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Apologie d'un chanteur
Apologie d'un suicidé chanteur
Un chanteur vaincu
Un éclat brillait en Dédé Fortin
Apologie d'un suicidé chanteur
Photo: LeDevoir
Dédé, oui, tu étais un auteur-compositeur-interprète considérable. Cependant, à nos yeux, tu n'es pas le héros national qu'on ne cesse d'encenser. Dédé, tu es un artiste suicidé, tu t'es tué comme ce Québec moderne s'applique à le faire à petit feu; un Québec qui a perdu l'esprit de force, de courage, d'estime de soi et de confiance en l'avenir.
Pourtant, tu t'affichais pour l'indépendance de ce faux pays qui se dit ouvert sur le monde et donc moderne. Nous ne t'adulons pas, nous n'avons aucun respect pour ton geste. Tu reflètes un certain esprit issu de la Révolution tranquille, c'est-à-dire le réveil de l'autodestruction des Québécois: dénatalité avortements, suicides, familles éclatées et perte d'identité nationale. Ton humanisme mondialiste t'a tué.
Non, tu n'étais pas un héros porte-parole de la génération X, tu fus plutôt une victime de ta non-identité québécoise. Oui, nous refusons ta nomination au panthéon des artistes suicidés tels qu'Hubert Aquin, Claude Gauvreau, Claude Jutra et Pauline Julien.
Nous nous demandons : est-ce la guerre de héros national dont le Québec moderne a besoin pour bâtir ce semblant de pays?
André Labrecque
Mathieu Martel
Montréal, 30 mai 2000
Lettre publiée dans LeDevoir du 15 juin 2000
Un chanteur vaincu
En réponse à la lettre d'André Labrecque et Mathieu Martel, publiée le 15 juin 2000.
Le geste de Dédé est le geste de celui qui s'avoue vaincu. Vaincu par son mal de vivre, par son inaptitude a vivre. Le geste est irréversible, et rien qui aurait pu être fait pour l'empêcher n'a été fait. Au delà de ce désespoir ultime, il y a l'incapacité de demander de l'aide. Pourquoi, quels drames ou quels manques dans la vie de Dédé l'ont rendu incapable de demander de l'aide, de se soigner? Probablement que nul ne le sait vraiment; son profond malheur était composé de plusieurs noirceurs. Le courage de Dédé était de son vivant défenseur des mal-aimés et des mal-pris, son engagement était intègre, complètement altruiste; les autres passaient avant lui. Paradoxalement, il se sentait investi d'une responsabilité envers les moins chanceux que lui; lui qui avait les outils pour construire une tribune, cette tribune, il la donnait à ceux qui n'ont pas de voix. Changer le monde est une tâche difficile, toujours inachevée. Son mal de vivre se confondait avec son sentiment de petitesse face à l'insurmontable idéal qu'il avait érigé devant lui.
Dédé n'a pas voulu jouer les héros, il est mort en perdant, non pas parce qu'il en était un mais parce qu'il se sentait comme tel. Perception noircie par un malaise incontrôlable qui s'est enflé jusqu'à faire éclater la raison en petits morceaux épars. Il n'a pas mêlé son destin à celui de son pays, il s'est senti seul et exténué, impuissant à poursuivre sa quête. Si Dédé s'est tué, c'est qu'il était malade dans l'âme et qu'il ne pouvait plus soutenir l'affirmation de son être au monde. Son départ est un abandon, il nous a abandonnés, je me sens abandonnée. Dédé a réussi à changer le monde quand il était vivant, anti-soldat d'une lutte toujours à refaire. Mort de désespoir, il ne changera plus rien, il ne chantera plus rien et il va nous manquer.
Vivant, il était un exemple de courage. Mort, il n'est plus. Son geste restera pour l'éternité un drame d'une tristesse inouïe. Face à cet échec ultime, nous ne pouvons encore espérer qu'une chose: que «ceux qui en ont plein leur casse mais que c'est pas encore l'overdose» crient «aidez-moi!».
Audrey Benoît
Comédienne et auteure
Montréal, 16 juin 2000
Lettre publiée dans LeDevoir
Un éclat brillait en Dédé Fortin
Dédé Fortin est mort. Qu'est-ce que sa mort a changé dans nos vies? Rien. Comme si sa vie n'avait rien changé à nos vies. Ses chansons, pourtant, parlaient... Elles sonnaient vrai, comme lui. Elles ne cherchaient pas à nous distraire de nous-mêmes, de notre ennui. Elles réjouissaient notre écoute, comme pour nous récompenser de notre présence... et pour que cette présence vire au partage, à la fête et au plaisir. Ses chansons voulaient que notre présence ressemble à de la fraternité.
Un éclat brillait en lui. Un éclat qui cherchait peut-être le nôtre pour rester vivant. Qui sait? Qui sait si l'éclat en lui ne craignait pas de s'éteindre à force de briller dans du noir, dans de l'indifférence... Celle de tous les jours. Celle qui rend la vie de tous les jours si confortable pour nos solitudes.
Peut-être que son coup de poignard visait la solitude. Pour pouvoir être plus vite qu'elle. Pour avoir sa peau avant qu'elle n'ait la sienne. Pour ne pas qu'elle ait sa peau comme elle a su avoir la nôtre.
L'indifférence poignarde en douce quelque chose de nos vies. Elle poignarde une voix. Une voix qu'on tait, qui voudrait qu'on l'entende. Une voix qui voudrait qu'on tire notre vie du piège que nous lui tendons. Notre silence de tous les jours a quelque chose de traître. Il cache quelque chose à dire, à nous dire les uns aux autres. Il cache notre surdité. Il nous masque. La mort de Dédé Fortin fait tomber un masque. Elle aide notre peur à mourir: la peur de regarder le visage de notre humanité... La peur que notre humanité ne se reconnaisse pas en nous et qu'elle nous fuie.
L'absence de Dédé est une absence d'amour. Nous nous sommes absentés de l'amour. L'absence de Dédé est un besoin d'amour à combler. C'est un désir d'humanité qui demande à renaître. Qui nous supplie de le laisser renaître.
Nous n'avons pas à laisser Dédé seul dans son silence, dans son absence. Nous n'avons pas à nous laisser seuls dans la nôtre. Espérons que la voix de Dédé ne se perde pas, faisons-la rencontrer notre écoute... en espérant rencontrer notre voix.
Osons l'entendre pour que nous puissions nous adresser à notre beauté humaine, pour que celle-ci ne décampe pas comme celle de Dédé. Et faisons que notre souvenir de Dédé trouve en nous un peu d'humanité.
Jean-François Nadeau
Québec, août 2000
Lettre publiée dans LeDevoir du 18.8.00
Comme le temps est pesant
Comme le temps est pesant en mon âme escogriffe
Un grand ciel menaçant, un éclair qui me crie
Ton coeur est malicieux, ton esprit dans ses griffes
Ne peut rien faire pour toi et tu es tout petit
Les nuages voyageurs font des dessins abstraits
Ils me parlent de bonheur que jamais je n'entends
Je pourrais faire comme eux et partir sans délai
Léger comme une poussière transporté par le vent
Et dans la solitude de ma danse aérienne
Le courage revenu, je trouverais les mots
Je réciterais sans cesse des prières pour que vienne
La douleur du silence d'un éternel repos, mais...
Épuisé que je suis je remets à plus tard
Le jour de mon départ pour une autre planète
Si seulement je pouvais étouffer mon cafard
Une voix chaude me dirait : tu brilles comme une comète
Comme la lune est moqueuse quand elle s'empare du ciel
Elle me regarde aller comme une lampe de poursuite
Je voudrais la détruire ou me poser sur elle
Étourdi par son charme qui jamais me quitte
Je suis comme une loupe que le soleil embrasse
Ses rayons me transpercent et culminent en un point
Allument le feu partout où se trouve ma carcasse
Et après mon passage il ne reste plus rien
Et dans la solitude de ce nouveau désert
J'aurais tout à construire pour accueillir la paix
Et tout mon temps aussi pour prévenir l'univers
Que la joie est revenue et qu'elle reste à jamais... mais...
Condamné par le doute, immobile et craintif,
Je suis comme mon peuple, indécis et rêveur,
Je parle à qui veut de mon pays fictif
Le coeur plein de vertige et rongé par la peur
Dédé Fortin
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Changer de ton
Michel David
LE DEVOIR samedi 10 et dimanche 11 mai 2003
Certains ont paru surpris de la profession de foi souverainiste de François Legault, qui aurait raté une occasion en or de forcer le PQ à remettre en question l'article 1 de son programme. Pour les fins de la discussion, admettons que M. Legault, ci-devant apôtre d'un référendum sur le rapatriement de points d'impôt, ne soit qu'un vulgaire opportuniste, comme le répandent déjà les partisans de Pauline Marois.
Il est indéniable que la publication de son texte intitulé Cap sur la souveraineté et la gauche efficace dans les journaux de mardi dernier visait à lui assurer la pole position dans la course à la succession de Bernard Landry, mais s'il en est arrivé à la conclusion qu'une prise de position claire et nette en faveur de la souveraineté est une condition sine qua non pour devenir chef du PQ, cela signifie qu'il y a encore une majorité de militants qui y tiennent.
En soi, cela devrait déjà suffire à justifier le maintien de l'article 1. Le PQ a été fondé pour réaliser la souveraineté. Lui demander d'y renoncer reviendrait à proposer sa dissolution. Et pourquoi ? Parce que le projet souverainiste a été rejeté à deux reprises ? Les échecs de Meech et Charlottetown n'ont pas découragé les partisans d'un renouvellement du fédéralisme, qui attendent eux aussi des jours meilleurs. Peut-être en vain, mais c'est l'essence même du militantisme de travailler sans relâche à l'atteinte d'un objectif qui ne semble pas évident au départ. Le jour où la souveraineté deviendra une option marginale, le PQ s'éteindra de lui-même.
Avec 33 % des voix le 14 avril dernier, le PQ a peut-être obtenu son pire résultat depuis 1973, mais c'est également bien inférieur au score que tous les sondages accordent au OUI depuis des années. Prétendre que la souveraineté est la principale raison de la défaite serait d'autant plus hasardeux que la majorité des Québécois ne croyait pas que le gouvernement Landry tiendrait un autre référendum s'il était reconduit.
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Bernard Landry a déjà déclaré qu'il hésiterait à voter OUI lors d'un référendum qui porterait sur l'indépendance pure et simple. On lui pardonnera cette (autre) énormité, sachant très bien que le partenariat a toujours eu pour objet de rassurer les électeurs que la perspective d'une sécession claire et nette risquait d'effrayer.
À la veille du référendum de 1995, cette «astuce» était parfaitement défendable sur le plan stratégique. Sans partenariat, le OUI se dirigeait tout droit vers un désastre du même ordre que celui de 1980, alors qu'il est passé à un cheveu de la victoire.
Personne ne peut dire comment les choses auraient tourné par la suite, mais la conclusion d'une association de nature politique ne semblait pas irréaliste à l'époque, même si Jacques Parizeau confessait ouvertement son peu d'enthousiasme.
L'opinion publique a cependant beaucoup changé au Canada anglais depuis 1995. Au lendemain d'un OUI, le bouleversement des institutions politiques canadiennes qu'impliquerait le partenariat serait d'autant plus mal accepté que le maintien des liens économiques avec un Québec souverain ne l'exigerait pas.
La portée juridique réelle de la loi C-20 sur la clarté demeure un point d'interrogation, mais son effet politique est indéniable. Elle a fait du partenariat un véritable boulet pour la souveraineté. À preuve, depuis 1995, personne n'a osé en définir le contenu, de peur que ce fragile édifice ne soit aussitôt démoli. Continuer à en faire la promotion signifie de facto qu'on reconnaît au reste du pays un droit de regard sur l'avenir politique du Québec. Peut-on compter sur lui pour rassurer les «mous» ?
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Il n'y a pas de recette miracle pour «vendre» la souveraineté. Dans son texte, François Legault propose aux militants péquistes la «souveraineté pragmatique», qui expliquerait concrètement où irait l'argent récupéré d'Ottawa et montrerait ce qu'un Québec souverain pourrait faire de différent.
Comme dirait M. Parizeau, what else is new ? Pendant tout le temps qu'il a été ministre de la Santé, M. Legault lui-même n'a pas cessé de répéter que le déséquilibre fiscal prive le Québec des sommes essentielles à la remise à flot du système de santé, et son successeur libéral va éventuellement reprendre le même refrain. M. Legault semble suggérer de refaire un budget de l'an 1. Il appartiendra aux militants de décider s'ils ont envie de refaire l'expérience de 1973.
Chacun peut avoir ses raisons de souhaiter (ou non) que le Québec devienne souverain. L'importance de la question identitaire peut varier beaucoup selon l'origine culturelle ou la génération à laquelle on appartient. Tous n'ont pas non plus la même sensibilité au phénomène de la mondialisation. La responsabilité -- vouloir décider soi-même -- est peut-être le meilleur dénominateur commun, mais on ne peut forcer personne à la désirer.
Même s'il est relativement nouveau au PQ, M. Legault commence à en prendre les travers. «Il faudra mieux expliquer», écrit-il. Sous-entendu : parce qu'ils n'ont pas encore compris. Si seulement les péquistes pouvaient se débarrasser de cette détestable habitude de se penser plus fins que les autres et, bien entendu, meilleurs Québécois, il y aurait déjà un grand pas de fait. Le PQ n'a pas besoin de changer d'option mais de ton.
Ce qui faisait le charme de M. Legault à son arrivée et constituait un heureux changement était précisément qu'il ne semblait pas partager cette prétention. Le voilà pourtant qui présente la souveraineté comme «un moyen de mettre en place un projet social qui nous distingue» et propose «d'offrir au monde comme un "modèle" de développement humain». C'est précisément cette culture du «modèle» qui finit par taper sur les nerfs. On fait sans doute d'excellentes choses au Québec, mais faut-il vraiment se donner en exemple à l'univers ?
mdavid@ledevoir.com
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Contraintes au Trésor
Jean-Robert Sansfaçon
LE DEVOIR samedi 10 et dimanche 11 mai 2003
Éditorial - Au moment de sa nomination, la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, a reçu un mandat très exigeant: «Vous serez l'architecte du renouvellement de l'État québécois», lui a dit le premier ministre Jean Charest. «Vous piloterez la révision de tous les ministères et organismes publics ainsi que des programmes qu'ils administrent», a-t-il ajouté. D'ici là, il y a le budget des dépenses à préparer pour le mois prochain. À moins de mettre de côté les recommandations du rapport Breton sur l'état des finances publiques, l'exercice fera mal!
Il faudra attendre plusieurs mois avant d'avoir une idée précise des orientations du gouvernement Charest en matière de «renouvellement de l'État». Que nous assistions à la disparition d'un certain nombre d'instituts, d'observatoires, de comités et de conseils, cela est probable; que des volets entiers de programmes d'aide pour ceci et pour cela soient abolis, c'est aussi évident. En entrevue au Devoir hier matin, Mme Jérôme-Forget a répété que son gouvernement entend s'attaquer aux trois milliards de dollars en crédits d'impôt de toute sorte dont profitent les entreprises. Ces dernières le savent et ont déjà commencé à s'agiter. Attendons de voir si elles seront entendues. En effet, pour le moment, nous ignorons tout de la détermination du gouvernement. Les libéraux de Jean Charest forment une équipe plus à droite que celle du gouvernement précédent; ils sont d'entrée de jeu moins frileux devant les pratiques du secteur privé, mais ils ne sont pas pour autant vendus aux idéaux néolibéraux à la Mike Harris ou à la Ralph Klein. Tant leur tradition que leur programme invitent à croire qu'ils s'inscriront dans la lignée centriste des gouvernements qui ont dirigé le Québec depuis 30 ans, et ce, malgré leur ferme intention de revoir le rôle de l'État et son omniprésence dans la vie de chacun.
À plus court terme, la présidente du Conseil du trésor a devant elle un autre défi important à relever : celui de la préparation du prochain budget des dépenses, prévu pour juin. Lors d'une autre entrevue au Devoir, jeudi cette fois, le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, a dit craindre de ne même pas pouvoir couvrir les coûts de système dans son secteur, soit l'augmentation automatique des dépenses attribuable aux salaires et à l'inflation. S'il fallait que le gouvernement Charest ne respecte même pas les engagements du précédent gouvernement à cet égard, surtout en santé et en éducation, on se demande comment les gestionnaires de nos services publics pourraient faire face à la musique, eux qui vivent déjà avec des ressources inférieures aux besoins. C'est bien beau de vouloir réduire les listes d'attente en santé, encore faut-il assumer les dépenses de base du système. Sans quoi on retire d'une main ce qu'on donne de l'autre.
La situation des finances publiques du Québec n'est pas aussi rose que voulait le faire croire le gouvernement précédent. Cela était évident avant même la publication du rapport Breton. Mais M. Charest et son équipe ont placé la barre bien haut en commandant une étude à l'ancien vérificateur. Il ne faudrait pas que cela serve de prétexte pour entreprendre une nouvelle ronde de compressions dans les services essentiels à la population, notamment en santé et en éducation. Pour équilibrer les finances sans affecter la qualité des services, il faut donc commencer dès maintenant à sabrer dans les crédits aux entreprises et lancer un message clair à l'intention de tous les lobbys qui frappent à la porte : d'abord, l'essentiel; le reste, on verra plus tard !
jrsansfacon@ledevoir.ca
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| Entretien avec la présidente du Conseil du trésor
Les cordons de la bourseMonique Jérôme-Forget est déterminée à remplir la promesse libérale de sabrer les subventions et les crédits d'impôt
Kathleen Lévesque
LE DEVOIR samedi 10 et dimanche 11 mai 2003
Le milieu des affaires a bien raison de s'inquiéter. La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, entend faire le ménage dans les crédits d'impôt, subventions et autres formes d'aide consentie par l'État aux entreprises du Québec, en dépit des pressions que ces dernières exercent sur le nouveau gouvernement.
En poste depuis un peu moins de deux semaines, Monique Jérôme-Forget maintient le cap sur l'engagement électoral du Parti libéral à réviser la fiscalité québécoise au chapitre des crédits d'impôt et des subventions. Il faut remettre l'accent sur la mission de l'État en évitant de s'éparpiller, estime celle que le nouveau premier ministre Jean Charest a identifiée comme «l'architecte du renouvellement de l'État québécois».
«Ça fait quatre ans et demi que je critique les subventions et les crédits d'impôt aux compagnies richissimes de ce monde. Je pense que j'ai fait mon nid. [...] Je pense sincèrement que si on l'a tellement dit, c'est que ça venait du coeur. Regardez-moi aller», a déclaré hier au Devoir Mme Jérôme-Forget lors d'une première rencontre éditoriale.
La présidente du Conseil du trésor déplore que des entreprises, sous le gouvernement du Parti québécois, aient développé des habitudes de dépendance. On retrouve des crédits d'impôt dans plusieurs secteurs de l'économie québécoise comme les biotechnologies, le multimédia et le commerce électronique. «Les pressions que j'ai le plus souvent me viennent du monde des entreprises, qui s'interrogent sur comment vont aller leurs subventions. Il y en a pour des milliards de dollars. Je suis inondée d'appels de ces gens-là», raconte-t-elle.
Pour l'instant, Mme Jérôme-Forget ne cible pas les programmes d'aide à être revus, voire supprimés. Tout au plus dit-elle que le dossier touche des milliers d'entreprises, ce qui appelle une certaine sagesse. Pas question, donc, de jeter le bébé avec l'eau du bain. D'ailleurs, le ministre des Finances, Yves Séguin, et le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, participent également à l'analyse de cette question. M. Audet a reçu le mandat de revoir le rôle de l'État dans l'économie québécoise en misant sur l'entrepreneurship plutôt que sur l'interventionnisme gouvernemental.
Notons toutefois qu'en campagne électorale, Jean Charest avait dénoncé le fait que le Québec dépense quatre fois plus que l'Ontario en subventions et en crédits d'impôt. Il avait même pointé les crédits d'impôt accordés aux entreprises de haute technologie qui s'installent dans la Cité du commerce électronique. Ainsi, en 2003, 76 millions ont été versés notamment à la multinationale IBM, qui y a déménagé ses installations. Jean Charest avait également montré du doigt les crédits d'impôt liés à l'industrie des courses de chevaux.
En comparaison, si les entreprises talonnent la présidente du Conseil du trésor, qui détient la clé des dépenses de l'État, Mme Jérôme-Forget dit ne pas faire l'objet de pressions de la part des milieux sociaux. Cela peut paraître d'autant plus étonnant que le délicat dossier de la lutte contre la pauvreté, par exemple, risque d'être relégué au second plan : le rapport de l'ancien vérificateur général Guy Breton a démontré un manque à gagner de 4,3 milliards de dollars, ce qui forcera le gouvernement à faire des compressions. Dans l'immédiat, Mme Jérôme-Forget assure tout de même qu'il est hors de question de geler le budget de l'aide sociale.
«Quand on a traversé quatre ans d'opposition, on a eu beaucoup de gens dans nos comtés qui reçoivent un chèque d'aide sociale, et ce n'est pas beaucoup. Il n'est pas question qu'on aille gruger dans un budget comme celui-là. Ce n'est pas humainement possible», affirme-t-elle.
Quant au plan d'action gouvernemental qui devait être déposé 60 jours (le 5 mai) après l'adoption de la loi sur l'élimination de la pauvreté, la présidente du Conseil du trésor se montre plus nuancée et ouvre la porte à une remise en question. «Ce n'était pas très clair. Ce n'était pas très évident, ce que cela pouvait représenter d'argent. Il n'y a pas de démarche ni d'engagement spécifique de l'ancien gouvernement. [...] Les pressions que je subis ne viennent pas de ce milieu-là», fait-elle valoir.
Chose certaine, Mme Jérôme-Forget fait face à un double défi. Elle doit rapidement revoir les dépenses de chacun des ministères afin de permettre d'assurer la viabilité de la vision libérale de soutenir en priorité les secteurs de la santé et de l'éducation. Mais elle doit également «réinventer le Québec». Si elle aborde la question avec un certain enthousiasme, sa vision reste toutefois encore à définir. «La première réingénierie du gouvernement du Québec depuis la Révolution tranquille» en est d'abord au stade du diagnostic critique. Elle indique toutefois que les partenariats public-privé seront privilégiés. «Et ce sera plus que pour les routes. On le voit, l'État est coincé, et les ministères n'ont plus d'argent pour moderniser les infrastructures», souligne-t-elle.
Cette approche pourrait s'appliquer entre autres à la réfection des réseaux de distribution d'eau à travers la province. Cependant, ajoute-t-elle, l'intervention du privé n'est une panacée ni dans ce domaine ni dans les autres secteurs de services publics. «C'est vrai que ce n'est pas parce qu'on passe par le privé qu'on sauve de l'argent. Ç'a été démontré», indique-t-elle.
Pour ce qui est de la façon d'aborder cette révision du modèle québécois que l'ex-ministre péquiste Joseph Facal a appelée en vain il y a un an, la présidente du Conseil du trésor favorise la concertation. La formule du sommet lancée sous l'ancien premier ministre Lucien Bouchard est toutefois exclue. «Je vais mettre en place des tables de débats pour savoir comment on pourrait faire les choses de façon différente. Il faut sortir des ornières que l'on a de faire les choses selon une seule démarche. [...] Quand on fait les choses d'autorité, ce n'est pas très payant. Il faut essayer d'aller chercher l'appui des gens. C'est un gros défi, mais je vais le faire en convainquant la population qu'il y a urgence», explique-t-elle. En août prochain, le débat sur la réduction de la taille de l'État sera officiellement ouvert et devrait être suivi par une politique sur le partenariat public-privé.
L'ampleur de la tâche qui l'attend n'inquiète pas Monique Jérôme-Forget. Elle se dit prête à faire des arbitrages difficiles qui ne satisferont pas tout le monde.
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L’INDÉPENDANCE DE LA FRANCE, PAR ET POUR LA FRANCOPHONIE
Albert SALON
Président du FFI-France
ancien Ambassadeur
Paris, le 10 mai 2003
La francophonie existe : c’est le français tel qu’il est répandu dans le monde. C’est aussi, en deçà et au-delà de la possession de la langue, l’adhésion à des valeurs véhiculées par la langue et la culture françaises. Senghor appelait cela en 1962 la " noosphère " , un " humanisme intégral qui se tisse autour de la terre ". Une " francosphère " selon Gérard Bissainthe et Claude Rifat.
La Francophonie est aujourd’hui une sorte de Communauté organisée de 56 gouvernements qui se sont volontairement groupés pour agir ensemble sur ces bases partagées.
Francophonie-francosphère et Francophonie institutionnelle
Francosphère diffuse et Francophonie institutionnalisée affirment toutes deux dans l’actuelle mondialisation une conception de l’homme et des relations internationales opposée aussi bien à la " globalization " américaine qu’au repli identitaire, à l’exclusion de l’Autre et aux regroupements sur des bases ethniques, religieuses et géographiques.
Elles sont refus de la prépondérance du matérialisme tout autant que du " choc des civilisations " que, derrière Huntington, de bons esprits nous présentent comme inévitable, voire souhaitable.
À l’image de la France contre les empires et contre les robots, elles donnent leur chance à l’humanisme, au respect des civilisations différentes, et au dialogue des cultures. À une solidarité qui se voudrait privilégiée et exemplaire. Au maintien de la diversité linguistique et culturelle du monde. À la paix. Elles représentent donc une réponse à une attente, pour les êtres et les pays qui en font partie. Une chance pour le monde. Pour la France, aussi.
Une chance non encore saisie, malgré le Sommet de Beyrouth
Oh ! certes, les discours l’invoquent. À leur 9ème Sommet, en octobre 2002 à Beyrouth, les 56 membres et observateurs de l’Organisation internationale de la Francophonie (O.I.F.) ont proclamé la nécessité du dialogue des cultures.
Venu y participer, le Président Bouteflika - d’une Algérie non encore membre – y a fait chorus. Tous l’ont opposée à la prétendue inéluctabilité du " choc des civilisations " dont la guerre à l’Irak alors planifiée s’annonçait comme une première expérience. La Conférence franco-africaine de février 2003 y a fait écho. M. Jacques Chirac l’a répété à Alger et à Oran. La France a ensuite, logiquement, contribué à empêcher que cette guerre fût bénie par les Nations Unies.
Il est certes important que s’expriment ainsi un universalisme, une conception de l’homme, du monde et des relations internationales, fondamentalement différents de ceux des États-Unis d’Amérique. L’ " Occident " n’est pas le monde. Les États-Unis sont une forme de l’Occident, et non son " pays-phare ". L’Europe, et surtout la France, ne sont pas qu’en " Occident ".
Mais il faut reconnaître que cette chance, entrevue, parfois dûment reconnue et saluée, n’est pas saisie par ceux des pays de la Francophonie qui ont le crédit moral et les moyens politiques et matériels de la saisir.
Disons-le : l’idée dérange. Elle fait peur. Les dirigeants responsables se rendent compte que l’adoption et la mise en œuvre d’une politique de la Francophonie n’est pas encore portée par de grands mouvements populaires et n’est donc pas électoralement payante. En outre, elle remet en cause le confort de vaincus résignés qui a été insidieusement imposé depuis la guerre de 39-45. Elle suppose que Sisyphe retrouve le courage de hisser à nouveau son rocher.
Cela vaut pour le Royaume de Belgique qui n’a guère d’ambition pour la Francophonie, se soucie peu d’y intéresser la majorité flamande de sa population, et abandonne en fait ce sujet à la Communauté française Wallonie-Bruxelles. Celle-ci, dépourvue de moyens d’intervention à l’étranger, se préoccupe surtout des problèmes internes à la Belgique et de son propre dialogue des cultures avec les Flamands, alors que l’anglais gagne à Bruxelles et dans le dialogue entre Flamands et Wallons.
Cela vaut pour le Canada fédéral, très majoritairement anglophone. Il dispose, comme le Royaume de Belgique, des crédits d’intervention internationale. Il est devenu membre de la Francophonie essentiellement pour y " encadrer " le Québec.
Celui-ci a cherché, beaucoup plus que la Wallonie, et non sans succès, à jouer la Francophonie pour accéder à un certain degré d’existence et de reconnaissance internationales. Des Québécois ont eu, au côté de chefs d’État africains et asiatiques, plus que les Français, un rôle déterminant dans la création et les premiers développements de l’O.I.F.. En foule ils se sont retrouvés à l’unisson avec la France pendant la guerre à l’Irak.
Le Québec reste moteur avec la France dans la campagne qui vise à exclure les biens et services culturels des négociations commerciales internationales et de l’OMC. Dans l’esprit de Porto Alegre, il a lui aussi poussé à ce que cette campagne soit endossée par le Sommet francophone de 2002 à Beyrouth. Mais, depuis quelques années, il semble que les dirigeants québécois se laissent davantage étouffer, dans leur ouverture internationale francophone, par les relations intra-canadiennes.
L’attitude de la Suisse diffère de celles des deux autres (con)fédérations. Elle a adhéré à l’O.I.F. avec le simple et honnête souci de représenter l’une de ses composantes. Ses quatre entités linguistiques sont protégées comme des jardins bien enclos. Mais leurs habitants se parlent de plus en plus en anglais par dessus les haies. Et les cantons n’ont pas encore éprouvé le besoin d’une action internationale spécifique.
De son côté, la France a une attitude quasi somnambulique. Comme mue par une sorte d’automatisme (" logiciel " ?) acquis par son histoire et sa tradition d’universalisme humaniste, elle retrouve par moments, dans un demi-sommeil, ses voie et voix propres.
Elle est alors capable de soutenir un vrai enjeu pour le Sommet de Beyrouth, le droit international et le multilatéralisme, et de repousser, dans l’affaire irakienne, la tentation huntingtonienne d’un Occident qui n’est pas le sien. Puis, revenue à un état de veille matérielle, elle voit ses " élites " s’effrayer de ce retour presque inconscient à sa pente et à sa vocation naturelles. C’est malheureusement lorsqu’elle est dans cet état de veille matérielle qu’elle s’oublie. Elle laisse alors chez elle des pans entiers de son activité créatrice passer à la langue et aux modes anglo-américaines : dans ses grandes entreprises " mondialisées ", dans sa publicité, dans ses congrès et publications scientifiques, jusque dans une partie de l’audiovisuel, dans sa Défense " nationale ", et divers services publics.
Alors elle tolère que les institutions de l’Union européenne, au mépris de leurs propres textes, traitent en anglais avec ses entreprises privées comme avec les services publics français, exigent une adaptation de sa législation linguistique (voir l’affaire de l’étiquetage des produits alimentaires en juillet 2002 !) au nom de la libre circulation des produits et de l’idéologie ultra-libérale dominante du grand marché, imposent à des pays francophones d’Afrique un traitement en anglais de leurs problèmes de développement, et aux pays européens candidats à l’adhésion de présenter à Bruxelles leurs dossiers uniquement en anglais.
Alors elle laisse s’effondrer sa politique d’aide et de coopération, faite largement de solidarité privilégiée avec les pays membres de la Francophonie, dont la moitié seulement firent partie de la France à un moment quelconque de leur histoire.
Alors, enfin, elle laisse s’étioler son action culturelle dans le monde et les magnifiques réseaux privés et publics d’instituts et centres culturels, d’établissements scolaires, universitaires , de recherche, ainsi que des foyers de l’Alliance française, de la Mission laïque, de l’Alliance israélite universelle, des missions catholiques et protestantes, qui lui ont valu tant de prestige, de dévouements, de reconnaissance et d’amour… Veille matérielle, qui est en fait le sommeil de sa raison, de sa conscience, de sa raison d’être.
En fait, il s’agit pour la France de retrouver sa vraie veille. Celle de sa tradition et vocation d’universalisme. De s’éveiller et s’ouvrir à la chance qu’elle a de pouvoir, avec les autres membres de la Francophonie, redevenir un moteur de cette Communauté et, par elle, d’œuvrer pour plus d’humanisme dans le monde.
Un laboratoire de solidarité et de dialogue véritable
La Francophonie peut être un laboratoire de solidarité et de dialogue véritable des cultures, donc de paix et de prospérité. La France, retrouvant sa ligne profonde, doit concevoir et mettre en œuvre une véritable politique de la Francophonie, Communauté non impériale composée d’égaux en dignité.
Cela signifie qu’elle devra infléchir sensiblement, dans le sens de l’indépendance, les orientations de sa politique extérieure, avec ses implications internes. Et, d’abord, découvrir, révéler, des vérités occultées, surmonter des peurs non avouées, et adopter quelques principes et orientations clairs.
Une première peur : celle qui assimile la coopération en Francophonie à une aide gaspillée à des " rois nègres " parasites et corrompus et à leurs comparses français dans nos entreprises et partis politiques.
On peut répondre à cette crainte justifiée que la nécessité d’une solidarité privilégiée ne saurait être contestée, et que c’est d’abord à nous qu’il appartient de veiller à ce que les détournements cessent. Le principe d’une solidarité privilégiée entre francophones doit être plus clairement posé. Le Tchad, le Sénégal, le Vietnam, la Roumanie, doivent, au moins dans l’attribution de l’aide française, passer bien avant le Ghana, le Zimbabwé, la Thaïlande et la Croatie…
Une deuxième peur, moins volontiers exprimée: celle qui associe la Francophonie et l’ouverture de nos frontières à une immigration incontrôlée de noirs, d’arabes, de musulmans.
À cela plusieurs réponses :
- Ce n’est pas l’existence de la Francophonie qui renforce aujourd’hui les flux d’immigrants, mais à la fois la persistance d’une demande française de main d’œuvre à bon marché d’où qu’elle vienne, l’indulgence des autorités à l’égard des importateurs et passeurs, et l’inadaptation – pour la France – des contrôles " Schengen ". L’entrée de " roms " qui ne parlent pas français n’a rien à voir avec l’appartenance officielle de la Roumanie à la Francophonie.
- Les Sri-Lankais, Turcs, Chinois, Kurdes, Afghans… qui entrent très nombreux chez nous depuis quelques années ne viennent pas de pays francophones et sont très rares à parler notre langue.
- La France est depuis longtemps une terre d’immigration et de métissage, ce qui l’a, tous comptes faits, plutôt enrichie, et la rapproche de pays dynamiques comme le Brésil et…les États-Unis. Francophonie ou non, l’immigration et le métissage se développeront chez nous.
Dans ces conditions, une politique d’immigration négociée non pas avec Bruxelles mais avec nos partenaires de la Francophonie, permettrait, en fixant contractuellement, sur une base de réciprocité ou de contreparties, les conditions de libre circulation et d’établissement des personnes, de choisir, par quotas, les catégories d’immigrants admis en fonction de leurs pays d’origine, de leurs niveaux de qualification et de leur connaissance du français.
Nous aurions alors, outre la libre circulation déjà instaurée entre les pays de l’Union, des quotas internes négociés à l’intérieur de la Francophonie, et une lutte bien plus sévère contre l’immigration venue d’ailleurs.
En somme : une politique très volontariste, qui conduit à remettre en cause l’espace Schengen, et favorise nettement ceux des habitants des pays francophones que nous pouvons accueillir, et que leurs connaissances de la langue et des coutumes de France permettront de mieux intégrer, associer aux affaires de leurs communes de résidence, voire assimiler.
Donc : la Francophonie non pas brèche mais écluse. Ce qui permet et suppose à la fois une politique d’intégration et d’assimilation fondée sur un meilleur " dialogue des cultures ", dans une laïcité véritable de la part des autorités, à l’intérieur même de la France, notamment dans les banlieues de nos villes. Ce qui suppose encore que notre politique d’aide et de coopération, négociée avec des partenaires égaux, privilégie les francophones moins développés.
Un " grand large " vital
Les façades et domaines maritimes de la France, l’existence des DOM-TOM dans tous les grands océans et celle d’une francophonie répandue sur tous les continents, rendent nécessaire que la France – à l’instar de la Grande Bretagne, de l’Espagne, du Portugal, qui soignent leurs relations avec le Commonwealth, l’Hispanophonie, la Lusophonie – n’oublie pas son " grand large ". Elle se doit de lui accorder la même importance qu’à l’Europe. La France ne saurait se réduire et confiner au petit subcontinent eurasiatique au moment même où l’Allemagne, sans ses anciennes colonies, retrouve Ostpolitik et Weltpolitik, et où presque tous les pays membres actuels et futurs de " l’Union " regardent bien davantage vers les États-Unis que vers leurs voisins continentaux.
La politique étrangère de la France doit continuer à " marcher sur les deux jambes " : l’Europe et le grand large. Chaque fois que, dans son histoire, la France s’est laissée absorber par la première en négligeant le second, elle en a pâti cruellement : sous Louis XV dans la guerre de sept ans, avec la perte de l’Inde et du Canada ( les " quelques arpents de neige " de Voltaire…), sous Bonaparte avec la vente de l’immense Louisiane et le ratage de Haïti.
Quelle Europe, au demeurant ?
Une coopération très renforcée entre États souverains du continent est certes à poursuivre et à développer. Mais nous voyons bien que l’ " Europe-puissance ", censée faire un contrepoids possible à l’hyperpuissance américaine, est un leurre.
L’Europe fédérale, que les eurocrates de Bruxelles construisent subrepticement pour ne pas réveiller " les chiens endormis " dans les chenils nationaux, est de plus en plus une Europe américaine, une " Euraméricanie " constituée de provinces vassales de l’empire américain.
Cette Europe-là s’applique à réduire les États nationaux, particulièrement l’Etat-nation par excellence qu’est la France. Par le haut, y compris par la langue d’empire qui vampirise les créativités nationales. Par la dilution de la personnalité européenne au moyen d’élargissements hâtifs qui la font confondre avec l’OTAN, l’exemple le plus frappant étant celui de la Turquie dont l’admission fait l’objet d’indécentes pressions américaines. Et par le bas, par une pression de Bruxelles, de l’Allemagne et des États-Unis, en faveur d’une Europe des régions favorisant ou ressuscitant des langues régionales. Diviser pour régner, notamment par la langue anglo-américaine.
Il convient donc de bien voir ceci : l’incompatibilité est totale entre le maintien de la voix originale de la France dans le monde, de la Nation, de son État et de sa langue, et l’avènement d’une fédération européenne. Aussi totale qu’entre la personnalité et le rôle international du Québec et son maintien dans la fédération canadienne. Incompatibilité totale aussi entre la construction de la Francophonie-Communauté et celle de l’Europe fédérale.
Les conséquences politiques à en tirer sont claires aux yeux de quiconque refuse de voir la France noyée et sa voix étouffée. Il faut que le pays rejette le fédéralisme et l’Euraméricanie, se relève en rompant les cheveux de Gulliver par lesquels on le lie, opte pour une forte coopération européenne entre nations souveraines qui le laisse libre de refuser la soumission et la provincialisation, de choisir sa voie, et de marquer la belle aventure de la Francophonie. Quitte à dénoncer les derniers traités : ceux de Maëstricht et d’Amsterdam.
Il pourrait aussi suffire de laisser croître leur caducité du fait des élargissements en cours, de refuser tout nouveau pas vers le fédéralisme, et de porter la bataille précisément sur le terrain linguistique et culturel, là où les adversaires fédéralistes se savent les plus cauteleux et vulnérables.
Le nœud de l’Euraméricanie est l’anglo-américain. Ce nœud gordien peut être tranché. Par la France. Avec bien des alliés européens pour l’approuver dans cette action.
A cet effet, notre gouvernement n’aurait pas besoin de faire la politique de la chaise vide comme au temps du compromis de Luxembourg sur les décisions à l’unanimité. Il lui suffirait de :
- rappeler avec force que l’essence même de l’Europe est diversité, d’abord linguistique et culturelle, et que le maintien de cette identité interdit qu’on lui impose une langue d’abord commune puis unique ;
- souligner qu’on ne peut bâtir une identité européenne forte en la fondant sur une langue qui est surtout celle de la puissance mondiale dominante, principale concurrente d’une Europe qu’elle tend à vassaliser, que le plurilinguisme doit être la règle en Europe, et que si, à tout prendre, il fallait une langue commune plus neutre à l’intérieur de ses institutions communautaires, ce pourrait être une langue artificielle, comme il en existe sur le marché ;
- signifier à Bruxelles que la France, ni aucun autre membre, n’a signé aucune renonciation au plurilinguisme dans les trois traités de l’Union, qu’elle dénonce les textes dérivés qu’elle a pu signer ces dernières années privilégiant le marché unique au détriment du pluralisme linguistique et culturel, et qu’elle ne tolèrera plus aucune ingérence directe ou indirecte de l’Union dans sa législation pertinente ;
- enjoindre à ses services publics de renvoyer à Bruxelles, comme à toutes les institutions internationales dont le français est l’une des langues officielles et de travail, tous documents qui leur parviennent en anglais uniquement : la langue comme levier du rejet !
- s’entendre avec l’Espagne et le Portugal – et la Grande-Bretagne ! - pour signifier à l’ensemble de nos partenaires que l’éventuelle esquisse d’une politique étrangère et de sécurité commune (" PESC ") ne saurait entraver le développement des relations des membres avec le grand large, et d’abord leurs ensembles géoculturels telle la Francophonie ;
- marquer sa volonté de donner à la Francophonie en construction un " contenu de Communauté " auquel l’appartenance à l’Union ne saurait faire obstacle : préférences en matière de circulation des personnes et des biens et services culturels, de propriété intellectuelle, voire de formes adaptées de citoyenneté.
L’affirmation claire de ces exigences, compatibles avec le traité de Rome, et de leur force constitutionnelle, pourrait couper l’élan des fédéralistes, d’un ancien président de la République, et de sa " convention ".
En France même
Cependant, bâtir sérieusement la Francophonie ne nécessite pas seulement une inflexion de notre politique européenne. C’est aussi toucher à l’édifice français lui-même. Ce qui inquiète les partisans du statu quo.
De quoi s’agit-il, en effet? Il faut rassurer ceux qui pensent qu’il ne faut pas, au nom de la " France-idée ", défaire l’unité de la France réelle, charnelle. Là encore, la langue, ou plutôt : les langues, sont au cœur du sujet.
- La lutte pour la diversité linguistique et culturelle dans le monde concerne aussi la France elle-même. Tout d’abord, il est indispensable que la France réinstalle sa langue dans tous les secteurs vitaux de son activité nationale d’où elle est actuellement progressivement chassée.
- Ensuite, les personnalités culturelles régionales restent vivantes, et l’on s’en félicite ; le jacobinisme unificateur et centralisateur n’a pu aller aussi loin qu’on l’a dit. Bien des langues régionales continuent à vivre en métropole et dans ses départements et territoires d’outre-mer. Il importe que les Français qui veulent continuer à les apprendre et à les pratiquer puissent le faire. Y compris avec des aides publiques. La langue française maintenant parlée par tous les Français scolarisés en France, où qu’ils soient, en sera certainement beaucoup moins menacée qu’elle ne l’est par l’anglais.
Il suffit de maintenir fermement deux garde-fous : que les régionales ne soient ni langues officielles ni langues véhiculaires principales de l’enseignement obligatoire dans tels territoires de la République.
La vigilance s’impose aussi à l’égard d’associations et autorités publiques étrangères, germaniques et européennes, qui voudraient les développer artificiellement pour servir leur idéologie d’une Europe des régions et de la destruction des Etats-nations, comme nous le montrent les études d’Yvonne Bollmann et de Pierre Hillard. Là aussi, au demeurant, une action vigoureuse à Bruxelles s’impose.
- Le plurilinguisme chez nous commence aussi par l’enseignement des langues étrangères dans les établissements scolaires et universitaires. Il faut sortir du " tout anglais " réducteur et suicidaire.
Tout jeune Français scolarisé dans le secondaire doit d’abord acquérir une solide maîtrise du français, puis apprendre deux langues étrangères, en commençant, comme le recommande le linguiste Claude Hagège, par une autre langue que l’anglais. C’est certes très difficile. C’est salutaire. Le débat est le même en ce moment au Québec.
- La décentralisation qui progresse actuellement en France doit, elle aussi, tenir compte de la Francophonie. Dans deux directions complémentaires : l’Europe et l’Outre-mer. La première est celle des relations de nos régions frontalières avec les pays voisins partiellement francophones.
Alors que les Länder allemands développent, avec l’aide des programmes européens, leurs liens avec l’Alsace et la Lorraine comme avec le Luxembourg, la Suisse alémanique et l’Est de la Belgique, il est étonnant que l’État français et les régions françaises concernées profitent peu de tous les moyens existants pour renforcer la coopération transfrontalière avec le Luxembourg, les régions belges, le Val d’Aoste, les cantons suisses proches.
Dans cette même direction, il serait temps d’examiner sérieusement les modalités diverses de la relation future avec la Wallonie. Si les Flamands venaient à constituer leur État, la France devrait être prête à changer la nature de ses liens avec une Wallonie soit devenue (avec Bruxelles) une Belgique résiduelle, alors entièrement francophone, soit région(s) d’Europe, soit désireuse de nouer un lien constitutionnel avec la France, dans une confédération ou une (ré)union.
Dans l’autre direction, les territoires d’outre-mer sont déjà des laboratoires de coexistence et de dialogue des cultures française et locales. Ils devraient recevoir des pouvoirs et des moyens accrus de coopération avec leur environnement. Ceux d’entre eux qui disposent de véritables gouvernements : la Nouvelle Calédonie et la Polynésie française, devraient être parrainés par la France pour devenir membres de la Communauté francophone, à titre de " gouvernements participants " comme c’est le cas du Québec, du Nouveau-Brunswick à côté du Canada fédéral, et de la Communauté Wallonie-Bruxelles à côté du Royaume de Belgique.
Du reste, l’ensemble de nos régions, qui viennent de se doter d’un instrument commun de coopération avec les pays de la Francophonie, doivent, comme nos grandes villes, développer leur rôle en la matière.
Enfin, comme nos associations, avec des parlementaires amis, cherchent à l’obtenir depuis 1992, la Francophonie devrait faire son entrée dans notre Constitution, avec la phrase affinée par Maurice Schumann : " La République participe à la construction d’un espace francophone de solidarité et de coopération ".
Solidarité et charte des langues
Après avoir " fait le ménage chez elle " et " balayé devant sa porte ", la France devra, en concertation étroite avec ses partenaires au sein de la Communauté francophone, donner un vrai contenu non seulement au dialogue des cultures dans le sillage du Sommet de Beyrouth, mais encore et surtout à la solidarité et à la coopération pour le développement humain, économique et culturel en Francophonie. Cela suppose que les membres développés – la France en premier lieu – décident ensemble d’augmenter très sensiblement le volume, la pertinence et l’efficacité de leur aide bilatérale et multilatérale au développement des autres membres, tant au Sud qu’à l’Est.
Cela suppose aussi que, sans revenir à une conception de la Francophonie trop étroitement fondée sur la langue en partage, il faudra corriger la dérive qui a tendu ces dernières années à en faire une sorte d’ " ONU bis ". Des pays y ont été admis qui ont beaucoup moins de " titres de francophonie " et de liens avec le français que ne pourraient en revendiquer le Brésil ou la Grande Bretagne, voire la Russie ou… les États-Unis.
Il est certes flatteur que l’on souhaite y entrer et non pas en sortir. Mais trop distendre les liens avec la langue française serait s’éloigner aussi des valeurs qu’elle véhicule, diluer ainsi sa cohérence et son originalité, et diminuer son audience.
Pour revenir à une plus juste mesure, il convient d’obtenir l’adoption en commun et le respect, par les membres actuels et par les candidats, d’une charte des langues en Francophonie.
Charte qui aménagerait la nécessaire diversité linguistique et les relations des langues nationales des membres avec la langue française. Charte qui donnerait aussi au français, partout où il n’est ni langue maternelle, ni langue officielle ou principale véhiculaire de l’enseignement et des médias, le statut de la langue non nationale la plus favorisée. Ainsi, dans les pays membres d’Europe centrale et orientale, en Égypte, au Cambodge, au Vanouatou… le français devrait avoir, derrière les langues nationales, au moins le même traitement dans l’enseignement, les médias, la diplomatie, que la langue étrangère la plus présente, c’est-à-dire que l’anglais dans la plupart des cas. Cela paraît être une condition non abusive de l’appartenance à la Communauté francophone.
Un Forum culturel mondial à Villers-Cotterêts
Enfin, dans la ligne de L’APPEL FFI lancé du balcon du château de Villers-Cotterêts en octobre 2001 par 52 associations françaises, belges et québécoises, constituées en Forum francophone international (FFI) pour la coopération des sociétés civiles francophones, ainsi que des résolutions adoptées, avec la participation déterminante du FFI, en février 2002 par le Forum social mondial à Porto Alegre, la France et l’OIF sont invitées à créer à Villers-Cotterêts un Forum culturel mondial, spécialisé dans les rencontres et actions pour la diversité linguistique et culturelle du monde.
Toutes ces mesures marqueraient le véritable avènement de la Francophonie en même temps qu’un réveil de la France.
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An example of a city that works
HENRY AUBIN
The Gazette Saturday, May 10, 2003
Of all the claims that opponents of municipal demergers are making, one is particularly influential. You hear some pundits repeating it all the time.
This is the myth that a demerged city would suffer financially. Demerged suburbs, so the scaremongering argument goes, would necessarily take their tax money and run, leaving the centre high and dry. Disparities in services between the selfish, bourgeois suburbs and the beleaguered core could only worsen.
In fact, plenty of ways would exist for separate municipalities to share the wealth.
In passing, it's worth recalling that one such way was the Montreal Urban Community. Until the Parti Québécois government impetuously axed that island-wide service organization to make way for its one-island-one-city utopia, the suburbs were paying far more in taxes (45 per cent of MUC revenues) than they were getting in services (33 per cent). The former city of Montreal had a pretty good deal.
Not good enough? Fine. In the event of demergers, one idea to consider is the creation of an improved MUC-style body. It could have a new fiscal formula that would be even more beneficial to disadvantaged areas.
Yet there's a still better option.
As he ponders fresh ideas for municipal reorganization, Liberal Municipal Affairs Minister Jean-Marc Fournier should not confine his musings to Montreal Island.
As I argued in Tuesday's column, a truly fair tax system needs to include the real freeloaders - those off-island suburbs stretching from Mirabel to Mont St-Hilaire that owe their good life to proximity to Montreal yet that pay only peanuts to help with that city's costs.
Some readers have asked how this could be achieved without either merging all suburbs into a still larger megacity or creating an equally vast MUC-type body.
It would be easy. Consider Minneapolis. Its metropolitan area is the same size as Montreal's - 3 million people.
The municipality of Minneapolis itself, however, is tiny. It has just 380,000 people, a fifth the total of Mayor Gérald Tremblay's megacity. Yet it's financially healthy. Taxes are low.
That's because the 180 suburbs and Minneapolis have a special co-operative arrangement.
Forty per cent of the taxes that any municipality obtains from new industrial or commercial development goes into a regional pot. Municipalities with low tax bases share in this money.
This system, called tax-base sharing, not only spreads wealth more evenly, it also reduces the incentive for municipalities to engage in the costly sport of trying to outbid each other for new development.
The Montreal region could customize the Minneapolis technique to its own needs. If authorities wanted to do more to reduce the gap between rich and poor areas, they could boost contributions beyond the 40-per-cent mark. If they wanted to do more to curb urban sprawl, they could enlarge the pot to include taxes from residential development.
And here's another good thing. To make this system work, you don't need a huge regional government. All you require, a Minneapolis official told me, is one statistician with a computer to figure out how much money each municipality has to pour into the pool and how much some can pump out.
That hissing sound you hear is that of another punctured Péquiste myth - the idea that social justice requires vast bureaucratic structures.
Oh, and here's a third myth - one that Tremblay was trying to create this week. This is the merger's "positive effect" in money markets.
The mayor bases this on the city's issuance of a $500-million bond issue to refinance its actuarial debt. Because of an advantageous new interest rate, the city will save $6 million a year for 40 years. That rate reflects Moody's announcement in February that, partly because of the megacity's larger tax base, it might improve Montreal's A2 credit rating within 18 months.
A Moody's vice-president, Debra Roane, told me yesterday that her firm's favourable impression of the big new tax base does not hinge on amalgamation per se. "Potentially," she said, "Montreal could have a demerger and tax-base sharing and still get the same credit rating." There you have it.
The Montreal region urgently needs a clear-sighted debate on its future. To get one, it will first have to get rid of such fictions that a fragmented municipal scene would necessarily discriminate against poor areas, create bureaucratic unwieldiness and sacrifice savings.
Henry Aubin is The Gazette's regional-affairs columnist. haubin@thegazette.canwest.com
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Liberal plan could mean taxation, no representation
DON MACPHERSON
The Gazette Saturday, May 10, 2003
Watching the Liberals develop their policy on municipal demergers has been like watching a striptease in reverse, in which the performer gradually adds articles of clothing instead of removing them.
The policy started out three years ago as the skimpiest of G-strings, less than three lines in a policy resolution adopted at a party convention while the leadership wasn't paying attention.
The resolution committed a Liberal government to pass a law allowing municipalities forced by the Parti Québécois government to merge to hold referendums on demerging, and to respect the results.
But once Liberal leader Jean Charest realized he'd been saddled with the commitment, he grew uncomfortable with the idea of dividing the new megacities, not to mention breaking up the political bases of the Liberal-sympathetic mayors in most of them.
He couldn't renege outright, however, after finally living down a reputation acquired in his early days in provincial politics for retreating hastily when his policies came under attack.
Besides, the demerger promise was electorally profitable for the Liberals. It was a major factor in Liberal gains in Quebec City, the Saguenay and on Montreal's South Shore in last month's election.
So instead of backing off entirely, the Liberals began to attach conditions making demerging more difficult or unattractive. Though the Liberals said the forcibly merged municipalities were the victims of an injustice, it would be up to the victims, not the government, to pay the costs of undoing what the previous government had imposed upon them.
During the election campaign, in the televised leaders' debate, Charest declared that he "wants the new cities to succeed" and, even more ominously for the supporters of demerging, that he is "biased in favour" of them.
Also during the campaign, he said there is no question of demerging former suburbs reverting to the status quo. They would still have to pay their share of the central city's costs, in what he termed "agglomeration taxation."
But the more the Liberals say about demergers, the more questions they raise, and the more they become entangled in their own contradictions.
Charest has said the demerger legislation will be adopted before the end of the year. But he has also said he first wants to see Montreal Mayor Gérald Tremblay's proposal for decentralizing the megacities (or rather, the proposal of the private consulting firm Tremblay has hired to slap one together by mid-August).
Tremblay's proposal is intended as an alternative to demergers. If Charest was sincere about "wanting the new cities to succeed," then he owes it to them to allow time for a fair test of decentralization. If he didn't mean what he said, he shouldn't have said it.
And "agglomeration taxation" so far remains only a slogan - like "municipal democracy," the label the Liberals have chosen for their demerger legislation.
As it stands now, agglomeration taxation seems to mean that the once and future suburbanites will have to pay taxes without having any say in how the revenues are spent or maybe even what the taxes are. This is because the money will be spent by the government of another city, in which they will have given up their say.
The American colonists who threw the tea into Boston harbour called this kind of thing "taxation without representation." This might be exactly what the Liberals want, since it would make demerging less appealing. But it hardly lives up to the billing of "democracy."
The Liberals also say that democracy means letting citizens determine the future of their city - but only some citizens. Municipal Affairs Minister Jean-Marc Fournier confirmed this week that those in neighbourhoods not considering demerging will have no say in the breakup of their new cities.
It was ironic to hear the response to that from Quebec City Mayor Jean-Paul L'Allier, a Quebec sovereignist as well as an opponent of the dismantling of his city, who protested that unilateral secession is wrong.
It seems Liberals aren't the only ones caught in contradictions over the demerger question.
dmacpher@thegazette.canwest.com
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Innu appeal native's adoption of white manElderly woman in Quebec adopted 37-year-old
Graeme Hamilton
National Post Saturday, May 10, 2003
MONTREAL - An elderly aboriginal woman's decision to legally adopt a 37-year-old white man has sown tension on her Innu reserve and triggered a court battle the band says it will take to the Supreme Court of Canada if necessary.
The unusual case, which goes before the Quebec Court of Appeal next month, involves the 1996 adoption of Jean-Guy Noël by Marie-Anne Grégoire, a 76-year-old Innu woman who was the second wife of Mr. Noël's grandfather. Ms. Grégoire and Mr. Noël maintained she had raised him on the reserve like a son since he was seven years old.
The federal Department of Indian Affairs accepted the adoption as legitimate and in 1997, added Mr. Noël (whose family name was changed to Noël Grégoire) to the official registry of Indians.
The band council of the Uashat and Mani-Utenam reserve in northeastern Quebec has attempted to have Mr. Noël Grégoire's Indian status revoked, claiming the adoption was bogus. It submitted an affidavit from Ms. Grégoire in which she recanted her earlier story about raising Mr. Noël Grégoire. However, last November, a Quebec Superior Court judge ruled that Indian Affairs was justified in accepting the adoption and allowed Mr. Noël Grégoire's status to stand.
Konrad Sioui, an advisor to the Uashat and Mani-Utenam band, said yesterday the community would accept adoptions of white children who are raised as Innu. But he alleged Mr. Noël Grégoire was motivated solely by the prospect of material benefits, such as tax exemptions, unregulated hunting and cheap housing.
"We have the right to say no, that's enough, we cannot go along with that deception. We will fight it all the way to the Supreme Court if we have to," Mr. Sioui said. "We cannot in good conscience allow whites like that to come and take over our rights, our territory, our caribou, our rivers, our mountains, our women, our children, our houses or our economic development, in any way."
As evidence that Mr. Noël Grégoire was not simply seeking to return to his roots, the band council has affidavits from Ms. Grégoire and three of her biological children denying Jean-Guy was raised in their household.
Ms. Grégoire, who has since died, wrote in her affidavit that her initial claim to have raised Mr. Noël Grégoire was made under "constant pressure" from him and two of her children. She said she had never "looked after him, cared for him, taught him or supported him."
Robert Lemieux, Mr. Noël Grégoire's lawyer, said Ms. Grégoire's second statement was the one made under coercion.
She changed her story after band authorities and some members of her family objected to the legacy of Indian status she wanted to leave "her favourite son," Mr. Lemieux said.
"She wanted it that way and so did he. It wasn't of much value to him," he said. "It was a nice story, but it turned out sort of ugly and caused a great deal of stress for this woman."
He said the band's push to exclude Mr. Noël Grégoire qualified as racism. "My personal opinion is that they wanted to exclude this guy as an undesirable -- eugenics almost."
His client, now 44 and working as a trucker, does not want to talk about the case, he said.
A lawyer for the federal government is seeking to have the band's appeal thrown out on the grounds that it has no chance of succeeding. A hearing on that motion is scheduled for June 2.
ghamilton@mon.nationalpost.com
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Le bouclier antimissile américain - Chrétien baisse-t-il la garde ?Une décision doit être prise d'ici 100 jours sur la participation canadienne
Manon Cornellier
LE DEVOIR samedi 10 et dimanche 11 mai 2003
OTTAWA - Le gouvernement canadien n'a pas reçu une demande formelle de participer au bouclier antimissile américain, mais le compte à rebours vers une décision est commencé. Le Canada n'aurait en fait que 100 jours, sinon moins, pour se faire une idée définitive, a soutenu jeudi le ministre de la Défense, John McCallum. Et avant de pouvoir trancher, Ottawa et Washington doivent s'asseoir et négocier. Cette décision d'entrer en négociations doit donc être prise rapidement.
L'empressement soudain du gouvernement est attribuable à une chose : la décision prise en décembre dernier par le président George W. Bush d'aller de l'avant avec la mise en place des premiers éléments du bouclier. Installés en Alaska, ils devraient pouvoir entrer en activité dès l'automne 2004.
«Il y a un certain sentiment d'urgence parce que, depuis décembre, les Américains ont entrepris leur planification. Ils prennent toutes sortes de décisions, en particulier sur les structures de contrôle et l'architecture globale du système. Sur le plan pratique, plus on attend, plus il y aura de décisions prises par les Américains seulement. [...] Le temps pour exercer notre influence est donc maintenant, avant que toutes les décisions majeures soient prises», d'expliquer un fonctionnaire fédéral proche du dossier.
Le déploiement en Alaska n'est qu'une première étape du plan Bush. «Bien que modestes, ces moyens vont ajouter à la sécurité des États-Unis et servir de point de départ à des moyens améliorés et plus vastes plus tard, au fur et à mesure des progrès en recherche et développement en matière de technologie de défense antimissile et à la lumière d'une menace changeante», a dit le président en décembre.
NORAD ou Washington ?
Ce bouclier est destiné à protéger l'Amérique du Nord contre une attaque de missiles balistiques lancés par accident ou par des États dit voyous. Le plan initial prévoit le déploiement de missiles d'interception au sol et en mer, l'installation d'unités de missiles Patriot et de matériel de détection au sol, en mer et dans les airs. Les États-Unis ont déjà demandé à la Grande-Bretagne et au Danemark l'autorisation de mettre à niveau les radars d'alerte basés sur leur territoire. Pour l'instant, il n'est pas question de déployer de missiles ou d'intercepteurs laser dans l'espace, ce qui signifierait «l'arsenalisation» de l'espace. Ce que refuse le Canada depuis toujours. «Notre opposition à l'arsenalisation de l'espace est entièrement non négociable», a répété M. McCallum cette semaine.
La décision du Canada déterminera si le bouclier de protection du continent nord-américain peut être sous la supervision de NORAD (Accord sur la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord), qui est doté d'un commandement canado-américain, ou s'il doit être sous le contrôle exclusif des États-Unis. Washington veut avoir le choix mais il ne peut pas opter pour NORAD sans l'accord du Canada.
L'avenir de l'organisation nord-américaine ne serait toutefois pas en jeu, affirment fonctionnaires et experts. «Cette organisation joue un rôle particulier dans la défense aérospatiale du continent nord-américain. Les Américains en ont besoin et ils ne peuvent pas remplacer NORAD sans nous», relève Jocelyn Coulon, directeur du campus montréalais du Centre Pearson pour le maintien de la paix. Il est d'ailleurs très sceptique à l'endroit du bouclier et de la menace qu'il est censé contrer.
Du froid au chaud
L'intérêt d'Ottawa pour le bouclier a surpris cette semaine car le Canada a toujours exprimé beaucoup de réserves à l'égard de ce projet. Le gouvernement Mulroney s'était carrément opposé, en 1986, à la première version, l'Initiative de défense stratégique (IDS) ou Star Wars, mise en avant par le président républicain Ronald Reagan.
Il avait soulevé un tollé en ces temps de guerre froide. On y voyait la recette parfaite pour une relance de la course aux armements, un premier pas vers l'arsenalisation de l'espace et un accroc sérieux au traité sur les missiles antibalistiques de 1972 (ABM). Le projet a refait surface, en version plus modeste, sous le démocrate Bill Clinton, sans calmer les appréhensions.
Le gouvernement canadien est resté sur ses gardes et a longtemps refusé de se prononcer, invoquant le caractère embryonnaire du projet. En 2001, c'était le ministre John Manley qui se demandait si le système était fonctionnel et qui soulignait l'existence de menaces plus tangibles que les missiles balistiques. En décembre dernier, le ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, avait réagi de même manière à la décision de M. Bush d'aller de l'avant. «Depuis le 11 septembre, nous sommes préoccupés par les attaques terroristes, qui ont peu de chance, sauf dans les films de James Bond, d'être le fait de personnes mettant la main sur des missiles balistiques.»
Cette semaine, la réponse du ministre des Affaires étrangères à une recommandation faite en décembre par le comité des Affaires étrangères indiquait que le Canada conservait «des doutes quant à l'effet que pourrait avoir un système de défense antimissile sur le contrôle des armements et la stabilité mondiale». Il ajoutait : «On ne sait pas encore si le système de défense antimissile américain comprendra ou favorisera l'arsenalisation de l'espace.» Malgré tout, le ministre Bill Graham croit qu'il serait approprié de discuter avec Washington, un point de vue partagé par de plus en plus de libéraux.
Mais après avoir nourri la méfiance à l'endroit du projet américain, le gouvernement a maintenant le fardeau de la preuve. Son argument pour expliquer son revirement : le contexte a changé. Le projet ne peut plus contrevenir au traité ABM puisque les Américains y ont mis un terme l'an dernier sans causé les remous anticipés. Les Russes sont moins inquiets. Le projet lui-même est plus modeste et terrestre. Et enfin, il y a ces références fréquentes aux attentats du 11 septembre, à l'obsession nouvelle des Américains pour leur sécurité.
Certains, dont le député libéral John Godfrey, se demandent si Ottawa ne cherche pas plutôt à panser les plaies avec Washington en offrant «un prix de consolation pour notre décision de ne pas participer à la guerre en Irak». Jocelyn Coulon n'y croit pas. Michael Shadwick, professeur à l'université York, non plus.
«Le dossier n'a cessé d'évoluer depuis 10 ans et encore plus depuis 10 mois. Le fait que ça survient si peu de temps après les accrochages au sujet de l'Irak fera en sorte que certaines personnes établiront un lien, mais je doute qu'il y en ait un», de dire M. Shadwick. Opposé au premier Star Wars, il dit être enclin aujourd'hui à appuyer la tenue de négociations étant donné la décision des Américains de foncer.
La boîte à surprises
Selon M. Shadwick, l'action du gouvernement paraît, de l'extérieur, «bien rapide» mais beaucoup de travail s'est fait derrière la scène. Ainsi, des fonctionnaires de la Défense et des Affaires étrangères tiennent des consultations et s'échangent de l'information depuis des années. Ces discussions se sont intensifiées au cours de la dernière année, témoigne un fonctionnaire. Selon le ministère de la Défense, il y a eu des rencontres à Ottawa, en juillet 2002, et à Washington, le 28 janvier dernier.
Jean Chrétien a aussi indiqué aux Communes cette semaine que certains ministères avaient encore discuté du système antimissile en février dernier mais que le cabinet avait «décidé de reporter sa décision» au printemps. Sans en souffler mot à personne cependant, relève le professeur Shadwick. Le gouvernement discutait, mais en vase clos.
Le premier ministre n'a pas été surpris, mais il est clair que son caucus, l'opposition et le public l'ont été, d'autant plus que l'échéancier serré adopté par Ottawa réduit la possibilité d'un vrai débat public. Preuve que les parlementaires même libéraux ont été pris au dépourvu, le comité spécial du caucus libéral sur les Affaires étrangères a dû organiser en catastrophe des séances d'information à huis clos sur la question à la suite de réunion du caucus national de mercredi dernier. Le président du comité, Larry Bagnell, a confirmé au Devoir que c'était la première fois que son groupe consacrait la totalité d'une rencontre à l'étude du bouclier antimissile.
Pour leur part, les comités parlementaires de la Défense et des Affaires étrangères ne l'ont pas fait depuis plus de six ans. Et ce n'est que jeudi que le ministère de la Défense a affiché sur son site Web une note d'information sur les démarches qu'il a prises depuis... des années.
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Yes to missile defence
National Post Saturday, May 10, 2003
Éditorial - The U.S. plan to field a missile defence system is putting strain on the ideological rivets keeping the Liberal party bolted together. America's launchers would be based in Alaska. But since missiles from Asia and the Middle East would likely pass through our airspace, the United States wants Canada on board the project. U.S.-friendly Grits, including Art Eggleton, the former defence minister, Finance Minister John Manley, and David Pratt, chairman of the Commons defence committee, argue for Canada's participation. Prominent left-wing Liberal MPs, on the other hand -- such as John Godfrey and John Harvard -- want Ottawa to have no part. We urge Jean Chrétien to listen to his hawks.
From the moment U.S. President George W. Bush announced his intention to pursue a missile defense system early in his presidency, opponents insisted it would exacerbate global tensions. A new arms race would start -- with the Chinese and Russians looking to ensure that they could overwhelm America's limited shield. Multilateralists complained Mr. Bush's move would require the United States to renounce the Antiballistic Missile Treaty of 1972, a cornerstone of arms control.
But such fears have been belied by recent developments. While Moscow and Beijing initially made angry noises about Washington's move to withdraw from the ABM Treaty in 2001, they have since softened their opposition. Recent developments have also demonstrated the obsolescence of Mutually Assured Destruction -- the theory of nuclear deterrence on which the ABM Treaty was based. As evil as Soviet Communism may have been, it was a materialistic philosophy, and the USSR's leaders could at least be counted on to avoid a conflict that would destroy their country. But rogue nations cannot be similarly deterred. As the events of 9/11 showed, militant Islamists and Arabists embrace an apocalyptic creed, and many would happily die a fiery death if they can bring the infidel West down with them. The Taliban in Afghanistan and Saddam Hussein in Iraq both courted confrontations with the United States they were guaranteed to lose.
The same may be true of nuclear-armed North Korea. It was only last month that Li Gun, a top North Korean official, threatened "a physical demonstration" of his country's atomic capabilities. Last November, North Korea's deputy foreign minister boasted that Pyongyang possesses even "more powerful weapons" -- likely an overstated allusion to weaponized biological and chemical agents. The North Korean government also distributes propaganda posters showing North Korean weapons blasting the White House to rubble. Last December, its spokesmen threatened Americans with "an uncontrollable catastrophe" if they did not take a more conciliatory line.
Iran, meanwhile, is building up its own nuclear program -- under the implausible theory that the oil- and gas-rich country needs an extra power source. While we doubt the regime in Tehran would be insane enough to launch a nuke at the United States, it is impossible to know who might end up with the country's weapons. This is the nation, remember, that last year was caught smuggling arms to the Palestinians on board the Karine A -- and which has provided thousands of rockets to Hezbollah in Lebanon.
Addressing the Commons on the subject of missile defence this week, Mr. Chrétien declared: "We are having a debate. There might be some consultations with the Americans and it will take months before we will be in a position to be obliged to make a decision ... We are not rushing." But we should rush. Reports out of Washington suggest Mr. Bush will be making a decision about the missile shield command structure in the coming months. If Canada does not come on board soon, the President will likely put the shield under the direct control of the U.S. military -- not NORAD, the binational Canada-U.S. military command that protects North American airspace. Canada's non-participation won't affect the U.S. decision to erect a missile shield: It will merely ensure we have no say in its deployment and activation.
Mr. Chrétien's refusal to partake in the liberation of Iraq was a historic mistake. By keeping our forces at home, Ottawa showed itself unwilling to help the United States fight the deadly threat that lies at the intersection of rogue power, terrorism and weapons of mass destruction. Mr. Bush's missile shield is another project aimed at defending against this same threat. It would be a terrible thing for Canada if Mr. Chrétien were to flinch a second time.
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Continental Defence
The Gazette Saturday, May 10, 2003
Éditorial - A lot of Canadians are scratching their heads in confusion over the federal government's abrupt about-turn on U.S. President George W. Bush's missile defence proposal. After a season of America-bashing, the Liberals who lead us are poised to sign on for a U.S. proposal almost more contentious than the Iraq war that Canada so ostentatiously dodged.
Prime Minister Jean Chrétien has deferred a decision about signing on to the missile defence (MD), but a couple of key ministers not noted for independent thought have come out in favour, and more importantly, prime minister-in-waiting Paul Martin is onside, too. The official opposition is in favour, for whatever that's worth. It's pretty plain that this is going to happen.
That's fine with us, but we wish our government had explained itself much better. This country has an unfortunate proportion of knee-jerk anti-Americans, some of them in the federal Liberal caucus, but there are also millions of fair-minded people who are willing to consider, if only someone would offer, the good reasons for Canada to be part of the MD program.
The best way to think about this issue, we believe, is to start with NORAD. Since 1958, Canadian and U.S. military men and women have worked together to "deter, detect, defend." By agreement, Canada appoints the deputy commander-in-chief at NORAD's Colorado headquarters; Defence Minister John McCallum just named the next one, Maj.-Gen. Eric Findley.
Of course the U.S. has provided most of the hardware and manpower, but NORAD has been an example of genuine co-operation where Canada has had a voice in policy. NORAD exists mainly because of the threat, now rusting away, of Russian nuclear-armed bombers and missiles coming over the North Pole. But Since Sept. 11, NORAD has also quietly been ready to shoot down any commandeered civilian jetliner headed for a nuclear reactor or other target.
The Americans, deeply concerned about their own safety, are likely to pursue MD for some time to come - many Democrats also approve of the idea. If a command structure like NORAD's could be set up, continued defence integration could give Canada a voice in future decisions about this system and related issues. The way to reach that goal is to sign up now, not later.
As it develops, the MD system would have to be proved to perform; nobody wants to pay billions to defence contractors for a shiny fake that won't work. But the beauty of this is that the Americans want political support, not Canadian money. This wouldn't cost us - which is just as well, given the desperate needs of our own military for extra dollars just to fulfill its less apocalyptic national missions.
Skeptics scoff that the technology isn't ready, and that even a zillion-dollar system can't defend us against a few terrorists with box cutters. Both points are true but neither is important. Bush's initiative is to develop MD. By the skeptics' test Wilbur and Orville Wright would have been sent back to fixing bicycles, and we would have no aircraft today. As for the box-cutter argument, it's equally true that a seat belt won't protect you from SARS. The world is a dangerous place, and for different threats we need different defences.
Nor can we cling any longer to obsolete notion of nuclear non-proliferation. The Iraq war might have been in part an example of what Pentagon hawks now call "counter-proliferation," but even so, Pandora's box is wide open: Pakistan, India, Israel, North Korea, perhaps Iran - the list goes on. Under these conditions, the capacity to defend our continent against rogue states armed with nuclear missiles, not to mention accidental launches, seems eminently sensible. We need to start down this road.
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