élection 2003
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Voter pour le XXIe siècle, ou le programme d'un électeur
Hervé Fischer Le Devoir mercredi 9 avril 2003
Libre opinion - Au fil des journées de la campagne électorale, je regrette que n'aient été abordées, exception faite du projet de souveraineté du Parti québécois, essentiellement que des questions de gestion, et le plus souvent à court terme, de sorte que ce débat aurait pu être à peu près le même il y a dix ans. Comment est-il possible qu'on n'ait pas consacré un des échanges du débat des chefs aux défis du Québec pour entrer dans le XXIe siècle? Je relèverai ici trois questions essentielles pour notre avenir sur lesquelles j'aurais voulu entendre les chefs de parti s'exprimer.
Mondialisation. Personne ne parle, semble-t-il, dans ce débat électoral, de la mondialisation. Et pourtant, si nous n'y prêtons garde, les pressions des grands accords internationaux sur notre État et nos législations risquent de remodeler beaucoup de nos projets de société sans que nous ayons notre mot à dire!
- La culture québécoise en ligne. Quel est le parti politique qui inscrira une ligne budgétaire au ministère de la Culture en faveur de la production et de la diffusion de la culture québécoise en ligne, comme il y a des budgets récurrents pour la musique, pour le livre ou pour le théâtre? Cela est-il inutile alors que nous sommes de plus en plus nombreux à utiliser Internet et que nous y rencontrons si peu de contenus québécois au regard des contenus américains, canadiens-anglais ou européens?
Notre fameuse «distinction culturelle et linguistique» québécoise ne vaut-elle rien en ligne? Ce serait terriblement manquer de vision alors que l'impact des technologies numériques sur notre culture, nos arts et nos communications va être de plus en plus considérable. Et n'est-ce pas ainsi qu'il faudrait aussi soutenir les entreprises québécoises de multimédia, aujourd'hui sinistrées tout autant que celles de la Silicon Valley?
Pourquoi ignore-t-on l'excellent exemple que nous donne le gouvernement canadien en consacrant plus de 200 millions en trois ans à son programme de production et de diffusion de la culture canadienne en ligne?
- La culture scientifique et technique. Pourquoi les partis politiques ne parlent-ils pas non plus de l'importance de la culture scientifique et technique dans notre société du XXIe siècle alors que la technoscience est devenue le moteur de notre évolution? Il s'agit d'un enjeu stratégique!
Nous sommes majoritairement analphabètes à cet égard et non préparés aux grands débats de société qui portent désormais sur l'environnement, les manipulations génétiques, le cybermonde et le respect de nos droits et libertés face aux réseaux informatiques croisés.
Aussi, du point de vue économique, nous allons manquer cruellement de chercheurs scientifiques au Québec si nous ne favorisons pas les vocations en donnant à la science et à la technologie une vraie place dans notre culture québécoise, à l'école et dans les médias. C'est peut-être encore plus déterminant pour notre avenir que la mondialisation.
Dans cet esprit, je voudrais rappeler et appuyer la demande de Science pour tous: sur le modèle du 1 % en architecture réservé à la contribution d'un artiste dans la construction des bâtiments publics, réserver un 1 % des subventions gouvernementales à la recherche pour la promotion de la culture scientifique et technique, que ce soit sous forme d'accompagnement dans le cas des laboratoires publics ou d'incitatifs fiscaux dans le cas des entreprises privées. Voilà qui constituera un moteur de notre démocratie tout autant que de notre économie pour le futur.
Et pour en lancer le signal, nous souhaiterions que le prochain gouvernement préside à l'organisation d'une «année de la science» au Québec, lançant ainsi un signal symbolique exemplaire pour la relève.
Soulignons pour finir que les partis politiques en présence ont encore le temps de nous parler de leur vision d'avenir d'ici les élections, s'ils le veulent!
Auteur du Choc du numérique et de CyberProméthée aux Éditions VLB, président de Science pour tous et de la Fédération internationale des associations de multimédia
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Élection 2003
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La ligue d'impro
Michel David
LE DEVOIR - mercredi 9 avril 2003
Perspectives: En mars 1996, Pauline Marois, alors ministre de l'Éducation, avait eu la surprise d'apprendre, en écoutant le discours de Lucien Bouchard au théâtre Centaur, qu'elle allait devoir s'atteler à la création de commissions scolaires linguistiques.
Bien entendu, elle a attendu que le dossier soit clos pour faire cet aveu. De quoi aurait-elle eu l'air si on avait su qu'elle s'était lancée à l'improviste dans une réforme de cette envergure, qui nécessitait une modification à la Constitution canadienne?
Remarquez, le résultat a été très positif, et Mme Marois a pu s'enorgueillir à juste titre d'un exploit qu'aucun de ses prédécesseurs, pas même Claude Ryan, qui a pourtant bien essayé, n'avait été en mesure de réaliser.
Au cours d'une rencontre avec l'équipe éditoriale du Devoir hier matin, Mme Marois s'est bien défendue d'avoir appris à la lecture des journaux que le PQ allait faire de la semaine de quatre jours le thème central de sa campagne.
Ce qu'elle ne savait pas, c'est que cette annonce allait être faite aussi rapidement, a-t-elle expliqué. Elle s'attendait à ce que ça vienne plus tard dans la campagne. Imaginez: en plus d'être vice-première ministre et ministre des Finances, Mme Marois est l'organisatrice en chef du PQ, mais elle n'était pas au courant du plan de communication de la campagne. Trouvez l'erreur!
Hier, Mme Marois a également ouvert la porte à la possibilité de faire assumer par l'ensemble des contribuables, plutôt que par les entreprises, les coûts de la semaine de quatre jours, comme c'est le cas des congés parentaux, qui sont financés par la caisse de l'assurance-emploi.
Manifestement, elle n'avait pas encore eu le loisir de réfléchir à la question. Pourtant, en sa qualité de ministre d'État au Développement économique, Mme Marois est, au sein du gouvernement, l'interlocutrice privilégiée des entreprises.
Elle n'en a pas davantage discuté avec Bernard Landry. Ou alors, c'est qu'il y a une sérieuse divergence de vues entre les deux. La dernière fois que M. Landry est passé au Devoir, peu avant le déclenchement de la campagne, il avait clairement indiqué qu'il s'opposait à ce que l'ensemble des contribuables fasse les frais de la semaine de quatre jours, dont ne profitera qu'une minorité d'entre eux.
Il est vrai que les modalités de cette mesure semblent varier au fil des entrevues et des points de presse du chef péquiste. Hier, M. Landry a commencé à expliciter le contenu du projet de loi actuellement en préparation, mais il est encore très loin d'être adopté.
***
Il ne faut pas se surprendre outre mesure de cette improvisation. On s'imagine à tort que tout est planifié dans les moindres détails alors que les politiciens ne font souvent que réagir aux événements. On pourrait presque dire que l'arène politique est une ligue d'improvisation continue, y compris les «claques» qu'on peut y recevoir.
C'est d'autant plus vrai pendant une campagne électorale que les imprévus sont plus nombreux. En novembre 1998, Lucien Bouchard avait lancé au hasard d'un point de presse qu'il entendait négocier une entente sur l'union sociale avant de tenir un référendum sur la souveraineté. Mieux, il n'excluait pas la tenue d'un référendum sur l'union sociale. À sa grande surprise, ce ballon avait eu un succès boeuf. Jean Charest, dont l'union sociale était un peu le bébé, en était resté pantois.
Dans une entrevue enregistrée sur le vif mais télédiffusée seulement après les élections, Jean-Roch Boivin, qui agissait comme conseiller auprès de M. Bouchard, se bidonnait. «J'en ris encore. Ça s'appelle enlever le tapis dessous les pieds de l'autre, mais on n'a pas été assez brillants pour préparer ça d'avance.»
L'improvisation a ses avantages, à commencer par la surprise. Les deux autres partis ont été pris complètement au dépourvu par la semaine de quatre jours. Le dernier sondage Léger Marketing-Le Devoir suggère que celle-ci aura relativement peu d'influence sur le choix des électeurs, mais elle a indéniablement donné un air de fraîcheur à la campagne péquiste et permis de reléguer au deuxième plan les dossiers moins reluisants.
Au départ, Jean Charest a tenté de tourner la promesse péquiste en dérision, ironisant sur la «semaine des quatre jeudis», mais il changé de ton depuis. Il laisse maintenant entendre qu'un gouvernement libéral agirait dans le même sens, dénonçant simplement l'approche préconisée par le PQ.
mdavid@ledevoir.com
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Élection 2003
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L'art de se tirer dans le pied
Lysiane Gagnon
La Presse - mercredi 9 avril 2003
La question des " défusions " municipales est la grande bizarrerie de cette campagne. On s'attendait à ce que cela soit le talon d'Achille des libéraux, mais finalement, cette affaire est en train de retomber comme un pétard mouillé.
Rarement aura-t-on vu, en tout cas, autant de gens se tirer dans le pied, des défusionistes eux-mêmes à Bernard Landry, en passant évidemment par le PLQ.
À tout seigneur tout honneur, commençons par le premier ministre.
Cette semaine, M. Landry lançait une charge à fond de train contre les velléités défusionistes du PLQ. À l'entendre, le programme libéral annonce un " horizon atroce ", des " conséquences catastrophiques ". Il n'aurait pas trouvé d'autres qualificatifs pour parler du gazage des Kurdes et du siège de Bagdad.
Mais si ce projet libéral annonce de si sanglants lendemains, pourquoi diable M. Landry n'en a-t-il pas fait mention lors du débat télévisé, qui était l'occasion entre toutes d'attaquer l'adversaire devant un large auditoire ?
M. Charest avait assez habilement désamorcé l'affaire dans sa déclaration d'ouverture, en affirmant qu'il souhaitait le succès des grandes villes, mais il restait très vulnérable.
M. Landry avait le choix de l'angle de tir, entre les mille et un problèmes soulevés par cette imprudente promesse libérale de mettre en marche un processus de défusion pour peu qu'un nombre suffisant de citoyens le souhaite par référendum. C'était le sujet rêvé pour tirer à boulets rouges sur le chef libéral. Nul n'ignorait que cet article de son programme officiel mettait le PLQ dans l'eau bouillante, la preuve en étant que Jean Charest n'en parlait jamais dans ses discours électoraux.
Mais M. Landry (comme d'ailleurs M. Dumont), n'a pas ouvert la bouche sur la question. C'est inexplicable. En tout cas, quelles qu'en soient les raisons, cette étrange omission rend fort peu convaincants les grands éclats d'indignation à retardement de cette semaine. Si c'était si important, il fallait en parler au débat !
L'autre groupe qui s'est joyeusement tiré dans le pied, c'est celui des défusionistes.
En publiant, au tout début de la campagne électorale, le rapport Poitras - un rapport qui affirme que le processus de défusion pourrait être facile et relativement peu coûteux - les anciens maires Trent (Westmount) et Simard (La Baie) remettaient sur le tapis une question que le PLQ voulait laisser sous le boisseau.
Ce faisant, ils se trouvaient à torpiller la campagne du seul parti qui pourrait éventuellement leur donner satisfaction !
Comme jugement politique, on aura vu mieux.
L'incident, à défaut de la torpiller, aura eu des conséquences très dommageables sur la campagne libérale. Le PLQ a essuyé une ferme rebuffade de la part de six maires - tous des libéraux sauf le maire L'Allier de Québec. D'autres maires de localités récemment fusionnées leur ont emboîté le pas, et cette affaire a hanté les deux premières semaines de la tournée de M. Charest.
L'intervention des défusionistes a eu d'autres effets, plus sournois. En ramenant la question au centre de la campagne, elle aura permis à Bernard Landry de lancer une petite remarque assassine et sectaire - le genre de remarque visant à associer, mine de rien, Jean Charest aux Anglais et au fric.
Au cours d'une conférence de presse, M. Landry interrompt la ministre Marois qui vient de parler de Sherbrooke comme de la ville de Jean Charest. " Excuse-moi, Pauline, il habite à Westmount... ". Westmount, la ville qui symbolise encore l'ancienne domination des riches anglophones...
Et M. Landry de poursuivre en disant que le chef libéral se trouverait en conflit d'intérêts puisque son " compte de taxes " diminuerait avec la défusion - un coup bas qu'il n'aurait pu refaire au débat télévisé sans perdre des plumes, mais qui a probablement fait son petit bonhomme de chemin.
Le plus ironique, c'est que la question des défusions, qui a tant agité la classe politico-médiatique, ne semble pas intéresser les électeurs. Selon un récent sondage de Léger Marketing, seulement 2 % des Québécois disent que cela influencera leur vote.
Il reste que le ressentiment causé par les fusions forcées pourrait se manifester dans l'isoloir, et pas seulement dans l'ouest de Montréal, où de toute façon le PLQ aurait été élu haut la main sans avoir besoin de s'engager dans la voie dangereuse des défusions.
À Saint-Bruno, Saint-Lambert, Sillery et Outremont, tout comme dans les nouvelles villes de Saguenay ou Gatineau, bien des gens rongent leur frein en silence, plus discrets que l'ancien maire Trent, mais pas moins nostalgiques de l'ancien régime. Qu'on soit anglophone ou francophone, personne n'aime perdre le privilège de vivre dans une petite municipalité riche et confortable.
Dans certains comtés francophones où la lutte sera serrée, il n'est pas impossible que les anti-fusionistes fassent pencher la balance. Réflexion faite, c'est peut-être pour cela que Bernard Landry n'a pas abordé la question au débat télévisé...
lgagnon@lapresse.ca
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Élection 2003
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Drôle de campagne
Murray Maltais
Le Droit - mercredi 9 avril 2003
Éditorial - Drôle de campagne que celle qui s'achève, fortement éclipsée par la guerre en Irak. Bernard Landry l'a voulu ainsi, en déclenchant les élections. C'était son droit le plus strict. Il a cru bien faire pour lui et son parti. Mais depuis, l'actualité québécoise est surtout tributaire de ces deux événements. Comme si le reste devait être relégué à l'arrière-plan. Ce qui, bien sûr, n'a aucun sens.
Pendant qu'ils sont témoins des dernières convulsions du régime de Saddam Hussein, bien des Québécois ne savent toujours pas pour qui ils vont voter. Ils hésitent ; aucun des chefs ne les convainc.
C'est cette clientèle-là que les partis politiques s'efforcent, en ces derniers jours de campagne, de rallier à leur cause. Ne vous étonnez pas si parfois les coups volent bas. Que ne feraient-ils pas pour conquérir le pouvoir ou le conserver !
Bernard Landry ne semble avoir peur de rien. Alors que, selon un récent sondage Léger Marketing, 69 % des Québécois s'opposent à la tenue d'un référendum si son parti parvenait à être réélu, le premier ministre sortant fait néanmoins la promotion de la souveraineté, tout en gardant prudemment ses distances d'un exercice référendaire. Ambivalence, ambiguïté, un pas en avant, un autre en arrière. Le chef péquiste s'inspire beaucoup de son prédécesseur qui parlait, chaque fois qu'on évoquait devant lui cette question, de " conditions gagnantes ". M. Landry dit la même chose que Lucien Bouchard mais en d'autres termes, évoque parfois une nébuleuse " union confédérale " de type européen.
Le talon d'Achille de Bernard Landry, c'est l'article un du programme de sa formation politique. Il tente, sans succès, de le transformer en force. Plus il essaie, plus il prend de risques.
13 ans plus tard
Avec Jean Charest, les Québécois savent qu'il n'y en aura pas, de référendum. Mais un grand nombre d'entre eux, surtout les électeurs francophones, ont encore l'échec de Meech sur le coeur, 13 ans plus tard. C'était un minimum et ils comprennent que si le projet a déraillé, c'est qu'en haut lieu à Ottawa, de puissants personnages l'ont voulu ainsi. Pourtant, leur Québec fera toujours partie du Canada car ils voient beaucoup plus de désavantages que d'avantages à la séparation.
Pourquoi Jean Charest éprouve-t-il un mal de chien à conquérir le coeur des francophones ? Serait-ce qu'ils voient d'abord en lui un politicien fédéral qui caressait l'ambition de devenir premier ministre du Canada ? Qui, faute de mieux, a dû se rabattre sur le Québec ?
Les perceptions des électeurs changent. M. Charest a attaqué le gouvernement péquiste là où il était le plus vulnérable, soit en santé. On ne gagne pas nécessairement une élection en misant tout sur ce thème, mais ses attaques font mal aux péquistes. Conscient qu'il avait peut-être mis tous ses oeufs dans le même panier, le chef libéral a rappelé, en quelque sorte, que le PQ n'avait pas le monopole du nationalisme lorsqu'il s'est engagé à corriger le déséquilibre fiscal. Pour y parvenir, il se dit même prêt à s'allier au Bloc québécois, une déclaration fort habile de sa part.
Ce qui est nouveau, dans cette campagne, c'est le ton nettement plus bagarreur de Jean Charest, notamment envers ses " amis " d'Ottawa. Des " amis " qui, nous assure-t-il, deviendront des adversaires politiques tant que le fameux déséquilibre ne sera pas corrigé. Ce ton-là plaît aux Québécois, car la plupart estiment que le système actuel favorise indûment Ottawa qui nage dans les surplus mais ne fait toujours pas sa part dans la santé et l'éducation, deux domaines qui accaparent la part du lion des finances des provinces.
L'autre avantage du chef libéral, c'est que le gouvernement du Parti québécois veut tellement faire le bonheur du peuple que pour y parvenir, il est prêt à recourir aux grands moyens, dont la séparation. Le gouvernement actuel s'est immiscé dans un grand nombre de domaines, créé une multitude d'organismes. Pour les péquistes, la qualité du gouvernement semble dépendre de sa grosseur. Les libéraux, au contraire, penchent pour la minceur, veulent diminuer la taille de l'État. Mais on ne sait toujours pas quels ministères ils aboliraient.
Tout revient, en somme, à la conception que l'on se fait de cet État. Voilà qui devrait faciliter le choix de nombreux électeurs.
mmaltais@ledroit.com
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Élection 2003
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La parole au PLQ, au PQ et à l'ADQ
Le Soleil - mercredi 9 avril 2003
Opinions - La campagne électorale est entrée dans son dernier droit. Au cours des dernières semaines, LE SOLEIL a ouvert ses colonnes à différents analystes. Aujourd'hui, comme nous l'avons fait avec les candidats de Louis-Hébert en début de campagne, nous donnons la parole aux porte-étendards du PLQ, du PQ et de l'ADQ de la circonscription de Kamouraska-Témiscouata : Claude Béchard, Harold Lebel et Pierre Lévesque. Nous leur avons demandé quelle est la part des enjeux nationaux, régionaux et locaux dans leur circonscription.
DES POUVOIRS AUX CITOYENS
Claude Béchard Candidat du Parti libéral du Québec
Je suis très fier d'avoir fait le choix, il y a cinq ans, de me présenter comme député dans le comté où je suis né, où j'ai grandi, où j'ai étudié et où j'ai connu mes premières expériences de travail. Il y a cinq ans, tout était à faire pour moi, il était important de pouvoir rencontrer ces hommes et ces femmes animant le Kamouraska-Témiscouata. Que l'on se présente pour une première ou une énième fois, le travail sur le terrain, que j'affectionne particulièrement, conserve son importance car il permet d'échanger avec les citoyens et citoyennes dans leur milieu de travail, leur milieu de vie et ainsi saisir leurs réelles préoccupations.
Ce que j'entends lors de mes tournées dans les municipalités du comté confirme que nous, du Parti libéral du Québec, avons fait les bons choix en faisant de la santé, de l'éducation, des réductions d'impôt et du développement des régions, nos priorités. Notre programme vise à donner de vrais pouvoirs aux citoyens des régions. Il vise donc à donner accès à des soins de santé dans toutes les régions du Québec, à augmenter les budgets des cégeps et des universités en région et à reconnaître le rôle de l'école dans la vitalité des milieux ruraux, à développer les infrastructures de transport pour renforcer l'économie régionale. De plus, il vise à donner une juste redevance sur les ressources naturelles, à brancher les régions et à instaurer des mesures concrètes pour le retour en région de travailleurs avec une enveloppe de 200 millions $ à la disposition des régions qui décideront elles-mêmes des meilleures mesures à appliquer.
programme local
Je suis fier de présenter à la population du Kamouraska-Témiscouata, un programme local touchant divers thèmes, notamment en proposant de mettre en place un programme de bourse de persévérance de 500 $ par école secondaire du comté, en appuyant la réalisation d'un plan de modernisation de l'urgence à l'hôpital Notre-Dame de Fatima de La Pocatière et les réaménagements de l'accueil et de l'urgence du CLSC de Pohénégamook, en élaborant une marque de commerce pour promouvoir l'excellence des produits fabriqués au Témiscouata et au Kamouraska au moyen de logos. L'agriculture et la forêt étant des secteurs d'activités économiques d'importance, je propose également dans le cadre de la politique de l'innovation du Parti libéral du Québec, de concert avec divers intervenants, voir au développement de nouveaux produits et faire du Témiscouata le leader québécois de la recherche, du développement et de la transformation des produits acéricoles. Il est également important d'encourager la diversification de l'agriculture et la transformation des produits agricoles dans les entreprises du Kamouraska et du Témiscouata.
Enfin, au lendemain d'une élection les divergences d'opinions ne doivent en aucun cas empêcher toute collaboration permettant le développement et l'avancement de notre comté.
C'est ce que je me suis efforcé de faire jusqu'à maintenant. Et c'est ce que je continuerai à faire le 15 avril prochain, si la population du comté m'accorde de nouveau sa confiance.
DÉVELOPPER LES RÉGIONS
Harold Lebel Candidat du Parti québécois
J'ai choisi d'être candidat pour le Parti québécois, fermement convaincu que ce parti représente une force vive pour le développement économique et social des régions du Québec. Je suis profondément attaché à ce coin de pays étant né à Squatec et ayant grandi dans cette magnifique région.
Très tôt dans ma jeunesse, j'ai été séduit par les valeurs véhiculées par le Parti québécois. Des valeurs orientées vers la justice sociale, l'équité et la paix qui se sont manifestées concrètement au cours des dernières années par une politique de soutien au développement local et régional à l'origine de la création des centres locaux de développement (CLD) ; un réseau universel de garderies à 5 $ ; une loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion ; sans oublier le Rendez-vous national des régions qui a su consolider les alliances entre le gouvernement du Parti québécois et les régions. Je suis très fier d'y avoir participé à titre de conseiller du premier ministre et de directeur de cabinet de ministres.
Le Parti québécois est la seule formation politique qui fait du développement des régions, une priorité. Preuve à l'appui, tout récemment, le premier ministre affirmait qu'il allait "faire du Témiscouata une priorité au niveau du développement économique au cours d'un prochain mandat". Il a ajouté que la croissance de l'économie du Kamouraska, là où le développement technologique et l'industrie agroalimentaire occupent une place de choix, constituera également une priorité pour le gouvernement.
Je suis également fier d'appartenir à un parti qui a su, au cours de ses deux derniers mandats, réaliser tout le potentiel émanant des régions, en travaillant de concert avec les intervenantes et les intervenants du milieu notamment avec les CLD. Ce dynamisme et la synergie créée avec ces leaders, les maires, les préfets et tous les autres intervenants économiques et sociaux, sont primordiaux. Une campagne électorale est un moment privilégié pour rencontrer et discuter avec les gens. Un constat s'impose : les citoyens de Kamouraska-Témiscouata regorgent d'idées et je souhaite travailler avec eux afin de concrétiser leurs projets qui profiteront à notre région.
Une région riche
Kamouraska-Témiscouata est une circonscription qui est riche sur plusieurs niveaux ; elle dégage une chaleur humaine particulière aux gens d'ici, elle est remplie de ressources naturelles et possède des facilités de formation avec ses écoles et une expertise agroalimentaire et technologique qui se sont développées grâce à des initiatives locales et régionales. Au delà des acquis et grâce aux mesures proposées par le Parti québécois, je souhaite aller plus loin pour permettre à chaque citoyenne et citoyen de contribuer pleinement à l'essor économique de notre communauté.
À titre d'exemple, je mettrai toutes les énergies nécessaires afin de concrétiser, avec les partenaires du Kamouraska, le projet d'agrobiopôle et je travaillerai avec les leaders régionaux et locaux pour faire du Témiscouata une Vallée de la valorisation des produits forestiers.
Être à l'écoute des besoins et de la réalité vécue par les gens d'ici et être un leader qui favorise le développement de la région, voilà mon engagement ferme pour le Kamourska-Témiscouata.
MILLE EMPLOIS À CRÉER
Pierre Lévesque Candidat de l'Action démocratique du Québec
Pour avoir des résultats qu'on n'a jamais eus, il faut prendre des moyens qu'on n'a jamais pris. Le Kamouraska-Témiscouata est une région qui a toujours été oubliée par les gouvernements. Moi, je vous propose de faire autrement.
Il y a ici des enjeux excessivement importants. Notre taux de chômage et d'exode est très élevé. Notre région est en décroissance, il faut constamment se battre pour des choses qui sont acquises ailleurs. Et je ne me battrai pas qu'à moitié. Je veux élever ma région, la positionner à l'échelle du Québec, la faire grandir.
Notre principal enjeu, c'est le développement économique. L'exode, la survie des petites écoles, la perte des services, la pauvreté, la transformation de nos ressources ... tout ça est lié à notre situation économique. Il n'est pas normal que l'économie du Québec s'améliore alors que celle du Kamouraska-Témiscouata se détériore. Moi, Pierre Levesque, je suis un créateur d'emplois, un gars de terrain, un rassembleur. Avec mon expérience et ma fougue, je m'engage à développer ma région. Il y a 1000 emplois à créer dans le comté. C'est un de mes objectifs. Je veux aussi régler les dossiers qui traînent, comme la route 185 et les télécommunications. Je veux faire ramer tout le monde dans le même sens pour développer, et tous vont en profiter, des plus petits villages aux plus grands.
Je veux aussi qu'on redonne aux régions les pouvoirs de leur développement et les budgets qui vont avec. Des gens qui n'ont jamais mis les pieds chez nous décident pour nous. Nous sommes convaincus que les gens de la région sont les mieux placés pour savoir de quoi ils ont besoin. Qu'on nous transfère les budgets, nous saurons quoi en faire. Pour stimuler le développement économique, il faut aussi arrêter d'étouffer nos entreprises sous la paperasse, leur redonner le goût et les moyens de se développer.
Les citoyens ne se sentent ni écoutés ni défendus. En m'élisant, ils vont avoir quelqu'un qui va développer pour eux, qui n'a pas la langue dans sa poche. Peu importe la position que l'ADQ occupera dans le prochain gouvernement, une chose est sûre, c'est qu'on va brasser et défendre les intérêts des régions. Ça faithuit ans que Mario Dumont est à Rivière-du-Loup, huit ans que Rivière-du-Loup se développe.
Je n'en veux pas d'excuses, je veux des résultats. C'est ce que je m'engage à fournir. Ma région est celle des défricheurs, des bâtisseurs. Je veux leur faire honneur et les défendre sans compromis.
Le député de tous
Je veux être le député de tout le monde. Durant la campagne, j'ai présenté mes idées, j'ai déposé un imposant plan d'action régional, j'ai rencontré des milliers de gens. En leur expliquant ce qu'on va faire pour eux, les gens voient bien qu'il va y avoir quelqu'un qui va travailler pour eux et qui va se tenir debout. J'ai le sentiment que les gens de Kamouraka-Témiscouata sont prêts pour le changement. Je suis convaincu que l'Est du Québec sera adéquiste, et l'élection d'un député adéquiste dans le comté va faire la différence. Ça fait plusieurs années que je suis avec Mario Dumont et l'ADQ. On a travaillé fort. Le changement est à nos portes le 14 avril. Faites-moi confiance. Ensemble, on va bâtir notre avenir autrement.
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Élection 2003
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Un tour du Québec: Montréal
Ronald King, Rima Elkouri, Pierre Foglia
La Presse - mercredi 9 avril 2003
Élections 2003 - À l'occasion de la campagne électorale, La Presse a demandé à certains de ses chroniqueurs de choisir un coin du Québec auquel ils sont attachés et de le raconter à leur façon. De Gaspé à La Sarre, du Plateau Mont-Royal à l'Estrie, nos journalistes ont trouvé une façon originale de mettre en relief la diversité de la province à l'approche du scrutin.
LES JUPES DE MONTRÉAL
À l'époque, je pensais que j'habitais en ville. Jusqu'au jour où j'ai remarqué que mon père disait souvent, le samedi matin: "Rim, tu viens avec moi en ville?" Quoi? Nous n'étions donc pas en ville?
La ville dont parlait mon père commençait au marché Jean-Talon et étirait ses pattes boulevard Saint-Laurent, vers le sud. Sa ville commençait là où on pouvait acheter des kiwis, des mangues et des papayes. Ma ville épousait les lignes de mon quartier. Nous habitions alors Cartierville, dans le nord de l'île. C'est là où je suis née. On avait un grand pommier dans la cour. On avait un chat blanc qui était sourd. Lorsqu'on passait l'aspirateur, les vibrations le mettaient en transe comme si c'était la fin du monde. C'était ma ville, mon île, mon univers.
J'avais 4 ans quand nous avons déménagé un peu plus au nord, un peu plus à l'est, dans le quartier Nouveau-Bordeaux. Il y avait un champ au coin de la rue, la rivière des Prairies à deux pas. C'étaient les années 70. Mes parents portaient des pantalons à pattes d'éléphant. Je ne savais pas encore ce qu'était une "ethnie". J'avais juste remarqué que, parfois, le contenu de ma boîte à lunch ne ressemblait pas à celui des autres. À l'époque, il y avait très peu d'immigrants dans le quartier. Mais ils se faisaient déjà un peu remarquer. Pas juste dans les boîtes à lunch. Dans les jardins, sur les balcons, dans les escaliers. Montréal n'était pas encore obsédé par les terrasses. Il n'y avait que les étrangers qui s'assoyaient dehors.
Avec le temps, le quartier a pris des couleurs. De plus en plus de gens s'assoyaient dans les escaliers. Mon école était dirigée par des bonnes soeurs italiennes, ma prof de piano était arménienne, le boulanger était grec et le pâtissier, syrien. Il y avait aussi un Jean-Coutu au coin de la rue, communément appelé "Djanne-Coutou" par ma grand-mère.
Population immigante
Aujourd'hui, la moitié de la population du quartier est immigrante. Grecs, Libanais, Italiens, Chinois, Haïtiens, Syriens... La circonscription a toujours été une forteresse libérale. Mais n'allez pas dire aux gens de Nouveau-Bordeaux qu'ils participent au "vote ethnique". Ils vous répondront que leur quartier, autrefois canadien-français et tricoté serré, votait rouge bien avant eux. Et qu'aujourd'hui, tant les candidats du PQ que de l'ADQ ont des origines arabes.
Au référendum de 1980, j'avais 6 ans. Un jour à l'école, alors que nous étions en rang après la récréation du midi, j'ai remarqué que le garçon devant moi portait un macaron qui disait "oui". Oui quoi? Je ne savais pas. "Toi, c'est oui ou c'est non?" qu'il m'a demandé. J'ai dit "non", sans saisir le sens de la question. Il m'a fait une jambette. Le lendemain, j'ai eu la varicelle. Le "non", la jambette, la varicelle... N'y cherchez aucun enchaînement logique, sinon que mes souvenirs sont classés dans cet ordre.
À l'époque, je pensais donc que j'habitais en ville. D'autant plus que mes cousins, eux, habitaient la campagne. Ils vivaient à Mont-Saint-Hilaire et à Valleyfield. On trouvait qu'ils avaient un drôle d'accent, de drôles d'habitude. Ils ne verrouillaient pas la porte en sortant de la voiture. Ils n'écoutaient pas la même musique, n'aimaient pas les mêmes films. Ils disaient: "Vous autres, à Montréal..."
À l'adolescence, j'ai dû me rendre à l'évidence. Nous avions beau être dans l'île, nous n'habitions pas en ville, mais dans un Montréal banlieusard, à la limite du campagnard, qui doit prendre l'autobus pour se rendre au métro Henri-Bourassa. Au cégep de Bois-de-Boulogne, des professeurs racontaient même qu'il n'y a pas si longtemps, des lièvres couraient encore sur le terrain du collège. Des lièvres... Plus que jamais, il me fallait explorer la vie, la ville, l'envers de la banlieue.
L'autre solitude
À l'université, j'ai découvert l'Ouest. L'autre solitude, le Montréal anglo, dont j'ignorais tout. Moi qui parlais à peine anglais, je suis allée à l'Université Concordia comme on va dans une ville étrangère. J'y ai rencontré des gens de coins de l'île qui m'étaient inconnus. Notre-Dame-de-Grâce ("Endiji"), Côte-Saint-Luc, le West-Island...
Le lendemain du référendum de 1995, j'étais à l'université. Les résultats serrés illustraient une fracture sociale. Ailleurs, dans d'autres villes, d'autres pays, on aurait sans doute assisté à des émeutes. Ici, il y a bien eu quelques discussions enflammées. Mais sans plus.
L'été, les jobines me transportaient vers d'autres Montréal. Dans une quincaillerie Pascal du nord de la ville, j'ai découvert le Montréal des vieux machos. Dans un magasin Rossy, l'été suivant, je découvrais le Montréal des ménagères. Dans une boutique de souvenirs du centre-ville, le Montréal des touristes, au coeur de la "ville souterraine". Vous savez cet endroit décrit dans tous les guides de voyage mais où aucun Montréalais ne va? J'y ai vu défiler des groupes de Français en voyages organisés avides de petits phoques en simili-pierre à savon.
Le Montréal qui se sent exclu
Au fil des reportages et des chroniques, j'ai vu encore d'autres Montréal. Celui de Parc-Extension et de Mont-Royal, d'Hochelaga-Maisonneuve et de Westmount... Le Montréal qui se sent exclu. Celui qui aimerait s'exclure. Le Montréal des très riches et des laissés-pour-compte. Celui qui vote rouge, celui qui vote bleu, celui qui ne vote pas.
Les occasions de se disputer et les lignes de fracture ne manquent pas. Mais Montréal ne semble pas doué pour le tragique. Et c'est tant mieux. Dans ses jupes, on se sent bien. Même en ville, c'est souvent la campagne.
"C'est comment Montréal?" me demandait récemment un Israélien de Jérusalem avec qui je franchissais un poste-frontière pour aller à Ramallah. Je regardais les soldats en uniforme vert olive qui, mitraillette en bandoulière, nous dévisageaient.
"Montréal? C'est... comment dire?... Paisible."
Rima Elkouri
Relkouri@lapresse.ca
VIVE MONTRÉAL LIBRE!
Dans mon coin de ville, Rosemont, qu'on doit maintenant appeler l'arrondissement de Rosemont-Petite-Patrie, le Parti québécois est roi. On les élit tous. Des circonscriptions sûres, comme ils disent.
Mais on n'aurait pas pensé ça pendant les années 60, une période comme une autre pour grandir. À l'époque, on entendait autant d'anglais que de français dans les rues. Il y avait des Québécois pure laine, mais aussi plusieurs familles d'immigrants italiens, irlandais, polonais et ukrainiens (on disait que Polonais ou Ukrainien, c'était la même chose et ça les insultait)...
Le Vieux Rosemont était un village, à l'époque, avec la rue Masson comme artère principale. Il y avait de grands champs abandonnés au nord, avec, un peu plus loin, Ville Saint-Michel, une municipalité tellement corrompue que le maire Jean Drapeau, en grand conquérant qu'il était, l'a annexée sans problème.
Dans notre village, chacun trouvait sa niche entre les églises et les écoles catholiques francophones, catholiques anglophones, protestantes anglophones... Elles sont encore là, les écoles et les églises, mais elles ne servent presque plus et des promoteurs immobiliers réussissent à en démolir une de temps en temps. Pour ceux qui ont grandi dans le quartier, c'est comme un coup de poing au ventre chaque fois.
Il y avait des gangs d'ados dans les années 60. Il fallait y penser deux fois avant de descendre telle ou telle avenue à telle ou telle heure, il ne fallait pas trop flirter avec les petites Anglos, et surtout pas avec les belles petites Italiennes. Les Italiens étaient nombreux et ils en menaient large. Mais, Dieu merci, nous étions 100 fois moins dangereux que les gangs de rue d'aujourd'hui.
Rêver de Laval
Les gars et les filles de Rosemont rêvaient de vivre un jour à Laval ou dans le nouveau paradis en voie de construction, Repentigny. "Pour élever mes enfants dans un endroit sûr." Plusieurs ont réussi, mais ils n'avaient pas prévu que les Hells Angels allaient réussir en affaires eux aussi. Et les Hells Angels habitent Laval et Repentigny, aujourd'hui. Et on ne parle pas des embouteillages pour venir travailler en ville...
Le Nouveau Rosemont s'est aussi développé à l'est, avec des horreurs façon espagnole ou italienne, des haciendas d'hiver, des lions en ciment devant les portes... Une sorte de village-centre commercial. Le rêve lavallois, sans doute.
En 1976, le PQ a pris le pouvoir, et les anglophones de toutes origines ont peu à peu disparu. Il ne reste que les vieux, aujourd'hui, dans leurs duplex en briques rouges. Leurs enfants et petits-enfants passent les voir de temps en temps. Ils viennent de Calgary, de Toronto, du West-Island ou de Saint-Léonard.
Au référendum de 1995, Rosemont a voté à 53,6 % en faveur du OUI. Juste derrière le Saguenay-Lac-Saint-Jean!
On n'entendait presque plus d'anglais dans les rues, en 1995. On vivait dans un bloc francophone pur et dur.
Si vous faites une promenade rue Masson de nos jours, dans le coeur du Vieux Rosemont- ça ne vous ferait pas de mal- vous verrez que mon coin de ville s'est "montréalisé" depuis 1995.
La vieille garde est toujours en majorité, mais il y a des immigrations. Haïtienne, latino, indo-pakistanaise, arabe, gaspésienne même, pour les bars country...
Les dépanneurs sont tenus par des Asiatiques, les boutiques par des Arabes qui ont acheté les nombreux édifices de Schiller- vous vous souvenez de lui, le vendeur de stores Au bon marché? Oui papa!-, ce qui est assez ironique quand on pense à ce qui se passe en Palestine, ou en Israël, c'est selon.
Nos nouveaux concitoyens maintiennent la moyenne d'âge à un niveau légèrement inférieur à celui d'une maison de retraités. Ils aiment avoir beaucoup d'enfants. Ils vivent parfois dans des conditions qui vous étonneraient, à plusieurs dans les affreux immeubles à logements- 1, 2, 3, chauffé, eau chaude (!)- qui ont poussé dans les années 70 et qui portent des noms comme L'Eldorado ou le Castel Francine.
L'eldorado des agents immobiliers
Ce qui nous amène au "Nouveau Plateau", l'eldorado des agents immobiliers, qui est tout près. Le Nouveau Plateau ne se trouve pas autour de la rue Masson, ni en bas de la côte, autour de la rue Ontario, comme des visionnaires intéressés le prédisent depuis une dizaine d'années.
Les gens branchés d'Hochelaga-Maisonneuve avaient d'ailleurs trouvé un nom, le HOMA, pour relancer le SoHo de New York (SOuth of HOuston Street). C'est raté. Mais Hochelaga-Maisonneuve a ses charmes méconnus. Marchez autour d'Ontario ou Sainte-Catherine, à l'est de Pie-IX, pour voir. Si vous regardez bien, il y a quelque part un beau graffiti: "L'ambiguïté, vecteur de progrès."
Mais pour visiter le Nouveau Plateau, il faut se rendre rue Beaubien, angle 10e Avenue, juste en face du charcutier et saucissier polonais, dont vous me donnerez des nouvelles. Vous vous dirigez vers l'ouest, vous passez devant le parc Beaubien, où il fait bon jouer au touch football l'été, les t-shirts contre les bedaines. Les avenues sont larges, calmes et jolies, il y a beaucoup plus d'arbres et de verdure que dans le Vieux Plateau. Et rien à vendre, sinon à prix fou.
Rue d'Iberville, vous vous trouvez en plein coeur du Nouveau Plateau, où il y a un beau parc entouré de maisons simples et bien bâties. Il y a aussi le cinéma Beaubien, l'un des derniers indépendants en ville, qu'on a réussi à sauver. Et puis le bar Chez Roger, qui était un trou épouvantable, mais qui est maintenant branché en diable. Christiane Charette y tourne son émission. C'est là que les nouveaux résidants du coin- il y a, bien sûr, quelques jeunes journalistes de La Presse là-dedans- vont la nuit, "pour rencontrer", comme dit la publicité.
Il y a le Mousse-Café, un concept inventé sur place qui offre buanderie, café, sandwichs et journaux dans une ambiance calme; il y a des restaurants et bistros façon Vieux Plateau et un boulanger correct qui a eu la malheureuse idée de choisir le nom "De sève et de froment". Évidemment, la "Boulangerie Beaubien" n'aurait pas suffi, il en faut toujours pour péter de la broue, mais bon...
La perle du coin demeure l'atelier-galerie de Florent Veilleux, à quelques pas à l'ouest de Chez Roger, côté nord. Ses "installations" ont été exposées à New York. On ne vous gâchera pas la surprise. Amenez les enfants...
C'est donc là le nouveau petit coin cool, jusqu'à Papineau à peu près, et ne cherchez toujours pas de maisons ni d'apparts, sinon à des prix d'enfer...
Ronald King
Rking@lapresse.ca
AUTRE ET UNIQUE
Tout le monde dit des méchancetés sur le Plateau Mont-Royal. Alors l'autre jour, moi aussi. Je passe devant une boulangerie à l'enseigne artistiquement vieillotte. J'entre. Clientèle jeune cadre qui venait d'aller chercher le petit à la garderie, ça sentait le pain et la surenchère cinéma, une boulangerie comme dans un film français qui se passerait à Angoulême en 1950. J'ai acheté du pain, une gaufre et un fromage... Dieu que j'étais fâché. Je n'ai pas jeté le pain parce qu'on ne jette pas du pain même insipide, ça porte malheur, enfin c'est ce que ma mère disait. Mais j'ai jeté la gaufre fourrée d'une costarde à la consistance de mastic, j'ai jeté le fromage en putréfaction et j'ai dit ah la belle métaphore, c'est bien le Plateau ça: tout dans le décor! Une gang d'ébénistes qui se mêlent de faire du pain et de vendre du fromage à des snobs ignares qui croient encore que plus un fromage pue, meilleur il est.
C'est même pas vrai. Enfin si, c'est vrai, cette boulangerie où je me suis fourvoyé, mais c'est pas vrai qu'elle est à l'image de tout le Plateau. Il y a dans le Plateau d'excellentes boulangeries, des dizaines de fruiteries, des bouchers, des charcutiers, des épiceries fines, qui desservent une clientèle pas aussi nantie qu'on le croit, et surtout pas ignare.
Tout le monde dit des méchancetés sur le Plateau, tout le monde répète les mêmes mots, homogénéisation, gentrification, de bien vilains mots qui donnent des boutons, peut-être même la lèpre... Mon ami Claude, prof et sculpteur, rue Garnier, près de la track. Sa femme aussi, peintre et prof. Claude a acheté sa maison il y a 26 ans, 26 000 $. Une ruine. Il a tout refait. Il n'aurait pas dû? Il y a élevé ses deux enfants. Il y a 26 ans, la rue était habitée par des ouvriers, son voisin chauffait au bois, quand il revenait de l'université, des gamines jouaient à la marelle sur le trottoir. Il n'y a plus d'enfants maintenant, rue Garnier. Claude devrait-il en adopter deux ou trois? Claude va chercher son pain au Fromentier, son boudin à la Queue de cochon, sa viande chez le boucher en face, les cossins chez Chèvrefils. Pensez-vous qu'il devrait aller faire ses courses au Carrefour Laval, le dimanche matin? Les soirs d'été, quand il soupe sur la galerie, il entend des criquets. Devrait-il les tirer à la 22?
Josée habite et travaille dans le Plateau. Elle a acheté en copropriété en 1983, rue Bordeaux. Elle a vendu. Avec le profit, elle racheté un duplex rue Chabot, en copropriété aussi, il lui reste une petite hypothèque de rien du tout (10 000 $), ça tombe bien, elle gagne 32 000 $ par année, on a déjà vu des bourgeois plus gras. Elle a pour voisins des Français avec des enfants. Elle a une coloc, une Polonaise, qui habitait Victoria avant, elle dit que c'est beaucoup plus vivant ici. A-t-on averti cette insouciante qu'elle allait se réveiller un beau matin gentrifiée et homogénéisée? Il sera bien temps alors de regretter Victoria.
Éric veut sous-louer son grand appartement de la rue Rachel qui donne sur le parc. Trois chambres. Préfini dans le passage. Demande 1350 $, une folie, mais paraît que c'est le prix. Sur un balcon voisin, une minuscule pancarte, comme si on avait peur d'avoir trop d'appels: à louer deux quatre et demi. J'appelle. 865 $. Laissez votre nom sur la liste, on examinera votre demande. Faut passer un examen maintenant pour habiter dans le Plateau. Gentrification. Ça se soigne comment? En passant cette annonce: grand sept et demi, chauffé, 225 $ par mois? Des glissades d'eau dans le parc La Fontaine? Des rues piétonnes avec des brochetteries, des pizzerias et les mêmes lampadaires que rue Prince-Arthur? Je sais pas, je vous demande.
J'ai habité le Plateau la plus grande partie de mon autre vie, à une époque où les loyers y étaient moins chers qu'à Rosemont, Ahuntsic ou Villeray. C'était un quartier d'une grande richesse civique comme le sont souvent les quartiers populaires, dénué de style, libéré de toute influence, où se côtoyaient riches et pauvres. On a oublié dans cette ville obsédée de son multiculturalisme, et s'en gargarisant à n'en plus finir, qu'il y a mieux que la cohabitation des races, il y a la cohabitation des classes sociales, les races donnent de la couleur à un quartier, le mélange des classes sociales lui donne sa dignité. Le Plateau Mont-Royal, quand je l'habitais, était un quartier comme ça, pauvre et riche, des ouvriers avec des enfants, des vieux, des étudiants, et les notables du boulevard Saint-Joseph qui ne fréquentaient surtout pas les boutiquiers de l'avenue du Mont-Royal, la deuxième rue la plus laide d'Amérique, la première était la rue Ontario.
À l'époque, le Plateau n'avait pas la force d'un lieu. Où habites-tu? On répondait rue Fabre, pas le Plateau. Un long appartement, tout au fond il y avait une porte qui donnait sur un appentis en bois d'où un escalier menait à la ruelle. On habitait une rue et sa ruelle, on avait pour voisins un couple de vieux profs, au-dessus un pianiste qui accompagnait parfois Ferland, clap, clap, faisaient les hauts talons de ses conquêtes à 3 h du matin dans les escaliers, putain, Charlot, tu pourrais pas les déchausser avant de monter? Les proprios, des Italiens avec plein d'enfants, squattaient le bas. Le dimanche, le père jouait de l'accordéon. En période électorale, il nous demandait la permission de mettre l'affiche du candidat libéral sur notre balcon. Envoye donc Vicenzo, fais comme chez vous, mets-la ta pancarte, pour ce que j'en ai à foutre. Je ne votais pas de toute façon.
Si j'habitais le Plateau aujourd'hui, ce serait moi le propriétaire. J'irais demander aux locataires si je peux mettre la pancarte d'Amir Khadir sur leur balcon, parce que j'aime bien Amir, mais pas seulement parce que je l'aime bien. Je voterais Amir en me disant que ce serait drôlement sympathique pour la vie démocratique de ce pays d'avoir à Québec une voix autre, peut-être pas cinquante, mais une au moins, ce serait bien. J'entendais mardi à C'est bien meilleur le matin un célèbre chroniqueur politique médire lui aussi du Plateau en avançant que, pauvre Amir, les bourgeois du Plateau ne l'éliront pas. Dans un autre quartier, l'analyse eut été qu'Amir et l'UFP sont trop à gauche. Ici, le réflexe, une fois encore, a été de stigmatiser les bourgeois mangeurs de fromage de chèvre. En toute gratuité. Remarquez, je ne dis pas que le Plateau (Mercier) va élire Amir, je dis que le Plateau est autre et unique et que ce ne serait pas un simple hasard s'il envoyait à Québec un représentant autre et unique.
Pierre Foglia
pfoglia@lapresse.ca
MONTRÉAL
Population totale : (recensement 2001) 1 838 474
Langue maternelle
Français : 54%
Anglais : 19 %
Langues non officielles : 27 %
Scolarité
Moins d'une neuvième année : 17,7 %
Neuvième treizième année : 47,4 %
Études postsecondaires : 29,7 %
Revenu moyen des ménages : 40 848 $
Taux de chômage (en 2002) : 9,7 %
ENJEUX ÉLECTORAUX
- Centre hospitalier de l'Université de Montréal. La construction du CHUM se fait toujours attendre. Les chiffres quant aux coûts oscillent. Le choix de l'emplacement ne fait pas l'unanimité. On se demande encore quoi faire des bâtiments des trois hôpitaux (Notre-Dame, Saint-Luc, Hôtel-Dieu) concernés. Même phénomène avec le futur centre universitaire de santé McGill.
- Fusions (et défusions). Dans l'Ouest-de-l'Île, où les fusions municipales ont été très mal accueillies, on a la mémoire longue. Que feront les libéraux s'ils sont élus?
- Logements sociaux. Il en manque des milliers selon les organismes de défense des plus démunis. Pendant ce temps, la spirale haussière du prix des logements et des propriétés ne s'arrête pas. Les logements dits abordables se font de plus en plus rares.
- Mobilité entre l'île et la Rive-Sud. L'éternel problème d'engorgement des ponts devra être résolu. Quelques semaines avant le déclenchement des élections, le rapport Nicolet proposait la construction d'un pont dans l'Est. Ce document sera-t-il utilisé ou ira-t-il enrichir les tablettes de la bibliothèque de l'Assemblée nationale?
CHAUDES LUTTES
Bourget : La ministre de la Culture et des Communications Diane Lemieux affronte l'ancien maire de Montréal Pierre Bourque, candidat-vedette de l'ADQ.
Mercier : Une des plus belles batailles de Montréal. La libérale Nathalie Rochefort, qui a conquis ce château fort péquiste au terme d'une élection partielle en 2001, saura-t-elle le conserver? Elle affronte deux candidats-vedettes: Daniel Turp pour le PQ et Amir Khadir de l'Union des forces progressistes (UFP).
Rosemont : La ministre Rita Dionne-Marsolais fait face à Denise Larouche, ex-présidente de l'arrondissement de Rosemont et conseillère de Vision Montréal à la Ville de Montréal.
Illustration(s) :
Roberge, Alain
Rue Beaubien, dans Rosemont, un café-buanderie offre sandwichs et journaux dans une ambiance calme.
Ruelle typique du Plateau Mont-Royal.
N'allez pas dire aux gens de Nouveau-Bordeaux qu'ils participent au "vote ethnique". Ils vous répondront que leur quartier, autrefois canadien-français et tricoté serré, votait rouge bien avant eux.
La ville dont parlait mon père commençait au marché Jean-Talon et étirait ses pattes boulevard Saint-Laurent, vers le sud, écrit Rima Elkouri.
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Élection 2003
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Québec pourrait faire la différence
J. -Jacques Samson
Le Soleil - mercredi 9 avril 2003
À cinq jours des élections, une analyse serrée de la carte électorale ne permet toujours pas de prédire sur un ton catégorique un gagnant entre Bernard Landry et Jean Charest. Les deux vieux partis affirment qu'ils devraient l'emporter mais concèdent que des luttes serrées sont menées dans une quinzaine de comtés. Un parti doit arracher 63 sièges à l'Assemblée nationale pour détenir la majorité. Le Parti québécois et le Parti libéral peuvent miser chacun, selon une extrapolation des différents sondages et d'entrevues avec des stratèges électoraux, sur une soixantaine de comtés. L'ADQ serait en sérieuses difficultés dans un tel scénario, gardant seulement Rivière-du-Loup, fief de Mario Dumont, Berthier (Marie Grégoire) René-Lévesque (François Corriveau) et récoltant le nouveau comté de Mirabel grâce à la popularité de l'ex-maire Hubert Meilleur.
À Québec, le PLQ l'emporterait dans pas moins de sept des neuf comtés, soit Charlesbourg (Éric Mercier) Chauveau (Sarah Perreault) Jean-Lesage (Michel Després) Jean-Talon (ouf! dira encore Margaret Delisle) La Peltrie (France Hamel) Louis-Hébert (Sam Hamad) et Vanier (Marc Bellemare). Si le Parti libéral prend le pouvoir lundi, il le devra donc en grande partie au revirement qui s'observe dans la capitale, où les fusions forcées ne sont pas cicatrisées à l'ouest.
Le Parti québécois conservera Taschereau (Agnès Maltais) et Montmorency (Jean-François Simard, avec une majorité réduite). Les deux comtés de la Rive-Sud de Québec, Lévis (Linda Goupil) et Chutes-de-la-Chaudière (Antoine Dubé, un transfuge du Bloc québécois) resteront aussi au Parti québécois. Il en va de même des deux comtés situés immédiatement à l'ouest et à l'est de Québec, Portneuf (Roger Bertrand) et Charlevoix (Rosaire Bertrand) que seule une vague libérale pourrait emporter, ce qui n'est pas le cas.
Les comtés qui devraient aller au Parti québécois sont, par ordre alphabétique (je vous conseille de lire les listes comme s'il s'agissait de psaumes): Abitibi-ouest, Bellechasse (Claude Lachance), Blainville, Borduas, Bourget, Chambly, Champlain (une lutte à trois), Charlevoix, Chicoutimi, Chutes-de-la-Chaudière, Deux-Montagnes, Drummond, Dubuc (après une chaude lutte en raison des fusions) Duplessis, Gaspé, Gouin, Groulx, Hochelaga-Maisonneuve, Iberville, Îles-de-la-Madeleine, Johnson, Joliette (repris à l'ADQ) Labelle, Lac - Saint-Jean, La Prairie, L'Assomption, Laval-des-Rapides (avec un peu de chance pour le ministre Serge Ménard) Lévis, Lotbinière (si le vent est favorable) Marguerite d'Youville, Marie-Victorin, Maskinongé, Masson, Matane, Matapédia (de chaudes luttes dans les quatre derniers cas), Montmorency, Nicolet-Yamaska, Pointe-aux-Trembles, Portneuf, Prévost, Richelieu, Rimouski, Roberval, Rosemont, Rousseau, Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Saint-Hyacinthe, Saint-Jean, Sainte-Marie-Saint-Jacques, Saint-Maurice, Taillon, Taschereau, Terrebonne (toujours si le vent est bon) Trois-Rivières, Vachon, Verchères et peut-être Vimont (gagné par l'ADQ dans une partielle).
La direction du Parti libéral évalue avoir déjà emmagasiné au moins 70 comtés. Il faut pondérer cet enthousiasme mais il lui en reste aussi au moins 60. Ce sont: Abitibi-Est, Acadie, Anjou, Argenteuil, Arthabaska, Beauce-Nord et Sud, Beauharnois (avec plusieurs si) Bertrand, Bonaventure (Nathalie Normandeau gonflera de beaucoup sa majorité) Bourassa-Sauvé, Brome-Missisquoi, Chapleau, Charlesbourg, Châteauguay (en raison seulement du député Jean-Marc Fournier) Chauveau, Chomedey, Crémazie, D'Arcy-McGee, Fabre ( ?), Frontenac, Gatineau, Hull, Huntington, Jacques-Cartier, Jean-Lesage, Jeanne-Mance-Viger, Jean-Talon, Jonquière, Kamouraska-Témiscouata (par une majorité respectable, cette fois, alors qu'elle n'était que de 110 en 1998) Lafontaine, La Peltrie, La Pinière, Laporte, Laurier-Dorion, Laviolette, Louis-Hébert, Marguerite-Bourgeoys, Marquette, Mégantic-Compton, Mille-Îles, Montmagny-L'Islet, Mont-Royal, Nelligan, Notre-Dame-de-Grâce, Orford, Outremont, Papineau, Pontiac, Richmond, Robert-Baldwin, Saint-François, Saint-Henri-Sainte-Anne, Saint-Laurent, Shefford, Sherbrooke, Soulanges, Vanier, Vaudreuil, Verdun, Viau, et Westmount-Saint-Louis.
Les chefs des partis concentrent cette semaine leurs efforts à Québec, en Mauricie où les luttes de terrain sont particulièrement âpres et dans la région de Montréal. Les libéraux croient pouvoir arracher notamment trois des quatre comtés de Laval, ne laissant que Laval-des-Rapides (Ménard) au PQ.
Charest rafle Sherbrooke
Un sondage Léger Marketing mené les 1er et 2 avril auprès de 507 personnes (pour une marge d'erreur de 4,4 %) donne une nette victoire à Jean Charest dans Sherbrooke.
Avant répartition des indécis, les résultats sont les suivants: Charest, 39 % ; Malavoy(PQ) 33 % ; Downey(ADQ)12. Il y a 11 % d'indécis et des grenailles pour les autres candidats. Après répartition des indécis, Charest obtient 45, Malavoy, 39 et Downney, 14. Pour 62 % des électeurs, leur choix est définitif ; 56 % des Québécois veulent du changement ; 63 % sont satisfaits du travail de leur député Charest.
Seule consolation pour Bernard Landry, 55 % sont satisfaits de son gouvernement. Mais comme 91 % affirment qu'ils iront voter, Jean Charest devrait, cette fois, obtenir une majorité moins gênante que ses 907 votes de 1998.
JJSamson@lesoleil.com
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Élection 2003
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Le PQ clairement pour l’indépendance :
le RIQ l’appuie
Les membres du CA du Rassemblement pour l’indépendance du Québec (RIQ)
TRIBUNE LIBRE - mercredi 9 avril 2003
Le samedi 15 mars 2003, le PQ a précisé le type de souveraineté dont il entend doter le Québec. À la page 100 de sa plate-forme électorale, il a annoncé qu’il entreprendra « des démarches en vue d’une participation du Québec à une éventuelle union de type confédéral avec le Canada et aux grandes organisations internationales ».
Le CA du RIQ a réagi en invitant les indépendantistes à interpeller les candidats de toutes les formations politiques dans les circonscriptions pour qu'ils disent publiquement s'ils prônent l'indépendance du Québec et à ne voter pour ceux et celles qui répondent OUI.
Le 7 avril, le Président du Parti québécois a affirmé, devant 400 gens d’affaires de la Chambre de commerce de Québec que s’il a la « moindre chance de gagner un référendum sur notre indépendance nationale d’ici 2005, le Québec sera assis au concert des nations (Le Soleil) ». Peu après, il a repris cette idée devant quelques centaines d’étudiants de l’Université Laval, ajoutant « moi, je voudrais que le Québec soit une république » et que « c’est une des premières choses que nous ferons à la souveraineté (Le Soleil) ».
Voilà des propos clairs qui diffèrent du projet d’union confédérale. En conséquence, le Rassemblement pour l’indépendance du Québec (RIQ) invite tous les indépendantistes à voter pour les candidats du Parti Québécois puisque le Président de ce parti s’est engagé publiquement à promouvoir l’indépendance du Québec et à mettre sur pied un régime républicain.
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Élection 2003
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Mon pays n'est pas un hôpital
François Hébert Écrivain
LE DEVOIR - mercredi 9 avril 2003
Monsieur le «divisif», monsieur le médecin imaginaire, alias le candidat Charest, voudrait vous faire peur, comme si la campagne électorale était la soirée de l'Halloween. C'est du Molière, c'est du guignol. Il vous divise en brandissant son épouvantail préféré: la souveraineté ou la santé. C'est son bistouri magique. C'est d'une subtilité telle qu'en entendant cela, les morts se retournent dans leur tombe et souhaitent n'avoir jamais à remonter parmi les vivants. En fait, leurs os ne leur font plus mal et ils n'ont plus besoin des médecins. Et s'ils se souviennent de leur vie, j'imagine qu'ils n'en retiennent que les meilleurs moments, pas ceux qu'ils ont passés dans les corridors des hôpitaux ou dans les affres de l'agonie.
Mon pays n'est pas un hôpital. Aussi ceux pour qui la voie alternative du candidat Charest est de bonne guerre méritent-ils la défaite à plate couture ou l'hôpital à vie. Ils devraient se faire soigner. Monsieur le divisif les anesthésie, les lobotomise, après les avoir contaminés.
On ne peut pas avoir de mots assez durs pour le Diafoirus de Sherbrooke, pour cet hypocondriaque contagieux, pour ce morbide, pour ce pharmacien en goguette, pour ce vendeur de placébos. Il ne vous offre pas le paradis à la fin de vos jours, il vous promet un lit, des voisins qui râlent, des piqûres, des repas insipides. Sans blague, il vous prend pour des malades. C'est la médecine qu'il vous sert pour se servir de vous.
Quant à la souveraineté, pour lui, c'est les corridors du Canada, où vous allez attendre longtemps, soit dit en passant, si vous pensez qu'à Ottawa la santé du Québec préoccupe quelqu'un. Le Canada est un établissement spécialisé, et il dispense des soins très particuliers. Stéphane Dion l'a dit : il faut vous faire souffrir, et ainsi, vous allez finir par comprendre que vous avez besoin d'être traités.
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Élection 2003
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Un homme en laisse
Robert Laplante
L'Action nationale - mercredi 9 avril 2003
Même en campagne électorale les fédéraux ne lui font pas de cadeaux. Jean Charest s’est fait remettre à sa place, et de belle façon ! Les Dion, Cauchon, Robillard et autres agents de la minorisation du Québec n’ont pas fait que saper les assises de son programme en niant pour la centième fois l’existence du déséquilibre fiscal sur lequel son candidat vedette s’est construit une notoriété. Ils lui ont fait clairement savoir son rang et sa place si jamais il est élu Premier ministre : gérant de succursale. Jean Charest n’est pas seulement que l’envoyé d’Ottawa, c’est un homme en laisse.
Il était drôle à lire l’éditorialiste du Soleil qui s’étonnait d’avoir vu le chef du PLQ s’allumer lorsqu’il parlait en entrevue du rôle qu’il se voit déjà jouer dans son futur Conseil de la fédération. (J-J Samson, Monsieur Canada, Le Soleil, 8 avril, 03) Le gérant vise la scène nationale ! Non pas celle de notre Assemblée nationale, bien sûr, mais la vraie, celle du seul pays qu’il se reconnaisse vraiment. Il en trépigne, le grand homme ! Plastronner devant Ralph Klein, jouer les émules de Mike Harris, incarner le compromis canadian jusqu’au trognon, se prétendre la quintessence de la pensée libérale d’inspiration conservatrice ! Le voilà qui rêve d’être enfin reconnu par ses pairs, ceux-là seuls qui comptent vraiment à ses yeux, ceux-là qui lui donneront peut-être un jour le titre de Great Canadian.
A la veille d’un vote déterminant, les Québécois et Québécoises ne doivent pas sous-estimer la portée qu’aurait l’élection d’un parti d’inconditionnels du Canada à la tête de leur Assemblée nationale. Jean Charest n’a aucun problème de loyauté ; aucune ambivalence chez cet homme : ce qui est bon pour le Canada est toujours bon pour le Québec. L’intérêt national bien compris passera toujours par Ottawa d’abord. Minoritaires consentants, les libéraux de Jean Charest prendront leurs consignes à une table où le leader de la province de Québec cherchera à se signaler comme celui qui facilitera le jeu des alliances entre des provinces qui ne demanderont pas mieux que sa participation instrumentale. Il n’en coûte rien de flatter un pion consentant.
Le Parti libéral du Québec est indigne de former le gouvernement. Son cadre financier est un leurre. C’est un programme bâclé intentionnellement. Les incohérences sur lesquelles il est construit ne relèvent pas de la seule médiocrité démagogique à laquelle son chef nous a habitués depuis qu’il fait de la politique, elles procèdent d’une censure délibérée. Sachant pertinemment qu’il manquera de ressources, le PLQ a d’ores et déjà consenti à chauffer la maison avec les meubles. Les libéraux s’accommodent fort bien de l’épouvantail adéquiste. Ils sont réellement prêts, disposés à patauger dans la même gadoue. Et ils le feront d’autant plus allègrement que, ne reconnaissant pas la nation, ils feront la braderie sans égard pour les intérêts nationaux du Québec. Inconditionnels du Canada ils ne reconnaissent aucun seuil de rupture, aucun point de renoncement au-delà duquel nos intérêts vitaux pourraient être menacés.
Seul le Parti Québécois pense et tente d’agir en référence à l’élargissement de l’espace politique de la nation. C’est pourquoi il mérite d’être soutenu et élu. Avant toute considération de programme, ce choix s’impose parce que c’est le seul qui reste conciliable avec la possibilité de conserver un tant soit peu d’initiative pour faire notre histoire. La résistance est une donnée fondamentale de notre combat, mais seul le maintien et l’affirmation de l’espace de la nation peuvent nous permettre d’envisager pouvoir organiser la riposte, forcer notre destin. Les outils ne sont pas neutres.
Une petite nation n’a pas une grande marge de manœuvre. Les embardées politiques peuvent lui faire des torts irrémédiables. Dès lors que des partis prônent le rétrécissement de l’espace politique de la nation, ils font courir à notre peuple le plus grand péril qui soit : celui du consentement à se dissoudre dans l’insignifiance de lui-même. C’est exactement ce que nous propose l’homme en laisse.
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Élection 2003
| Sondage TVA - Le Journal de Montréal - The Gazette
Les élections seront serrées, prédisent les sondages
LCN - mercredi 9 avril 2003
Les sondages continuent d'annoncer des résultats très serrés en vue des élections de lundi prochain.
La plus récente enquête Léger Marketing-TVA n'accorde plus qu'une avance d'un point aux troupes libérales sur le Parti québécois.
Après répartition des indécis, le PLQ obtient 42% des intentions de vote, contre 41% pour le PQ et 16% pour l'ADQ.
L'avance du Parti québécois sur les électeurs francophones passe à 14 points.
Autres données intéressantes : 79% connaissent la date des élections et prévoient voter le 14 avril, 6% ont choisi de ne pas voter mais savent quand se tiendra le scrutin, tandis que 15% ignorent la date des élections provinciales.
Le sondage sur les intentions de vote a été réalisé par Léger Marketing du 4 au 7 avril 2003 auprès de 1201 répondants. La marge d'erreur est de 3%, 19 fois sur 20.
Le sondage sur la date des élections s'est déroulé le 7 avril auprès de 300 répondants; la marge d'erreur est de 5,6%, 19 fois sur 20.
En RealVideo, écoutez les explications de Jean-Marc Léger, président de la firme Léger Marketing.
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Élection 2003
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À quoi s'attendre le 14 avril?
Paul Cliche l'aut'journal - mercredi 9 avril 2003
Il y a quelques semaines à peine, les élections générales qui auront lieu 14 avril promettaient de se distinguer des 36 autres ayant eu lieu au Québec depuis la Confédération en mettant en lice, pour la première fois depuis 1867, trois partis ayant des chances sérieuses de prendre le pouvoir.
Cette première course à trois aurait remplacé la traditionnelle lutte entre deux formations dominantes autour desquelles gravitent ou non, selon les périodes, des tiers partis qui ne peuvent espérer au mieux faire élire qu'une poignée de députés.
Cette perspective d'une lutte à trois en 2003 laissait même entrevoir, si l'ADQ était sorti de sa chrysalide de tiers parti, l'amorce d'un quatrième réaménagement majeur des forces politiques dans l'histoire du Québec.
l) Celui de la période de 1886-1890 où l'alliance des libéraux d'Honoré Mercier et des «nationaux» avait mis fin à un règne de 20 ans des conservateurs.
2) Celui des années 1935-36 où l'apparition de l'Action libérale nationale et sa fusion avec les conservateurs de Maurice Duplessis, sous le nom d'Union nationale, avait interrompu 40 ans de domination libérale. En 1960, la prise du pouvoir par les libéraux de Jean Lesage, même si elle a signifié un renouvellement en profondeur de la lutte politique, a constitué une alternance entre partis dominants.
3) Celui de la décennie 1970 où le Parti québécois de René Lévesque avait évincé l'Union nationale et éclipsé les créditistes pour s'imposer, grâce à sa victoire de 1976, comme l'un des deux partis dominants.
Ce dernier a alterné au pouvoir depuis avec l'autre membre du tandem bipartisan, le Parti libéral dont la pérennité n'a jamais été vraiment menacée depuis sa création, sous le régime de l'Union au milieu du XIXe siècle, malgré des départs parfois fracassants comme celui de Paul Gouin et de ses réformistes en 1934, de René Lévesque et de ses souverainistes en 1967, ainsi que la défection de Jean Allaire et de Mario Dumont en 1992 qui a tracé la voie à la fondation de l'ADQ.
Mais depuis que les sondages ont révélé que l'Action démocratique avait perdu beaucoup de terrain il est devenu manifeste que ce scénario ne se concrétisera pas. Cela réduit d'autant la possibilité d'un gouvernement minoritaire qui, contrairement à ce qui s'est produit plusieurs fois à Ottawa, aurait été le premier au Québec depuis 1878 alors que ce qu'on a appelé le «coup d'État» du lieutenant-gouverneur Lettellier de Saint-Just avait permis au libéral Joly de Lotbinière d'occuper le pouvoir pendant quelques mois.
Trois élections ont ressemblé à celle de 2003 : 1935, 1944 et 1970
La curiosité aidant, il est fort instructif toutefois de se référer aux résultats des élections passées où la conjoncture a revêtu des similitudes avec celle de 2003 afin de tenter de prévoir ce qui pourrait se produire le 14 avril.
Dans cette recherche, il faut d'abord exclure les 33 élections qui se sont déroulées sur une base strictement bipartisane (20 sur 36) ou dans un contexte multipartisan sans qu'aucun des tiers partis en lice n'ait toutefois été en mesure d'influencer directement les résultats sauf par un effet de nuisance dans certaines circonscriptions. Dans cette dernière catégorie on classe notamment les élections de 1966, 1973, 1976, 1989, 1994 et 1998.
Il reste donc trois élections sur 36 où l'alignement des partis en lice a eu des ressemblances notables avec celui que l'on observe au cours de la présente campagne. Ce sont celles de 1935, 1944 et 1970.
À noter que le terme «alignement» dans cette analyse n'a pas de connotation programmatique ni idéologique. Il réfère uniquement aux résultats électoraux qui peuvent découler du rapport de force observé entre les partis en lice compte tenu des effets mécaniques du scrutin majoritaire.
Lors de la première élection, celle de 1935, les deux partis traditionnels (libéral et conservateur) s'affrontaient de nouveau, mais la naissance de l'Action libérale nationale (ALN), apportant un vent de changement, a changé la donne en quelques mois tout comme l'ADQ l'a fait l'an dernier.
En début de campagne cependant, conservateurs et ALN ont conclu une alliance en décidant de ne pas présenter de candidats l'un contre l'autre. C'est ainsi que la coalition s'est rendue aux portes du pouvoir, que la fusion des deux partis a été consommée quelques mois plus tard au profit du chef conservateur Duplessis et qu'est née l'Union nationale qui a renversé le régime libéral de façon décisive à l'élection de 1936 après avoir forcé le gouvernement Taschereau à démissionner. Cet épisode ne peut évidemment s'appliquer à la situation actuelle à cause de la coalition des deux partis d'opposition.
Par ailleurs, l'élection de 1970, qui a amorcé le déclin définitif de l'Union nationale, a donné aussi lieu à l'affrontement de trois partis ayant des assises nationales comme en 2003. En plus de ce dernier, qui avait repris le pouvoir en 1966 sous le leadership de Daniel Johnson décédé en cours de mandat et remplacé par Jean-Jacques Bertrand, il y avait le Parti libéral sous la direction de son nouveau chef, Robert Bourassa et le Parti québécois de René Lévesque qui en était à son baptême du feu électoral.
Était aussi en lice le Ralliement créditiste de Camil Samson qui, solidement implanté dans certaines régions rurales, voulait répéter à Québec l'exploit que son fondateur Réal Caouette avait accompli en faisant élire près d'une trentaine de députés sur la scène fédérale quelques années plus tôt.
Le déroulement de cette campagne a vite permis de constater toutefois que le Parti libéral se distançait nettement de ses adversaires. C'est ainsi que les libéraux, avec une récolte de 45,4% des suffrages, se sont vus attribuer 66,7% des sièges parlementaires suivis de loin par le Parti québécois qui, avec 23,1% des voix, n'a obtenu seulement que 6,5% des sièges; l'Union nationale 19,6% des voix et 15,7% des sièges puis les créditistes qui, avec 11,2% des votes, ont remporté 11,1% des sièges.
Ces résultats indiquent donc clairement qu'il n'y a pas de similitude avec la conjoncture actuelle. Mais ils ont constitué une parfaite illustration des distorsions aberrantes causées par le scrutin majoritaire qui régit nos consultations électorales depuis l'introduction du système parlementaire britannique dans la colonie canadienne par l'Acte constitutionnel de 1791.
Il faut d'abord souligner la confortable majorité parlementaire dont ont pu jouir les libéraux grâce à un appui populaire relativement modeste de 45,4% qui était moindre que celui de l'élection précédente alors qu'ils avaient été défaits par l'Union nationale. Mais ce qui retient surtout l'attention est l'injustice dont a été victime le Parti québécois qui, s'étant classé deuxième dans les suffrages, s'est retrouve en queue de peloton quant au nombre de députés.
À noter que, paradoxalement, les créditistes ont été traités avec la plus parfaite équité par le mode de scrutin en obtenant un représentation exactement proportionnelle à leur appui populaire.
Ce n'est arrivé que deux fois dans l'histoire électorale du Québec qu'un tiers parti soit ainsi traité équitablement par le scrutin majoritaire. Ça s'est aussi produit en 1989 alors que le Parti égalité a fait élire quatre députés dans l'Ouest de Montréal. Ce phénomène s'explique par la concentration des appuis de ces deux partis dans quelques circonscriptions ou régions.
L'élection de 1944: un renversement de la volonté populaire et un tiers parti fortement sous-représenté
L'élection de 1944, a opposé principalement le Parti libéral d'Adélard Godbout qui avait exercé le pouvoir pendant la guerre à l'Union nationale de Maurice Duplessis
Les ressemblances avec la présente élection sont de deux ordres:
- La présence de plusieurs tiers partis dont un, le Bloc populaire, avait autant d'importance dans le paysage politique du temps que l'Action démocratique aujourd'hui.
- Des résultats serrés entre les deux principaux partis ayant donné lieu à un renversement de la volonté populaire qui a porté au pouvoir le parti qui s'était classé second dans les suffrages.
Pour la première fois dans l'histoire des élections provinciales, quatre tiers partis étaient en lice. Le principal, qui a présenté des candidats dans 80 des 91 circonscriptions, était le Bloc populaire, formation nationaliste réformiste née lors de la crise de la conscription qui était dirigée par André Laurendeau.
Les trois autres petites formations étaient le CCF, parti socialiste originaire de l'Ouest canadien; le Crédit social, parti de droite aussi importé de la même région, ainsi que le Parti ouvrier progressiste qui, ensemble, n'ont présenté que 25 candidats.
C'était la première fois qu'au Québec on testait la capacité du scrutin majoritaire d'imposer pratiquement le bipartisme. Ce test devait être concluant. Le Bloc populaire, qui avait le vent dans les voiles dans les mois précédant l'élection, espérait même obtenir près du tiers des votes.
Comme cette année, on prévoyait une lutte à trois. Mais la nouvelle formation, mal organisée dans plusieurs régions dont celle de Québec, a vu son étoile pâlir au fur et à mesure du déroulement de la campagne.
Plusieurs électeurs résolument nationalistes, qui voulaient initialement voter pour ses candidats, se sont finalement repliés sur la position autonomiste de l'Union nationale, comme aujourd'hui plusieurs souverainistes de gauche le font avec le PQ de crainte que les libéraux fédéralistes prennent le pouvoir.
De telle façon que le Bloc n'a recueilli finalement que 15,2% des suffrages; ce qui ne lui a valu que quatre députés (4,4% des sièges) tandis qu'un candidat socialiste (CCF) était élu dans Rouyn-Noranda.
Le principal point saillant des élections de 1944 a toutefois été le renversement de la volonté populaire, car le Parti libéral, qui s'était classé premier dans les suffrages avec 40% des votes contre 38,2% pour l'Union nationale, s'est vu reléguer dans l'opposition. C'était la première fois qu'un tel renversement se produisait au Québec. Il s'est répété en 1966 et en 1998 toujours aux dépens des libéraux.
Le PQ fera-il encore élire plus de députés que le Parti libéral même s'il reçoit moins de votes?
Un quatrième renversement de la volonté populaire peut-il se produire le 14 ? À mon avis, c'est possible et même probable pour deux raisons:
1. À cause de la concentration des votes accordés au Parti libéral dans certaines circonscriptions qui fait subir un lourd handicap à ce parti.
2. Parce que les libéraux n'arriveront pas en tête dans l'électorat francophone même si l'écart avec les péquistes s'est rétréci depuis 1998.
Le handicap libéral est dû au fait que les appuis libéraux de loin les plus massifs sont concentrés dans les circonscriptions à forte composante anglophone et allophone de Montréal, ainsi que dans l'Outaouais et certains secteurs des Cantons de l'Est et de l'Ouest de la Montérégie.
Selon les calculs effectuées par le politicologue Louis Massicotte, de l'Université de Montréal, il aurait fallu, en 1998, quelque 300 000 voix (7,5 % des suffrages globaux) de plus à ce dernier pour se voir attribuer le même nombre de sièges que le Parti québécois.
Un phénomène semblable s'était aussi produit en 1966 alors que les libéraux, qui avaient obtenu 150 000 voix (6,5 % des suffrages globaux) de plus que l'Union nationale, s'étaient vus attribuer six sièges de moins. Ce handicap libéral, qui remonte à 1944, a joué un rôle important dans le résultat de la plupart des élections depuis et encore en 1998 alors qu'il a été responsable d'un troisième renversement de la volonté populaire en 15 scrutins généraux.
Ainsi, les libéraux sont assurés d'élection en élection d'un coussin appréciable d'une trentaine de sièges qu'ils remportent infailliblement avec de fortes majorités. Mais ils tirent souvent de l'arrière de façon prononcée dans l'ensemble des 85 circonscriptions à forte prédominance francophone qui font et défont le gouvernement.
Les péquistes, au contraire, ne possèdent pratiquement plus de forteresses comme l'ont démontré les dernières partielles. Leur position est donc fragile comme l'a prouvé l'ascension surprise de l'ADQ en 2002 qui menaçait de les faire pratiquement disparaître de la scène parlementaire. Mais ils peuvent rebondir plus facilement comme le prouve aussi leur récente remontée.
À noter que les libéraux dirigés par Robert Bourassa ont toujours réussi à surmonter ce handicap auprès de l'électorat francophone, car ce dernier était plus perçu comme un nationaliste modéré qu'un fédéraliste à tout crin. Ce fut le cas en 1970, 1973, 1985 et 1989, mais évident pas lors de la défaite libérale de 1976.
C'est probablement pour cette raison que Bourassa n'a pas ressenti le besoin d'apporter un correctif à cette situation épineuse dont ont hérité ses successeurs; d'autant plus qu'il était opposé par principe à toute réforme du mode de scrutin qui aurait amené nécessairement l'introduction d'éléments favorisant la proportionnalité.
Claude Ryan, qui était devenu chef libéral en 1978 après la retraite temporaire de Bourassa, avait vite perçu que le Parti québécois avait pu former un gouvernement majoritaire en 1976 parce qu'il avait remplacé l'Union nationale dans la faveur de l'électorat francophone. Il s'est donc prononcé sans hésiter en faveur de l'instauration d'un scrutin proportionnel qui aurait permis à son parti d'être traité avec plus d'équité dans les régions francophones tout en rendant la pareille au PQ dans ses bastions anglophones et allophones; mais le retour de Bourassa au timon du parti en 1983 a rendu cette position caduque.
Il est tout de même surprenant que Jean Charest, dont le parti a été victime de ce handicap en 1998, n'ait pas réclamé avec plus d'énergie au cours de la dernière législature qu'un changement soit apporté à cette règle du jeu injuste alors qu'il savait fort bien qu'elle pourrait être la principale cause d'une deuxième défaite consécutive qui, si elle survenait le 14, risquerait fort de mettre fin à sa carrière politique sur la scène provinciale.
Par ailleurs, on se rappelle qu'en 1998 les votes des francophones sont allés à 52,3% au Parti québécois contre seulement 31% pour le Parti libéral et 14,5% pour l'ADQ; d'où la confortable majorité parlementaire qu'il a obtenue malgré le fait qu'il ait recueilli moins de votes dans l'ensemble que les oppositionnistes (42,9% des suffrages versus 43,5%).
Cette année, les sondages de la première partie de la campagne ont aussi indiqué une confortable avance du PQ sur les libéraux dans l'électorat francophone. Lors du débat du 31 mars, M. Charest a indiqué que le principal objectif de son parti d'ici le 14 était d'attirer le plus possible de sympathisants de l' ADQ. «Un vote pour l'ADQ est un vote pour le PQ» a-t-il alors martelé en invitant ces derniers à voter de façon stratégique pour défaire le gouvernement.
La performance réussie du chef libéral lors de cette confrontation a permis à son parti de dépasser le PQ dans les sondages dans les jours suivants et surtout de réduire de façon significative son retard dans l'électorat francophone.
Mais cette tendance se maintiendra-elle au cours des derniers jours de la campagne et surtout le transfert de sympathisants adéquistes vers les libéraux sera-t-il assez massif pour que ces derniers surmontent leur lourd handicap? J'en doute. Ainsi, même si ces derniers obtiennent plus de votes que le PQ le 14 - ce qui est probable - ils feront probablement élire moins de députés que leurs adversaires.
La combinaison de trois facteurs peut provoquer un changement de gouvernement
Il ne faut pas exclure la possibilité d'un gouvernement minoritaire où l'ADQ, malgré un nombre restreint de députés, détiendrait la balance du pouvoir. En effet, l'écart minime dans les suffrages entre péquistes et libéraux lors des deux dernières élections (0,4% en 1994 et 0,6% en 1998) a de fortes chances de se répéter le 14 avril.
Théoriquement ce phénomène de résultats serrés qu'on observe depuis 1994 à cause de l'existence d'un tiers parti fort, devrait avoir une telle conséquence. Mais on a vu par contre que le handicap libéral fait en sorte qu'il ne pourrait commencer à se transposer en sièges de façon significative que si les libéraux détenaient une avance d'au moins 5% dans les suffrages.
Il faut considérer, par ailleurs que, dans une campagne électorale comme celle qui s'achève, un autre facteur revêt une importance quasi aussi capitale que les indications fournies par les sondages. C'est l'effet de nuisance que peut avoir le vote adéquiste sur l'élection des candidats des deux principaux partis.
Les effets classiques du scrutin majoritaire à un tour sont bien connus: surreprésentation du parti vainqueur et sous-représentation des formations oppositionnistes. Mais une autre caractéristique de notre système électoral joue un rôle aussi important et rend les résultats souvent imprévisibles surtout quand il y a plusieurs partis en lice.
C'est le découpage du territoire national en petites unités territoriales appelées circonscriptions (125 au Québec) où se déroulent autant d'élections distinctes dont l'issue dépend de multiples impondérables réservant souvent plusieurs surprises. C'est ce qui se produira probablement le 14 dans un certain nombre d'entre elles. C'est ainsi que, depuis quelques jours, les observateurs pointent une vingtaine de circonscriptions francophones stratégiques où le sort de l'élection risque de se décider.
En 1944, par exemple, on avait calculé que les résultats de la moitié des 80 candidats du Bloc populaire auraient pu avoir un tel effet de nuisance et même que ceux de la région de Montréal auraient pu causer la défaite du Parti libéral en déficit de 11 sièges sur l'Union nationale.
Un phénomène semblable s'est produit en 1966 alors que 13 candidats du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) ont pu avoir un effet de nuisance suffisant pour enlever la victoire aux libéraux en déficit de 6 sièges sur les unionistes.
La première forme que revêtira cet effet de nuisance sur les deux principaux partis le 14 est, bien entendu, l'élection d'un certain nombre de députés adéquistes. Cette formation réussira-t-elle à conserver les quatre sièges qu'elle a gagnés lors des partielles de 2002 ? Fera-t-elle des gains ailleurs, où et combien ? Quant au reste, auquel des deux partis dominants nuira-t-elle le plus ?
En 1994, on estimait qu'il avait surtout nui aux libéraux étant donné la défection récente de Mario Dumont; mais les dommages étaient limités étant donné que la formation n'avait recueilli que 6,5% des suffrages. En 1998, l'effet de nuisance semble aussi n'avoir pas trop affecté les péquistes qui ont fait élire 76 députés contre seulement 48 pour les libéraux.
Mais la situation est différente cette année à cause de la croissance de l'ADQ et d'une diminution significative de l'avance des péquistes sur les libéraux dans l'électorat francophone qui fera sentir ses effets notamment dans des villes comme Québec et Laval.
Les récents sondages nationaux indiquent clairement que plusieurs électeurs péquistes et libéraux sont revenus au bercail après avoir eu la tentation, pendant quelques mois, de voter pour l'ADQ. Mais ces derniers ne précisent pas si le recul adéquiste s'est produit uniformément sur l'ensemble du territoire. En réalité, il existe probablement un certain nombre de circonscriptions où l'appui à l'ADQ s'est maintenu à un niveau quasi aussi élevé qu'il l'était l'automne dernier.
On peut s'attendre à quelques victoires adéquistes à cause de ce phénomène le 14. Chose certaine, là où la résilience de l'ADQ ne lui permettra pas de faire élire des candidats, elle aura certes une forte incidence sur l'élection de nombreux candidats péquistes et libéraux.
Combiné avec le mécontentement qu'ont suscité les fusions municipales dans certaines banlieues comme Boucherville, St-Bruno, Ste-Foy et Charlesbourg où ont été élus des candidats péquistes en 1998, cet effet de nuisance pourrait ainsi faire basculer des circonscriptions péquistes dans le camp libéral.
C'est donc la combinaison de ces trois facteurs dans un certain nombre de circonscriptions clés
(un effet de nuisance de l'ADQ s'exerçant surtout aux dépens du PQ, une remontée libérale dans l'électorat francophone plus prononcée qu'ailleurs et le mécontentement causé par les fusions municipales dans certaines banlieues ayant élu un député péquiste en 1998) qui serait le plus susceptible d'amener une victoire libérale.
Il faut avouer toutefois que cette possibilité semble peu probable et constituerait une surprise car il est rare que des résultats électoraux sont régis par des règles semblables à celles de sciences exactes comme la chimie ou la physique.
Quant à l'effet de nuisance des candidats l'Union des forces progressistes (UFP) et du Parti Vert, le 14, il ne devrait se manifester que dans un nombre restreint de circonscriptions à moins que les résultats entre les trois principaux partis soient particulièrement serrés à plusieurs endroits.
À surveiller toutefois la circonscription montréalaise de Mercier où une lutte à trois se déroule entre la députée libérale Rochefort ainsi que les candidats péquiste Turp et ufpiste Khadir. À surveiller aussi le score de la coalition UFP-Parti Vert.
Paul Cliche, qui compte parmi les pionniers de la sociologie électorale au Québec, a particulièrement étudié les résultats des élections provinciales auxquelles il a consacré sa thèse de maîtrise en sciences sociales présentée à l'Université Laval en 1960. Il a continué par la suite à s'intéresser à ce sujet et à celui de la réforme du mode de scrutin comme chroniqueur politique, notamment au Devoir; puis à titre de collaborateur pour différentes revues et journaux alternatifs comme Québec Presse et l'aut'journal., ainsi que comme auteur d'un livre sur le scrutin proportionnel.
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