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ACTUALITÉ

Pour saluer la mémoire des Patriotes

Collectif
LE DEVOIR samedi 17 et dimanche 18 mai 2003


La question nationale n'est toujours pas réglée. Aujourd'hui, il faut encore se demander: que voulons-nous vraiment? Or, il en va de la vie du peuple comme de toute vie véritable: son épanouissement est une fin en soi. La question est de savoir comment, en tant que peuple, persévérer dans notre être et nous ouvrir au monde. Pour un peuple, assumer sa souveraineté, c'est accomplir son destin de peuple. Cela est conforme à sa liberté, à sa dignité et à sa vérité de peuple. Les Patriotes avaient compris cela, et c'est pourquoi nous leur rendons hommage.

Le peuple québécois possède des caractéristiques propres; il témoigne d'une continuité historique enracinée dans son territoire; et seul le peuple québécois, par l'entremise des institutions politiques qui lui appartiennent en propre, a le droit de statuer sur la nature, l'étendue et les modalités de l'exercice de son droit à disposer de lui-même.

Les Patriotes sont morts au nom de ces idéaux; et c'est en ce sens que le testament politique de Chevalier de Lorimier nous interpelle : «Pour [mes compatriotes] je meurs sur le gibet de la mort infâme du meurtrier, pour eux je me sépare de mes jeunes enfants, de mon épouse, sans autre appui que mon industrie et pour eux je meurs en m'écriant - Vive la Liberté, Vive l'Indépendance.»

La lutte des Patriotes montre que la défense de droits démocratiques est parfaitement compatible avec la promotion d'une identité culturelle distincte en Amérique. Leur action constitue un jalon complexe mais crucial dans le cheminement du peuple québécois. La Journée des Patriotes, lundi, vise à faire connaître la contribution de milliers d'individus à ce vaste mouvement démocratique et national. C'est une ambition que nous comptons poursuivre. Elle prouve que l'avancement des droits de la majorité peut s'inscrire dans le respect des différences et des droits de la personne, qui sont les expressions contemporaines de la démocratie.

Bien sûr, les gouvernements peuvent se succéder à l'Assemblée nationale. L'État peut bien changer; on peut essayer de le diminuer; mais une chose va demeurer : nous sommes nombreux à croire que le Québec est notre seul pays. Ce pays n'a pas d'armée mais nous avons une arme, plus puissante que tout : celle de notre refus. Nous n'allons pas tourner la page, et nous entendons poursuivre, pacifiquement mais résolument, le combat pour la souveraineté.

Jean Dorion
Président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal

Gérald Larose
Président du Conseil de la souveraineté

Pierre Noreau
Président des Intellectuels pour la souveraineté

Chantale Turcot
Présidente du Mouvement national des Québécoises et Québécois




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Débats de l'Assemblée nationale du Québec

Hommage aux Patriotes de 1837-1838

Motion pour rendre hommage aux Patriotes de 1837-1838 présentée par M. Claude Ryan, Ministre de l'Éducation du Québec Le 19 novembre 1987


M. Ryan : M. le Président, moyennant le consentement de cette Chambre, je voudrais proposer qu'à l'occasion du 150e anniversaire des événements de 1837-1838, l'Assemblée nationale rende hommage aux Patriotes pour leur apport majeur et indéniable au progrès de la démocratie politique et du gouvernement responsable sur le territoire du Québec.

Le Vice-Président : Y a-t-il consentement pour la discussion de cette motion, M. le leader de l'Opposition?

M. Gendron : Oui, M. le Président.

Le Vice-Président : Il y a consentement. En conséquence, M. le ministre de l'Éducation, je vous cède la parole.

M. Ryan : M. le Président, de l'automne 1837 à la fin de l'année 1838, de graves événements vinrent perturber l'existence normalement paisible que connaissait alors le peuple québécois. À la suite du refus opposé par le gouvernement local et le Parlement britannique aux 92 résolutions de l'Assemblée élue du Québec demandant l'instauration d'un gouvernement démocratique et responsable, des affrontements armés éclatèrent dans diverses parties du territoire et surtout dans la région du Richelieu, que représente mon bon ami, le député de Verchères, et dans la région des Deux-Montagnes, que j'ai l'honneur de représenter, avec la députée de Deux-Montagnes, en cette Chambre. Parmi les événements qui se produisirent, certains eurent lieu dans deux municipalités qui font désormais partie du comté d'Argenteuil, c'est-à-dire les municipalités de Saint-Benoît et de Sainte-Scholastique, sans parler, évidemment, de ceux qui se produisirent dans la municipalité de Saint-Eustache.

Ces affrontements armés se soldèrent par l'écrasement des patriotes et par l'imposition de lourdes sanctions aux principaux acteurs des événements de 1837. Mais, un siècle et demi plus tard, les tyrans et les bourreaux de l'époque sont l'objet d'un oubli général. On serait bien embêté de citer les noms de la plupart de ces personnes. La mémoire des Patriotes est par contre toujours très vivante et on dirait qu'à mesure que le temps passe, le jugement que nous portons à leur endroit est de plus en plus convergent, nonobstant les divergences de vue particulières que nous pouvons avoir sur tel ou tel aspect de leur action.

Ce chapitre mouvementé de notre histoire se prête à de nombreuses interprétations. Nous savons tous que le choix fait par les Patriotes fut, dès ce temps, une source de déchirements profonds parmi la population. Les divisions qui se manifestèrent alors existent encore de nos jours. Elles font d'ailleurs, en d'autres circonstances, l'objet d'échanges et de débats qui sont, à bien des égards, salutaires pour la vigueur de la vie démocratique et politique.

En cette année qui marque le 150e anniversaire des événements de 1837-1838, il me paraît de mise que nous mettions surtout l'accent sur les éléments de ce chapitre de notre histoire qui peuvent servir à nous rapprocher plutôt qu'à nous diviser. Dans cette perspective, je voudrais tout d'abord signaler combien nous avons accueilli avec joie la décision qu'ont prises les autorités religieuses d'aujourd'hui de faire un geste de réparation et de réconciliation à l'endroit des Patriotes en leur accordant, un siècle et demi plus tard, l'honneur qui leur fut alors refusé de la sépulture ecclésiastique.

La condamnation portée contre les compatriotes par les chefs ecclésiastiques de l'époque pouvait s'explique par le contexte particulier où elle fut prise, mais elle ne rendait pas justice aux convictions religieuses profondes et au patriotisme authentique de la plupart des Patriotes. Elle faisait peser un interdit religieux sur des décisions et des gestes qui furent d'abord et surtout politiques.

L’autorité ecclésiastique réagit aujourd’hui d’une manière fort différente devant des événements semblables qui se produisent dans différentes parties du monde. Nous savons tous que, fort heureusement pour le rôle qu’elle est appelée à jouer, l’Église est plus souvent qu’autrement de nos jours à l’avant-garde des mouvements de réaction contre des pouvoirs établis de caractère dictatorial, qu’ils soient politiques ou économiques. Il est heureux, en conséquence, que le voile de doute et de méfiance que l’interdit ecclésiastique a fait peser longtemps sur le rôle des Patriotes dans notre histoire ait été levé par cette décision de l’Assemblée des évêques du Québec.

Tous les peuples ont connu dans leur histoire des divisions et des déchirements comme ceux qui caractérisèrent l’histoire des Patriotes, mais certains peuples ont été fatalement meurtris par ces déchirements et d’autres ont atteint à la grandeur en accueillant dans la mémoire commune, dans l’héritage collectif la part de chacun des camps qui ont pu être en lutte les uns avec les autres à diverses périodes de leur histoire.

Les grands peuples sont ceux qui ont su faire une place honorable dans leur mémoire collective, à la fois aux vainqueurs et aux vaincus des grandes périodes, des chapitres les plus mouvementés de leur évolution historique. Chaque fois qu’un peuple réussit à s’approprier le meilleur de ce qu’il y eut dans chaque camp il s’enrichit, il renforce son unité, il augmente ses chances de succès contre les véritables dangers qui le menacent et se rend plus capable de grandir dans la paix et la concorde sans lesquelles la véritable force ne saurait exister.

Au plan strictement politique, on a porté toutes sortes de jugements sur les Patriotes. J’exclus la dimension religieuse pour m’en prendre à la dimension proprement politique. Ces jours derniers, il m’était donné de relire un chapitre extrêmement intéressant d’un ouvrage que nous connaissons tous intitulé Notre maître le Passé, du chanoine Lionel Groulx. Le chanoine Groulx avait donné une entrevue à André Laurendeau au moment où André Laurendeau revenait d’Europe, où il était allé étudier pendant deux ans. Il dirigeait la revue L’Action nationale. Il avait entendu parler des cours lumineux que le chanoine Groulx donnait à l’Université de Montréal sur l’épisode des Patriotes. Il était allé l’interroger. Il lui avait dit : « Il paraît que l’histoire des Patriotes est plus compliquée que certains le voudraient. » Le chanoine Groulx lui avait répondu ceci :

« J’admire comme vous que l’on puisse trancher sur un ton de maître une question si complexe et si embrouillée. Pour ma part, après avoir étudié pendant deux ans cette période de notre histoire, je me sens incapable de tant d’assurance. Vous le savez du reste, deux catégories de gens cultivent volontiers le dogmatisme : ceux qui savent beaucoup et ceux qui ne savent rien. Je me sens toutefois beaucoup d’indulgence pour les pauvres professeurs. Combien d’entre eux ont eu le temps d’y aller voir. La plupart (je ne fais pas allusion aux professeurs d’aujourd’hui, loin de moi une telle pensée calomniatrice) répètent ce qu’ils ont lu.

« Or, il m’est pénible de l’avouer, nous ne possédons point, à l’heure actuelle, je ne dis pas d’ouvrage exhaustif, mais d’ouvrage recommandable sur 1837. Bien pis, ce qui a été écrit donne plutôt de cette époque une image déformatrice et rien de plus explicable dans ces circonstances que l’impitoyable sévérité des jugements de quelques-uns. »

Je pense que cette leçon d’histoire est encore vraie aujourd’hui parce qu’à ma souvenance, ces propos datent de 50 ans et je ne sache point que nous ayons entre les mains aujourd’hui un ouvrage historique majeur sur toute cette période de notre histoire. Différents travaux ont été faits, mais nous attendons encore la véritable grande synthèse qui nous permettrait d’avoir tous les éléments réunis dans une interprétation qui serait communément acceptable.

Je souligne d’ailleurs que, suivant les changements d’atmosphère politique, il pourrait arriver qu’une certaine interprétation prévale et qu’à d’autres périodes une autre interprétation prévale. Les peuples réécrivent continuellement leur histoire. C’est bon qu’il en soit ainsi. Plus on scrute l’histoire des peuples, plus on constate qu’elle a toujours été faite par deux grands courants qui ont souvent été en tension les uns avec les autres, qui se sont trouvés réunis dans les plus grands moments. Cela a été la même chose pour nous. Cela continue.

Je pense que les Patriotes représentent un volet essentiel de cette âme collective qu’est la nôtre. Il n’y a rien de plus beau, dans mon esprit, que ce geste que nous avons fait il y a quelques années à l’Assemblée nationale quand nous avons décidé de consacrer l’une de nos salles de délibérations à la mémoire de Louis-Joseph Papineau qui fut le chef des Patriotes. L’autre, à la mémoire de Louis-Hippolyte Lafontaine qui fut l’incarnation vivante de la méthode de conquête graduelle de nos droits par des voies démocratiques. Lafontaine avait été un des révolutionnaires de 1837. Il avait même été emprisonné. Après cette expérience, il s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas continuer dans cette voie, qu’il fallait emprunter la voie proprement politique. C’est ce qui lui a permis, quelques années plus tard, à titre de premier ministre des deux Canadas de présenter un projet de loi qui accordait des réparations considérables aux personnes qui avaient été mêlées aux troubles de 1837 et de permettre le retour au Canada de Louis-Joseph Papineau, qui avait pris la fuite en 1838 et de lui accorder une indemnité considérable qui lui a permis d’ailleurs de se doter de cette magnifique demeure qu’on admire encore aujourd’hui à Montebello.

Je termine, M. le Président, en soulignant que l’échec d’hier fut peut-être le succès du lendemain. Je voudrais citer à ce sujet, en terminant, une phrase que j’emprunte à une biographie de William Lyon Mackenzie, qui fut le chef des Patriotes en Ontario. C’est un fait remarquable qu’il y eut un mouvement de rébellion presque aussi fort en Ontario qu’au Bas-Canada. Des troubles également importants se produisirent à l’époque en Nouvelle-Écosse. Pourquoi? Parce que le gouvernement de l’époque était pourri. Il était terriblement oligarchique et ça provoquait l’indignation de tous les amis de la démocratie. C’était encore plus fort dans notre cas parce que ces abus étaient commis en plus par des gens qui nous étaient étrangers, dont la très grande majorité, ce petit «establishment» tyrannique, était formée d’étrangers qui ne partageaient même pas notre langue, nos moeurs et nos façons de voir.

J’emprunte au biographe de William Lyon Mackenzie, Richard Lindsay, ce passage qui nous montre que si on regarde l’histoire dans une perspective un peu plus longue, les jugements sont appelés à varier sensiblement. Il dit :

«Mackenzie a vécu assez longtemps pour constater et reconnaître l’erreur du mouvement qu’il avait lancé et pour la regretter. Mais une entreprise qui ne pouvait être justifiable en soi et dont la conduite l’avait lui-même entraîné vers une certaine ruine devait s’avérer à la longue avantageuse pour le pays.

« Une grande part de la liberté dont a joui le Canada depuis 1840 et des progrès considérables qu’il a accomplis depuis cette date sont attribuables aux changements dont l’insurrection de 1837-1838 fut la principale cause. Si ces changements n’avaient pas été faits et si le Canada n’avait pas évolué rapidement vers le gouvernement responsable, le Canada se serait, soit séparé de la couronne britannique ou soit livré à une forme de gouvernement tyrannique qui aurait rendu sa population pauvre, mécontente et disposée à chercher la protection d’une autre puissance.

L’amélioration que les institutions politiques du Canada ont connue dans les années qui ont suivi les troubles de 1837 aurait probablement eu lieu de toute manière avec le temps s’il n’y avait pas eu d’insurrection, mais elle ne serait jamais venue aussi tôt et il y a toute raison de croire que la province n’aurait pas connu aussi tôt le genre de développement qu’elle a connu après.»

C’est le jugement du biographe anglophone de William Lyon Mackenzie. Il parle pour le Haut-Canada, mais je pense qu’on peut dire la même chose pour le Bas-Canada et, si nous avons atteint très rapidement, dans les années quarante, grâce à l’action de Hippolyte Lafontaine en particulier, le gouvernement responsable, nous le devons en très grande partie au travail accompli par les Patriotes, bien longtemps avant les troubles de 1837-1838.

Il ne faut pas oublier qu’ils ont représenté, à l’Assemblés législative, pendant des années, les aspirations et les désirs démocratiques de leurs citoyens et, par delà les gestes que l’on peut discuter et qui demeureront objet de débats historiques pendant très longtemps, je pense que nous devons tous nous unir, aujourd’hui, dans l’hommage qui leur est dû au titre de la contribution unique qu’ils ont apportée au développement de la démocratie et du gouvernement responsable au Québec. Merci!

Le Vice-Président : Sur la même motion, M, le député de Verchères.

M. Jean-Pierre Charbonneau : Merci, M. le Président. C’est avec beaucoup d’honneur, aujourd’hui, que je prends la parole sur cette motion que j’aurais voulu d’ailleurs présenter, mais je pense que les règles parlementaires sont souvent ainsi faites que les gens du côté gouvernemental peuvent avoir plus souvent l’initiative ou la priorité. Mais qu’importe, ce qui est important, c’est le fond. Ce qui est important, c’est de se rappeler et de se rappeler correctement.

Je suis assez honoré de pouvoir parler, une fois de plus, parce que, chaque année, depuis longtemps déjà, nous commémorons l’action des Patriotes, mais, cette année, d’une façon particulière parce que c’est le 150e. Je suis donc assez honoré, M. le Président, parce que je représente un comté où une bonne partie des événements se sont produits : dans la vallée du Richelieu, à Saint-Denis, à Saint-Charles, à Beloeil et tout le long de la vallée du Richelieu. Le hasard de l’histoire fait que je suis né dans l’autre partie où les troubles se sont aussi déroulés, à Saint-Eustache, entre autres. Parfois avec un peu d’amusement, je dis à des gens que j’ai presque été baptisé dans un trou de boulet qui marque encore l’église de Saint-Eustache.

La devise du Québec, M. le Président, c’est « Je me souviens » et le drame des Québécois, de notre peuple, c’est que, souvent, on oublie; souvent, on a peur de se souvenir; souvent, le passé est troublant et inquiétant, surtout quand ce passé est encore présent, quand les débats d’hier sont encore les débats de maintenant. M. le député d’Argenteuil et ministre de l’Éducation nous a présenté une motion où il s’est particulièrement attardé à vanter le travail et l’action du mouvement patriote, du Parti patriote parce que c’est un parti politique qui, d’ailleurs, occupait la majorité des sièges à l’Assemblée législative.

Il s’est particulièrement attardé à nous parler des réalisations à l’égard de la démocratie du gouvernement responsable. Je pense qu’il a raison de souligner cet aspect. Il a raison parce que, contrairement à ce que beaucoup de gens ont pensé longtemps, et je me rappelle quand j’étais jeune (je ne suis pas si vieux que cela, à 37 ans) comment on nous disait que, finalement, tout compte fait, cela avait été une bonne chose qu’on ait été conquis par les Anglais, parce que ce sont eux qui nous auraient donné la démocratie. Imaginez-vous, s’il avait fallu qu’on reste sous le régime français, comment cela aurait été épouvantable. Là, on prenait l’exemple de ce qui s’était passé dans certaines colonies françaises d’Afrique, entre autres.

M. le Président, l’histoire et la vérité sont telles que, la démocratie, ce ne sont pas les Anglais qui nous l’ont donnée, c’est nous qui l’avons obtenue de dure lutte, par le sang, par les larmes, par le travail acharné, par les convictions, par les discours, par l’action politique et aussi par l’action révolutionnaire d’hommes et de femmes qui, dans les années 1830, avec, à leur tête, Louis-Joseph Papineau, ont fait en sorte que la démocratie ait un sens, que, finalement, les élus du peuple aient un véritable contrôle sur le gouvernement, sur les affaires publiques et ont fait en sorte que, finalement, le Parlement qui existait déjà, à ce moment-là, depuis un certain temps, soit autre chose qu’une farce monumentale, une espèce de parure pour cautionner à peu près tout ce que les tyrans anglais et leurs suppôts d’ici pouvaient décider, en exploitant le peuple et en agissant, à ce moment-là, au détriment du peuple. Avec grande misère, parce qu’il faut se rappeler des conditions dans lesquelles une bonne partie de la population, de notre peuple, vivait à l’époque.

Et oui, la victoire la plus significative, celle qui a duré, celle qui a été, d’une certaine façon, la plus définitive, a été la victoire de la démocratie du gouvernement responsable. Mais, il y a eu un autre combat et là, je reconnaissais les différences d’opinions politiques qui nous séparent, le député d’Argenteuil et moi. Je ne peux pas lui en vouloir. Chacun conçoit l’avenir, le bien-être et les avantages selon son prisme idéologique et selon ses convictions. Il nous a habilement cité Lionel Groulx, en nous disant : « Il y a 50 ans, vous savez, Lionel Groulx avait trouvé que les historiens n’avaient pas encore fait un travail exhaustif. ». J’aurais le goût d’envoyer au député d’Argenteuil deux ouvrages plus récents qui sont un peu la synthèse qui n’avait pas été publiée.

Je pense que le professeur Bernard, de l’Université du Québec (si je ne me trompe pas d’université) et le professeur Filteau ont, au cours des dernières années, fait un travail considérable pour expliquer et décortiquer un peu les événements qui se sont déroulés à l’époque. Je ne pense pas, et ces professeurs n’en auraient certainement pas la prétention, que tout a été dit. Mais, sans doute, M. le Président, en sait-on beaucoup plus aujourd’hui qu’il y a 50 ans, lorsque Lionel Groulx a répondu à André Laurendeau.

Parce qu’il y a un autre combat. Celui qui n’est pas terminé. Celui qui est agaçant, troublant, angoissant. Celui de l’indépendance, M. le Président. Les gens, le Parti patriote de Louis-Joseph Papineau, luttaient pour la démocratie, pour le gouvernement responsable, mais luttaient également pour l’indépendance de cette colonie. Ils luttaient pour l’indépendance de cette colonie pour qu’elle devienne un État souverain, un pays. Et malheureusement, ce combat politique n’a pas été, à l’époque, gagné. Et il est toujours d’actualité. Et il cause, M. le Président, autant qu’à l’époque, des déchirements profonds, non seulement parmi les gens qui s’opposent à ce projet et ceux qui s’en réclament mais également, tout comme à l’époque, parmi même ceux qui se disent en faveur de ce projet

M. le député d’Argenteuil a parlé des déchirements qui ont suivi sinon accompagné toute la démarche de Louis-Joseph Papineau. C’est un peu avec amertume et ironie que je regarde le chemin parcouru depuis une dizaine d’années et même ce qu’on vient de vivre encore, au cours des derniers jours, des dernières semaines, pour me dire que souvent on oublie facilement les leçons d’histoire. On les apprend difficilement et les divisions continuent d’être là, profondes et durables, et souvent elles nous empêchent d’aller plus loin vers un objectif fondamental.

M. le Président, néanmoins, ce 150e anniversaire arrive à un moment particulièrement historique dans la mesure où les grandes causes, les grandes idées sont souvent (en fait, presque toujours) portées et symbolisées par des personnages, par des hommes ou par des femmes, par des êtres humains qui catalysent autour d’eux, réussissent à rassembler autour d’eux beaucoup de gens, tout un peuple, à incarner à une époque ce qu’est leur peuple.

Il y a 150 ans, un homme a incarné notre peuple, Louis-Joseph Papineau. Il y a à peine quelques jours, on est allé porter en terre l’autre grand homme de notre histoire politique qui, lui aussi, a incarné ce que nous sommes avec nos contradictions, avec nos espoirs, avec nos rêves qui existent, nos illusions perdues. René Lévesque, c’était le Louis-Joseph Papineau contemporain. Autant le peuple québécois, le peuple du Bas-Canada a aimé Louis-Joseph Papineau, autant notre peuple, aujourd’hui, a aimé René Lévesque. Ces deux hommes ont été les grands timoniers, les grandes incarnations et les grands rassembleurs de notre peuple. Ces deux hommes, malheureusement, seront morts sans que leur rêve ne se réalise.

M. le Président, ce qu’on pourrait souhaiter à l’occasion de ce 150e anniversaire, c’est que beaucoup de gens se souviennent, beaucoup de gens se rappellent et beaucoup de gens se remémorent longtemps ce qui a conduit et animé les Patriotes, les militants et les militantes politiques il y a 150 ans pour qu’on puisse en tirer des leçons pour le présent et pour l’avenir. S’il y a un souhait à formuler à ce moment-ci, M. le Président, en ce qui me concerne, c’est qu’au moment où certains, à l’occasion de ce deuil grandiose que nous venons de vivre, ont l’impression qu’ils peuvent voir poindre à l’horizon un nouveau souffle, il y ait un nouveau rassemblement qui puisse se fonder, cette fois, non seulement sur le retour des uns, mais sur le respect de ceux qui sont restés pour que, finalement, cessent chez nous des chicanes qui ont fait que, 150 ans après, on est encore en train d’en parler plutôt que de vivre la liberté politique, l’indépendance et un pays québécois. Merci, M. le Président.

Le Vice-Président : M. le ministre de l’Éducation et ministre de l’Enseignement supérieur et de la Science, votre réplique.

M. Ryan : M. le Président, je serais bien tenté de rappeler au député de Verchères le souvenir des années qui suivirent l’avènement du gouvernement responsable et les circonstances regrettables dans lesquelles se déroula la dernière partie de la carrière politique de Louis-Joseph Papineau qu’il invoquait tantôt. Jean-Paul Desbiens rappelait, dans sa chronique de La Presse, hier, un vieil adage des anciens qui est particulièrement de mise aujourd’hui : De mortuis, nil nisi bonum dicendum. (Des morts, il ne faut rien dire d’autre que du bien.)

Par conséquent, je terminerai mon intervention là-dessus en soulignant qu’aujourd’hui il convient de souligner surtout les aspects de l’action des Patriotes qui peuvent être facteurs de rapprochement et d’unité entre nous, tout en nous souvenant que les divergences de vues profondes qui purent les opposer à d’autres Québécois également bien intentionnés, sincères et de bonne foi, nous en gardons la discussion pour d’autres circonstances et d’autres débats. Mais, aujourd’hui, je souhaite que dans un esprit d’unité et d’attachement unanime à ce côté éminemment positif de l’œuvre des Patriotes, nous adoptions à l’unanimité cette motion de rappel de leur contribution irremplaçable, de très grande qualité au progrès de la démocratie et du gouvernement responsable, et j’ajouterais même, en commentaire, d’une conscience nationale au Québec.

Le Vice-Président : Est-ce que cette motion du ministre de l’Éducation et ministre de l’Enseignement supérieur et de la Science est adoptée?

M. Charbonneau : Je suis heureux des derniers propos du ministre. Je lui demanderais, si c’était possible, avec les écritures de l’Assemblée, d’intégrer ses propos dans le texte de la motion. Je pense qu’il a eu non seulement la bonté, mais l’honnêteté de les rappeler à la fin de son intervention, cela méritait à l’occasion du 150e qu’ils soient consignés dans la motion que l’Assemblée nationale adopterait.

Le Vice-Président : M. le ministre, est-ce que vous consentez à la demande?

M. Ryan : M. le Président, je n’ai pas d’objection. Ce que j’ai dit sous une forme, je suis prêt à le dire sous l’autre.

Le Vice-Président: Très bien. Selon les paroles que vous avez notées et selon le consensus intervenu, nous conviendrons d’un nouveau texte qui remplacera celui qui a été déposé précédemment. Je comprends donc que la motion est adoptée.




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A good day to look anew at history of Patriotes

MARK ABLEY
The Gazette Saturday, May 17, 2003


CREDIT: NATIONAL ARCHIVES OF CANADA

Louis-Joseph Papineau exhorts a crowd of 5,000 Patriotes at St. Charles in 1837. After the failure of the uprising, Papineau made his way safely to France.

Even Montreal's main statue in their honour betrays some confusion about what the Patriotes' fight was all about.

It stands near the St. Lawrence River, outside a forbidding stone edifice just below the grey-and-green span of the Jacques Cartier Bridge. Dandelions push through the scanty grass. Yesterday morning, no other flowers were in sight.

Even if they stop at the nearby traffic light, it's doubtful if many of the drivers pouring into downtown from the eastern reaches of the city glance at the three-sided statue.

"Defeated in battle," an inscription reads (in French only), "they have triumphed in history."

They have, beyond question, become icons. And this curious, cottage-opening holiday - "Victoria Day" in most of Canada, "Fête de la Reine" to some older Quebecers, "Fête de Dollard" until last year - now celebrates the struggle of the 1837-8 rebels against British rule.

Last year, then-premier Bernard Landry consigned Dollard des Ormeaux to oblivion, declaring that the May holiday would henceforth be the "Journée nationale des Patriotes."

Since 1982, thanks to Landry's old boss René Lévesque, a Sunday in November had been dedicated to the Patriotes. Landry went farther, granting them one of our rare and precious days off.

In modern-day Quebec, the term "Patriotes" is everywhere. A university hockey team, a Laurentians theatre, a mediocre wine and a variety of streets and roads have all been named for them.

But what, exactly, is the Patriotes' place in history? And how did they triumph?

***

To reach the statue from the nearest métro station, you have to walk down de Lorimier Ave. It was once called Colborne St., after the British officer who suppressed the Patriote cause.

There's a rosette of Chevalier de Lorimier on one side of the statue near Notre Dame St. An inscription speaks of "sacrifice." De Lorimier was one of 12 Patriotes hanged here in February 1839, outside the big stone building that was then Montreal's prison but is now the headquarters of the Société des alcools du Québec.

Pierre Falardeau, the most hardcore nationalist among Québécois filmmakers, made a movie about de Lorimier's last day: 15 février 1839. He turned the imprisoned notary into a saintly indépendantiste martyr.

By chance, a narrow sidestreet off de Lorimier bears the name "Falardeau." Lying as it does under the great bridge, it's an ideal location for nationalist graffiti. But in 2003, most of the graffiti is non-political. Only a few scrawled words reveal the young male angst that so often feeds political agitation:

"Je hais les touristes et les filles riches."

The métro station a few blocks away is named after the political leader of the Patriote movement, Louis-Joseph Papineau. Like de Lorimier, he is commemorated on one side of the statue by the former prison. Above his image is inscribed the French phrase, "The parliamentary struggle."

For Papineau was a moderate. He was not among those hanged in the bleak winter of 1839. Nor was he among the eight Patriotes exiled to Bermuda or the 57 shipped off to Australia.

After the failure of the uprising, Papineau made his way safely to France. Though he eventually sailed back to Lower Canada, serving in its assembly in the 1850s, by then he wanted Canada annexed to the United States. He was also the seigneur of 178,000 acres around Montebello. It's hard to paint him as a victim.

Other Patriotes also survived to run in future elections. One of them, George-Etienne Cartier, ended up as a knighted Father of Confederation.

The third side of the statue is even more problematic. The face it shows is that of Wolfred Nelson, a doctor who commanded the Patriote forces at their only successful military skirmish, near St. Denis sur Richelieu. (Originally sentenced to death, Nelson was exiled to Bermuda.) Above Nelson's image on the statue are the words "The armed struggle."

Which is the side of the Patriote movement that the Front de libération du Québec and its supporters have always liked to recall. Looking for historical precedents and justifications, they fastened on the image of a tuque-wearing rebel with a rifle.

In this light, the official commemorations announced by Lévesque and Landry might be more than just a blatant attempt to harness a potent nationalist image to the ends of the Parti Québécois. They might also be an effort to sanitize and soften the Patriote ideal, making it safe for all Quebecers.

"To celebrate the movement," says Stéphane Chagnon, director of the Maison nationale des Patriotes in St. Denis sur Richelieu, "is to celebrate democracy and liberty. Every Quebecer, every Canadian, no matter what their ethnic origin, can draw inspiration from the Patriotes' fight."

Wolfred Nelson was not a character in Falardeau's recent movie. Neither was his brother Robert, nor the merchant Thomas Brown, nor the doctor and journalist Edmund O'Callaghan. None of them appear among the 12 character sketches on a Web site dedicated to "Nos héros Québécois de 1837-1838."

All these men were among the radicals in the Patriote movement - in 1838, Robert Nelson even led its ragtag army and wrote a declaration of the Republic of Lower Canada (a classic case of wishful thinking). But they happened to be anglophones.

"Most of les blokes here lined up on the side of the British," Falardeau said when his movie was released. "It's not my fault if it's not a nice story. There were people doing the hanging and other people being hanged."

The truth was a good deal more complex. Admittedly, no English-speakers were executed after the rebellion here - though 20 were hanged after the sister uprising in what would become Ontario, a province that has never seemed quite sure how to commemorate its own 1837-8 rebels. But the ranks of the Patriotes were by no means limited to francophones.

In fact, it might be a good thing for the French language that the uprising here failed. In all likelihood, the triumph of the militant Patriotes would quickly have led to the absorption of Lower Canada into the United States.

Which means, perhaps, that the potency of the Patriote rebellion - like that of the 1885 Métis uprising in western Canada - is intimately tied to its defeat. The Patriotes never compromised; they were never troubled by success; they never had to resolve their internal contradictions. Their symbolic power lies in the purity of loss.

Their triumph, in short, is permanent because it is also ambiguous. Lay flowers on their statue on Monday. Make of their struggle what you will.

mabley@thegazette.canwest.com




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« Le fiasco des mous »

PIERRE DE BELLEFEUILLE
LE COUAC mai 2003


LE PARTI QUÉBÉCOIS a perdu les élections par sa faute. Plus exactement par la faute des souverainistes mous qui y sont aux commandes.

Depuis la fondation de ce parti, il a toujours été évident que la rupture avec le Canada, même suivie d'une association, d'un partenariat ou d'une confédération à l'européenne ou à toute autre sauce, serait difficile, compliquée, laborieuse et aussi, pour beaucoup de Québécois, douloureuse. Elle ne peut résulter que d'une déterminationtrès ferme.

Mais les mous ne se rendent pas à l'évidence. Ils font comme si la souveraineté pouvait tomber du ciel, sans qu'ils en fassent sérieusement la promotion, à tous les instants.

C'est ce que disait Jacques Parizeau. Pour sa part, René Lévesque était hésitant, mais il a eu le mérite historique d'identifier et de populariser l'enjeu essentiel de la politique québécoise.

Tous mous, les autres chefs du PQ, Pierre-Marc Johnson, Lucien Bouchard et Bernard Landry, ont laissé tomber le ballon. Le premier n'était rien de plus qu'un fédéraliste plus ou moins mécontent. Le deuxième comprenait fort bien la nécessité de la souveraineté, mais il s'en remettait à des invocations. Le cas du troisième est plus triste. Bernard Landry est un vrai souverainiste, mais il a laissé son entourage l'enfermer dans une stratégie archi-molle.

Au début de la campagne, Landry disait qu'il ne tiendrait un référendum sur la souveraineté que lorsqu'il aurait la certitude morale de le gagner. C'est discutable, mais c'est clair. En fin de campagne, il a remplacé la certitude morale par « la moindre chance ». Ce n'est pas du tout la même chose. Le sursaut de ferveur est venu trop tard.

La souveraineté cachée

Lorsque la stratégie prend le pas sur l'objectif, on prépare le désastre. C'est ce qui s'est produit durant le débat des chefs du 31 mars. Chacun disposait au départ d'une allocution de trois minutes. Dans celle de Landry, il n'y a pas eu un mot sur la souveraineté. Cette maladresse injustifiable a permis à Charest de prêter au chef péquiste un « agenda caché » (sic). Les mous, depuis des années, cherchent à justifier cette attitude fuyante en prétendant qu'elle rapporte des votes. Elle n'a rapporté des appuis qu'aux autres partis.

Songez-y un instant. Si les souverainistes ne font pas clairement et constamment la promotion de la souveraineté, celle-ci recule fatalement dans l'opinion. « En parler avant, pendant et après les élections », disait Parizeau. On ne l'a pas entendu. On a préféré lui faire un mauvais procès pour un mouvement d'humeur à propos du vote ethnique au référendum de 1995.

Rien d'autre que la « political correctness », ce conformisme maladif qui fait partie de notre américanisation, n'interdit de s'interroger sur le vote de tel ou tel groupe dans la société. Les maisons de sondage le font continuellement, et elles isolent le vote francophone.

Ainsi, Charest a fait de la basse politicaillerie en prétendant que Parizeau en avait remis en s'adressant à un auditoire d'étudiants. C'était faux. L'ancien premier ministre avait expliqué, en réponse à une question, ce qui s'était passé le soir du 30 octobre 1995, et avait ajouté que grâce à la loi 101, l'opinion des jeunes « ethniques » avait évolué.

Les petits bourgeois

Les mous de la souveraineté ne sont par ailleurs que très mollement sociaux-démocrates. Certains, tels Joseph Facal, François Legault et André Boisclair, sont petits bourgeois plutôt que sociaux-démocrates, puisqu'ils choisissent de s'apitoyer sur la classe moyenne et non pas sur les plus démunis. La classe moyenne est la classe la plus heureuse, étant donné que l'argent, pas plus que la misère, ne fait pas le bonheur.

Le débat des chefs a fait l'impasse sur la pauvreté. Motus sur l'environnement. Bouche cousue sur la culture. Silence sur la langue. Mention rapide des défusions, mais pas un mot contre cette bêtise du siècle que la chroniqueuse Chantal Hébert a définie ainsi « défaire une omelette et remettre les œufs dans leurs coquilles ». Beaucoup de clichés sur la santé. D'accord, c'est important et il faut s'en occuper, mais la population du Québec n'est quand même pas atteinte d'hypocondrie collective.

Prisonnier d'une préparation mal orientée, Landry était loin du sommet de sa forme. Il aurait dû mettre ses notes de côté et réagir spontanément.

La veulerie

Que dire des médias ? La palme de la veulerie revient assurément à l'éditorialiste de La Presse, André Pratte qui, dans deux des cinq colonnes de la page éditoriale du 12 avril, présente un bilan mi-chair mi-poisson qu'il conclut en appuyant le parti libéral. Chacun sait que ses patrons ne lui auraient pas permis de conclure autrement. Cela étant, un minimum de dignité et de respect de soi-même l'aurait poussé à dire à ses patrons signez-le vous-mêmes, cet éditorial.

Pratte, imperturbablement, rêve en couleurs. Il pense qu'un gouvernement libéral pourra « donner au Québec un rôle de leader dans la modernisation de la fédération canadienne ». Qu'il aille donc vendre cette salade à Toronto ou à Calgary, pour voir !

René Lévesque nous a quittés. Jacques Parizeau est knock-out. Rien n'indique que les mous vont lâcher prise. Tous les aspirants à la direction du parti québécois, déclarés ou visibles, sont plus ou moins mous. Aucun d'entre eux n'a jugé bon de faire systématiquement la promotion de la souveraineté. Les Québécois qui vont un jour se donner leur propre pays sont sans doute nés, mais ils n'en sont encore, vraisemblablement, qu'à l'enfance.




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Bilan

Michel David
LE DEVOIR samedi 17 et dimanche 18 mai 2003


L'ancien président du Conseil du trésor, Joseph Facal, a énoncé une triste évidence, dans le dernier numéro de L'Actualité: «L'ADQ tient essentiellement à un homme qui devra décider si la poursuite du jeu vaut la chandelle.»

Si Mario Dumont décidait de faire autre chose dans la vie, l'ADQ lui survivrait-elle ? Poser la question, c'est y répondre. Malgré la déconfiture du 14 avril, les velléités de remise en question de son leadership sont tout simplement risibles.

Quand François Corriveau et Marie Grégoire ont fait leur entrée à l'Assemblée nationale, à la faveur des élections partielles dans Saguenay et Berthier, Mario Dumont pouvait légitimement penser que sa longue traversée en solitaire était enfin terminée.

Au lendemain des élections, il a insisté bien davantage sur la défaite de ceux sur lesquels il comptait pour asseoir la crédibilité de son parti que sur la victoire de trois inconnus, dont la présence aura plutôt pour effet de renforcer l'impression que l'ADQ est simplement une expression marginale du Québec profond.

Malgré les ressources et la visibilité accrues que le statut de parti officiellement reconnu conférerait à l'ADQ, il sera très difficile de voir dans les trois inconnus qui ont été assermentés jeudi, au Salon rouge, le noyau d'une équipe appelée à prendre un jour les commandes de l'État. La célèbre formule de Marshall McLuhan s'applique particulièrement bien à la politique : dans une très large mesure, le médium est le message.

Malgré l'expansion foudroyante de la dernière année, l'ADQ est demeurée la chose d'une petite «clique» issue de la Commission jeunesse du PLQ, dont la prétention de tout régenter a eu pour résultat d'empoisonner le climat au sein de l'organisation adéquiste durant la campagne. Pour reprendre une expression typiquement adéquiste, l'addition des contributions doit s'accompagner d'un partage du pouvoir.

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Si Mario Dumont espère que des personnalités comme Diane Bellemare ou Joëlle Lescop continuent à militer, ce qui est une condition essentielle à la relance de l'ADQ, il devra envoyer des signaux très clairs que les choses vont changer. En clair, cela signifie qu'il devra tasser quelques-uns de ses vieux «chums». Le responsable des communications, Jean-Luc Benoît, est un candidat de choix au rôle d'agneau sacrificiel.

Cette guerre d'influence, somme toute assez banale au sein d'un parti politique, se double cependant d'une autre lutte dont l'enjeu est plus fondamental, puisqu'il s'agit de l'âme même de l'ADQ.

Le débat interne autour de la publication du livre Place à l'initiative, cosigné par l'ancien président de la Banque Nationale, Léon Courville, et Paul Daniel Muller, issu de la filière libérale, illustre bien la querelle idéologique qui oppose le courant libertaire radical, partisan d'une remise en question systématique du rôle de l'État, aux partisans d'une approche plus pragmatique.

Identifié au premier, le Dr Stephen Morgan était de ceux qui souhaitaient que Mario Dumont signe également ce livre, qui serait devenu le fer de lance de la campagne adéquiste. Le président de l'ADQ, le politologue Guy Laforest, s'est opposé avec la dernière énergie à ce qu'il estimait être un positionnement politique inapproprié pour l'ADQ.

Il n'est pas étonnant que la présidence de la commission politique soit vacante depuis que M. Laforest est devenu président du parti. Qui aurait voulu aller se fourrer dans ce panier de crabes ? Il faudra pourtant bien trouver quelqu'un. Ce sera un indice particulièrement révélateur de l'orientation que prendra l'ADQ.

Le problème est que M. Dumont n'a jamais été capable d'assurer lui-même le leadership intellectuel de son parti. Son attirance pour les idées de droite semble tenir davantage de l'intuition que de l'idéologie. Il donne le plus souvent l'impression de suivre le courant dominant au sein de son parti ou encore de sous-contracter ses orientations à des gens dont il admire l'envergure.

Il est vrai que la dernière année ne lui a pas laissé beaucoup le loisir de réfléchir, mais on attend d'un chef qu'il imprime lui-même une direction. Il y aura sans doute beaucoup à faire au cours des prochains mois, mais ça devrait être la priorité de M. Dumont. Il peut encore se rétablir dans l'opinion publique, s'il démontre que l'épreuve l'a mûri et renforcé.

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On s'entendra facilement pour dire que la dernière campagne a révélé de très sérieux problèmes d'organisation et de communication, sans parler du financement, mais il ne faudrait pas s'imaginer que le programme de l'ADQ a simplement besoin d'être mieux articulé et mieux présenté.

Le désastre du 14 avril est aussi le rejet d'une certaine vision du Québec, qu'il s'agisse de son avenir politique ou de la place que l'État doit occuper, qui avait servi de canevas au discours devant le Canadian Club de Toronto. Il est douteux qu'elle devienne soudainement désirable.

De toute manière, avec la «réingénierie» annoncée par Jean Charest, il y a des chances que les libéraux occupent tout l'espace disponible à droite du centre. La prochaine fois, le désir de changement risque plutôt de porter les Québécois vers la gauche.

Déjà, l'ADQ aura beaucoup de mal à démontrer sa pertinence au cours des prochaines années. Poursuivre dans la même voie serait tout simplement suicidaire. D'une manière ou d'une autre, il lui faut se recentrer.

Pour moi, le plus grand mystère demeure qu'après avoir fondé l'ADQ sur les ruines de l'Accord du lac Meech, Mario Dumont ait pu penser devenir premier ministre du Québec en faisant complètement abstraction du dossier constitutionnel.

Si le but était de supplanter le PQ, comment pouvait-il s'imaginer qu'après avoir débauché les électeurs souverainistes, ceux-ci le laisseraient faire une croix sur la question nationale pour courtiser la clientèle libérale ? La fatigue, peut-être.

mdavid@ledevoir.com




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Revue de presse:

Modèles américains contre modèles canadiens

Antoine Robitaille
LE DEVOIR samedi 17 et dimanche 18 mai 2003


«On a fait ce qu'il fallait une fois. Il semble qu'on ne peut le faire deux fois.» C'est ainsi que l'environnementaliste David Suzuki, chroniqueur pour la chaîne Sun, interprétait la décision du premier ministre Jean Chrétien d'entamer des discussions avec les États-Unis sur la question du système de défense antimissile. Suzuki dit qu'ainsi le Canada risque de «participer à la mise en place d'une technologie mal conçue qui ne fera que déstabiliser davantage les relations internationales», déplore Suzuki.

Ce système ne fonctionne même pas, argue Suzuki en citant des experts américains. Et il engloutit une fortune : six milliards, seulement en 2002. Déjà, le ministère de la Défense des États-Unis reçoit 60 % des budgets de recherche et de développement, alors que celui de la santé n'en reçoit que 28 %. Une fois prêt, le système pourrait avoir coûté 100 milliards de dollars. «Tout cet argent, s'indigne Suzuki, alors que des maladies qui pourraient être évitées tuent chaque année des millions d'enfants. Alors que les violations aux droits humains se multiplient chaque année. Alors que de nouvelles maladies comme le SRAS et le virus du Nil infectent des gens jusqu'en Amérique du Nord. Alors que le réchauffement planétaire se poursuit et menace notre santé économique et physique». Suzuki croit donc que le Canada devrait résister au chant des sirènes américaines qui disent «que la technique est toujours la solution», et devrait faire valoir qu'à une époque d'interdépendance où le flots des échanges n'est jamais interrompu, c'est avec des petits couteaux que des terroristes ont réussi à transformer des avions en missiles.

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Jeffrey Simpson notait hier dans le Globe que «la plus grande différence» entre les États-Unis et le Canada ressort clairement des plus récentes données de Statistique Canada. Au sud, on est tout simplement plus religieux et ça se fait sentir jusque et y compris en politique. Charles Péguy le disait : «tout commence en mystique et finit en politique.»

Ça n'a pas toujours été le cas, fait-il remarquer. Il y a 50 ans, l'Orange Order avait toujours son importance en Ontario alors qu'au Québec, l'Église catholique organisait les systèmes de santé et d'éducation. «Aujourd'hui, les 4,8 millions de Canadiens qui se décrivent comme areligieux sont aussi nombreux que ceux qui disent faire partie des Églises Unie et Anglicane réunies.» Bref, aucun politicien à Ottawa ne songerait à ponctuer un discours de «God Bless Canada». Et quand des Manning et Day ont tenté l'expérience, ils n'ont pas eu grand succès. «Les Américains et nous partageons le même continent, conclut Simpson, mais sur le plan religieux, nous évoluons dans des directions opposées.»

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Le chroniqueur Herman Goodden, dans le London Free Press débutait sa chronique d'hier en disant qu'il a récemment fait la découverte de formidables essais d'un auteur anglais du début du XXe siècle, Augustine Birrell. «Expérience littéraire fascinante», dit-il, mais il insiste : «mon enthousiasme est trop ésotérique pour être partagé avec un large public». Inouï, non ? Aujourd'hui, il faudrait, en somme, garder ce type d'expérience pour soi. Trop grossière peut-être ? Trop ouvertement «intellectuelle» ? Goodden aurait pu en profiter pour dénoncer ce monde où l'on devrait taire «l'émotion littéraire» qu'on a ressentie en lisant un vieux bouquin -- alors qu'on pratique partout l'étalage impudique de toutes les autres «émotions» ? (À quand une émission subversive : «Je lis, moi non plus » ?) Non ! Il insiste : «Que les autres fassent comme moi et gardent ça pour eux.»

Ainsi reproche-t-il aux animateurs d'une émission littéraire de la chaîne culturelle de la CBC, Canada Reads, d'avoir pêché en ne gardant pas pour eux l'expérience littéraire que leur a procuré la lecture de Prochain épisode, d'Hubert Aquin. Canada Reads fonctionne ainsi : une équipe de cinq personnalités fait une sélection de romans et en discute. Elle propose ensuite un titre à l'auditoire. Composé entre autres de Justin Trudeau et de Denise Bombardier, le groupe de Canada Reads a arrêté son choix sur la traduction du roman d'Hubert Aquin, publié une première fois en 1965. Goodden écrit : «Dites-en ce que vous voulez, [...] mais ce n'est assurément pas ce type de livre qui devient un best-seller.» Heureusement, poursuit Goodden, «je n'ai pas eu à acheter mon exemplaire». Il lui a été donné, «en fait lancé, dans un geste d'exaspération», par une des plus ferventes lectrices d'un cercle littéraire qu'il accompagne. «"Je ne veux plus jamais voir ce livre !", a-t-elle dit.» Après une tentative pour se plonger lui-même dans la prose d'Aquin, Goodden a dû déclarer forfait : «Prochain épisode est beaucoup trop démoralisant pour faire l'objet d'une sélection dans le cadre d'une campagne populaire visant la promotion de la lecture. En plus, huit dollars plus la TPS pour 100 pages et quelques, il faut dire qu'on n'en a pas beaucoup pour son argent.» En somme, dit Goodden, le jury de l'an dernier, qui avait opté pour un roman de Michael Ondaatje, avait mieux fait son travail. Le chroniqueur termine en disant qu'à l'origine, Canada Reads voulait s'inspirer de la fameuse formule du «Book Club» de l'animatrice vedette américaine Oprah Winfrey. Mais alors qu'aux États-Unis, ce sont des personnalités, notamment Oprah, qui proposent un titre, au Canada, il a fallu créer «un comité». Ce réflexe donne aux Canadiens un «gouvernement médiocre», note Goodden. Les résultats ne sont pas meilleurs «lorsqu'il s'agit de sélectionner un livre», conclut-il.

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Lorsque, dans cette chronique, j'ai parlé du rapprochement fait par Linda Williamson, ci-devant sémillante chroniqueuse du Toronto Sun, entre la chute de Saddam et celle du PQ, certains me l'ont reproché. «Eh, c'est un journal jaune, vous n'allez pas prendre ça au sérieux !» Notons pour répondre que la semaine dernière, dans le Financial Post, William Watson, professeur d'économie à l'université McGill et ancien rédacteur en chef de Option politique, le magazine de l'IRPP (Institut de recherche en politique publique), écrivait : «l'Irak est libéré et des millions d'Iraquiens se mettent à travailler à la mise sur pied d'une république islamique. Ici, les séparatistes sont chassés du pouvoir, mais le nouveau gouvernement fédéraliste menace d'entreprendre une grande opération pour rééquilibrer la fédération canadienne.» Et alors, la morale dans tout ça : «Parfois, lorsque ce que vous désiriez se réalise, tout ne devient pas facile pour autant.» En effet.




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Une révision opportune

Jean-Robert Sansfaçon
LE DEVOIR samedi 17 et dimanche 18 mai 2003


Le ministre québécois du Développement économique et régional, Michel Audet, entend revoir le travail de la SGF et d'Investissement Québec dans une optique de diminution des interventions de l'État dans l'économie. Après neuf années d'une orientation de plus en plus interventionniste et de moins en moins critique de la part du gouvernement précédent, l'exercice est devenu urgent.

Le ministre Audet ne met pas de gants blancs lorsqu'il parle du rôle du gouvernement dans l'économie. En entrevue au Devoir, plus tôt cette semaine, on reconnaissait aisément l'ancien président de la Chambre de commerce du Québec à travers les propos du nouveau ministre déclarant qu'il n'était «pas anormal qu'une entreprise ferme. Ça fait même partie du système. L'important, c'est qu'il y en ait plus qui repartent qu'il y en a qui ferment.» Attendons de voir comment M. Audet s'en tirera le jour où des travailleurs dont l'usine est menacée de fermeture lanceront un S.O.S. en sa direction....

Cela dit, on comprend l'esprit dans lequel le ministre sera plongé pour analyser les mandats de la Société générale de financement (SGF) et d'Investissement Québec (IQ). Dans un cas comme dans l'autre, l'exercice mérite d'avoir lieu, car même les observateurs attentifs manquent de critères objectifs pour juger de l'efficacité et de la pertinence des interventions de ces deux organismes publics dont les dirigeants étaient associés de près au précédent gouvernement.

À la SGF notamment, des milliards de dollars ont été investis depuis quelques années dans des projets d'envergure dont certains -- on pense à Magnola -- sont sur le point de faire perdre beaucoup d'argent aux contribuables. Année après année, la SGF a publié des rapports financiers qui laissaient croire à la rentabilité de ses opérations, mais le temps est venu de vérifier cela de plus près. Surtout que le dernier plan quinquennal de la SGF présenté quelques semaines avant les élections n'est pas très crédible : investir trois milliards d'ici cinq ans afin de «turbocharger les filières régionales -- récréotourisme en Gaspésie, aluminium au Saguenay-Lac-Saint-Jean, aquaculture sur la Côte-Nord, etc.», l'expression fait image, mais le programme ne tient pas la route. L'approche ACCORD à laquelle la SGF a dû adhérer à la demande d'un gouvernement pressé de reconquérir les régions, rappelle dangereusement le passé et invite à la méfiance, c'est le moins qu'on puisse dire...

De même pour Investissement Québec, dont le mandat doit être aussi revu. Est-on certain que sans l'aide des contribuables, aucune des entreprises qui ont fait appel à IQ ne serait passée à l'acte ? Investissement Québec a fourni une aide globale de 3,2 milliards depuis quatre ans, que ce soit sous forme de participation au capital, de garanties de prêts, de crédits d'impôt à la recherche ou autre. Selon le rapport annuel, ce coup de pouce de l'État a permis la réalisation de projets totalisant 18 milliards de dollars. L'an dernier, l'intervention a coûté 200 millions aux contribuables. On aura beau dire que cela a généré des recettes fiscales trois fois plus élevées pour le gouvernement, voilà le genre de calcul qui ne tient pas la route si nombre des entreprises aidées avaient pu s'en tirer autrement.

Ces jours-ci, nous entendons beaucoup parler des parachutes dorés dont bénéficieront bientôt les dirigeants qui perdent leur emploi pour être trop identifiés au gouvernement précédent. Évidemment que ces arrangements scandaleux méritent d'être dénoncés. Mais ce qui importe le plus présentement, c'est de profiter des intentions vertueuses des nouveaux occupants des banquettes ministérielles à Québec pour les inviter à la plus grande diligence dans la gestion des programmes gouvernementaux. Ils auront bien le temps de revenir marcher dans les traces de leurs prédécesseurs d'ici la fin de leur mandat, dans quatre ans...

jrsansfacon@ledevoir.ca




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Les faux du Pentagone

Serge Truffaut
LE DEVOIR samedi 17 et dimanche 18 mai 2003


Le fait est inusité. L'ambassadeur de France à Washington a déposé une plainte officielle pour dénoncer et exiger la mise entre parenthèses de ce qu'il estime être une campagne de désinformation sciemment orchestrée par le Pentagone pour ternir durablement l'image du pays qu'il représente. On l'aura deviné, la série noire composée par l'entourage du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, avec l'accord tacite de la Maison-Blanche, a été conçue pour punir l'Élysée d'avoir défendu une politique différente de celle souhaitée lors du débat irakien à l'ONU.

De l'inventaire de fausses informations relayées par les médias américains et qu'ont dressé les autorités françaises, on retient que la France aurait donc refilé à Saddam Hussein des composantes nécessaires à la bombe nucléaire, des pièces et des munitions pour ses avions, des éléments chimiques ainsi qu'une ribambelle de passeports pour faciliter le départ de hauts dignitaires irakiens et assurer leur protection. C'est d'ailleurs ce dernier mensonge qui a fait déborder le vase républicain. Car le démenti apporté à cet élément n'a pas été repris par les médias, comme d'ailleurs la plupart des démentis antérieurs. Bref, on a laissé les humeurs de la rancune et de la haine qu'ont suscitées ces faux se propager à la vitesse grand V au sein de la population américaine.

De tout cela, et sur le strict plan médiatique, on retiendra avec l'ambassadeur Levitte qu'aucune des informations publiées dans les grands quotidiens américains n'a été étayée par des preuves tangibles. Toutes étaient mises sur le compte de sources anonymes. Une fois la source anonyme, ça va; deux fois aussi. Trois fois, ça fait désordre. Et au-delà ? C'est la crédibilité même des journaux qui est altérée.

Et la télé ? En ce qui concerne Fox News, son président, un faucon de l'administration Reagan, a assuré, par écrit, le président Bush que sa chaîne le soutiendrait avec fermeté. Pire ? Le propriétaire de la chaîne en question, Rupert Murdoch, a demandé au premier ministre Tony Blair en quoi il pouvait être utile à la cause impériale. Réponse : ennuyez les Français. Et CNN ? Son devoir critique est égal à l'obtention d'une autorisation du FCC, l'équivalent de notre CRTC, que préside le fils du secrétaire d'État Colin Powell. Une autorisation qui lui permettrait de requinquer sa caisse plombée par des années de mauvaise gestion. Comme disait Deep Throat, la source de Bob Woodward lors du Watergate : Just follow the money.

Au-delà de ces considérations commerciales, cet épisode des relations franco-américaines a ceci de désolant qu'il illustre avec éclat que la logique de puissance qui habite la Maison-Blanche s'est traduite par une mobilisation générale, médias compris, qui n'a jamais été décrétée. La conséquence nette, la conséquence grave de cela est que la frontière entre ce qui relève de la logique guerrière et ce qui n'en relève pas est désormais dans le flou. Un flou total.




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A letter from Paris


National Post 17.5.2003


By all accounts, the French hate Americans (except Jerry Lewis, of course) and American tourists. But they seem to rue their absence even more. U.S. boycotts have dramatically reduced French exports of wine, cheese and perfume to the United States, while America-to-Paris bookings are off by as much 30%. It is not SARS that's at fault: Americans are protesting France's opposition of the Iraq war and its obstruction of U.S. efforts at the UN Security Council.

So what do the French propose to do about it? Apologize? Mais, non. Will they offer U.S.-targeted discounts on air travel, hotels and restaurants? Perhaps. But first they intend to send the White House a really snooty letter blaming the consequences of their actions on an "organized campaign" of "repeated and orchestrated disinformation" by the U.S. media, egged on by spurious leaks from the Pentagon. In an extraordinary missive sent Thursday to U.S. President George Bush and leading Congressmen, France's Foreign Ministry declared it would "count the untrue accusations that have appeared in the U.S. press."

Asked for examples of false stories, a French spokeswoman cited accusations the French had supplied Iraq with precision switches for nuclear weapons and that French companies had resupplied Iraq with spare parts for fighter jets on the eve of the March invasion. The French also angrily denied charges they'd helped Iraqi officials escape U.S. capture by issuing them EU passports.

There are indeed doubts about these charges. But the French spokeswoman left out confirmed reports that French President Jacques Chirac, personally helped Iraq begin its nuclear program, that France assisted China in shipping raw materials for chemical weapons to Iraq through Syria in recent months, or that French security services have long helped suppress opposition groups seeking to depose Saddam Hussein.

The accusation of a "campaign of disinformation" is silly. Ordinary Americans know who their country's true friends are and act accordingly, without prompting from the Pentagon. But even if the U.S. responses were "orchestrated," given the disinformation the French peddled against the Americans before the war -- this is a war for oil, Resolution 1441 does not authorize military action, George Bush is "cowboy," etc. -- at the very least, they are now merely getting back some of their own.




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Je me souviens

Denise Bombardier
LE DEVOIR samedi 17 et dimanche 18 mai 2003


Un jour où je décrivais à un ami, célèbre sociologue américain juif, la baisse subite et brutale du taux de pratique religieuse au Québec, il eut ce commentaire spontané: «Mais si vous abandonnez la religion, vous perdez la moitié de votre identité.» La religion et la langue, les deux mamelles de notre moi collectif traditionnel qui nous assure notre distinction au sein du Canada, se voient confirmées par les statistiques publiées cette semaine.

En effet, malgré le fait qu'ils ont déserté les églises, 83 % des Québécois s'identifient toujours à la religion catholique romaine. Une statistique incomparable à celles des autres provinces. Qui plus est, à l'exception de Terre-Neuve, c'est au Québec que l'on retrouve le moins de personnes qui revendiquent le statut d'incroyant (5,6 %).

Il fallait entendre les commentaires, frileux, embêtés ou biaisés des spécialistes cette semaine. Il y avait les déçus, ceux qui considèrent à l'instar de Marx que la religion est l'opium du peuple. Il y avait les idéologues multiculturels qui tentaient d'atténuer la portée de la statistique en mettant en évidence l'apport des immigrants catholiques (ce qui n'est pas entièrement faux). Il y avait aussi des militants religieux (un imam, entre autres) qui trouvaient là matière à revendications afin que, dans l'avenir, la religion retrouve sa place dans la sphère publique.

Or, cette statistique indique avant tout que les Québécois d'aujourd'hui veulent se souvenir qu'ils ont été des Canadiens français et plus anciennement des Canadiens, c'est-à-dire qu'ils se situent dans la filiation de leurs ancêtres. On ne joue pas avec l'identité impunément. On ne rompt pas avec nos repères historiques sans conséquences. Le film génial de Denys Arcand Les Invasions barbares nous le rappelle douloureusement. S'affirmer catholiques romains c'est revendiquer une appartenance à un passé qui nous a construits, heurtés certes, mais aussi qui nous a permis de nous révolter, de créer et d'être fiers.

Nous sommes catholiques romains, disons-nous, mais nous nous comportons en protestants, donnant préséance à notre libre arbitre plus qu'aux dogmes et aux préceptes de l'Église. Nous voulons baptiser nos enfants, comme nous avons été baptisés nous-mêmes, s'échangeant les robes de baptême d'une génération à l'autre. Les enfants des boomers à qui leurs parents ont évité les fonds baptismaux font même des démarches parfois pour entrer dans l'Église, car ils rêvent de mariages religieux et de première communion pour leurs enfants. Car nous sommes affamés de rites, de structures, d'identification, isolés que nous sommes par l'individualisme triomphant et l'amnésie collective. Lorsque les vieilles tantes sortent les photos de famille, des baptêmes, des premières communions, des mariages d'antan, les enfants d'aujourd'hui les regardent ébahis, fascinés et trop souvent dépaysés. Dépaysé est le mot juste, car la rupture avec le pays de notre mémoire, de notre héritage sentimentalo-religieux, spirituel, voire patrimonial a été si brutale.

Lorsque les églises et les couvents deviennent des lofts ou des salles de concert, les centres commerciaux se trouvent sacralisés (en tous cas pendant les heures d'ouverture). Lorsque les idéaux du christianisme, comme l'amour du prochain et l'oubli de soi, que l'on nous a transmis même à travers le fatras de péchés mortels, ne donnent plus de sens à la vie, l'argent prend le relais. Le film d'Arcand le montre bien d'ailleurs à travers le personnage du fils joué magnifiquement par Stéphane Rousseau.

Notre identité construite sur le catholicisme extrême (comme on dit sport extrême) s'inscrit aussi fortement dans notre langage. Les jeunes qui ignorent ce que sont les ciboires, les calices, les tabernacles, n'ont que ces mots à la bouche et les conjuguent même au passé et bien sûr à l'imparfait. Ils n'ont pas connu les cierges et les lampions, mais ils s'entourent de bougies dans des bains moussants aux vapeurs d'huiles essentielles plutôt que d'encens. Et on peut penser que s'ils refusent l'athéisme, c'est aussi pour garder le lien avec ceux dont ils sont les descendants, ces familles qu'ils ne connaissent qu'éclatées ou chaotiquement reconstituées. Quant aux boomers, eh bien l'âge aidant, ils retrouvent quelques vertus à l'appartenance à cette Église, seule institution qui a peu (certains diront hélas !) changé. Du moins officiellement. Lorsqu'il leur arrive d'entrer dans une église, la plupart du temps pour des funérailles, ils sont mal à l'aise, marmonnent les prières qui ne sont plus celles qu'ils ont apprises, mais en même temps, ils éprouvent une vieille familiarité avec le lieu. Parfois, l'émotion les rejoint. Une émotion dont la source est ancienne, qui a moins à faire avec la Foi qu'avec les liens qui les unissaient à ce que l'on appelait jadis, la race canadienne-française. Si 83 % des Québécois se définissent toujours comme catholiques romains, c'est qu'ils ont compris que l'appartenance culturelle est un leurre sans des lieux historiques de rassemblement. L'adhésion à la religion institutionnelle prend valeur de symbole. Je suis aussi ce que «je me souviens» d'avoir été. Et je refuse de brader la moitié de ce qui me définit et me permet l'ouverture vers ces autres avec lesquels je partage désormais le titre de Québécois.

Notre identité construite sur le catholicisme extrême (comme on dit sport extrême) s'inscrit aussi fortement dans notre langage. Les jeunes qui ignorent ce que sont les ciboires, les calices, les tabernacles, n'ont que ces mots à la bouche et les conjuguent même au passé et bien sûr à l'imparfait. Ils n'ont pas connu les cierges et les lampions, mais ils s'entourent de bougies dans des bains moussants aux vapeurs d'huiles essentielles plutôt que d'encens. Et on peut penser que s'ils refusent l'athéisme, c'est aussi pour garder le lien avec ceux dont ils sont les descendants, ces familles qu'ils ne connaissent qu'éclatées ou chaotiquement reconstituées. Quant aux boomers, eh bien l'âge aidant, ils retrouvent quelques vertus à l'appartenance à cette Église, seule institution qui a peu (certains diront hélas !) changé. Du moins officiellement. Lorsqu'il leur arrive d'entrer dans une église, la plupart du temps pour des funérailles, ils sont mal à l'aise, marmonnent les prières qui ne sont plus celles qu'ils ont apprises, mais en même temps, ils éprouvent une vieille familiarité avec le lieu. Parfois, l'émotion les rejoint. Une émotion dont la source est ancienne, qui a moins à faire avec la Foi qu'avec les liens qui les unissaient à ce que l'on appelait jadis, la race canadienne-française. Si 83 % des Québécois se définissent toujours comme catholiques romains, c'est qu'ils ont compris que l'appartenance culturelle est un leurre sans des lieux historiques de rassemblement. L'adhésion à la religion institutionnelle prend valeur de symbole. Je suis aussi ce que «je me souviens» d'avoir été. Et je refuse de brader la moitié de ce qui me définit et me permet l'ouverture vers ces autres avec lesquels je partage désormais le titre de Québécois.




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Réplique à Peter Trent

Défusions:
la philosophie sectaire du rapport Poitras

Marie-Claude Prémont
Professeure à la faculté de droit, université McGill

LE DEVOIR samedi 17 et dimanche 18 mai 2003


L'histoire nous enseigne que la perte de privilèges est toujours difficile à accepter pour qui en était gratifié. L'ancien maire de Westmount Peter Trent, qui écrivait il y a quelques jours dans Le Devoir , nous le confirme lorsqu'il porte le débat des fusions-défusions sur le ton strident de l'hyperbole ironique de «l'immolation» des anciennes municipalités fusionnées, tout en plaidant l'innocence face à un «crime d'iniquité fiscale».

La situation fiscale privilégiée dans laquelle se retrouve l'ancienne municipalité de Westmount découle de différents phénomènes, étrangers aux règles naturelles du marché ou de la géographie, contrairement à ce que soutient le rapport Poitras, auquel M. Trent a collaboré et qui a été rendu public en mars. [...] L'ancienne municipalité de Westmount présente effectivement une situation assez unique, non seulement pour le Québec, mais pour l'ensemble du Canada, par une richesse foncière par individu exceptionnellement élevée qui tient non pas à de vastes complexes industriels ou commerciaux comme on les trouve ailleurs, mais bien à la concentration sur son territoire de résidences de très grande valeur, enclavées à l'intérieur d'un tissu urbain pluriel.

Cette concentration de la richesse est la cause dominante du taux de taxation relativement bas dont jouissent ses résidants. Elle n'est pas le fruit du hasard ou de règles du marché laissées à elles-mêmes, mais relève plutôt d'une politique active d'exclusion adoptée par les dirigeants de la municipalité dès ses origines, où il était impossible au citoyen moyen de Montréal d'y construire une résidence selon les normes et la valeur exigées par la municipalité. Avec le maintien sur le long terme d'une stricte politique du haut de gamme dans la résidence, il n'est pas étonnant que Westmount se retrouve en 2001 à exhiber une richesse foncière supérieure à Montréal-Nord, qui compte pourtant quatre fois plus d'habitants. La contribution aux services régionaux était à la mesure de la richesse foncière de Westmount, comme elle l'était, dans la même proportion, pour toutes les autres municipalités de l'ancienne CUM.

M. Trent a en fait une conception particulière de la fiscalité locale qu'il lie à la consommation de services par opposition à la capacité de payer [...]. Une telle conception a été reprise au fil des ans dans des documents de l'administration publique québécoise, de même que par des organismes dont on connaît bien l'orientation idéologique, comme l'Institut C.D. Howe et l'Institut économique de Montréal.

Or la fiscalité répond à des règles différentes de celles qui prévalent à l'achat de chaussettes. Dans les systèmes évolués de fiscalité, la capacité de payer ne peut se limiter à une seule mesure mais s'évalue selon trois angles où la consommation (taxes à la consommation) et le capital (impôt foncier; taxe sur le capital des entreprises) s'ajoutent à la mesure du revenu.

Même si l'on veut suivre M. Trent dans son plaidoyer pour une relation étroite entre la contribution fiscale municipale et la consommation de services municipaux, cette conception ne saurait théoriquement tenir la route que pour la valeur cumulée de toutes les contributions individuelles pour une même municipalité, et non pas pour expliquer le montant dû par un citoyen par rapport à son voisin d'une même municipalité. [...] La mesure de la contribution fiscale locale est calculée (pour la portion de l'impôt foncier des individus) pour chaque contribuable, non pas selon sa consommation de biens et services municipaux, contrairement à ce que signifierait la théorie sur laquelle le rapport Poitras s'appuie, mais selon la valeur de la propriété du contribuable, comme on le reconnaît d'ailleurs plus loin.

Le principe du «bénéfice reçu» ne peut donc se défendre que dans sa dimension collective : l'ensemble des services produits par la municipalité est en relation avec l'ensemble des contributions fiscales de ses résidants et propriétaires. Il est donc important d'analyser comment se définit et se justifie une collectivité, devenue enclave de richesse à l'intérieur d'un vaste tissu urbain non interrompu, formée à coup de règles d'exclusion des citoyens plus modestes.

M. Trent s'appuie sur la théorie du bénéfice reçu, non pas pour son exactitude, mais plutôt parce qu'elle sert bien les intérêts qu'il défend. Cette théorie lui sert de fondement pour appuyer un droit d'offrir aux îlots de richesse foncière des services municipaux haut de gamme, pendant que les anciennes municipalités moins bien nanties devraient se contenter de services bas de gamme. L'accroissement de la qualité des services pour les Montréalais est vu comme une aberration par ceux qui en réclament par ailleurs le droit inaliénable pour eux.

Comment ose-t-on encore, au XXIe siècle, défendre sans ambages le droit pour certains citoyens mieux nantis d'un même tissu urbain de jouir de services publics haut de gamme pendant que les plus pauvres devraient, tout en payant un taux plus élevé de taxation, se contenter de services nettement inférieurs ? C'est pourtant la trame principale de l'argumentation du rapport Poitras, qui ajoute l'argument pour le moins saisissant d'un prétendu droit des anciennes municipalités de retrouver leur homogénéité sociologique, le tout dans un flagrant mouvement de rejet du caractère multiculturel et de diversité socioéconomique du Grand Montréal.

Le rapport Poitras recommande par ailleurs une procédure devant mener à la défusion de certaines municipalités sur la base d'une conception biscornue de la démocratie. En plus de servir la promotion de refuges fiscaux, le droit de se prononcer selon les règles démocratiques ne serait accordé qu'à ceux à qui la défusion pourrait profiter, au détriment de ceux qui devraient en payer la note par une augmentation de leur taux de taxation ou une diminution de la qualité des services municipaux ou des bénéfices anticipés de la récente réforme municipale qui, en raison même de ses opposants, n'a pu encore rendre tous ses effets.

[...] La réforme de la ministre Harel a sans doute été amère pour certains, mais a respecté intégralement les règles de la démocratie nationale, comme les tribunaux l'ont confirmé. Un projet de défusion fondé sur la démocratie locale doit à son tour respecter intégralement les règles de la démocratie locale, qui ne saurait souffrir d'une conception à deux vitesses.

On ne peut passer enfin sous silence la seule cause avancée par M. Trent pour expliquer les disparités de richesse foncière sur l'île de Montréal : le positionnement aléatoire du parc immobilier industriel et commercial. Le rapport Poitras s'adonne même à un calcul de péréquation fondé sur une contribution à un fonds de péréquation selon l'écart enregistré par les anciennes municipalités par rapport à la moyenne par individu de la valeur non résidentielle, où l'ancienne municipalité de Westmount apparaît comme parent pauvre. [...] Il est clair que si M. Trent aime à mettre en exergue les disparités de la richesse industrielle et commerciale sur le territoire de l'île de Montréal, c'est que son ancienne municipalité échappe à toute contribution significative de péréquation à cet égard.

[...] Le vaste réseau industriel et commercial de la métropole [...] a été constitué depuis la deuxième moitié du XIXe siècle à partir d'une politique trop peu connue de programmes d'exemptions fiscales locales à l'industrie, pour lesquels les contribuables modestes de ces municipalités industrielles ont été mis à contribution pendant des décennies, tout en alimentant un état de crise financière pour les localités qui ont été une à une annexées à la ville de Montréal, laquelle a pris à sa charge les dettes engendrées par ces politiques.

De la deuxième moitié du XXe siècle jusqu'à nos jours, les politiques fiscales favorables à l'industrie se sont déplacées du niveau local au niveau national. L'industrie pharmaceutique est particulièrement concentrée dans la grande région métropolitaine non pas pour les beaux yeux des administrateurs des anciennes municipalités de banlieue qui les hébergent, mais bien en raison des largesses fiscales du gouvernement du Québec, et dont les répercussions sont ressenties par l'ensemble des contribuables québécois.

Le nouveau gouvernement du Québec, qui s'est s'engagé à revoir l'ensemble des politiques de subventions à l'entreprise, ne peut certes pas s'engager d'une manière responsable sur cette voie sans bien tirer les liens qui existent entre la fragmentation municipale, la fiscalité locale et le soutien à l'entreprise. L'ensemble de la population québécoise n'attend rien de moins de la part de son nouveau gouvernement.




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L'avenir du français au Québec et ailleurs au Canada

Les Canadiens sont un peu plus optimistes qu'en 2000

Tommy Chouinard
LE DEVOIR samedi 17 et dimanche 18 mai 2003


Québec - Lentement mais sûrement, de moins en moins de Canadiens et de Québécois estiment que l'avenir de la langue et de la culture françaises est menacé au Québec. Toutefois, ils sont beaucoup moins nombreux à croire au futur de cette culture à l'extérieur du territoire québécois.

C'est ce qui ressort d'une étude réalisée par l'Association d'études canadiennes et le groupe de recherche Environics/Focus Canada. Les deux groupes ont comparé les résultats d'un sondage réalisé en 2000 sur l'avenir de la langue française à ceux d'un sondage mené en mars dernier sur la même question.

Quelque 74 % des Canadiens pensent que l'avenir de la langue et de la culture françaises est très ou assez assuré au Québec en 2003, comparativement à 72 % en 2000. Au Québec, 55 % de la population pense la même chose, une augmentation de 2 % par rapport à 2000. Les francophones au pays estiment de plus en plus que l'avenir de la langue française est très ou assez assuré au Québec : 53 % le croient en 2003 contre 47 % en 2000. Les anglophones pensent ainsi à 81 % en 2003 comparativement à 79 % en 2000.

Sur la base des préférences politiques, près de 80 % des libéraux, des conservateurs, des néo-démocrates et des alliancistes estiment en 2003, comme en 2000, que l'avenir de la langue et de la culture françaises est très ou assez assuré au Québec. Seulement 35 % des bloquistes sont de cet avis, une augmentation de tout de même 6 % par rapport à 2000.

L'avenir de la culture française à l'extérieur du Québec est beaucoup moins bien perçu. En 2003, comme en 2000 d'ailleurs, quelque 60 % des Canadiens croient que son avenir n'est pas très assuré ou ne l'est carrément pas du tout. Ce sont 78 % des francophones du pays qui pensent la même chose, contre 53 % des anglophones. Seulement 19 % des Québécois et 12 % des bloquistes estiment que l'avenir de la langue française hors Québec est très ou assez assuré.

Le principe du bilinguisme à l'échelle nationale récolte beaucoup plus de supporters auprès des Québécois et des francophones que des anglophones. En effet, 88 % des francophones et 89 % des Québécois soutiennent l'idée, contre seulement 46 % des anglophones. Au total, 56 % des Canadiens sont en faveur du bilinguisme national. Les plus réfractaires à cette idée proviennent de l'Ontario (52 % sont contre) et de l'Ouest du Canada (55 %). Par ailleurs, 83 % des Québécois et 63 % des citoyens des provinces de l'Atlantique approuvent le principe du bilinguisme appliqué à leur province, comparativement à 52 % en Ontario et 41 % dans l'ouest du Canada.

L'enquête de l'AEC et d'Environics/Focus Canada a été réalisée entre le 15 et le 23 mars dernier auprès de 2012 Canadiens âgés de 18 ans et plus à l'occasion du quarantième anniversaire de la Commission royale sur le bilinguisme et le multiculturalisme. La marge d'erreur est de 3,5 %, 19 fois sur 20.




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Fusion, défusion, décentralisation...

Tremblay ne se formalise pas des courants divers qui s'affirment dans son parti

Jeanne Corriveau
LE DEVOIR samedi 17 et dimanche 18 mai 2003


Le maire Gérald Tremblay juge compréhensible que des membres de son équipe discutent entre eux de divers scénarios entourant la loi-cadre promise par le gouvernement libéral, a-t-il indiqué hier en commentant la réunion, tenue plus tôt dans la journée, des présidents de sept arrondissements de l'ouest de l'île avec deux députés libéraux.

La liberté qu'ont prise certains membres de son équipe de se prononcer en faveur des défusions, comme le conseiller et ex-maire de Sainte-Anne-de-Bellevue, Bill Tierney, et le scepticisme manifesté par d'autres élus à l'égard de son projet de décentralisation des pouvoirs font partie de la démocratie, croit le maire. Mais il réitère la position de son administration, celle de «bâtir une nouvelle ville», comme il se plaît à le répéter dès qu'il en a l'occasion.

Le maire a fait ces commentaires hier après-midi à l'occasion de la première visite à l'hôtel de ville de Montréal du nouveau ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, venu discuter des enjeux pour Montréal. Le ministre n'a guère été loquace au sujet du contenu de la loi-cadre sur les défusions qu'il compte déposer en juin. Le seuil de participation minimum de 50 % exigé lors de référendums constitue l'un des nombreux scénarios qu'examine son ministère, a-t-il dit.

De son côté, l'administration municipale a entrepris une série de consultations auprès des élus municipaux afin de sonder leur coeur au sujet du projet de décentralisation des pouvoirs que défend le maire. «Entre le 8 et le 14 mai, il y a eu 27 rencontres avec les élus, incluant ceux de l'opposition. Je peux comprendre que des élus sentent le besoin, à la suite de ces discussions, de se rencontrer pour réfléchir et évaluer les scénarios», a indiqué Gérald Tremblay en faisant allusion à une réunion tenue en matinée dans l'arrondissement de Pointe-Claire par sept présidents d'arrondissement et deux députés libéraux de l'ouest de l'île.

Le maire a profité de sa rencontre avec le ministre pour lui rappeler l'importance pour Montréal du contrat de ville conclu entre son administration et le gouvernement précédent. «J'ai été très attentif, a commenté le ministre. Je lui ai dit que nous étions à faire le tour des tiroirs pour nous assurer que les chèques qui avaient été annoncés n'étaient pas des chèques sans fonds.»




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Les anecdotes du gros docteur

Louis Cornellier
LE DEVOIR samedi 17 et dimanche 18 mai 2003


Les lecteurs ne s'en souviennent peut-être pas, et c'est tant mieux pour eux, mais il y a trois ans, le docteur Yves Lamontagne publiait, sous le titre Et si le Québec, c'était la fierté?, une profession de foi populiste et néolibérale qui lui avait valu d'être surnommé, dans cette chronique, «Elvis» Lamontagne, en mémoire de notre Gratton national.

Aussi, la publication de son nouvel essai intitulé Confidences d'un médecin ne m'inspirait rien de bon. Pas encore, me disais-je, un simili-pamphlet à saveur réactionnaire, semblable au dernier coup de gueule de son collègue Augustin Roy (Permettez-moi de vous dire... ), récemment éreinté en ces pages ? J'ai donc été agréablement surpris de découvrir plutôt un témoignage sensible et amusant, rédigé par un homme capable de beaucoup d'humanisme dans son travail clinique.

C'est en médecin, cette fois-ci, que Lamontagne se présente, laissant de côté, pour notre plus grand bonheur, ses douteux habits de commentateur sociopolitique, et ses confidences s'avèrent franchement sympathiques.

Divisé en de multiples petits tableaux qui, pour la plupart, racontent des histoires de cas rencontrés au cours d'une carrière de 28 ans (trois ans en médecine générale et 25 ans en psychiatrie), ce recueil d'anecdotes a pour but, écrit Lamontagne, de permettre aux lecteurs de mieux comprendre leur médecin et le rôle qu'il peut jouer dans leur vie.

Ces confidences, d'abord, sont celles du carabin qui multiplie les frasques pour agrémenter ses exigeantes années d'apprentissage. Dures, dures, oui, les études en médecine, mais cela n'a jamais empêché, apprend-on, les toubibs en herbe de se bidonner. Tout au long de sa carrière, Lamontagne d'ailleurs cultivera ce sens de l'humour essentiel au kit de survie de tout médecin.

Gentiment nostalgiques, les tableaux qui évoquent les années en milieu hospitalier et la pratique générale (urgence, visites à domicile) témoignent d'une prise de conscience : «La médecine est une science mais aussi un art; en plus de traiter le corps, il ne faut jamais oublier de s'occuper aussi de l'esprit.» Entre la tristesse suscitée par la découverte de la pauvreté dans son quartier (Rosemont) et par l'épreuve de l'inévitable échec (débrancher un comateux) et le comique de certaines situations (le doc est reçu à domicile par une Marilyn invitante en «déshabillé affriolant»), Lamontagne ne perd jamais de vue la grandeur de sa vocation : «Cela reste, pour moi du moins, la profession la plus belle, la plus humaine et la plus réconfortante qui soit.»

Expérience africaine

Le récit de son expérience africaine, au début des années 70, constitue sans contredit le moment le plus fort de cet ouvrage autobiographique. Médecin coopérant auprès des enfants biafrais réfugiés en Côte-d'Ivoire, Lamontagne découvre alors la richesse de la sagesse médicale primitive et la puissance de l'instinct de survie des humains soumis à un véritable enfer.

Le portrait qu'il trace du jeune Okafor est un vibrant plaidoyer en faveur de la modestie dans la pratique médicale : «Avec Céline [épouse de Lamontagne], il a élaboré un dictionnaire anglais-ibos d'environ deux cents mots, traduisant les signes et symptômes des principales maladies -- douleurs, vomissements, maux de tête, fièvre, maux d'oreilles -- afin de pouvoir interroger adéquatement les enfants. Il devient donc rapidement mon premier assistant, que j'appelle Little Doctor, et lui m'appelle Big Doctor. Chaque jour, je fais avec lui la tournée des dortoirs et bien souvent c'est lui qui fait les diagnostics. " Him, malaria"; il ne se trompe jamais. » L'enfant mourra à son retour au Nigeria.

Formation en psychiatrie

De 1971 à 1973, Lamontagne terminera sa formation en psychiatrie et en recherche à l'Institut de psychiatrie de Londres. Son apprentissage de l'humour anglais s'ajoutera alors au bagage théorique qu'il mettra à profit pendant ses 25 ans de pratique à l'hôpital Louis-H. LaFontaine, expérience dont il tire aussi plusieurs anecdotes dramatiques (suicide d'une patiente) ou réjouissantes.

La médecine d'aujourd'hui n'est plus celle d'il y a une trentaine d'années, et Lamontagne s'en inquiète un peu : «Avec le développement de la technologie, la médecine est devenue davantage mécanisée. On se demande si les nouveaux médecins ne sont pas parfois des supertechniciens au lieu d'être d'abord et avant tout des guérisseurs.» Aussi, en témoignant comme il le fait dans ses Confidences d'un médecin, Lamontagne cherche moins à se désoler de cette évolution dont il reconnaît les avantages qu'à mettre en garde ses collègues contre un recul de l'humanisme inhérent à la pratique médicale.

Le souci de mieux traiter les malades perdrait son sens s'il fallait que la passion du traitement prenne le pas sur l'accueil du malade.

D'autres essais récents sur la santé

Préoccupation première d'une majorité de Québécois, la santé, depuis quelques années, trouve de plus en plus sa place dans le domaine des essais québécois. Le rappel de certains titres récents apparaît donc approprié pour guider le lecteur qui s'intéresse à la chose et qui souhaite dépasser la chronique au jour le jour des malheurs de notre système.

Au rayon des essentiels, mentionnons d'abord l'excellent Un jour la santé (Boréal) du journaliste scientifique Yanick Villedieu. Dans un registre plus concret, on pourra lire 24 heures à l'urgence (Québec Amérique) du docteur Robert Patenaude. Pour une perspective historique et un point de vue sociopolitique, retenons, à gauche, Médecin et citoyen (Boréal), de Denis Lazure, et, à droite, Permettez-moi de vous dire... (Méridien), de l'ineffable Augustin Roy. Enfin, dans le style «témoignage et faits vécus», Psy (Stanké), du psychiatre François Cloutier, Que Freud me pardonne ! (Libre Expression), du docteur Jacques Voyer, et, bien sûr, les Confidences d'un médecin du docteur Lamontagne méritent l'attention.

Lire, c'est aussi la santé !

louiscornellier@parroinfo.net

Confidences d'un médecin
Yves Lamontagne
Québec Amérique
Montréal, 2003, 176 pages




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Pour saluer le docteur Lazure

Louis Cornellier
LE DEVOIR samedi 17 et dimanche 18 mai 2003


La vie de Denis Lazure ne se résume pas, et cela est d'autant plus vrai qu'elle est loin d'être terminée. N'empêche: quand un tel homme, qui a contribué à la révolution psychiatrique et à la naissance de la pédopsychiatrie au Québec, qui fut un pionnier de la social-démocratie québécoise et un député-ministre péquiste parmi les plus progressistes de notre histoire, quand un tel homme, donc, entreprend de raconter ses souvenirs, il importe de prêter l'oreille.

Paru il y a déjà six mois, son témoignage autobiographique intitulé Médecin et citoyen n'a pas reçu la couverture qu'il méritait. Les médecins de gauche qui prennent la parole, au Québec, sont pourtant trop rares pour qu'on se permette de les négliger.

En lisant les souvenirs de Denis Lazure, les lecteurs découvriront, ou redécouvriront, un homme que ses convictions politiques, fermes et constantes, n'ont jamais quitté. Médecin et gestionnaire d'hôpitaux, Lazure reste ce militant social-démocrate inspiré par le modèle scandinave. Député et ministre, il demeure ce médecin admiratif de la figure de Norman Bethune et dévoué aux plus fragiles d'entre nous, c'est-à-dire, plus particulièrement, les handicapés en tout genre qu'il accompagnera pendant toute sa carrière.

Indépendantiste de gauche («J'ai rarement vu, écrit-il, des dirigeants de la droite ou du patronat consacrer une partie importante de leur carrière à l'action sociale»), Denis Lazure, dans cette perspective, se souvient : de l'ambivalence de René Lévesque, qui conserve néanmoins toute son admiration; de Parizeau l'indépendantiste, un peu trop à droite; de Pierre Marc Johnson et de Claude Morin, qu'il n'aime pas beaucoup; de Lise Payette et de Camille Laurin, pour lesquels il n'a que des bons mots; de Bernard Landry, un homme de parole; de Lucien Bouchard, enfin, et de son autoritarisme mesquin.

Grand voyageur devant l'Éternel, homme d'action heureux (à 77 ans, ce «médecin social», ainsi qu'il aime à se définir, travaille toujours comme psychiatre auprès des patients chroniques de l'hôpital Louis-Hippolyte Lafontaine, il a récemment appuyé la cause des orphelins de Duplessis et critiqué le projet de mégahôpitaux à Montréal) mais aussi homme de réflexion, père, grand-père et amant comblé, Denis Lazure n'est pas le plus bruyant ni le plus médiatique des hommes et des femmes qui ont contribué à rendre possible, depuis 40 ans, le rêve d'un Québec indépendant, progressiste et généreux, mais il n'en reste pas moins l'un des meilleurs d'entre eux.

Médecin et citoyen
Denis Lazure
Boréal Montréal, 2002, 404 pages




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Histoire

Panorama mondial du colonialisme

Stéphane Baillargeon
LE DEVOIR samedi 17 et dimanche 18 mai 2003


Titre VO : Le Livre noir du colonialisme
Description : XVIe-XXIe siècle: de l'extermination à la repentance, Sous la direction de Marc Ferro, Robert Laffont, Paris, 2003, 837 pages
Racisme, exploitation, esclavage, génocide: le colonialisme a laissé d'innombrables et profondes blessures à l'humanité depuis un demi-millénaire.

Le livre noir est à la mode. Tous les sujets plus ou moins controversés sont passés au crible depuis quelques années, du néolibéralisme à l'automobile, de la «nomenklatura mondiale» au capitalisme, du Canada anglais à Loto-Québec. La formule rapporte et un éditeur commercial québécois en fait son beurre. Bientôt, la critique par numéros engendrera certainement un livre noir de Jean Charest, de Céline Dion ou, pourquoi pas, de Star Académie...

Voici autre chose de totalement différent. Le Livre noir du colonialisme n'a rien à voir avec les niaiseries ou les dénonciations à quatre sous publiées trop souvent ici comme ailleurs sous l'appellation contrôlée. Celui-là s'arrime à un autre monument, Le Livre noir du communisme, paru en 1997 chez le même éditeur. Le brûlot a marqué d'une pierre blanche l'historiographie contemporaine en concentrant les innombrables horreurs commises par une idéologie qui promettait des lendemains tout en gazouillis à l'humanité. Le portrait jetait l'effroi avec un total d'une bonne centaine de millions de morts mis au compte de la peste rouge, toujours aussi virulente en Corée du Nord ou à Cuba. Il y a quelques semaines encore, dans cet interminable goulag des tropiques, des procès sommaires dignes de l'effroyable époque stalinienne ont mené à la condamnation de 75 dissidents, des journalistes indépendants, des militants des droits de l'homme, des chefs de syndicats et de partis d'opposition.

La nouvelle brique -- on pourrait parler d'un parpaing vu la taille du bouquin -- se réclame de la filiation. «Que Le Livre noir du colonialisme forme couple avec Le Livre noir du communisme relève [...] d'une évidente nécessité, écrit d'entrée de jeu l'historien français Marc Ferro, qui a dirigé le travail de groupe. Pourtant, ceux qui travaillent sur les régimes totalitaires n'ont lu Hannah Arendt que d'un seul oeil, semble-t-il. Ils ont ainsi omis de s'apercevoir qu'au nazisme et au communisme elle avait associé l'impérialisme colonial. Entre ces régimes, en effet, il existe une parenté qu'avait bien repérée le poète Aimé Césaire, au moins en ce qui concerne nazisme et colonialisme : "Ce que le très chrétien bourgeois du XXe siècle ne pardonne pas à Hitler, ce n'est pas le crime en soi, ce n'est pas l'humiliation de l'homme en soi, c'est le crime contre l'homme blanc [...] d'avoir appliqué à l'Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu'ici que les Arabes, les coolies de l'Inde et les nègres d'Afrique."»

Cinq siècles d'horreur

Le ton, non pas irrévérencieux et acidulé mais franc et direct, est donné. Il est maintenu pendant plus de huit cents pages par une vingtaine de collaborateurs. Venus de divers horizons théoriques et disciplinaires, de l'ethnologie à l'histoire ou à la démographie, en passant par le journalisme, c'est tout dire. La classe d'intellectuels réunie par le professeur Ferro permet tout simplement de croiser judicieusement les écoles, la vérité étant dans la compulsion de convergence des points de vue. Le directeur de l'entreprise lui-même signe trois gros chapitres.

Tout cela pour couvrir cinq siècles d'histoire de la colonisation à l'échelle mondiale. Le livre s'ouvre sur l'extermination d'une grande partie des populations dans les Caraïbes puis en Amérique, assimilée à «un vrai génocide», comme les massacres qui suivirent en Australie. Les projections rationnelles les plus fiables permettent maintenant d'estimer que la population d'origine précolombienne a chuté de plus de 90 % entre 1500 et 1900. Le Livre noir parle du «déclin continu de la population indienne de 1500 à 1900 dû à un ensemble de facteurs directement liés à la colonisation» comme d'une «catastrophe démographique d'une ampleur probablement inégalée dans l'histoire de l'humanité».

On passe ensuite à la traite et à l'esclavage avec un chapitre complet consacré aux conditions de vie des esclaves dans le sud des États-Unis. Les sections suivantes parlent de dominations et de résistances, dans les trois grandes zones coloniales du monde, les Amériques, l'Asie et l'Afrique.

Ce tour du monde, long comme un pèlerinage aux sources du mal, finit par dégoûter de la bête humaine, comme tant d'autres histoires de ce que l'homme a fait et continue de faire à l'homme. On ne peut tout reprendre évidemment. Prenons toujours le chapitre consacré à l'Afrique centrale par Elikia M'Bokolo, directeur d'études à l'École des hautes études de Paris. Les pages sur l'aventure belge au Congo sont à crever de peine. Les analystes de cette triste histoire ont d'ailleurs tour à tour parlé de malédiction, d'État esclavagiste, d'esclavage du caoutchouc, de crime, de pillage, et même de génocide et d'holocauste.

Officiellement, ce pays nait en 1885 et est immédiatement conçu comme le fief personnel du roi Léopold II -- on parle d'ailleurs souvent de colonisation léopoldienne. L'hypocrisie va faire croire à une entreprise de «mission civilisatrice», alors que les compagnies du souverain des Belges vont vite mettre en place une immense machine à siphonner un territoire 80 fois plus étendu que la Belgique. «Le système reposait sur plusieurs piliers, écrit le chercheur : l'élimination des entreprises privées au profit de l'État; les confiscations des terres indigènes; le monopole de l'État sur les produits les plus rentables.»

L'exploitation reposa d'abord sur la collecte de l'ivoire (6 tonnes en 1888 contre 330 tonnes en 1900), puis sur celle du caoutchouc (moins de un million de francs en 1893 et 38 millions de francs en 1909) qui transforma le Congo en «vaste système concentrationnaire» où l'arbitraire constituait la règle. Ainsi, en cas de livraison insuffisante de caoutchouc, les soldats coupaient la main des «coupables» avant de les assassiner.

Cette histoire noire du colonialisme, c'est donc celle des excès du colonialisme. Mais les exactions de cet autre totalitarisme ne sont pas gardées secrètes par un système de plomb. Dès ses origines, le colonialisme génère ses chroniqueurs et ses dénonciateurs, des premiers écrits de Las Casas au XVIe siècle jusqu'aux reportages d'Albert Londres au XXe siècle.

Le panorama complet proposé par l'ouvrage permet aussi de comprendre que le processus -- ses objectifs, la figure même de cette domination -- constitue «un ensemble à variables multiples». Le terme de colonisation s'applique à l'occupation et à l'exploitation d'une terre lointaine étrangère, couplées à l'installation de colons. Cependant, cette règle varie, l'Espagne ayant colonisé le Rif tout proche, tandis que la Sibérie s'inscrit dans une continuité continentale avec la Russie. De même, les motivations des colonisateurs demeurent multiples, les Russes considérant que la colonisation constitue l'essence même de leur histoire, les Portugais plastronnant avec leur «audace», les Français misant sur l'expansion universelle de l'esprit républicain, quitte à agir comme des seigneurs de l'Ancien régime une fois en place.

Nuances et convictions

Cet ouvrage est fondamentalement teinté par une perspective critique et franchement anti-impérialiste. Pour le dire comme ça vient : l'Occident en prend pour son rhume. N'empêche, l'ouverture analytique permet aussi bien de dénoncer les violences et les exactions commises dans le monde arabe que le racisme qui a déteint chez certains peuples colonisés.

Nuances, convictions, mises en perspective, anecdotes et longue durée caractérisent donc cette analyse fascinante mais parfois insupportable du dernier demi-millénaire à travers le phénomène central du colonialisme. En même temps, cette histoire permet de mieux comprendre plusieurs aspects de notre monde contemporain, à commencer par le racisme, les inégalités héritées de siècles d'exploitation, les réactions extrémistes, les mouvements révolutionnaires ou terroristes, jusqu'aux tentatives de repentance du pape ou de certains États.

La dernière section est d'ailleurs consacrée aux représentations et aux discours entourant le colonialisme, avec encore une fois des délires à la pelle. Le chapitre d'Alain Ruscio intitulé «Chantons sous les tropiques... » se penche plus particulièrement sur le mouvement de domination à travers la chanson française. Rien qu'au XXe siècle, l'anthologie peut-être découpée en différentes sections idéologiques allant de la période de la possession (Ma Tonkinoise, popularisée par Joséphine Backer, qui, comme le remarque l'auteur, «n'avait pourtant rien d'asiatique»), à celle des certitudes viriles, dans les années 1930 (Mon légionnaire, de la Piaf), jusqu'à l'ère des désillusions (Nostalgérie, du pied-noir Enrico Macias). Mais il faut aussi découper le florilège en considérant les veines héroïque, romantique, anticolonialiste ou carrément comique.

Dans ce cas, les exemples cités rappellent les excès de Tintin au Congo, où le racisme sans gêne côtoie le plus invraisemblable paternalisme. Comme dans cette pièce honteuse intitulée Nénufar, chantée par Alibert en 1931 : «Quittant son pays / Un p'tit négro d'l'Afrique centrale / Vint jusqu'à Paris / Voir l'Exposition coloniale / C'était Nénufar / Un joyeux lascar / Pour être élégant / 'est aux pieds qu'il mettait ses gants.» Le Livre noir... fait aussi rire jaune.




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Controverse diplomatique autour d'un demandeur d'asile

Un juge reconnaît Israël coupable de crimes de guerre au Liban sud

LAURA-JULIE PERREAULT
LA PRESSE 17.5.2003


La récente décision d'un juge montréalais de la Commission de l'immigration du statut de réfugié, citant une séie de «crimes de guerre» attribués à Israël dans le Liban sud, a mis dans l'embarras le ministre de l'Immigraion, Denis Coderre, a qui la communauté juive demande des explications.

Dans sa décision rendue en novembre fermer, le juge refuse d'accorder le statut le réfugié à un homme d'origine libanaise qui a admis avoir fourni des informations au sujet des membres du Hezbolah au Mossad, la police secrète israélienne.

Ces informations, croit le juge, ont été relayées à l'armée du Liban sud, une milice pro-israélienne qui a commis une longue liste de crimes de guerre à la fin les années 90, au dire d'organisations internationales.

Le juge Stéphane Handfield conclut sa décision en notant qu'il existe des «raisons sérieuses de penser que le demanleur est complice, du fait de sa participation personnelle consciente, de crimes contre l'humanité commis par Israël et sa milice (l'armée du Liban sud) ».

Cette formulation a fait sursauter le Congrès juif canadien et le B'Nai Brith, qui ont décidé cette semaine d'interpeller directement le ministre Coderre. «Une lecture de la décision démontre que le tribunal a atteint cette décision, au moins en partie, basé sur l'intervention du ministre», affirme le vice-président à la direction du B'Nai Brith dans une lettre adressée à M. Coderre.

De son côté, le Congrès juif met en doute les documents de Human Rights Watch et d'Amnistie internationale qui ont permis au juge d'établir qu'Israël avait commis des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité dans le Liban sud en tant que force d'occupation.

«Le juge Handfield a accepté l'analyse de deux organisations non gouvernementales, qui, depuis des décennies, ont malheureusement fait porter le blâme de manière disproportionnée à Israël pour la situation en Cisjordanie, dans la bande de Gaza, dans les hauteurs du Golan et dans le sud du Liban», dénonce Jack Silverstone au nom du Congrès juif canadien, invitant le ministre Coclerre à une rencontre.

Discordances

Le ministre Coderre a refusé de critiquer le contenu du jugement, mais, au cours d'un point de presse, il a noté que la décision du juge, rendue à Montréal et portée en appel, ne reflète pas la politique du gouvernement canadien à l'endroit d'Israël.

II a rappelé que le rôle de son ministère était d'intervenir non pas contre un pays, mais contre un demandeur « si nous avons des informations qui prouvent qu'il ne devrait pas être un réfugié ».

Les représentants d'Amnistie internationale, organisme dont la crédibilité est remise en cause par les organismes de la communauté juive, rejetaient du revers de la main hier les allégations de partialité.

Les rapports sur les actes de torture, la détention d'enfants, les arrestations arbitraires et autres abus commis dans la prison de Khiam par l'armée du Liban sud et des membres de l'armée israélienne sont le résultat d'entrevues exhaustives avec les victimes de ces crimes, soutient la responsable des communications de la section canadienne-française d'Amnistie lnternationale, Anne Sainte-Marie.

«Pas crédible ? C'est ce que disent tous les pays quand nos rapports les concernent, mais ils ne disent jamais la même chose quand ça concerne leurs voisins», ironisait Mme Sainte-Marie hier.

De son côté, Janet Dench, du Conseil canadien pour les réfugiés, rappelait hier qu'une controverse comparable a déjà causé une crise diplomatique entre le Canada et Israël. La Commission de l'immigration et du statut de réfugiés avait accordé à plusieurs juifs soviétiques le statut de réfugiés au Canada après que ces derniers eurent affirmé qu'ils avaient été persécutés par l'État d'Israël.




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Here is a story about the Scots. It is no laughing matter

Matthew Parris
The Times on line, UK, May 17, 2003


Further from where I write than France languishes a small European country of which we English know little. Politically troubled — ad hoc coalitions of an uninspiring sort seem to be her fate — this country is floundering. Her economy is flatlining, her major industries are shrinking and her self-confidence is thin.

Her difficulties are chronic rather than dramatic and nor are they recent. They have not been caused by her governments: it would fairer to complain only that her political class has lacked the boldness or originality to confront them. Boxed in by economic stagnation, few there seem ready to think their way out of the box, and for many years now there has been a tendency for the best of her citizens to emigrate, leaving (in politics at least) the mediocre behind.

But beyond this country’s borders, few know and fewer seem to care. Her population is small and has diminished over the past 25 years. Her politicians are not so much blind to these problems as too dull and timid to face them.

Yet this is a proud nation. Because one of her greatest resources is her sense of national identity, the maintenance of a large nationalism on a slender human population and shaky economic base can give her affairs a pantomime quality in the eyes of outsiders, and news of her government rarely makes it into the headlines except when things go wrong in a sufficiently tinpot way to raise a laugh abroad; or when her politics impacts on that of her immediate neighbours.

Scotland is drifting away. As with missing persons, the first you know is when it occurs to you that you cannot recall seeing or hearing of them for quite some time. We get a troubling sense of Man Overboard.

From north of the border the obvious riposte is “that’s your problem”. The London newspapers can, if we like, describe Scotland as having gone away, but the country has not moved an inch. Scotland is where she always was, her own citizens know how to find their way home, and how associated the English may feel is up to the English and of no concern to the Scottish people.

That response will not do. How associated the English feel with Scotland matters because, in the most fundamental of respects, the government of Scotland is still situated in England. London does not lack power over Scotland: London lacks interest in Scotland. Third Way devolution, in which Scotland is encouraged to believe that it is another country without being given the means to be another country, may be leaving the Scots the worst of both worlds. To this I shall return.

First, though, let me illustrate my claim that Scotland has dropped out of our news. Note that word “our”. There is nothing new in the arrogant English assumption of ownership of the news, and before devolution the Scots could fairly complain that their affairs were viewed only from London. After devolution, however, the complaint is that increasingly they are not viewed at all.

This is not to say that good national newspapers do not have good reporters in Scotland and good Scottish editions for sale on the streets of Glasgow and Edinburgh; but much that makes these editions does not make it into the English paper. Write leaders from Edinburgh in a national paper, and you write for the Scottish edition alone. Here in London the tendency is to have one of two specifically Scottish commentators who, almost like a newspaper’s foreign editor, do their stuff. Scottish stuff.

Stuff on which we English encroach with some hesitation. When proposing to my editors that I should write this column I had to check myself in mid-sentence saying: “Do you think Magnus (Linklater) would mind?” — as though one were, for instance, proposing to write a column on opinion-sampling without asking Peter Riddell. Scotland is coming to be regarded as the province of specialists, and when during the last election I suggested writing election sketches from Scottish constituencies I was aware of a feeling that an English journalist should not “tread on the toes” of colleagues north of the border.

Often, when Scottish news does make it into the mainstream part of the national media, the visa such a story requires is a London dimension. When Henry McLeish, the First Minister of Scotland at the time, resigned dramatically over an office rents scandal, the BBC and Channel 4 ran the story as a “new Labour unravels” tale — as though the news that Scotland’s most senior politician had quit was somehow not quite enough to qualify it for prominence.

Policy initiatives emanating from Scotland’s own Government are rarely well reported, except when they seem to challenge the English approach. News that anything — pensioners’ care, eye tests, tuition fees — for which the English pay, may be made free in Scotland, does pass national news editors’ tests, but only as a potential “clash” with England. Otherwise the journos’ phrase is that anyone with a story from Scotland must “take its kilt off” (that is, report it shorn of its special provenance) to get it into the paper.

The alternative news peg is — conversely — to dress it in such an extravagant kilt as to turn it into “local colour”. Folksiness, cuteness, absurdity, or anything which evokes the response “isn’t that just typical of those pesky Celts?” qualifies on the ground of colourful curiosity. When Scotland’s Deputy Justice Minister described striking firemen (nationally) as fascists, the story reached the national press. The ballooning costs of the Scottish Parliament building are, likewise, easy to find space for. Childish or backstabbing rows in the Edinburgh Parliament are always good copy, as is corruption. The picture — by turns idiotic or quaint — which we English who look in from outside are encouraged to see was described by Deborah Orr in the (Scottish) Sunday Herald recently: “A little country needlessly micromanaged by incompetent, hysterical, nit-picking little men.”

Down south, she added, Scotland is treated as though it has already broken away, and is just a neighbour to be gawped at when it is doing something that’s particularly shocking or silly. She wondered whether perhaps the English were looking at Scotland through a distorting lense.

Sadly, Ms Orr (who had returned to Scotland to update her impressions) went on to say that the picture of the Scottish State seen through the eyes of ordinary Scots does not greatly differ. There is widely thought to be a worrying failure of confidence and respect in the way Scots see their own national democratic institutions.

And that is unreasonable. At about this point in this kind of column the English commentator (or Fife Tory) is apt to blame that country’s woes on unreconstructed Scottish — and, worse, Glaswegian — socialists. “This is what comes of giving them self-government” is the voiced or implicit commentary.

Which is absurd. The differences which Scottish government have made to the governance of Scotland are piffling. Set up a business north of the border and you are subject (give or take a few regional grants) to the same tax and national insurance rates and the same employment legislation — and you are operating in the same market — as in England or Wales. Complaints there may be about local attitudes and the “dependency culture” in Scotland but these can hardly be blamed on devolution. They grew up when the Scottish Office ruled from Whitehall.

The practical effects of devolution are so far peripheral. More striking, perhaps, is that the new Scottish politics that devolution has created have given us a glass, and a frame, within which to view more clearly a nation’s longstanding failure to confront its own entrenched problems. Not least among these is a lack of natural resources, barren land, geographical isolation, a great deal of heather and not many people, a punishing climate and reliance on heavy industries which are dying everywhere, not just in Scotland.

Unable (except to a token degree) to raise their own revenue, to decide their own European, foreign and defence policies or to manage their own currency, the people of Scotland are effectively being governed from England and encouraged by the English to blame their problems on their own administration, and by their own politicians to blame the English. This is not a recipe for thinking creatively about your future.

Meanwhile, the best of Scottish politicians sneak south to Westminster, leaving a Parliament containing too many deadbeats to squabble in Edinburgh. And soon (I predict) those escapees are going to find their ambitions capped abroad too, as Scottishness begins to hamper Westminster politicians seeking office in London. “They’ve got their own government to go to,” thinks the Englishman, secretly.

Which isn’t fair, because in reality they don’t. Third Way is about appearances. By giving Scotland only the appearance of self-government without the reality of responsibility, the English breathe artificial life into stale forms of socialism, fan cross-border resentment both ways, poison the mutual respect a nation and its Parliament should be learning and block the reckoning the people of Scotland must make with themselves and their own destiny.




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Charest will have short honeymoon

DON MACPHERSON
The Gazette Saturday, May 17, 2003


The New York editors of the "Canadian" edition of Time magazine have dubbed Premier Charest a "boy wonder."

But in the cover photo of this week's issue, the boy wonder's recently golden curls already appear to have gone completely grey. And his term isn't even a month old yet.

Already, it looks as though the new Liberal government's post-election honeymoon will not last the customary six months.

At next month's brief spring sitting of the new legislature, it will unveil its first major legislation, on the controversial issue of municipal demergers.

The Liberals' waffling concerning their apparent intention to allow demergers while discouraging them has already is making both sides in the debate increasingly agitated. In traditional Liberal fashion, by trying to satisfy both sides, they might end up displeasing both.

Also next month, the government will bring down its first budget, starting a new round of spending cuts and maybe even raising the taxes the Liberals have vowed to reduce.

In order to balance th