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Le Bloc en congrès - La gauche restera-t-elle fidèle au Bloc québécois ? Le NPD entend faire une percée auprès d'une clientèle nationaliste
Hélène Buzzetti
LE DEVOIR samedi 5 et dimanche 6 avril 2003
Ottawa - Tout de suite après son élection à la tête du NPD, Jack Layton s'est engagé à faire une percée au Québec en s'associant à son ex-adversaire, le candidat défait Pierre Ducasse. Hasard ou stratégie, c'est son homme de main québécois qu'il a envoyé ce week-end à Montréal pour écouter ce qui se dit au congrès du Bloc québécois.
Ils sont près d'un millier réunis à Montréal ce week-end pour le congrès du Bloc québécois. Parmi eux, un observateur qui risque d'attirer quelque peu l'attention des caméras : Pierre Ducasse, ce Québécois qui avait pris part à la course au leadership du Nouveau Parti démocratique et fait si bonne impression. Il espère faire faire une percée à son parti au Québec en courtisant... l'électorat cible du Bloc !
La présence de M. Ducasse au congrès bisannuel bloquiste n'est pas anodine. M. Ducasse fait le pari que sur la scène fédérale, il se produira un phénomène équivalent à ce qui a mené à l'émergence de l'Union des forces progressistes sur la scène provinciale. En un mot, il croit que les militants sociaux-démocrates dans l'âme en ont assez de subordonner leurs idéaux à la question nationale. Ils veulent faire éclater cette dichotomie caractéristique de la scène politique québécoise pour pouvoir être à gauche sans concession ou, plus crûment, être progressiste sans voter pour le Bloc québécois. Et M. Ducasse croit que le NPD est maintenant prêt à piloter ce changement.
«Après Ed Broadbent, l'establishment du parti pensait qu'il n'y avait à peu près rien à faire avec le Québec : l'échec de Meech, la montée du Bloc... », expliquait M. Ducasse il y a deux semaines. «Ça, c'est changé. Je sens une réceptivité.»
Selon M. Ducasse, plusieurs leaders syndicaux québécois qu'il aurait joints au cours des dernières semaines se seraient montrés ouverts à son discours.
S'il dit vrai, cette approbation n'est pas encore publique. Invités à partager avec Le Devoir leur lecture de la scène politique fédérale, les chefs des centrales syndicales du Québec se montrent encore sceptiques en ce qui a trait à la force d'attrait réelle du NPD au Québec. Mais plusieurs n'en reconnaissent pas moins que le Bloc québécois n'est pas le parti de gauche qu'ils souhaiteraient.
«On ne voit pas nécessairement le Bloc comme un parti de gauche, il est un peu plus à droite [que ça]», dit la présidente de la Centrale des syndicats du Québec, Monique Richard.
«Dans le fond, c'est ça, le NPD, c'est un parti de gauche. Le Bloc québécois n'est pas un parti de gauche», lance Michel Sawyer, président du Syndicat de la fonction publique du Québec. «C'est là l'enjeu, et c'est ça qu'ils doivent développer, prouver qu'ils ont une appartenance au Québec. Et s'il sont capables de se démarquer, ils peuvent aller chercher une partie du vote du Bloc québécois.»
Aucun, y compris le président de la FTQ, Henri Massé (la présidente de la CSN n'a pas voulu se prêter à l'exercice), n'est prêt à donner son appui au parti de Pierre Ducasse. Tous justifient leur grande réticence par le caractère très centralisateur du NPD et par son incapacité à traduire en gestes son discours en théorie ouvert aux revendications québécoises.
«Le NPD a un "move" important à faire à l'égard du Québec. Sinon, pour nous, l'alternative, c'est le Bloc québécois», résume M. Simard. Mais M. Sawyer, qui insiste pour dire qu'il parle en son nom et n'engage pas toute sa centrale, se dit ouvert à prêter l'oreille. «Dans le fond, on se sent coincés par l'aspect national et par l'aspect de gauche, progressiste, proche des travailleurs, des syndicats, de la classe ouvrière. Cette démarcation ne s'est pas véritablement faite, c'est évident.»
Le principal intéressé, le chef bloquiste Gilles Duceppe, ne se sent pas concerné par le dossier. Le NPD ne lui fait pas peur. «Je respecte toujours mes adversaires, mais je ne le crains pas, insiste-t-il en entrevue. On n'est pas menacés par ça. Ils sont sous les 3 % dans les sondages au Québec. Ils ont fini derrière le Bloc Pot dans les comtés aux dernières élections.»
M. Duceppe croit que les gens se trompent à propos du NPD. «C'est un parti bien plus populiste que de gauche. Sur les armes à feu, ils sont complètement divisés à cause de l'appui des fermiers en Saskatchewan.» «La preuve, c'est le terrain qu'ils ont perdu dans l'Ouest. L'électorat du NPD est devenu l'électorat allianciste. C'est du populisme», martèle-t-il.
M. Duceppe continue la charge. Il accuse le NPD d'être responsable de l'absence d'une loi anti-briseurs de grève au niveau fédéral. Le député bloquiste Louis Plamondon pilotait une telle loi au Parlement. Elle a été défaite par 18 voix en 1990. «On l'aurait gagnée n'eût été de l'attitude farouchement chauvine du NPD qui, au lieu d'envoyer ses 43 députés voter, n'en a envoyé que 18 le jour du vote pour ne pas appuyer une motion du Bloc québécois, et ce, au détriment des travailleurs», se rappelle M. Duceppe avec autant de fureur.
Il rappelle aussi que lors de la grève du rail, le NPD avait changé son fusil d'épaule à la dernière minute et appuyé la loi spéciale de retour au travail présentée par le gouvernement libéral pour ne pas s'aliéner son électorat rural. «C'est populiste pas pire, ça !»
Et puis, évidemment, toute la question nationale reste un boulet pour le NPD, croit M. Duceppe, qui rappelle que le caucus néo-démocrate a appuyé la loi C-20 du gouvernement de Jean Chrétien sur la clarté référendaire. Les chefs syndicaux sont d'accord. Mais M. Sawyer n'en pense pas moins que si le NPD parvient, comme Pierre Ducasse pense pouvoir le faire, à s'affranchir de cette image, alors son appui au Bloc ne serait plus automatique. «Si le NPD avait une identification québécoise, je pense qu'à certains égards, ce ne serait pas toujours simple de savoir pour qui voter au fédéral», résume-t-il.
Bon joueur, M. Duceppe reconnaît les talents de M. Ducasse, déplorant toutefois son choix d'affiliation. «La meilleure place pour lui, ce serait dans un parti qui a des chances d'être au pouvoir ou d'être élu.» Un peu plus et il lui tend la main...
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Élection 2003
| Sondage Crop-Radio-Canada Estrie-La Tribune -
Charest et Malavoy au coude-à-coude dans Sherbrooke
Fabien Deglise
LE DEVOIR samedi 5 et dimanche 6 avril 2003
PLQ: 44 % n PQ: 42 % n ADQ: 14 %
Deux points. À l'approche du dernier droit de la campagne électorale, le Parti libéral du Québec mène par une faible avance dans la circonscription de Sherbrooke, où Jean Charest croisera le fer le 14 avril avec Marie Malavoy (Parti québécois) et Peter Downey (Action démocratique du Québec). C'est du moins ce que révèle le sondage CROP-Radio-Canada Estrie-La Tribune rendu public hier.
Après répartition des 26 % d'indécis, Jean Charest récolterait, après le dépouillement des urnes dans plus d'une semaine, 44 % des suffrages contre 42 % pour la candidate péquiste et 14 % pour le représentant de l'ADQ, révèle ce sondage réalisé entre le 26 mars et le 3 avril auprès de 766 personnes. La marge d'erreur est de 3,5 %, 19 fois sur 20.
Ce coup de sonde lancé dans l'opinion publique sherbrookoise avant et après le débat des chefs de lundi montre également que
35 % des répondants, à l'échelle nationale, estiment que Bernard Landry a, pour le moment, mené la meilleure campagne électorale. Le chef du PLQ arrive en deuxième place avec 29 % tandis que Mario Dumont traîne la patte avec un faible 10 %. Mêmes résultats en ce qui concerne la confiance accordé aux chefs des partis, où le premier ministre devance de nouveau Jean Charest (40 % contre
31 %). Encore une fois, le représentant national de l'ADQ, lui, flirte avec les 10 %.
Autre point intéressant : le fait que le candidat Charest dans la circonscription soit également aspirant au poste de premier ministre ne semble guère avoir d'incidence sur le vote. En effet, 70 % des répondants ont affirmé que cette variable n'allait en aucun cas influencer le choix de l'endroit où ils traceront leur croix sur le bulletin de vote alors que 18 % ont dit en tenir compte.
Au bureau du comté de Jean Charest hier, l'équipe électorale s'est montrée pour le moins discrète sur l'interprétation de ces données. «Personne ici n'a l'intention de commenter ce sondage», a simplement et laconiquement déclaré Daniel Nadeau, porte-parole du candidat libéral dans Sherbrooke.
De son côté, Marie Malavoy s'est dite ravie des résultats de ce sondage : «Ça va garder le suspens jusqu'à la fin», a-t-elle commenté par téléphone hier. «Depuis le début, j'ai fait le pari qu'une victoire péquiste dans Sherbrooke était faisable, et ce sondage montre que je ne m'étais pas trompée.» Rappelons qu'en 1998, Jean Charest a remporté le scrutin dans sa circonscription par 907 voix de majorité. Le redécoupage de la carte électorale auquel on a procédé depuis ne lui en laisserait plus que 723.
Cette expression quantitative de l'opinion ne lui étant pas favorable, Peter Downey, quand à lui, ne se dit pas battu pour autant. «Ça fait six mois qu'on travaille sur le terrain et le mécontentement est perceptible», a-t-il expliqué au Devoir. «Et puis, il y a encore 26 % d'indécis... En fait, selon moi, ce sont les résultats du 14 avril qui vont être le meilleur sondage.»
Reste qu'avec la récente remontée du PLQ dans les sondages à l'échelle nationale, sans compter plusieurs inconnues -- la force du vote des étudiants de la région de Sherbrooke, peu rejoints par les sondeurs, par exemple --, plusieurs observateurs s'amusent désormais à imaginer l'impossible : une victoire des libéraux à Québec, couplée à une défaite du chef dans sa circonscription. Si le scénario se réalise, Jean Charest pourra alors se vanter de marcher sur les traces de Robert Bourassa qui, lors du scrutin du 2 décembre 1985, avait dû concéder la victoire par 229 voix au péquiste Jean-Guy Parent dans la circonscription de Parent. Au même moment, son parti remportait les élections générales en raflant 99 des 122 sièges à l'Assemblée nationale. Une première dans l'histoire politique récente du Québec.
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livres
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L'histoire du Québec - Nouvelle sensibilité, nouveau conservatisme
Marc-André Éthier
LE DEVOIR samedi 5 et dimanche 6 avril 2003
La thèse de Ronald Rudin à propos des trois visions du passé qui se seraient succédées dans l'histoire intellectuelle récente du Québec semble avoir revigoré durablement les controverses historiographiques. Une dizaine d'années après avoir ouvert la polémique à propos des deux premières visions («modernistes» et «révisionnistes»), l'historien sert cette fois de référence à un groupe se réclamant de la troisième vision, dite «post-révisionniste».
Dirigés par Stéphane Kelly, une dizaine de professeurs et d'aspirants professeurs de sociologie et d'histoire décrivent, illustrent, analysent et célébrent leur post-révisionnisme.
La perspective de Ronald Rudin
Puisque le gros des auteurs de ce recueil s'appuie sur l'analyse rudinienne pour se définir comme un groupe, il fallait bien que Rudin signe le chapitre inaugural. Le professeur de l'Université de Concordia narre les événements l'ayant conduit à sa célèbre analyse. Il résume celle-ci : à la lumière d'un article de Bradshaw sur l'historiographie irlandaise, il avait découvert deux attributs communs aux historiens du Québec et de l'Irlande formés dans les années 1960, soit l'exagération du caractère normal de l'histoire de leurs territoires respectifs par rapport aux autres sociétés occidentales et l'hermétisme de leur discours.
Pour montrer le caractère urbain, industriel et libéral du Québec, les révisionnistes comme Linteau et Robert négligèrent certaines dimensions historiques qui avaient été surestimées par leurs devanciers. L'exagération révisionniste, à son tour, pava la voie à un autre revirement historiographique au cours des années 1990. Cette vision post-révisionniste porte par exemple plus d'attention au rôle du catholicisme dans le Québec contemporain. En Irlande, les auteurs s'intéressent aussi davantage à l'expérience des «gens ordinaires», tout comme, partout dans le monde historien, l'on s'intéresse plus aux souffrances et aux luttes des gouvernés.
Quant au travers scientiste que Rudin reproche aux révisionnistes, il se manifeste par le ton austère de l'histoire sociale, la fixation économique et le fétichisme statistique autant que par l'indifférence des révisionnistes envers les totems de la mémoire collective, comme la Conquête.
Du côté de Gérard Bouchard
Comme Rudin, Gérard Bouchard reprend ici son discours habituel. Selon lui, les pionniers de la Révolution tranquille, portés par les espoirs qu'elle rendait possibles, ne supportaient plus les mythes déprimants associés au paradigme de la survivance ayant cours jusque-là. Cette génération intellectuelle appuyait sur la coupure avec le cléricalisme, la xénophobie, la sclérose économique et le paternalisme. En accentuant la gravité de ce qu'il fallait éradiquer, les modernistes faisaient paraître insuffisamment ambitieux leur programme réformiste.
Les historiens de la génération suivante proposaient donc un mythe concurrent. Au lieu de «noircir» la Grande Noirceur, ils soulignaient la modernité du Québec du XIXe sièce. Mais l'historiographie révisionniste représente elle-même une discontinuité par rapport à la précédente.
La situation réclamerait donc aujourd'hui que les Québécois se référent de nouveau à la mémoire «longue» plutôt que «courte». Cette fois cependant, il conviendrait d'emprunter aussi à l'héritage autochtone, comme d'autres collectivités neuves le feraient avec succès, plutôt que de se limiter au legs français. Il faudrait, ajoute-t-il, examiner en outre les apports en termes d'égalitarisme social et d'idéal démocratique de la société rurale ancienne.
En somme, tout en prônant le respect des normes de scientificité dans la production de nouvelles connaissances empiriques et analytiques, Bouchard réclame la production par les historiens d'un récit national mobilisateur et rassembleur, mais évite une question fondamentale : un récit nationaliste (québécois ou fédéraliste) est-il plus légitime qu'un récit internationaliste (communiste ou anarchiste) ?
Les autres collaborateurs de ce collectif s'intéressent à des thèmes plus spécifiques, mais liés par des éléments communs. Ainsi, Warren, Chevrier et Gould dénoncent le schématisme des analyses binaires qui réduisent le réel au couple modernité et tradition.
Les auteurs partagent aussi un postulat : les idées mèneraient le monde (Bédard et Gélinas) et ne seraient pas qu'un effet des changements socio-économiques (Rousseau). Ils insistent d'ailleurs sur l'importance, comme causes de la Révolution tranquille, des idées religieuses, notamment de l'éthique basée sur l'authenticité de la foi (Warren) et des oeuvres du clergé séculier, ce réservoir d'experts et de gestionnaires spécialisés dans les questions sociales et scolaires (Gould). C'est pourquoi l'histoire doit déborder le XXe siècle et le territoire administratif provincial et scruter de nouveau l'importance du français et du catholicisme en Amérique (Bédard et Gélinas). Rien, somme toute, pour modifier la perception de Jacques Pelletier à propos du caractère conservateur du cadre théorique de ces auteurs.
Outre ces traits communs, notons enfin l'effort consenti par certains des collaborateurs pour faire franchir aux écrits des historiens le cercle restreint des initiés où ils sont confinés.
Les idées mènent le Québec - Essais sur une sensibilité historique
Stéphane Kelly (dir.)
Presses de l'Université Laval Québec, 2002, 222 pages
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Lionel Groulx
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Lionel Groulx, l'étrangerUn nouveau livre de l'historien Gérard Bouchard
Jean-François Nadeau
LE DEVOIR samedi 5 et dimanche 6 avril 2003
C'était en septembre 1992 à l'Université Laval, dans une salle du pavillon Casot qui ressemble à un prétoire. La salle était pleine. Les gens s'y agitaient. Debout, bien droit, Pierre Anctil défendait, pratiquement seul, l'idée que la thèse de la candidate au doctorat Esther Delisle était baclée tandis que celle-ci s'employait à la défendre avec l'aide de son volubile et sanguin directeur, Jacques Zylberberg. Dans les kiosques à journaux, la revue Cité libre annonçait déjà la parution en livre de cette thèse consacrée à l'univers idéologique de Lionel Groulx et de certains de ses acolytes des années 1930, dont Le Devoir, faut-il le rappeler.
Au beau milieu de cette soutenance de thèse, on vit par les vastes fenêtres le ciel se déchirer dans les tourbillons d'un violent orage électrique. On se serait cru dans les premières pages d'un roman policier. Et la suite démontra le bien-fondé de cette impression. De fait, les débats au sujet du prêtre-historien nationaliste ont été depuis lors aussi orageux que le jour où la controversée thèse fut soutenue.
Gérard Bouchard, historien de première importance, vient de plonger à son tour tout entier dans ce débat avec un livre intitulé Les Deux Chanoines - Contradiction et ambivalence dans la pensée de Lionel Groulx.
Que retient Gérard Bouchard des travaux d'Esther Delisle ? D'abord et avant tout qu'il vaut mieux, justement, n'en rien retenir. L'ouvrage auquel a donné lieu la thèse d'Esther Delisle, observe-t-il, brille par le «nombre étonnant d'erreurs qu'il contient dans les renvois et les références». Sur 57 renvois de Delisle annoncés comme des textes de Groulx publiés dans L'Action nationale, 28 sont inexacts et 23 n'ont tout simplement pas pu être retrouvés dans la revue.
Main de maître
S'il écarte avec raison les travaux de Delisle pour la conduite de ses propres recherches, Gérard Bouchard utilise volontiers les textes de ses critiques. Il appelle notamment à la barre l'auteur de cet article, rebaptisé dans son livre «Jean-Guy»... Il se trouve bien sûr des coquilles partout, dans la Pléiade comme dans les travaux des Académiciens. L'important demeure, au fond, de voir de quelle manière le débat est engagé. Et à cet égard Gérard Bouchard travaille, à la différence d'Esther Delisle, avec le doigté que confère une main de maître.
Le sujet est pourtant grand pour un livre aussi court : montrer que Groulx souffrait d'ambiguïtés dans ses positions idéologiques, à un point tel que cela rendait sa pensée inopérante. L'univers intellectuel de Groulx est parcouru à grandes enjambées «en tant que foncièrement contradictoire, en tant que sollicité, tiraillé par des impératifs incompatibles et [...] jamais réconciliés». On peut en effet trouver dans l'oeuvre de Groulx une affirmation et, bien souvent, son contraire : à la fois libéral et réactionnaire, conservateur et moderne, mythomane et historien, et j'en passe. Il en résulte souvent, de l'avis de Bouchard, un jeu de sommes nulles. Non seulement sa doctrine ne résiste-t-elle pas à l'analyse, mais on pourrait croire que, à force d'être traversée par des contradictions, elle se révèle elle-même inopérante.
Bouchard fait preuve d'un remarquable esprit de synthèse devant l'Himalaya de papiers que constitue l'oeuvre de Groulx. Faut-il seulement rappeler que Groulx a beaucoup écrit ? Des livres, des articles, des conférences de toutes sortes, pendant plus d'un demi-siècle. Au service de sa propre cause, Groulx a aussi utilisé des pseudonymes, dont ceux de Jacques Brassier, André Marois, Lionel Montal et Alonié de Lestres. Mais Bouchard couvre un terrain si large qu'on se demande parfois de quel Groulx il parle. Par moments, les références temporelles sont trop peu nombreuses pour que le lecteur ne s'y perde pas.
Au fond, l'exégète Bouchard a-t-il trouvé autre chose que le fait que Groulx était, plus qu'un historien, d'abord et avant tout un écrivain ? Il serait peut-être plus sage de soupçonner Groulx de franchise à l'égard des inclinations de sa plume du moment que d'inconsistance par rapport à la citadelle de ses idées. On sent en effet toujours dans sa prose l'homme libre, l'indépendance de caractère, qui ne cède à rien à autre chose que sa vérité du moment. Groulx n'a jamais plié devant les partis, pas même devant le sien. Et eût-il volontairement semé dans son oeuvre les germes d'une pensée contradictoire qu'il faudrait conclure à l'échec de cette visée improbable : car qui donc aujourd'hui conçoit Groulx autrement que comme un nationaliste canadien-français appartenant à un autre temps ?
Bouchard établit, sans guère de renfort théorique il est vrai, que la pensée du chanoine pouvait être «fascisante». «Il apparaît évident, à la lumière des extraits reproduits, que Groulx a incarné vigoureusement une variété du fascisme, au sens plein du terme, qui l'associe de près aux grands chefs et aux régimes qu'il admirait», c'est-à-dire Dolfuss, Mussolini, Franco, De Valera, Pétain et Salazar.
Caractère corrosif
Gérard Bouchard donne assez de citations pour qu'on ne puisse pas sottement récuser le caractère corrosif d'une partie de la pensée du chanoine. On pourrait encore citer quelques textes qu'il ne cite pas, dont celui-ci, publié en 1964. Le chanoine se demande alors comment lutter contre le cancer, mal qu'il considère à la fois comme physique et moral : «Rien à faire, dirait-on, que d'entreprendre l'un de ces jours, à pied d'oeuvre, la réfection totale de l'espèce, un ressourcement à ses vertus primitives. Et cela voudrait dire le choix de la femme la plus saine, la plus pure, de l'homme le plus intègre physiquement, le plus sain de cette élite qui aurait su se dérober à toutes les contaminations, à toutes les impuretés, à toutes les extravagances débilitantes où se complaisent aujourd'hui les contemporains. Entre ces deux êtres de choix, cela voudrait dire encore un amour aussi sain, aussi pur que la pureté même pour le recommencement d'une autre race d'hommes.» L'eugénisme est palpable. Le Juif, écrira-t-il en 1954, se trouve «au fond de toutes les affaires louches, de toutes les entreprises de pornographie : livres, cinémas, théâtres, etc.»
Au sujet de l'antisémitisme et du racisme, rares sont les historiens québécois qui semblent tenir compte des travaux importants en ces matières délicates. Les références aux travaux de Léon Poliakov, Norman Cohn, Gerald Tulchinsky, Pierre-André Taguieff, pour ne nommer que ceux-là, sont absentes chez Bouchard. L'historien choisit curieusement de s'en remettre à son collègue Pierre Trépanier de l'Université de Montréal, lequel opère au profit de la mémoire de Groulx une distinction entre «anti-judaïsme» et «antisémitisme». Selon les ascendances intellectuelles de Groulx et la situation qui était la sienne, cette distinction fragile aurait gagné à être étoffée.
Même si certains propos de Groulx arrivent encore à nous toucher -- notamment de fort belles pages sur l'anti-impérialisme ou sur la défense de la langue française --, pour l'essentiel l'idéologie dont il se fait l'écho nous est aujourd'hui étrangère. Alors en quoi Groulx arrive-t-il encore à nous retenir autant qu'à faire parler de lui ? Que nous enseigne ce petit homme en soutane qui appartient bel et bien à un horizon révolu ? Bien que nuancé, Gérard Bouchard croit en définitive que «la mémoire de Groulx, comme phare de la nation, paraît lourdement compromise à cause des ombres qui planeront toujours sur sa pensée». Mais Lionel Groulx est assez complexe pour ne pas pouvoir être réduit à son tissu de contradictions.
Dans un texte de 1978 consacré à la mémoire de Groulx, le sociologue Fernand Dumont croyait pour sa part que nous avions pour obligation de nous servir du passé pour mener à bien «la tâche de nous interpréter». Et c'est en cela aujourd'hui, me semble-t-il, que l'oeuvre de cet intellectuel que fut Lionel Groulx mérite de continuer d'être lue. Quoi qu'on en dise, ce mort cent fois enterré demeure bien vivant.
Les Deux Chanoines - Contradictions et ambivalence dans la pensée de Lionel Groulx
Gérard Bouchard
Boréal Montréal, 2003, 314 pages
Biographie
- 1878 : naissance à Vaudreuil.
- 1900-1915 : professeur au Collège de Valleyfield.
- 1903 : ordination.
- 1906-1909 : voyage d'études à l'étranger.
- 1907-1908 : études et doctorats à l'Université de la Minerve (Rome) et à l'Université de Fribourg.
- 1915-1949 : inaugure puis anime la première chaire d'enseignement d'histoire du Canada.
- 1917 : membre de la Ligue des droits du français.
- 1921-1922 : travaux aux archives de Londres et de Paris.
- 1920-1928 : directeur de L'Action française de Montréal.
- 1931 : conférences aux universités de Paris, de Lille et de Lyon; voyage en Louisiane.
- 1943 : nommé chanoine honoraire du diocèse de Montréal.
- 1946 : fonde l'Institut d'histoire de l'Amérique française.
- 1947-1967 : lance et dirige la Revue d'histoire de l'Amérique française.
- 1949 : nommé professeur émérite à l'Université de Montréal.
- 1967 : décès le jour du lancement de son nouveau livre, Constantes de vie.
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livres
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Revue - À gauche
Louis Cornellier
LE DEVOIR samedi 5 et dimanche 6 avril 2003
Revue d'intervention sociopolitique s'inscrivant dans la mouvance de l'Union des forces progressistes (UFP), Espaces possibles lance, ces jours-ci, son numéro zéro (mars-avril 2003).
Au sommaire, entre autres, des entrevues avec le sociologue Jacques B. Gélinas, qui constate le «reniement social-démocrate» du PQ, avec Françoise David qui entend «contrer la montée de la droite», une critique de l'ADQ signée Jean-Claude St-Onge, un texte d'Omar Aktouf contre la guerre en Irak et des répliques à Claude Jasmin qui, récemment, dans les pages du Devoir, accusait l'UFP de diviser le vote souverainiste.
«Lieu pour réfléchir en vue d'intervenir», «voix d'une gauche à la fois rebelle et propositive, critique et plurielle» à la manière des Éditions Écosociété, Espaces possibles se présente dans un format abordable (3 $) et agréable à lire.
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Élection 2003
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ADQ: le vieux mange le neuf
Louis Cornellier
LE DEVOIR samedi 5 et dimanche 6 avril 2003
La bataille des idées, il semble que l'ADQ, cette fois-ci, l'ait perdue, du moins temporairement. Ses provocations idéologiques, finalement, se sont retournées contre elle en suscitant un réveil des penseurs et militants sociaux-démocrates dont les réactions ont su convaincre une bonne partie de la population du caractère rétrograde de la philosophie adéquiste.
Aux slogans creux de Dumont et de son maître à penser Léon Courville chantant la nécessité d'un «vrai changement» susceptible de «libérer le talent» et de «responsabiliser le citoyen» ont répondu de solides réflexions démontrant les reculs sociaux qu'engendrerait l'application d'un tel programme. ADQ : voie sans issue, de Jean-Claude St-Onge et Pierre Mouterde, de même que À droite toute ! Le programme de l'ADQ expliqué, un brillant collectif sous la direction de Jean-Marc Piotte, ont réfuté avec force la prétention adéquiste à représenter les intérêts du monde ordinaire.
Qu'ajoute donc, alors, à ces répliques musclées l'essai de François Grégoire intitulé La Face cachée de l'ADQ ? Sur le plan des idées, disons-le, pas grand-chose, mais il n'en reste pas moins intéressant en ce qu'il enrichit ces critiques essentielles d'une analyse documentée des pratiques politiques et des stratégies électorales du jeune parti.
Pamphlet plutôt brouillon et ouvertement militant, cet essai cherche des «bibittes» à l'ADQ et en trouve. Il attaque, d'abord, l'image de l'intégrité de la formation de Dumont, «le chevalier blanc», en rappelant les mensonges entretenus au sujet de son membership, les multiples infractions (et non «effractions», comme il l'écrit) de l'ADQ à la loi électorale lors d'élections précédentes et la présence de militants au passé trouble en son sein. Plus intègre que les autres, l'ADQ ? Ni plus ni moins, conclut l'essayiste.
«L'ADQ, écrit-il ensuite, c'est d'abord et avant tout une "clique"» qui pèse de tout son poids sur la démocratie interne du parti. Qu'il s'agisse d'imposer des éléments du programme, d'en changer ou de gérer les candidatures dans chaque comté, «les pratiques politiques de l'ADQ ressemblent plus aux façons de faire d'un parti de cadres, où les membres ne sont utiles que pour le travail sur le terrain lors des élections, qu'à celles d'un parti de masse, où les membres participent véritablement aux décisions». Faire de la politique autrement ? Il faudra, en cette matière aussi, allez voir ailleurs.
Que penser, maintenant, de cette prétention adéquiste à représenter les jeunes et la majorité silencieuse ? Conseillée, selon Grégoire, par un penseur néolibéral comme Léon Courville et par des gens d'affaires fortunés comme Marcel Dutil, Pierre Michaud et Rémi Marcoux, l'ADQ s'avère essentiellement le porte-parole de la frange la plus à droite du Québec Inc. qui s'abreuve au radicalisme idéologique de l'Institut économique de Montréal dont sont issues les propositions de privatisation de la santé, de bons d'éducation et de réduction draconienne de la taille de l'État.
La présence stratégique d'une Diane Bellemare au sein des troupes adéquistes ne devrait tromper personne : la famille politique de Mario Dumont campe résolument à droite et les liens qui existent entre l'ADQ et les militants de l'Alliance canadienne et du Parti conservateur, bien exposés par Grégoire, en constituent la preuve la plus éclatante. Malheureusement pour Dumont et les siens, cette «mouvance ultra-conservatrice qui a ses racines dans l'Ouest canadien» reste, heureusement pour les esprits progressistes, très marginale au Québec, ce qui explique, d'ailleurs, la déroute actuelle de l'ADQ une fois son programme mis en lumière.
Parce qu'il arrive après les deux ouvrages plus rigoureux précédemment mentionnés qui portaient, en substance, sur le même sujet, l'essai de François Grégoire n'ajoute rien d'essentiel à la nécessaire critique du phénomène ADQ. Il a au moins le mérite, cependant, de venir nous rappeler, à quelques jours des élections, que si l'émergence de l'ADQ peut être considérée, à juste titre, comme un signe de santé de notre démocratie, sa défaite annoncée doit être saluée comme une manifestation de notre sagesse collective.
Le credo du gourou
Et ce n'est pas la pensée désolante du nouveau colonel adéquiste Pierre Bourque qui justifiera une révision de ce jugement. En effet, dans une prétentieuse déclaration d'intentions politiques intitulée Un Québec uni et ouvert sur le monde et publiée ces jours-ci, le gourou de Montréal ne parvient qu'à confirmer nos pires appréhensions.
Plaidoyer fédéraliste tordu qui repose sur l'hypothèse que l'option souverainiste, adolescente et immature, est illégitime parce qu'elle n'emporte pas l'adhésion des anglophones et des allophones, l'essai de Bourque aligne les poncifs les plus éculés avec le sans-gêne du colonisé conquérant. Vive la loi 101, écrit-il, mais dans sa version charcutée par des décisions juridiques. Va pour la défense de la langue française, si belle, mais vive l'anglais, si nécessaire et «outil indispensable au rapprochement des peuples». Ce qu'il souhaite, c'est donc une société québécoise «francophone dans l'âme, mais bilingue et multilingue dans son rapport avec les autres» !
Celui qui se présente, dans ces pages, comme la voix du Québec à l'étranger (en anglais, j'imagine) se défend bien de se «laisser entraîner dans une quelconque idéologie de droite ou de gauche», mais les convictions qu'il affiche ne laissent aucun doute sur sa vraie famille politique.
Obséquieux devant les entrepreneurs privés, «ceux qui créent la richesse» et envers qui l'État adéquiste «aura un préjugé favorable», Bourque parle même de «vendre une façon d'être, de vivre» pour développer le Québec et en appelle à la parcimonie dans la gestion du «filet social». Au vocabulaire de la justice et de l'équité, il préfère le discours étatique amoureux : «Les Québécois ont besoin de sentir leur gouvernement près d'eux; ils veulent être aimés, écoutés, ils veulent d'un gouvernement qui a des idées mais aussi du coeur.» Son populisme gaga, d'ailleurs, ne s'embête même pas des limites de la décence : «Je ne vois pas ici d'avenir aux partis de type démocratique ou socialiste, trop marqués par les idées et peu enracinés dans la population.»
Qu'ajouter à une semblable profession de foi sinon que ceux qui croient encore à la nécessité des idées et aux partis démocratiques devraient savoir à quoi s'en tenir ?
La Face cachée de l'ADQ
François Grégoire, Lanctôt, Montréal, 2003, 144 pages
Un Québec uni et ouvert sur le monde
Pierre Bourque, Stanké, Montréal, 2003, 120 pages
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Élection 2003
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Premier firing blanks on demergers
HENRY AUBIN
The Gazette Saturday, April 05, 2003
Bernard Landry is still struggling to recover from Monday's debate, when Jean Charest's surprise opening statement on demergers silenced him on that issue for the rest of the night.
Since then, the Parti Québécois leader has been making demergers the centrepiece of his campaign. His arguments against his Liberal opponent's promise to allow referendums on undoing forcibly merged municipalities are sounding increasingly wild and desperate.
How so? Let's look at his four post-debate claims.
Landry is challenging Charest's suggestion that the Liberals, not the Péquistes, are faithful to the famously democratic ideals of PQ founder René Lévesque. In the debate, Charest said that his position to allow demerger referendums is "exactly the same" as Lévesque's in the 1970s.
Landry now retorts: "Lévesque never enacted a law to permit towns to undo themselves."
He's wrong. Here's what National Assembly records show: In the 1976 election, Lévesque's PQ promised residents of the Outaouais town of Buckingham that they could hold a demerger referendum; respecting the results of that vote, the Lévesque government duly wrote Bill 119 to split that town into four municipalities. It became law on May 17, 1979.
To illustrate the confusion that he said demergers would cause, Landry yesterday cited Outremont. Noting that Montreal Mayor Gérald Tremblay resides in that borough, he said that if Outremont were to pull out of Montreal, its mayor would not even live in it.
Quelle horreur. It's silly to think that a community's fate would depend on one man's unwillingness to move. And if Tremblay dug in his heels, the National Assembly, in the blink of an eye, could remove the rule in Montreal's city charter that the mayor must reside inside city limits.
As an example of the sort of social injustice that a demerger would cause, Landry took another swipe at his favourite whipping boy, Westmount. If it and other "bourgeois" boroughs were to withdraw from the megacity, he says, their residents would pay lower taxes but there'd be less money for poorer parts of the island.
Excitedly, he even raised the spectre of social "catastrophe."
Notice how Landry ignores the how-to-demerge-with-honour report that Lawrence Poitras, the Quebec Superior Court's former chief judge, wrote for Westmount last month. It proposed a system of equalization payments that deals with fiscal-equity concerns.
In order to help disadvantaged areas, the 120-page study proposes a formula that would raise the mill rate of a demerged Westmount rise at least 17 cents over the $1.29 per $100 of evaluation that now exists in the megacity borough. Two other boroughs that Landry likes to scold, Pointe Claire and Baie d'Urfé would see their mill rates rise by 15 cents and 17 cents respectively.
Landry claims the demerger movement is about weaseling out of social-justice obligations. It's really about small-is-beautiful government.
Spearheading Landry's attack on demergers is the assertion that Charest was "incoherent" by saying two things at once in the debate: that he would allow demerger referendums even though "I myself hope that the new cities succeed."
There's nothing illogical here. A condition of the new cities' success, as Charest defined it, is that they have to "contain the ingredient of democracy."
Landry's delayed ripostes to Charest, then, are laughable when not outright false.
Yet Charest is, in fact, being incoherent in a way that the PQ leader did not mention. The Liberal's new pro-status-quo stance on new cities contradicts his past position.
In the past, Charest has been fiercely critical of the original new cities (although he has never been for demergers). In the 2000 debate on the merger law, he predicted they would provide poorer services at greater cost.
If Charest heads a majority government, the test of his commitment to democracy will not depend on what side he takes in referendums.
Rather, that test will be whether he permits referendums very early in his mandate - before the new cities have time to harden. That's the question for Charest.
Henry Aubin is The Gazette's regional-affairs columnist.
haubin@thegazette.canwest.com
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Élection 2003
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Francophone media seeing Jean Charest in new light
NORMAN WEBSTER
The Gazette Saturday, April 05, 2003
Leaders' debates seldom decide elections. The political hot air tends mostly to reinforce the views that voters already hold. Reporters looking for a knockout blow usually watch in vain.
But not always. The famed first encounter between Nixon and Kennedy in 1960, which gave an enormous boost to the latter's campaign, was decisive - indeed, historic. (And no, it wasn't because Tricky Dicky's aftershave let him down. I watched that debate, rapt, and what it really did was reveal to the U.S. public that Kennedy was a thoughtful, informed politician, rather than just a playboy backed by a rich daddy.)
We had our own historic Canadian moment in 1984, when Brian Mulroney blasted John Turner on the subject of Liberal patronage.
The Turner campaign never recovered. (How this could have happened is still a mystery, for the subject had been raised the night before, in the French-language debate. How could Turner have been so unprepared for the return bout in English?)
We might have just witnessed another historic moment in the Quebec leaders' debate earlier this week. Jean Charest's challenge to Bernard Landry to disown his separatist mentor, Jacques Parizeau, was riveting television and, just maybe, the decisive moment of the election.
It gets better if you know the details.
Charest, it turns out, received the information about Parizeau's new musings on "money and ethnic votes" just before the debate. He did not, in fact, read it until the show was in full swing, during a moment when Landry and Mario Dumont were debating each other.
Let's repeat that. Jean Charest actually read, assimilated, then attacked with this new material while the television lights were shining and his career was on the line.
It tells us at least a few relevant things about the Liberal leader: he is a quick study, he is decisive, he is not averse to risk, and he has more of the killer instinct than anyone gave him credit for.
Certainly, his bold sortie, which rattled Landry, transformed the campaign.
No longer was it a cruise to re-election by the Parti Québécois. Suddenly, the focus was on the PQ's Creature from the Black Lagoon, Parizeau, and his still-disgraceful words - which, reporters noted, he had repeated with guffaws and chuckles in Shawinigan. ("Monsieur l'incorrigible," read a headline in La Presse.)
The cartoonists moved swiftly into the act, with drawings showing Parizeau raking Landry with "friendly fire." When those guys get their teeth into you, you've got a problem.
Results? One, unhappiness in PQ ranks over Landry's disavowal of Parizeau. Two, the sovereignty issue moves front and centre, underlining Charest's charge that it is the real, overriding objective of the PQ, at a time when Quebecers just want the issue to go away.
And three, very significantly, a new appraisal of Charest by the francophone media.
The transformation in recent days has been remarkable. No more the savourless, passionless, unrooted politician of yesterday; instead, we see a confident, serene leader on top of his game.
Short days ago, he was dismissed as another bland Al Gore. Today, he is getting the respect of, say, a Tony Blair. If he wins, it will be JFK all over again.
The debate helped his prospects in more ways than the Parizeau one.
Not only did it reveal a Charest very much in charge of his material, while Landry kept picking up pieces of paper and reading from them, but it showed Mario Dumont, nice young man that he is, just isn't in the prime ministerial game. In another decade, maybe.
But how (you ask) could Landry have been so blindsided by the Parizeau item? Why didn't he know about it, and long before Charest did? At the very least, it reveals poor staff work.
More important, why risk having Parizeau out there on the trail at all, knowing that everything reminds him of sovereignty and he can't stop talking about it? Why not just suggest that Monsieur stay in France and prune his vines?
Landry's letting Parizeau loose without a minder is like Dwight Eisenhower's authorizing a U-2 flight just before the Paris Summit with Nikita Khrushchev in 1960.
A disaster waiting to happen - which did.
Norman Webster is a former editor of The Gazette.
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Élection 2003
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Chantal effect helps keep Landry mellow
DON MACPHERSON
The Gazette Saturday, April 05, 2003
Rick Kalb, CBC Radio's veteran National Assembly correspondent, is known for not shying away from asking a tough question.
At the end of Jacques Parizeau's news conference the day after his "money and ethnic votes" remark on the night of the 1995 sovereignty referendum, it was Kalb who finally asked a question to which many in Quebec wanted an answer, but which no other reporter had dared to ask.
"Sir," Kalb asked of Parizeau, who is known not to be a teetotaler and who had been shown on television with a glass tumbler in his hand before delivering the speech in which he made the remark, "last night was your usual good judgment impaired by alcohol?"
No, Parizeau indignantly answered. Some of Kalb's more squeamish colleagues tut-tutted at his impertinence, but they used the answer he got anyway.
Eight years later, Kalb is still firing questions like Roger Clemens fastballs at the ears of politicians. When Parti Québécois leader Bernard Landry went on the offensive this week against Jean Charest over the Liberal commitment to allow municipal demergers, Kalb wanted to know why it had taken him two days after the leaders' debate to raise the question.
"Did it take you 48 hours because your reaction time has slowed with age?" Kalb asked the 66-year-old Landry.
There was a time, not so long ago, when asking such a question of the PQ leader would have been, as Landry himself would have put it, like waving a red rag in front of a bull.
When Kalb asked his question, some PQ supporters who were present gasped, and for a split-second, Landry's face froze. But then he smiled, and replied blandly that youthful, quick reflexes are not the same thing as wisdom. If Kalb had been hoping to provoke Landry into giving him a juicy sound bite, he would have to try again.
The self-discipline Landry has acquired, so suddenly and at such an advanced age, has been one of the biggest surprises of the campaign. He smoothly fields provocative questions like Kalb's, and someone who has an opinion on absolutely every topic and was never able to reply "no comment" now is much better at sticking to his message of the day.
So what's his secret? A light daily schedule usually consisting of only three events spaced far enough apart to allow him plenty of private time and rest, including an afternoon siesta, and ending in early evening? Physical exercise in the form of daily power walks, which the former cadet officer describes as "45 minutes at 125 paces a minute, the pace of an infantry regiment"?
Or is it, as his aides suggest, love, the Chantal effect?
Chantal Renaud has been a calming influence and an important element of his campaign. She is constantly at his side, on the "Pappymobile," the tour bus whose side is covered by a huge blow-up of the smiling face of Quebec's First Gramps, and at public events, where she joins him in working the few crowds to which he is exposed.
At a visit to a construction site for a petrochemical plant in east-end Montreal this week, she wore a hard hat and stepped gingerly over muddy puddles in her high-heeled boots as she shook the hands of construction workers chanting Landry's name.
What anglophones might not know about Renaud is that she was well-known to French-speaking Quebecers even before she became the First Squeeze.
Now a successful screenwriter, Renaud starred in 1969 in L'Initiation, a Quebec-produced "film de fesses" (loosely translated as "skin flick") that was a box-office sensation, if not an artistic one.
The film is still shown occasionally on late-night television and has been issued on DVD. Jean-René Dufort, the guerrilla television journalist known as Infoman, ran a clip of a nude Renaud on his show. And La Presse cartoonist Serge Chapleau waggishly observed on a popular television talk show that "Quebec is the only place in the world where everybody has seen the premier's mistress naked."
Landry says he's not fazed by any of this, telling one interviewer he's proud of Renaud's role in the film because "it's a classic of the Quebec cinema."
Anyway, maybe it adds a dash of spice to his image: he's a grandfather, but a spry one.
dmacpher@thegazette.canwest.com
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