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ACTUALITÉ

Faire le ménage du PQ

Louis Sansfaçon
Site du CONSEIL DE LA SOUVERAINETÉ - mardi 13 mai 2003


(...) Faire le ménage du PQ, on comprend pourquoi : aucune priorité à la souveraineté, à la langue française (des actes!), bradage du territoire (fuite en avant sur la question montagnaise pour faire tolérant alors que le système des réserves en est un perclus de corruption et de népotisme et tout cela en ramenant le fédéral ad vitam aeternam sur 16% du territoire québécois !), rien sur la natalité (juste le concept douillet de conciliation travail-famille (si moderne cette peur des réalités de base : il faut des enfants et pas simplement plus de temps pour les salariés, rien pour l'aide aux parents travailleurs indépendants ni pour ceux qui veulent garder eux-mêmes leurs enfants à la maison). Bref, le PQ qui veut faire tellement moderne, n'est pas un parti vraiment souverainiste et il est proie à ses propres contradictions (on ne peut à la fois être pour la nation et épouser bêtement, et j'insiste sur le mot bêtement, les dernières modes en matière de correctivisme politique jubilatoire et libertaire).

Pour Vigile, je ne vois pas très bien pourquoi il faudrait faire le ménage. C'est un site souverainiste, nulle part ailleurs ne lit-on autant de matières bien ficelées sur la souveraineté et les sujets connexes. J'ai surtout l'impression qu'une fois encore il s'agit d'une pulsion viscérale vindicative : il faut punir ceux qui critiquent le PQ, peu importe si le PQ a trahi son programme ou est d'un mollesse indicible et ne devient de plus en plus qu'un parti de gauchistes qui n'ont de souveranistes que le nom. Gauchistes qui utilisent ce parti pour faire progresser leurs idées sociales (minoritaires dans la société) tout en tenant en haleine et en échec les vrais souverainistes à qui on bassine toujours la même rengaine : vous n'avez que nous, que vous aimiez nos politiques sociales (familles éclatées, absence de défense du français, rien en matière de natalité, drogues, homosexualités, indiens) ou non, vous devez voter pour non et la fermer.

Et bien non ! Pas cette fois. Refondons le PQ sur la souveraineté et sur les attributs d'une nation en santé : la défense de ses intérêts en tant que nation, intérêts linguistiques, culturels, territoriaux et aussi démographiques en plus, bien sûr, de nos intérêts économiques.




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Un vol de 45 milliards au détriment des travailleurs

Vincent Larouche
l'aut'journal 30 avril 2003


La Cour supérieure du Québec a commencé lundi le 28 avril dernier à entendre la requête déposée par le Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEAA-FTQ) avec l’appui de la Fédération des Syndicats du Secteur de l’Aluminium (FSSA-FTQ), du syndicat des Métallos et de la CSN. Les syndiqués contestent la légalité d’une partie de la Loi sur l’assurance-emploi et accusent le gouvernement fédéral d’avoir volé 45 milliards de dollars aux cotisants.

Depuis la refonte de la loi en 1996, c’est environs 7 milliards de dollars par année que la caisse d’assurance-emploi enregistre comme surplus. Toutefois, la façon dont Ottawa administre cet argent empêche les cotisants de bénéficier de cette manne. Les revenus des cotisations sont comptabilisés avec les recettes générales du gouvernement fédéral tandis que les déboursés encourus pour l’application de la loi sont eux aussi comptabilisés parmi les dépenses générales du gouvernement fédéral. Ainsi, le gouvernement utilise les sommes perçues par l’entremise de cette loi de la même manière que l’argent qu’il accumule à titre d’impôts ou de taxes.

Une taxe déguisée

Ce qui amène les syndicats à parler d’une «taxe déguisée». Les surplus, qui atteignent aujourd’hui un total de 45 milliards de dollars, ne reviennent pas dans la caisse, mais sont utilisés à la discrétion du fédéral. Programme de commandites, baisses d’impôts, dépenses militaires, appareil répressif domestique : impossible de savoir… «On va démontrer à la cour qu’il s’agit d’un détournement de fonds», affirme Alain Proulx, président du FSSA.

Parallèlement à l’augmentation des surplus, les mesures restrictives de la loi ont privé un nombre croissant de cotisants de prestations : plus de la moitié (53%) des sans-emploi au Québec n’ont pas accès aux prestations, même s’ils cotisent au régime. Il y a à peine dix ans, les sans-emploi et leurs familles bénéficiaient en grande majorité de la protection de l’assurance-chômage.

Québec aussi se fait voler

La cause, suivie de très près par tous les syndicats et organismes sociaux de la province, intéresse aussi beaucoup le gouvernement du Québec. La constitution canadienne stipule qu’un gouvernement n’a pas le droit de taxer l’autre ordre de gouvernement. La requête déposée en cour rappelle que «Les gouvernements des provinces qui acceptent d’être assujettis à la Loi sur l’assurance-emploi le font pour octroyer à leurs employés les avantages d’un régime d’assurance-chômage, mais non pour payer au gouvernement fédéral des contributions qu’il accumule pour d’autres fins et qui lui permettent même d’envahir leurs propres champs de compétence.» Le gouvernement du Québec emploie actuellement plus de 400 000 personnes, couvertes par l’assurance-emploi.

C’est en septembre 1998 que le Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEAA), affilié à la FSSA et aux Métallos (FTQ), a déposé en Cour supérieure une action déclaratoire en nullité de la Loi sur l’assurance-emploi. Un membre s’était levé en assemblée générale pour souligner l’injuste situation et proposer qu’un recours légal soit entrepris. Les demandeurs voulaient à l’origine que la cause soit entendue à Chicoutimi, dans la région comptant le plus haut taux de chômage au Canada. «On s’est dit qu’on allait faire travailler nos juges et nos avocats au moins», a ironisé Jean-Marc Crevier, représentant régional de la FTQ au Saguenay-Lac-St-Jean.




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Du vol

Michel Venne
LE DEVOIR mercredi 14 mai 2003


Voici une cause à laquelle le nouveau gouvernement du Québec devrait s'intéresser: celle de la CSN et de la FTQ, qui contestent en Cour supérieure la validité constitutionnelle de la Loi sur l'assurance-emploi du Canada.

Au coeur de cette procédure judiciaire en apparence ennuyeuse se trouvent pourtant des intérêts très concrets pour les travailleurs du Québec, pour les entreprises indûment taxées, pour les hommes et les femmes qui voudraient jouir d'un congé parental adapté à la vie moderne ainsi que pour l'ensemble de la population active dont le filet de sécurité sociale souffre d'incohérences et de paralysie parce qu'il est scindé en deux, une partie à Ottawa, l'autre à Québec.

Le ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Claude Béchard, devrait rapidement comprendre l'importance de remettre un peu d'ordre dans ce domaine. À peine quelques jours après son assermentation, il a dû puiser dans ses goussets pour trouver des fonds afin de suppléer à la perte de revenus subie par les pêcheurs et les travailleuses d'usine de transformation des produits de la mer en Gaspésie à cause d'une décision du fédéral dans le domaine des pêches. Sans le sou, ces pauvres gens étaient littéralement à la rue. Et c'est Québec qui a dû payer pour les pots cassés tandis que le compte de l'assurance-emploi affiche un surplus frôlant les 20 milliards de dollars.

Depuis une quinzaine d'années, la protection offerte aux travailleurs qui perdent leur emploi a été considérablement réduite. En 1990, au Canada, 74 % des sans-emploi touchaient de l'assurance-chômage. Une décennie plus tard, seulement 39 % des chômeurs ont droit à des prestations. Au Québec, le taux de sans-emploi ayant droit à une aide est passé de 81 à 47 %. La moitié des chômeurs québécois n'a plus droit aux prestations. Depuis une dizaine d'années, les conditions d'admissibilité au régime se sont resserrées. Il faut avoir travaillé plus longtemps pour avoir droit à une aide et les prestations sont moins généreuses (on a plafonné à 39 000 $ le salaire assurable et réduit le montant de la prestation de 66 % à 55 % du salaire).

Conçu au départ, dans les années 30, après la Grande Crise, comme une police d'assurance, le programme a progressivement changé de nature. En 1940, le premier ministre libéral Mackenzie King avait convaincu les provinces d'amender la Constitution pour créer ce régime d'assurance, et ce, avec l'appui du mouvement ouvrier. Il s'agissait de faire cotiser employeurs et employés à une caisse (à laquelle le fédéral versait aussi son écot), et l'employé mis au chômage recevait une prestation.

Depuis, les choses ont bien changé. Le fédéral ne contribue plus au régime, qui accumule des surplus tandis que le bouclier d'assurance, lui, s'est considérablement dégradé. En parallèle, Ottawa a fait évoluer le régime d'assurance vers un programme d'intervention sur le marché du travail.

La Loi sur l'assurance-emploi de 1996 a consacré ce virage. Les cotisations sont comptabilisées dans les revenus du gouvernement fédéral tandis que la loi permet d'utiliser le compte de l'assurance-emploi pour financer des emplois temporaires, la création de petites entreprises ou la formation des employés et des chômeurs. Les cotisations perçues par Ottawa au nom d'un régime d'assurance sont devenues, dans les faits, des taxes déguisées et, selon la CSN et la FTQ, des taxes illégales qui servent non pas à assurer les travailleurs, comme le supposait l'amendement constitutionnel de 1940, mais à financer des programmes fédéraux, qui plus est dans les champs de compétence exclusive des provinces, comme l'éducation.

Le surplus du compte de l'assurance-emploi contribue au déséquilibre fiscal que dénonce Jean Charest et contre lequel il promet de se battre.

***

Certains souhaitent que l'assurance-emploi redevienne un programme d'assurance comme autrefois. Certes, ce serait très simple. Mais le marché du travail a tellement évolué qu'on ne peut plus envisager la protection du revenu uniquement en ces termes. La lente montée du travail autonome, les changements plus fréquents d'emploi, le retour aux études ou la requalification rendue nécessaire par l'évolution des technologies ou les cycles économiques, tout cela accroît le risque économique des individus. Ceux-ci seront appelés, pour ces raisons mais aussi pour prendre le temps d'avoir et d'élever des enfants, à entrer et à sortir plus fréquemment du marché du travail. Il y a lieu de dédramatiser ces passages d'une situation à l'autre en reformulant l'ensemble des programmes (y compris l'assurance-emploi et l'aide sociale) pour assurer une meilleure prévisibilité du revenu malgré les aléas de la vie.

Cette réingénierie serait infiniment plus simple si tous les programmes relevaient du même ordre de gouvernement (évidemment, la souveraineté réglerait ce problème). Aujourd'hui, la concurrence entre Ottawa et Québec pour plaire aux électeurs nuit à la réforme. La Constitution canadienne et le gros bon sens indiquent que ce domaine doit relever du gouvernement provincial et non d'Ottawa.

Rectificatif

Dans ma chronique de lundi, j'ai commis deux erreurs à propos de Christian Dufour. Je l'ai décrit comme professeur à l'ENAP et spécialiste en science politique. Trois professeurs m'ont écrit pour me dire que je me suis trompé. M. Dufour n'est pas professeur mais «chercheur», comme le précise le curriculum vitae affiché sur le site Internet de l'école; il n'est pas non plus politologue mais avocat, titulaire d'une licence en droit de l'Université Laval et membre du Barreau du Québec, comme le stipule le même CV. Mes excuses aux lecteurs et à M. Dufour. Dans La Presse du 15 avril dernier, celui-ci était toutefois présenté comme «politicologue à l'ENAP».

vennem@fides.qc.ca

Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.




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La démocratie vue par les libéraux

Manon Cornellier
LE DEVOIR mercredi 14 mai 2003


Maintenant qu'il n'en a plus le contrôle, Jean Chrétien n'a de yeux que pour son caucus. Il le flatte, le courtise et... le consulte. Il a même décidé de retarder sa décision de s'engager dans des négociations avec les Américains sur le bouclier antimissile à cause de la «discussion à l'intérieur du caucus», a-t-il dit à sa sortie du cabinet hier.

«Il y a des opinions divergentes dans le caucus», a-t-il ajouté, et il veut donc attendre avant de trancher. Deux ou trois semaines, soit après le congé parlementaire de la semaine prochaine et peut-être même après le voyage en Europe qu'il doit effectuer du 27 mai au 3 juin. Deux périodes, soit dit en passant, peu propices à la consultation d'un caucus.

Jean Chrétien a, bien sûr, toujours dit qu'il n'y avait rien de plus important que la réunion hebdomadaire de ses députés, mais cela n'a jamais été jusqu'à les écouter. Les exemples sont nombreux, mais il suffit de se rappeler le triste épisode du vote contre l'indemnisation des victimes de l'hépatite C qui avaient été contaminées avant 1986 et après 1991. Le premier ministre a toujours eu tendance à opter pour l'intimidation et la discipline de fer.

Les temps ont changé. Son successeur veille en coulisses et si le premier ministre veut garder un minimum de contrôle, il doit se montrer plus attentif. Le problème est que Jean Chrétien ne voit plus que ça, son caucus. On pourrait dire que c'est un progrès après les années passées à concentrer le pouvoir entre les mains de l'exécutif et de son bureau, comme l'a démontré le politologue Donald Savoie dans son ouvrage Governing from the Centre, paru il y a quelques années.

Le progrès n'est cependant qu'un leurre et fait oublier que le Parlement reste le grand négligé dans tout ça. Après l'avoir sans cesse traité comme un mal nécessaire, Jean Chrétien ignore complètement le Parlement à l'heure actuelle. Le premier ministre s'était opposé à la tenue d'un vote sur la guerre en Irak mais avait tenu au moins des débats exploratoires. Cette fois, il refuse carrément de lancer un débat aux Communes sur la pertinence ou non de participer au système de défense antimissile américain.

La semaine dernière, il affirmait en fait qu'il revenait à l'opposition de tenir un débat parlementaire sur cette éventuelle décision. «Il y a des journées d'opposition qui servent justement à discuter de ce genre de problèmes. Nous sommes en train d'en discuter au sein de notre parti et de notre gouvernement, et nous serions très heureux, si l'opposition pense que c'est suffisamment important, de prendre une de leurs journées pour avoir un débat à la Chambre. Il n'en tient qu'au député de prendre ses responsabilités», a-t-il dit au chef bloquiste Gilles Duceppe.

En somme, le premier ministre du Canada ne juge pas ce revirement de la politique étrangère canadienne suffisamment important pour y consacrer une journée réservée aux affaires gouvernementales. Sa responsabilité à lui se limite à consulter son cabinet et son caucus. Les élus ? La population ? Niet ! Le néo-démocrate Bill Blaikie était hors de lui hier et l'a accusé de mépriser le Parlement. «Ça ne suffit pas de consulter les libéraux. Ils ne représentent pas la totalité de l'univers politique. Il y a une place pour ça appelée Parlement», a-t-il lancé.

Environ 59 % de la population canadienne a voté pour un autre parti que le Parti libéral du Canada lors des dernières élections. Le PLC a aussi perdu la toute dernière élection partielle, tenue lundi dans Perth-Middlesex. Mais pour Jean Chrétien, la démocratie se confond avec son parti.

Le pire est que cette attitude arrogante à l'égard du Parlement se répand comme une plaie dans les rangs du cabinet. La semaine dernière, c'était le ministre de la Défense, John McCallum, qui reprenait la thèse de Jean Chrétien. Hier, c'était au tour du ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, qui est même allé un peu plus loin.

À une journaliste qui lui demandait s'il ne serait pas préférable que le gouvernement obtienne un «mandat» de la Chambre pour entreprendre des négociations avec Washington, il a répondu non en invoquant fort étrangement les traditions parlementaires.

«Il y a toujours un mandat du Parlement dans notre système. Il y a des votes sur des choses mais c'est le gouvernement qui décide», a-t-il dit. Il a ensuite ajouté que le gouvernement «a toujours l'approbation du Parlement» puisqu'il détient la majorité des sièges. À ce compte-là, se sent-on obligé de répondre, mettons la clé dans la porte !

Un débat derrière les portes closes du cabinet ou du caucus libéral n'est que ça, un débat entre libéraux. Ce n'est pas un débat ouvert. Ce n'est pas un débat public. Inviter les autres partis à les imiter et à débattre entre eux, comme l'ont fait MM. Chrétien et McCallum, ne résout rien. Ça signifie encore que les citoyens, eux, sont laissés sur le carreau.

On se demande quelle mouche a bien pu piquer les politiciens libéraux provinciaux et fédéraux. À Québec, on a jonglé avec l'idée de changer, sans tenir de commission parlementaire, la notion d'indemnisation sans égard à la faute du régime d'assurance-automobile. À Ottawa, on s'en tient à des débats à huis clos sur un engagement à long terme en matière de défense.

Quand un parti gouverne, il le fait pour tout le monde. Mais quand un chef prend son parti pour le Parlement, cela veut dire qu'il a intégré l'idée que le pouvoir lui revient de droit. Qu'il n'a plus à se préoccuper des élus d'allégeances différentes et, par ricochet, des Canadiens qu'ils représentent.

C'est une façon de faire propre à un régime de parti unique. Jouer ce jeu sans vergogne équivaut à laisser s'éroder sa fibre démocratique. C'est épeurant.

mcornellier@ledevoir.com




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L'anglais en première année ou la colonie américaine

Frédéric Lacroix
San Jose, Californie
LE DEVOIR mercredi 14 mai 2003


Libre opinion: Les libéraux iront donc de l'avant avec leur projet d'introduire l'étude de l'anglais dès la première année scolaire. Les arguments avancés pour ce faire tournent tous autour de la nécessité de mieux maîtriser cette langue à une époque de mondialisation, de l'ouverture sur le monde que cette maîtrise procurera, de s'assurer un avantage économique, etc.

Outre tous les arguments spontanés qui font douter de la sagesse d'une telle mesure (le statut du français est encore fragile au Québec, la majorité des transferts linguistiques se font encore vers l'anglais) et le fait que les libéraux investissent de l'argent pour régler un problème qui n'existe pas (53 % des Québécois entre 20-29 ans sont déjà bilingues, ce qui constitue le plus haut pourcentage dans les pays de l'OCDE), il convient de se demander si le renforcement du bilinguisme anglais-français (jusqu'à ce que 100 % de la population québécoise soit bilingue ?) produira des effets désirables et bénéfiques pour notre société.

Un contact étroit avec l'anglais à un âge où l'identité est encore en formation dans un contexte nord-américain où celui-ci domine sans partage aura pour effet de rapprocher les futures générations de Québécois encore plus étroitement des États-Unis et de nous entraîner encore plus dans l'orbite de ce géant économique et militaire. Il aura pour effet de valoriser toujours plus la culture américaine et de former de nouveaux consommateurs pour les produits culturels venus du sud (pensons ici aux pertes pour notre propre «industrie» culturelle !). Cela à l'exclusion des autres peuples et pays de la terre.

Au moment où les États-Unis et leur alliés anglophones viennent de terminer une guerre illégitime au mépris du droit international et de la volonté de la communauté internationale, il faut sérieusement se poser la question : l'intégration toujours plus étroite au géant américain est-elle une voie d'avenir souhaitable pour le Québec ? En nous tournant ainsi exclusivement vers les cultures anglophones, ne tournons-nous pas le dos aux autres ?

Le danger, c'est que les élèves se contentent de savoir l'anglais et s'y limitent, imitant en cela les anglophones peu connus pour leur amour des langues étrangères. Au bout du compte, notre présence au monde se ferait exclusivement à travers le conduit anglo-saxon.

Ne devrions-nous pas plutôt introduire l'étude d'autres langues à l'école primaire afin d'éveiller les enfants à l'existence de multiples cultures et peuples au-delà de l'omniprésente culture américaine à laquelle ils seront exposés de toute façon ? Nous n'y perdrions vraisemblablement rien du point de vue pédagogique tout en gagnant beaucoup sur celui de la diversité culturelle et linguistique.

Pourquoi ne pas imposer une autre langue que l'anglais (l'espagnol ou le chinois, le russe, etc.) comme langue d'étude au primaire et l'anglais aux cycles ultérieurs ? Ce n'est point ici un projet utopique, mais chose courante dans plusieurs pays européens. Nous aurions alors un véritable plurilinguisme et une véritable ouverture sur la diversité du monde au lieu de cette obsession étroite et dangereuse pour une seule langue, aussi prestigieuse soit-elle momentanément.

Même les accrocs aux arguments économiques y trouveront leur compte, car qui niera qu'il serait bénéfique pour notre économie d'avoir une main-d'oeuvre plurilingue et de pouvoir exporter plus facilement vers d'autres pays du monde, d'autres langues et cultures nous étant connues et accessibles ? Au lieu de quoi, nous serons condamnés au rang de colonie de l'empire américain, notre liberté culturelle et économique progressivement asservie aux besoins de celui-ci.




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DÉFUSIONS MUNICIPALES

La moitié des électeurs devront se prononcer

Denis Lessard
La Presse mercredi 14 mai 2003


Québec - Le taux de participation aux référendums sur les "défusions municipales" est la clé que compte utiliser le gouvernement de Jean Charest pour encadrer le démantèlement des grandes villes créées il y a tout juste deux ans. Plus de 50 % des gens qui ont droit de vote dans les anciennes villes fusionnées devront se présenter aux urnes lors des référendums pour qu'une consultation soit reconnue.

Cette balise du taux de participation, a appris La Presse, est l'élément clé du projet de mémoire au Conseil des ministres préparé tout récemment par les Affaires municipales. Événement tout à fait inusité, le président du comité de transition du gouvernement Charest, Raymond Garneau, et le secrétaire général du gouvernement, André Dicaire, avaient pris contact avec les hauts fonctionnaires du ministère des Affaires municipales avant même la prestation de serment du ministre Jean-Marc Fournier à cette fonction, le 29 avril.

Fort embarrassé, l'entourage du ministre Fournier a convenu hier qu'il s'agissait "d'un scénario parmi d'autres", mais que la décision du gouvernement n'était pas arrêtée. Des sources proches du maire Tremblay à Montréal ont confirmé hier que ces "50 % de participation" étaient le seul scénario dont le gouvernement Charest leur avait parlé, tout à fait confidentiellement. Le mémoire devant donner le feu vert aux légistes pour rédiger le projet de loi-cadre sur les défusions devrait être déposé d'ici deux semaines au Conseil des ministres, à la réunion du 21 ou du 28 mai, afin que le projet de loi soit prêt à être déposé, comme l'a indiqué le premier ministre Charest, à l'ouverture de la session parlementaire, le 3 juin. Le gouvernement ne compte pas faire adopter cette loi controversée avant l'ajournement de la Saint-Jean.

Aujourd'hui, toute la séance du Conseil sera mobilisée par la présentation que fait la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, sur l'état des finances publiques, sur les façons de colmater la brèche de quatre milliards de dollars dans les finances publiques apparue dans le rapport de l'ex-vérificateur Guy Breton. Le jeu de chaises musicales des sous-ministres, fort attendu dans les officines, est ainsi, tout comme le dossier municipal, reporté à la semaine prochaine.

Le projet de mémoire qui mijote au bureau de Jean-Marc Fournier précise qu'il faudra que 10 % des électeurs d'une ancienne ville signent le registre pour qu'un processus référendaire soit enclenché. Jusqu'ici, la plupart des villes prévoyaient que des référendums sur des emprunts, par exemple, soient enclenchés lorsque 2,5 % des citoyens le réclamaient au registre de la ville.

Peu après l'élection du maire de Montréal, Gérald Tremblay, le chef libéral Jean Charest avait évoqué publiquement cette barrière des 10 % au registre, confirmait-on hier soir à Québec. Dans l'équipe du maire Tremblay, on poussait depuis longtemps pour que la barre au registre soit haussée à 25 %, ce qui, en pratique, ne rendrait possible des référendums qu'à Pointe-Claire, Westmount et Baie-d'Urfé, mais ces démarches sont restées lettre morte.

Le plan de Jean-Marc Fournier, dont La Presse a obtenu l'essentiel, laisse prévoir un long processus avant que les citoyens puissent même se présenter aux registres. L'automne prochain sera à l'heure de la "décentralisation" et les référendums sur les défusions, s'ils surviennent, ne pourront avoir lieu avant 2004.

"Pour qu'un projet de défusion soit retenu, le nombre de votes affirmatifs devrait représenter au moins 50 % plus un des votes valides et le nombre des votes exprimés devrait correspondre au moins à 50 % des personnes habiles à voter", affirme le projet de texte, qui comptera une douzaine de pages et qui sera soumis au Conseil des ministres.

Sur les taux de participation, les recherches faites par le Ministère montrent que des référendums tenus en Californie n'ont jamais suscité un taux de participation de 50 %- entre 35 et 45 % généralement. Cette balise de la participation est sans précédent dans les lois municipales. Certains stratèges de l'administration Tremblay proposaient de fixer la barre en haut de 50 % de votes exprimés, exactement comme le préconisait le gouvernement fédéral pour la sécession du Québec.

Le gouvernement Charest a décidé de conserver la majorité simple, en choisissant de hausser la barre de la participation pour rendre plus difficiles les défusions qu'il s'était engagé à permettre durant la campagne électorale. Lors des élections municipales, le taux de participation dans les villes fusionnées atteint rarement les 50 %, relève-t-on dans les coulisses.

En fin de semaine, à Gatineau, le ministre Jean-Marc Fournier a administré un électrochoc aux grandes villes en annonçant que seuls les citoyens des anciennes villes fusionnées pourraient voter aux consultations sur les défusions. À Québec comme à Montréal, les supporters des fusions n'ont pas jeté l'éponge sur ce point et comptent bien convaincre M. Fournier que tous les citoyens des grandes villes devraient avoir le droit de voter sur l'avenir de leur cité.

Toutefois, note-t-on, le ministre n'avait pas encore parlé publiquement du très long processus avant que les citoyens opposés aux fusions puissent même se présenter aux registres pour exiger un référendum.

Montréal et les autres villes fusionnées auront l'automne pour soumettre les propositions de décentralisation à leurs citoyens. Dans la métropole, on prévoit déjà que la firme de consultants qui sera retenue pour établir les propositions de l'administration Tremblay aura trois mois pour pondre son projet, qui sera ensuite soumis à la population.

Au surplus, a-t-on appris de sources municipales, les citoyens des anciennes villes fusionnées se verront présenter par la grande ville la facture de leur décision, avant même l'étape du registre. Dans des villes comme Anjou, compte tenu des dettes dont la Ville de Montréal se porte garante, le taux d'imposition devrait grimper de 25 % environ, un élément fortement dissuasif susceptible de contrer la croisade des "défusionnistes", prédit-on.




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Le ministre-président de Bavière honoré à Québec

Pascale Breton
La Presse mercredi 14 mai 2003


Québec - Le premier ministre Jean Charest profite de la visite au Québec cette semaine du ministre-président de Bavière, Edmund Stoiber, pour le faire officier de l'Ordre national du Québec, une distinction rarement accordée à une personnalité étrangère.

Cette visite de deux jours de M. Stoiber, qui sera accompagné pour l'occasion d'une délégation officielle d'une dizaine de personnes en plus d'une quinzaine de représentants du milieu des affaires, s'inscrit dans la continuité des relations développées depuis 1989 entre le Québec et la Bavière sous l'ère de l'ancien premier ministre Robert Bourassa.

M. Stoiber aura un entretien privé aujourd'hui avec le nouveau premier ministre du Québec et les deux signeront ensuite une déclaration commune de coopération avant la cérémonie de l'Ordre national. Une rencontre avec le maire de Québec, Jean-Paul Lallier, est aussi au programme de la journée.

Demain, M. Stoiber sera à Montréal pour participer à la Semaine de la Bavière, au complexe Desjardins. Il s'entretiendra aussi avec le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry- qui a reçu l'Ordre de Bavière l'an dernier- en plus de rencontrer le maire de Montréal, Gérald Tremblay.

"La Bavière est un partenaire important pour le Québec", a indiqué hier le sous-ministre des Relations internationales, François Bouilhac. Une dizaine d'entreprises québécoises y sont d'ailleurs installées, dont Bombardier, Alcan et Pratt and Whitney.

Avec des exportations totalisant 734 millions, le Québec a d'ailleurs fait de l'Allemagne son principal partenaire commercial européen en 2002, devant le Royaume-Uni et la France.

Moins d'un mois après son élection, M. Charest consolide les liens du nouveau gouvernement en matière internationale. Après un voyage éclair à New York la semaine dernière et la visite de M. Stoiber cette semaine, il recevra le premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, du 22 au 24 mai. En plus des rencontres officielles, les deux hommes d'État participeront à Futurallia, un événement organisé pour favoriser des alliances commerciales.




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Recensement 2001 :

Religion: le paradoxe québécois

Même s'ils pratiquent peu, une grande majorité de Québécois (83,2 %) s'identifient toujours à la religion catholique romaine.

Clairandrée Cauchy
Le Devoir mercredi 14 mai 2003


Après Terre-Neuve, le Québec est la deuxième province où il y a le moins de personnes qui déclarent n'appartenir à aucune religion. Lors du dernier recensement, réalisé en 2001, seulement 5,6 % des Québécois affirment n'avoir aucune religion, soit une augmentation de 56 % par rapport au recensement de 1991. Cette proportion est de 16,2 % dans l'ensemble du Canada.

Seule Terre-Neuve affiche un taux plus bas que le Québec, avec 2,5 %. Le Territoire du Yukon et la Colombie-Britannique remportent la palme du pourcentage d'areligieux (37,4 et 35,1 %). Près des trois quarts des Canadiens qui disent n'appartenir à aucune religion ont moins de 44 ans.

Pourtant, le Québec est aussi la province où la participation aux services religieux est la plus faible, selon l'Enquête sociale générale également publiée par Statistique Canada. Entre 1999 et 2001, seulement 25 % de la population québécoise assistait à un service religieux au moins une fois par mois, alors que cette proportion était de 32 % dans l'ensemble du Canada. Le Québec est aussi la province où la pratique religieuse a le plus chuté entre 1989 et 2001 (-13 %).

Ce paradoxe pourrait s'expliquer par la structure centralisée de l'Église catholique romaine, qui réussirait mieux à maintenir le sentiment d'appartenance envers la religion, selon une hypothèse formulée par une analyste senior à Statistique Canada, Sylvie Bourbonnais.

«C'est peut-être parce que l'Église catholique romaine a une présence très forte sur la place publique. Les médias suivent les visites du pape d'un bout à l'autre de la planète. Les leaders des autres religions, protestantes en l'occurrence, ne sont pas aussi présents. C'est plus facile de maintenir l'identité religieuse dans ce contexte, même si les gens ne pratiquent pas », avance la sociologue de Statistique Canada.

Pour l'anthropologue Robert Crépeau, directeur-adjoint du Centre d'étude des religions de l'Université de Montréal, le sentiment d'appartenance envers la religion demeure important en raison de la place que cette dernière a occupée historiquement dans la société québécoise. «La réponse aurait probablement été différente si on avait posé des questions sur la croyance ou la spiritualité», estime le professeur à l'Université de Montréal, en précisant que les jeunes semblent être à la recherche de nouvelles formes de pratiques religieuses.

Le protestantisme recule

De façon générale, le nombre de catholiques a légèrement augmenté au Québec depuis le dernier recensement (1,3 %), alors que les différentes religions protestantes perdent des plumes, comptant près de 7 % de moins de membres qu'en 1991, soit 29,2 %.

Dans l'ensemble du Canada, la religion catholique demeure en tête de liste, avec 43,2 % de la population qui s'y identifie, en augmentation de 4,8 % par rapport à 1991. Le protestantisme affiche un recul de 8 %. «Depuis les années 1960, la religion protestante a toujours décliné, principalement au profit de la catégorie de gens qui se déclarent sans religion», observe Mme Bourbonnais.

Cette diminution s'explique également par le vieillissement de la population: l'âge médian des membres des religions protestantes est généralement plus élevé que celui des catholiques.

L'évolution des vagues d'immigration explique aussi en partie ce phénomène, estime la sociologue Sylvie Bourbonnais. De moins en moins de protestants immigrent au Canada alors que la proportion de nouveaux arrivants qui se déclarent sans confession (21,3 %) augmente de plus en plus, principalement en raison de l'afflux de personnes en provenance de la Chine et de Hong Kong. De plus, une proportion importante des immigrants arrivés entre 1991 et 2001 étaient de confession catholique (23 %).

La bonne posture de la religion catholique étonne tout de même le professeur Robert Crépeau: «Il est surprenant de constater une certaine continuité dans le nombre de catholiques romains, malgré les difficultés de l'Église à s'affirmer et se redéfinir, notamment en faisant une place aux femmes dans le culte», commente-t-il.

Religions issues de l'immigration

La religion musulmane a fait un bond considérable, tant au Québec que dans l'ensemble du Canada. Le nombre de musulmans a augmenté de 141,8 % depuis le dernier recensement, principalement grâce à la venue d'immigrants. Quelque 108 620 personnes appartenaient à cette religion en 2001, de ce nombre 100 200 vivaient à Montréal. Il y a d'ailleurs maintenant plus de musulmans que de juifs au Québec, ils représentent respectivement 1,5 % et 1,3 % de la population. Le rapport est presque de deux musulmans pour un juif au Canada.

Les religions issues de la région indo-pakistanaise et asiatique ont aussi connu d'importantes augmentations. Le nombre de sikhs a crû de 81,7%, d'hindous de 73,7 % et de bouddhistes de 30,8 %. Évidemment, une grande majorité des citoyens appartenant à ces religions vivent dans la région montréalaise.




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Islam thrives in Quebec

Catholicism tops. Immigration bolsters Muslim numbers beyond those of Jewish community

HARVEY SHEPHERD
The Montréal Gazette Wednesday, May 14, 2003


Islam has become the No. 1 non-Christian faith in Quebec, as in Canada as a whole.

Swollen by immigration from south Asia, north Africa and the Middle East, the number of Quebec Muslims increased by almost 11/2 times in the 10 years between 1991 and 2001.

This pushed them past Jewish Quebecers.

Salaam Elmenyawi, chairperson of the Muslim Council of Montreal, said he hopes the Muslim growth will help defuse East-West polarization.

"Now Islam is going to be a Western religion and we look forward to making a positive contribution," said Elmenyawi, a chaplain at Concordia University.

"We hope that this will help to bring the world closer together."

Data from the 2001 Canadian census made public by Statistics Canada yesterday show that the 108,620 Muslims in Quebec were up by 141.8 per cent from a decade earlier.

The Jewish figure slipped by eight per cent, to 89,915.

Elmenyawi said there might actually be more than 150,000 Muslims in Quebec. Quite a few Muslim residents of Montreal had not become Canadian citizens when census data were collected.

Bashir Hussain, chairperson of the Montreal Chapter of the Council of Muslim Communities in Canada, can remember when there were only a handful of Muslims in Montreal in the early 1960s. "Now we have about 30 mosques and places of prayer, and it's still not enough," he said.

Jack Jedwab, executive director of the Association for Canadian Studies, says the Muslim community is a young one.

"By the time the data are collected in the 2011 census, if they are collected, there may be more Muslim than Protestant students in Montreal schools.

"Clearly, the conventional Catholic-Protestant dichotomies in Quebec are going to be more and more difficult to justify."

He noted that not all Montreal Muslims are Arabs. There are large groups from south Asia and elsewhere.

Joseph Gabay, president of the Quebec Region of the Canadian Jewish Congress, is not surprised that Montreal's Jewish community had a small decline.

"Cities like Vancouver and Toronto have an increase in their Jewish populations, and part of that increase comes from Montreal."

The census data show Roman Catholics are still by far the largest group in Quebec. The 5.9 million Catholics in 2001 were up by 1.3 per cent, although they declined to 83.2 per cent from 86 per cent of the population.

Protestants declined a little in both absolute and percentage terms. However, Baptists rose by 28.9 per cent to almost 35,455.

Buoyed by some of the same factors as Muslims, Christian Orthodox rose 12.4 per cent, Buddhists 30.8 per cent, Hindus 73.7 per cent, Sikhs 81.7 per cent.

Harvey Shepherd writes about religion.

hshepherd@thegazette.canwest.com

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Top Religious Denominations in Quebec - 2001

Religion Number %

1. Roman Catholic 5,930,380 83.2
2. No religion 400,325 5.6
3. Muslim 108,620 1.5
4. Jewish 89,915 1.3
5. Anglican 85,475 1.2
6. Protestant 64,040 0.9
not included elsewhere*
7. Christian 56,750 0.8 not included elsewhere+
8. United Church 52,950 0.7
9. Greek Orthodox 50,020 0.7
10. Buddhist 41,375 0.6
*Includes persons who reported only "Protestant."
+ Includes persons who reported "Christian," as well as those who reported "Apostolic," "Born-again Christian" and "Evangelical."

SOURCE: statistics canada

Major Religious Denominations in Quebec - 1991* and 2001
2001 1991 change
Religion Number % Number % %

Roman Catholic 5,930,385 83.2 5,855,980 86.0 1.3
Protestant 333,595 4.7 359,750 5.3 -6.7
Christian Orthodox 100,370 1.4 89,285 1.3 12.4
Christian 56,750 0.8 38,975 0.6 45.6 not included elsewhere+
Muslim 108,620 1.5 44,930 0.7 141.8
Jewish 89,915 1.3 97,730 1.4 -8.0
Buddhist 41,380 0.6 31,640 0.5 30.8
Hindu 24,530 0.3 14,120 0.2 73.7
Sikh 8,220 0.1 4,525 0.1 81.7
No religion 400,325 5.6 257,270 3.8 55.6

*For comparability purposes, 1991 data are presented according to 2001 boundaries.

+ Includes persons who report "Christian," as well as those who report "Apostolic," "Born-again Christian" and "Evangelical."

SOURCE: Statistics Canada

Religious Affiliations of Immigrants Arriving in Canada
Before 1961- 1971- 1981- 1991-
Religion 1961 1970 1980 1990 2001

Roman Catholic 39.2 43.4 33.9 32.9 23.0
Protestant 39.2 26.9 21.0 14.5 10.7
Christian Orthodox 3.8 6.3 3.8 3.0 6.3
Other Christian 1.3 2.2 3.8 4.9 5.3
Jewish 2.7 2.0 2.2 1.9 1.2
Muslim 0.2 1.3 5.4 7.5 15.0
Hindu 0.0 1.4 3.6 4.9 6.5
Buddhist 0.4 0.9 4.8 7.5 4.6
Sikh 0.1 1.1 3.9 4.3 4.7
No religion 11.0 13.5 16.5 17.3 21.3
Other religion 2.1 1.0 1.1 1.3 1.4

SOURCE: Statistics Canada




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PAUL DESMARAIS’ WEB OF INFLUENCE OVER CANADA

Desmarais reputed to have huge influence on current and past Prime Ministers


LIFESITE, May 2, 2003 (LifeSiteNews.com) – For many years, astute political observers have noted what appears to be an unusually powerful web of influence over Canadian federal politics by wealthy Canadian businessman and Power Corporation founder, Paul Desmarais senior. The number of Prime Ministers and other elected and influential Canadians financially beholden to the Quebec based Canadian nationalist is astonishing.

In an Ottawa Citizen article of May 2, 1995 columnist Paul Gessell asked “Why does Desmarais have a direct pipeline into every Prime Minister’s office, regardless of who occupies that post or what party is in power?” Following is LifeSite’s summary of the most significant elements of the Desmarais web of influence.

* Current Prime Minister Jean Chretien sat on the board of Power Corp. subsidiary Consolidated Bathurst Inc. before becoming leader of the Liberal Party. Chretien’s daughter France is married to Paul Desmarais’ son Andre. Andre was involved in Canadian power station projects in China. Chretien personally withdrew Canadian support of a UN condemnation of China’s human rights abuses after Chinese officials threatened to take power station projects away from Canadian firms. The Prime Minister's nephew, Raymond Chretien, is now Canada's Ambassador to France." Chretien's "advisor, counsellor and strategist" for the past 30 years has been Mitchel Sharp, who brought Chretien into politics when he was Finance Minister. From 1981 onwards Sharp was Vice-Chairman for North America of David Rockefeller's Trilateral Commission.

* In her April 17, 2003 National Post column Diane Francis notes that Chretien heir apparent, Paul Martin, was hired in the 1960s to work for Paul Desmarais senior by Maurice Strong. In 1974, Francis writes, “Desmarais made Martin president of Canada Steamship Lines and then, in 1981, made him spectacularly rich by selling the company to him and a partner…” She follows, “It all begs a number of questions, Did Mr. Desmarais give away the company to Mr. Martin? Did Mr. Desmarais lend him the money or guarantee the loan? And what does this mean in terms of his allegiance or loyalty to Mr. Desmarais and his empire in Canada and France.”

* An August 5, 1994 Globe and Mail article noted that "Another prime minister, long-time family friend, Pierre Trudeau (now deceased), sits on Power's star-studded international advisory board."

* Ted Johnson, A former Trudeau assistant, and a friend of Chretien’s chief of staff, Eddie Goldenberg (more powerful than most MPs and even Cabinet Ministers), was vice-president, secretary and legal counsel to Power Corp.

* Michael Pitfield, the super-bureaucrat under the Trudeau government, was a vice-chairman of Power Corp and is still listed as a Director Emeritus.

* Maurice Strong became President of Power Corp by his mid-thirties. From there he became a Liberal Party bureaucrat and created the controversial, left-wing Canadian International Development Agency (CIDA). In 1976, still under Prime Minister Pierre Trudeau, he was appointed to run Petro Canada, the state-run oil company. This wealthy ex-Desmarais employee is an architect of the Kyoto accord and has been a powerful advocate of UN world governance and world de-population. He is an advisor to both the UN Secretary General and the president of the World Bank. With former Soviet President Michael Gorbachev he co-authored the infamous “Earth Charter” which Strong, Gorbachev and numerous prominent allies are hoping will guide a new world order based on "planetary ethics". The Charter reads like a new age ten commandments and includes language supporting abortion. Strong also supports a one world religion. See http://www.lifesite.net/ldn/2000/jun/00063006.html

See also http://www.lifesite.net/ldn/2000/jan/00011302.html

* Former Prime Minister Brian Mulroney and Desmarais go back at least as far as 1972. Mulroney friend Ian MacDonald described Desmarais as “Mulroney’s mentor in the business world.” Mulroney has done legal work for Desmarais since his spectacular election loss at the end of his second term as Prime Minister.

* Former Mulroney Cabinet Minister Don Mazankowski is currently Power’s company director.

* Former Ontario Conservative premiers William Davis and John Robarts sat on Power’s national advisory board.

* John Rae, the brother of former Ontario New Democratic (Socialist) Premier Bob Rae is currently listed as Power's Executive Vice-President, Office of the Chairman of the Executive Committee (Paul Desmarais).

* Former Quebec premier Daniel Johnson worked for Power from 1973 to 1981 and in the last of those three years was vice-president.

* The May 11, 1996 Toronto Star reported that “Desmarais’ worldwide political connections have resulted in an international advisory board featuring such luminaries as former German chancellor Helmut Schmidt; Sheikh Ahmed Zaki Yamani, former oil minister of Saudi Arabia, Paul Volcker, former head of the U.S. Federal Reserve Board and former prime minister Pierre Trudeau."

* There have been indications that the fabled de Rothchild family of Europe has been playing a role in Desmarais’ international expansion. For example, the Nov. 20, 2002 Financial Post covered the opening of Sir Evelyn de Rothchild’s investment bank’s Montreal office. Quebec’s business elite were present in force, headed by – Paul Desmarais Jr.

Ottawa Citizen’s Gessell ends his column on Desmarais, “When Chretien retires and a leadership convention is held to replace him, chances are Desmarais will be on hand. Finance Minister (now former) Paul Martin (from Quebec, as were Trudeau, Mulroney and Chretien) could quite possibly be Chretien’s successor. And who taught Martin how to succeed in business? None other than his former employer, Paul Desmarais.”

See Power Corporation’s website
http://www.powercorporation.com/index.php?lang=eng

See also
Saturday Night magazine, February 1996
The Globe and Mail August 5, 1994
The Toronto Star may 11, 1996
Diane Francis in The Financial Post April 1 and April 17, 2003




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À l'aube d'un nouveau départ

L'élection de Jean Charest fournira une occasion unique de réaliser des progrès notables

Paul Desmarais
La Presse mercredi 14 mai 2003


Nous publions ici un extrait du discours prononcé par l'honorable Paul Desmarais, président du comité exécutif de la Société Power Corporation du Canada, hier soir, alors qu'il recevait le prix Woodrow Wilson pour Présence sociale d'une entreprise.

JE REÇOIS cette distinction ce soir à titre de bon citoyen corporatif. Je présume qu'avant d'être un bon citoyen corporatif, une personne doit d'abord être un bon propriétaire corporatif ou un bon gestionnaire corporatif. (...)

Au début de ma carrière, en 1950, ma petite entreprise d'autobus n'était manifestement pas aussi solide et ordonnée, comme nous tentons de bien tenir nos affaires aujourd'hui. Nous avons fait des pieds et des mains pour faire avancer l'entreprise d'autobus à ses premiers jours. Je peux vous dire que ma préoccupation d'alors n'était pas de suivre le manuel de la gouvernance des affaires. Il s'agissait surtout d'une bataille pour survivre.

Lors d'une période critique, j'ai même tenté de payer mes chauffeurs avec des billets d'autobus. C'était là une idée novatrice, qui s'est avérée tout aussi peu orthodoxe que vaine le jour où les femmes des chauffeurs se sont plaintes en faisant valoir que Weston's n'accepterait pas mes billets d'autobus contre des articles d'épicerie. J'ai alors promis de les rembourser tous ! C'était sûrement de la bonne gouvernance des affaires chez Weston's Loblaw's, mais ça m'a pratiquement mis en faillite parce que je devais trouver 1500 $ pour rembourser les femmes des chauffeurs.

Nous devions sans cesse emprunter de l'argent, ce qui signifie que j'ai passé beaucoup de temps avec les banquiers au fil des années. J'ai adopté la politique du crédit sans intérêt. J'ai emprunté l'argent et n'ai pas eu le moindre intérêt à payer en le remboursant !

Au début des années 80, notre politique relative à la dette a changé, et nous avons alors commencé à prêter aux banques. Cela m'a permis de mieux dormir, mais les bons moments passés avec mes amis banquiers me manquent.

Tout en travaillant avec de nombreuses personnes remarquables, nous avons bâti une superbe entreprise - nous avons affiché des bénéfices, payé beaucoup d'impôts, employé un grand nombre de personnes valeureuses, fabriqué et distribué des produits importants dans la vie de nos clients.

En accomplissant tout cela, nous avons également cherché à nous assurer d'être de bons citoyens corporatifs en contribuant à la grande collectivité dont nous étions membres à part entière.

Déontologie des affaires

En ce qui me concerne, la déontologie des affaires est très simple. Comme le président John Adams l'a écrit à sa fille, " notre tâche consiste à être bons et à faire le bien ". Cela suppose bien sûr d'adopter les normes d'intégrité les plus élevées dans nos affaires commerciales. La majorité écrasante des personnes que j'ai rencontrées en affaires sont honnêtes et respectables.

Au Canada, nous devrions y penser à deux fois avant de reproduire aveuglément la mesure excessive actuellement mise en place aux États-Unis avec une loi telle que l'acte Sarbanes-Oxley en réaction à la perte de confiance causée par des affaires de type Enron.

Dans notre gouvernance d'entreprise, nous devons nous assurer qu'une nouvelle série de règlements de régie compliquée et artificielle ne limitera pas les propriétaires ni les directeurs au point qu'il serait encore plus difficile pour eux de s'acquitter de leurs responsabilités.

Nous, à Power, sommes des actionnaires de contrôle et nous prenons nos responsabilités de manière à bien gérer nos entreprises et à respecter plus sérieusement les intérêts de l'ensemble de nos actionnaires.

Il est difficile pour moi de constater que des étrangers désintéressés ont plus de chances de créer des valeurs durables que des propriétaires convaincus travaillant en partenariat avec de remarquables équipes de gestion.

Si toute cette discussion sur la gouvernance a pour objet de protéger les entreprises contre les artistes de la fraude, je suggère alors que nous appliquions plus strictement les lois existantes, ce qui nous permettrait de freiner avec grande efficacité de telles activités inacceptables.

En ce qui a trait à la responsabilité sociale des entreprises, le premier devoir d'un propriétaire ou d'un gestionnaire doit être le bien-être à long terme de l'entreprise. Un secteur privé fort et profitable est essentiel à l'édification d'une meilleure société. Ce n'est pas seulement une question d'argent. (...)

Un pays exceptionnel

Je suis très heureux de voir ici ce soir le premier ministre Charest et sa charmante épouse Michèle. Sa victoire est un témoignage de courage personnel et de détermination, une preuve de sa capacité de croire en lui-même et dans la cause qu'il défend et de son talent à persuader les autres de partager ses convictions.

Voilà le vrai leadership.

Le Canada est un pays tout à fait exceptionnel. Une des raisons de cette grandeur s'explique par le dynamisme de la province de Québec et de la contribution qu'elle fait dans tant de domaines.

Je crois sincèrement que nous sommes à l'aube d'un nouveau départ au Québec. Nous avons une occasion unique de réaliser des progrès notables.

J'en suis tout à fait heureux et je souhaite les meilleures chances à M. Charest et à son gouvernement.




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Une relation unique

Dans le monde des relations canado-américaines, l'accès au pouvoir suprême est un privilège que le Canada aurait tort de gaspiller ou d'abandonner

Brian Mulroney
La Presse mercredi 14 mai 2003


Nous publions ici un extrait de l'allocution que l'ancien premier ministre canadien le très honorable Brian Mulroney a prononcée hier soir lors du banquet où il a reçu le Prix Woodrow Wilson pour Service public.

AU LENDEMAIN de la Seconde Guerre mondiale le Canada s'est trouvé en position de force en relations internationales. Comme le Japon et une grande partie de l'Europe étaient éreintés par la guerre ou sous le joug communiste il est apparu soudain comme un acteur influent sur la scène mondiale.

Épargné par les ravages de la guerre et porté par une vague de prospérité le Canada a pu jouer un rôle considérable dans la construction de l'architecture de sécurité internationale qui préserve la paix depuis un demi-siècle: les Nations unies l'OTAN et NORAD ont tous vu le jour avec le concours constructif et admiré de notre pays.

Cette extraordinaire influence du Canada reposait sur une relation privilégiée avec le président et la population des États-Unis. (...)

Dans les années 1990 l'effondrement de l'URSS a donné naissance à un monde unipolaire dominé par notre voisin une grande nation démocratique dotée de l'économie et de l'armée les plus puissantes qu'on ait jamais vues. Tous les chemins menaient dès lors à Washington et les dirigeants des 194 pays jouaient des coudes pour y avoir leurs entrées et s'y faire entendre.

Le Canada avait beau jeu lui cependant. Nous avions déjà nos entrées à Washington. Nos premiers ministres et nos gouvernements successifs n'ont pas manqué d'exploiter à fond cette relation unique- qu'ils entretenaient d'ailleurs avec soin- pour obtenir le soutien de pays sensibles à la haute estime où nous tenait de toute évidence le président des États-Unis estime qui nous valait une influence certaine dans tous les rouages de l'administration et du Congrès.

Valeurs fondamentales

Cette relation très particulière entre deux grands pays reposait sur des valeurs fondamentales communes la liberté et la démocratie et nous n'hésitions pas à les défendre contre toute attaque. Le souvenir en est gravé en maints endroits depuis les tranchées d'une première guerre jusqu'aux plages de la suivante des lieux inscrits dans l'histoire du courage où Canadiens et Américains ont combattu côte à côte et donné leur vie au nom de la liberté.

Pour bien gérer cette relation si essentielle à notre bien-être économique et à notre sécurité nationale il faut de l'adresse et du doigté; il faut savoir saisir les nuances d'opinion et de pouvoir qui s'expriment à la Maison-Blanche au Congrès dans les médias et chez les groupes d'intérêts. Autrement dit nos premiers ministres doivent comprendre la responsabilité particulière qui incombe aux États-Unis dans ce nouvel ordre international. Ce n'est pas un dossier à déléguer à un ministre. (...)

Ne nous faisons pas d'illusions: aucun premier ministre ne réussit à toujours bien gérer cette relation si particulière. Certainement pas moi en tout cas. Parfois les problèmes qui surgissent sont causés par des décisions prises de l'autre côté de la frontière sinon par l'indifférence des Américains. Et curieusement c'est souvent au premier ministre du Canada qu'on fait porter le blâme quelle que soit son allégeance politique. Il arrive aussi à l'occasion que des déclarations soient faites qui échappent entièrement au contrôle du premier ministre et qui ont pour effet d'aggraver une situation déjà tendue.

Subordination indigne?

Il est drôle de constater que dans certains cercles canadiens des rapports amicaux avec le président des États-Unis suscitent une attitude alarmiste et méprisante. On va jusqu'à qualifier de subordination indigne d'une nation indépendante une relation que les dirigeants d'autres pays seraient pourtant bien heureux d'avoir.

Certains prétendent que les gains d'influence à Washington sont réservés aux dirigeants qui approuvent les États-Unis. Je peux dire par expérience que ce n'est pas vrai. Les Américains savent que nous formons un pays très différent du leur et ils nous respectent comme tels.

Je n'étais pas d'accord avec le président Reagan sur certaines des initiatives et des politiques qu'il chérissait le plus: nous nous sommes opposés aux États-Unis à propos de l'Initiative de défense stratégique (IDS) de Cuba du Nicaragua et de l'apartheid en Afrique du Sud. J'ai dû moi-même tenir mon bout farouchement lors de divergences sur la question des pluies acides et dans d'importants dossiers commerciaux. Mais nous l'avons fait selon la tradition canadienne- d'une manière respectueuse envers le président Reagan envers la haute charge qu'il exerçait et envers le grand pays qu'il dirigeait. Il a fait de même envers nous et cette attitude réciproque a fini par rapporter énormément au Canada.

Laissez-moi vous donner un court exemple. J'ai conclu assez tôt que l'IDS- la Guerre des étoiles- n'était pas pour nous. L'administration Reagan souhaitait ardemment notre soutien et comptait sur notre participation.

Un samedi après des réunions extraordinaires du cabinet et du caucus j'ai téléphoné au président à Camp David pour lui annoncer que mon gouvernement avait jugé que la participation ne servirait pas l'intérêt national du Canada.

Je l'ai avisé qu'il s'agissait du tout premier appel téléphonique à ce sujet et que personne en dehors du gouvernement n'était au courant de notre décision. Je lui ai dit que je comprenais sa déception et que je défendrais publiquement son droit d'entamer les recherches si c'était dans l'intérêt national de son pays.

Je l'ai assuré qu'aucune critique envers lui ou son pays ne serait formulée par un membre de mon gouvernement et qu'il n'y aurait absolument pas de grandes envolées moralisatrices de notre côté de la Chambre des communes.

Il a répondu en disant qu'il était profondément déçu qu'il avait espéré que nous serions les premiers à bord. Mais il a ajouté ceci: "Je suis sincèrement reconnaissant de la courtoisie que vous me faites en m'avisant de la décision et des motifs qui la justifient dans une conversation privée avant que les médias aient pu s'emparer de l'histoire. Vous et moi allons préserver cette relation de cordialité et de respect mutuel et sans doute faire de bonnes choses pour nos deux pays à l'avenir."

Sur quoi la conversation a pris fin. À peine quelques jours plus tard je l'avais de nouveau au téléphone engagé dans des pourparlers qui ont abouti directement à la signature de l'Accord de libre-échange qui a transformé l'économie de notre pays.

Je pense à une phrase tirée de la pièce Mesure pour mesure de Shakespeare qui illustre bien mon propos: "Oh comme c'est bien d'avoir la force d'un géant mais tyrannique d'en user comme un géant."

C'est précisément ainsi qu'un premier ministre du Canada peut jouer son rôle international le plus important et le plus constructif. Après avoir établi une relation d'amitié de confiance et de respect avec le président il est mieux placé que quiconque pour influencer par un constant dialogue privé des décisions qui empêchent justement les États-Unis d'user de leur pouvoir comme "un géant".

D'après mon expérience lorsque le président américain prête une oreille attentive au premier ministre canadien quelles que soient leurs allégeances les politiques prennent une tournure favorable: elles deviennent plus réfléchies plus respectueuses des sensibilités et des besoins de la communauté internationale et de ses institutions multilatérales.

Si dans le monde des affaires l'argent est roi dans le monde des relations canado-américaines l'accès au pouvoir suprême vaut son pesant d'or. C'est un privilège que le Canada aurait tort de gaspiller ou d'abandonner parce qu'il peut apporter d'énormes bienfaits à notre pays dans la poursuite de nos objectifs et à un monde où le Canada doit continuer d'exercer une influence constructive.




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Mulroney donne une leçon politique à Jean Chrétien

Vincent Marissal
La Presse mercredi 14 mai 2003


HONORÉ hier soir à Montréal par le prestigieux Centre international de recherche Woodrow Wilson, l'ex-premier ministre Brian Mulroney a profité de ce rare retour sur la scène publique pour donner une leçon de relations internationales à Jean Chrétien.

M. Mulroney a reçu hier soir le prix Woodrow Wilson pour "Service public" en compagnie de Paul Desmarais, à qui le Centre a attribué le prix "Présence sociale d'une entreprise". Carrefour de réflexion et de recherche en relations internationales situé à Washington, le centre Woodrow Wilson a créé il y a deux ans le Canada Institute, dont le mandat est d'approfondir les relations entre les deux pays, de mettre en valeur ces relations et d'accentuer la connaissance qu'ont les décideurs américains du Canada. Une mission qui tombe à point nommé en cette période tendue entre Washington et Ottawa. La tribune offerte par le Centre Woodrow Wilson à Brian Mulroney lui aura permis de passer quelques messages. Ce n'est pas la première fois que M. Mulroney critique la façon dont le gouvernement Chrétien gère ses relations avec les États-Unis, il l'a fait encore en début de semaine dans un journal torontois, mais il l'a fait hier soir dans un cadre beaucoup plus officiel, devant un auditoire trié sur le volet.

Sans jamais nommer Jean Chrétien, ni dire explicitement qu'il a commis une erreur en refusant d'envoyer les troupes canadiennes en Irak, le message de l'ancien premier ministre conservateur était néanmoins très clair: le présent gouvernement a sapé le pouvoir et l'influence du Canada à la Maison-Blanche.

Rappelant ses réalisations durant son règne de neuf ans à la tête du pays, M. Mulroney a vanté sa propre gestion des relations canado-américaines, "la principale responsabilité internationale du premier ministre du Canada", a-t-il insisté.

Fait à noter: tous les passages concernant les bonnes relations entre les deux pays et l'influence du Canada à Washington étaient rédigés au passé.

"Cette relation absolument sans pareille entre deux grands pays reposait sur des valeurs fondamentales communes, la liberté et la démocratie, et nous n'hésitions pas à les défendre contre toute attaque", a dit Brian Mulroney, en référence directe à la décision d'Ottawa de ne pas envoyer de soldats en Irak.

L'ambassadeur des États-Unis au Canada, Paul Cellucci, a lui aussi récemment reproché au gouvernement Chrétien de ne pas s'être lancé à la défense de son ami américain, ce que les États-Unis feraient sans la moindre hésitation pour le Canada, avait ajouté l'ambassadeur.

"Pour bien gérer cette relation, si essentielle à notre bien-être économique et à notre sécurité nationale, a repris l'ex-premier ministre, il faut de l'adresse et du doigté; il faut savoir saisir les nuances d'opinion et de pouvoir qui s'expriment à la Maison-Blanche, au Congrès, dans les médias et chez certains groupes d'intérêts. Autrement dit, nos premiers ministres doivent comprendre la responsabilité particulière qui incombe aux États-Unis dans ce nouvel ordre international. Ce n'est pas un dossier à confier à un ministre."

Cette fois, la référence vise la nomination par Jean Chrétien de son ministre John Manley au poste stratégique de coordonnateur des efforts de sécurité avec les États-Unis.

La sortie publique de Brian Mulroney coïncide avec une période de grandes activités diplomatiques, politiques et commerciales entre Washington et Ottawa sur une foule de dossiers très délicats qui ont mis à mal l'amitié historique entre les deux pays.

Faisant écho aux débats très chauds entourant le projet américain de bouclier antimissile du président Bush, M. Mulroney rappelle qu'il avait lui-même refusé d'entraîner le Canada dans le projet "Star Wars" du président Reagan, mais il estime avoir agi alors avec doigté et respect envers l'administration américaine.

"Je l'ai assuré (le président Reagan) qu'aucune critique envers lui ou son pays ne serait formulée par un membre de mon gouvernement et qu'il n'y aurait absolument pas de grandes envolées moralisatrices de notre côté de la Chambre des communes", a raconté hier soir M. Mulroney.

Ironiquement, au moment où Brian Mulroney prononçait son discours, le ministre de la Justice, Martin Cauchon, débarquait en catastrophe à Washington pour expliquer le projet d'Ottawa de décriminaliser la possession de cannabis à son homologue américain, John Ashcroft.

Outre la guerre en Irak, les dossiers commerciaux du bois d'oeuvre, du lait et des subventions agricoles empoisonnent les relations canado-américaines depuis quelques mois.

Certaines déclarations de proches de Jean Chrétien ou de ses députés ont aussi envenimé les choses. M. Mulroney n'a pas manqué de le relever hier soir.

"Ne nous faisons pas d'illusions: aucun premier ministre ne réussit à toujours bien gérer cette relation si particulière, a-t-il dit. Certainement pas moi, en tout cas. Parfois, les problèmes qui surgissent sont causés par des décisions prises de l'autre côté de la frontière, sinon par l'indifférence des Américains. Et curieusement, c'est souvent au premier ministre du Canada qu'on fait porter le blâme, quelle que soit son allégeance politique. Il arrive aussi à l'occasion que des déclarations soient faites qui échappent entièrement au contrôle du premier ministre, et qui ont pour effet d'aggraver une situation déjà tendue."

À l'époque où il était premier ministre, Brian Mulroney s'est fait accuser maintes fois d'être à la botte des Américains. Jean Chrétien, alors chef de l'opposition, a fait des gorges chaudes des parties de pêche de M. Mulroney avec George Bush père.

M. Mulroney a rendu hier la monnaie de sa pièce à son accusateur. "D'après mon expérience, a-t-il dit, lorsque le président américain prête une oreille attentive au premier ministre canadien, quelles que soient leurs allégeances, les politiques prennent une tournure favorable: elles deviennent plus réfléchies, plus respectueuses des sensibilités et des besoins de la communauté internationale et de ses institutions multilatérales."

Dans une entrevue publiée lundi dans le quotidien The Globe and Mail, M. Mulroney allait beaucoup plus loin, affirmant que l'on se rend mal compte au Canada de l'ampleur des dommages causés par le gouvernement Chrétien à nos relations avec les États-Unis. "Ce que nous constatons ces jours-ci au gouvernement du Canada, a-t-il dit en entrevue, c'est ce que nous voyons aussi en France et en Allemagne: un acte de contrition inélégant. Mais je ne suis pas certain que l'enthousiasme soit réciproque."

Hier soir, ses mots étaient moins durs, mais il s'est néanmoins permis de faire des remontrances à son successeur libéral: "Si dans le monde des affaires, l'argent est roi, dans le monde des relations canado-américaines, l'accès au pouvoir suprême vaut son pesant d'or. C'est un privilège que le Canada aurait tort de gaspiller ou d'abandonner, parce qu'il peut apporter d'énormes bienfaits à notre pays, dans la poursuite de nos objectifs, et à un monde où le Canada doit continuer d'exercer une influence constructive."




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Les cicatrices de Mario

J. -Jacques Samson
Le Soleil mercredi 14 mai 2003


Chronique politique - Mario Dumont a eu besoin de quelques jours pour récupérer après le décevant résultat qu'il a encaissé le soir du 14 avril. Il reprend le collier cette semaine. Le jeune chef de l'Action démocratique a roulé à un train d'enfer au cours des 18 derniers mois, se partageant entre l'Assemblée nationale, les activités de financement, le recrutement de candidats, l'élaboration du programme et de la plate-forme électorale, les présences à répétition dans les médias, les tournées aux quatre coins du Québec.

Et il lui arrivait de quitter Montréal, à 22 h 30, après une réunion, et de conduire lui-même jusqu'à Cacouna pour rejoindre les siens. Il ne rentrait alors pas, tard dans la nuit, dans une garçonnière où il aurait pu relaxer mais dans une maison animée par trois enfants, dont un bébé de deux mois, raconte un Guy Laforest admiratif. Il était déjà surmené au déclenchement des élections ; il a eu une performance moyenne, même si ses proches ne l'admettent pas ; il a mal lu le déroulement général de la campagne et l'atterrissage fut brutal.

Mais il peut se consoler en se disant qu'il aurait fallu être un surhomme pour faire plus et mieux, avec les mêmes moyens, surtout que l'ADQ a été la cible d'une impitoyable campagne de peur orchestrée par les groupes de gauche et les centrales syndicales, avec la bienveillante collaboration de plusieurs acteurs dans les médias. Il est heureux que Mario Dumont ne songe pas à lancer la serviette mais se donne au contraire un nouveau plan de travail. La population exige de ses leaders qu'ils soient des marathoniens.

L'ADQ n'a certes pas réussi à s'imposer de façon incontestée comme la solution principale au Parti libéral ou au Parti québécois, à la suite d'un réalignement d'une tranche suffisante de l'électorat pour déclasser l'un des deux vieux partis (comme le Parti québécois y était parvenu dès 1970) mais le tiers parti ressort tout de même de cette guerre avec de précieux acquis. De 10 000 membres il y a 15 mois, il est passé à 50 000, faisait remarquer son président Guy Laforest. D'une trentaine d'associations bien structurées, il est monté à 80. Ses noyaux durs de 25 militants dans chacun de ces comtés étaient constitués d'amateurs, devenus beaucoup plus expérimentés. Ses appuis ont aussi grimpé de 480 636 votes (11,8 %) à 696 972 votes (ou 18,2 %).

La direction du parti s'est donnée en fin de semaine dernière un plan d'action sommaire: mettre en place des instances militantes qui correspondront à un parti de 50 000 membres, un calendrier pour passer de 80 à 125 associations de comté efficaces, institutionnaliser ses diverses commissions afin de développer plus de permanence. Guy Laforest me disait se donner deux ans pour franchir les étapes restantes pour que l'ADQ devienne un grand parti moderne.

M. Laforest affirme que le post mortem de Trois-Rivières n'a épargné aucune dimension, qu'il fut lucide et sans complaisance. L'ampleur de l'hécatombe du 14 avril ne tient pourtant pas seulement à l'amateurisme observable au plan de l'organisation, à des erreurs dans les communications et la stratégie de terrain mais bien plus au flou idéologique qui s'est installé sur l'ADQ, ancrant la perception que ce parti n'était pas prêt pour les lourdes responsabilités du pouvoir ou même de l'opposition officielle.

À tort ou à raison, les Québécois ont compris que pour gagner des votes, Mario Dumont reculait sur les principaux éléments de son programme : valse des critiques successifs en santé, replis sur le taux de taxation unique, les bons d'étude et de garde, les structures de l'État...

Des candidats vedettes et des têtes d'affiche comme l'homme d'affaires Marcel Dutil ont envoyé des messages contradictoires sur des articles centraux du programme. Le chef a aussi pris ses distances, sur les conseils du président Laforest, de la publication d'un livre qui devait résumer la pensée de l'ADQ.

La manoeuvre a laissé une mauvaise impression. Les résultats du 14 avril montrent par ailleurs des gains impressionnants dans la région de Québec, où 30 % des votes ont été recueillis dans certains comtés ; une performance respectable dans le centre du Québec ; inférieure aux attentes à Laval et sur la rive sud de Montréal (en raison d'une organisation déficiente à ce dernier endroit) ; mais un véritable désastre sur l'île de Montréal (moins de 10 % des votes).

Or, l'ADQ ne peut espérer devenir ce " grand parti moderne " sans s'élever au rang de force politique incontournable dans la métropole. Il n'y parviendra jamais avec ses continuelles fuites en avant sur les questions de la souveraineté et de la langue. À Montréal, il faut obligatoirement qu'un parti soit dans le camp du OUI ou dans celui du NON. L'ADQ doit résoudre son problème identitaire.

L'ADQ a choisi de se concentrer dans un premier temps sur les structures du parti, l'encadrement des militants que les dirigeants ne veulent pas échapper, les relations entre le " national ", le bureau parlementaire et les militants. Il est cependant au moins aussi urgent de replonger dans les orientations fondamentales du parti et un discours cohérent pour les véhiculer, après un mea culpa sur leur dilution aussi opportuniste que coûteuse.

JJSamson@lesoleil.com




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L'ami du "moron" de Washington

Michel Vastel

Le Soleil mercredi 14 mai 2003


Chronique politique - Non ! Non ! Je ne veux pas vous parler de Jean Chrétien - "le président n'est pas un "moron", il est mon ami..." - , mais de l'ambassadeur des États-Unis d'Amérique au Canada, Paul Cellucci. Son comportement est troublant, souvent à la limite de l'ingérence. Pour tout dire, je pense qu'il dessert les intérêts politiques d'un grand peuple pour lequel, comme la vaste majorité des Québécois, j'éprouve une sympathie certaine.

Monsieur Cellucci est un avocat qui a passé 30 ans de sa vie, comme élu, au service de l'État du Massachusetts. Il fut membre de la Chambre des représentants puis du Sénat, lieutenant-gouverneur puis gouverneur de son État jusqu'à sa nomination à Ottawa. Républicain, grand ami de George W. Bush, c'est un "politique" qui ne s'embarrasse pas des subtilités du langage diplomatique imposé par le département d'État. Mais c'est aussi un primate peu raffiné. Petite anecdote...

Le 3 avril dernier, à Montréal, il poursuivait sa campagne, lancée à Toronto une semaine plus tôt, contre le refus du Canada de participer à la guerre en Irak. À la fin du petit déjeuner, un homme se lève et lui demande si les États-Unis, après avoir mis fin au régime de Saddam Hussein, allaient s'en prendre à un autre État de la région qui, lui non plus, ne respecte pas les Résolutions des Nations unies.

- Vous voulez parler de l'Iran ? demande l'ambassadeur après un moment d'hésitation.

- Non, je parle de l'État d'Israël !

La question déstabilisa tellement Paul Cellucci que je lui découvris de réels talents pour le patinage artistique ! Un collaborateur de l'ambassade, me voyant griffonner furieusement des notes sur mon calepin, vint me voir pour me préciser que, l'impertinent parlant avec " un accent israélien ", l'ambassadeur n'avait pas cru qu'il puisse critiquer son pays.

En fait, l'homme était nul autre que Stephen Jarislowsky, l'analyste financier le plus respecté, et le plus redoutable, du Canada. Il est juif ce qui n'est pas forcément à confondre avec " israélien ". L'incident illustre tout de même deux choses : Paul Cellucci pense qu'on ne peut pas critiquer son propre pays, et il ne classe pas l'État d'Israël dans la catégorie des États voyous. Ouf !

Quand il dit du Canada : " Nous sommes déçus et agacés ", il révélait son incompréhension de voir le gouvernement du Canada critiquer le gouvernement des États-Unis d'Amérique. C'est que, précisa-t-il encore dans son discours de Toronto, le 25 mars, Canadiens et Américains sont plus que des amis, ils appartiennent à la même famille. Désolé M. Cellucci, mais ça c'est de l'impérialisme.

D'ailleurs, quand l'ambassadeur dit que "si une menace pesait sur le Canada, les États-Unis seraient là, prêts à fournir leur assistance, sans hésitation, parce qu'il fait partie de la famille", j'ai la désagréable impression qu'il veut dire que les États-Unis seraient là avant même que le Canada ait demandé leur aide ! [En passant, je lui ai moi-même demandé si la sécession du Québec, qui représenterait incontestablement une "menace" pour le Canada, justifierait "l'assistance" des États-Unis... Il n'a pas répondu, jugeant qu'il s'agissait d'une question intérieure !]

Les ambassadeurs représentent directement leurs gouvernements et on devrait les féliciter de "donner l'heure juste" à l'occasion. C'est une pratique de plus en plus courante dans la diplomatie moderne et Raymond Chrétien, lorsqu'il représentait le Canada à Washington, ne se gênait pas pour critiquer la politique américaine à l'égard de Cuba, ou le harcèlement contre les producteurs canadiens de bois d'oeuvre. Mais Chrétien est un diplomate de carrière qui faisait cela dans les formes.

Paul Cellucci ne se gêne pas, quant à lui, pour brandir les menaces de rétorsion. "Cela pourrait affecter le commerce", dit-il en parlant des conséquences de la neutralité du Canada dans la question irakienne. Rappelons aussi qu'il ne se gêna pas pour critiquer la politique budgétaire du pays et les investissements insuffisants dans la défense. Qu'arriverait-il si un ambassadeur canadien jugeait que le gouvernement américain investit trop dans la défense et pas assez dans l'aide au développement ?

Certes, des députés et un ministre canadien ont tenu des propos peu diplomatiques à l'égard de George W. Bush. Mais combien de sénateurs ou de représentants américains ont tenu des propos encore plus insultants à l'égard du président de la France ou du chancelier allemand ? Tout maladroits que soient ces propos, ils n'ont aucune mesure avec ceux d'un ambassadeur qui parle au nom de son chef de gouvernement.

Il y a, dans l'attitude et les propos de l'ambassadeur Cellucci, une certaine forme de condescendance, voire de mépris, pour les Canadiens. On peut se demander s'il est capable de remplir objectivement le second rôle de tout ambassadeur qui est d'aider son propre gouvernement à comprendre les politiques canadiennes qui l'affectent. Quelle responsabilité porte donc Paul Cellucci dans le report de la visite officielle du président Bush au début du mois ? Quelle responsabilité porte-t-il dans le harcèlement des Canadiens à la frontière entre les deux pays ? Quelle responsabilité porte-t-il dans l'enlisement de tous les différends commerciaux ?

En fait, Paul Cellucci se comporte comme un Américain hostile au Canada et aux politiques de son gouvernement. On se demande s'il se croit au service du département d'État dans un pays ami, ou au service de la CIA dans un pays jugé à risque. Désolé de revenir encore sur ce passé, mais Pierre Elliott Trudeau n'aurait jamais toléré cela... George W. Bush non plus d'un ambassadeur du Canada d'ailleurs !

MVastel@lesoleil.com




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You can do better, Jean

National Post Tuesday, May 13, 2003


As has been the case many times in recent years, the federal Liberals' ethics are being called into question.

Last week, the endless saga of replacing our military's ageing Sea King helicopters took a new twist. Documents obtained by the National Post's Andrew McIntosh show that the tendering process for new choppers was manipulated to favour a French manufacturer. Then yesterday, Mr. McIntosh reported fresh details concerning the Auberge Grand-Mère scandal, a story he first broke in 1999. Evidence has surfaced showing that the near-bankrupt hotel would never have received a loan in 1997 if Jean Chrétien, the Prime Minister, had not personally interfered. Indeed, a bank memo revealed that when the Auberge first applied for a loan, bank analysts concluded "the financials clearly indicated inadequate cash flow to service the current obligations."

When Mr. Chrétien announced last August that he would serve another 18 months before retiring, he surely had something more interesting in mind for his remaining time in office than once again defending his ethics. But the PM has only himself to blame. The ageing, complacent political machine he heads often operates as if it were above scrutiny. Because Mr. Chrétien's government continues to tread water, wasting the opportunity to move forward with bold new policies, there is little news coming out of Ottawa to divert attention from the resultant scandals. Mr. Chrétien should be worried for his legacy: Unlike Pierre Trudeau and Brian Mulroney -- the two other long-serving PMs of our era -- he risks being remembered more for his ethics than his achievements.

It is difficult to imagine that, with the limited time he has left, Mr. Chrétien will be able to match Mr. Trudeau's Charter of Human Rights and Freedoms or Mr. Mulroney's Canada-U.S. Free Trade Agreement. But significant accomplishments are certainly within reach. Rather than coasting the rest of the way, spending the summer on the golf course and the fall basking in tributes, he should spend his remaining months pursuing substantive goals.

On some fronts, Mr. Chrétien and his ministers have already made headway. But in each instance, there is an increasing likelihood of proposed legislation falling by the wayside as the PM hands the reins to Paul Martin, the de facto Liberal leader in waiting. Robert Nault's badly needed First Nations Governance Act, for instance, stands to make band leaders more accountable to rank-and-file Indians. But the legislation is moving forward too slowly. With Mr. Martin having stated he would kill the Act if it were up to him, the PM must act quickly if he hopes for a positive legacy on reserves.

On other fronts, too, Mr. Chrétien has a narrow window to produce substantive change. Both the PM and Martin Cauchon, the Justice Minister, appear committed to decriminalizing possession of small amounts of marijuana for personal use -- a sensible reform that should be put into law without delay. The same goes for Mr. Chrétien's ethics reforms, which are supposedly intended to help future cabinets maintain a cleaner slate than his has managed.

Then there are those issues on which Mr. Chrétien has a final chance to adopt a clear and proactive position. By substantially increasing defence spending, he could begin to rectify years of shameful underfunding that has turned our military into an international embarrassment. By pledging Canada's full support for U.S. missile defence plans, and beginning constructive negotiations toward that end, he could achieve the twin goals of enhancing North American security and helping rebuild relations with our closest friend and biggest trading partner.

Decisive action on any of these fronts will not be easy, especially considering the resistance that Mr. Chrétien faces from many of his own MPs. But after coasting along since the late '90s, the PM must surely be capable of one final burst of energy. If he takes the next nine months seriously, Mr. Chrétien might even be able to get the rest of us to associate his name with something other than helicopters and hotels.




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Les familles du Québec encore moins riches que la moyenne canadienne

Leur revenu médian franchit la barre des 50 000$

Francis Vailles
La Presse mercredi 14 mai 2003


DURANT la décennie 90, le Québec n'a pas comblé l'écart qui le séparait du reste du Canada du point de vue du revenu des familles, selon l'analyse publiée hier par Statistique Canada.

En 2000, les revenus de la famille type au Québec étaient de 50 242 $, soit 4774 $ de moins que ceux de la famille type canadienne (55 016 $). En 1990, cet écart du revenu médian des familles était de 4669 $.

L'agence fédérale a publié hier une analyse du revenu des familles du dernier recensement, soit celui de 2001. Essentiellement, Statistique Canada a confirmé ce que plusieurs analyses avaient déjà constaté: la famille type n'a pas augmenté son pouvoir d'achat au cours de la dernière décennie. Pour le Québec, la hausse du revenu médian a été de 0,7 %, à 50 242 $ en 2000, comparativement à une augmentation de 0,8 % pour l'ensemble du Canada.

Pour obtenir ces chiffres, l'agence fédérale a redressé les revenus familiaux de 1990- et même ceux de 1980- pour les comparer à ceux de 2000, effaçant complètement l'effet inflationniste des 10 ou 20 dernières années, selon le cas. Autrement dit, les revenus de chacune des années sont exprimés en dollars de l'année 2000 et donc absolument comparables, du point de vue du pouvoir d'achat. Autre élément: Statistique Canada utilise principalement le revenu médian, soit la valeur centrale où la moitié des familles ont des revenus supérieurs et l'autre moitié, des revenus inférieurs.

C'est en Alberta que le revenu médian a le plus fortement progressé (+ 7,1 %, à 60 142 $), suivie de la Saskatchewan (+ 5,1 %, à 49 264 $) et du Manitoba (+ 3 %, à 50 934 $). Terre-Neuve arrive à la queue de peloton, essuyant une baisse de 3,7 % du revenu familial médian, à 41 214 $, suivie de la Colombie-Britannique (- 2,3 %, à 54 840 $). Le revenu familial de l'Ontario est en légère hausse (+ 0,3 %, à 61 024 $). Pour l'ensemble du Canada, le revenu médian était en hausse de 0,8 % par rapport à 1990 et de 6,4 % par rapport à 1980.

Moins de pauvres

Par ailleurs, la proportion de familles vivant sous le seuil de faibles revenus en 2000 est à peu près la même qu'en 1990. Elle a en fait reculé légèrement, passant de 12,8 % de l'ensemble des familles en 1990 à 12,6 % en 2000. Cette proportion était de 14,2 % en 1980. Le seuil de faibles revenus de Statistique Canada est souvent utilisé par divers intervenants comme une mesure de la pauvreté.

Ce sont les familles monoparentales et les personnes âgées de 65 ans et plus qui ont le plus amélioré leur sort parmi les familles à faibles revenus. Chez les personnes âgées, le taux de faibles revenus est passé de 20,4 % à 16,8 % entre 1990 et 2000. De leur côté, les familles monoparentales sous le seuil de faibles revenus sont encore nombreuses (45,8 %), mais passablement moins qu'en 1990 (53,5 %).

Elles ont bénéficié, dit Statistique Canada, de l'activité accrue du marché du travail et de transferts gouvernementaux plus élevés.

De plus, l'agence fédérale a séparé les familles en 10 groupes égaux en fonction de leurs revenus et comparé l'évolution du revenu moyen de chacun de ces déciles. Les conclusions sont éloquentes: les cinq premiers déciles, dont les revenus sont inférieurs à 55 015 $, n'ont pratiquement pas vu leurs revenus réels bouger entre 1990 et 2000. Par contre, les familles des cinq autres déciles (55 016 $ et plus) ont vu leurs revenus moyens augmenter sensiblement. Par exemple, la hausse a été de près de 15 % dans le cas des familles les plus aisées (voir tableau en D1) entre 1990 et 2000.

L'analyse ne tient pas compte des impôts

L'analyse de Statistique Canada ne tient toutefois pas compte de l'effet des lourds impôts exigés des Canadiens pour combattre les déficits fédéral et provinciaux durant les années 90. "Après impôt, les hausses de revenus des familles aisées auraient probablement été plus faibles, mais on ne peut le quantifier avec le recensement", dit Sylvie Michaud, directrice de la division Statistique du revenu de l'agence fédérale.

Par exemple, d'autres études ont démontré par le passé que l'écart de revenus entre les riches et les pauvres est réduit du tiers après le passage du fisc, les riches payant proportionnellement beaucoup plus d'impôts que les plus pauvres.

Le gagnant, la Beauce

Par ailleurs, au Québec, c'est la ville de Saint-Georges, en Beauce, qui a connu la plus forte hausse des revenus médians des familles entre 1990 et 2000 (+ 9,5 %, à 48 265 $), suivie de Magog (+ 9,2 % à 46 945 $). À l'inverse, les plus fortes baisses sont revendiquées par La Tuque (- 8,7 %, à 45 973 $) et Rouyn-Noranda (- 7,7 %, à 51 141 $). Voici les chiffres des six régions métropolitaines du Québec: Montréal,- 0,4 % à 53 385 $, Québec,- 0,5 % à 54 312 $, Sherbrooke, + 5,8 % à 48 969 $, Trois-Rivières,- 1,8 % à 47 571 $ et Hull-Ottawa, + 2,1 % à 69 518 $.




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Breaking up is hard to do

Old debate on municipal level. Issues raised by demergers are too important to ignore

JACK JEDWAB
The Montréal Gazette Wednesday, May 14, 2003


The possibility of referendums on demerging former municipalities from the new megacities has given rise to several ironies. Perhaps the most curious is that offered by Parti Québécois municipal affairs critic Diane Lemieux, who contends that residents of unmerged cities should be allowed to vote in referendums involving the demerger of former municipalities. In justification, she argues that the departure of a former municipality would have a profound impact on all the residents of the megacities.

One could take Lemieux's argument more seriously if she applied it to the Quebec-Canada debate. The departure of Quebec would no doubt have a far greater effect on all Canadians than would, say, a decision by Westmounters to quit the Montreal megacity. Yet, Lemieux would consider it unthinkable that other Canadians might have a say if Quebecers ever chose to leave the country.

Quebec City Mayor Jean-Paul L'Allier has taken the argument a step further. He suggests that the Liberals introduce legislation similar to that in California that stipulates the secession of a territory is permitted on condition that the rest of the city also agrees to the split. An opponent of the federal government's Clarity Bill, L'Allier seems to have come up with his own version of Plan B where it concerns municipal matters.

We can soon expect Lemieux and L'Allier to insist that the question in any municipal referendum be clear and that it include the word "separation or secession." Expect them to tell us that 50 per cent plus one per cent is insufficient to permit the departure of a demerged municipality.

Advocates of the mergers have called for stronger leadership by megacity mayors in defending the new cities. Surely, L'Allier's approach is not a good example. It is far more advisable for the mayors of the new cities that would be most affected by demergers to come up with proposals that recognize the distinct character of the former municipalities and recognize their important historic contribution.

Greater thought will have to be given to how the relationship between the central administrations and local municipal entities can be made more asymmetrical. This should be done before an eventual round of negotiations, including both elected and non-elected officials. A constituent assembly is preferable to attempts by a few officials to quietly settle the issues behind closed doors. Strong towns within united cities characterized by sound economic and political partnerships should be the objective. Ultimately, there should no contradiction between having a strong Westmount in a united Montreal.

Setting the bar too high for former municipalities to opt out of the megacities would only aggravate an increasingly fragile situation. Future strategies for addressing the desire for demergers will have to focus on the broader impact on city institutions. Apart from the financial implications for both the former municipalities and the city centres, there are issues of political representation that need to be carefully considered. In many instances, the former municipalities had input into the decision-making of the centre cities.

While the demerging of certain municipalities is certainly possible, it is unlikely that there would be a return to those political institutions that once represented the various municipalities of a given territory. Don't expect a resurrection of the Montreal Urban Community. If only a few municipalities opt out of the new cities, they might be disadvantaged by the political imbalance in a future structure.

These are issues that cannot be ignored. Those who legitimately object to taxation without representation cannot expect to have representation without taxation.

The uncertainty that for many years dominated provincial politics has now moved onto the municipal front. And while it is true that the problem was created by the previous provincial administration, the cost of prolonged uncertainty can be substantial. For this reason, it is be essential for our leadership to act quickly to address the issues facing our cities.

Jack Jedwab is executive director of the Association for Canadian Studies, based in Montreal.