur ... et que nous sommes un peuple... et que tous les peuples aspirent à leur souveraineté politique. Si vous refusez de faire partie de ce peuple, si vous vous en excluez, je le regrette... cela m'attriste... Mais ce faisant, je constate qu'en symbiose avec les Anglos, vous nous bloquez le chemin!
L'intégration ne veut pas nécessairement dire un appui à la souveraineté du Québec, mais un rejet aussi massif montre un refus très net de faire partie du peuple qui vous reçoit et de l'espace géographique que nous habitons ensemble. René Lévesque disait qu'un Québécois «... est quelqu'un qui vit au Québec et qui aime le Québec...»; j'ajouterais... «qui défend les intérêts du Québec...» Ceux d'entre vous qui nous appuient et nous aident, le font parfois en rupture avec leur groupe d'origine et je les en remercie de tout mon coeur; ils ont pleuré avec nous, ce soir-là, entre amis... intégrés et solidaires de la nation québécoise. «Je reviendrai me baigner dans mon petit lac; que l'eau soit transparente ou trouble, mon petit lac sera toujours le meilleur...» (le Devoir, 29 octobre 95 - proverbe vietnamien) Merci M. Chan Chau-Tran pour votre appui, et pour les belles images...
L'homme qui émigre ne sait pas toujours qu'il sera un immigrant toute sa vie. Il vient d'un pays et il a une culture derrière; dans son désir de faire partie, il est souvent blessé de se voir offrir la chaise de l'étranger pendant si longtemps... Je le sais pour l'avoir vécu, et vous le savez aussi. C'est ainsi dans tous les pays du monde, malgré la Charte des Droits et les menteries qu'on se raconte dans les salons branchés.
Mais l'homme qui émigre, s'il est lucide, sait aussi que ses enfants feront partie intégrante de son pays d'accueil, qu'ils vont fréquenter l'école en parfaite harmonie avec les fils et les filles de ceux qui l'habitent depuis plus longtemps. Moi, je les trouve beaux tous ces jeunes, dans leurs ressemblances et leurs différences, souvent avec l'accent d'ici; quand je les entends parler ensemble, rire ensemble, chanter ensemble, cela me réconforte et m'encourage à l'à venir.
L'Histoire nous a délimité une géographie en bleu et cet espace d'Amérique est le seul endroit au monde où nous puissions être chez nous, ce qui ne nous empêche pas de jaser avec les Chinois, sur Internet! Encore faudrait-il avoir une fenêtre sur le monde et peser sur ENTER! Nous n'avons plus de pays depuis que nos bons amis Canadians nous l'ont subtilisé. Y'a pas si longtemps, nous étions deux peuples fondateurs et c'étaient nous les Canadiens, les Habitants... au Forum de Montréal... Go Habs Go... L'hymne national que vous chantez avec tant de fierté a été composé par et pour «Les gens de mon pays»; nos bons voisins Anglais l'ont tripoté jusqu'à ce qu'il ne nous ressemble plus, comme la feuille d'érable qui a déjà été aussi un de nos symboles. Il faut dire en toute honnêteté qu'ils ont obtenu la collaboration empressée d'une partie des nôtres, mais des comme ça, y'en a partout! C'est pas grave... on va s'en écrire un autre bientôt; on pourrait même le composer et le chanter ensemble, si vous voulez...?
C'est l'Histoire qui nous a forcés à se replier au Québec et je comprends bien les fans des Rocheuses qui écoutent encore la vieille cassette du plus-beau-pays-du-monde; je comprends aussi le grand rêve américa, la gomme balounne, New York - New York, Wall-Mart, l'idée du bonheur et les oranges de Floride... C'est sûr qu'ici on n'est pas une grosse gang mais on est là, l'hiver aussi, dans l'espace français qui reste; et malgré tout, malgré vous s'il le faut... j'vous l'dis: on va finir par gagner! À force de besoin de vivre.
Je suis de l'ethnie Canadienne-Française, dont quatre-vingt-quinze pour cent des descendants vivent au Québec. Plus de soixante pour cent de ces gens ont voté OUI, que cela vous plaise ou non; sans ce «nous» qui vous agace tant, il n'y aurait pas de problème national. Nous ne voulons pas sortir du Canada mais sortir le Canada du Québec! Nous sommes chez nous ici! «My Canada includes Québec» n'a de sens que si nous faisons partie d'Eux... Nous sommes included dans la vision qu'ils ont d'eux-mêmes et ce qu'ils nous disent, dans l'fin fond, est qu'il est impensable de divorcer puisqu'ils acceptent, à la dernière heure, de nous faire une belle visite gratisse pour nous déclamer enfin leur amour : «Va-t-en pas chérie, je t'aime et j'ai tellement besoin de toi... je n'existe pas sans toi...!» Ils nous aiment d'ailleurs tellement que dès le lendemain, Frank Mackenna se promène au Québec en incitant nos compagnies à s'installer au New-Brunswick, que le ROC est mort de rire en voyant la caricature de Lucien Bouchard se faire bouffer sa jambe de bois par un castor ontarien, qu'un Wasp parlementaire qualifie Jacques Parizeau de bâtard pathétique, et que Jean Chrétien nous affirme que de toute façon, il n'aurait pas reconnu le résultat du référendum si on avait voté OUI, puisque 30 à 40 pour cent des Québécois sont trop caves pour comprendre que la séparation, c'est la sépanoration des méchants séparatisssses...! Et lorsqu'il a rajouté devant la droite torontoise que nous étions une horde d'illégaux illégitimes et que la bonne vieille Loi des Mesures de Guerre s'appliquerait à l'avenir si on n'est pas fins et raisonnables... la démocratie était bien contente d'entendre ce qu'elle voulait entendre et elle n'a même pas sourcillé de la Charte. Vous non plus d'ailleurs... et nos grands quotidiens français d'Amérique ont omis de le souligner. C'est drôle pareil!
Mais vous qui êtes si fiers d'être Québécois, puis-je vous demander en terminant où vous étiez exactement lorsqu'on nous a enfoncé dans la gorge une belle constitution que nous n'avons toujours pas signée? À la Place du Canada? sirotant un scotch à la santé des neuf Primes Ministers...? et c'était tellement beau de voir Her Majesty à la T.V parapher la bonne entente entre les peuples... sauf le mien.
Vous qui vivez ici, qui protestez que votre vote est aussi québécois que le mien, on ne vous voit pas beaucoup lorsque les fédés grugent nos pouvoirs et s'ingèrent dans les compétences exclusives qu'il nous reste...! Vous, qui regardez ailleurs lorsqu'on viole nos lois... qui vous bouchez les oreilles en entendant Vigneault ou Desjardins... qui ne regardez pas nos films, qui n'appréciez pas notre théâtre, qui ne lisez pas nos livres, qui n'achetez pas nos toiles, qui zappez nos émissions de télé, qui consommez The Gazette or the Globe and Mail, qui n'aimez pas nos couleurs, qui ne partagez pas nos rêves, qui ne connaissez pas notre histoire, et qui refusez de nous apprendre...
Vous, qui êtes du côté des fabricants de peurs à chaque fois que le Québec veut bouger, avancer, exister; vous, qui protestez trop fort que votre vote est aussi québécois que le mien... et qui en rajoutez en affirmant devant les caméras d'État que «nous insultons la démocratie»; vous, qui voudriez que je me taise, que je m'écrase; vous, qui aimez bien les aborigènes... comme on aime la Louisiane, le folklore... et le Vieux Montréal by night!
Le problème est dans le noeud du problème; le diable est dans' bricole parce que vous nous regardez à travers une autre culture, sans nous voir... et pourtant vous vivez ici, à côté de nous. «... À la prochaine fois... », très bientôt, essayez donc un peu de savoir qui nous sommes avant d'accuser tout un peuple à travers un homme qui a sacrifié une partie de sa vie pour lui redonner un pays!
Ne cherchez pas ailleurs les raisons de nos solitudes... et fichez-moi la paix avec la société distincte: c'est un pays qu'on veut... pis on va l'avoir...!
Désormais, je vous interdis de me traiter de raciste! Et contrairement à ce que vous laissez aussi entendre, je n'ai aucune «haine des étrangers»; mais en face de rejets à répétition, devant le refus systématique, vous me voyez dans l'obligation de vous considérer comme des ennemis.
Il faut être deux pour danser le tango!
Librement.
André Vincent
P.S. En pensant à Charly Wood, Jean-Louis Larousse, Renée-Daniel D. ... et les autres! «Voyant venir la hache dans la forêt, les arbres se disent: le manche est des nôtres...» (proverbe haitien)
En pensant à Max Bernard, Tony Manglaviti et Anthanasios Hadjis: «Qui n'a pas une parcelle de terre sous ses pieds n'est pas un homme...» (tiré de la sagesse hébreu - André Shouraqui) Il parlait d'Israël...
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IRAK
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La politique insensée du président Bush
Alain Touraine Sociologue - L'auteur présente aujourd'hui la grande conférence Gérard-Parizeau à l'Université de Montréal.
Le Devoir jeudi 3 avril 2003
Libre opinion: À travers les événements de la guerre qui se succèdent de plus en plus rapidement à mesure que s'approche la phase centrale, il faut apercevoir le caractère presque inouï, presque sans précédent, de la situation créée par le triomphe, au moins provisoire, du plan de transformation du monde inspiré par Dieu au président des États-Unis, qui se donne la mission de faire triompher le bien sur le mal.
Les guerres, comme la politique, ont toujours été, par le passé, liées à des intérêts, à des rapports de force et à des luttes pour le pouvoir. La guerre actuelle n'a au contraire ni cause, ni effet définissable, ni, finalement, de raison d'être identifiable. Le discours tenu par le président Bush sur la menace représentée par l'Irak ne tient pas devant la disproportion des forces entre ce pays et les États-Unis.
Le pouvoir américain, rejetant avec arrogance mais aussi dans les contradictions les plus évidentes l'intervention des Nations unies, agit aujourd'hui non pas seulement de manière unilatérale mais au nom d'une situation qui n'est rien d'autre que le reflet de son propre langage. Ceux qui croient expliquer cette guerre par la défense du pétrole se trompent. Cette guerre est aussi arbitraire que l'a été la création du monde par Dieu.
Quelle transformation en quelques mois ! Hier encore, on ne parlait que de mondialisation économique, et les partisans comme les adversaires de celle-ci, à Davos comme à Porto Allegre, annonçaient le triomphe de l'économie sur la politique, de la société civile sur l'État. Or, après le 11 septembre 2001 et pour des raisons qui dépassent l'événement, l'économie a perdu son rôle central, maintenant occupé par la guerre et l'affirmation de la mission de l'État américain. Du même coup, les États-Unis, pays où l'espace public a toujours été animé par des débats, des conflits et des innovations, a plongé dans le silence durable, que commencent seulement à rompre les manifestants qui défilent dans les grandes villes, silence qui ne laisse entendre d'autre discours que celui du pouvoir qui invente, qui produit la réalité, sans que celle-ci ait la moindre consistance en dehors de ce discours.
Jusqu'à quand cette disparition de la société, de la politique et de l'histoire peut-elle durer ? Jusqu'à quand le gouvernement américain se refusera-t-il à entendre les critiques de l'opinion mondiale et en particulier européennes ? Jusqu'à quand le silence sera-t-il gardé sur l'après-guerre en Irak et dans tout le Moyen-Orient, Palestine et Israël compris ? On comprend ceux qui souhaitent rendre aux Nations unies le rôle que les États-Unis leur ont enlevé en les associant à la reconstruction du pays dévasté. Mais on peut leur objecter que l'intervention internationale se placerait forcément à l'intérieur d'un protectorat militaire américain qui imposera ses décisions à ceux qui ne sont pas appuyés sur la force d'État.
L'essentiel est donc d'accélérer autant que possible le réveil de la société et donc de la politique, plongées dans l'obscurité et le silence imposé par un président aussi catégorique dans ses jugements que mal élu. Et c'est ici que la voix des pays européens et aussi celle du Canada ou de l'Australie peuvent se faire entendre, d'autant plus qu'elles circulent plus rapidement qu'autrefois, grâce surtout à Internet, et font communiquer ensemble toutes les parties de l'espace public aujourd'hui réduit à être l'écho de la parole du président. La responsabilité des intellectuels est grande.
Trop souvent, au cours des dernières décennies, ils se sont enfermés dans la nostalgie des combats passés et des débats dépassés. Il faut aujourd'hui qu'ils aident à comprendre à la fois la puissance des forces destructrices ainsi que la nature des nouveaux acteurs et des nouvelles protestations qui prennent forme, en particulier dans la société américaine.
Nous ne devons pas nous laisser enfermer à l'intérieur du discours du président; nous devons rompre le silence qui s'est imposé au Parti démocrate comme aux médias américains pendant un temps beaucoup trop long. Nous avons déjà constaté que les événements démentaient les discours officiels antérieurs.
Il faut maintenant lutter de plus en plus activement contre l'esprit même du politique qui a voulu faire disparaître les initiatives, les débats et les conflits de la société civile pour ne laisser subsister que le discours d'un État absolu appuyé aussi, ne l'oublions pas, sur le recul des libertés publiques. Déjà, l'opinion américaine marque ses réserves face à une guerre qui n'a aucun sens visible; il n'est pas impossible qu'elle abandonne plus vite que prévu le président Bush, aussi vite au moins qu'elle a accepté son grand dessein de transformation eschatologique du monde. L'événement principal n'est pas la lutte d'un géant contre un nain : elle est l'écrasement par le discours du pouvoir absolu de la politique, de la puissance, de toutes les idées, de toutes les analyses, de tous les débats qui forment la vie même d'une démocratie.
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IRAK
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Le temps des bombes Le pape pourrait peut-être changer la face du monde
Joseph Giguère
Conseiller en économie sociale et en action coopérative
Le Devoir jeudi 3 avril 2003
Aujourd'hui, sur notre planète, tous les coeurs et toutes les consciences qui palpitent d'humanité sont déchirés et alarmés. Avec l'arsenal le plus sophistiqué de l'univers connu, la foudre, les balles, les bombes, le feu, la mort, propulsés par une implacable stratégie de destruction, giclent sur l'Irak par la voie du ciel, de la mer et de la terre. Des centaines de milliers d'êtres humains, vieillards, adultes, adolescents, enfants, épouvantés sous le déploiement spectral de cette horreur effervescente, sont en situation de souffrance absolue. C'est la guerre.
Les moyens humains et politiques, les négociations, les rituels de chancelleries, les délibérations, les bras-de-fer diplomatiques à l'ONU, les mobilisations sans précédent de la société civile, les discours et les hymnes à la paix, tout a échoué. Le temps des mots s'est évanoui sous un rideau de fumée noire et mortifère. George W. Bush a décrété que c'était désormais le temps des bombes. La logique d'une telle décision est ouverte sur l'abîme. La perspective de la catastrophe extrême est entrée dans l'horizon et l'humanité ne semble plus disposer des moyens pour enrayer la menace.
La réponse officielle au pourquoi de cette guerre est ahurissante. Suivre le fil du raisonnement du président des États-Unis, premier protagoniste de cette apothéose de violence, est une poursuite qui, d'entrelacs en faux-fuyants, nous ramène toujours au même constat : la volonté de faire la guerre.
Cherche-t-il, par le sang, le feu et l'effroi, à en finir avec les «États voyous» qui font planer une menace terroriste sur notre planète ? Veut-il déterrer à coups de missiles des stocks d'armes de destruction massive enfouis quelque part dans le sol irakien ? Son oeuvre de ravage, de dévastation et d'hécatombe a-t-elle pour but de dissiper le nuage qui empêche le soleil de la démocratie de briller sur l'Irak ? Obéit-il aux diktats des actionnaires pétroliers et autres sourciers des oléoducs ? On ne sait trop.
Restaurer l'ordre politique du monde
Nous sommes placés devant un enjeu de la plus extrême importance. Le destin de l'humanité est en cause. Au quotidien, nous continuons de vaquer à nos occupations, ayant l'air de nous comporter comme si de rien n'était, mais nous sommes tous intensément habités par la gravité de la situation. Maintenant que les États-Unis ont défié le Conseil de sécurité, confinant Kofi Annan, le secrétaire général de Nations unies, à un rôle de travailleur social, notre monde est un espace où il n'y a plus d'ordre de gouverne qui transcende l'issue des rapports de force tribaux.
La loi du plus fort n'a plus de maître. La justice n'a plus d'arbitre. Une telle situation est inacceptable et infiniment dangereuse. Cherchant l'appui du plus grand nombre possible de gouvernements de bonne volonté, Kofi Annan devrait, dans un grand geste d'autorité démocratique à la hauteur de la dignité de l'humanité, convoquer une assemblée générale spéciale des Nations unies ayant pour objet de mettre fin à la guerre, d'établir les conditions de la paix et de restaurer l'ordre politique du monde.
En marge des perceptions que les uns et les autres peuvent avoir des carences et des dysfonctionnements de notre système actuel de représentation politique mondiale, devons-nous croire dans le politique pour régler la crise actuelle ? La réponse a un caractère inéluctable, dans le sens où il ne peut y avoir d'autre issue que politique à ce genre de situation. Cependant, il arrive parfois que le politique doit être rappelé à l'ordre quand il manque à sa mission de concentrer ce qu'il y a de meilleur, de plus humain, de plus juste, de plus noble et de plus transcendant dans la société.
Dans sa plus belle tradition, le politique est un prolongement de la mystique, selon l'expression de Péguy. Les jeunes et moins jeunes qui ont décidé de ne pas quitter l'Irak en temps de guerre par solidarité humaine, de chair et d'âme avec les Irakiens traduisent un sens de la mission politique beaucoup plus originel et élevé que ce qu'on retrouve chez nombre de nos dirigeants, à travers lesquels le politique n'a plus qu'un son de quincaillerie et d'artillerie.
Quo vadis, domine ?
Ceux et celles qui sont prêts à aller jusqu'à offrir leur corps en bouclier humain pour exprimer leur fraternité avec les Irakiens doivent nous servir de référence, non pas tant pour les imiter de façon mimétique mais pour nous indiquer le niveau et la qualité d'inspiration de la voie à suivre pour résoudre la crise actuelle. En dehors d'un horizon de justice et de fraternité humaines planétaires, les scénarios les plus ingénieux et les plus savants de règlement de conflit et de guerre sont des constructions de verre en zone sismique.
En observant un tel horizon, on peut apercevoir qu'il y a peut-être un homme qui pourrait encore changer la face du monde et contribuer de façon déterminante au dénouement de ce drame. C'est Jean-Paul II. Il n'aurait qu'à prendre son bâton de pèlerin, à l'instar des premiers apôtres et des premiers évêques, et à aller en Irak pour être dans un rapport de proximité et de compassion avec ses soeurs et frères humains qui souffrent là de façon extrême du mal dans le monde. S'il faisait cela, nul doute que plusieurs «disciples» le suivraient.
Cette évocation n'est pas sans rappeler le roman de Sienkiewicz et le film du même nom, Quo vadis. Ce titre fait allusion à la légende selon laquelle saint Pierre, fuyant Rome lors des persécutions de Néron, rencontra Jésus-Christ qui venait en sens inverse. Il lui demanda : «Quo vadis, domine ?» («Où vas-tu, Seigneur ?») Et Jésus lui répondit : «Puisque tu quittes mon peuple, je retourne à Rome pour y être crucifié une deuxième fois.»
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IRAK
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Un pique-nique en Irak
Alain Stritt - Montréal, le 29 mars 2003
Le Devoir jeudi 3 avril 2003
Lettres: L'épopée irakienne devait être un pique-nique... C'était compter sans le patriotisme irakien. Maintenant, on s'enlise dangereusement.
Le tourisme est aux abois, les compagnies aériennes font faillite, le dollar américain s'écroule, les échanges mondiaux sont au ralenti, c'est toute l'économie qui en pâtit. Mais ne soyez pas inquiets pour l'économie de nos voisins du Sud. Si les États-Unis veulent assurer eux-mêmes l'après-guerre, c'est parce qu'ils savent pertinemment ce que leur a rapporté la guerre du Golfe : 11 milliards à l'État, car la guerre a été financée à 70 % par le Koweït et par l'Arabie Saoudite, neuf milliards au privé et 49 milliards indirectement.
Côté moral, la logique de guerre est, comme ce conflit, unilatérale. Quand on montre des prisonniers de la coalition, on viole la convention de Genève. Au fait, qui a commencé à montrer les prises de guerre ? Qui a enfermé de présumés innocents dans les cages à poules de Guantanamo Bay ? Quand on assassine des populations innocentes pour des raisons aussi fallacieuses que pharisiennes, on parle de «dommages collatéraux»; quand on se fait attaquer sur son territoire, on parle de terrorisme. Quelle est donc cette justice ?
Côté religion, la Chambre des représentants états-unienne a voté un texte réclamant un jour de jeûne et de prière afin que Dieu protège le peuple américain des attentats et que, par la même occasion, il préserve les soldats partis pique-niquer à long terme.
Les États-Uniens ne sont certainement pas assez cultivés pour savoir que si leurs ancêtres, les pilgrim fathers, sont arrivés en 1620, c'était très précisément parce qu'ils étaient persécutés par l'ordre clérical britannique. Après de très nombreuses exactions commises au nom de la religion, les démocraties ont fini par reconnaître qu'il fallait mettre un terme au mariage de l'État et du clergé. Nous voilà, quelques siècles plus tard, à écouter les discours anachroniques de George W. Bush, discours qui s'apparentent en tout point avec ceux des fanatiques musulmans. Nous voilà revenus des siècles en arrière, à assister à l'union de la religion et de l'État. On nous a tout servi : la dictature, les armes de destruction massive, le terrorisme, même la démocratie à effet domino... Dans plus d'une vingtaine de pays bombardés par les États-Unis, dont la Chine, la Corée, le Nicaragua et plus récemment l'Afghanistan, pas une démocratie n'est née. Quelle crédibilité pouvons-nous donner à de telles inepties ?
Pourtant, nous restons des observateurs impuissants du néant, observateurs à l'écran d'une guerre dont la première victime est la vérité.
Il n'y a décidément rien d'honorable à assassiner un peuple à coups de bombes démocratiques et démagogiques. Il n'y a rien d'honorable à utiliser Dieu comme prétexte à l'avidité d'un gouvernement puissant mais inconscient. Les États-Unis viennent de provoquer un milliard six cents millions de musulmans. Les gouvernements s'achètent, pas le peuple. Souhaitons que les musulmans ne s'unissent pas... Le pique-nique tournerait au vinaigre, sans parler de l'après-pique-nique.
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