élection 2003

Le PQ doit se défendre d'avoir improvisé sur la conciliation famille-travail

PC 9 avril 2003


(PC) - La conciliation famille-travail est revenue au centre des débats, mardi, en ce 28e jour de la campagne électorale. Attaqué par le Parti libéral, le premier ministre Bernard Landry a dû se défendre d'avoir improvisé sa nouvelle politique. De son côté, le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, a plaidé pour une réforme des institutions démocratiques.

Selon M. Dumont, Bernard Landry se livre à du "marchandage constitutionnel" et exerce "quasiment du chantage" s'il entend faire de la souveraineté du Québec le passage obligé pour procéder à une réforme du mode de scrutin.

Il faut, au contraire, au plus tôt "moderniser la démocratie du Québec", a dit le chef de l'Action démocratique, qui faisait campagne dans la Vieille capitale, et ne pas compter sur "les vieux partis" pour y arriver.

Il réagissait à un commentaire fait par le premier ministre, lundi à l'université Laval. En réponse à un étudiant, il avait dit qu'il pourrait procéder à une réforme du mode du scrutin dès que le Québec serait souverain et devenu "une république".

En somme, a déduit M. Dumont, le message de M. Landry aux électeurs est le suivant: "Une meilleure démocratie, vous aurez pas le droit à ça tant que j'aurai pas ce que je veux", soit la souveraineté du Québec.

Lors d'un point de presse, M. Dumont a rappelé les principaux éléments de son programme en vue de réformer les institutions démocratiques québécoises: élections à date fixe, extension du vote libre en Chambre pour les députés, pouvoirs accrus au Vérificateur général, nominations des dirigeants d'organismes par l'Assemblée nationale et introduction d'éléments de la proportionnelle dans le mode de scrutin.

L'Action démocratique serait le grand gagnant d'un système mixte qui intégrerait des éléments de proportionnelle. En 1998, le parti avait obtenu 12 pour cent du vote populaire, mais n'avait fait élire qu'un seul député, Mario Dumont, dans Rivière-du-Loup.

Bernard Landry

Le Parti québécois s'est défendu mardi de faire de la "petite politique" et de tenter de gagner les jeunes familles en leur présentant des mesures "improvisées" pour faciliter la conciliation famille-travail.

Le PQ étudie ce projet depuis 1999 et la semaine de quatre jours est tout sauf improvisée, a martelé mardi Bernard Landry, en réponse au chef du Parti libéral qui l'accusait en début de semaine de faire de l'"exploitation électoraliste" sans offrir de solution réelles aux parents.

D'après le premier ministre sortant, le Conseil de la Famille et de l'Enfance avait déposé un avis à cet effet dès le 17 juin 1999. Le dossier a par la suite été pris en charge par Marie-Lise Lapierre, candidate dans la circonscription d'Outremont et conseillère au programme du parti.

M. Landry a annoncé que sous un gouvernement péquiste, la Commission des normes du travail seraient rebaptisée "Commission de la conciliation famille-travail et des normes du travail" et que son mandat serait élargi pour tenir compte de la loi-cadre.

Jean Charest

Le chef libéral Jean Charest s'estime "tout à fait" transparent lorsqu'il affirme qu'il va réduire la taille de l'Etat, diminuer le nombre de ministères et d'organismes sans identifier lesquels avant l'élection.

En conférence de presse à Berthier, le chef libéral a été mitraillé de questions sur l'identité des organismes qui disparaîtraient et sur l'ampleur des compressions qui seraient faites dans les ministères non prioritaires. Le PLQ veut en effet geler les budgets de tous les ministères sauf ceux de la Santé et de l'Education, ce qui équivaut à des compressions, dans un contexte de croissance normale des coûts.

Comme il l'a fait depuis le début de la campagne, M. Charest a été très général, citant par exemple les régies régionales que le PLQ propose d'abolir pour les remplacer par une structure plus légère. Mais malgré les questions répétées, il a refusé de dire combien d'emplois seraient supprimés dans les régies ou quelle proportion du budget y serait amputé.

Quant à l'importance d'un éventuel conseil des ministres libéral, il n'a pas voulu donner d'approximation, se bornant à affirmer que 36 ministres et ministres délégués, c'était trop.

Quand les journalistes lui ont mentionné que lui-même dénonçait "l'agenda caché" du Parti québécois, parce qu'il aborde peu la question de la souveraineté et de son plan de transition, il a repoussé la comparaison, se disant même "tout à fait, oui" transparent. Il a rejeté également l'argument voulant qu'il demande ainsi un acte de foi aux Québécois qui iront aux urnes, le 14 avril.


Élection 2003

CHAREST LA HYÈNE

François Parenteau
Billet à Radio-Canada
le 5 avril 2003
Émission Le Bigot


J'ai regardé le débat comme on regarde le superbowl ou un match de hockey. C'était une occasion idéale pour pratiquer des imitations, voir quels stratagèmes chacun prendrait pour ne pas répondre aux questions, prendre note des idées suggérées par chacun (j'avais un petit post-it jaune et il m'est resté de la place), et m'aider un peu à décider pour le 14 avril.

On a pu remarquer que Mario Dumont s'enfonçait de plus en plus dans un rire niaiseux de grand garçon gêné qui parle à sa matante. On a aussi pu voir que Jean Charest se postait souvent comme une guidoune et que la gestuelle de Landry donnait l'impression qu'il lançait des fléchettes. Jusque là, c'était rigolo.

Mais quand Charest a lancé sa référence à une obscure allocution de Jacques Parizeau devant une centaine d'étudiants à Shawinigan, c'est devenu le match du vendredi saint. Ce n'est pas seulement un coup bas dont on peut bien se plaindre mais qui, du point de vue partisan, est un sacré bon coup. C'est un dérapage démagogique dangereux pour le Québec et ce, tant pour les fédéralistes que pour les souverainistes.

Si Monsieur Charest disait clairement: je crois au Canada, je crois au Québec dans le Canada, il ferait un travail utile et même noble. Mais il n'essaie même pas de convaincre les Québécois des atouts du Canada. Sans doute sait-il la tâche impossible mais c'est une autre question. Il cherche à discréditer le mouvement souverainiste en l'associant à de bien honteuses choses comme la racisme. En ce sens, c'est le politicien le plus Canadien-anglais du Québec. On croirait entendre Diane Francis ou Mordecai Richler.

Et si on regarde bien, on voit que cette stratégie chez lui dépasse la tentation d'un coup d'éclat frauduleux mais isolé pour détourner un débat. N'est-ce pas sous sa gouverne et avec la complicité empressée de Lucien Bouchard que la parti Libéral a magouillé pour transformer les propos d'un simple citoyen non-élu et que ça devienne "L'affaire Michaud"? Que des nationaleux disent des conneries, ça peut arriver. Surtout quand on déforme tout ce qu'ils disent pour que ça aie l'air raciste. Mais depuis que Charest est à Québec, faut avouer qu'ils ont un puissant haut-parleur. Il distorsionne à fond mais il crache.

Or si on revient aux propos de Parizeau, la plupart de ses critiques disent qu'il n'a pas dit de fausseté le 30 octobre 1995 mais que l'odieux venait du moment dramatique choisi, que cette constatation aurait dû rester un sujet d'analyse statistique et sociologique mais pas l'objet d'une déclaration solennelle aux allures d'accusation. D'ailleurs, j'ai souvent vu des libéraux se vanter et même se trouver une légitimité de l'appui indéfectible d'une majorité d'immigrants à leur parti. Mais ça, ça ne fait jamais la une. Qui est coupable d'envenimer le débat, ici? Celui qui a un vieux baril de poison dans son grenier et qui tente de s'en débarrasser ou celui qui va le chercher pour nous le pitcher dans la face?

Et Charest a l'outrecuidance de dire que l'idée de souveraineté, et avec elle le parti qui la propose et qu'il doit battre pour prendre le pouvoir, divise le Québec. Mais le Québec EST divisé. Qu'on aime ou non Landry, il a au moins à coeur d'unifier le Québec. La Paix des braves en est une preuve. Le maintien d'une loi linguistique faisant en sorte que le français soit le lieu de rencontre de tous les Québécois en est une autre. Même les fusions forcées avaient au moins ce mérite pour l'île de Montréal. Mais Charest, lui, se nourrit de cette division comme une hyène se goinfre dans une plaie ouverte.

Quand il ouvre la porte aux défusions pour mettre de son bord les ex-petits maires de ghettos anti-Québécois qui ne veulent rien savoir de vivre dans une ville à majorité francophone et qui rêvent que leur enclave serve d'assise à la partition si on fait l'indépendance, est-ce qu'il fait un travail d'unité? Quand il veut ramener l'anglais dès la maternelle alors que la question ne passionne que quelques colonisés et divise les experts, il ne vient pas fragiliser un équilibre gagné de haute lutte, équilibre d'ailleurs à qui plusieurs attribuent le fait que le Québec fasse toujours partie du Canada?

Charest a été éjecté du fédéral et parachuté au Québec pour sauver le Canada. C'est ça, son agenda caché à lui. Mais pour réussir sa mission, il utilise des armes toxiques et des bombes à fragmentation qui minent l'avenir du Québec, que ce soit comme pays ou comme province. Car les souverainistes sont aussi des Québécois. Salir leur option par des accusations calomnieuses de racisme, c'est jeter de l'huile sur un feu qui n'est pas encore allumé, mais auquel il suffira désormais d'une étincelle pour que ça flambe. C'est non seulement indigne d'un premier ministre, c'est indigne d'un chef du parti libéral du Québec. Pour tout dire, ce n'est même pas digne d'une guidoune.



Merci à tous ceux qui m'ont fait parvenir leurs commentaires,

Ce billet contre la démagogie de Charest fut ma chronique record pour les demandes de texte. J'en fais donc l'envoi à tous ceux qui me l'ont demandé (et quelques autres) mais ça me donne aussi l'occasion d'élargir mon propos, entre autres pour inclure ce que j'ai dû couper de mon texte trop long pour ma chronique de samedi. À savoir que la réaction de Bernard Landry et du PQ me déçoit autant que la stratégie de Charest et des Libéraux me scandalise.

Pourquoi n'y a-t-il que quelques chroniqueurs et artistes (Pierre Foglia, Michel Venne, Hélène Pedneault et je n'en oublie malheureusement pas beaucoup) pour avoir les bons réflexes au sujet de la question nationale en général et celle de l'intégration des immigrants en particulier et que le PQ se croie obligé de s'en tenir à un sentier idéologique tellement étroit qu'il condamne tous ses candidats à un discours fildefériste? Ne pas trop parler de souveraineté avant qu'il y aie une campagne référendaire, ne pas parler d'immigration, de langue ou de vote ethnique... Ne pas ramener Parizeau ni Michaud... c'est peut-être une recette pour gagner des élections (et encore, je n'en suis pas si sûr), mais c'est surtout la recette parfaite pour perdre des référendums.

C'est qu'on dirait que, profondément, bien des souverainistes (au PQ, du moins), ont été atteints par le discours mensonger ambiant des Stéphane Dion et de tous ces chroniqueurs anglophones qui nous traitent de racistes et dont les échos finissent toujours par filtrer jusqu'à l'auditoire francophone du Québec. Atteints au point où on dirait qu'ils les croient. Sinon, comment expliquer ces excuses répétées, ces retraites "stratégiques", ces précisions en gants blancs sur le sujet? Soit qu'ils pensent qu'ils ont raison, soient qu'ils considèrent que la population leur donne raison et qu'il serait trop compliqué de convaincre cette population du contraire, ce qui, même en prenant en considération la puissance des médias qui véhiculent cette vision, est prendre les Québécois pour des imbéciles qui, si on poussait la logique à bout, ne mériteraient de toutes façons même pas d'avoir leur pays.

De plus, cette vision confine le PQ à chercher à faire l'indépendance par astuce ou en réaction à une insulte majeure du fédéral et du reste du Canada. Cette position est intenable car elle entraîne le PQ sur la pente de la mauvaise foi, des réactions infantiles et autres déchirages de chemises qui ne marchent plus. Je ne crois pas que l'indépendance puisse s'obtenir de cette manière. C'est ouvrir la porte à des manifestation d'amour subventionnées qui excusent le temps d'un vote les erreurs, les gestes mesquins et les incompréhensions du passé. L'ennemi, ce n'est pas le Canada. Ce pays sera notre voisin et souvent notre allié. L'ennemi, ce sont nos propres complexes. Et le plus important de ces complexes aujourd'hui, celui qui fait à mon avis le plus obstacle à l'indépendance, c'est de croire au fond que ce rêve encore vivant est en fait un projet sale et dangereux. C'est croire que la peur de ceux qui ont peur de l'indépendance du Québec (le plus souvent, parce qu'on leur a fait peur avec ça) est plus forte, parce que plus légitime, que nos rêves et notre détermination.

Les souverainistes doivent au plus vite retrouver la pleine confiance en la légitimité de leur projet. Non seulement ce n'est pas un projet raciste, c'est le multiculturalisme et toutes les stratégies fédérales pour empêcher l'indépendance du Québec qui sont racistes. Non seulement Parizeau n'a pas tenu de propos "divisifs" mais ce sont les candidats et militants libéraux partout qui en tiennent sans que personne ne les rapporte ni ne s'en scandalise.

Et c'est plus large que les seuls partis politiques. Pourquoi, alors que sa faculté de médecine est un véritable canal de détournement de médecins formés à nos frais, la question d'une université McGill non pas française mais juste bilingue ne refait-elle pas surface? Soyons logiques. Même en excluant de l'analyse les étudiants étrangers, nous formons chez nous des médecins en anglais seulement mais, au terme de leurs études, la plupart des postes qu'ils pourraient combler au Québec exigeront qu'ils pratiquent en français. Nous ne leur rendons pas plus service à eux qu'à nous en leur permettant de suivre l'ornière naturelle de leur langue maternelle qui les éloigne un jour ou l'autre du Québec où ils sont pourtant chez eux. À la limite, dans la situation actuelle, nous les foutons presque à la porte...

Et il n'y a rien à perdre à reprendre calmement ce débat. Si l'Université reconnaît l'illogisme et accepte d'y remédier, c'est un pas de plus dans l'intégration des anglophones au reste de la population québécoise. S'ils refusent, ils auront à expliquer pourquoi le français est un moins dans une province (et bientôt un pays) à 80% francophone qui paye en grande partie pour cette formation de qualité qui, ailleurs en Amérique, serait inabordable pour plusieurs étudiants.

Et sans attendre le prochain grand rendez-vous électoral-référendaire, il faudrait prendre le taureau par les cornes pour donner toute la visibilité possible à une nouvelle réalité au Québec en créant "les ethniques pour le OUI". Pas les "le ralliement multi-culturel pour l'indépendance du Québec", les journalistes vont s'en câlisser. Il faut frapper les imaginaires: Les ETHNIQUES. Bien sûr, seuls de véritables citoyens québécois issus de l'immigration et en faveur de l'indépendance du Québec pourraient en prendre l'initiative et ils devraient avoir l'entière liberté dans leurs propos mais je lance l'idée et je promets de militer pour qu'on baptise une rue du nom de celui ou celle qui réalisera ce regroupement. Il faut clouer le bec à tous ceux qui s'amusent à lancer sans arrêt cette teigne dans notre dos. Car elle ne nuit pas seulement à la quête d'indépendance, elle nuit au Québec entier quel que soit son statut.

Mais à voir la réaction du PQ sur cette question, ça a bien l'air que ça va être à nous, simples citoyens, de prendre la parole...

Passez ce texte à qui vous croyez qu'il peut faire du bien,

François Parenteau


Élection 2003

Conciliation travail-famille :
Une priorité nationale, dit Landry

La semaine de quatre jours devrait se faire sur une base volontaire, se fait dire le chef péquiste en visite dans une entreprise exemplaire à cet égard

Tommy Chouinard
LE DEVOIR - mercredi 9 avril 2003


Québec - Le premier ministre Bernard Landry a tenté de prouver sans relâche hier que la semaine de travail de quatre jours pour les parents de jeunes enfants n'est pas une promesse improvisée et que la conciliation famille-travail constitue plutôt une «priorité nationale vitale». Or, pour faire la promotion de son engagement, le chef péquiste s'est rendu hier dans une entreprise de haute technologie dont le président n'est pas chaud à l'idée d'être obligé d'accepter que chaque employé ayant un enfant de moins de 12 ans puisse obtenir, s'il le souhaite, une réduction de 20 % de son temps de travail.

«Si on me force à le faire, c'est sûr que je ne serais pas d'accord», a affirmé Alain Chandonnet, président de Teraxion, une société qui compte 60 employés et qui est considérée comme une entreprise modèle en matière de conciliation travail-famille puisqu'elle offre des horaires variables à ses travailleurs de façon volontaire. «Il y a toutes sortes de raisons qui font que cette mesure ne s'applique pas. On ne peut pas faire du "mur à mur" avec ça», a-t-il ajouté.

Pour une entreprise comme la sienne, trouver des personnes compétentes pour remplacer des employés «hyperspécialisés» qui opteraient pour la semaine de quatre jours serait ardu, a-t-il expliqué. Selon Alain Chandonnet, des ajustements en fonction de la taille des entreprises et une période d'adaptation seraient nécessaires. Une application volontaire et non obligatoire de la semaine de quatre jours par les entreprises pour les employés et les parents qui le souhaitent serait même à privilégier, selon lui.

Quelque peu déstabilisé par les déclarations de M. Chandonnet, Bernard Landry a exprimé son intention de maintenir le caractère obligatoire de la loi et ne pas souhaiter exclure les petites entreprises d'une éventuelle loi-cadre. «Nous allons essayer de trouver des accommodements pour aider à respecter cette loi. On aura tout l'été pour faire des commissions parlementaires, entendre les entreprises à travers leurs associations. Je ne veux pas leur demander des choses qui nuiraient [aux PME] sans les compenser d'une manière ou d'une autre. Peut-être que la retraite modulée, un retraité qui est parti et revient travailler une journée par semaine, compenserait. Des choses de ce genre seront étudiées», a souligné Bernard Landry. Selon le Parti québécois, la semaine de quatre jours pourrait coûter 100 millions de dollars par année aux entreprises.

La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) évalue plutôt ce coût à au moins 300 millions de dollars par année. Contrairement à Bernard Landry, la FCEI souhaite que la formule de la semaine de quatre jours soit souple, repose sur une concertation entre employés et employeurs et n'ait pas un caractère obligatoire pour les chefs d'entreprise, explique le président Richard Fahey par voie de communiqué. Environ 91 % des PME offrent déjà des mesures de conciliation famille-travail, et le caractère obligatoire de la loi devrait donc être rejeté, plaide-t-il.

Si le PQ est porté au pouvoir, une loi-cadre sur la conciliation famille-travail entrerait en vigueur en janvier 2004. S'il le souhaite, chaque parent ayant un enfant de 12 ans ou moins pourrait exercer le droit de réclamer à son employeur, qui serait obligé d'accepter, une semaine de quatre jours ou la réduction de 20 % de son temps de travail.

Par ailleurs, le chef péquiste a annoncé hier à Lévis que si le PQ est élu, la Commission des normes du travail disposera d'un mandat élargi pour faire respecter une éventuelle loi-cadre sur la conciliation travail-famille et qu'elle se nommera la «commission de la conciliation famille-travail et des normes du travail». C'est cette «commission administrative quasi judiciaire» qui aurait la vocation «d'empêcher toute discrimination» de la part d'employeurs qui pourraient ne pas vouloir embaucher des parents ayant de jeunes enfants ou qui leur refuseraient la semaine de quatre jours. «On change le titre de la commission et, bravo, on a fait des progrès. La vie de famille ne va pas changer d'un iota parce qu'on a changé le titre d'une commission», a répliqué le chef libéral Jean Charest, qui estime que les baisses d'impôts qu'il propose viendraient directement en aide aux familles avec enfants.

La loi-cadre sur la conciliation famille-travail ne pourrait toutefois pas s'appliquer aux entreprises régies par le code canadien du travail et non par les normes québécoises du travail, comme les institutions financières et les entreprises de télécommunications. «S'il y a un problème, je demande tout de suite au gouvernement central d'ajuster immédiatement ses lois à notre législation progressiste. On leur donne un préavis, ils ont le temps de le faire», a répondu Bernard Landry.

Jean Charest critique la promesse de semaine de quatre jours du PQ en affirmant que Bernard Landry fait preuve d'improvisation. Pour renverser ces accusations, qu'il considère comme de «l'électoralisme léger et inefficace», M. Landry était accompagnée hier de la candidate péquiste dans Outremont, la «visionnaire» et la «mère intellectuelle» de la conciliation famille-travail au PQ, Marie-Lise Lapierre, qui milite depuis longtemps pour que le parti adopte cette orientation. Elle a noté que le programme du PQ comporte des éléments de conciliation travail-famille depuis des années. De plus, un rapport de juin 1999 du Conseil de la famille et de l'enfance transmis à la ministre déléguée à la Famille et à l'Enfance, Nicole Léger, recommande la réduction volontaire du temps de travail.

Avec la collaboration de Robert Dutrisac


Élection 2003

Charest reconnaît que le PQ a visé juste

La souveraineté thème de fin de campagne pour le PLQ

Stéphane Paquet
Le Soleil - mercredi 9 avril 2003


Trois-Rivières - Les dernières déclarations de Bernard Landry sur la "République du Québec" ont fourni des arguments à Jean Charest pour boucler sa campagne. Mais, du même souffle, le chef libéral est forcé de reconnaître que le PQ a visé juste en imposant le thème de la conciliation famille-travail.

Lui qui critique depuis le début de la campagne "l'improvisation" du Parti québécois sur la conciliation famille-travail et la semaine de travail de quatre jours qu'elle permettrait, a admis hier que, "pour l'avenir, il nous faudra effectivement continuer ce travail-là".

"Ce sera un enjeu évidemment. C'est une réalité. Les familles ont des pressions énormes. Il faut concilier plein de choses", a-t-il dit, reprenant même le "concilier" du vocabulaire péquiste.

Il a ensuite rappelé que son programme aussi contenait des mesures sur le même thème, soit des crédits d'impôt pour les parents qui ont des enfants qui souffrent de déficience mentale, des mesures pour ceux qui prennent soin d'un parent malade, des "maisons intergénérationnelles", des CLSC qui offriraient des "programmes de répit" et des baisses d'impôt qui iraient en priorité aux familles. Mais rien qui n'a eu l'impact médiatique de la semaine de quatre jours de Bernard Landry.

"Ce n'est pas tellement question de définir ça comme une idée, mais plutôt une réalité. Une réalité pour tout le monde. C'est une réalité qui n'appartient pas à un seul parti politique... Et, pour la suite des choses, il faudra effectivement qu'on se penche là-dessus."

En attendant, Jean Charest demande à Bernard Landry de rendre publiques les études qu'il dit avoir réalisées sur la réduction volontaire du temps de travail de 20 % pour les parents. "Ça ressemble à leur réforme dans le système de santé. On veut les voir. On a payé pour, on a le droit de savoir si oui ou non il est sérieux."

La souveraineté

En attendant, les électeurs peuvent être certains que Jean Charest va reprendre sa stratégie de 1998, celle de rendre l'élection quasi référendaire. "Ce qui me reste (comme argument), entre autres, c'est ce que Bernard Landry a dit hier", a-t-il dit aux journalistes qui s'informaient de sa stratégie à venir, en sortant une copie du texte du SOLEIL mentionnant la "république du Québec" souhaitée par Bernard Landry. "Il garantit qu'il va tout mettre en oeuvre pour que le Québec soit indépendant pour 2005. Si c'est ça, bravo, c'est clair. Vous avez le choix entre ça et un autre gouvernement qui aura une autre priorité que celle-là."

C'est ce discours qu'il a repris hier soir, à Trois-Rivières, devant plus de 500 militants, promettant "un gouvernement rassembleur dans le changement". "Je sens un vent de changement qui souffle sur le Québec", a-t-il lancé dès le début à ses supporteurs venus en autobus des cinq circonscriptions de la Mauricie.

Un cadre financier "pas parfait"

Toute la journée d'hier, Jean Charest a été bombardé de questions sur les coupes qu'il entendait faire dans certains ministères pour financer son programme électoral. Toute la journée il a eu les mêmes réponses évasives, refusant même de donner un ordre de grandeur d'un éventuel Conseil des ministres libéral. "Le cadre financier se tient", répète-t-il depuis le lancement de celui-ci l'automne dernier.

Hier, le chef libéral a même qualifié de "transparente" la démarche qu'il propose aux Québécois, eux qui devraient attendre un an après son élection pour connaître les programmes et ministères qu'il entend abolir. À Trois-Rivières, en fin d'après-midi, Jean Charest a eu cette déclaration: "Nous, on a fait nos devoirs. On a notre cadre financier. Il n'est pas parfait, mais il est pas mal solide."

Pas parfait, parce qu'il ne dit pas où vous allez effectuer vos compressions ? a tout de suite demandé la journaliste. "Ce n'est pas parfait, pas parfait. C'est ce que ça veut dire", a repris, mal à l'aise, Jean Charest. "Très peu de choses sont parfaites d'ailleurs dans ce monde", a-t-il ajouté, sans vouloir donner d'autres détails.

SPaquet@lesoleil.com


Élection 2003
Les promesses libérales

Charest reconnaît des imperfections au cadre financier

Un économiste du Conference Board estime que le Québec renouerait avec les déficits

Robert Dutrisac
LE DEVOIR - mercredi 9 avril 2003


Trois-Rivières - Jean Charest a trop parlé hier en avouant que le cadre financier du programme électoral de son parti -- qui a pourtant reçu, répète-t-il depuis le début de la campagne, l'imprimatur de maints experts et scribes -- n'est pas parfait.

Reprochant au Parti québécois de ne pas avoir déposé de cadre financier comme le Parti libéral du Québec l'a fait, M. Charest a dit qu'il avait quant à lui fait ses devoirs. «Nous avons livré notre [programme] le 12 septembre. Nous avons mis un cadre financier autour. Il n'est pas parfait, mais il est assez solide et il parle de nos priorités», a dit le chef libéral au cours d'un point de presse à la bibliothèque du Cap-de-la-Madeleine. Appelé à préciser en quoi le cadre financier libéral n'est pas parfait, M. Charest, réalisant sa bourde, est resté évasif. «Peu de choses en ce monde sont parfaites», a-t-il philosophé.

Or M. Charest n'est pas le seul à trouver que le cadre financier du PLQ n'est pas parfait. Au Conference Board, on a constaté que ce cadre financier, qui contient des baisses d'impôts de cinq milliards en cinq ans et une augmentation des dépenses en santé et en éducation, conduirait le gouvernement du Québec tout droit vers les déficits.

Selon Mathieu Lalonde, l'économiste du Conference Board responsable des prévisions économiques pour le Québec, le cadre financier du PLQ pèche de trois façons. Les libéraux surestiment la croissance économique entre 2005 et 2007 de 0,4 % à 0,7 %. Ils sous-estiment les coûts du service de la dette. Enfin, ils minimisent l'accroissement des dépenses en santé. «Je ne vois pas comment ça peut tenir», a livré Mathieu Lalonde. «Je ne vois pas comment, dans le contexte actuel, on peut augmenter les dépenses en santé et en éducation tout en baissant les impôts sans faire de déficit. Les finances du Québec sont extrêmement serrées.»

En outre, le cadre financier libéral ne tient pas compte des conclusions de l'étude du Conference Board sur le déséquilibre fiscal, a souligné l'économiste. Selon cette étude fournie à la Commission sur le déséquilibre fiscal présidée par le candidat libéral Yves Séguin, l'actuel candidat libéral dans Outremont, les dépenses du gouvernement québécois en santé augmenteront plus rapidement que ses revenus en raison du vieillissement de la population. On semble ignorer cette pression sur les finances publiques, estime M. Lalonde.

De passage à Berthierville plus tôt dans la journée, le chef libéral a repoussé les questions touchant les compressions qui seront nécessaires pour respecter le cadre financier du PLQ. M. Charest a une fois de plus refusé de préciser quels seraient les ministères ou organismes qui écoperaient une fois un gouvernement libéral élu. «On va le faire dans la première année du premier mandat. C'est la façon intelligente de le faire», a-t-il dit.

Le «chèque en blanc» que demande M. Charest de la population porte sur 16 milliards des dépenses de l'État, soit les budgets de tous les ministères à l'exception des ministères de la Santé et de l'Éducation. Le chef libéral entend abolir certains ministères mais ne dit pas lesquels. Tout en indiquant qu'il veut ainsi diminuer la taille de son conseil des ministres, M. Charest n'a pas voulu confirmer qu'il éliminerait les postes de ministre délégué. La même opacité recouvre ses intentions en ce qui a trait à la réduction du nombre d'organismes et de sociétés d'État.

En soirée, à Trois-Rivières, Jean Charest s'est présenté à un rally réunissant quelque 600 partisants arrivés pour la plupart par convoi d'autobus scolaires. Une centaine de personnes ont dû être refoulées dans une autre salle de l'hôtel où se déroulait le rassemblement. Respirant la confiance, le chef libéral a parlé du PLQ comme du seul «parti rassembleur» pour le changement. «Il y a un vent de changement qui souffle sur le Québec», a-t-il lancé au début de son allocution, invitant les électeurs à choisir entre la souveraineté et la santé le 14 avril.


Élection 2003

Réduction de la taille de l'État :
Jean Charest reste vague

Pascale Breton
La Presse - mercredi 9 avril 2003


Berthierville - À six jours des élections, le chef libéral Jean Charest estime être "tout à fait" transparent envers ses électeurs, même s'il refuse toujours d'identifier les programmes et les organismes qui seront abolis si son parti est porté au pouvoir.

Les contribuables savent exactement où le Parti libéral se situe puisqu'il a depuis longtemps identifié ses priorités dans l'éventualité où il formerait le prochain gouvernement, affirme M. Charest, en énumérant la santé, l'éducation, la prospérité économique et la sécurité.

Donnant quelques pistes, le chef libéral a déjà annoncé qu'il procéderait à une révision du rôle de l'État et qu'il réduirait le nombre de ministères, sans toutefois se risquer à préciser le nombre de limousines qui graviteraient autour de l'Assemblée nationale.

Quand les journalistes ont tenté d'obtenir des précisions hier, en demandant par exemple si le ministère de la Culture était de valeur égale à celui de l'Environnement, M. Charest n'a pas voulu se mouiller davantage. "Il s'agira pour nous de nous centrer sur les quatre priorités et, à partir de là, faire des choix qui reflètent ce que les gens veulent comme services."

Au cours de la présente campagne, le chef libéral a aussi remis en question la pertinence des organismes sans but lucratif (OSBL), mais encore là, il n'est pas question d'en dresser la liste avant le 14 avril.

"Le gouvernement a créé des OSBL pour gérer des fonds à l'abri des regards de l'Assemblée nationale. On sait que c'est une façon qui ne nous plaît pas. Les parlementaires doivent avoir un droit de regard", s'est-il contenté d'expliquer hier.

Jugeant ces réponses évasives, les journalistes n'ont pas tardé à demander à M. Charest s'il avait l'impression d'être transparent malgré le fait qu'il ne répondait pas aux questions. "Tout à fait", a-t-il rétorqué.

Plus tard dans la journée, le chef libéral a cependant entrouvert une porte, admettant que le plan d'action dévoilé par son parti au mois de septembre pouvait comporter certaines lacunes.

"Notre plan n'est pas parfait, mais il est très solide", a-t-il lancé avant de se reprendre aussitôt pour ajouter que "rien n'est parfait, qu'il s'agit seulement d'une expression".

Déséquilibre fiscal

Le bureau des négociations sur le déséquilibre fiscal est aussi revenu à l'ordre du jour hier. M. Charest souhaite que dans les semaines suivant les élections, le Québec prenne le leadership d'une campagne concertée avec les autres provinces pour récupérer d'Ottawa le manque à gagner provenant du déséquilibre fiscal. Une idée qui ne semble pas emballer l'ensemble des premiers ministres du Canada, comme le rapportait un quotidien montréalais, hier.

Il s'agit d'une réaction normale, a rétorqué le chef libéral. "Les premiers ministres des provinces n'ont pas à se mêler des élections au Québec. Ils n'ont pas à se mêler de ça, pas plus que nous ne nous mêlons de leurs élections à eux", a-t-il lancé, soulignant que la situation sera différente après le 14 avril, si les libéraux sont élus.

M. Charest a d'ailleurs rappelé qu'au cours des dernières années, il a parcouru le pays pour sensibiliser les premiers ministres et les chefs des partis d'opposition au problème du déséquilibre fiscal. Au cours d'une conférence de presse avec le premier ministre de Terre-Neuve, Roger Grimes, ce dernier avait même affirmé que la position du Parti libéral était plus avancée que celle des premiers ministres réunis, a rappelé le chef libéral.

"Les changements qu'on propose sont importants et n'arriveront pas facilement. Ce n'est pas vrai que soudainement, parce qu'on se lève un jour et on dit "c'est ça qu'on veut" que tout le monde y adhère. J'ai assez d'expérience pour savoir que ça va exiger une bonne dose de détermination pour y arriver", a-t-il ajouté.


Élection 2003

Sondages: l'ambivalence

Denis Lessard
La Presse - mercredi 9 avril 2003


Élections 2003 - Analyse - Jusqu'ici, les sondages sont unanimes. Si les élections avaient déjà eu lieu, Bernard Landry et le Parti québécois l'auraient emporté. Même dans les scénarios où les deux partis sont à égalité, dans les sondages, l'avance du PQ chez les francophones lui assurerait une très nette majorité de circonscriptions.

Dans ce cas, qu'est-ce qui fait tant sourire Jean Charest? Pourquoi n'a-t-il pas l'air catastrophé par les résultats des enquêtes d'opinion?

Tout simplement parce qu'il croit que le tableau lui est bien plus favorable que l'image que nous renvoient les sondeurs. Reste à savoir si son parti aura les six ou sept points d'avance dont il a besoin pour obtenir plus de sièges que le Parti québécois. Bien sûr, au PLQ, on passe à la moulinette les chiffres fournis par les maisons de sondage indépendantes. On gomme l'avance accordée au PQ en soutenant que les 20 % des répondants qui n'iront pas voter ont un profil plus proche des péquistes.

Mais d'autres ont poussé plus loin l'analyse. Professeur émérite au département de sociologie de McGill, Maurice Pinard a revu, avec une patience de moine, l'ensemble des sondages préélectoraux depuis 1970. Ses observations dans un texte encore à paraître sont surprenantes. Selon lui, "l'ambivalence" des Québécois à l'égard du Parti québécois et de son option fondamentale serait la principale cause des variations importantes constatées dans les sondages préélectoraux. Le PQ a été surestimé six fois sur les huit élections survenues depuis 1970, tandis que le PLQ a été sous-estimé à chaque occasion par les sondeurs.

Bien sûr, Maurice Pinard, gourou de toute une génération de sondeurs québécois, relève comme bien d'autres avant lui que les "indécis" ont davantage le profil du sympathisant libéral ou du fédéraliste. On y retrouve plus de personnes âgées, ils sont moins scolarisés et moins satisfaits du gouvernement.

Il fait toutefois peu de cas des explications avancées par d'autres universitaires selon lesquels les libéraux sont systématiquement sous-évalués parce qu'il y a des sympathisants qui ne peuvent être joints par les grandes maisons de sondage. Les gens qui vivent en résidence pour aînés, par exemple, ou des gens dont les noms n'apparaissent tout simplement pas dans le bottin téléphonique. Pour M. Pinard, cette explication a ses limites, la proportion des gens en foyers a crû de 25 % depuis 10 ans sans que les "erreurs" suivent d'autant.

Essentiellement, pour ces spécialistes, la différence entre les sondages et le résultat dans l'urne "ne peut être attribuable à un déplacement tardif des intentions de vote". Or, M. Pinard croit le contraire. Pour lui, à toutes les élections où les électeurs sentent qu'il a le vent dans les voiles, le Parti québécois termine avec moins de votes que ne le prédisaient les sondages. Ce fut le cas aux élections de 1970, 1976, 1981 et 1998. Par conséquent, le vote du PLQ était sous-estimé à des niveaux approchants.

En revanche, quand le PQ était moins attirant pour sa clientèle non traditionnelle, l'appui observable dans les sondages était bien plus proche de la réalité des urnes, comme ce fut le cas aux élections de 1973, 1985, 1989 et de 1994.

En 1998, la satisfaction à l'endroit du gouvernement était aussi élevée qu'actuellement, soit autour de 53 %, mais les sondeurs avaient en moyenne surévalué le PQ de 5,9 points et sous-estimé les libéraux de six points. Le soir du vote le 30 novembre 1998, même Michel Lepage, la référence pour les péquistes, avait apporté des chiffres faussés à Lucien Bouchard. Comme les firmes privées, il surévaluait de six points son parti. Si on reportait la même erreur de 1998 sur les plus récents sondages, les libéraux obtiendraient plus de 10 points d'avance sur le PQ au niveau national, une avance suffisante pour l'emporter, malgré la concentration de leurs appuis dans les circonscriptions allophones.

Pour M. Pinard, les fins de campagne sont toujours déterminantes. Et selon lui, dans la dernière ligne droite, Daniel Johnson en 1994 et Jean Charest en 1998 ont tapé sur le bon clou en tenant mordicus à mettre la question nationale, le référendum et la souveraineté au centre du débat électoral. Et dans la dernière ligne droite de cette campagne, Jean Charest devrait réutiliser cette recette, croit l'universitaire.

Le débat des chefs et l'éphémère campagne de Jacques Parizeau ont permis à Jean Charest de remettre la campagne à l'heure de la souveraineté.

Et lundi, Bernard Landry remettait lui-même la question à l'ordre du jour en soutenant qu'il tiendrait un référendum s'il estimait "avoir la moindre chance de le gagner". Jean Charest a probablement souri.

dlessard@lapresse.ca


Élection 2003

Le plan

Michel Venne
LE DEVOIR - mercredi 9 avril 2003


Depuis quelques jours, on reproche à Bernard Landry de ne pas expliquer clairement le plan qu'il mettrait en oeuvre en faveur de la souveraineté du Québec s'il conserve le pouvoir. Le premier ministre lui-même semble entretenir des mystères à ce sujet. Et je me demande bien pourquoi. Le programme du Parti québécois, disponible sur son site Internet, est pourtant très explicite à ce sujet.

Le PQ propose une démarche «ordonnée, méthodique et rigoureuse» pour réaliser la souveraineté. Le Québec ne deviendra souverain que si une majorité vote en faveur de cette option lors d'un référendum. Mais des étapes doivent précéder ce prochain rendez-vous démocratique. M. Landry a tout à fait raison de dire qu'on ne peut pas perdre un autre référendum. Une défaite serait un recul. Le chef du Parti québécois a réussi à faire comprendre à la population qu'il n'y aura de référendum que s'il a l'assurance morale de le gagner. Le programme précise: «lorsque la perspective d'une victoire apparaîtra clairement à l'horizon».

On pourrait croire que le PQ nous refait le coup des conditions gagnantes de 1998. Or la proposition péquiste, cette fois-ci, est différente. Son programme prévoit en effet des étapes explicites. Il s'agit d'un «plan national de transition vers la souveraineté», dont les détails sont énumérés à la page 100 du programme. En toutes lettres! Ce processus vise à «évaluer toutes les conséquences de la souveraineté de manière à bien y préparer le Québec» et à «permettre aux Québécois de prendre une décision éclairée».

Le plan devra prévoir une proposition de regroupement des fonctions étatiques actuellement réparties entre les deux ordres de gouvernement; un projet de décentralisation vers les régions; l'énumération des lois, des traités et des documents juridiques qui devront être préparés pour assurer une transition harmonieuse; les démarches en vue de la participation du Québec à une éventuelle union confédérale avec le Canada et aux organisations internationales; l'élaboration d'un projet de constitution transitoire.

Cela signifie que la fonction publique sera mise à contribution pour préparer la souveraineté sur les plans juridique, financier, politique et diplomatique. La population sera sans doute invitée à participer à des discussions et à des consultations sur ce sujet. La société civile sera mobilisée par le Conseil de la souveraineté, nouvellement créé et présidé par l'ancien syndicaliste Gérald Larose. Où est le mystère?

Il est difficile de demander à un parti politique d'être plus précis sur ses intentions. Il s'agit d'un plan responsable et transparent. Aucun piège ne se cache dans ce processus. Les études produites par l'État seront publiques. Les opposants pourront les critiquer. Le débat sera ouvert. La souveraineté deviendra plus concrète dans l'esprit des fonctionnaires, des élus et de la population. Cette démarche rendra inévitablement ce projet plus acceptable aux yeux d'un plus grand nombre de Québécois parce que le projet est bon. C'est comme un bon gars: on gagne à le connaître. La souveraineté, c'est pareil.

Ceux qui, aujourd'hui, s'opposent à la souveraineté ne peuvent pas être contre le fait que le gouvernement qui propose de la réaliser s'astreigne à procéder avec prudence et responsabilité. Qu'il examine tous les aspects de la question. Qu'il anime des débats publics à son sujet. Les fédéralistes ne voudraient tout de même pas qu'un gouvernement souverainiste précipite les Québécois dans l'aventure les yeux fermés.

M. Landry et son parti proposent de faire ce que le gouvernement britannique tente de faire d'ici la tenue d'un éventuel référendum sur l'adhésion du Royaume-Uni à la monnaie commune européenne: «to prepare and decide». Le gouvernement ne sera pas neutre dans le cadre de cette préparation. Mais il ne sera pas seul non plus. L'État central canadien n'est jamais loin. Et Stéphane Dion n'a-t-il pas laissé entendre que si le PQ reste au pouvoir, il reportera sa retraite à plus tard...

L'argument fatal employé par Jean Charest à l'encontre de ce plan est dérisoire mais il le répète inlassablement: un gouvernement péquiste donnerait la priorité à la souveraineté au lieu de la donner à la santé. Avec un budget de 19 milliards de dollars, la santé ne risque pas de sitôt d'être supplantée dans l'ordre des priorités de n'importe quel gouvernement du Québec. En outre, un des problèmes du système de santé est son sous-financement. M. Charest est d'accord pour se battre contre le déséquilibre fiscal et ainsi ramener au Québec les sommes qui lui reviennent pour financer les services. Or la seule façon de régler le déséquilibre fiscal, c'est que le Québec collecte tous les impôts. Bref, c'est qu'il soit pleinement souverain sur son territoire. Ce n'est pas un choix entre souveraineté et santé. Avec la souveraineté vient la santé.

Durant la campagne, M. Landry a fait beaucoup d'efforts pour convaincre les fédéralistes de sa bonne foi. Avec le plan de transition qu'il propose, il a tout ce qu'il faut pour séduire aussi les souverainistes. Pour la première fois, un gouvernement péquiste consacrerait des ressources à la préparation de ce fabuleux projet.

J'ai du mal à comprendre pourquoi M. Landry ne met pas plus en avant les éléments de ce plan déterminé mais responsable, prudent et transparent. De la même manière qu'il pourrait mettre en évidence les éléments visionnaires de son programme sur la lutte contre la pauvreté et le développement social, le développement durable, la réforme des institutions démocratiques, la place du Québec dans la mondialisation. En mettant en lumière ses idéaux, le PQ pourrait même donner envie de voter pour lui. Et peut-être, quelques mois après qu'on l'eut tenu pour mort, conserver le pouvoir.

vennem@fides.qc.ca

Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.


Élection 2003

Même impasse

Jean-Marc Salvet
Le Soleil - mercredi 9 avril 2003


Éditorial - On ne jouera pas les vierges offensées en se surprenant que Bernard Landry ait été plus clair que jamais sur sa volonté de permettre au Québec d'accéder au "concert des nations" en 2005 - pour reprendre son expression fétiche. Mais on doit constater que trois ans après que Lucien Bouchard eut jeté par-dessus bord les "conditions gagnantes", le Parti québécois n'utilise peut-être plus ces deux mots mais joue toujours dans la même stratégie. La ténacité peut être une qualité, mais elle peut aussi être un enfermement.

"Les conditions gagnantes" appartiennent à une "période antérieure", déclarait Lucien Bouchard avec tambours et trompettes le 7 avril 2000, tout en assurant que la souveraineté demeurerait au programme...

Fidèle au nouveau vocabulaire, Bernard Landry n'emploie plus l'expression proscrite depuis belle lurette. Il ne l'a pas employée à l'Université Laval ni devant la Chambre de commerce de Québec, mais il s'est laissé toutes les portes ouvertes. On est toujours dans la même stratégie des "conditions gagnantes", mais sans les mots.

Pour l'anecdote, qui tient au hasard du calendrier, on peut souligner que l'intervention de M. Landry sur ce thème - la plus fougueuse depuis le début de la campagne - est intervenue trois ans jour pour jour après la mise au rancart de cette expression par Lucien Bouchard.

Bernard Landry avait donné le ton à Gatineau en septembre. Et aussi en début de campagne électorale en déclarant qu'un "troisième mandat (du Parti québécois) sans référendum est possible" et qu'un "troisième mandat avec un référendum" est également possible...

D'un point de vue stratégique, le chef du PQ a raison de se laisser toutes les portes ouvertes. Sa stratégie a le mérite de conforter les souverainistes sans trop effaroucher les fédéralistes, qui ne croient pas beaucoup, de toute façon, à la tenue d'un autre référendum sur la souveraineté dans un éventuel troisième mandat.

Cela dit, en faisant un peu de prospective, il n'est pas difficile d'imaginer que si le PQ est réélu, son aile la plus militante poussera très fort pour que "l'échéancier des 1000 jours" mène quelque part. On imagine mal les délégués des conseils nationaux rester les bras croisés à attendre que le train passe. Ils demanderont des comptes au gouvernement. Or, il est fort probable, si l'on se fie aux sondages, qu'il sera incapable d'avancer sur ce terrain, surtout s'il reprend le pouvoir avec à peine 35 % des voix ou un peu plus. C'est ainsi que cette stratégie de campagne pourrait déboucher sur la même impasse que celle des "conditions gagnantes" - que les mots y soient ou pas. Le problème est que cette impasse risque encore une fois de concerner tout le Québec.

JMSalvet@lesoleil.com


Élection 2003

L'affaire Parizeau-Charest : L'art difficile de l'interprétation

Maurice Lagueux
LE DEVOIR - mercredi 9 avril 2003


Quand autant d'intervenants d'horizons politiques variés proposent des interprétations aussi opposées d'une même déclaration que ce fut le cas dans l'affaire Parizeau-Charest, il vaut la peine de réfléchir sur ce qui explique de telles divergences de vue. Précisons d'abord un point: Jacques Parizeau, comme tout citoyen, a bien le droit d'analyser les causes de l'échec référendaire et, dans le cadre de cette analyse, de présenter comme une des causes de cet échec le fait que le vote «ethnique» se soit massivement orienté vers le NON malgré tous les efforts déployés par le Parti québécois pour intégrer les nouveaux Québécois.

Bien sûr, on peut invoquer d'autres causes tout aussi importantes, mais un analyste a le droit de mettre en relief parmi ces causes celles qu'il estime plus significatives, ne serait-ce que parce qu'elles sont plus inattendues ou plus troublantes. Que cet analyste mentionne cette cause dans un groupe de quatre causes au moment où il explique à des étudiants ce qui rend le mieux compte à ses yeux de l'échec de 1995 est parfaitement légitime. On l'a souvent répété, ce qui fut sévèrement reproché à Jacques Parizeau à propos de son intervention le soir du référendum, c'est le fait d'avoir épinglé cette cause en stigmatisant ainsi une partie de la population à un moment où, en tant que premier ministre du Québec, son devoir était plutôt de refaire l'unité d'une population déchirée. Plusieurs péquistes ont mis du temps à reconnaître qu'il s'agissait là d'une bourde monumentale, mais Bernard Landry, lors du débat des chefs entre autres, a dénoncé cette grave erreur de manière on ne peut plus claire.

Ceci dit, comment faut-il interpréter la déclaration faite au cégep de Shawinigan? Parizeau entérinait-il son propos de 1995 ou reconnaissait-il plutôt sa maladresse d'alors, comme l'assurait Bernard Landry dans son point de presse après le débat? Il est clair qu'à Shawinigan, Parizeau n'a pas répété la gaffe de 1995 pour la simple raison que les conditions objectives qui faisaient de cette déclaration une gaffe n'était pas présentes. Il n'était plus premier ministre, on n'était pas au soir d'un référendum et, d'ailleurs, le ton employé était plutôt bon enfant.

Une erreur ou pas

Comment a-t-on pu dire alors qu'il a persisté et signé? Appliqués à sa déclaration de 1995, ces termes me semblent vouloir dire qu'il l'a entérinée et qu'il en a assumé la paternité. Or, en réponse à un étudiant désireux de connaître les causes de l'échec référendaire de 1995 et de mesurer l'impact que celles-ci pourraient avoir sur un prochain référendum, Parizeau a évoqué quatre causes comprenant celles, l'argent et le vote ethnique, qui étaient au centre de la déclaration de 1995. Il reconnaissait évidemment la paternité de cette dernière, mais l'a-t-il entérinée? Il a de nouveau présenté le vote ethnique comme une cause, ce en quoi il avait en un sens raison puisque ce facteur fait indiscutablement partie des nombreuses causes de l'échec de 1995. Il n'avait donc pas à renoncer à l'idée qu'on ait affaire là à l'une des causes. Si certains ont pu estimer qu'il entérinait néanmoins cette déclaration, c'est plutôt parce qu'en reprenant le même argument dans un contexte différent tout en rappelant le contexte où il avait d'abord énoncé cet argument, il n'a eu cure de prendre ses distances à l'égard de sa première intervention. La question n'est pas de savoir s'il devait s'excuser à cette occasion car il n'avait évidemment pas à le faire devant les étudiants du cégep de Shawinigan. La question est de savoir si, au moment de reprendre dans un nouveau contexte le diagnostic qu'on lui a si sévèrement reproché d'avoir porté à l'époque dans un contexte qu'il évoquait d'ailleurs explicitement, il veillait à ce qu'on ne voie pas dans cette nouvelle intervention une justification de son intervention de 1995; or la seule façon de le faire aurait été de laisser entendre en quelque manière que le fait d'avoir tenu à cette occasion des propos quasi identiques constituait, dans ce cas, une erreur vu le contexte particulier qui prévalait alors.

Certes a-t-il ajouté que le fait d'avoir évoqué le rôle du vote ethnique l'avait suivi pendant longtemps, mais ce n'est pas là laisser entendre qu'il reconnaissait avoir fait la moindre erreur. Pour ma part, j'ai déjà exprimé, à propos d'une tout autre question, une opinion qui m'a suivi pendant longtemps et que je regrette presque d'avoir formulée à cause du ressentiment qu'elle a suscité à mon endroit chez certaines personnes, mais je n'en continue pas moins de penser que j'avais alors parfaitement raison. Parizeau a plutôt évoqué en riant son intervention de 1995. C'est bien son droit, et cela vaut mieux que le ton colérique du soir du référendum, mais il est difficile d'imaginer que, ce faisant, il laissait entendre qu'il pensait que cette intervention était une erreur. D'ailleurs, pour montrer qu'il est homme à reconnaître ses erreurs quand la chose lui paraît pertinente, il n'a pas hésité, en évoquant une troisième cause de l'échec référendaire, à reconnaître qu'il avait fait une grave erreur en promettant aux fonctionnaires fédéraux l'intégration à la fonction publique québécoise.

Aussi, sans même parler de ce «nous» suspect auquel Parizeau recourait un peu plus loin en soulignant que les enfants des émigrants dont quelque 40 % seraient sympathiques au OUI faisaient désormais partie des nôtres, on peut reconnaître qu'il n'est nullement nécessaire d'être de mauvaise foi pour affirmer qu'il entérinait ses propos de 1995. Du moins est-ce là une interprétation plausible, même si on peut reconnaître que d'autres personnes ont pu, en toute bonne foi, interpréter les choses tout autrement en mettant davantage l'accent sur d'autres éléments verbaux ou contextuels de son allocution à Shawinigan.

Je ne doute d'ailleurs pas que l'on puisse raffiner davantage l'analyse sémantique pour établir en quoi le fait d'évoquer spontanément, fût-ce dans un contexte différent, une déclaration controversée pour en reprendre le contenu sur un ton amusé sans émettre la moindre réserve à son propos est quand même autre chose que «persister et signer» à propos de cette déclaration. Je ne suis pas certain, toutefois, qu'on soit en droit d'exiger des politiciens engagés dans le feu de l'action qu'ils mettent au point cette subtile distinction et s'emploient à en expliquer le contenu à chacun avant de décocher une flèche à un adversaire.

On peut reprocher diverses choses à Jean Charest, en particulier à propos de sa position fort ambiguë sur les défusions, mais il me semble pour le moins excessif de jouer les vierges offensées et de parler de mauvaise foi parce qu'il ne s'est pas employé pendant et après le débat des chefs à proposer une exégèse plus approfondie et plus nuancée de la position fort ambiguë de Jacques Parizeau sur le rôle des minorités ethniques.

Département de philosophie, Université de Montréal


Élection 2003

PQ searching for silver bullet

The Montréal Gazette April 9, 2003


In Bernard Landry's war room, they have been looking for a silver bullet, all the while spinning their wheels in an effort to regain traction during the final days of the campaign.

Even before Jean Charest's decisive win in last week's debate, senior Parti Québécois strategists were worried that election was considerably closer than it looked with their slight lead in the polls, and their big 20 point lead among francophones.

Since the debate, the voting intention has shifted slightly in favour of the Liberals in way that suggests that the election might not be as close as it appears. The Liberals led the PQ by 42 to 41 per cent in today's Léger Marketing tracking poll, and still trailed by 14 points among francophones. But Léger is also allocating the undecideds on a proportional rather than a historical basis, essentially sharing the 10 per cent of undecided voters equally between the two major parties, rather than giving two-thirds of them to the Liberals, which is how the undecideds and "discreets" always come out at the end.

There's nothing wrong with Léger's math, but history suggests another number, something like a 45 to 40 lead for the Liberals. Then again, within the margin of error, the PQ could be in the lead, but their tactics since the debate suggest a campaign in more trouble than they've let on.

It's the PQ's search for the silver bullet that provides the clues to the difficulties of the PQ's campaign, which has from the beginning been seriously disadvantaged on issues like health care and attitudes like the voters' mood for change.

The PQ advantage was the perceived competence of Landry, so it packaged him as the Wizard of Oz, the great man standing behind the curtain just off the Yellow Brick Road. Let there be a four-day week, the Wiz proclaimed, never explaining that it meant a 20-per-cent reduction in pay for parents signing up for it. Let there be three weeks vacation for entry-level workers, he declared, never explaining who would pay for it. Let there be subsidized hotel beds for vacations in Quebec, even as he was shutting beds in hospitals. Marvellous, declared the people in focus groups, where nobody ever actually votes.

With all of these quality-of-life gadgets, the PQ seemed to hit the wall even before the debate. The only thing that was really working for it even then was the attack on Charest for his promise to create a petition process that would enable referendums in former municipalities forced into mergers.

Having lost the debate, and with its campaign seriously destabilized by Jacques Parizeau making Quebecers re-live their worst political nightmare from the 1995 referendum, the PQ did what any good campaign does. It went back to what worked for them - demergers. But the way in which Landry torqued up the rhetoric to apocalyptic levels and the despicable manner in which he again introduced the language issue - Westmount and Beaconsfield as a proxy for les anglais - suggested a degree of desperation.

Then when some federal Liberals showed up at some of Charest's meeting last weekend, Landry raised the old canard of the Quebec Liberals being a "branch office" of the feds. As it happens, Georges Farrah and Lucienne Robillard are graduates of the National Assembly, as is Liza Frulla, among the Quebec Liberal deputation in Ottawa. Which suggests not a branch office, but a talent pool. Besides, wasn't that Landry attending a Bloc Québécois convention last weekend, where one party really is a branch office of the other? Interestingly, Landry did not get away with this with in the French media, an significant wall poster in itself.

Then Landry tried to use Robillard's face as federal treasury board president to shift the debate to the VFI - the vertical fiscal imbalance between Ottawa and the provinces. There are five days left in the campaign, about as long as it takes to explain the VFI to a group of graduate students. Reduced to its simplest terms, the Conference Board of Canada suggests Ottawa could retire most of the national debt by 2020, while the provinces slide back into deficits, unless the feds adopt a policy of more sharing. Try to explain that to an undecided voter on the métro.

Finally, Landry went back to the sovereignty card on Monday, not because Quebecers want a referendum - 69 per cent don't - but because les purs et durs have been threatening to sit this one out since he sidelined Parizeau.

If there's "the slightest chance of winning" a referendum and declaring Quebec's independence by 2005, Landry said Monday he would do it. And thereby he might have handed Charest the ammunition he needed to close the deal.

There was an important CROP poll published in Le Soleil yesterday, indicating the Liberals had moved ahead of the PQ by 36 to 33 per cent in the 11 Quebec City metro ridings. Satisfaction with the government had dropped to 46 per cent, and in answer to the direct question of whether they wanted to continue with Landry or change the government, only 30 per cent opted for Landry and 61 per cent chose change.

In essence, a civil-service town is getting ready to fire the boss.

imacdonald@irpp.org


Élection 2003

Some votes count more than others

Can the Liberals cover the spread? Uneven distribution of voters in ridings favours rural areas at expense of Montreal

The Montréal Gazette April 9, 2003


With the Liberals edging ahead in recent public-opinion polls, the relevant debate has shifted from one of "who is more popular" to one usually reserved for gambling on a football game. Some analysts believe that the Liberals need to win the popular vote by six or seven percentage points to form the next government. On April 14, can they cover the spread?

In Quebec, with an uneven voter distribution in its 125 ridings and large variances in support on the basis of language and therefore geography, a party can easily win a majority of the seats without winning the popular vote. It happened in 1998; it could happen again in 2003.

While provinces have been given significant legal room to establish unequal boundaries, Quebec is the only province where voter equality has actually decreased since 1984. Today, Quebec is second only to Nova Scotia for having the worst equality of representation in Canada.

In December of 2001, the Commission de la représentation électorale established the set of electoral boundaries that will be in effect next week. The island of Montreal, with 24.6 per cent of the voters, will have 22.4 per cent (28 of 125) of the seats in the National Assembly. That's a 10-per- cent difference between voters and seats for an area that includes more than 1.3 million voters.

The commission, in its final report, went out of its way to justify this imbalance. It referred to the principle of "effective representation," a recognition by the Supreme Court of Canada that inequality might be appropriate given such non-mathematical factors as community interests, community history or unique geography. In the current system, this allowance sounds reasonable.

But to many Montrealers, what is also reasonable is for their vote to count for as much as those of fellow citizens in other regions of the province. As Quebec glides into another election under an asymmetrical electoral system that is showing no signs of the improvement in evidence elsewhere in Canada, there is a growing frustration, especially in and around Montreal, that Quebec's elections are inherently unfair. That is a damaging charge for any democracy. It is also one that can be backed up by the numbers.

A simple mathematical calculation allows Quebecers to assess their voting power in the upcoming election. It also allows for comparison between ridings. If one vote in one part of the province does not equal one vote in another, what is it really equal to? Voting power is based on the number of electoral voters. Double the electors means half the voting power. To standardize the rating, an index of 1.0 is used. If all ridings had equal numbers of voters, all ridings would have an index of 1.0. Instead, large variations in voting power occur. Some citizens get much more than a full vote, many others get much less.

Nineteen of Montreal's 28 ridings fall below the provincial average. Only one island riding (Lafontaine) can be found in the top 20 per cent in terms of voting power, but fully 10 fall in the lower 20 per cent. Overall, voters in the rest of Quebec (1.03) will have 13 per cent greater voting power than voters in Montreal (0.91). Laval residents might protest most loudly. Their voting power averages only 0.85.

The ballot is the linchpin of any democracy. On April 14, the voices of some Quebecers will count for more than others. If cynicism is the enemy of any healthy democracy, we should only hope that no party wins the popular vote by five per cent and finds itself sitting in the opposition.

Robert Israel is a researcher at the Association for Canadian Studies, a Montreal-based think tank.

Voting Power: Comparing Montreal and Laval to the Rest of Quebec

Region # Electors* Electoral % # Ridings Riding % Voting Power+

Montreal 1,316,0652 24.65 28 22.4 0.91

Laval 250,496 4.69 5 4.0 0.85

Rest of Quebec 3,772,560 70.66 92 73.6 1.04

· As of the permanent list of electors, June 30, 2000 ·

+ Voting power is the relative importance of each voter in electing a MNA. In an ideal electoral map, the figure would be 1.00 everywhere. The higher the number, the more "power" each voter has. Voting power is calculated as follows: Riding percentage (constant at 1/125) divided by electoral percentage (# of electors in riding/5,339,121, representing the total number of electors in Quebec.

SOURCE: Robert Israel


Élection 2003

Quand la guerre a du bon...

Michel Vastel
Le Soleil - mercredi 9 avril 2003


"Cette guerre insensée de conquête et de convoitise lancée par les États-Unis contre l'Irak donne une pertinence à notre campagne", me disait Amir Khadir hier matin. Une sorte de bénéfice collatéral en somme !

Mercier, c'est "le petit village gaulois" du Québec. Le 9 avril 2001, il fit un pied de nez aux nationalistes en élisant une fille tellement libérale qu'elle s'était teint les cheveux en rouge. Nathalie Rochefort ne correspondait pas très bien au profil du candidat de Jean Charest, mais elle démontra que le travail communautaire peut conduire à l'Assemblée nationale.

Amir Khadir, candidat de l'Union des forces progressistes, va-t-il répéter l'exploit lundi prochain ? Il y a un mois, il en aurait été le premier surpris. Aujourd'hui, il se félicite d'avoir dit non au Parti québécois qui le courtisait. Car s'il veut siéger à l'Assemblée nationale, il ne veut pas devenir ministre. Il veut poursuivre son oeuvre de médecin engagé... "Une petite demi-journée par semaine !" dit-il en me suppliant de lui confirmer que ce sera possible.

En attendant, il s'en passe des choses dans la République du Plateau ! Lundi soir, quand je suis arrivé au bar Les Bobards de la rue Saint-Laurent, une centaine de jeunes faisaient la queue sur le trottoir, par un froid humide, pour assister à une soirée "politique". François "Yo" Gourd avait rassemblé une brochette d'artistes, dont Richard Desjardins, pour appuyer la candidature d'Amir Khadir. Le Conseil central de la CSN s'est mis de la partie aussi et, hier midi, c'était au tour de François Saillant (le Front d'action populaire en réaménagement urbain - FRAPRU) et de Paul Lévesque (Coalition des médecins pour la justice sociale) d'embarquer.

Plus la campagne avance, plus les pointages semblent encourageants : peut-être 20 ou 25 % des intentions de vote aujourd'hui. Or, dans cette lutte à trois et demi où la libérale Nathalie Rochefort et le péquiste Daniel Turp, de même que la discrète adéquiste Vivian Goulder éparpillent les votes, il pourrait suffire de 30 % des suffrages exprimés pour devenir député de Mercier ! Khadir croit qu'il a une chance "non négligeable". Il commence à y croire. Il se fait une raison, devrais-je ajouter...

Ce fils d'immigrants iraniens arrivé au Québec à l'âge de 10 ans, licencié de McGill en physique et de Laval en médecine, père de trois jeunes enfants de 2 à 12 ans, infectiologiste à l'hôpital Le Gardeur de Repentigny, beau gosse et très médiatisé pour son implication avec Médecins du Monde, est devenu la coqueluche d'une gauche qui ne cultive pourtant pas le vedettariat.

Quand il a accepté de se présenter sous les couleurs de l'UFP - vert, blanc et rouge comme celles de son pays natal ! - il s'attendait à faire de la figuration. En fait, il voulait surtout montrer la voie à une gauche marquée par ses échecs et qui ne parvient pas à "imaginer le pouvoir", préférant la rue aux parlements. "Cessons d'être aveugles à notre pertinence et à notre force", lançait-il lundi soir à la foule entre deux raps des Loco Locass.

Effectivement, la gauche québécoise n'a réuni qu'une poignée de candidatures intéressantes. Obscur représentant d'un tiers parti à l'Assemblée nationale, c'est pas mal moins intéressant - demandez à Mario Dumont ! - que de faire des discours, de participer à des émissions de radio et de télévision, de défendre de nobles causes... "C'est aussi plus lâche", ajoute Khadir.

Cela eut aussi été une trahison pour les centaines de milliers de pacifistes, des jeunes surtout, qui sont descendus dans la rue avec lui. Ils le reconnaissent aujourd'hui sur l'avenue Mont-Royal et verraient dans son élection un témoignage contre la guerre. Elle est là, la pertinence de sa campagne...

Car toutes ces causes de ce qu'on appelle "la société civile" ont un point commun : la contestation d'un modèle de développement économique et social "qui génère pollution, pauvreté et conflits incessants sous l'enrobage racoleur de la mondialisation", dit Khadir. Il rêve donc d'une gauche qui pratique "une démocratie de proximité". La contestation qui sort de la rue pour entrer dans les mouvements communautaires, les coopératives, les conseils municipaux, les parlements, cela existe ailleurs, en Amérique du Sud notamment. Khadir la veut ici : "dans l'organisation de nos transports, dans notre aménagement urbain, il y a des choix à faire", prêche-t-il.

J'étais parti hier matin pour lui parler de l'Iran dont il rêve encore, de l'Irak où il était en mission en décembre dernier, mais le voilà qui me parle du Québec... "En même temps que la lecture du Coran me donne encore la chair de poule, Harmonium, Richard Desjardins, Mitsou - Bye, bye mon cowboy se met-il à fredonner ! - me donnent aussi le frisson... Je vis au Québec. C'est ici que j'appartiens. Et si j'ai la chance d'aider la gauche à émerger et que je sois au centre de cela, c'est extraordinaire !"

Je ne sais pas si Khadir va gagner son pari lundi prochain. Cela me rendrait un peu triste pour Nathalie Rochefort, mais son chef n'a pas su démontrer, en deux ans, qu'elle était indispensable au Parti libéral. Les sociaux démocrates qui s'apprêtaient à voter pour le Parti québécois hésitent, annonçant peut-être une bien mauvaise nouvelle pour Daniel Turp.

Alors, Monsieur le député Amir Khadir ? Quelle belle impertinence ! Et quelle leçon pour Françoise David et les autres activistes qui n'ont pas cru aux chances de la gauche au point d'y risquer une défaite.

MVastel@lesoleil.com