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Vers une réforme de l'État

Charest présente un cabinet de 25 membres et annonce la première «réingénierie» du gouvernement depuis la Révolution tranquille

Robert Dutrisac
LE DEVOIR - mercredi 30 avril 2003

Québec -- En présentant un conseil des ministres élagué et composé de 25 membres dont lui-même, le premier ministre Jean Charest s'est engagé, hier, à renouveler l'État québécois de fond en comble pour la première fois depuis la Révolution tranquille.

«En se donnant leur premier gouvernement élu du XXIe siècle, les Québécois ont tourné la page sur un modèle d'État», a déclaré Jean Charest dans son allocution prononcée à l'occasion de l'assermentation de son gouvernement. «Au cours de ce mandat, nous allons revoir de fond en comble l'organisation de l'État québécois. Ce sera la première réingénierie du gouvernement du Québec depuis la Révolution tranquille.»

Comme promis, Jean Charest a réduit la taille du conseil des ministres. Son cabinet compte 19 ministres en titre, y compris lui-même, et six ministres délégués. Le dernier cabinet de Bernard Landry était composé de 18 ministres en titre, de 17 ministres délégués et de quatre secrétaires d'État pour un total de 36, un record dans l'histoire du Québec. Le gouvernement Charest élimine trois ministères : celui de la Jeunesse, du Tourisme, du Loisir et du Sport, celui de la Recherche, de la Science et de la Technologie et celui de la Population, des Régions et des Affaires autochtones. Les responsabilités du tourisme et des régions reviennent au ministère du Développement économique et régional (anciennement le ministère de l'Industrie et du Commerce), celle des affaires autochtones va au Secrétariat des affaires intergouvernementales canadiennes, tandis que celles de la recherche et de la science tombent dans les limbes.

M. Charest s'est réservé la responsabilité de la jeunesse.

Le nouveau conseil des ministres comprend huit femmes, presque le tiers du cabinet, «la plus forte représentation de notre histoire», s'est vanté M. Charest. Cinq d'entre elles sont ministres en titre, dont Françoise Gauthier, qui devient la première femme à prendre la tête du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation. Toutefois, le premier ministre n'a pas nommé de ministre responsable de la condition féminine. Aucun ministre n'est responsable non plus de la Charte de la langue française.

Le drapeau du Canada a fait sa réapparition au Salon rouge où se déroulait l'assermentation. L'unifolié avait disparu du parlement en 1976 après l'élection du premier gouvernement du Parti québécois pour revenir en 1986 après la victoire de Robert Bourassa et disparaître de nouveau en 1994 avec l'arrivée du gouvernement de Jacques Parizeau.

Outre le comité de législation, Jean Charest crée quatre comités ministériels témoignant des priorités de son gouvernement : celui du Développement social, qui comprend la santé; celui de la Prospérité économique et du Développement durable, celui du Conseil du trésor et, enfin, celui de la Citoyenneté et de la Culture.

Jean Charest a nommé son amie Monique Gagnon-Tremblay vice-première ministre et ministre des Relations internationales. C'est à Monique Jérôme-Forget qu'échoient la présidence du Conseil du trésor et la responsabilité de l'Administration gouvernementale.

Comme prévu, Yves Séguin accède aux Finances, l'ex-recteur Pierre Reid prend les rênes de l'Éducation et le neurochirurgien Philippe Couillard est chargé de la Santé et des Services sociaux. La nouvelle venue Michelle Courchesne se retrouve à la tête du ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration tandis que Line Beauchamp obtient le ministère de la Culture et des Communications, domaine dont elle était la porte-parole dans l'opposition.

C'est à Jean-Marc Fournier, nommé ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir, que Jean Charest confie la délicate tâche de gérer les défusions.

«Je veux être clair. Nous allons nous éloigner avec ce gouvernement des relents d'autoritarisme», a dit hier M. Charest, tout en soulignant qu'il allait appliquer «le principe de la fiscalité d'agglomération pour que chaque citoyen soit appelé à payer sa juste part».

Dans le projet libéral de renouvellement de l'État, Mme Jérôme-Forget sera épaulée au sein du comité ministériel par Yvon Marcoux, nommé ministre des Transports et vice-président du Conseil du trésor, et par Michel Audet, qui devient ministre du Développement économique et régional. Hier, Mme Jérôme-Forget s'est dite prête à dire non à ses collègues et à faire des compressions dans les ministères.

Le nouveau député de Vanier, l'avocat Marc Bellemare, est nommé ministre de la Justice et Procureur général tandis que deux autres recrues de la région de Québec accèdent au cabinet : Sam Hamad prend le portefeuille des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs et Carole Théberge, qui a battu Linda Goupil dans Lévis, devient ministre déléguée à la Famille.

C'était écrit dans le ciel : Benoît Pelletier est nommé ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones. Il sera appelé à «seconder» M. Charest dans «notre diplomatie intérieure», a dit le premier ministre. «Nous allons récupérer la position du Québec comme leader de la fédération canadienne», a-t-il promis.

Il y a quelques surprises dans ce cabinet. Le député de Chomedey, Thomas Mulcair, est nommé ministre de l'Environnement tandis que le député de Jean-Lesage, Michel Després, obtient le Travail. Si le jeune député Claude Béchard devient ministre en titre avec le portefeuille de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, le député de Bonaventure, Nathalie Normandeau, est moins chanceuse : elle n'est que ministre déléguée au Développement régional et au Tourisme. Jacques Dupuis se contentera du poste de leader parlementaire et du titre de ministre délégué à la Réforme démocratique. Le «coloré» Norm MacMillan, pour employer l'expression de M. Charest, présidera le caucus des députés libéraux. Il y a aussi des absents de taille : le vétéran Pierre Paradis est laissé sur le carreau, tout comme Christos Sirros.

Avec la collaboration de Kathleen Lévesque

Les ministres du cabinet Charest

Voici la liste des membres du conseil des ministres du Québec :

- Jean Charest (Sherbrooke), premier ministre et ministre responsable des dossiers jeunesse;

- Monique Gagnon-Tremblay (Saint-François), vice-première ministre, ministre des Relations internationales et de la Francophonie et responsable de l'Estrie;

- Monique Jérôme-Forget (Marguerite-Bourgeoys), présidente du Conseil du trésor, ministre de l'Administration gouvernementale et responsable de la région de Montréal;

- Yves Séguin (Outremont), ministre des Finances;

- Philippe Couillard (Mont-Royal), ministre de la Santé et des Services sociaux;

- Pierre Reid (Orford), ministre de l'Éducation;

- Michel Audet (Laporte), ministre du Développement économique régional;

- Jean-Marc Fournier (Châteauguay), ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir et responsable de la Montérégie;

- Marc Bellemare (Vanier), ministre de la Justice et Procureur général;

- Jacques Chagnon (Westmount-Saint-Louis), ministre de la Sécurité publique;

- Yvon Marcoux (Vaudreuil), ministre des Transports;

- Claude Béchard (Kamouraska-Témiscouata), ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille et responsable du Bas-Saint-Laurent et de la Côte-Nord;

- Line Beauchamp (Sauvé), ministre de la Culture et des Communications;

- Thomas Mulcair (Chomedey), ministre de l'Environnement et leader parlementaire du gouvernement;

- Sam Hamad (Louis-Hébert), ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, responsable de la région de la Capitale nationale;

- Françoise Gauthier (Jonquière), ministre de l'Agriculture, des Pêches et de l'Alimentation et responsable de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean;

- Michelle Courchesne (Fabre), ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration et responsable de la région de Laval;

- Michel Després (Jean-Lesage), ministre du Travail;

- Lawrence Bergman (D'Arcy-McGee), ministre du Revenu;

- Benoît Pelletier (Chapleau), ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes et des Affaires autochtones;

- Jacques Dupuis (Saint-Laurent), ministre délégué à la Réforme des institutions démocratiques et responsable des régions des Laurentides et de Lanaudière;

- Nathalie Normandeau (Bonaventure), ministre du Développement régional et du Tourisme;

- Julie Boulet (Laviolette), ministre déléguée à la Santé et aux Aînés et responsable des régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec;

- Carole Théberge (Lévis), ministre déléguée à la Famille et responsable de la région de Chaudière-Appalaches;

- Pierre Corbeil (Abitibi-Est), ministre délégué aux Forêts, à la Faune et aux Parcs et responsable des régions de l'Abitibi et du Nord-du-Québec.

Participeront également aux réunions du conseil des ministres :

- Yvon Vallières (Richmond), whip en chef du gouvernement;

- Norman MacMillan (Papineau), président du caucus ministériel.




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Présentation du conseil des ministres

Le gouvernement du changement

«Notre gouvernement a été élu pour changer des choses, notre conseil des ministres a été formé pour piloter ces changements»

Jean Charest
premier ministre du Québec
LE DEVOIR - mercredi 30 avril 2003


Voici de larges extraits de l'allocution prononcée hier au salon rouge de l'Assemblée nationale par le nouveau premier ministre, Jean Charest, à l'occasion de la présentation du conseil des ministres.

Notre gouvernement a été élu pour changer des choses, notre conseil des ministres a été formé pour piloter ces changements. Le 14 avril dernier, nous avons reçu des Québécois le mandat de mettre le gouvernement du Québec au service de ses citoyens. Nous allons le faire à travers toutes les missions essentielles de l'État, dont la santé, qui n'est pas la seule priorité, mais qui est la première de nos priorités. [...]

En se donnant leur premier gouvernement élu du XXIe siècle, les Québécois ont tourné la page sur un modèle d'État. Au cours de ce mandat, nous allons revoir de fond en comble l'organisation de l'État québécois. Ce sera la première réingénierie du gouvernement du Québec depuis la Révolution tranquille.

Je veux que nous proclamions notre différence en sachant qu'elle est forte. C'est notre mission. Chers collègues du conseil des ministres, vous avez reçu un mandat. Vous êtes maintenant prêts à changer les choses. Les changements que nous proposons sont des changements nécessaires, nous les connaissons. Ils commanderont des choix qui seront parfois difficiles mais des choix qui consolideront l'avenir du Québec. La révision des programmes s'effectuera dans chacun de vos ministères. J'attends de vous une collaboration pleine et entière à cet exercice. Nous agirons avec détermination.

***

M. le ministre de la Santé et des Services sociaux, c'est un gouvernement libéral qui a fait naître notre système de santé, cela a commencé sous le gouvernement de M. Lesage, s'est continué sous le gouvernement de M. Bourassa, eh bien, vous allez construire afin que les efforts de tous et chacun, qu'ils soient médecins, infirmières, administrateurs ou employés de soutien, soient entièrement tournés vers les services aux malades et aux personnes dans le besoin. Vous allez rebâtir. Les services devront être dispensés 24 heures par jour, sept jours par semaine dans toutes les régions du Québec. Votre principal défi sera de combattre l'attente. Dans ce Québec, il y a des millions... des milliers, dis-je, d'enfants dont l'intégration scolaire est compromise parce qu'ils n'ont pas accès à des services de réadaptation et vous savez avec quelle énergie nous avons défendu leur cause dans les dernières années. Je veux que nous nous en occupions. Vous serez appuyé par la ministre déléguée à la Santé, à la Condition des aînés et vous êtes privilégié parce que vous êtes secondé par une personne qui a déjà une expérience dans le domaine de la santé et qui prêtera une attention particulière à la situation des aînés, à ceux et celles qui ont bâti le Québec.

M. le ministre de l'Éducation, le Québec doit relever le défi de la mondialisation. Pour ce faire, il doit relever le défi de la connaissance et de la compétence. La réussite du Québec dépend de la réussite du plus grand nombre dans nos écoles, dans nos cégeps et dans nos universités. Vous avez le mandat justement de faire un effort supplémentaire pour s'attaquer à ce problème de la poursuite des études, du décrochage scolaire et d'intervenir dès le niveau primaire. Vous avez le mandat impopulaire auprès des enfants d'augmenter les heures d'enseignement au niveau primaire aussi. Malgré cela, vous travaillerez en étroite collaboration avec les milieux, les groupes communautaires pour mettre en place un vaste programme aux devoirs. Vous allez aider nos jeunes à décrocher leurs rêves.

Mme la présidente du Conseil du trésor, vous serez l'architecte du renouvellement de l'État québécois. Vous piloterez la révision de tous les ministères, organismes publics ainsi que des programmes qu'ils administrent. Vous superviserez la création d'un véritable gouvernement en ligne. Cela représente un défi majeur. M. le ministre des Finances, nous sommes les plus taxés du continent. Vous allez nous débarrasser de ce titre. Vous allez ramener la transparence dans la gestion des finances publiques. Je veux que les Québécois sachent ce que nous faisons de chaque dollar que nous percevons. Et, quant à vous, M. le ministre du Revenu, je veux que votre ministère devienne un modèle d'efficacité. Vous faciliterez et vous simplifierez la vie des contribuables et des entreprises.

M. le ministre du Développement économique et régional, vous allez redéfinir le rôle de l'État dans notre économie. Vous allez miser sur l'entrepreneurship et non pas sur l'interventionnisme de l'État. Vous allez inaugurer une nouvelle ère de partenariat avec les régions du Québec [...] M. le ministre de l'Environnement, l'économie québécoise, rappelons-le, est parmi celles qui dépendent le plus sur son patrimoine naturel. Je ne pense pas qu'il y ait une autre économie dans le monde qui dépende autant sur son patrimoine naturel. Le développement durable doit devenir pour nous une réalité de tous les jours, ce n'est pas un choix au Québec, nous devons donner l'exemple aujourd'hui et pour les générations à venir. Je veux que vous dotiez le Québec d'un vrai plan vert, un plan de développement durable.

M. le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, notre gouvernement va combattre la pauvreté et nous allons tout mettre en oeuvre pour que chaque citoyen puisse participer pleinement au marché du travail et à la société québécoise en se rappelant que, pour la majorité des citoyens, c'est en participant au marché du travail et en ayant tout ce qu'il faut pour participer au marché du travail qu'on peut participer pleinement à notre société. Vous allez donc faciliter la transition vers le marché du travail. Nous allons valoriser l'effort, et nous allons faciliter la conciliation travail-famille.

M. le ministre du Travail, vous passerez en revue les lois du travail afin que la législation corresponde à la réalité du marché du travail, et vous allez le faire dans le respect des employés et dans le respect des employeurs. M. le ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, vous devrez assurer le développement énergétique du Québec. Vous affirmerez notre volonté de prioriser l'hydroélectricité tout en développant des formes d'énergies propres et renouvelables. Vous redonnerez confiance aux Québécois dans la gestion des forêts et, pour y arriver, vous allez être appuyé par le député d'Abitibi-Est, le ministre délégué à la Forêt, à la Faune et aux Parcs. [...]

M. le ministre des Affaires municipales, je veux être clair et le dire comme je le sens, nous allons nous éloigner avec ce gouvernement de relents d'autoritarisme. Mais attention, je veux plus d'autonomie pour le monde municipal, et on va travailler en partenariat avec les élus municipaux. Nous allons respecter les droits des citoyens à participer aux décisions sur l'avenir de leurs communautés. Nous allons appliquer le principe de la fiscalité d'agglomération pour que chaque citoyen soit appelé à payer sa juste part. Nous souhaitons la réussite des nouvelles villes et nous avons obtenu le mandat de favoriser cette réussite en permettant à la démocratie de s'exprimer. [...]

Mme la ministre de la Culture et des Communications, notre culture est notre manière d'être, elle imprègne notre façon de grandir et de prospérer. Vous aiderez les artistes à nous alimenter de cette énergie vitale. Vous verrez à l'épanouissement de notre langue commune qui, pour nous, est un instrument de liberté.

Mme la vice-première ministre et ministre des Relations internationales et chère amie, le Québec exerce sa diplomatie sur la scène internationale, notamment au sein de la Francophonie. Les sociétés comme le Québec, qui n'ont pas l'avantage du nombre, ont le devoir de l'audace. Notre économie et notre culture dépendent de notre habilité à notre volonté de nous faire connaître sur tous les continents. Vous serez de toutes les batailles pour défendre la diversité culturelle, tout comme la ministre de la Culture vous accompagnera dans cette lutte au nom des citoyens du Québec. [...]

Dans ce cabinet ministériel, il y a des responsabilités particulières qui relèveront directement du Conseil exécutif et donc du premier ministre. D'abord, je serai le ministre responsable de tous les dossiers relatifs à la jeunesse. J'en ferai donc une priorité personnelle. D'autre part, le ministre délégué aux Affaires canadiennes et autochtones me secondera dans ce que nous pourrions appeler notre diplomatie intérieure. Cette diplomatie repose sur une évidence : le Québec existe pleinement, il est maître de son destin. Nous avons la responsabilité, nous, surtout nous ici, à l'Assemblée nationale du Québec, notre différence, nous avons la responsabilité de l'affirmer, de la promouvoir. Et nous allons l'assumer pleinement. Nous allons également bâtir avec les peuples autochtones, les nations autochtones du Québec des liens solides, des liens d'avenir. Nous sommes tous des Québécois. Nous partageons avec eux un destin commun. [...]

***

En terminant, j'aimerais adresser quelques mots à tous les Québécois. Aujourd'hui, notre démocratie vit un moment très important. Nous avons formé un nouveau gouvernement. [...] Ce gouvernement de tous les Québécois se distinguera par sa détermination à réaliser ses engagements. Nous avons présenté notre plan pour le Québec six mois avant l'élection générale. Nous savons clairement où nous allons. Les Québécois nous ont élus pour que nous changions les choses, nous allons donc le faire avec empressement. Et ces changements donneront jour à un grand renouveau du Québec. Dans ce Québec renouvelé, nous soignerons mieux et plus rapidement. Nos jeunes réussiront mieux à l'école, et nous voulons surtout donner à leurs parents plus de temps. Nous paierons moins d'impôts. Notre État sera plus efficace, et nos régions seront plus dynamiques.

Vous avez fait de nous, la population du Québec, les instruments des changements que vous souhaitez. Je vous invite maintenant, vous les citoyens du Québec, à participer et à nous accompagner dans cette volonté de changement et à bâtir le Québec que vous voulez. Merci.




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Une responsabilité

Michel Venne
LE DEVOIR - mercredi 30 avril 2003


Le rôle d'un ministre dépasse largement celui d'un gestionnaire. Dans notre système parlementaire, il est certes responsable devant le peuple de l'administration de son ministère. Mais il incombe à l'homme ou à la femme politique un devoir bien plus noble que celui d'équilibrer les comptes. C'est celui de saisir les aspirations et les besoins de ses concitoyens pour les traduire, dans le domaine dont il a la charge, en lois, en programmes et en actions destinées à servir l'intérêt général.

Chaque homme, et chaque femme, choisi hier par le premier ministre Jean Charest pour gouverner le Québec est investi d'un pouvoir mais surtout d'une responsabilité. Il faut savoir exprimer notre gratitude à ceux et celles qui acceptent de l'assumer.

Le Québec n'est pas un hôpital. Et l'État du Québec n'est pas une coopérative de services publics. L'État est un mécanisme complexe de contrôle et de dialogue entre les gouvernants et les gouvernés. Il est le lieu des compromis et des médiations entre les forces qui composent la société. Il peut invoquer la puissance que lui confère la légitimité démocratique pour assurer la sécurité de nos concitoyens. Mais il est aussi, surtout pour une petite nation comme la nôtre, un instrument de développement.

Chacun des membres du nouveau gouvernement doit le comprendre et se mettre à l'oeuvre dans ce sens. Il ou elle a un devoir d'imagination, d'initiative et d'animation de la société. Son rôle est de mettre cette société en mouvement.

***

Pour les années à venir, les chantiers ne manquent pas, au-delà de ceux, comme la santé, qui viennent spontanément à l'esprit. Dans ce domaine d'ailleurs, le gouvernement aurait avantage à se mettre au diapason de la population qui veut conserver un système universel et accessible. Sans exclure complètement le rôle du secteur privé, il faut tout de même tenir compte de toutes les études sérieuses qui montrent que la privatisation de ce secteur engendre, partout où on l'a essayée, une hausse des coûts et un accroissement de la bureaucratie sans pour autant résorber les listes d'attente. La refonte de la première ligne doit se poursuivre. Une réflexion de fond s'impose sur le plan du financement. Les coûts sont condamnés à augmenter.

La santé ne tient pas qu'au système de soins. La prévention par l'assainissement de l'environnement, l'activité physique et une saine alimentation est déterminante. À cet égard, Thomas Mulcair s'est vu confier une responsabilité extrêmement importante comme titulaire de l'Environnement, pourvu que son ministère ne soit pas inféodé aux autres, à vocation économique. Mégaporcheries, forêt, politique de l'eau, recyclage des matières résiduelles, contrôle du parc automobile, autant de domaines dans lesquels le Québec a des croûtes à manger.

La sauvegarde du pays réel est une responsabilité transversale. Y aura-t-il, dans le discours inaugural de Jean Charest, un engagement envers le développement du transport en commun sous toutes ses formes, en particulier dans la région de Montréal ? Va-t-on accentuer les efforts pour favoriser le développement d'énergies renouvelables (l'éolien, l'hydrogène) au pays de l'hydro-électricité ? Aura-t-on l'intelligence de soutenir le développement de technologies qui favorisent le développement durable et ainsi appuyer l'essor d'un secteur économique promis à une croissance durable, notamment sur les marchés de l'exportation ?

Car le Québec est branché sur le monde. À cet égard, nous n'avons guère entendu le Parti libéral se prononcer sur la question de la mondialisation et de ses conséquences. Le gouvernement précédent appuyait le principe d'une mondialisation équilibrée. Monique Gagnon-Tremblay devrait prendre le relais sans gêne.

Benoît Pelletier passe de la théorie à la pratique en matière de relations fédérales-provinciales. Il serait bien avisé de miser d'abord sur la consolidation des pouvoirs du Québec avant de chercher à les partager. Il a proposé que soit reconnu aux provinces un rôle plus actif dans les relations internationales. À côté du combat que dirigera Yves Séguin contre le déséquilibre fiscal, cela pourrait constituer pour lui une priorité.

Le développement du capital social des citoyens du Québec devrait être vu comme un objectif qui traverse toutes les missions du gouvernement.

En éducation, les défis sont clairs : nous avons un taux de décrochage et un taux d'analphabétisme fonctionnel parmi les plus élevés du monde industrialisé. Le Québec doit aussi se mettre à l'heure de la formation continue, tout au long de la vie.

En matière culturelle : la formation des publics, l'accès à l'art et aux oeuvres pour le plus grand nombre, mais aussi l'accès à l'information dans un contexte de concentration de la propriété des médias et de progrès désordonné des sciences.

Le Québec des régions est prêt à accepter des responsabilités. Mais attention aux gestes intempestifs. Il faut respecter les communautés d'appartenance que sont devenues les MRC. Et le nouveau gouvernement serait malavisé de se défaire trop vite d'instruments de développement comme la SGF. Sur le plan social, la voie est tracée avec la Loi sur la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. La route est ouverte mais n'est pas balisée. Quel bel objectif de faire du Québec non seulement une société prospère mais une société juste ? Et puis Jacques Dupuis hérite d'une responsabilité délicate, celle de réformer nos institutions démocratiques. Changer le mode de scrutin ne suffira pas. Pourquoi pas doter le Québec, dans le cadre d'une démarche civique ambitieuse, d'une Constitution ?

La liste pourrait s'allonger : conciliation famille-travail, choc démographique, promotion de la langue française. Bonne chance messieurs, dames !

vennem@fides.qc.ca

Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec, chez Fides.




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Un gouvernement ambitieux

Bernard Descôteaux
LE DEVOIR - mercredi 30 avril 2003


Éditorial - Jean Charest n'est pas l'homme des grandes politiques, mais il a de l'ambition, tout particulièrement celle de transformer l'État québécois. En prenant les commandes de l'appareil gouvernemental hier, il s'est entouré d'une équipe de gestionnaires qui, bien que plusieurs possèdent une feuille de route impressionnante, est peu expérimentée sur le plan politique dans son ensemble.

Une caractéristique du premier gouvernement Charest est de fait cette relative inexpérience politique. Seuls quatre des 25 ministres ont déjà occupé des fonctions ministérielles. Outre M. Charest, seule Monique Gagnon-Tremblay a une expérience significative d'un conseil des ministres, ayant tenu plusieurs portefeuilles sous Robert Bourassa et Daniel Johnson, dont celui des Finances. À titre de vice-première ministre, elle sera à la fois la caution morale et le guide de ce jeune gouvernement.

À défaut d'expérience politique, les principales têtes d'affiche du gouvernement Charest sont néanmoins des gens aguerris ayant acquis dans leurs domaines respectifs une expertise qui rassure. C'est le cas de Pierre Reid, cet ancien recteur de l'Université de Sherbrooke nommé à l'Éducation, du Dr Philippe Couillard, un ancien directeur de département au CHU de Sherbrooke nommé à la Santé, de Yves Séguin, le spécialiste du déséquilibre fiscal qui a pour mandat de réduire les impôts des Québécois, et de Michel Audet, un ex-sous-ministre des Finances et de l'Industrie et du Commerce, nommé responsable du développement économique.

À tous, M. Charest leur a confié d'ambitieux mandats. C'est toutefois à une femme, Monique Jérôme-Forget, qu'il attribue la tâche la plus complexe et la plus difficile. À la tête du Conseil du trésor, elle sera, selon les mots du premier ministre, l'architecte de la réingénierie de l'État, une façon d'évoquer la transformation du modèle québécois que le premier ministre rêve de réaliser. Cela devra être fait simultanément à la revue des programmes, un processus dont l'objectif vise à réduire les dépenses. Il faudra de la détermination -- ce qui ne manque surtout pas à Mme Jérôme-Forget -- dont le parcours professionnel l'a confrontée à des défis de gestion importants.

Ces six ministres constituent la ligne de front du gouvernement. On pourra mieux les juger après les avoir vus dans l'action. A priori, M. Charest semble avoir fait les bons choix. Il mérite une bonne note. En deuxième ligne se retrouvent des gens moins chevronnés qui auront à porter dans certains cas des dossiers difficiles. Soulignons l'exemple de Jean-Marc Fournier qui reçoit le dossier des défusions, celui de Claude Béchard chargé de la lutte à la pauvreté et celui de Benoît Pelletier qui défendra les intérêts du Québec face à Ottawa. L'inexpérience n'est toutefois pas un défaut lorsqu'elle est compensée par le dynamisme qui accompagne l'arrivée d'une équipe inspirée par le changement.

Il y a longtemps que le Québec n'avait pas assisté à la prise en charge des affaires de l'État par une équipe aussi nouvelle. Les changements de gouvernements en 1985 puis en 1994 se situaient dans la continuité de gouvernements libéraux et péquistes précédents. L'arrivée de l'équipe Charest peut se comparer à l'élection du PQ en 1976. On ne retrouve certes pas l'esprit du gouvernement Lévesque qui voulait compléter la Révolution tranquille en amenant le Québec à l'indépendance. Si les changements proposés aujourd'hui vont plutôt dans le sens contraire, la volonté de changement est bien réelle.

À plusieurs reprises le nouveau premier ministre a rappelé le sens du mandat obtenu le 14 avril. Transparaît dans ses propos un désir, sinon une obsession, de tenir ses promesses. Il prétend «savoir clairement où nous allons», mais on est loin d'avoir une carte détaillée de la route qu'il veut faire parcourir aux Québécois. Le débat électoral ne nous a donné que les grands axes du changement proposés qui, s'ils étaient tous mis en oeuvre, entraîneraient des changements profonds. Ne préjugeons de rien. Laissons au nouveau gouvernement le temps de se préparer en l'invitant à ne pas sous-estimer les obstacles qui ne manqueront pas de surgir devant lui.

bdescoteaux@ledevoir.ca




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Le vengeur

Michel David
LE DEVOIR - mercredi 30 avril 2003


Perspectives: Les amis de Pierre Paradis ont commencé à s'inquiéter dès le soir du 14 avril, quand ils ont vu Jean Charest inviter Daniel Johnson à monter sur la scène pour partager les honneurs de la victoire.

Déjà, la présence de l'ancien premier ministre au sein du comité de transition de M. Charest n'augurait rien de bon pour M. Paradis. De toute évidence, il ne fallait pas compter sur lui pour une recommandation. Quand M. Johnson a démissionné, en 1998, il s'est assuré de faire le désert autour de celui qu'il avait toujours soupçonné d'avoir sapé son leadership.

Deux ans plus tôt, M. Paradis s'était rendu à Ottawa, en compagnie de Georges Farrah et Jacques Chagnon, soi-disant pour implorer la clémence de Jean Chrétien, qui semblait déterminé à l'abattre. M. Johnson avait plutôt eu l'impression que son leader cherchait à l'affaiblir davantage.

En réalité, la rivalité entre les deux hommes remontait à 1983, quand ils se sont lancés dans la course à la succession de Claude Ryan. Ni l'un ni l'autre ne faisaient le poids face à Robert Bourassa, mais M. Johnson avait été humilié de terminer dernier. Lui, un fils de premier ministre, ci-devant Secrétaire de Power Corporation, se faire coiffer au fil d'arrivée par un «bouseux» de Bedford ! Jean Charest aura finalement été son vengeur.

La formation d'un nouveau conseil des ministres réserve toujours son lot de surprises et de déceptions, mais il est tout à fait exceptionnel qu'un poids lourd comme M. Paradis soit laissé de côté. Il pouvait s'attendre à perdre son poste de leader parlementaire, mais de là à se retrouver le bec à l'eau... Son exclusion était incontestablement la nouvelle de la journée.

À moins que M. Charest n'ait appris des choses d'une gravité telle qu'elles rendraient M. Paradis inapte à assumer des fonctions ministérielles, cette décision est d'autant plus surprenante qu'il vient de se faire bien inutilement un ennemi mortel.

S'il voulait faire une démonstration d'autorité, c'est certainement réussi, mais il vaut parfois mieux garder un rival près de soi que de le laisser sans surveillance. Après une pareille humiliation, le premier réflexe de M. Paradis sera peut-être de démissionner. À la réflexion, il serait toutefois étonnant qu'il fasse ce plaisir à son chef.

L'étoile du nouveau premier ministre est présentement à son zénith, mais elle pâlira un jour ou l'autre. Inévitablement, les mécontents chercheront quelqu'un vers qui se tourner. M. Paradis n'était peut-être pas le plus populaire au sein du caucus libéral, mais le traitement cavalier qui lui a été réservé en choquera plusieurs. Sa feuille de route lui aurait mérité un peu plus d'égards.

Si M. Paradis apparaît comme le grand perdant de la journée, Monique Jérôme-Forget est la gagnante. On lui prédisait un prix de consolation pour la perte des Finances, mais sa nomination au Conseil du trésor en fait la femme forte du cabinet. La réussite du plan d'action de M. Charest dépendra au premier chef de sa capacité à dire non à ses collègues, qui viendront lui réclamer des budgets.

Yves Séguin a finalement eu le ministère qu'il convoitait depuis son entrée en politique, en 1989, mais le nouveau ministre des Finances n'aura pas la moitié du pouvoir que détenaient ses successeurs, Bernard Landry et Pauline Marois. Sa situation rappellera davantage celle de Jean Campeau ou encore de Gérard D. Lévesque.

M. Charest a pris un certain risque en confiant la Santé, l'Éducation et la Justice à des néophytes, mais René Lévesque avait fait de même en 1976 et le résultat n'a pas été si mauvais. La condition du succès est ici de bien les encadrer au niveau sous-ministériel.

Plus encore que la nomination de Françoise Gauthier à l'Agriculture, la surprise du jour est peut-être celle de Thomas Mulcair à l'Environnement. Après André Boisclair, le moins qu'on puisse dire est qu'il y aura un changement de style. M. Mulcair est du genre pit-bull. S'il se donne une mission, il peut être très opiniâtre. L'important est que ce soit la bonne.

mdavid@ledevoir.com




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Nommé au poste de ministre de la Santé - Couillard est bien reçu

«C'est une bonne chose pour les médecins, mais aussi pour tous ceux qui travaillent dans le réseau»

Isabelle Paré
LE DEVOIR - mercredi 30 avril 2003


Le milieu de la santé a accueilli favorablement hier la nomination d'un des siens au poste de ministre de la Santé, convaincu que la présence du Dr Philippe Couillard aux commandes du réseau permettra de remettre les services de santé sur la bonne voie.

L'entrée au conseil des ministres du neuro-chirurgien de 46 ans n'avait rien d'une surprise pour le milieu, puisque le candidat libéral était pressenti pour occuper ce poste dès son recrutement par l'équipe libérale l'hiver dernier. «Ce n'est pas une surprise, mais d'entrée de jeu, on sait que c'est quelqu'un qui connaît le réseau et qui sera branché sur ce qui se passe sur le terrain», a dit hier Jeannie Skene, la présidente de la puissante Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ).

En effet, le nouveau ministre de la Santé était jusqu'à tout récemment chef du département de neuro-chirurgie du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS). Il a aussi travaillé en Arabie Saoudite de 1995 à 1999, où il a contribué à fonder le département de chirurgie de l'hôpital de Dharhan. À 32 ans, il avait aussi été nommé chef du département de neuro-chirurgie de l'hôpital Saint-Luc.

Mme Skene espère que la connaissance aiguë des problèmes du réseau du nouveau ministre lui permettra de se mettre rapidement au boulot pour redonner au système sa vitesse de croisière.

Cependant, les infirmières entendent surveiller de près les actions du gouvernement libéral, qui a promis l'abolition des régies régionales et une décentralisation importante des décisions en santé. Selon la FIIQ, il faudra éviter de faire table rase de tout ce qui existe et d'enlever cette importante voix au chapitre à la population des régions.

L'Association des hôpitaux (AHQ), qui s'est souvent colletée avec le gouvernement péquiste sur la question des déficits, s'est montrée elle aussi fort rassurée de l'entrée en piste d'un médecin, parfaitement au courant des problèmes concrets que vivent au quotidien les hôpitaux. Selon le président de l'AHQ, Daniel Adam, le ministre Couillard devra s'attarder en priorité aux listes d'attente, à la relève des professionnels du réseau et au financement. «On sait que le sous-financement est au coeur de tous les problèmes et que le PLQ s'est engagé à investir plus. Les déficits de fonctionnement sont très liés à cet état de sous-indexation chronique», a soutenu le porte-parole de l'AHQ. Les hôpitaux, dont les déficits cumulés ont atteint près de 650 millions au cours des trois dernières années, espèrent voir leurs budgets indexés de 6,2 % par année.

Les médecins, qui ont vécu une partie de bras de fer avec le ministre de la Santé précédent, François Legault, se montrent eux aussi plus que ravis de l'arrivée d'un collègue aux commandes. «C'est une bonne chose pour les médecins, mais aussi pour tous ceux qui travaillent dans le réseau, car le ministre comprendra leur situation. Avec toutes les promesses qui ont été faites en santé, on souhaite qu'il se mette rapidement à l'oeuvre pour réduire les listes d'attente et pour lever les plafonds imposés à plusieurs spécialistes», a souligné hier le Dr Yves Dugré, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

Les médecins omnipraticiens, échaudés par la succession de quatre ministres en huit ans, espèrent que ce nouveau ministre restera en poste plusieurs années et le mettent en garde contre des réformes précipitées. «On veut que ce qui a été amorcé avec les groupes de médecine familiale [GMF] se poursuive», affirme le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Renald Dutil, qui espère aussi que la priorité accordée aux services médicaux de première ligne sera maintenue. «Quand on parle d'abolir les régies et les départements régionaux de médecine générale [DRMG], il faut faire attention de ne pas tout balayer du revers de la main», ajoute ce dernier.

L'Association des CLSC et des CHSLD, qui avait été choyée par des investissements de plus de 500 millions annoncés en février par Bernard Landry, a quant à elle offert son entière collaboration au nouveau ministre. Compte tenu des engagements pris par le PLQ, les CLSC se montrent peu inquiets concernant l'intention des libéraux d'améliorer les services de première ligne en CLSC. «Pour nous, ce mouvement vers la première ligne est général et a été recommandé par toutes les commissions d'étude, que ce soit la commission Romanow ou la commission Clair. Nous ne craignons pas que cela soit remis en question», a indiqué hier la présidente de cette association, Andrée Gendron.




PLQ

Ministre des Affaires municipales
- Fournier à l'écoute des doléances des nouvelles villes

Tommy Chouinard
LE DEVOIR - mercredi 30 avril 2003


Québec -- Héritier de l'épineux dossier des défusions, le nouveau ministre des Affaires municipales Jean-Marc Fournier entend ne pas faire «éterniser» le débat autour de cette question, mais il souhaite investir le temps nécessaire pour élaborer le projet de loi-cadre sur les défusions et écouter les doléances des nouvelles villes.

Les maires de six grandes villes fusionnées, dont la majorité ont fait une sortie publique en pleine campagne électorale contre la promesse de loi-cadre du chef libéral Jean Charest, accueillent avec optimisme la nomination de M. Fournier. Néanmoins, ces maires présents hier à l'assermentation du gouvernement Charest entendent bien démontrer au nouveau ministre le bien-fondé des nouvelles villes fusionnées afin d'éviter leur démantèlement.

Dès sa première conférence de presse à titre de ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier s'est montré compréhensif envers les maires de villes fusionnées et a indiqué, comme son chef l'avait fait avant lui, qu'il avait un préjugé favorable pour les nouvelles villes et qu'il souhaitait travailler avec les élus municipaux.

Jean-Marc Fournier n'a toutefois pas voulu indiquer quand il déposerait son projet de loi-cadre sur les défusions, une législation qui permettrait aux citoyens des anciennes municipalités de réclamer la tenue d'un référendum sur les défusions. «On va avoir le temps nécessaire pour bien faire les choses. Je suis bien conscient qu'il y a un élément d'incertitude qui existe et qu'il faudra agir avec célérité, mais en même temps célérité ne veut pas dire agir de façon à ce qu'il y aurait des conséquences plus néfastes encore. Il faut prendre le juste temps pour le faire, mais il ne faut pas s'éterniser là-dessus. Il faut prendre le temps qu'il faut, le plus court possible, pour éviter que l'incertitude nuise aux services aux citoyens», a affirmé le nouveau ministre.

Selon Jean-Marc Fournier, permettre aux citoyens de donner leur avis par voie de référendum représente «la meilleure solution possible». «Le maître mot de l'approche que j'aurai, c'est le mot respect. Le respect des citoyens, le respect de la démocratie. L'ingrédient de la démocratie est essentiel pour les structures qui doivent donner des services aux citoyens», a ajouté M. Fournier. Lors de son discours d'assermentation au Salon rouge, le 29e premier ministre du Québec Jean Charest a souligné qu'il voulait «plus d'autonomie pour le monde municipal». «Nous allons travailler en partenariat avec les élus municipaux», a-t-il précisé, avant d'affirmer qu'il entendait «respecter le droit des citoyens à participer aux décisions sur l'avenir de leur communauté». «Nous souhaitons la réussite des nouvelles villes et nous avons obtenu le mandat de favoriser cette réussite en permettant à la démocratie de s'exprimer», a-t-il ajouté. Jean Charest a dit vouloir appliquer pleinement le principe de la fiscalité d'agglomération «pour que chaque citoyen soit appelé à payer sa juste part». Après la cérémonie d'assermentation du nouveau conseil des ministres, les maires de six grandes villes fusionnées ont salué la nomination de Jean-Marc Fournier et les déclarations de Jean Charest voulant que le nouveau gouvernement souhaite les consulter sur le dossier des défusions.

Or, le maire de Montréal Gérald Tremblay a affirmé qu'il avait la «responsabilité de démontrer au gouvernement qu'il y a une alternative crédible à un souhait que certaines personnes pourraient avoir [en faveur des défusions] et qu'on peut bâtir les grandes villes». Gérald Tremblay entend notamment démontrer au nouveau ministre de «nouvelles façons de faire» qui démontreront une plus grande décentralisation vers les arrondissements.

Le maire de Montréal a salué la nomination de Monique Jérôme-Forget à titre de ministre responsable de la région de Montréal. La nouvelle présidente du Conseil du trésor s'était déclarée favorable aux fusions municipales à Montréal au moment de la campagne électorale. «Vous connaissez sa position. C'est un signe clair que le nouveau gouvernement souhaite la réussite de la nouvelle ville», a-t-il conclu.

Le maire de Québec Jean-Paul L'Allier a toutefois affirmé que l'idée de tenir des référendums sur les défusions n'est pas appropriée.

«C'est au gouvernement de décider. Il n'y a rien dans aucune loi qui dit que c'est la population qui doit décider. Si on veut que la population décide, il faut que le gouvernement passe une loi disant : je renonce à mon droit de décider ce que doit être une municipalité et je transmets ce droit à la population. C'est au gouvernement dans la loi et dans la Constitution de déterminer ce que doit être une ville», a indiqué M. L'Allier. «Je vais me battre pour que les villes nouvelles réussissent, pour qu'elles soient adaptées aux besoins de la population, et qu'elles fassent, comme elles ont commencé à le faire, la démonstration de leur pertinence», a ajouté le maire de Québec.

La nomination de Jean-Marc Fournier, député de Châteauguay sur la rive sud de Montréal, a été accueillie avec joie par le maire de Longueuil Jacques Olivier. «Je pense que c'est un homme qui a l'esprit ouvert et qui va aider beaucoup à faire améliorer la démocratie municipale», a-t-il affirmé. Les maires Yves Ducharme (Gatineau), Jean Perrault (Sherbrooke) et Jean Garon (Lévis) ont dit attendre le contenu du projet de loi-cadre pour déterminer la volonté réelle du gouvernement Charest de bâtir les nouvelles villes.

À peine nommé aux Affaires municipales, le nouveau ministre devrait par ailleurs très vite recevoir une invitation de l'Union des municipalités du Québec (UMQ) qui tiendra congrès la semaine prochaine. «Il est clair que nous souhaitons le rencontrer rapidement pour connaître sa position sur les municipalités mais aussi le ton qu'il va donner à son ministère», a expliqué hier la présidente de l'organisme, Francine Ruest Jutras. Défusions, pacte fiscal, développement des infrastructures, autonomie municipale, gestion des ressources humaines... les sujets risquent d'ailleurs d'être nombreux à l'ordre du jour. Mais M. Fournier devrait y être très attentif, croit Mme Ruest Jutras. «Je ne le connais pas, dit-elle. Mais il paraît que c'est une personne solide qui a une très bonne expérience parlementaire.»

Avec la collaboration de Fabien Deglise




PLQ

Le Cabinet Charest -

Du champagne pour Line Beauchamp

Le milieu culturel est très enthousiaste à la nomination de la nouvelle ministre de la Culture

Stéphane Baillargeon
LE DEVOIR - mercredi 30 avril 2003


Les dirigeants des plus grandes associations d'artistes professionnels du Québec ont sablé le champagne hier après-midi à l'annonce de la nomination de Line Beauchamp comme ministre de la Culture et des Communications du nouveau gouvernement libéral. Et ce n'est pas une figure de style: les grosses pointures du Mouvement pour les arts et les lettres (MAL) réunies à la permanence du Conseil québécois de la musique ont vraiment ouvert une bouteille.

«Notre réaction ? Nous sommes très heureux, vraiment très, très heureux», dit Pierre MacDuff, président du Conseil québécois du théâtre et porte-parole du MAL, qui regroupe des associations représentant environ 15 000 artistes. «Nos espoirs sont très grands vis-à-vis de Line Beauchamp. Elle a une connaissance exceptionnelle des dossiers. En fait, je crois que ce ministère n'a jamais été dirigé par une titulaire mieux préparée.»

Selon des rumeurs persistantes, pour l'obtention de ce poste, Line Beauchamp faisait la lutte à la députée Michelle Courchesne, une ancienne sous-ministre de la Culture. Mme Beauchamp représente la nouvelle circonscription de Bourassa-Sauvé. Née en 1963, bachelière en psychologie, elle a notamment dirigé la station communautaire CIBL de Montréal (1991-93) et l'organisme Pro-Est, une société de promotion et de concertation socioéconomique de l'est de la métropole (1993-98). Elle a agi comme porte-parole de l'opposition officielle en matière de culture et de communications pendant les quatre dernières années. Son conjoint, Pierre Bibeau, a été l'organisateur en chef du PLQ aux récentes élections générales.

L'équipe de Mme Beauchamp a préparé la plate-forme électorale culturelle des libéraux. Ce document étoffé promet de soutenir davantage la création et d'améliorer les conditions de vie comme de pratique professionnelles des artistes. Le MAL souscrit à ces deux grands objectifs, mais s'«interroge» sur le prochain budget de la Culture, puisque le PLQ a aussi promis de geler les enveloppes de tous les ministères, sauf ceux de l'Éducation et de la Santé.

«Cette perspective du gel des budgets nous inquiète», résume Sylvie Gamache, directrice du Conseil québécois de la musique (CQM), membre du MAL. Cependant, le CQM comme le Regroupement québécois de la danse (RQD) refusent de commenter les conséquences concrètes d'une éventuelle stagnation budgétaire.

Qu'adviendra-t-il par exemple du vaste projet montréalais d'un Complexe culturel et administratif de 280 millions de dollars comprenant une nouvelle salle de concert attendue par l'OSM depuis deux décennies ? Ou du plan concernant une future Maison de la danse, dont le dernier budget Marois voulait financer le développement à la Place des Arts ?

«Nous gardons espoir pour tous les projets dans notre secteur, dit Chantal Caron, directrice générale du RQD. Le retard historique de notre secteur est bien connu et nous espérons que la nouvelle ministre en tiendra compte.»

L'organisme Culture-Montréal, qui rassemble «toute personne intéressée à promouvoir la culture sous toutes ses formes comme élément essentiel du développement de Montréal», fait part d'inquiétudes par rapport aux possibles défusions municipales, puisque les libéraux dégagent cette voie. N'empêche, l'organisme célèbre aussi la nomination de Mme Beauchamp. «C'est une titulaire très solide et c'est quelqu'un de Montréal», résume Simon Brault, directeur général de l'École nationale de théâtre du Canada et porte-parole de Culture-Montréal.




Réforme électorale

Un exercice démocratique empoisonné

Patrice Boileau
LE DEVOIR - mercredi 30 avril 2003


Lettres: Carignan, 18 avril 2003

Rien de plus sain pour un peuple que de jouir d'une vie politique marquée par le multipartisme. Prenons l'ADQ, par exemple. Bien que ses idées encouragent trop l'individualisme à mes yeux, le débat que suscite ce parti amène ses adversaires à mieux peaufiner leurs idées. Cela évite l'immobilisme de l'esprit, une vie politique ankylosée et, en conséquence, la désaffectation d'une partie de l'électorat. Les résultats de la dernière campagne électorale ne semblent pas avoir rendu justice à la formation de Mario Dumont en ce qui a trait à la répartition des sièges. Il serait malheureux que l'ADQ, ainsi que d'autres partis politiques désireux de sauter dans l'arène, renoncent à le faire, faute d'obtenir un nombre de représentants équitable à l'Assemblée nationale. L'UFP qui tente aussi de s'enraciner dans le paysage politique pourrait malheureusement décider de lancer la serviette.

M. Claude Béland qui a présidé le comité directeur des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques, souhaite que Jean Charest transforme rapidement le mode de scrutin du Québec. L'ennui, c'est que tant que la question nationale n'est par réglée, un grand nombre d'électeurs préféreront appuyer l'un des deux principaux partis pour faire triompher leur option. C'est que toutes les élections générales au Québec sont référendaires pour la majorité des non-francophones.

Le Parti libéral rafle donc automatiquement l'ensemble des circonscriptions qui abrite cette tranche de l'électorat québécois. Des souverainistes qui ne partagent pas l'ensemble des idées du principal parti qui en fait la promotion sont ainsi amenés à l'appuyer pour éviter de favoriser les adversaires fédéralistes.

Malgré tout, le vote francophone, majoritairement souverainiste, fait preuve d'une maturité grandissante en se divisant afin d'appuyer d'autres formations politiques. Les électeurs savent maintenant qu'il est possible d'être souverainiste tout en n'appuyant pas le Parti québécois. Les souverainistes s'empresseront néanmoins de crier «présents» au moment opportun, face au devoir national.

En attendant, c'est le camp fédéraliste qui est favorisé au grand plaisir d'Ottawa. Cela empoisonne l'exercice démocratique : il n'y a qu'à voir le taux de participation qui a encore baissé de près de 10 % le 14 avril dernier. Combien de votes supplémentaires aurait obtenu l'UFP dans un contexte constitutionnel différent de l'actuel ? Combien de votes iraient à l'ADQ ? Où irait celui de ceux qui attendent un climat politique constructif pour recommencer à s'exprimer dans l'isoloir ?

Il faut d'abord former l'État du Québec avant de modifier notre système électoral. Cette prémisse est essentielle. Sans elle, l'implantation d'un nouveau mode de scrutin proportionnel risque de surestimer en nombre de sièges la minorité québécoise la plus rébarbative à notre projet national. Rien pour aider à corriger la désaffectation de nombreux électeurs.