BQ

Le Bloc se penchera sur les méfaits du déséquilibre fiscal

Gilles Toupin
La Presse lundi 7 avril 2003


Élections 2003 - Les députés du Bloc québécois sont rentrés à Ottawa hier après-midi, à l'issue de leur cinquième congrès national biennal de trois jours à Montréal, avec en main un manifeste politique rafraîchi, de nouvelles missions à remplir aux Communes, une plus grande latitude pour s'exprimer individuellement et la détermination de contribuer à l'élection du Parti québécois et de dénoncer le déséquilibre fiscal.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a notamment annoncé hier que l'ancien ministre québécois Jacques Léonard assurerait la direction d'une vaste recherche qu'entreprendra la formation politique souverainiste pour démontrer les méfaits du déséquilibre fiscal pour le Québec. Il s'agit là d'un des principaux chevaux de bataille du Bloc depuis déjà des mois à Ottawa et M. Duceppe a fait savoir hier que son parti entendait aller encore plus loin, preuves à l'appui, dans la dénonciation du gouvernement fédéral dans ce dossier.

"On va s'attaquer au déséquilibre fiscal, a-t-il dit, en faisant une révision de fond en comble de tous les programmes fédéraux." M. Duceppe a aussi souligné que l'ancien premier ministre Jacques Parizeau contribuerait également à cette offensive.

Par ailleurs, les quelque 600 délégués au congrès, venus de toutes les régions du Québec, ont consacré les journées de samedi et de dimanche au débat et aux discussions des grands thèmes de leur manifeste, appelé aussi "proposition principale".

On retiendra de ce long et studieux laboratoire de réflexion, outre l'appui renouvelé au Parti québécois de Bernard Landry et à l'objectif de la souveraineté du Québec, l'adoption d'une proposition du député Bernard Bigras, chaudement débattue, qui aura pour effet de panser certaines plaies ouvertes lors d'une fronde interne qui a secoué le Bloc au début de l'année et qui a failli mener à l'éclatement de la formation politique. Désormais, les députés pourront s'exprimer librement et publiquement sur toute situation politique qui ne fait pas l'objet d'une position adoptée par le congrès, le conseil général ou le caucus du parti.

La question de "la Paix des Braves" a également fait l'objet de débats corsés et emportés pour se conclure par l'adoption d'une politique d'appui aux ententes de principe du gouvernement du Québec avec les nations autochtones. On se rappelle que cette question a causé récemment des remous au sein du Bloc et l'expulsion du député Ghislain Lebel.

Le Bloc a également inscrit clairement à son manifeste le cadre précis dans lequel les interventions militaires internationales peuvent se faire, soit avec l'aval de l'ONU ou en cas de génocide, tout en exhortant le Canada à tout faire pour que cesse le conflit en Irak et pour que la reconstruction de ce pays se fasse strictement sous la gouverne de l'ONU.

Beaucoup de résolutions ont également été adoptées pour que les femmes aient un plus grand rôle à jouer en politique. Un fonds d'urgence sera d'ailleurs créé au Bloc pour éliminer la discrimination systémique.

Enfin, le Bloc tentera également de rapatrier au Québec l'ensemble du programme fédéral des congés parentaux, de tous les fonds de l'assurance-emploi et il fera des pressions pour que le gouvernement central se retire complètement du domaine de la santé, laissant au Québec la pleine administration de l'ensemble de ces mesures.


Élection 2003

Se rassembler autour de l'essentiel

Nous invitons les citoyens et citoyennes du Québec à unir leurs forces à celles du Parti québécois, formation politique porteuse du grand dessein souverainiste, global et cohérent

Hélène Pelletier-Baillargeon; Jean-Marc Léger; Yves Michaud
LE DEVOIR - lundi 7 avril 2003


Nous sommes tous responsables de l'avenir du Québec, singulièrement à une époque d'accélération de l'histoire et de mondialisation incontrôlée. Pareil contexte fait ressortir davantage la fragilité de nombreux peuples dont la survie tient à la volonté, à l'audace, à la lucidité et à l'aptitude à refaire constamment une synthèse dynamique de l'héritage et de l'innovation. On ne joue pas l'avenir de la nation, le sort des générations qui montent, sur un coup de tête ou un coup de dés, en fonction de la mode ou de l'air du temps, par un désir inconsidéré de changement à tout prix, désir qu'il ne faut pas confondre avec une évolution saine et féconde.

Dans quelques jours, le peuple québécois sera appelé à élire son gouvernement pour les quatre à cinq années subséquentes. Plus encore qu'un choix entre des orientations, des propositions et des équipes, c'est un choix de société que les électeurs seront en réalité appelés à faire. Un éventuel changement de gouvernement pourrait, dans la présente conjoncture, déboucher sur un véritable changement d'orientation, de type de société, dont les conséquences seraient graves surtout pour le progrès social et la possibilité d'assumer un jour la pleine maîtrise de notre destin.

Les ultimes tenants d'un renouveau du fédéralisme canadien paraissent avoir perdu depuis longtemps leurs dernières illusions. Ottawa a plutôt renforcé, au cours des récentes années, sa vision et ses mesures centralisatrices, y compris dans les domaines clés de compétences «provinciale» que sont la santé, l'éducation et la recherche, la protection sociale et, désormais, les collectivités locales et régionales (avec le projet d'un office ou même d'un ministère fédéral des municipalités). Le Gouvernement du Québec a dénoncé et combattu le déséquilibre fiscal dont tous les partis et tous les groupes sociaux ont pourtant reconnu à l'unanimité l'ampleur et la nocivité. C'est plutôt d'injustice ou d'iniquité fiscale qu'il convient de parler, le déséquilibre en étant la conséquence et l'illustration permanente. Il faut continuer à dénoncer et à combattre cet état de choses, tout en sachant que là comme sur les autres plans et plus que sur les autres, la seule solution véritable réside dans la pleine capacité de lever tous nos impôts et d'en disposer nous-mêmes, c'est-à-dire dans la souveraineté.

Le Parti québécois, c'est près de 35 ans de l'histoire du Québec contemporain. Il en a marqué un tournant majeur et en a écrit un chapitre capital, qui s'inscrivaient dans le prolongement de la révolution tranquille, notamment par le souci du progrès social, la démocratisation de la vie politique, le préjugé favorable à l'égard des travailleurs, la loi 101 bouclier de protection de la langue française, pour ne retenir que certaines des mesures les plus utiles et les plus fécondes qu'il a suscitées. Le PQ a rappelé par là, avec constance, la liaison étroite entre l'avancement global de la société et la recherche de la souveraineté. L'une et l'autre sont plus que jamais nécessaires, plus que jamais interdépendantes.

C'est pourquoi, à l'occasion de la prochaine élection, nous invitons les citoyens et citoyennes du Québec, à quelque courant et à quelque famille qu'ils se rattachent, en particulier les souverainistes et les nationalistes de toutes tendances, à unir leurs forces à celles du Parti québécois, formation politique porteuse du grand dessein souverainiste, global et cohérent, garant de la sauvegarde de la langue et, par la récupération de tous nos impôts, d'un véritable progrès social. Ces deux conditions sont essentielles à notre survivance et à notre épanouissement comme nation. Le sursaut est d'autant plus pressant que surgissent de nouvelles menaces, en particulier celles qu'engendre une fausse mondialisation, porteuse non pas de véritables échanges et d'un authentique dialogue mais d'une nouvelle hégémonie et d'une uniformisation qui est le contraire de l'universalisme.

Un pacte moral entre le pays et le parti

Il importe que le Parti québécois, fondé par René Lévesque dans la fidélité à ses origines et dans l'adaptation de son grand dessein aux exigences du moment, reconnaisse la nécessité d'une sorte de contrat ou de pacte moral entre un prochain gouvernement du PQ et le peuple. Ce pacte comprendrait notamment les objectifs suivants:

- actualisation, approfondissement et renforcement de la loi 101, la langue française étant la raison primordiale du combat pour la souveraineté;

- adoption d'une véritable politique de la population, globale et audacieuse, autour des trois dimensions essentielles: politique familiale, soutien à la natalité, intégration des immigrants;

- préservation et renforcement des grands outils d'émancipation économique et de progrès social dont le Québec s'est doté depuis le début des années soixante;

- politique sociale résolument progressiste qui ait le souci prioritaire des plus démunis et prévoie l'institution d'un revenu minimum garanti;

- maintien du régime public universel de santé et de la gratuité de l'enseignement public;

- défense et renforcement de notre politique et de nos instruments de relations internationales en privilégiant la notion fondamentale de la diversité des cultures;

- réintroduction de l'enseignement de l'histoire nationale à tous les niveaux du système éducatif, condition de fierté, de confiance en soi, de sens de l'identité nationale et d'intégration des immigrants à notre mémoire collective;

- mise en oeuvre d'une politique intégrée de l'environnement dans le but de préserver nos ressources fondamentales, notamment l'eau, le sol et la forêt et le milieu de vie des citoyens d'aujourd'hui et des générations futures.

Un pareil «pacte», sorte de contrat moral entre le prochain gouvernement du PQ et le peuple, autour de ces hautes priorités, conforterait le nécessaire climat de confiance entre l'électorat et sa représentation ferait ressortir et confirmerait, à chaque étape, le lien entre le progrès collectif et la libération politique.

Lors des élections du 14 avril, nous appelons tous les citoyens et les citoyennes du Québec qui refusent la régression que comporterait un changement de cap en direction d'un néo-libéralisme coloré de populisme, qui ont confiance dans les possibilités de notre peuple, qui mesurent les risques d'un changement d'orientation où serait inscrite notre réduction au sort et à la mentalité d'une minorité sans perspective, à se retrouver dans l'appui au Parti québécois pour une nouvelle étape vers la maîtrise de notre destin.


Élection 2003

On a oublié le chômage!

Jean-Robert Sansfaçon
LE DEVOIR - lundi 7 avril 2003


Éditorial - Pour la première fois depuis des lustres, il n'aura été à peu près pas question de chômage et d'emploi au cours de la campagne électorale qui entame aujourd'hui sa dernière ligne droite. Un peu de fiscalité et de crédits d'impôt, de taille de l'État et de formation de la main-d'oeuvre, mais à peu près jamais d'emploi. Pourtant, le Québec affiche ce mois-ci un taux de chômage de 8,9 %, en hausse d'un demi-point depuis décembre.En janvier dernier, tout le monde, y compris Le Devoir, s'est réjoui des résultats exceptionnels enregistrés au chapitre de l'emploi en 2002. Avec 118 000 postes de plus, le Québec affichait un taux de chômage frisant le plancher de 8 %, une performance qui permettait d'espérer d'autres améliorations. Mais, depuis décembre, la situation se détériore lentement, de sorte que le taux de chômage est remonté à 8,9 % en mars après la perte de 21 000 emplois.

C'est surtout le secteur de la construction, notamment l'aéronautique, qui est victime de la conjoncture dont on peut malheureusement craindre qu'elle continue de se détériorer au cours des prochains mois. Le gouvernement qui sera élu lundi prochain devra tenir compte de ce contexte. Après tout, malgré les progrès remarquables que nous avons connus récemment, malgré le nombre élevé d'emplois créés, le Québec se situe encore et toujours au sixième rang des provinces canadiennes quant au taux de chômage. Seules les provinces maritimes font pire que nous. Et pendant que notre taux grimpait à 8,9 % en mars, celui de l'Ontario baissait à 6,5 %, celui de l'Alberta à 5,2 et celui du Manitoba à... 4,8 %.

Devant la menace évidente d'un ralentissement économique et d'un durcissement des politiques protectionnistes américaines, les partis qui se disputent le pouvoir au Québec doivent faire connaître le comportement et les mesures qu'ils entendent adopter pour minimiser les effets du ralentissement et gagner des points au palmarès des provinces canadiennes.

***

Du Parti québécois, nous connaissons évidemment le bilan économique positif et le plan annoncé l'automne dernier par Madame Pauline Marois pour faire chuter le chômage à 7,5 % d'ici à deux ans. Pour l'essentiel, ce plan propose de réduire les impôts sur les profits et sur le capital des entreprises afin de stimuler l'investissement, d'accélérer la construction d'ouvrages de production hydroélectrique et de favoriser l'installation d'usines de transformation près des centres de production de la matière première, comme l'aluminium. En contrepartie, le PQ entend revoir la liste des crédits d'impôt afin d'éliminer ceux qui ne remplissent plus leur fonction de stimulants à l'investissement. Le Parti libéral et l'ADQ proposent aussi de réduire les impôts des entreprises, la taxe sur la capital surtout, et de relancer les projets d'hydroélectricité, mais ils insistent surtout sur la nécessité de réduire les tracasseries administratives pour les entreprises.

En ce qui concerne le développement des régions, toutes les formations parlent de décentralisation, et si l'ADQ est la plus radicale, c'est le Parti québécois qui remporte la palme au chapitre des idées originales en proposant des mesures pour financer les entreprises en région et y retenir les jeunes diplômés.

En matière de fiscalité des particuliers, l'ADQ et le PLQ promettent de réduire les impôts de façon significative d'ici à cinq ans, l'ADQ y ajoutant l'engagement prioritaire de s'attaquer à la dette. Quant au Parti québécois qui a procédé à de telles baisses d'impôts au cours des dernières années, il entend plutôt garder le cap sur l'équilibre budgétaire et utiliser les revenus pour faire face à l'augmentation des dépenses en santé, en éducation, de même que pour respecter ses nombreuses promesses dont le coût total atteint plusieurs centaines de millions.

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S'il est un élément qui différencie surtout les trois partis, c'est précisément ce degré d'interventionnisme dans l'économie. Alors que Mario Dumont s'est fait le champion du laisser-faire et de l'allégement des normes, Bernard Landry a surpris tout le monde en renouant aussi radicalement avec le modèle interventionniste dont il s'était fait lui-même de plus en plus critique au fil des ans. Depuis le début de cette campagne, M. Landry ne manque pas une occasion de répéter que la stratégie des généreux crédits d'impôt rapporte des dividendes et a permis au Québec de devancer l'Ontario, l'an dernier. Pourtant, si son gouvernement peut se glorifier d'avoir fait des bons coups en agissant ainsi, notamment dans le secteur de la recherche, il ne peut pas nier que la formule soit coûteuse, qu'elle ratisse souvent trop large et que le temps soit venu de revoir tous ces programmes. D'ailleurs, combien d'investissements auraient été effectués de toute façon, même sans crédits du gouvernement?

Jean Charest projette précisément de faire le ménage dans ces fameux crédits, tout comme Mario Dumont, mais c'est surtout du côté des institutions paragouvernementales comme la SGF et Investissement Québec qu'on pourrait s'attendre à un changement majeur de philosophie si les libéraux accédaient au pouvoir. M. Charest est un conservateur. Son passé le prouve. Et même si, comme le bon libéral qu'il est devenu, il n'est pas insensible aux conséquences parfois désastreuses des lois du marché, c'est encore au marché qu'il fait le plus confiance pour réguler l'économie.

En occupant tout le terrain de la gauche depuis le début de la campagne, le Parti québécois a voulu se démarquer de façon déterminante des deux autres formations. Cette stratégie lui a permis de remonter une pente abrupte et de prendre la tête du peloton pendant la première moitié de campagne. Mais depuis le débat des chefs, depuis surtout la chute de l'ADQ dans l'opinion publique, les libéraux se sont lancés à l'assaut et ont récupéré plus que leur part du vote adéquiste en déroute.

Au cours de cette dernière semaine de campagne qui s'amorce, les deux partis de tête ne peuvent pas se permettre de faire des promesses en l'air. Au contraire, il leur faut faire la démonstration qu'ils sont le plus à même de conduire la barque dans la tempête qui s'annonce afin de donner espoir aux jeunes et aux familles dont la vie dépend de la bonne tenue de notre économie.

jrsansfacon@ledevoir.ca


Élection 2003
Bilan de la campagne électorale

La culture reste confinée aux programmes

Stéphane Baillargeon
LE DEVOIR - lundi 7 avril 2003


Le Devoir amorce aujourd'hui une série de bilans qui se succéderont cette semaine et qui aborderont les grands thèmes traités par nos politiciens au cours de la présente campagne électorale. Premier volet: la culture.

Encore une fois, la culture a été reléguée en queue de liste des sujets débattus à l'occasion d'une campagne électorale au Québec. Seulement, cette fois, la règle a été suivie à contrecoeur.

Au départ, tout semblait mûr pour enfin en arriver à un sérieux débat politique sur des enjeux culturels réels, qui ne manquent pas, du manque de protection du patrimoine au faible niveau de vie des artistes. Les associations professionnelles des milieux culturels, de mieux en mieux organisées, réclamaient des réponses à leur nombreuses demandes. Des partis politiques abordaient le sujet franchement et ouvertement.

Seulement, il y a eu et il y a toujours la guerre qui a relégué la campagne au second plan des intérêts comme des priorités. Seulement, d'autres sujets nationaux mobilisent encore plus l'attention, comme la santé, l'avenir de l'ADQ ou, pourquoi pas, la question nationale.

«On doit le déplorer: la culture a été absente de cette campagne», dit Pierre Curzi, président de l'union des artistes, le plus vieux et le plus imposant syndicat d'artistes au pays.

Pierre MacDuff, porte-parole délégué du Mouvement des arts et des lettres (MAL), un regroupement d'associations d'artistes professionnels de tous les grands secteurs d'activité, préfère d'entrée de jeu souligner la prise en compte des questions culturelles par les grands partis. «Notre premier constat, c'est que les revendications véhiculées par le MAL depuis sa fondation, il y a quatre ans, ont été entendues, dit M. MacDuff, qui est aussi président du Conseil québécois du Théâtre. Les trois grandes formations politiques déclarent vouloir améliorer les conditions de vie et de pratique des artistes. Cela peut sembler aller de soi, mais ce n'était pas le cas il n'y a pas si longtemps.»

La manière

Seulement, il y a la manière. Le programme culturel de l'ADQ tient en quelques lignes qui promettent notamment de soutenir davantage les créateurs. Le PLQ a développé une impressionnante plate-forme sectorielle touchant tous les grands dossiers, de Télé-Québec à la présence de la culture à l'école. Le PQ a fait moins de propositions étoffées, mais a marqué un grand coup il y a dix jours en promettant de hausser les budgets annuels du CALQ à 90 millions au cours d'un prochain mandat.

Cette promesse rejoint, sinon la raison d'être du MAL, à tout le moins sa première revendication. «Le seul qui ait chiffré son engagement, c'est le PQ, dit Pierre MacDuff. Le PLQ affirme bien qu'il faut soutenir la création, mais ne s'engage pas concrètement. Il y a déjà un écart et il faut bien le dire: le programme du PQ nous rassure par rapport aux questions budgétaires.»

Pierre Curzi se réjouit aussi de cette promesse, mais souligne qu'à son sens les milieux culturels ont besoin de plus, peut-être 100 ou 120 millions. «Mais on avance et c'est très bien, dit-il. Nos pressions ont porté leurs fruits.»

Il note aussi que le dernier budget péquiste a augmenté de cinq millions l'enveloppe annuelle du CALQ. Elle totalise maintenant 71,3 millions, par rapport à 43,4 millions en 2000-01, soit une augmentation de 64 % en trois ans. «Si le PLQ est porté au pouvoir, rien ne nous indique que cette promesse sera maintenue, enchaîne Pierre MacDuff. En plus, du côté libéral, on annonce un gel assez généralisé des dépenses qui pourrait bloquer toute hausse des budgets du CALQ. L'inquiétude demeure donc.»

Pierre Curzi rajoute que d'autres avantages sont déjà acquis par les milieux artistiques. Différentes institutions, dont l'Observatoire de la culture et des communications et les ministères de la Culture et du Revenu ont lancé des études pour étayer les demandes de l'UDA sur le plan de la santé et de la sécurité, de la formation continue et d'un ensemble de mesures qui équivaudrait à une sorte de revenu minimum garanti.

«Je suis ravi de retrouver des propositions élaborées sur différents aspects concernant le filet de sécurité sociale des artistes dans le programme du Parti libéral, dit le président de l'UDA. Ça se retrouve de manière moins claire et moins élaborée dans le programme du Parti québécois. Mais, dans les faits, ce parti a déjà commencé à agir à cet égard.»

Et alors? Ni le MAL ni l'UDA ne veulent finalement se prononcer ouvertement en faveur d'un parti ou d'un autre. «Ce n'est pas la tradition chez nous», conclut Pierre Curzi.


Élection 2003

Une campagne pour analphabètes

Michel Vastel
Le Soleil - lundi 7 avril 2003


Les stratèges des partis politiques s'arrachent les cheveux ! Ils savaient que la campagne électorale passerait après la guerre en Irak. Mais le week-end dernier, l'intérêt des Québécois était partagé entre la guerre puis... Star Académie, le combat d'Éric Lucas, la menace du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), la tempête de neige... Il fallait beaucoup de courage pour faire campagne. Et un sens aigu du devoir pour s'intéresser à un congrès du Bloc québécois.

On élit pourtant un gouvernement pour quatre ou cinq ans. Et dans autant d'années, la guerre sera finie, les vedettes de Star Académie oubliées, Éric Lucas retraité, la pneumonie atypique disparue. Peut-être même qu'on ne parlera plus du Bloc ! La seule certitude, c'est qu'un 7 avril, on aura toujours des chances de parler d'une tempête de neige...

Les Québécois sont en passe de devenir de véritables analphabètes de la politique. Est-ce la couverture des réseaux de télévision ? Ou le manque de charisme des chefs politiques dont le plus populaire est aussi celui dont une majorité veut se débarrasser ? Toujours est-il que, les trois partis politiques s'étant donné la peine de publier des programmes électoraux détaillés et soigneusement chiffrés, l'exercice électoral se résumera à faire une croix en face d'un nom !

Remarquez que je comprends parfois leur cynisme. Ainsi, le jour même où toute la classe politique ergotait sur les propos de Jacques Parizeau, et leur impact sur la campagne électorale, un autre ancien premier ministre, Lucien Bouchard, partageait un bon repas avec l'animateur Jean Lapierre - la Némésis de Jean Charest - et l'homme d'affaires Pierre Michaud - le pygmalion de Mario Dumont. Avouez que cela faisait un drôle de trio ! Si c'est à cela que mène la politique, pourquoi s'y intéresser en effet ?

J'ai moi-même dû me faire violence pour m'inscrire au congrès du Bloc québécois, ces militants souverainistes qui ne sont pas au pouvoir, mais qui veulent le rester ! Les organisateurs se sont même donné un petit air d'actualité en y accueillant le premier ministre, Bernard Landry, en demandant à Jacques Parizeau de ne pas s'y présenter, et en omettant d'y inviter le fondateur Lucien Bouchard. L'incongruité de ce congrès d'une formation fédérale en pleine élection provinciale ne semble avoir traversé l'esprit de personne !

Bernard Landry s'est offensé de voir quatre députés libéraux fédéraux donner un coup de main à leurs cousins provinciaux. Lucienne Robillard, Georges Farah et Serge Marcil sont d'anciens représentants du PLQ à l'Assemblée nationale après tout, et André Harvey voulait sans doute se faire pardonner d'avoir trompé Jean Charest avec Jean Chrétien ! Le chef du PQ peut bien s'indigner de cette " ingérence ", mais que font les 34 députés du Bloc québécois quand ils ne sont pas en cavale à Montréal ?

Les six ou sept cents militants qui passaient le week-end à Montréal à discuter des vertus du modèle québécois à l'ombre du siège social de la Caisse de dépôt et placement - ils n'avaient peur de rien ! - ne semblaient pas penser que leur présence eut été plus utile dans leurs circonscriptions, à battre le rappel de tous les votes par anticipation. Comme de grands garçons, ils se sont même payé le luxe d'un vote de confiance que Gilles Duceppe a remporté dans une proportion de 84,4 %. Tout va donc bien au Bloc même si, de crise en démission, il est devenu la deuxième formation fédérale au Québec.

Les délégués du Bloc ont ainsi glissé tous les irritants sous les tapis neufs du Palais des congrès de Montréal : la crise de leadership, l'opposition d'un certain nombre de militants aux ententes avec les Innus du Saguenay et de la Côte-Nord, et la liberté de parole des députés. Après la censure de Ghislain Lebel et de Pierrette Venne, les militants ont convenu que les députés doivent pouvoir s'exprimer librement et publiquement sur toute situation politique sur laquelle le parti n'a pas encore pris position. Même Gilles Duceppe a voté pour ça, ce qui en dit long sur la profondeur de la confiance qui lui a été renouvelée.

Assez parlé de ce congrès du Bloc puisque, de toute manière, cela arrivait au septième rang des préoccupations des rédacteurs de nouvelles ce week-end. Place au " dernier droit " comme on dit... Je vous le prédis plein de rebondissements :

- pour Jean Charest qui va recevoir une autre brique sur la tête lorsqu'on va s'apercevoir que le maire de la nouvelle ville de Longueuil, Jacques Olivier, a publiquement souhaité la réélection de Pauline Marois au sein du gouvernement péquiste !

L'ancien ministre fédéral, plus rouge que rouge, a même ordonné à ses organisateurs de ne pas se mêler de la campagne des candidats libéraux favorables au démantèlement de sa ville ;

- pour Bernard Landry qui tente désespérément de remettre au centre de sa campagne la conciliation entre le travail et la famille et le bon bilan - on l'avait presque oublié ! - de son gouvernement. Sentant le tapis lui glisser sous les pieds, il doit plutôt mener une campagne négative contre Jean Charest - les défusions et le déficit - , risquant ainsi de paraître en proie à la panique ;

- et pour Mario Dumont qui essaie de sauver une douzaine de circonscriptions, dont celles de Vimont, de Joliette, de René-Lévesque et même de... Berthier, où les quatre députés qu'il a fait élire à la faveur d'élections complémentaires seraient en difficulté... selon les bloquistes qui spéculaient beaucoup au cours du week-end.

MVastel@lesoleil.com


Élection 2003

De Parizeau à Robillard

Gilbert Lavoie
Le Soleil - lundi 7 avril 2003


Éditorial - Il fallait bien s'y attendre, la campagne électorale n'aurait pas été complète sans quelques passes d'armes sur la question nationale et le gouvernement fédéral. Mais contrairement à ce que l'on aurait pu croire, les événements qui nous y ont mené n'étaient pas vraiment planifiés.

La semaine dernière, c'est la tournée de Jacques Parizeau dans les cégeps qui a placé Bernard Landry dans la tourmente. En fin de semaine, c'est la présence des libéraux fédéraux aux assemblées de Jean Charest qui soulève les hauts cris de ses adversaires. Dans un cas comme dans l'autre, il n'y a pas de quoi fouetter un chat, mais en campagne électorale, on a le fouet beaucoup plus nerveux.

Jean Charest n'a pas plus besoin des cousins fédéraux que Bernard Landry de Jacques Parizeau. Mais dans les deux cas, c'est la visite qui s'est invité ! Jacques Parizeau parce qu'il se croit encore investi d'une mission divine, et les libéraux fédéraux parce qu'il y a des odeurs de victoire dans l'air et qu'ils veulent se coller sur le gagnant. C'est plutôt flatteur pour Charest quand on sait à quel point les stratèges fédéraux le critiquaient il n'y a pas deux mois, mais c'est très inconfortable. Parions que Lucienne Robillard est la dernière députée libérale fédérale que l'on verra dans le sillage du chef du PLQ d'ici lundi prochain...

L'occasion était trop belle pour Bernard Landry et Mario Dumont. Ils ont soutenu que M. Charest, s'il est élu, serait redevable à Ottawa et perdrait ainsi toute crédibilité pour négocier le déséquilibre fiscal avec le gouvernement fédéral. L'argument ne tient pas la route : s'il est un chef qui ne doit rien aux libéraux fédéraux, c'est bien Jean Charest. Il était conservateur avant de passer chez les libéraux québécois, et le cabinet de Jean Chrétien n'a jamais cessé de lui mettre les bâtons dans les roues. Pierre Pettigrew a même laissé circuler son nom pour le remplacer en cas de défaite !

Mais la politique ne fait jamais dans les nuances. Et après l'utilisation qu'il a faite de Jacques Parizeau au débat des chefs, M. Charest peut difficilement se plaindre du sort que lui a réservé hier Bernard Landry. Prenant prétexte des commentaires de M. Parizeau, Jean Charest avait accusé Bernard Landry d'avoir un " agenda caché " pour ramener le Québec sur la voie référendaire. Or s'il est un leader qui n'a pas d'agenda caché en cette matière, c'est bien M. Landry. Le premier ministre a constamment réitéré ses intentions souverainistes depuis qu'il occupe son poste. En septembre, il s'est commis dans un échéancier de deux ou trois ans envers ses militants. Au cours du dernier mois, il s'est engagé à faire la promotion de la souveraineté, à y consacrer des fonds publics, à amorcer la rédaction d'une constitution québécoise, et à mettre sur pied une commission d'étude genre Bélanger-Campeau, créée par Robert Bourassa après l'échec de Meech. S'il y a encore quelqu'un au Québec qui ignore que la réélection de Bernard Landry signifie la reprise du débat constitutionnel, c'est qu'il était sur une autre planète au cours de la dernière année.

Mais concluons donc sur les vraies choses : s'il y a un agenda caché dans cette campagne, c'est bien davantage sur la question des finances publiques. Péquistes et libéraux feront bien toutes les promesses qu'ils voudront, ils savent pertinemment qu'ils n'auront pas les moyens de les respecter. Les deux partis ont maquillé la situation à un point tel qu'on nous promet la semaine de quatre jours, le gel des frais de scolarité et des garderies à 5 $, de nouveaux investissements dans la santé, et même des baisses d'impôt. Ces promesses sont malheureusement basées sur des scénarios rose bonbon.

GLavoie@lesoleil.com


BQ

Micros indiscrets au Bloc québécois

Des députés se sentent épiés par le bureau du chef Gilles Duceppe

Hélène Buzzetti
LE DEVOIR - lundi 7 avril 2003


«Si vous étiez à la réunion du caucus, vous verriez que ce sont toujours les dix mêmes qui parlent. Les autres, on se tait. On a peur de se faire taper sur les doigts. Il y a plein de façons de menacer un député. Lui retirer son dossier, par exemple.»

Ces propos d'un député bloquiste, qui désire ne pas être nommé, traduisent l'atmosphère certaine de méfiance qui planait sur le congrès du Bloc québécois, ce week-end à Montréal. Les représentants du bureau du chef Gilles Duceppe étaient partout pour écouter les propos des députés, et ceux-ci se méfiaient continuellement des micros indiscrets

Le député Bernard Bigras avait présenté une résolution revendiquant une plus grande liberté de parole pour les députés. «Les députés doivent pouvoir s'exprimer librement et publiquement sur toute situation politique qui ne fait pas déjà l'objet d'une position adoptée par le congrès, le conseil général ou par le caucus», dit cette résolution. «Elle vise à assouplir la ligne de parti. Les députés doivent retrouver une plus grande liberté d'expression», a expliqué M. Bigras qui ajoute que cela devra se faire en respectant certaines balises.

Dans les coulisses, plusieurs députés favorables à l'initiative reconnaissent qu'elle était une réponse à «l'épisode Lebel». Ghislain Lebel s'est fait rabrouer pour avoir critiqué l'entente conclue avec les Innus par le gouvernement du Québec même si le Bloc québécois n'avait pas officiellement de position sur la question. (Il en a d'ailleurs adopté une ce week-end -- voir autre texte à ce sujet.) M. Lebel a finalement quitté le caucus et siège comme indépendant à la Chambre des communes. Au moins un député a avoué au Devoir qu'il voyait cette résolution comme une «protection» à l'avenir.

Gilles Duceppe s'en est bien défendu. «M. Lebel n'aurait pas plus pu faire ce qu'il a fait avec ces [nouvelles] règles. Il avait dit que Bernard Landry était un traître.» M. Duceppe, tout comme la vice-présidente du parti, Hélène Alarie, a voté en faveur de la résolution. «J'ai toujours dit que ça concrétisait, ça officialisait ce qui se passe. [...] Je suis très à l'aise avec cela moi.» Il a expliqué que le fait d'écrire cette règle lui donnerait plus d'importance.

Signe que l'initiative dérange, toutefois, lorsque le temps est venu pour M. Bigras de présenter sa résolution en atelier, deux représentants du bureau du chef se sont présentés pour enregistrer ses propos, du jamais vu. La veille, alors que M. Bigras discutait de sa résolution avec Le Devoir, il s'est senti oppressé lorsque le directeur des communications du parti, Philippe Gagnon, est passé en jetant un regard désapprobateur.

La résolution a finalement été adoptée en plénière par une très faible majorité, et 17 députés l'ont appuyée, 13 s'y sont opposés. Quatre étaient absents. Toute la garde rapprochée de M. Duceppe était contre.

Il a été impossible d'interroger les députés sans être suivie par un des représentants du bureau du chef qui enregistrait leurs propos, au grand dam de certains d'entre eux, dont un qui les a traités de «vautours». «Après cela, ils viendront nous dire qu'on a tort de penser que nous sommes trop contrôlés», a confié un autre qui appuyait la résolution. Une autre encore a prétendu s'être fait menacer par un collègue parce qu'elle voulait se prononcer en faveur de la proposition.

Ceux qui se sont opposés à la résolution ont fait valoir que cela pourrait nuire aux porte-parole du parti. Si jamais il arrivait un incident environnemental au cours du week-end et que tous les députés se mettaient à commenter le dimanche avant le retour du caucus, qu'arriverait-il, a demandé M. Gauthier. Le problème, selon lui, c'est que «tout le monde fera autorité» désormais. M. Bigras est le porte-parole du Bloc en matière d'environnement.

Pierre Paquette a de son côté fait remarquer que le parti reconnaissait déjà aux députés le droit de s'exprimer dans la mesure où ils ne remettent pas en question les trois idées fondamentales, soit la souveraineté, la plate-forme électorale et les déclarations de principes du parti. «Cela durcirait davantage la ligne de parti», croit M. Paquette parce qu'il faudrait désormais respecter les décisions du caucus.

Les députés favorables à la résolution faisaient valoir que la population qui les élit s'attend à ce qu'ils puissent s'exprimer sur des enjeux touchant leur circonscription. Diane Bourgeois a donné en exemple la prolifération des chenils clandestins dans sa circonscription (Terrebonne-Blainville). Elle qui se dit sensible à la protection des animaux s'est sentie coincée puisque son parti était officiellement contre un projet de loi à la Chambre des communes portant sur la cruauté envers les animaux. «On ne peut plus toujours aller à la toilette quand vient le temps des votes.»

C'est parmi les tenants de cette résolution qu'on retrouvait les députés les moins favorables au leadership de M. Duceppe. Un d'entre eux prédisait à celui-ci un vote de confiance d'à peine 70 %, reflet de la confiance qu'il lui accordait lui-même. Les résultats l'auront fait mentir: M. Duceppe a récolté l'appui de 84,4 % des délégués, samedi, soit un résultat quasi identique à celui obtenu au dernier congrès, en 2000.


BQ

Appui de 84,4 % à Gilles Duceppe

Les militants du Bloc québécois optent pour un congrès discret
«On est en élection au Québec. On ne commencera pas à leur mettre des bâtons dans les roues.»

Hélène Buzzetti
LE DEVOIR - lundi 7 avril 2003


Les militants du Bloc québécois auront voulu éviter de nuire à la campagne électorale du Parti québécois en évacuant à peu près tous les sujets houleux de leur congrès, ce week-end à Montréal. Et en donnant un niveau d'appui à leur chef Gilles Duceppe quasi identique à celui de 2000 (avec 84,4 %), ils se sont assurés de ne pas trop «brasser la cage».

Ottawa -- Ainsi, dès le début des ateliers, les militants ont retiré de l'ordre du jour les deux propositions laissant entendre que l'union confédérale entre le Canada et un éventuel Québec indépendant telle que prônée par le premier ministre Bernard Landry «ne peut s'appliquer». Un tel système, qui n'est pas conçu pour régir les relations «entre deux États seulement» se révélait être «un système lourd, bureaucratique et peu démocratique», disaient les deux propositions.

De l'aveu même d'un militant qui pilotait l'une d'elles, il ne fallait pas «mettre les pieds dans le plat». «On est en élection au Québec. On ne commencera pas à leur mettre des bâtons dans les roues.» Une autre proposition suggérant l'élection du premier ministre du Québec au suffrage universel et la nomination de ministres non élus a été défaite.

Un hasard

Enfin, le passage de Jacques Parizeau au congrès a été annulé, celui-ci ayant décidé de ne plus s'impliquer d'ici aux élections. Quant à la tenue du congrès en pleine campagne électorale, elle était présentée comme un hasard. La date avait été retenue depuis longtemps, a fait valoir M. Duceppe, et même s'il y avait possibilité dans le contrat de la modifier, le Parti québécois ne jugeait pas la chose nécessaire. «Quand on fait du porte-à-porte, en un jour, on peut rencontrer environ 75 personnes, a illustré M. Duceppe. Si vous nous passez à la télévision, c'est beaucoup de porte-à-porte. C'est une présence médiatique.»

Un député, toutefois, a déploré cette décision. S'il croit que la pertinence du Bloc québécois restera inchangée advenant l'élection d'un gouvernement autre que péquiste, il n'en croit pas moins que le parti devra travailler différemment. Entre autres, dit-il, le caucus du Bloc ne pourra plus se fier aux analystes des initiatives fédérales faites par Québec avant de prendre position. «Ceux qui pensent que ça ne changera rien [l'élection d'un autre parti] vivent sur une autre planète», dit-il.

M. Duceppe a annoncé la mise sur pied d'un groupe qui passera en revue chacun des programmes du gouvernement fédéral pour analyser l'impact du déséquilibre fiscal. Le comité sera présidé par l'ancien président du Conseil du trésor à Québec, Jacques Léonard. «On va s'attaquer au déséquilibre fiscal», a lancé M. Duceppe.

Les discussions ont été plus houleuses lorsqu'il a été question d'élargir le droit de parole des députés (voir autre texte en page A 1) et d'avaliser les démarches du Québec envers les autochtones, y compris l'approche commune avec les Innus. Deux militants s'opposaient farouchement à cette proposition, faisant valoir certaines craintes quant à la représentativité des futures instances autochtones en place. La proposition a été adoptée après un vibrant plaidoyer d'Yvan Loubier sur l'importance pour une nation demandant d'être reconnue de reconnaître celles sur son territoire, plaidoyer qui lui a valu une ovation de la part des centaines de militants réunis.

Vote de confiance

Enfin, M. Duceppe est sorti indemne de son vote de confiance en récoltant l'approbation de 84,4 % des militants réunis. «On a des débats tellement importants et le Bloc québécois est un parti qui ose tenir ces débats. Quand on tient ces débats pas faciles très souvent, on crée bien sûr des tensions. Et malgré tout, d'aller chercher 84,4 %, je suis très heureux. Après six ans, il y a peu de leaders qui ont un tel appui de leur parti.»

La sortie de l'ex-député Pierrette Venne n'a donc pas eu d'effet. Mme Venne avait déploré le caractère autoritaire de son chef, ce qui lui a valu d'être expulsée du caucus en février. Elle prétendait avoir l'appui de ses collègues au caucus, mais elle aura finalement été la seule à partir.


bilinguisme canadien

Le bilinguisme canadien est considéré comme un problème dans l'Ouest

Le Québec est l'une des rares provinces à le percevoir davantage comme une richesse

Le Soleil PC - lundi 7 avril 2003


Montréal - Si pour les Québécois le bilinguisme au Canada est perçu comme une richesse, une forte proportion de gens dans l'Ouest du pays y voient plutôt " un problème pour lequel il faut cesser d'investir ".

Un sondage Léger Marketing, dont les résultats ont été communiqués à la Presse canadienne, révèle en effet que 86 % des Québécois voient dans le bilinguisme canadien " une richesse dans laquelle il faut investir ".

À l'opposé, les citoyens des Prairies et de l'Alberta et, dans une moindre mesure, ceux de la Colombie-Britannique, sont presque aussi nombreux à y voir une richesse qu'un problème.

Ainsi, dans les Prairies et en Alberta, les deux perceptions sont égales, soit 43 % et 41 % dans un cas et 45 % et 43 % dans l'autre cas.

Même en Colombie-Britannique, 48 % des citoyens perçoivent le bilinguisme canadien comme une richesse, alors que 38 % y voient un problème dans lequel il faut cesser d'investir.

Dans la région de l'Atlantique, qui compte la province officiellement bilingue du Nouveau-Brunswick, 73 % des citoyens voient une richesse dans le bilinguisme canadien, alors que 23 % y perçoivent un problème.

La propension à apprécier le bilinguisme est plus élevée chez les francophones, les universitaires, les étudiants et les jeunes de 18 à 24 ans.

La tendance à rejeter le bilinguisme est plus marquée chez les anglophones, les gens âgés de 65 ans et plus, de même que chez les citoyens ayant une scolarité primaire ou secondaire.

Fonction publique

La réticence au bilinguisme se manifeste également pour ce qui est des services offerts dans les hôpitaux, la fonction publique fédérale, voire les restaurants, magasins et bars.

Ainsi, si 94 % des Québécois pensent que partout au Canada, les Canadiens devraient pouvoir être servis en français et en anglais par la fonction publique fédérale, la proportion tombe à 69 % en Colombie-Britannique et à 70 % en Alberta. De même, 95 % des Québécois pensent que partout au Canada, les Canadiens devraient pouvoir être soignés en français et en anglais dans les hôpitaux. La proportion tombe à 57 % en Colombie-Britannique et à 62 % en Alberta et dans les Prairies.

De plus, 84 % des Québécois croient que partout au Canada, les Canadiens devraient pouvoir être servis en français et en anglais dans les restaurants, les magasins et les bars. La proportion chute à 23 % en Alberta et à 30 % en Colombie-Britannique.

Le sondage a été réalisé auprès de 1501 Canadiens adultes, pouvant s'exprimer en français ou en anglais, du 19 au 23 mars dernier. Il comporte une marge d'erreur de 2,5 %, 19 fois sur 20.


Élection 2003

Why blame ethnics for referendum loss, and not women?

Why blame just ethnic voters for the failure of the 1995 referendum? Why not blame women as well?

Joseph Heath
The Montréal Gazette April 7, 2003


The fact that Jacques Parizeau recently repeated his famous line about "the ethnic vote" being responsible for the failure of the 1995 Quebec referendum suggests that he still doesn't see what's wrong with these comments.

On this point, I have some sympathy for the man. After all, in the midst of the anger and denunciation, people tend to lose sight of the fact that what he's saying is true: if all non-francophone voters had mysteriously disappeared on the day of the referendum, the Yes side would have won.

Among francophone voters, 61 per cent supported the Yes side. In this sense, "the ethnic vote" is responsible for the failure of the sovereignist project. So what could be wrong with pointing that out?

Yet Parizeau's comments never seem to go over very well. To help him see the problem, I would like to draw a little analogy. While it's true that a majority of francophones voted for the Yes side and a majority of non-francophones voted No, it is also the case that a majority of men voted Yes, while a majority of women voted No. In other words, if all of the women in Quebec had mysteriously disappeared on the eve of the referendum, then the Yes side would have won. In fact, if only just francophone women had supported the Yes side as strongly as francophone men did, the Yes would have won with a 55 per cent majority. So obviously it is not just "money and ethnic votes" that's responsible for failure of the referendum, it's women as well.

Now imagine that after the results of the referendum had been announced, Premier Jacques Parizeau had got up before the assembled crowd and said: "My friends, once again our dreams have been frustrated. And we all know who is responsible, let us not mince words. By Jove, it's the women who are to blame. Like Delilah, they have shorn us of our locks. If it weren't for them, our dream of an independent Quebec would be at hand."

And imagine that, later in the evening, Finance Minister Bernard Landry was overheard berating a female clerk at a hotel, saying "I hope you women are happy. Is this why we let you out of the kitchen?"

If either of them had done such a thing, people would have immediately concluded that they were misogynists. Why? Because a majority of the population of Quebec voted for the No side.

To single out one group that voted strongly against and to hold it responsible is arbitrary and unreasonable.

Anyone who singles out women and blames them for the defeat obviously has an axe to grind with women. Yet the decision to blame ethnic voters, rather than female voters, is just as unreasonable.

Thus anyone who goes around blaming ethnic voters for the loss must have an axe to grind with ethnics.

Of course, I'm sure it never once crossed Parizeau's mind to blame women for the defeat in 1995. Part of the reason is undoubtedly that he is not a misogynist.

But the other reason is that blaming women for the defeat would be outrageously divisive and hurtful. He would be able to see this quite easily because it's easy for him to imagine himself in a woman's shoes, and to see how such an accusation would be perceived. Yet blaming the ethnic vote is just as hurtful and divisive as blaming women.

What are we to conclude from this? It suggests that Parizeau, and his many supporters in the Parti Québécois, have difficulty putting themselves in the shoes of non-francophones and seeing how their actions look from the perspective of their fellow citizens. If they could, they would think twice about engaging in such hurtful and divisive political rhetoric.

Of course, some might argue that singling out ethnic groups, rather than women, is justified, because in the former case, it is precisely their allegiance to the group that motivated them to vote No In other words, allophones voted No because they were allophones, whereas women did not vote No because they were women.

This conclusion would be overly hasty. Perhaps there is a reason "men are from Quebec, women are from Canada." Women tend to have fairly consistent political preferences: as a group they are less right-wing than men, less confrontational, less territorial, less punitive and less intolerant. They are also less nationalistic. Is that pure coincidence?

Joseph Heath holds the Canada Research Chair in Ethics and Political Economy at the Université de Montréal.


Élection 2003

Parizeau has the PQ on the run

Ian MacDonald
The Montréal Gazette April 7, 2003


The sleeper issue of the Quebec election was always sovereignty and whether the Parti Québécois would use its third mandate to hold a third referendum.

And then Jacques Parizeau, on the very day of the televised debate, came along and put a face on it. Not only that, but by repeating his infamous ''money and ethnic votes'' comments from referendum night in 1995, he revived the worst moment in the modern political history of Quebec.

Or rather, Jean Charest reminded Quebecers of that painful time when he played the Parizeau card at the very end of the debate, in the segment on sovereignty and the future of Quebec.

Charest had already won a unanimous decision against Bernard Landry, but hitting the PQ leader with Parizeau's comments sealed a TKO. It was risky in the sense that Charest was working off a downloaded story from Le Nouvelliste of Trois-Rivières, and there was always a chance of a misquote.

That the tape of Parizeau's comments turned out to be even worse, with him chuckling at the disgraceful memory, only increased Landry's misfortune.

What could the PQ have been thinking, putting Parizeau, of all people, on the road on the only down day of the campaign, when he was bound to attract attention?

Not only did Parizeau replay the 1995 tape, he suggested the PQ needed to move toward another referendum. There he was, with a smoking gun, on an issue on which the PQ had serious trust problems with the voters, but which until then had been fuzzy and unfocused.

Landry was then left with only two choices, to stand by his predecessor or distance himself from Parizeau's remarks. Having suggested Charest owed Parizeau an apology, it was Landry who effectively apologized by suggesting Parizeau stop campaigning in his behalf.

All this took three days, from Monday through Wednesday of last week, to play out. The Landry campaign was completely sidelined at the very moment it desperately needed to get back on track. Even worse, the PQ campaign was destabilized when Parizeau left in a huff. If the leader of the PQ's hard-line wing is not welcome in the campaign, why should the purs-et-durs even bother to vote?

The most critical week of the campaign, with undecideds deciding and swing voters swinging after the debate, was more than a win for the Liberals - it was a rout, suggesting Baghdad is not the only capital where regime change is imminent.

By the weekend, the daily tracking poll by Léger Marketing measured the full impact of the debate. The iceberg of public opinion was moving, and not just on the surface of voting intention, but the attitudinals and attributes beneath it.

For example, in Friday's wave, respondents chose the Liberals over the PQ by a margin of 33 per cent to 26 per cent as the party best able to address the concerns of the regions. This is partly a payoff for Charest's incessant touring of the regions. But it's a remarkable statistic that an opposition party is seen as more able to deliver for the regions than a party in government with all perks and pork at its disposal.

By the weekend, Charest's approval rating as the best leader had also moved up to 33 per cent, only two points behind Landry, a sitting premier. The approval deficit had become a statistical tie, while the Liberals' francophone deficit, 20 points only a week earlier, had closed to a 10-point gap, 45 per cent to 35 per cent in favour of the PQ.

It is conventional wisdom that the Liberals need to win by six points overall because of their surplus votes in the Montreal region. That's a dated perception based on two-party races. Given the three-way splits on the ground east of Montreal, winning by four points or even three might well be enough for the Liberals.

In other words, Charest does not need to win this game by a touchdown; a field goal will do it. But he's still moving the ball and the question is whether or not he can put it in the end zone.

imacdonald@irpp.org


Irak

Syria and Iran must get their turn

National Post April 7, 2003


A year ago, as I was finishing the first draft of The War Against the Terror Masters, I wrote that Syria and Iran could not tolerate an American success in Iraq, because it would fatally undermine the authority of the tyrants in Damascus and Tehran. Since the United States has taken too long to move on from Afghanistan to challenge the regimes of the terror masters, they had forged an alliance and would co-operate in sending terror squads against coalition armed forces, with the intention of repeating the Lebanese scenarios in the mid-Eighties (against the United States) and the late Nineties (against Israel).

U.S. diplomats didn't believe a word of it. After all, as Richard Armitage, the U.S. Deputy Secretary of State, said just a few weeks ago, "Iran is a democracy," and thus is qualitatively different from Iraq and North Korea. The State Department has been pursuing some sort of deal with the Iranian regime since the start of the Bush administration, and didn't want to be bothered -- either with the facts, or with those annoying presidential statements that branded Iran a terror state governed by self-appointed religious fanatics. As for Syria, Foggy Bottom has long considered the Assads potential allies (remember how Warren Christopher waited patiently on the runway in Damascus during one of his "peace process" jaunts, only to be dissed? Remember how Henry Kissinger once called Hafez Assad "the most fascinating leader in the Middle East"?) and until a few days ago was working on a strategic partnership.

But war has a way of destroying the self-serving ambiguities of the diplomatic crowd, and in recent days Americans have heard some pretty tough words from both the U.S. Secretary of State and the U.S. Secretary of Defence, warning Syria and Iran to stop their lethal support of Saddam Hussein's crumbling regime, lest the United States treat them as hostile countries.

Just as I have been saying for these many frustrating months, the United States would find itself in a regional conflict, whatever it wanted, and whatever fanciful ideas the likes of Armitage and policy-planning chief Richard Haass conjured up for their personal satisfaction.

Now, Eli Lake of United Press International reports the government is aware of Iranian terrorist operations inside Iraq, and there have been many stories reporting Syria's campaign to send terrorists across the border to attack U.S. forces. In truth, Americans didn't need intelligence to know this was going on, because the Iranian and Syrian tyrants had announced it publicly. Assad gave an interview recently in which he proclaimed -- in words that could have been taken right out of my book -- that Lebanon was the model for the struggle that had to be waged in Iraq against coalition forces. And Iran's supreme leader, Ali Khamenei, gave a speech a few weeks ago in which he said the presence of American troops in Iraq would be even worse for Iran than the hated regime of Saddam Hussein.

So they are coming to kill coalition forces, which means that there is no more time for diplomatic "solutions." The United States will have to deal with the terror masters, here and now. Iran, at least, offers Americans the possibility of a memorable victory, because the Iranian people openly loath the regime, and will enthusiastically combat it, if only the United States supports them in their just struggle. One may legitimately ask if the Iraqi people are fully prepared for the burdens of democracy after the mind-numbing years of Saddam (I think they are, mind you, but the question is fair), but there is no doubt that the Iranians are up to it. And Syria cannot stand alone against a successful democratic revolution that topples tyrannical regimes in Kabul, Tehran and Iraq.

This is the path -- the correct path -- that President George W. Bush has charted, despite the opposition of so many of his diplomats, and despite the near-total indifference of the Western press to the plight of the Iranian, Iraqi and Syrian people. It is the path that most fully expresses the American revolutionary tradition, and gives the peoples of the Middle East the chance to recapture their dignity by empowering them to govern their own lands. Finally, for those obsessed by the Arab-Israeli question, it is the best chance for peace between the Israelis and Palestinians. President Bush has said that he will not support a Palestinian state that is governed by people hostile to democracy. Yet it is impossible for a democratic Palestine to emerge, let alone survive, so long as the dominant countries in the region are tyrannical supporters of terrorism.

If, at long last, the United States is going to transform the Middle East in the name of the democratic revolution, it is madness to entrust this task to a Department of State that does not believe in it. The State Department, and the CIA, does not believe that democracy can succeed in the Middle East. That is why they have long supported a coup in Baghdad, rather than regime change. That is why they have violently opposed the Iraqi National Congress, which has fought for democracy for more than a decade, only to be repeatedly betrayed and sabotaged by the U.S. government.

Yet the U.S. Congress, seemingly unaware of the urgency of the moment and the years of blunders that contributed so much to the current crisis, has now voted to put all the money earmarked for the "reconstruction" of Iraq -- which is to say, the creation of the post-war Iraqi polity and society -- entirely in the hands of the Department of State.

If this is permitted to stand, it will make the creation of Iraqi democracy even more difficult than circumstances demand. The White House has said that it opposes this centralization of authority in the hands of the State Department, and it is likely that President Bush will veto the proposal, as he should. But, like U.S. diplomats, American elected representatives need a crash course in democratic revolution, the better to advance their cause, defeat their enemies and save the lives of the incredible fighting men and women.

The United States has written an exceptional page of military history in Iraq, but it can be undone by suicidal political blunders in the region in the very near future. It's time to bring down the other terror masters.

Faster, please.

Michael Ledeen is the resident scholar in the Freedom Chair at the American Enterprise Institute. He can be reached at mledeen@ benadorassociates.com.


CDPQ
Vos finances: Par rapport aux autres caisses

Le rendement de la Caisse de dépôt soutient la comparaison

Gérard Bérubé
LE DEVOIR - lundi 7 avril 2003


Derrière la grosseur du chiffre, la Caisse de dépôt et placement du Québec peut affirmer tenir le coup dans le jeu des comparaisons de rendement en 2002. Cela vaut tant par rapport à l'indice de référence que pour les parallèles, plus maladroits, avec les gestionnaires des autres grandes caisses de retraite. Et cela s'inscrit dans un univers de pertes généralisées chez les gestionnaires de caisse avec, en toile de fond, l'apparition de déficits actuariels monstrueux.

Le rendement négatif de 9,6 % de la Caisse en 2002 frappe toujours l'imaginaire. Une contre-performance que l'on ne peut dissocier de cette morosité boursière, grossie par une surexposition aux valeurs technologiques. Cette surexposition compte pour le tiers du rendement négatif affiché. Et le placement dans Vidéotron? Pour la moitié du tiers. En d'autres mots, la réévaluation du placement de la Caisse dans Vidéotron est venue retrancher 1,8 % au rendement de la caisse en 2002.

Un constat favorable

Une fois ces précisions apportées, en faisant fi de ces excès, la nouvelle direction de la Caisse a dressé un constat somme toute favorable de la performance de l'équipe de gestionnaires en place. En faisant abstraction des erreurs de parcours, «l'ensemble des équipes de gestion auraient surpassé de 0,8 % leur indice de référence au cours des cinq dernières années, et de 0,04 % en 2002», peut-on lire dans le rapport annuel de la Caisse.

Cette valeur ajoutée peut également s'illustrer en retenant une comparaison plus large. En délaissant les portefeuilles de référence pour reprendre les grands indices boursiers, le rendement global négatif de 9,6 % de la Caisse en 2002 survient dans l'ombre d'un recul de 12,4 % du S&P/TSX, indice baromètre de la Bourse de Toronto, et de 22,9 % de son équivalent américain, le S&P 500.

Sur ces bases, la dérive de la Caisse devient donc plus relative. Il en va ainsi en comparaison de la performance des autres grandes caisses de retraite. On peut penser à Teachers et à Omers. Certes ce petit jeu des comparaisons peut être boiteux. Après tout, la Caisse est redevable auprès d'une vingtaine de déposants, chacun imposant son approche, ses limites et sa politique de placement, alors qu'Omers a, pour clientèle, les employés municipaux de l'Ontario, et Teachers, les enseignants ontariens. N'empêche.

L'an dernier, Teachers, deuxième caisse de retraite en importance au pays avec un actif de 66,2 milliards, a vu cet actif reculer de 4,7 %. Son rendement moyen a été de -2 % l'an dernier, grâce à une diminution du poids des actions dans le portefeuille global. Malgré tout, malgré des rendements de 13,2 % et de 8,6 % venant des placements à revenu fixe et des placements sensibles à l'inflation (obligations et immobiliers), ces titres ont servi d'adoucisseurs pour Teachers, qui a encaissé un rendement négatif de 14,1 % dans le segment actions en 2002. Le pire a donc pu être évité chez Teachers par cette décision, prise en début de 2002, de réduire nettement l'exposition en Bourse, de 60 à 49 % du portefeuille. N'eût été de cette vision, la perte sur les placements aurait été de 2,3 milliards, plutôt que 1,4 milliard avance-t-on.

Omers, troisième caisse de retraite au pays avec un actif net de 29,5 milliards, a comptabilisé un rendement global négatif de 7,1 % l'an dernier, ce qui se compare à un recul de 7,4 % de son indice de référence. Soit un écart de 0,3 %.

Une autre grande caisse de retraite, celle de la Société canadienne des Postes, a dégagé une perte sur placements de 6,9 %, soit sous le recul de 7,4 % de son indice de référence, forçant un recul de 256 millions de l'actif, à 7,5 milliards.

Ces résultats, plutôt sombres, indiquent qu'au total, les trois plus grandes caisses au pays auront vu leur actif net chuter de 16 milliards l'an dernier. Mais ces revers se sont généralisés dans l'univers des caisses de retraite l'an dernier. Ils s'insèrent également dans l'univers plus large de ces déficits actuariels grossis par trois années de corrections boursières aux États-Unis, deux années au Canada. Par des manques à combler de près de 40 milliards au Canada, de 300 milliards $US aux États-Unis. Dans ce dernier chiffre, relevons le sous-financement de 19 milliards pour la seule caisse de retraite de General Motors, et celui de 14,5 milliards pour les caisses de Ford, gonflé par un rendement négatif de 9,7 % en 2002 dans ce dernier cas.

Il appert que trois années boursières négatives, c'est du jamais vu depuis la Deuxième Guerre mondiale. Et qu'il faut remonter à la Grande Dépression des années 1930 pour observer une série de quatre années consécutives de recul...


Élection 2003
Lettre à André Pratte, éditorialiste à La Presse

Malhonnêteté de M. Charest

Si vous aviez exprimé votre indignation devant toutes ces manœuvres méprisables, vos airs scandalisés devant les discours de M. Parizeau ressembleraient moins à de la tartuferie.

Claude Boulay
Tribune libre 7.4.2003


Trois-Rivières, le 7 avril 2003

M. Pratte,

Lors de son discours à Shawinigan, M. Parizeau a fourni une lecture différente des résultats du référendum de celle qu’il avait donnée le soir du vote. M. Charest a prétendu, lors du débat des chefs, que M. Parizeau avait confirmé ses propos déplacés de 1995. C’était une manœuvre malhonnête de la part de M. Charest.

Pour justifier votre appui à M. Charest, vous interprétez les rires de M. Parizeau comme manifestant le contraire du regret. Pourtant, le reste du discours de M. Parizeau montre bien qu’il n’interprète pas de la même façon la défaite référendaire, du moins en ce qui concerne le vote des communautés ethniques, et que ses rires marquaient plutôt l’embarras d’un homme très orgueilleux qui doit se rétracter.

Vous aimez vous scandaliser de toute référence à un vote ethnique. Vous auriez plus de crédibilité si vous vous étiez scandalisé chaque fois que les fédéralistes ont prêché en faveur d’un vote basé sur les origines ethniques.

  • Quand M. Michael Kenneally, président de la Société St-Patrick de Montréal, a refusé d’inviter des représentants du gouvernement du Québec à la fête des Irlandais, sous prétexte que ces derniers étaient tous contre la souveraineté du Québec, ne faisait-il pas un appel à un vote ethnique?

  • Quand Mme Houda-Pépin, députée libérale, lançait : « Nous, des communautés ethniques, ne voterons jamais pour la souveraineté », ne cherchait-elle pas à promouvoir un vote ethnique?

  • Quand, à la veille du référendum, on a créé une Coalition des Congrès hellénique, juif et italo-canadien, pour inciter les membres de ces communautés à voter Non, ne cherchait-on pas à favoriser un vote basé sur les origines ethniques?

  • Quand le gouvernement fédéral a accéléré l’accès à la citoyenneté canadienne avant le référendum, ne cherchait-il pas à exploiter un vote ethnique?

    Cette cabale pour mousser, entretenir et exploiter un vote ethnique n’a pas cessé après le référendum. Le 18 octobre 1997, on entendait le professeur Stephen Scott, de l’Université McGill : « Il y a des députés libéraux, élus dans des circonscriptions anglaises, qui ont voté en faveur du droit du Québec à l’autodétermination. Ils doivent être tombés sur la tête! »

    Si vous aviez exprimé votre indignation devant toutes ces manœuvres méprisables, vos airs scandalisés devant les discours de M. Parizeau ressembleraient moins à de la tartuferie.