plus


ACTUALITÉ

Michel Audet en entrevue

Québec remet en cause de grands projets péquistes

Le projet d'aluminerie Alcoa dans Portneuf sera révisé, affirme le ministre du Développement économique

Robert Dutrisac
LE DEVOIR - jeudi 15 mai 2003


Québec - Compte tenu de la situation précaire des finances publiques, le gouvernement Charest remet en question les engagements du gouvernement Landry envers certains grands projets comme l'aluminerie Alcoa dans Portneuf.

Au cours d'une entrevue accordée au Devoir, le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, a laissé savoir que les derniers engagements du gouvernement péquiste, faits par l'entremise d'Investissement Québec ou d'autres sociétés d'État comme la Société générale de financement (SGF), sont présentement scrutés à la loupe pour tenter d'y mettre fin ou encore d'en diminuer le coût pour l'État.

«Il y en a dont on va essayer de réduire l'impact budgétaire et il y en a qui vont être abandonnés, a affirmé M. Audet. Je ne veux rien exclure compte tenu de l'ampleur du défi budgétaire qu'on a à [relever].»

Le ministre a évoqué le cas de l'agrandissement de l'aluminerie d'Alcoa à Grondines-Deschambault, dans Portneuf, qui a fait l'objet d'une annonce en mars avec l'appui financier du gouvernement Landry. Parlant des projets qui doivent être revus et retardés, M. Audet a cité «l'aluminerie», c'est-à-dire Alcoa : le Québec ne verra pas la couleur de cet investissement privé avant 2006-07, mais le gouvernement doit verser des fonds dès 2004-05. «Est-ce que ça pressait de prendre un engagement qui va avoir un impact budgétaire dès l'an prochain ?», s'est demandé M. Audet.

Au ministère des Finances, au Conseil du trésor et au ministère du Développement économique et régional, des analyses sont en cours pour déterminer si les entreprises concernées ont rempli toutes les conditions liées à ces ententes, à défaut de quoi le gouvernement pourrait revenir sur sa signature. Dans d'autres cas, le gouvernement cherchera à renégocier certains aspects de ces ententes, a révélé le ministre. Déjà, il y a 15 jours, la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, a remis en cause l'aide de 206 millions consentie à la Compagnie minière Québec Cartier à la veille des élections.

Le trou de 4,3 milliards, constaté par l'ancien vérificateur général Guy Breton, est bien réel, a soutenu M. Audet. Tous les programmes du gouvernement seront affectés dès maintenant «en excluant autant que possible la santé et en essayant de minimiser l'impact sur l'éducation», a-t-il dit. Les autres ministères, y compris le sien et les sociétés d'État qui relèvent de lui, «seront touchés fortement», a ajouté M. Audet.

Tous les projets présentés à Investissement Québec, notamment dans le cadre du programme FAIRE et de Bio-Levier, sont présentement suspendus pour fins d'évaluation.

Michel Audet ne cache pas que les compressions dans l'aide au secteur privé, sous forme de subventions ou de crédits d'impôt, pourraient entraîner des fermetures d'entreprises. «Dans le système capitaliste dans lequel on est, il faut se dire que ce n'est pas anormal qu'une entreprise ferme. Ça fait même partie du système parfois qu'elle doive fermer pour que d'autres la reprennent pour repartir. L'important, c'est qu'il y en a plus qui repartent qu'il y en a qui ferment. C'est ça, l'économie», a-t-il expliqué.

Car au-delà des problèmes financiers immédiats, c'est à une véritable réforme du soutien financier aux entreprises que s'attelle le ministre, conformément à l'engagement électoral du Parti libéral. M. Audet cite le cas de projets acceptés par Investissement Québec : la part des fonds publics, en y ajoutant les contributions de la SGF, du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FTQ) ou d'autres fonds de capital de risque soutenus par l'État, atteint 90 % de la mise. «C'est le monde à l'envers», estime-t-il.

À cet égard, le ministre proposera que la limite maximale des fonds publics à risque, telle qu'acceptée normalement par Investissement Québec, passe de 75 % à 50 %. «Les risques, ils doivent être aussi assumés par les gens qui investissent», c'est-à-dire le promoteur privé, estime M. Audet. Le programme FAIRE, qui accorde des crédits d'impôt pour des investissements privés majeurs, va être revu de fond en comble. «C'est des milliards d'engagements. On s'est monté une montagne énorme», a-t-il fait observer.

Le calcul de cette aide, qui tient compte des retombées directes et indirectes des investissements sur les finances publiques, est «une mécanique simpliste», juge le ministre. Elle prive l'État de revenus futurs. Les projets rentables qui n'ont pas besoin de l'aide de l'État ne devraient pas en recevoir, même pour des questions d'équité, a-t-il fait valoir.

L'intervention de l'État sera toujours nécessaire, surtout en région. Mais elle pourra aussi se traduire par le recyclage des travailleurs licenciés ou le soutien à des projets privés locaux. «C'est sûr que ce n'est pas les mêmes emplois et les mêmes salaires. Ce n'est pas le même niveau de vie», a-t-il convenu, mais rien ne sert de soutenir, à même des fonds publics, une entreprise vacillante condamnée à fermer à court ou à moyen terme.




plus

Plus question de pomper de l'argent dans la SGF

Robert Dutrisac
LE DEVOIR jeudi 15 mai 2003


Québec - Le gouvernement Charest cessera de «pomper» de 300 à 500 millions par an dans la Société générale de financement (SGF), mettant ainsi au rancart le plan quinquennal de la société d'État, qui prévoit des investissements de 12 milliards.

«On pompe dans la SGF entre 300 et 500 millions par année. On ne peut pas, nous, repomper. On n'a pas d'argent», a indiqué le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, au cours d'une entrevue accordée au Devoir. La situation des finances publiques «fait en sorte qu'on ne pompera pas des centaines de millions dans la SGF», a-t-il tranché.

Ceci signifie donc que le plan quinquennal de la SGF, adopté par le gouvernement Landry le 12 février dernier et prévoyant un réinvestissement annuel dans la société d'État par son unique actionnaire, est abandonné.

Michel Audet a révélé qu'il avait ces jours-ci des discussions avec le président de la SGF, Claude Blanchet, sur l'avenir de la société d'État, en même temps que ce dernier négocie ses conditions de départ avec le conseil exécutif.

Le ministre entend repenser la mission de la SGF et ses grandes orientations «parce que là, on [à la SGF] est tous azimuts». Aucune orientation précise n'est encore adoptée. M. Audet mandatera un comité indépendant pour passer en revue les livres, les investissements et le plan stratégique de la société d'État. Le comité doit remettre son rapport plus tard cette année. Le comité aura pour tâche de faire des recommandations non seulement sur la mission de la SGF mais sur ses modes d'intervention, sur ses règles de gestion et sur les chevauchements avec les autres leviers de l'État.

Mais déjà, M. Audet estime que la SGF doit plutôt se consacrer à investir en région dans les ressources naturelles, notamment, à travers ses holdings que sont SGF REXFOR (produits forestiers), SOQUIP (pétrole et gaz), maintenant SGF Chimie, SOQUEM (mines et minéraux), maintenant SGF Minéral, et SOQUIA (agroalimentaire). Le ministre est d'avis que la SGF devrait abaisser la valeur minimale des projets dans lesquels elle investit, soit dix millions à l'heure actuelle. «Je trouve ça inacceptable. Dix millions pour certaines régions, c'est un projet majeur», a rappelé M. Audet.

Avant de juger du rôle que s'est donné la SGF dans la prospection d'investissements étrangers importants, M. Audet attendra les recommandations du comité. Il a toutefois souligné que beaucoup d'entités gouvernementales, comme Investissement Québec, Montréal International et la Société de Mirabel, faisaient aussi de telles démarches à l'étranger.




plus

Pour une poignée de morues

Michel David
LE DEVOIR jeudi 15 mai 2003


En 1995, la «guerre du flétan», menée tambour battant par Brian Tobin, avait puissamment stimulé le sentiment national des Terre-Neuviens. Il serait assez ironique qu'un conflit à propos de la morue les mène à remettre en question leur appartenance au Canada juste au moment où les «séparatistes» québécois semblent en déroute.

On est encore très loin de là. Après une saute d'humeur passagère, le premier ministre Grimes donne plutôt l'impression d'un homme dont les mots ont dépassé sa pensée, comme cela arrive souvent à la veille d'élections générales.

Après avoir évoqué une renégociation des conditions de l'adhésion de sa province à la confédération, il semble maintenant vouloir se satisfaire d'une entente en vertu de laquelle Ottawa s'engagerait à racheter un certain nombre de permis de pêche et à financer la retraite des travailleurs les plus âgés de l'industrie.

Robert Bourassa avait jadis trouvé sur le chemin de l'accord du lac Meech un dénommé Clyde Wells qu'il qualifiait, avec un agacement non dissimulé, de «Newfie idéologue», mais M. Grimes ne semble pas être fait de cette étoffe.

Voilà qui devrait rassurer le nouveau ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, dont l'agenda ne prévoit pas rouvrir de sitôt la boîte de Pandore constitutionnelle. Le rapport auquel il a laissé son nom, de même que le plan d'action qui l'accompagne, renvoie toute discussion de cette nature à un avenir indéterminé mais certainement lointain.

M. Pelletier n'avait pas vraiment le choix d'exprimer sa «sympathie naturelle» pour les doléances de Terre-Neuve. De là à joindre le geste à la parole... Il est vrai que le Québec a aussi des demandes dites traditionnelles en matière de pêcheries, mais le gouvernement Charest entend précisément marquer une rupture avec la tradition.

Dans un mémoire soumis à une conférence-provinciale en 1950, le gouvernement Duplessis réclamait rien de moins que la compétence exclusive. Le rapport Allaire parlait plutôt d'une compétence partagée. Le rapport Pelletier propose maintenant de «privilégier un meilleur partenariat» entre Ottawa et Québec au moyen d'une simple entente administrative. Encore un peu et il suffira d'une «meilleure communication», comme l'a suggéré le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord.

***

Si l'avenir politique de Stéphane Dion après le départ de Jean Chrétien demeure marqué d'un point d'interrogation, il y a de fortes chances que tout gouvernement fédéral, fût-il dirigé par Paul Martin, sera aussi d'avis que la morue manifeste une indifférence navrante envers les frontières et les champs de compétence, ce qui oblige Ottawa à agir comme arbitre. Jean Charest ne souhaite sûrement pas commencer sa «réingénierie» du Canada par une fin de non-recevoir.

Même si le sujet peut devenir explosif, comme en témoigne la crise qui secoue actuellement la Gaspésie et la Basse-Côte-Nord, la responsabilité des pêches n'est pas au coeur du contentieux Québec-Ottawa. Il est cependant très difficile d'imaginer qu'une éventuelle ronde de négociations constitutionnelles puisse être circonscrite à cette seule question. Immanquablement, chacune des provinces s'y présenterait avec sa liste d'épicerie.

Le gouvernement Charest n'aurait alors d'autre choix que de réclamer la reconnaissance de la spécificité du Québec, qui figure au premier rang des dix demandes formulées par le rapport Pelletier. Peu importe son effet réel, cette reconnaissance est devenue une condition sine qua non à toute entente dans l'esprit d'une majorité de Québécois.

Si les souverainistes se sont juré de ne plus jamais tenir de référendum «perdant», les fédéralistes n'ont pas davantage les moyens de risquer un nouveau refus, dont les conséquences pourraient être encore plus dramatiques que celles du rejet de l'accord du lac Meech.

M. Pelletier est parfaitement conscient de l'étroitesse de sa marge de manoeuvre. Dans un article publié par la Revue du Barreau en juin 1997, à une époque où il était encore professeur de droit constitutionnel à l'Université d'Ottawa, le futur ministre écrivait : «La formule fédérale, pour souple qu'elle soit, comporte néanmoins des limites intrinsèques, de sorte qu'il est des demandes québécoises qui ne pourront jamais être satisfaites dans le cadre fédératif canadien.»

***

Cette simple phrase donne la clé de la politique constitutionnelle du gouvernement Charest : faire en sorte de ne jamais formuler de demande qui dépasse ces limites.

Pour reprendre l'expression raffinée de Jean Chrétien, la victoire libérale du 14 avril a été accueillie comme «la cerise sur le sundae» dans le reste du pays. Sous le titre «The boy wonder's back», la photographie de M. Charest orne la page couverture du dernier numéro de l'édition canadienne du magazine Time.

D'un bout à l'autre du pays, il est maintenant considéré comme «l'enfant prodige qui enterrera le dossier constitutionnel une fois pour toutes», peut-on y lire, même si le nouveau premier ministre se défend bien de vouloir entretenir pareille illusion. Imaginez l'effet boeuf qu'il ferait en annonçant qu'il faut reprendre les discussions à zéro !

Si le professeur Pelletier a une connaissance théorique des limites intrinsèques du fédéralisme canadien, M. Charest en a l'expérience pratique avec toutes les acrobaties auxquelles il s'était livré en vain, au printemps 1990, afin de sauver l'accord du lac Meech du naufrage.

Si la «société distincte» donnait des boutons aux nombreux admirateurs de Pierre Elliott Trudeau, qu'est-ce que ce serait s'il fallait parler de la «nation québécoise» ? Non, décidément, il vaut mieux laisser M. Grimes se débrouiller tout seul avec ses morues.

mdavid@ledevoir.com




plus

Le terroriste de la reine

Serge Truffaut
LE DEVOIR jeudi 15 mai 2003


C'est une sale, très sale histoire, toute britannique. Pendant 25 ans, les plus hautes autorités du Royaume-Uni ont donné la permission à leur espion-vedette infiltré en Irlande du Nord de camper deux rôles: informateur et assassin. Précisons tout de suite qu'Alfredo Scappaticci -- c'est son nom -- s'est servi du license to kill qui lui avait été accordé pour liquider entre 30 et 40 personnes, dont beaucoup d'innocents. Et ce, à des fins perverses ou odieuses qui n'avaient de fondement ou de logique qu'aux seuls yeux des patrons retors de la sécurité britannique et du ministère de la Défense.

À cet égard, il est important de retenir que Margaret Thatcher, John Major et le très moralisateur Tony Blair, soit les trois derniers premiers ministres britanniques, étaient au parfum, assurent plusieurs quotidiens de la Grande-Bretagne, de certains faits et gestes de Scappaticci, alias Stakeknife, ainsi que de ceux des membres du très secret Force Research Unit (FRU).

Pour obtenir la confiance de l'état-major de l'IRA, Scappaticci a tué à qui mieux mieux afin d'obtenir le poste de patron de l'unité de sécurité de l'IRA. Cela accompli, il a poursuivi sa besogne de tueur tout en communiquant évidemment des renseignements de grande valeur aux autorités britanniques qui, elles, s'empressaient d'envoyer au ciel ou en enfer des membres présumés de l'IRA lorsque, par exemple, ceux-ci étaient de passage à Gibraltar. C'est cette association qui, selon l'enquête menée au cours des trois dernières années par le patron des polices, sir John Stevens, a assassiné, devant femme et enfants, le procureur de Belfast, Pat Finucane.

Pour le ministre en titre de la Défense, Geoff Hoon, cette affaire est d'autant plus embarrassante qu'il a usé et abusé du renforcement de la loi antiterroriste pour étouffer le scandale. Selon l'enquête du quotidien The Guardian, cet homme si prolixe en prêches éthiques lors de l'affaire irakienne a personnellement multiplié les embûches afin de freiner notamment le cours de l'enquête de John Stevens. Ainsi, des fonctionnaires de son ministère ont tout fait pour bloquer le travail de ce dernier, allant jusqu'à incendier ses bureaux de Belfast. Preuve, a contrario évidemment, que la retenue ne peut pas être une exclusivité britannique.

L'environnement médiatique afférent à la sortie de cette histoire mérite une halte lui aussi. Si le Herald de Glasgow, The Guardian, trois grands journaux irlandais et quelques autres ont accordé à ce sujet toute l'attention que celui-ci mérite, le réseau Sky News de Rupert Murdoch et le Daily Telegraph de Conrad Black ont fait presque comme si de rien n'était afin, on s'en doute, de ne pas ennuyer Blair, auquel ils ont accordé un soutien sans faille, et au delà, lors de la guerre en Irak.

Cela étant, il y a pour une fois lieu de regretter que le système judiciaire accusatoire qui prévaut en ce royaume n'emprunte pas au système inquisitoire qui a cours en Espagne et en France. En effet, cette affaire est si sale qu'elle exigerait à tout le moins que des mises en examen soient signifiées aux plus hauts personnages de cet État sans constitution.




plus

Pour les États-Unis - Le libre-échange, arme de la quatrième guerre mondiale

Dorval Brunelle
Professeur au département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), directeur du Groupe de recherche sur l'intégration continentale (GRIC) et auteur de Dérive globale (Éditions du Boréal, 2003).
LE DEVOIR jeudi 15 mai 2003


Lors d'une conférence prononcée par César Gaviria à la Conférence de Montréal et rapportée dans Le Devoir du 6 mai, le secrétaire général de l'Organisation des États américains (OEA) aurait soutenu que les négociations visant à mettre sur pied une zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) seraient en péril même si les échéanciers serrés prévus au départ sont encore et toujours respectés.

M. Gaviria ne semble pas avoir tenu compte de la nouvelle politique commerciale de la Maison-Blanche ni du rôle des négociations bilatérales dans lesquelles les États-Unis sont engagés avec leurs partenaires dans les Amériques, deux éléments qui pourraient remettre en question le prétendu échec annoncé de la ZLEA.

La référence à la quatrième guerre mondiale n'a rien à voir, dans ce contexte-ci, avec la prise de position assumée par l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) et par le sous-commandant Marcos le 1er janvier 1994 quand, du fond de la forêt lacandone, ils se sont insurgés contre l'entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Selon l'ancien directeur de la CIA, R. James Woolsey, «la quatrième guerre mondiale commence le 11 septembre 2001. [Depuis lors,] l'Amérique n'est pas seulement engagée dans une mission d'autodéfense mais dans une campagne sacrée afin de sauvegarder les idéaux de la démocratie».

La fin de la troisième guerre mondiale, c'est-à-dire de la guerre froide, parce qu'elle a commencé l'année du bicentenaire de la Révolution française, a alimenté une euphorie qui a dérobé à l'opinion publique un débat de société alors en cours aux États-Unis, qui opposait deux interprétations parfaitement incompatibles du rôle que le vainqueur devait assumer dans le contexte d'un monde désormais unipolaire.

D'un côté, il y avait tous ceux qui défendaient l'idée selon laquelle les États-Unis devaient dorénavant assumer les coûts du maintien de ce bien public universel qu'est la stabilité hégémonique; de l'autre côté, ceux qui prétendaient que la position hégémonique était une position précaire et convoitée qu'il fallait défendre bec et ongles aussi bien contre le relâchement de la vigilance à l'intérieur que contre l'effet de séduction que les compromis politiques pouvaient exercer sur le maintien du statut de première puissance.

L'option dure

On rencontre une première formulation de l'option dure dans un document rédigé par Dick Cheney en 1992, Project for a New American Century («Projet pour un nouveau siècle américain»), document qui a conduit à la création d'une fondation portant ce nom en 1997. En septembre 2000, la fondation en question publie un document au titre révélateur, Rebuilding America's Defenses - Strategies, Forces And Resources for a New Century («Reconstruire les défenses des États-Unis - Stratégies, forces et ressources pour un siècle nouveau»), qui définit les lignes de force de la politique à venir en quatre temps : 1- l'accroissement des dépenses militaires; 2- le renversement des régimes non conformes; 3- l'abrogation des traités internationaux; 4- le contrôle des sources mondiales d'énergie.

L'expression clé du document intitulé The National Security Strategy of the United States of America -- aussi connu sous le nom de «doctrine Bush», qui a été rendu public en septembre 2002 -- est sans contredit l'idée d'un «internationalisme résolument américain», un oxymoron qui désigne le nouvel unilatéralisme belliqueux qui avait déjà été mis en application pendant la phase 1 de la quatrième guerre mondiale contre l'Afghanistan et qui l'a de nouveau été lors du déclenchement de la phase 2 contre l'Irak.

Quant au volet commercial de la doctrine, il fait l'objet du chapitre VI, intitulé «Ignite a New Era of Global Economic Growth through Free Markets and Free Trade» («Déclenchons une nouvelle ère de croissance économique à l'échelle mondiale grâce à des marchés libres et au libre-échange»). Le chapitre en question est un plaidoyer en faveur des marchés libres, seuls capables de promouvoir le développement, de lutter contre la pauvreté, de stimuler les réformes économiques et juridiques, de lutter contre la corruption et de promouvoir la liberté.

Mais ce cadre général est vague à souhait et il faut aller regarder ailleurs pour en saisir la portée. Pour ce faire, il convient de consulter le texte de la conférence prononcée par le United States Trade Representative (USTR) devant le National Press Club le 1er octobre 2002. Partant de la stratégie de sécurité nationale diffusée le mois précédent, Robert Zoellick rappelle que le président Bush est résolu à faire avancer le programme commercial des États-Unis sur trois fronts : mondial, régional et bilatéral.

Il poursuit en ces termes : «Notre idée est de négocier un ensemble d'accords commerciaux qui se renforcent les uns les autres du fait que les succès obtenus dans l'un puissent se transformer en progrès ailleurs. En opérant sur plusieurs fronts à la fois, cela nous permet de créer une libéralisation compétitive à l'intérieur d'un réseau dont les États-Unis occuperaient le centre.»

Suprématie militaire et libre-échange

Cela signifie que la nouvelle doctrine de sécurité définie et promue par l'administration Bush lie de manière serrée la suprématie militaire et l'expansion mondiale du libre-échange. Il ne faudrait pas que l'agressivité avec laquelle la Maison-Blanche a poursuivi le premier objectif dans la guerre qu'elle a menée contre l'Irak occulte la détermination avec laquelle elle poursuit parallèlement le deuxième objectif dans les négociations en cours dans les Amériques et ailleurs dans le monde.

Dans tous ces cas, l'objectif est clair : afin de renforcer la position des États-Unis au sein d'un réseau d'accords dont ils occuperaient le centre, il s'agit de tout mettre en oeuvre pour défaire la moindre tentative visant à constituer des sous-blocs régionaux, c'est-à-dire visant à renforcer une solidarité économique sud-sud.

Dans le cas de la ZLEA, devant les réticences exprimées par le Brésil depuis l'élection du président Ignacio «Lula» da Silva, qui cherche plutôt à renforcer le MERCOSUL, la stratégie consiste à faire fond sur les négociations commerciales bilatérales avec des partenaires plus complaisants comme le Chili. La même tactique est utilisée, et pour la même raison, face à l'Amérique centrale, avec laquelle la Maison-Blanche cherche actuellement à négocier un accord de libre-échange centre-américain (ALECA) de manière, là aussi, à réduire les oppositions à la ZLEA et à marginaliser encore davantage le rôle du Marché commun centre-américain (MCCA).

La stratégie n'est pas confinée aux Amériques : M. Zoellick a annoncé qu'il prévoyait entamer des négociations avec le Maroc, l'Australie et l'Union douanière d'Afrique australe. Il faut donc voir que les progrès accomplis en l'espace d'à peine quelques mois sont considérables, surtout si on rappelle que l'argument selon lequel les États-Unis étaient demeurés à l'écart des négociations de libre-échange -- tandis que leurs principaux partenaires, dont le Mexique et le Canada, étaient quant à eux parties à plusieurs accords -- avait été souvent évoqué dans le débat entourant l'octroi de l'Autorité de promotion commerciale (APC) au président, en août dernier.

Mais les choses vont encore plus loin. En effet, il n'est pas seulement question de multiplier les négociations d'accords de libre-échange mais également, toujours au nom de la sécurité économique, d'éventuellement rouvrir et de renégocier les termes d'accords existants. Cette fois-ci, la proposition est issue du patron des patrons au Canada, Thomas D'Aquino, qui, dans une conférence prononcée devant le Canadian Council of Chief Executives (CCCE) le 14 janvier dernier, propose ni plus ni moins la réouverture des négociations de libre-échange entre le Canada et les États-Unis, sans le Mexique, afin de «réinventer la frontière» qui sépare les deux pays. Cet euphémisme désigne la mise en place d'une frontière «intelligente», susceptible de lier encore plus étroitement les exigences de sécurité et la «maximisation des efficiences économiques».

C'est ainsi que la quatrième guerre mondiale risque d'avoir d'importants effets commerciaux sur les économies du globe. En menant leurs guerres saintes au nom de la liberté d'entreprise, les autorités américaines sont en train de lier comme jamais auparavant sécurité et contrôle au détriment des considérations d'ordre humanitaire et environnemental. Dans ce nouveau contexte, le libre-échange représente une composante essentielle de la stratégie d'embrigadement et de contrôle des partenaires des États-Unis d'Amérique.




plus

'Dream blue,' Fête urges this year

Quebec's creativity, spirit to be celebrated in annual holiday across province

NATALIE ALCOBA
The Gazette Thursday, May 15, 2003


Caroline Beaulieu was familiar with this year's St. Jean Baptiste Day theme long before it was announced yesterday.

Rêver bleu (dream blue) is the slogan for the 2003 Fête nationale, Quebec's patriotic holiday.

For the 22-year-old Montreal native who left home when she was 16, dreaming has been an indispensable lifeline. Especially dreaming "blue" about Quebec and how she could contribute to the province.

This year, she got that chance.

Beaulieu, who now lives in Laval, is among 18 young artists, selected from the province's 18 regions, who will paint 18 giant murals to be displayed on the Plains of Abraham in Quebec City for this year's celebrations.

She spent yesterday afternoon stroking blue acrylic paint onto her canvas in the Écomusée du fier monde on Amherst St. for the launch of provincewide Fête nationale festivities. Chantale Turcot, president of the Mouvement national des québécoises and québécois, was joined by musician Luck Mervil and Municipal Affairs Minister Jean-Marc Fournier for the launch.

"Quebec is a place recognized all over the world for its creativity, for its spirit," said Mervil, who later strummed his guitar and serenaded the crowd.

Among the activities announced was the Rêver bleu en croisière contest, with prizes of a cruise up the St. Lawrence River.

Montreal events, including the route of the annual Fête nationale parade, are to be announced this month. Log on to www.fetenationale.qc.ca




plus

133 millions de plus en santé :
Charest annonce des compressions budgétaires, sauf à l'Éducation et à la Santé

Mario Cloutier, Denis Lessard
La Presse jeudi 15 mai 2003


Québec - Chose promise, chose due. Le nouveau ministre de la Santé, Philippe Couillard, pourra compter sur 133 millions de dollars de plus pour désengorger les urgences et réduire les listes d'attente dans les hôpitaux, a appris La Presse.

Le premier ministre Jean Charest a annoncé hier que son gouvernement augmentera le budget des dépenses en santé et en éducation pour l'exercice financier 2003-2004. La plupart des autres ministères devront toutefois effectuer des compressions, pouvant aller jusqu'à 10 %, afin de combler une partie du manque à gagner de 4,3 milliards, laissé par le gouvernement Landry et identifié par l'ancien vérificateur général, Guy Breton.

La présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, rencontrera d'ici demain tous ses collègues du cabinet Charest pour leur expliquer ce qu'elle attend d'eux. Elle qui prévoyait la semaine dernière "des mesures draconiennes" pour réduire les dépenses s'est contentée hier de dresser un tableau général de l'état des crédits gouvernementaux sans annoncer les cibles ministérielles de compression.

Lors d'une réunion suivant celle du Conseil des ministres, cependant, tous les sous-ministres en titre ont eu droit à une présentation sur les coupes budgétaires envisagées par le gouvernement Charest. Les compressions seront variables selon les ministères, mais pourront atteindre dans certains cas 10 %. Il est déjà acquis, par contre, que le premier budget des dépenses libéral offrira à la Santé une somme supplémentaire de l'ordre de 133 millions, dont environ 45 millions pour la région de Montréal, afin d'effectuer notamment des chirurgies de la hanche et de la cataracte. À l'Éducation, par ailleurs, les ajouts au budget des dépenses serviront à couvrir entièrement les coûts de système.

"Dans le domaine de l'éducation et de la santé, il y aura un accroissement des dépenses", a d'ailleurs confirmé M. Charest à l'issue de la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres.

En 2002-2003, le budget de la Santé s'élevait à 17,7 milliards et celui de l'Éducation, à 11 milliards de dollars. Le dernier budget Marois estimait pouvoir faire grimper ces dépenses, respectivement, à 19,1 et 11,6 milliards en 2003-2004.

À la fin de février, l'ancien ministre de la Santé, François Legault, avait annoncé que 556 des 800 millions supplémentaires d'Ottawa, soutirés avant par l'ex-premier ministre Landry en compagnie de ses homologues provinciaux, serviraient aux soins de première ligne, dont 260 millions pour le soutien à domicile et 156 millions pour les immobilisations.

Une semaine plus tard, M. Legault avait aussi annoncé une injection de 289 millions pour réduire les listes d'attente, dont 162 millions pour les chirurgies et 127 millions pour de nouveaux équipements.

Rien n'était prévu alors pour les déficits des hôpitaux, tournant autour de 700 millions, et pas plus cette fois. Le premier ministre Charest estime que son gouvernement devra "régler" ce problème une fois pour toutes, mais il a laissé entendre hier qu'il nécessitera une plus longue réflexion.

Le chef libéral a expliqué que "l'impasse financière" du gouvernement québécois ne représente pas pour autant une récupération de 4,3 milliards à faire, puisque certaines mesures pourront être annulées ou retardées. Si on exclut les 700 millions des hôpitaux et le milliard de dollars en réduction de transferts fédéraux, la cible serait donc de 2,6 milliards pour le Conseil du Trésor.

Contrairement à ce qu'a annoncé un quotidien montréalais la semaine dernière, le ministre des Finances, Yves Séguin, et la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, tiennent bel et bien des consultations prébudgétaires en ce moment, mais ils n'auront pas le temps de rencontrer autant de gens qu'ils le voudraient en raison de l'échéancier serré du gouvernement libéral d'ici la rentrée parlementaire fixée au 3 juin.

Le premier ministre Charest a rappelé hier que ce premier budget libéral servira surtout à "stabiliser la situation financière" et à "respecter l'équilibre budgétaire" du gouvernement. Et même si la Santé et l'Éducation restent prioritaires, ces ministères devront, comme tous les autres, participer à la révision de leurs programmes.

Pour équilibrer ses comptes, le gouvernement libéral n'a toutefois pas l'intention de procéder à une augmentation des tarifications, comme les permis de conduire. "On ne prévoit pas d'augmentations de tarifs", a tranché M. Charest.

Par ailleurs, Québec compte également investir des sommes supplémentaires pour soutenir le logement social à Montréal, Québec et Gatineau en prévision du 1er juillet. Le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, annoncera des mesures dans les prochaines jours "pour soulager un certain nombre de problèmes", a expliqué M. Charest.




plus

Charest reverses stand on municipal mergers

RhéAl SéGuin
The Globe and Mail Thursday, May 15, 2003


Quebec PQ - The provincial Liberal government is transforming the so-called "demerger" issue into a rallying cry for support for Quebec's newly-merged cities.

It's a new twist in the handling of the most divisive issue facing the recently elected government. Premier Jean Charest, who campaigned to allow for referendums on dismantling the mergers, is now asking voters to support them.

"We want an environment where citizens say they can support their new municipalities," Mr. Charest said yesterday. "The party said during the campaign that we do not agree with the policy of forced mergers, [but] that we want citizens to participate and support these new cities, that we want these new cities to succeed."

"We want to seek support for the new cities," Minister of Municipal Affairs Jean-Marc Fournier said, adding that the debate was really about buying into the mergers, not reversing them.

The Liberals capitalized on voter backlash toward the mergers in last month's election, but the cost involved in possibly undoing them has the party reconsidering its position.

Now, the future of the new cities may rest on the Liberals' ability to disarm the growing antimerger movement.

Big-city mayors have promised residents of the merged municipalities more power, more money for services and greater control over their boroughs.

They have also pressured the Charest government to adopt a law that would make it as difficult and as costly as possible for the residents to break away from the merged cities.

The mergers, initiated by former Parti Québécois premier Lucien Bouchard in major urban centres, including Montreal, nearby Longueuil, Quebec City, Lévis and Gatineau, were imposed in January, 2002.

One scenario now being examined by the government would require the participation of more than 50 per cent of eligible voters in a referendum on overturning a merger for the result to be considered valid. Regardless of the outcome, the vote would be defeated if fewer than 50 per cent took part.

According to former Westmount mayor Peter Trent, one of the leading figures against the forced mergers, such restrictions would go against the democratic process.

"I can understand that once people vote, obviously 50 per cent plus one would be decisive but to place restrictions on how many people should go out to vote, that's a bit over the top," Mr. Trent said yesterday. "It's clear that the Liberals are being influenced by the big-city mayors."

Opponents to mergers are patiently waiting for the Liberals to table legislation next month that will define the process by which old municipalities can break away from the new ones.




plus

Jean Chrétien déclare "mission accomplie" au sujet de l'unité canadienne

KARINE FORTIN
PC jeudi 15 mai 2003


MONTREAL (PC) - La défaite du Parti québécois aux élections du 14 avril dernier marque le début d'un "nouveau chapitre dans l'histoire du Québec et une nouvelle ère libérale", a soutenu Jean Chrétien mercredi soir devant plus d'un millier de partisans libéraux fédéraux venus passer une dernière soirée à Montréal en compagnie de leur chef.

"Mon gouvernement a travaillé sans relâche pour convaincre les Québécois que la place de notre province est au sein du Canada, a déclaré le premier ministre. Mes chers amis, en toute humilité, nous pouvons dire sans gêne que dans ce grand dossier de l'unité du pays, c'est mission accomplie."

De l'avis de M. Chrétien, maintenant que Jean Charest, ce "fier Québécois et fier Canadien" est au pouvoir, les deux paliers de gouvernement devraient avoir beaucoup plus de facilité à travailler ensemble, même s'ils ne s'entendent pas sur tout. Et le Parti libéral fédéral devrait réussir à faire élire "au moins 60 députés au Québec" aux prochaines élections, prévues pour 2004.

Heureux et détendu, Jean Chrétien a profité de la tribune qui lui était offerte pour remercier les bénévoles de son parti et pour rendre hommage à son épouse, Aline, qui célébrait son anniversaire de naissance.

Dressant un bilan positif de ses 40 années de politique et de ses trois mandats à la tête du gouvernement, le premier ministre s'est par ailleurs permis de déroger à son texte pour faire l'éloge de la différence entre le Canada et les Etats-Unis en matière d'éthique politique, de contrôle des armes à feu, d'avortement, de peine de mort et de politique internationale et de développement durable.

"Nous avons beau faire 87 pour cent de notre commerce avec les Américains, nous sommes deux pays différents", a-t-il insisté avant de dire que le monde avait besoin des valeurs de "générosité, de partage et de tolérance" qui ont fait du Canada "le plus gros, le plus beau pays au monde".

Contrairement à ce qui était prévu, le premier ministre n'a cependant pas dit un mot sur la décriminalisation probable de la marijuana. Le ministre de la Justice Martin Cauchon était pourtant présent, de même que plusieurs députés et sénateurs, dont le comédien Jean Lapointe.

L'ancien ministre des Finances et favori dans la course au leadership du PLC, Paul Martin, a aussi assisté au dîner à 500 $ le couvert qui avait lieu dans la salle de bal de l'hôtel Reine-Elizabeth. Après avoir serré plusieurs mains, le député de Lasalle-Emard est toutefois demeuré très discret.

Le congrès du PLC doit avoir lieu en novembre prochain à Toronto. En plus de M. Martin, Sheila Copps et John Manley sont en lice pour succéder à Jean Chrétien.




plus

My way

Vincent Marissal
La Presse jeudi 15 mai 2003


ON NE pourra pas accuser les libéraux fédéraux de manquer d'humour et de perspicacité: c'est sur la chanson de Frank Sinatra My way qu'ils ont monté les images retraçant la carrière politique de leur chef dans la vidéo présentée hier soir à plus de 1000 sympathisants à l'occasion du dernier grand discours de Jean Chrétien au Québec.

Visiblement inspiré par le célèbre crooner américain, reconnu, comme lui, pour son caractère fougueux et parfois têtu, M. Chrétien a résumé en deux mots ses réalisations sur le front de l'unité nationale: mission accomplie.

Plus de 40 ans après avoir amorcé au Québec une carrière politique largement consacrée au combat contre le mouvement souverainiste, Jean Chrétien est donc revenu hier soir dans sa province d'origine pour boucler la boucle.

"Nous avons connu des moments pénibles, a-t-il dit à environ 1200 personnes ayant payé chacune 500 $ pour entendre ce dernier discours des dîners de la Feuille d'érable, traditionnelle activité de financement du Parti libéral. Les gens au Québec refusaient de nous serrer la main, ils nous insultaient. Mes chers amis, en toute humilité, je pense que nous pouvons dire sans gêne, dans ce grand dossier de l'unité du pays: mission accomplie."

Dépeignant une ville de Montréal sordide à la veille du référendum de 1995- "Il n'y avait personne dans les rues, les vitrines des commerces étaient couvertes de planches de bois plutôt que de produits"- le premier ministre a vanté son bilan, notamment l'adoption de la fameuse loi sur la "clarté".

"Nos efforts ont porté fruits", a-t-il ajouté, qualifiant l'élection du gouvernement Charest de début d'une "nouvelle ère libérale". Les longs extraits de la cérémonie de rapatriement de la Constitution avec Pierre Elliott Trudeau et la reine Élisabeth, en 1982, ont provoqué quelques sourires crispés à la table des députés libéraux provinciaux.

Pour son dernier tour de piste au Québec, M. Chrétien n'a pu s'empêcher de lancer à Paul Martin un défi dont on entendra parler aux prochaines élections fédérales. "En tant que chef du parti, je peux dire que tout est en place pour que mon successeur puisse remporter une grande majorité de sièges au Québec. Je dirais au moins 60 sièges (sur 75)!" Paul Martin a à peine esquissé un sourire en écoutant son chef pendant que tous ses voisins de table le regardaient avec un sourire en coin.

Le premier ministre a aussi fait grincer des dents quelques généreux donateurs à la caisse du PLC, qui ont versé environ 600 000 $ hier soir pour se faire dire qu'il est grand temps d'assainir les moeurs politiques et de limiter à presque rien les dons des entreprises aux partis politiques.

Avant de partir, en février, Jean Chrétien tient absolument à ce que son gouvernement adopte sa réforme du financement des partis politiques, qui plafonnera les contributions individuelles à 10 000 $ et celles des entreprises à 1000 $ par année.

"Je tiens à remercier toutes les sociétés qui ont contribué au fil des ans aux partis politiques, leur a néanmoins dit M. Chrétien. Elles ont rendu service au système politique. Cependant, les temps changent (...). Le temps de la réforme est venu. Nous serons à l'abri d'accusations folichonnes qui finissent par ruiner des carrières."

M. Chrétien en sait quelque chose puisqu'il se fait lui-même talonner depuis des années par l'opposition parce que des entreprises de sa circonscription qui ont donné à sa caisse électorale ont reçu des subventions. La réforme, il en fait une affaire personnelle, quitte à passer par-dessus son caucus et à affronter son vieux rival Paul Martin, qui était d'ailleurs sagement assis dans un coin de la salle.

"L'autre premier ministre" était d'ailleurs difficile à rater: il suffisait de suivre la nuée de journalistes, caméramans et photographes qui l'ont escorté à son entrée.

Par oubli ou pour éviter de jeter de l'huile sur le feu, Jean Chrétien a escamoté le paragraphe de son discours écrit où il s'engageait à faire du vote sur son projet de loi un vote de confiance aux Communes.

Il faut dire qu'il était hier soir, au Québec, territoire conquis depuis longtemps par Paul Martin. C'est au Québec, il y a 10 mois maintenant, que Jean Chrétien a décidé de déposer les armes après que ses lieutenants du Québec lui eurent fait comprendre que la guerre contre la machine Martin était perdue.

Mais Jean Chrétien n'est pas encore parti. Il a pris bien soin de le rappeler hier soir. "Je ne quitte pas tout de suite, il reste huit mois et 16 jours... a-t-il glissé en riant. Aline est à la veille de compter les heures qui restent."

Et avant d'en arriver là, comme le chantait si bien Frank Sinatra, Jean Chrétien est venu dire aux Québécois, pour la dernière fois: "I did it my way".




plus

PM takes credit for sovereignty's retreat in Quebec

Tu Thanh Ha
With A Report From Shawn McCarthy
The Globe and Mail Thursday, May 15, 2003


Montreal PQ - In his final partisan dinner in his home province as Prime Minister, Jean Chrétien claimed credit last night for rolling back the Quebec sovereignty movement and ushering in an era of stability.

He said he had done so well that he expects his successor, likely to be former finance minister Paul Martin, to sweep Quebec in the next election with 60 of the province's 75 seats.

"I have always said the unity of the country is the No. 1 priority of any government. I made it a priority. We can be proud that the country is now more united than ever," he told 1,200 people who paid $500 a plate for the event.

"My friends, in all modesty, I think that we can state without hesitation that when it comes to the important file of national unity, we can say: 'Mission accomplished.' "

He added: "Everything is in place for my successor to win a large majority of seats in Quebec at the next general election. I would say at least 60 seats."

This, he said, stands in contrast to the dark days of the 1995 referendum, when "some people wouldn't shake our hands, would insult us because we believed that the future of Canadians of French language was within Canada."

With Jean Charest -- "a proud Quebecker and a proud Canadian" -- as Quebec Premier, governments in Quebec City and Ottawa "now have a common commitment to Canada. That will make it that much easier to work together," Mr. Chrétien predicted.

Ad-libbing from his prepared text, he launched into an ode to small-l liberal beliefs, such as strong immigration, gun control and international aid. "I leave politics in eight months, but I'll continue to preach Canadian values."

For the past decade, Mr. Chrétien has been at the Queen Elizabeth Hotel in downtown Montreal for the annual springtime fundraising address to Liberal supporters, basking in the success of his long tenure as MP and Prime Minister.

Mr. Chrétien maintained his schedule yesterday despite suffering from a bout of shingles, a virus related to chicken pox that can be extremely painful in adults.

Spokesman for the Prime Minister's Office Jim Munson noted that television talk-show host David Letterman took a month off work recently when he came down with shingles, but Mr. Chrétien stayed on the job.

"When it comes to shingles, the Prime Minister is tough as nails," he said.

But in this swan-song dinner last night, a back-bench MP drew the attention of cameras and autograph-seekers. The front-runner to succeed Mr. Chrétien, Mr. Martin made no noteworthy, controversial remarks but was nonetheless a focus of attention for the crowd and the news media.

Mr. Chrétien's speech ended with a forceful promotion of legislation to overhaul electoral financing, a bill that would cap individual contributions and end corporate donations.

"There is no more important bill before the House of Commons," he said.

"I want to thank all corporations who have contributed over the years to political parties. They have performed a service to our political system. But times change and, frankly, perceptions change."

He said he had spoken to former U.S. president Bill Clinton and his wife, Hillary, who had spent $35-million (U.S.) to win election as a New York senator.

When such amounts are spent, he said, "people become cynical. Our legislation will shield us from frivolous attacks."

The electoral-financing legislation is one of several proposed bills whose passage MPs loyal to Mr. Martin plan to slow.

Other legislation includes bills on transportation and on revamping the governance of aboriginal bands.

Mr. Chrétien dropped one passage of his prepared speech promising adoption of legislation decriminalizing possession of small amounts of marijuana.

Last night was one of tribute for the outgoing Prime Minister, and the audience was treated to a video highlight of his career with Mr. Chrétien defiantly calling out "Vive le Canada!"




plus

Sovereignists debate how to limit influence of minorities

DON MACPHERSON
The Montréal Gazette Thursday, May 15, 2003


To no one's surprise, the Charest government is planning to make it harder to break up megacities than many demerger advocates would like. Some, but not all, of the ideas it is considering seem fair.

One is the possibility that the government would require at least 50 per cent of people on a borough's voters' list to cast ballots in a demerger referendum. Anything less, and Quebec would not recognize a referendum's pro-demerger result.

Peter Trent, a leader of de-merger forces in Montreal, says there should be no turnout requirement. The position makes sense, up to a point. Ordinary municipal referendums on zoning changes and the like demand no threshold; so should this kind of referendum be different?

The answer is that this is a very special case. Each referendum will determine the destiny of an entire community. If the vote favours a demerger, substantial money and energy would be necessary to carry it out.

If the megacity election of 2001 is any indication, the 50-per-cent bar might pose a problem for some Montreal boroughs. In that election, voter turnout in eight boroughs in former suburbs failed to meet that test. They are: Lachine, 37 per cent; St. Léonard and Montreal North, 43 per cent; St. Laurent, 44 per cent; Pierrefonds/Senneville, 46 per cent; Verdun, 47 per cent and Dollard-des-Ormeaux/Roxboro, 49 per cent.

Two other boroughs barely squeaked by with majority turnouts: LaSalle had 50 per cent and Trent's own Westmount, 52 per cent, which might help explain his uneasiness.

For the record, boroughs with more robust showings in 2001 were: Outremont and Côte St. Luc/Hampstead/Montreal West, 55 per cent; Dorval and Pointe Claire, 58 per cent; Beaconsfield/Baie d'Urfé and Île Bizard/Ste. Geneviève/Ste. Anne de Bellevue, 59 per cent and the champ, Anjou, 61 per cent.

The government is considering another hurdle that would make it harder to get the referendum process started in the first place.

Under the existing law for referendums on zoning changes, at least 2.5 per cent of registered voters have to request a referendum by signing a register. The Charest government might hoist this to 10 per cent.

That seems reasonable. Gérald Tremblay's administration wants a 25-per-cent level, which is excessive. But if demerger activists cannot get 10 per cent of their fellow citizens to sign a book, there would be obviously no groundswell of support for going through the whole referendum exercise.

When the government sets the rules for this register, however, it should be especially watchful in guarding against abuses of the process. In a recent controversy over a proposed zoning change at Jean Talon market, for example, megacity authorities - who favoured the change - placed the register in a public building five kilometres from the affected neighbourhood. They also made the register accessible at hours that did not correspond to many people's free time. Dissident citizens failed to muster enough signatures.

In demerger referendums, such ploys could be tempting. For example, the borough of Île Bizard/Ste.Geneviève/Ste. Anne de Bellevue is about 15 kilometres wide and mostly secondary roads connect it from one end to another. Playing the inaccessible-register game would be easy.

In crafting the referendum rules, Municipal Affairs Minister Jean-Marc Fournier should have a simple criterion: manifest fairness. Thresholds of 50 per cent for voter turnout and 10 per cent for registers are fair because they ensure that potential decisions of great local magnitude reflect truly broad public support.

Fairness also requires something else - speed.

Quebec seems to be denying it by saying referendums might be possible only in 2004.

Such delay would make demergers more difficult in terms of personnel changes, union contracts and many other practical matters.

Referendums should be held this fall.

Henry Aubin is The Gazette's regional-affairs columnist.

haubin@thegazette.canwest.com




plus

La quadrature du cercle

Jean-Marc Salvet
Le Soleil jeudi 15 mai 2003


Certains défusionnistes estimeront avoir été bernés par le gouvernement libéral si le taux de participation requis pour reconnaître d'éventuels référendums favorables aux défusions est fixé à 50 %. Les plus cyniques rétorqueront qu'ils ont fait preuve de naïveté en pensant que les libéraux ouvriraient toute grande la porte aux défusions, même s'il est vrai qu'ils ont beaucoup nourri ce désir lorsqu'ils étaient dans l'opposition.

Dans ce dossier, qu'on le veuille ou non, il y a un " avant " et un " après " élection. Depuis le débat des chefs, il est évident que les libéraux de Jean Charest cherchent à réaliser la quadrature du cercle. Ils tentent de concilier la réalité née des nouvelles villes avec leur promesse crayonnée sur le coin d'une table lors d'un conseil général d'octobre 2000. Depuis le débat télévisé, il est évident qu'ils veulent permettre les fusions sur papier sans les favoriser sur le terrain.

Nous avions tous compris que des barrières seraient fixées afin de contenir le mouvement défusionniste. Restait à voir les endroits où elles seraient établies. Quelques fuites et confidences permettent aujourd'hui d'en savoir un peu plus sur la loi qui sera présentée à la reprise des travaux parlementaires.

Le principal scénario à l'étude prévoit que plus de 50 % des personnes habilitées à voter dans les anciennes villes fusionnées devront participer à la consultation pour que le résultat soit reconnu, une mesure totalement inédite. Les libéraux fixeront une autre barrière, puisqu'un projet de défusion ne pourra être enclenché que si 10 % des électeurs signent le registre qui sera mis à leur disposition à cet effet.

Il va par ailleurs de soi que les citoyens des anciennes villes devront assumer tous les coûts inhérents à la défusion et, le cas échéant, supporter la ville-centre à travers une fiscalité d'agglomération.

La politique est l'art de l'impossible. Avec ce scénario, Jean Charest et son ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, navigueront entre leur ancienne promesse et leur nouvelle volonté de " développer une politique d'adhésion ". À ce sujet, il serait intéressant de les voir passer de la parole aux actes en favorisant l'essor des nouvelles villes.

À Québec, Lévis et ailleurs, la barre des 50 % et les autres conditions qui seront mises sur la table compliqueront la tâche des défusionnistes. Par contre, elles n'empêcheront probablement pas les villes du West Island d'entreprendre les démarches de divorce. Dans ce secteur, les défusions se confondent avec des questions identitaires. Il est à craindre que l'île de Montréal se redivise sur de malheureuses bases linguistiques.

Les garde-fous du gouvernement libéral limiteront peut-être les dégâts, mais ils ne les empêcheront pas partout.

JMSalvet@lesoleil.com




plus

Nouveau style de jeu

J. Jacques Samson
LE DEVOIR jeudi 15 mai 2003


Chronique politique - Le gouvernement Charest n'a pas encore trouvé son style de jeu. Le ministre de la Justice, Marc Bellemare, est pressé de modifier le régime de l'assurance automobile et ne voit pas l'utilité de reprendre les consultations publiques sur la question. Son collègue de l'Éducation, Pierre Reid, reporte la mise en place de la réforme scolaire au niveau secondaire sans discussions préalables avec qui que ce soit. Quelques heures après l'annonce de sa décision, il fait cependant un mea culpa et promet qu'il n'agira plus de la sorte.

Le Québec fait face à un trou budgétaire potentiel de 4,3 milliards $. La présidente du Conseil du Trésor passe actuellement en revue tous les postes de dépenses gouvernementales à la recherche d'économies substantielles à réaliser ; le ministre des Finances, Yves Séguin, planche de son côté sur un nouveau budget, qui remplacera en juin celui présenté par Pauline Marois quelques heures avant le déclenchement des élections. Les deux mènent ces exercices derrière des portes closes, au grand désarroi des partenaires traditionnels - comprendre les organisations syndicales - habitués autant sous les gouvernements libéraux que péquistes précédents à être non seulement consultés mais à participer directement au processus décisionnel.

À cet égard, Robert Bourassa n'agissait pas en effet de façon différente des Lévesque, Parizeau, Bouchard ou Landry, sinon que ses opérations de concertation étaient moins publiques que sous les premiers ministres péquistes. Les chefs syndicaux le tabassaient à qui mieux mieux mais ils continuaient d'être invités régulièrement à fraterniser à ses bureaux ou il les consultait sur tout par téléphone.

Ces groupes de pression en sont venus à exercer une influence disproportionnée dans la gouverne des affaires publiques au Québec, y compris dans les politiques budgétaires et fiscales. Cette façon de faire est même devenue l'une des composantes du fameux modèle québécois, insistaient souvent les premiers ministres du Parti québécois. Jean Charest s'est empressé d'inviter les chefs des grandes centrales syndicales peu après son élection, prenant prétexte d'une tradition à cet effet à l'occasion de la fête du 1er mai, mais les dirigeants syndicaux sont tenus à saine distance de l'installation du nouveau gouvernement. La volonté de changement traduite dans le vote du 14 avril inclut, peut-on légitimement penser, un désir d'un style différent dans les façons de gouverner.

De l'autre côté de la clôture, plusieurs de ces mêmes groupes de pression, favorables au Parti québécois pendant la campagne électorale, refusent de prendre acte des résultats de l'élection et de leur signification. Ils s'indignent d'être tenus à l'écart de décisions que, de toute façon, ils désapprouvent. D'autres, comme le Front d'action populaire en réaménagement urbain, un organisme de revendication de logements subventionnés, n'ont même pas attendu l'assermentation des nouveaux ministres pour inonder les médias de communiqués de presse enjoignant le gouvernement Charest de se rendre à leurs exigences.

Tous les jours, des groupes susceptibles d'être visés par le respect d'engagements contenus dans le programme électoral du PLQ, de la santé à la culture en passant par les affaires municipales ou des organismes de développement régional, se manifestent aussi pour vanter leur action et tenter de convaincre qu'ils sont indispensables. Pensons seulement aux régies régionales de la santé ou aux centres locaux de développement (CLD). Tous ces groupes voudraient en somme que le gouvernement Charest conserve le modèle péquiste et que ce soit business as usual pour eux. Ils refusent la nouvelle réalité, par idéologie dans certains cas, pour sauver leur peau tout simplement dans d'autres.

Cette mobilisation " préventive " rend encore plus crucial que le gouvernement passe aux actes dès les premiers mois de son arrivée aux affaires, notamment pour tout ce qui a trait à la révision des programmes et des structures gouvernementales. Les coups de barre pour casser des façons de faire ou des habitudes de dépenser se donnent pendant qu'un gouvernement est en lune de miel et qu'il jouit de la latitude que la population laisse à de nouveaux élus. À partir de la mi-mandat, il prépare sa réélection et il n'ose plus bousculer.

JJSamson@lesoleil.com




plus

Federal lawyer cites Israeli 'war crimes'

Refugee board rejects claim by Lebanese spy for Mossad

Stewart Bell
National Post Thursday, May 15, 2003


TORONTO - A man who spied on the terrorist group Hezbollah for the Israeli secret intelligence agency Mossad has been branded a war criminal by Canadian authorities, who said his actions helped Israel commit "heinous" atrocities.

In a ruling likely to raise diplomatic tensions between Canada and Israel, a lawyer representing the Minister of Immigration intervened in the Lebanese man's refugee case to argue his claim should be rejected for his role in Israeli "war crimes."

The Immigration and Refugee Board agreed and, citing reports by an American human rights group, ruled that the Israeli government was responsible for crimes against humanity in South Lebanon, including torture and murder.

The Israeli embassy in Ottawa called the Canadian assertions false. "Israel did not and has not been involved in any war crimes or crimes against humanity in southern Lebanon or any other place," said Ronen Gil-Or, the deputy head of mission.

Under Canadian law, Hezbollah is considered a terrorist organization because of its involvement in car bombings, hijackings and kidnappings. Despite that, Canadian officials condemned the man, identified only as Mr. X, for his work against the group.

"It certainly is curious," said Eric Vernon, director of government relations at the Canadian Jewish Congress, which is drafting a response to the IRB, complaining that its ruling relied on the "distorted" assertions of human rights activists.

Mr. X gave Mossad agents the names of 40 Hezbollah members. He also told Mossad about the centres used by Hezbollah, the places where they prayed and met, the cars they used and the print shops that produced their materials.

He was paid US$800 a month for his services between 1998 and 1999 but fled Lebanon in May, 2000, after the Israelis withdrew from South Lebanon. He filed a refugee claim in December, 2000, because his former superior had turned himself in to the Lebanese security services and identified the informants under his direction.

The IRB said the names Mr. X gave to Mossad were probably handed to the South Lebanon Army (SLA), the pro-Israeli militia that controlled South Lebanon, and that Hezbollah members would have been mistreated as a result.

"According to the documentary evidence, the SLA and Israeli government were responsible for a number of crimes, including civilian displacements, house demolitions, murders, torture as well as heinous crimes committed at Khiam Prison [an SLA jail in Lebanon]," the IRB said.

"The claimant alleged not to be aware of the purpose of the information he was providing, but knew that it was for the Israeli intelligence service.... The panel found it implausible that the claimant, who had worked as an informer for the Mossad for a year, would not be aware of the abuses inflicted by Israel and the SLA on people suspected of being members of the Hezbollah.

"The panel was of the opinion that there were serious reasons for considering that the claimant had been an accomplice, because of his personal and conscious participation in crimes against humanity committed by Israel and the SLA," the IRB said.

The adjudicator went further, suggesting Israeli counter-terrorism measures were on par with the tactics of terrorists. "Those who attempt to eradicate terrorism and fight terrorists must in no way conduct themselves as they do."

Mr. X was excluded from refugee protection on the grounds he had committed crimes against peace, war crimes or crimes against humanity. The adjudicator also said he was not credible.

Israel has been battling allegations it committed war crimes in Lebanon since 1982, when it invaded its northern neighbour to chase out Yasser Arafat's Palestine Liberation Organization, which was based in Beirut.

Palestinians tried to bring war crimes charges against Ariel Sharon, the Israeli Prime Minister, in Belgium, but an appeals court ruled last year that Mr. Sharon could not be put on trial because he was not on Belgian territory.

Human Rights Watch has documented what it calls "grave breaches of the Geneva Conventions by SLA forces, including torture and expulsion of civilians." It said Israel was ultimately responsible for the SLA's abuses because it was an "occupying power."

Mr. Gil-Or said contrary to the Canadian government claims, Israel "is continuing to give humane treatment even under the most difficult conditions as a result of violence directed against it by terrorist organizations."

By contrast, Lebanon and Syria continue to back Hezbollah, even as it regularly fires rockets at villages in northern Israel.

"Hezbollah is a destabilizing force in the region and committed terrorist attacks throughout the world," he said.

sbell@nationalpost.com




plus

Développement économique du Québec

Un nouveau modèle de développement régional

Le gouvernement libéral veut éliminer des structures et miser sur la décentralisation

Pierre Théroux
Les Affaires Dossier spécial, samedi 17 mai 2003


Lors du discours d'assermentation du nouveau gouvernement, le premier ministre Jean Charest a demandé à son ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, "d'inaugurer une nouvelle ère de partenariat avec les régions".

Concrètement, cela se traduira par une vision du développement régional qui emprunte la voie de la décentralisation et qui, en bout de ligne, "entraîne autant, sinon plus de services, mais avec moins de structures", explique le ministre Audet.

Le nouveau modèle de développement régional sonne-t-il le glas de bon nombre d'organismes d'intervention créés au cours des dernières années, comme les Centres locaux de développement (CLD), les Carrefours Jeunesse emploi (CJE) et les Centres locaux d'emploi (CLE) et compagnie ?

"Nous sommes à revoir les façons de faire et notre objectif est d'arriver, dès la rentrée de l'automne, avec une proposition concrète sur la manière dont seront structurés le ministère et nos services en région", explique M. Audet.

Ce qui, précise-t-il, ne signifie pas nécessairement la disparition de ces organismes.

Dans un document de travail publié en février, intitulé Faire confiance aux régions, le Parti libéral dit vouloir faire des municipalités régionales de comté (MRC) et des municipalités des acteurs de premier plan dans le développement local et régional.

Ce sont d'ailleurs les élus d'une région, regroupés au sein d'une Conférence régionale des élus, qui se verront confier le mandat de procéder à une révision des structures de développement. La Conférence aura la responsabilité d'établir et de mettre en oeuvre un plan de développement quinquennal.

"Mais on ne recommencera pas à zéro. Le Rendez-vous des régions (tenu en novembre dernier) a déjà servi d'exercice", indique M. Audet.

Ce même document stipule qu'un gouvernement du Parti libéral appuiera le développement économique régional en fournissant les outils et les ressources financières nécessaires.

Il veut notamment négocier un nouveau partage de l'assiette fiscale avec les MRC et les municipalités. Pour ce faire, il envisage trois nouvelles sources de revenus : le partage d'une partie des recettes de la TVQ (taxe de vente du Québec), un partage plus équitable des redevances sur les ressources naturelles, le transfert de ressources financières liées aux responsabilités déléguées.

Éducation et... santé

Par ailleurs, le Parti libéral estime que le développement des régions passe aussi par l'éducation et la santé. "Pour attirer des investissements et permettre aux entreprises de se développer, les régions doivent compter sur des infrastructures et des services de base en matière de santé et d'éducation", souligne le document du parti.

Le premier ministre Charest, aussi ministre responsable des dossiers sur la jeunesse, souhaite renverser la tendance actuelle de l'exode des jeunes : "Beaucoup trop d'étudiants doivent quitter les régions pour étudier en ville. Je veillerai à ce que plus d'étudiants partent des villes pour étudier en région", a-t-il affirmé en tournée dans la région du Bas-Saint-Laurent lors de la campagne électorale.

Pour contrer ce déclin, le gouvernement veut notamment maintenir les services d'enseignement supérieur et offrir des programmes d'enseignement appropriés.

"Les cégeps et les universités font notamment partie des forces et du potentiel sur lesquels on veut compter pour favoriser le développement économique des régions", dit M. Audet.

Le nouveau gouvernement veut augmenter le financement des cégeps en région et accélérer le développement de nouveaux centres collégiaux de transfert technologique.

Pour contrer les pénuries de main-d'oeuvre qualifiée, "qui constituent un frein important au développement économique des régions", le gouvernement espère augmenter le nombre de diplômés de formation professionnelle et technique.

Pendant la campagne électorale, le Parti libéral s'est engagé à verser 80 M$ en cinq ans pour développer des programmes destinés à répondre aux besoins de main-d'oeuvre des régions.

Afin de favoriser l'accessibilité et d'attirer davantage d'étudiants, de professeurs et de chercheurs dans les établissements d'enseignementsupérieur en région, le gouvernement veut favoriser la création de centres d'excellence régionaux.

Enfin, "le démarrage et l'expansion des entreprises ne peuvent se faire dans une région où des services de santé ne sont pas accessibles", estime le nouveau gouvernement.

Pour ce faire, il entend maintenir et accroître l'accessibilité à des services de santé dans toutes les régions 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Il veut aussi mettre fin à la pénurie de médecins et d'infirmières en région et offrir des services appropriés de soins à domicile.

pierre.theroux@transcontinental.ca




plus

Québec a toujours l'intention d'éliminer la taxe sur le capital

Le ministre Michel Audet n'entend plus "pomper des millions" dans la SGF

François Normand
Les Affaires - Actualité et analyse, samedi 17 mai 2003


Malgré une marge de manoeuvre qui s'annonce restreinte, le gouvernement de Jean Charest maintient le cap sur son engagement d'abolir la taxe sur le capital pour les PME et les grandes entreprises.

"Notre programme n'a pas changé, il est là, et c'est notre objectif", a déclaré le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, lors d'une entrevue accordée au journal LES AFFAIRES.

Dans son programme, le Parti libéral du Québec (PLQ) s'est engagé à éliminer la taxe sur le capital pour les PME dans son premier mandat, une mesure évaluée à un milliard de dollars (G$) sur cinq ans. Il entend mettre 10 ans pour soulager complètement les grandes entreprises de cette même taxe.

Les milieux d'affaires au Québec en demandent depuis longtemps l'abolition. On la juge injuste puisque le gouvernement la perçoit à un taux fixe (actuellement de 0,64 %), peu importe les revenus des entreprises. L'ancien gouvernement péquiste s'était engagé à la réduire à 0,30 % d'ici 2007.

Quatre provinces ont déjà éliminé l'impôt sur le capital des sociétés : Terre-Neuve, l'Île-du-Prince-Édouard, l'Alberta et la Colombie Britannique. De son côté, Ottawa abolira l'impôt fédéral sur le capital sur cinq ans, à compter du 1er janvier 2004.

Moins d'argent pour la SGF

En poste depuis à peine deux semaines, M. Audet précise qu'il n'a donc pu analyser tous les dossiers importants. Ses positions sont néanmoins bien arrêtées sur certains sujets, notamment celui du financement de la Société générale de financement du Québec (SGF).

"On ne pompera pas des millions dans la SGF car on en n'a pas les moyens", laisse tomber M. Audet. La société d'État devra donc fonctionner avec un budget réduit. Le ministre n'a toutefois pas révélé si la SGF devrait vendre des éléments d'actifs, c'est-à-dire des participations dans certaines sociétés.

En revanche, Québec compte revoir la "mission" de la SGF, notamment en ce qui a trait à ses interventions dans les régions ressources. "Il faut repenser la façon et les projets dans lesquels on intervient", dit-il, en raison de la situation financière du gouvernement, qui doit combler un déficit de 4,3 G$ pour présenter son premier budget.

Il faut aussi dire que sur le plan économique, l'approche des libéraux diffère de celle des péquistes, plus interventionnistes. Selon M. Audet, le gouvernement est un "mauvais" entrepreneur.

"Il n'a pas la structure décisionnelle pour surveiller les opportunités quotidiennement, s'ajuster au marché et être capable de faire les alliances stratégiques qui s'imposent", dit-il, en précisant que le gouvernement était toutefois "essentiel" pour appuyer l'entrepreneuriat local.

Allégement réglementaire

Le nouveau ministre compte aussi s'attaquer au dossier de l'allégement réglementaire, du Rapport Lemaire au Rapport Bernier en passant par l'assujettissement de l'installation de la machinerie de production à la Loi sur la construction qui entraîne le recours aux travailleurs syndiqués de la construciton. Bref, il veut faciliter la vie aux entreprises.

"C'est évident qu'on va tenter de privilégier cette approche pour donner de l'oxygène aux entreprises et aux entrepreneurs", dit-il en précisant qu'aucune décision n'a été prise à ce jour, compte tenu de la complexité de l'exercice. L'allégement réglementaire nécessite une consultation entre plusieurs ministères.

Par ailleurs, M. Audet a réitéré la volonté de son gouvernement de revoir la pertinence des crédits d'impôt et des subventions accordées aux entreprises. Mais il prévient que l'opération fera des mécontents. "En principe, tous sont pour qu'on fasse du ménage, qu'on revoie les crédits d'impôt et les subventions, sauf quand ils sont touchés !"

L'amélioration du commerce interprovincial, principalement avec l'Ontario, est aussi une "grande priorité" du gouvernement. "C'est anormal que dans certains secteurs, nos entreprises aient plus de difficultés à vendre en Ontario qu'aux États-Unis ou ailleurs dans le monde."

Enfin, M. Audet a indiqué que son gouvernement pourrait recourir davantage à la sous-traitance dans certaines activités. "Ce n'est pas impossible", dit-il, sans toutefois mentionner les secteurs qui pourraient être visés.

francois.normand@transcontinental.ca




plus

La "méga-SGF" démantelée sous peu :
Claude Blanchet et Maurice Prud'homme limogés

Denis Lessard, Denis Arcand
La Presse jeudi 15 mai 2003


Québec - Le gouvernement Charest a limogé hier le président de la Société générale de financement, Claude Blanchet. Un remplaçant a été choisi parmi les vice-présidents pour assumer l'intérim, a appris La Presse hier. Ce premier geste est un avant-goût du démantèlement de la "méga-SGF" auquel s'apprête à procéder le gouvernement libéral.

Selon les informations obtenues, les cas de Claude Blanchet, mari de Pauline Marois, et de Maurice Prud'homme, président d'Investissement Québec, ont été réglés hier au Conseil des ministres. Les deux dirigeants, très étroitement associés au Parti québécois, quitteront leurs fonctions selon les règles normales qui régissent les départs dans la haute fonction publique.

Claude Blanchet a fait savoir par le département des affaires publiques de la SGF qu'il ne voulait pas

faire de commentaires. Au cabinet du ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, on a confirmé qu'il était en train de "négocier son départ" avec le responsable de la fonction publique, le secrétaire général André Dicaire.

Maurice Prud'homme, ami de longue date du couple Blanchet-Marois, abandonnera lui aussi ses fonctions. Depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement Charest, le ministre Audet avait donné l'ordre de ralentir la cadence aux dirigeants d'Investissement Québec. Le programme Faire, par où passe la majeure partie des subventions de l'organisme, était au point mort depuis un mois. Même les simples lettres d'intention nécessitaient avant leur signature une série d'interrogations au cabinet de M. Audet. En entrevue à La Presse, le ministre avait d'ailleurs déploré le nombre important d'ententes signées dans les jours précédant et suivant les élections générales.

Mais le cas de Claude Blanchet était passablement plus compliqué que celui de M. Prud'homme. Il avait obtenu des avantages particuliers du conseil d'administration de la SGF, en plus des conditions que lui avait accordées le gouvernement Landry. "Tout cela était très certainement légal; est-ce que c'était légitime? C'est une autre question", résume-t-on au conseil exécutif. M. Blanchet avait déjà bénéficié de bonis au rendement totalisant 96 % de son salaire.

Il avait été renommé l'an dernier pour une période de cinq ans avec un salaire annuel d'environ 300 000 $. La règle générale pour ces départs "demandés" est que le "démissionné" reçoit 20 % du temps qu'il lui reste à faire à son contrat, jusqu'à concurrence d'un an de salaire.

Le ministre Audet a déjà mis en place un comité pour repenser l'avenir de la SGF, "d'ici quelques semaines". Le choix de ses membres devrait donner une crédibilité accrue à la démarche politiquement délicate de réévaluer les sociétés d'État- pas juste la SGF- à vocation économique. Le nouveau gouvernement aurait pu choisir de prendre ses décisions à l'interne, mais il a préféré "ouvrir le processus pour leur donner une légitimité accrue", a précisé le ministre.

L'organisme gigantesque mis en place par le ministre Bernard Landry en 1998 sera donc démantelé. La Société québécoise d'initiatives agro-alimentaires, SOQUIA, sera séparée de la SGF. On l'avait enlevée au ministère de l'Agriculture en dépit de l'avis du ministre de l'époque, Guy Julien. Même situation à Rexfor, le bras forestier du gouvernement, qu'on avait retiré au ministère des Ressources naturelles. Le titulaire Guy Chevrette s'était alors opposé aux visées de M. Landry, qui l'avait finalement emporté.

Seule la Société des alcools n'avait pas été placée dans le giron de la SGF. Claude Blanchet avait aussi obtenu que les sociétés d'État de développement dans l'industrie minière et pétrolière, SOQUEM et SOQUIP, passent sous son contrôle.

En 1998, le ministre Landry avait annoncé que le gouvernement allait injecter 2 milliards en cinq ans dans la "méga-SGF", un projet qu'avait promis de bloquer Jean Charest durant la campagne électorale de 1998. Depuis, la valeur des participations prises par le gouvernement par l'entremise de la SGF n'a fait que diminuer, d'année en année. Dans le dernier budget de Pauline Marois, on observe que les actifs de la SGF ont diminué de 300 millions en 2002-2003, de 550 millions en 2001-2002 et de 350 millions en 2000-2001. La baisse de la valeur des placements du gouvernement dans l'ensemble de ces sociétés de développement économique était de 1,2 milliard pour l'année 2002-2003.

Dans les coulisses du gouvernement, on observe qu'Investissement Québec et la SGF sont souvent dans les mêmes créneaux, même si l'une accorde des subventions et que l'autre prend des participations dans les entreprises. Tout au moins pour le démarchage à l'étranger, les organismes auraient intérêt à mettre leurs ressources en commun.

"Avec des placements qui valent 3 milliards, selon la SGF, on doit se poser la question suivante: un organisme de cette taille ne devrait-il pas générer assez de cash flow sur ses investissements pour éviter au gouvernement de pomper des fonds supplémentaires chaque année? En partant de là, on arrive à certaines conclusions..." a souligné M. Audet.

L'une d'elles est que la SGF-Santé a une grosse côte à remonter pour faire avaler au nouveau ministre son super fonds public-privé "Bio-Mondex" de 300 millions. Ce fonds était évoqué dans le dernier budget Marois, avant le déclenchement des élections. "Si Mme Marois disait avoir 300 millions pour ça, je ne sais pas où elle les prenait. On a un trou énorme. En ce qui me concerne, c'est de l'argent de Monopoly..."




plus

Visite à New York :
Charest annonce ses couleurs

Nelson Michaud, Ph.D.
L'auteur est professeur agrégé à l'École nationale d'administration publique de l'Université du Québec
Le Soleil jeudi 15 mai 2003


Opinions - Le passage de Jean Charest à New York a inspiré maints commentaires. Certains évoquent son expérience fédérale et la place qu'il a accordée aux provinces lors de la conférence de Rio. On aurait aussi pu mentionner son appartenance au gouvernement qui a formellement permis au Québec d'avoir voix au chapitre au sein de la Francophonie, permettant du coup l'essor de cette institution multilatérale. À l'opposé, d'autres y ont vu une improvisation qui a réussi. En fait, même si ces commentaires révèlent certains aspects indéniablement présents, la source de son action se trouve ailleurs. Trois raisons expliquent la présence de Jean Charest à New York et, surtout, ce qu'il en a retiré.

La tradition libérale

On peut être porté à croire qu'étant donné son agenda souverainiste et son désir de " voir le Québec occuper un siège aux Nations unies ", c'est le Parti québécois qui a le plus fait avancer la cause internationale du Québec. Certes, le rôle joué par Claude Morin à titre de sous-ministre, puis comme ministre, peut ajouter à cette perception. De plus, Louise Beaudoin a, du point de vue professionnel, grandi dans ce milieu et Bernard Landry a signé le premier véritable livre blanc sur les relations internationales du Québec. Par contre, c'est Daniel Johnson père, premier ministre unioniste, qui a littéralement demandé la mise en ordre des éléments constitutifs des relations internationales du Québec, jusque-là éparpillés entre plusieurs ministères.

Qui plus est, on ne peut négliger l'héritage du PLQ, plus riche que l'on pourrait être porté à penser à prime abord, en matière de relations internationales. Que ce soit par l'ouverture de la délégation générale du Québec à New York sous Godbout, par l'ouverture sur la France et l'Europe tout autant que par la doctrine Gérin-Lajoie sous Lesage, ou par l'apport du livre blanc de John Ciaccia sous Bourassa, le PLQ n'est pas étranger au rôle international du Québec. En fait, plutôt qu'être étonnante, l'action de Jean Charest s'inscrit dans la continuité idéologique de son parti.

contexte international

Par ailleurs, le contexte propre à la mondialisation force la donne et, comme l'écrivait Gilbert Lavoie dans son éditorial du 9 mai, " pas besoin d'être souverainiste pour comprendre l'importance d'assumer sa présence à l'étranger ". De plus en plus de questions soulevées sur la scène internationale interpellent des domaines de compétence du Québec. Il est donc normal que le Québec s'y attache et agisse en conséquence. À défaut de passion, son intérêt le lui commande.

Cette reconnaissance de la nouvelle donne internationale n'est pas propre au Québec et plusieurs entités fédérées y répondent déjà. Du côté du PLQ, autant le rapport Pelletier de 2001 que l'éditorial d'opinion soumis par le député de Chapleau et publié à deux semaines du déclenchement des élections font état d'une volonté et d'un plan d'action propre à faire passer le Québec d'une dynamique de relations internationales à un véritable programme de politique étrangère.

Les priorités annoncées

Les priorités du nouveau gouvernement en matières internationales avaient donc été nettement énoncées. D'autres signes qui ne trompent pas étaient aussi présents. Ainsi, avant même d'être assermenté comme premier ministre, Charest confirmait la tenue de deux rencontres internationales bilatérales avec le ministre président de Bavière, puis avec le premier ministre français.

Puis, l'attribution du portefeuille à Monique Gagnon-Tremblay témoigne de l'importance que le premier ministre accorde au dossier : c'est à sa " grande amie ", pour reprendre ses propres termes, qu'il a confié ces responsabilités. Autant dire qu'il les a déposées dans des mains sûres, Benoît Pelletier ayant déjà un dossier bien garni à s'occuper. D'ailleurs, le fait de dissocier " diplomatie intérieure " et politique étrangère est en soi une marque de l'importance donnée aux relations internationales - elles sont plus que des relations intergouvernementales - , ce qui s'inscrit dans la continuité du Québec moderne.

L'attitude affichée par le premier ministre à New York ne lui est donc pas venue de manière impromptue au contact des Powell ou Pataki. Elle témoigne de l'importance que le gouvernement donne à la dimension internationale et de l'enrichissement de la diversification des liens du Québec avec le monde.

Et l'avenir ?

Il est indéniable que le nouveau premier ministre a saisi au bond une occasion pour faire connaître certaines préoccupations du Québec à des acteurs politiques de premier plan chez nos puissants voisins du sud. Force est de le constater : face à l'opportunité du moment, il était prêt. Ce faisant, il donne le ton et envoie un message clair de son intérêt pour la question des relations internationales du Québec. Si les explications que j'avance éclairent son attitude, de quoi sont- elles annonciatrices ?

Il est très tôt pour prédire où en seront les relations internationales, voire la politique étrangère du Québec dans quatre ans. Nous disposons toutefois de bases sur lesquelles ancrer notre observation. À cet égard, les liens noués par Jean Charest sur la scène internationale tout au long de sa vie publique, le message univoque qui se dégage de son agenda politique et l'importance qu'il a vite donnée aux questions internationales sont autant d'atouts sur lesquels son gouvernement pourra compter.

En ce sens, le passage Jean Charest à New York révèle davantage la reconnaissance d'une tendance lourde que l'expression d'une ouverture circonstancielle.