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ACTUALITÉ

Le Québec commémore les Patriotes

SRC lundi 19 mai 2003


Oubliez la reine et Dollard des Ormeaux, c'est désormais la Fête des Patriotes qu'on célèbre au Québec le lundi qui précède le 25 mai.

C'est ce qu'a décidé l'ex-gouvernement du Parti québécois en novembre dernier afin d'honorer la mémoire de ceux qui ont lutté pour la reconnaissance nationale du peuple du Québec, pour sa liberté politique et pour l'obtention d'un gouvernement démocratique.

Cette journée existe depuis 1982 mais elle était célébrée le 23 novembre et n'était pas fériée. Pour éviter d'ajouter un jour férié au calendrier, on l'a déplacée.

Pour souligner cette première Journée nationale des Patriotes, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, fondée d'ailleurs par le patriote Ludger-Duvernay en 1834, s'est ralliée au Mouvement national des Québécois, qui regroupe 19 sociétés nationales dans la province.

Diverses activités ont été organisées, notamment en Montérégie et à Montréal. À Saint-Denis-sur-Richelieu, il y a eu le dévoilement d'un buste de Louis-Joseph Papineau, chef des Patriotes. Le premier ministre du Québec, Jean Charest, brillait par son absence.

Le chef de l'Opposition, Bernard Landry, a déploré que M. Charest ne fasse pas acte de présence pour un tel événement.

Il a ajouté que la Journée nationale des Patriotes est d'abord et avant tout l'occasion de commémorer les origines démocratiques du Québec et qu'en conséquence, il s'agit d'une fête pour tous les Québécois, quelles que soient leurs origines.

À Montréal, un rassemblement-spectacle intitulé «Patriotes d'hier à aujourd'hui» a eu lieu au Club Soda. Les Zapartistes, Loco Locass, Guérilla et plusieurs autres artistes ont participé au spectacle. Le message souverainiste a pris souvent le dessus sur l'hommage aux Patriotes. Le réalisateur de «15 février 1839», Pierre Falardeau, a soulevé l'enthousiasme de la foule en déclarant: «Comme dirait De Lorimier, vive la liberté et vive l'indépendance!»




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Hommage aux Patriotes

Beaucoup de pain sur la planche


Andrée Ferretti
TRIBUNE LIBRE mardi 20 mai 2003


Chers amis et amies indépendantistes,

Comme le soulignait monsieur Robert Bertrand sur le forum de discussion, "Pour le pays du Québec", c'est parce qu'on avait un modèle québécois qu'on a su se développer différemment et avec profit. Même pour le nouveau gouvernement, ajoutait-il.

En effet, pendant un court temps, le nouveau gouvernement profitera des retombées du modèle québécois développé et appliqué par l'ancien, mais, bientôt, le recul sera total.

Avec les libéraux provinciaux, nous passerons du train à grande vitesse à la "charette" tirée par des ânes et cela dans tous les domaines de notre vie nationale.

Car tout se tient.

Le nouveau premier ministre ne s'est-il pas moqué, hier, de la célébration de la journée nationale des Patriotes, en disant qu'il passerait cette journée de congé en famille, comme le dernier quiddam venu.

Ainsi menée, la société québécoise et notre vie nationale basculeront rapidement dans un provincialisme pire que celui qui régnait avant Duplessis, si le mouvement indépendantiste n'organise pas, là tout de suite, une véritable force de refus.

Refus de toutes politiques qui nous ramèneraient au temps où notre économie était dominée et exploitée par des forces étrangères aux intérêts du peuple québécois, qui s'appropriaient notre richesse collective, refusant à l'État tout pouvoir de la produire et de la redistribuer équitablement.

Refus de toutes politiques qui nous ramèneraient à l'institutionalisation du bilinguisme, avec comme conséquence la dépréciation de la langue française et de la culture québécoise en tant que langue et culture porteuses de valeurs universelles.

Refus de toutes politiques qui permettraient de nouveaux empiètements de l'État fédéral dans nos juridictions.

Néanmoins, cette force de refus des politiques destructrices des acquis de la société québécoise dans tous les domaines de sa vie nationale, accumulés depuis plus de 40 ans, doit être une force de conquête appuyée sur la démonstration irréfutable que l'indépendance est non seulement le levier essentiel d'une véritable souveraineté nationale, mais aussi qu'elle est la condition préalable et sine qua non de réalisation de tout projet de société conforme aux besoins, aux aspirations et aux valeurs de notre nation.

Et cela demande en tout premier lieu que soient redéfinis les thèmes du discours indépendantiste non seulement pour les rendre conformes aux réalités actuelles, mais pour les rendre accessibles par leur pertinence à la conscience actuelle des Québécois et des Québécoises.

Bref, nous avons beaucoup de pain sur la planche mais peu de temps à perdre.

Je nous souhaite que cette première célébration de la Journée nationale des Patriotes nous soit occasion non seulement de fête, mais de réflexion, de rassemblement et de moblisation.

En toute solidarité.
Andrée Ferretti




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Hommage aux Patriotes

La Journée nationale des Patriotes, ça vous dit quelque chose?


LE DEVOIR mardi 20 mai 2003


Les Québécois avaient pour la première fois l'occasion, hier, de célébrer ce jour férié qui a remplacé la fête de la reine Victoria (ou celle de Dollard pour les Québécois) dans le calendrier à la suite d'un décret adopté l'an dernier par le gouvernement de Bernard Landry. Raoul Duguay figurait parmi les artistes invités lors d'un spectacle organisé pour l'occasion par la Société Saint-Jean-Baptiste et le Mouvement national des Québécois au Club Soda. Plus tôt dans la journée, le chef de l'opposition, Bernard Landry, a assisté au dévoilement d'une statue de Louis-Joseph Papineau à la Maison nationale des patriotes de Saint-Denis-sur-Richelieu. Retenu en Estrie, le nouveau premier ministre, Jean Charest, a brillé par son absence. Cette journée fériée avait été proclamée l'an dernier par le gouvernement afin de souligner la lutte qu'ont menée les Patriotes en 1837 et 1838 pour la reconnaissance du peuple québécois.




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Lettre d’un vétéran au vieux général

André Vincent

TRIBUNE LIBRE mardi 20 mai 2003


Bonjour mon général,

Vous allez peut-être trouver ça drôle que je vous appelle « mon général » mais, dans ma tête, c’est ainsi que je vous imagine. À la blague, j’ai coutume de dire à mes amis qu’il n’y avait que deux personnes au monde qui auraient pu faire de moi un bon soldat : De Gaulle et vous! Moi qui n’ai jamais eu l’âme militaire ou militante, vous étiez le seul politicien d’ici qui aurait pu me demander de me placer au garde-à-vous. C’est vous dire, mon général, comme le pays m’habite.

Ce qui était bien en ‘95 est qu’on savait où on allait. Bien sûr, vous avez dû faire quelques concessions avant la bataille, au chef du Bloc entre autres, et au petit caporal de l’ADQ, mais sans jamais perdre de vue l’essentiel; l’important, comme vous le répétiez souvent, était qu’il n’y ait pas de trait d’union entre souveraineté et association. Vous avez même été jusqu’à vous effacer à la fin, derrière Lucien Bouchard, homme plus... charismatique dictait la tendancieuse, et vous avez posé ce geste dans le seul but de gagner ce deuxième référendum. C’était un grand geste, mon général, une décision d’homme d’État, que peu de politiciens auraient été capables de poser.

Nous avons perdu. Ce soir-là, tout le Québec penchait par en avant; j’ai eu honte et, pour tout vous dire, j’ai chiâlé un bon coup. Le lendemain, « tout ce qui grouille, grenouille et scibouille » a dit que vous n’auriez pas dû dire ce que vous avez dit, surtout ceux qui disent que les politiciens ne pensent jamais ce qu’ils disent et devraient avoir le courage de dire ce qu’ils pensent. Faudrait savoir! Ce constat, mon général, était juste; je crois même qu’il était nécessaire de crever cet abcès, d’étaler au grand jour le fait que la plupart de ceux que nous invitons à notre table nous tournent le dos et vont finir la soirée de l’autre bord de la rue, chez l’Angloricain. Les tordus de la rectitude, je les emmerde! — mon général. Ils auront beau s’indigner encore et encore, inclusivement ou exclusivement, dans les corridors de l’UQUAM ou dans les toilettes à Gesca... reste que les Français d’Amérique, aidés d’une poignée d’amigos, ont voté à 60% pour le Qc. C’est un constat que même mon dépanneur a pu constater en contatant que ses clients pouvaient très bien marcher en mâchant d’la gomme!

Pendant les dernières élections, je vous ai vu à la tévé, sortir de scène, le dos un peu voûté, et cela m’a fait peine. Je sais bien que vous êtes capable d’en prendre, comme on dit, mais quand même; faut vraiment être aliéné jusqu’au trognon pour déceler dans vos propos de Shawinigan un quelconque racisme. Les gigolos de la réclame, médaillés cinq étoiles du War-Room, se sont empressés de conseiller à notre PM de faire semblant de rien, de dire qu’il vous connaissait juste un ti-peu-pas-trop. Pas confiance en ces gens-là! Cette peur atavique, ce complexe de sous-fifre qui consiste à vouloir se faire aimer du patron, à essayer de se montrer plus blanc que la calote du pape, plus démocrate que la démocratie... alors que nos ennemis la tripotent à qui mieux mieux — la démocratie — et s’en servent allègrement pour nous contraindre au statut de province.

Vous avez dit un jour que la seule différence entre Trudeau et vous était que vous n’étiez pas d’accord sur l’endroit où placer la capitale. Or, on a vu que Trudeau était prêt à tout pour gagner, peu importe les moyens et le prix; mais pour gagner, faut d’abord le vouloir, et de toutes ses forces. Je sais que vous avez toujours pensé ainsi et c’est pour ça que je vous ai suivi, comme beaucoup d’autres purzédurs. On ne peut pas être à moitié indépendantiste, à moitié Québécois, à moitié nous-autres; j’ai toujours crû que la seule façon de convaincre les branleux était de ne pas branler soi-même, que le courage des uns fait la conviction des autres, si on peut dire... et que la première des conditions gagnantes est la volonté farouche d’exister.

Je suis devenu indépendantiste en 1959 et parfois, j’ai l’impression que ça fait si longtemps que si quelqu’un me demande pourquoi, j’ai presque envie de répondre, un peu las, que je m’en rappelle p’us! J’aimerais bien, moi aussi, arrêter d’en parler, passer à autre chose... mais, sais pas, on dirait que ça me r’vient tout l’temps dans’ face, comme le passé remonte un bon matin, ou comme une job à finir, derrière, qui nous fatigue... C’est vrai que c’est décourageant des fois; on dirait que les Québécois sont tous au centre d’achat, ou au cinéma Imax, envahis de l’intérieur par «Le confort et l’insignifiance» d’un réalisateur snobinard, et un peu lâche. Et toute la colonie applaudit, debout, avant de retourner artistiquement se coucher, sauf quelques poètes; faut dire que c’est des veilleux, les poètes, ils gardent la lumière allumée jusque tard dans la nuit...

Et puis, je lis une lettre dans le Devoir, d’un kid de vingt ans, Jean-Sébastien je crois; une belle lettre, écrite le lendemain des élections, dans laquelle il dit à son grand-père qu’il s’excuse d’être revenu le voir avant que l’indépendance soit réalisée, qu’il avait promis! mais qu’il n’y tenait plus... qu’il avait besoin de lui parler. Et alors, au pied de sa tombe, il jure qu’il se tiendra debout et qu’un jour, ses rêves deviendront réalité. Qu’est-ce que vous dites de ça, mon général? Ça fait du bien à entendre, non? Je dis souvent qu’au-dessus du tourbillon quotidien, il existe une sorte de pont, et que sur le tablier de ce pont, les rêves des grands-pères et de leurs petits-fils se rejoignent. Il me semble en effet que la jonction des générations est en train de s’établir, et peut-être pourriez-vous corroborer mes dires, vous qui êtes souvent invité à parler devant des publics étudiants, de choses et d’autres...

Mais là, on est dans l’rouge pas à peu près, mon général, et avouez qu’y a de quoi pogner les bleus! Y’en a qui disent qu’il faut faire une coalition PQ-ADQ-UFP et revenir à l’élection référendaire; d’autres veulent foutre le PQ en l’air et recommencer à zéro; d’autres enfin insistent pour que la souveraineté ne soit plus l’apanage d’un seul parti et disent qu’il faut créer un mouvement populaire. Mélangeant tout ça! C’est un peu ce qui m’a décidé à vous écrire, pour y voir un peu plus clair et vous demander ce que vous en pensez. Pour ma part, je crois qu’il faut d’abord respirer par le nez, réfléchir, établir un bilan lucide, retrousser nos manches, se cracher dans les mains, et continuer.

Quand même, mon général, vous conviendrez avec moi qu’au Parti Québécois, un bon ménage s’impose; un grand débat doit avoir lieu et cette fois, pas question de couronnement entre p’tits copains! Il faut un congrès à la chefferie, un brassage d’idées comme on n’en a pas vu depuis la révolution pas si tranquille que ça. À mon avis, la question n’est pas de savoir Qui, mais quoi, quand et comment? C’est le peuple qui crée le leader, et non l’inverse. Les mouvements de fond partent de la base et Dieu sait que depuis 95, les membres ont perdu graduellement tout contrôle sur leur parti, à un point tel que bon nombre de militants sont rentrés chez eux ou travaillent présentement pour l’UFP. On aurait voulu les expluser qu’on ne s’y serait pas pris autrement et si vous me permettez d’exprimer le fond de ma pensée, dans un niveau de langage qui ne vous est sûrement pas... familier, je dirais que les fonctionnaires du parti, les bonzes à cellulaires, et toute cette bande de tèteux qui gravitent autour du bunker, carriéristes, opportunistes... Y faut les câlisser dewors! pis ça presse!!!

Désolé, mais il fallait que je le dise. J’aurais pu écrire que le temps était peut-être venu de réévaluer le personnel cadre... ou un truc semblable mais, sais pas, c’était comme pas assez. Parfois, les mots corrects ne suffisent pas et la rue prend la relève, déroge, pour dire le vrai. Beaucoup de souverainistes sont en colère, plusieurs l’ont exprimé en n’allant tout simplement pas voter. Ce n’est pas normal qu’un parti qui a soulevé tant d’enthousiasme, qui a canalisé le rêve de toute une génération en soit rendu à supplier ses supporteurs de se rendre aux urnes. Il faut en prendre acte, et avoir le courage de le dire au grand jour.

Il n’y a pas si longtemps, dans Mercier, lorsqu’on entrait au local de Godin, y’avait une ambiance, une ferveur, des éclats de mots et de voix; lors de la dernière élection, rien de tout ça et même qu’en s’y présentant, nous avons eu, ma blonde et moi, la désagréable impression de déranger. Cette ambiance, mon général, je l’ai retrouvée au local de l’UFP, face au Parc Lafontaine; ça bougeait là-dedans, ça entrait et ça sortait, des jeunes surtout, ba-ding ba-dang... Beau à voir mon général, l’espoir, ce goût de changer le monde, cette impression que tout est possible, que rien n’est trop grand et que ce qui est rêvable est réalisable. Je sais bien que Mercier est un peu spécial et que ce bouillonnement, ce sentiment d’à venir n’est pas ressenti à la grandeur du Québec; mais je me dis que c’est au coeur des villes que les mouvements naissent, pour ensuite déborder par vagues successives à la grandeur du pays et du monde.

Et si, très bientôt, les choses ne changent pas; si le PQ retombe dans ses vieilles certitudes, au point parfois d’en être arrogant, alors, mon général, moi qui suis un homme de gauche, qui ai voté et travaillé pour ce parti toute ma vie sans jamais rien demander de retour, je vais devoir franchir la ligne, virer mon capot de bord et rejoindre l’UFP. Pas le choix mon général! Cette perspective ne m’enchante pas, je préférerais de loin ne pas avoir à tout recommencer mais, si rien ne bouge, c’est ce que je vais faire.

En terminant, permettez-moi de vous souhaiter longue vie, santé et paix, et vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour le Québec. De tout mon coeur, je souhaite vous retrouver lors du prochain référendum, qui est peut-être beaucoup plus près qu’on le pense. Jean Charest est un homme en sursis, tout comme Nathalie Rochefort l’était dans Mercier, et je ne crois vraiment pas que ce cher John ait la sensibilité nécessaire pour gouverner le Québec bien longtemps. Question d’atomes crochus!

À force de pousser, mon général, on va y arriver, j’vous l’dis; je ne sais pas quand, mais le pays n’est jamais plus loin que le bout de nos bras.

Mes hommages à Madame,

André Vincent lepapou@cam.org
artisan et auteur




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L'État paniqueur

Jean-Paul Brodeur
LE DEVOIR mardi 20 mai 2003


D'importants attentats terroristes ont eu lieu la semaine dernière. Ces attentats ont fait 34 victimes en Arabie Saoudite et au moins 41 victimes au Maroc. On s'en est pris à 21 stations d'essence au Pakistan. L'exportation au Maroc de la tactique de l'attentat suicide est particulièrement préoccupante. Ces trois pays auraient été désignés par Ben Laden dans un message datant de trois mois. Les nouvelles du front de la guerre contre le terrorisme sont donc mauvaises.

Le sont-elles en réalité tant que ça, quand on les considère dans leur ensemble ? Le 30 avril dernier, le Bureau de la coordination de l'antiterrorisme du Secrétariat d'État des États-Unis a déposé son rapport pour l'année 2002 devant le Congrès américain, dans l'indifférence la plus complète. Le rapport n'est en effet pas suffisamment paniquant. Qu'on en juge.

On compte 199 attentats en 2002 par comparaison à 355 en 2001 (diminution de 45 %). Les attentats antiaméricains ont décru de 65 % (77 au lieu de 219 l'année précédente). Il n'y a eu aucun attentat terroriste en Amérique du Nord en 2002 et on n'y compte donc aucune victime (ni morts, ni blessés). Le terrorisme n'a fait que six blessés en Europe, alors qu'il a fait 245 morts et 370 blessés en Eurasie (les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale) et 327 morts et 954 blessés en Asie. Si l'on fait exception de l'attentat meurtrier à Bali, en Indonésie, le terrorisme se concentre dans quatre régions, soit l'Afghanistan, la Colombie, Israël et la Tchétchénie. Pour l'année 2002, le terrorisme a reflué à son niveau de 1969. Pas de quoi pavoiser quand on veut semer la panique !

La sécurité relative qui règne en Amérique du Nord se manifeste dans la première édition du Rapport annuel sur l'utilisation de l'arrestation sans mandat en vertu de la Loi antiterroriste, votée par le Parlement canadien dans l'agitation qui a suivi les attentats de septembre 2001. Or, du 24 décembre 2001 au 24 décembre 2002, la GRC et le Service fédéral des poursuites du ministère de la Justice ont déclaré qu'aucune arrestation n'avait été effectuée en vertu des nouveaux pouvoirs conférés à la police par la loi antiterroriste. Comme les services policiers canadiens n'hésitent pas à faire un usage impénitent des pouvoirs qui leur sont confiés (par exemple, en matière d'écoute électronique), ce renoncement à exercer des pouvoirs d'arrestation sans mandat reflète moins l'esprit de parcimonie régnant dans la police que le caractère tranquille de la conjoncture en matière d'attentats projetés au Canada.

Le gouvernement américain a estimé nécessaire de poursuivre sa croisade antiterroriste en envahissant l'Irak au motif que le régime de Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive qu'il n'hésiterait pas à utiliser et à distribuer à des groupes terroristes qui pourraient en faire usage contre les États-Unis. On appréhendait le pire au cours de cette campagne dirigée contre les troupes d'élite de la Garde républicaine et qui risquait de s'enliser dans la guérilla urbaine, chère aux stratèges des chaires d'études. Or, non seulement le régime s'est-il effondré comme un château de cartes devant la terrifiante puissance de feu de la coalition anglo-américaine, mais on recherche toujours la preuve de l'existence des armes de destruction massive qui a servi d'argument à la guerre. En dépit de la duplicité de plus en plus patente de ceux qui ont voulu cette guerre, il semble que les opinions publiques des États-Unis et du Royaume-Uni accroissent leur soutien à la guerre, maintenant qu'elle a été gagnée sans grande perte parmi la coalition. On aurait tort de se rengorger de ce consensus de l'opinion publique. Le propre de la démocratie n'est pas de consentir mais de savoir à quoi on consent. Dans la mesure où le consentement des Américains a été obtenu davantage en exploitant leur paranoïa qu'en les informant de la volonté de leurs dirigeants de faire un coup d'éclat, la guerre en Irak est un détournement d'opinion publique et de volonté populaire.

On est présentement à mettre en place partout en Occident un important dispositif de surveillance. Bien que des projets de mise en réseau de tout ce qu'on possède comme banques de données, comme le Total Information Awareness (vigilance information totale), suscitent des réticences au sein du Congrès américain, leur réalisation progresse de façon insidieuse. L'objectif de cette surveillance est essentiellement préventif. Le dispositif est tout entier orienté vers le futur et la prévision des attentats. Or on manque cruellement d'une analyse rétrospective objective et approfondie des attentats de septembre 2001. Ont-ils été perpétrés par des génies du mal ou par des gens qui ressemblaient à l'incompétent Zacharias Moussaoui (le présumé vingtième assaillant de septembre 2001) et qui ont bénéficié d'une constellation de facteurs facilitants peu susceptible de se reproduire.

L'angoisse véritable qui s'est abattue sur les habitants de l'Amérique du Nord et de l'Europe en dépit de la régression du terrorisme est le produit de deux éléments. Le premier est la visibilité qui est conférée par les gouvernements et par la presse aux attentats qui se produisent presque toujours ailleurs. Cette visibilité est telle qu'elle produit un éblouissement qui abolit les distances. La seconde est la censure qui s'exerce en pratique sur l'information nous indiquant que le pire n'est pas toujours certain et que nous marquons des points contre les assassins. C'est lorsque le silence de l'État s'allie au bruit des attentats que la panique risque de s'instaurer de façon durable. Loin d'être la cible d'une stratégie d'éradication, l'insécurité devient un levier du gouvernement et sa culture n'est qu'une façon de faire de la politique par d'autres moyens.

Jean-Paul Brodeur est professeur-chercheur au Centre international de criminologie comparée de l'Université de Montréal.




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Cabinet Charest: grogne dans les communautés culturelles

Clairandrée Cauchy
LE DEVOIR mardi 20 mai 2003


L'absence d'un ministre montréalais issu de l'immigration au sein du cabinet Charest a semé la grogne chez certains membres des communautés culturelles, comme en témoignent plusieurs textes parus récemment dans différents médias ethniques.

Des cinq élus libéraux nés à l'étranger, seul Sam Hamad, député de Louis-Hébert dans la région de Québec, a été invité à siéger au cabinet, en tant que ministre des Ressources naturelles. Les Christos Sirros, Fatima Houda-Pépin, William Cusano et le dernier venu, Tony Tomassi, restent sur les banquettes arrière.

Dans son édition du début de mai, le bimensuel bilingue Les Nouvelles de Parc Extension, qui dessert le quartier le plus multiethnique du Québec, publie un éditorial virulent intitulé «Cabinet Charest : quel gâchis !» «Les communautés culturelles sont acquises à la cause des libéraux et Charest le sait, peut-on lire. C'est plus facile de les bafouer que de négliger les électeurs de la région de Québec dont le vote est à consolider. [...] Il est temps qu'elles [les communautés culturelles] se rendent à l'évidence de la "real politic", c'est-à-dire que le pouvoir est à ceux qui se le donnent.

Il est temps au moins qu'elles apprennent à se laisser courtiser par tous les partis politiques dans le but de pouvoir tirer le maximum des gouvernements élus», écrit Adler Aristilde.

En entrevue, le journaliste d'origine haïtienne estime que les communautés culturelles sont mal servies, autant par le PLQ, qui les tient pour acquises, que par les péquistes, «qui se disent que c'est perdu d'avance et ne viennent pas les courtiser non plus».

Moins tranché, l'éditeur d'Il Cittadino Canadese, Basilio Giordano, affirme lui aussi que «les communautés culturelles ont été un peu oubliées dans le cabinet», même s'il note la présence de Sam Hamad et du juif montréalais Lawrence Bergman, élu dans D'Arcy-McGee. Le journal italien a souligné la faible représentation des communautés culturelles au sein du cabinet Charest dans son dernier éditorial.

«Merci pour rien»

Le principal aspirant au poste de ministre parmi les députés appartenant aux communautés culturelles était sans contredit Christos Sirros, qui représente la circonscription de Laurier-Dorion depuis 22 ans et qui a déjà occupé le poste de ministre de la Santé et des Services sociaux du temps de Robert Bourassa.

Son absence du cabinet a fait réagir vivement l'ancien président de la Communauté hellénique de Montréal (CHM), Nicholas T. Pagonis. Dans une lettre ouverte parue dans le journal grec To Vima [La Tribune] et intitulée «Thanks for nothing Mr. Charest» [Merci pour rien M. Charest], il souligne que des «centaines de milliers de Québécois, qui ont leurs racines ailleurs qu'en France et dans les îles britanniques, ont été laissés sans représentation au sein du cabinet». Leur point de vue ne pourra donc être pris en compte lors des délibérations secrètes du conseil des ministres, fait-il valoir.

M. Pagonis ne considère pas Sam Hamad, d'origine syrienne, comme un porte-parole des communautés au sein du cabinet : «Une personne élue par les citoyens de Québec n'est pas en contact quotidiennement avec les communautés culturelles et la réalité montréalaise, il ne peut les représenter.» Il rappelle que le précédent gouvernement libéral comptait des ministres tels Christos Sirros et John Ciaccia et que Joseph Facal, d'origine uruguayenne, était ministre dans le dernier cabinet péquiste.

Nicholas T. Pagonis ne croit cependant pas que «l'oubli» nuira à l'appui dont jouissent les libéraux auprès des membres des différentes communautés culturelles. «Mais cela prouve une fois de plus que le PLQ nous tient pour acquis», confie M. Pagonis, qui a présidé la CHM jusqu'en 2000.

L'actuel président de la CHM, Bill Katsabanis, ne partage cependant pas le point de vue de son prédécesseur. «Le premier ministre a dû choisir parmi un groupe de plusieurs personnes très talentueuses. Nous sommes heureux de la composition du cabinet», soutient-il. Il considère que Sam Hamad, le nouveau ministre des Ressources naturelles et responsable de la Capitale nationale, ainsi que Lawrence Bergman, ministre du Revenu, pourront véhiculer les préoccupations des citoyens issus de l'immigration.

Sirros et Houda-Pépin déçus

Parmi les principaux intéressés, Fatima Houda-Pépin, députée de La Pinière, sur la rive sud de Montréal, et Christos Sirros conviennent tous deux que la composition du conseil des ministres est une prérogative du premier ministre et ne contestent pas ouvertement le choix effectué.

Depuis l'annonce de la formation du cabinet, Mme Houda-Pépin s'emploie à calmer les mécontents au sein de sa circonscription, où environ 15 % des électeurs sont issus de 70 communautés culturelles. «Les représentants des communautés étaient en colère. [...] J'ai réuni les leaders pour leur expliquer que nous allions continuer à travailler ensemble», explique la députée d'origine marocaine élue en 1994. Mme Houda-Pépin dit s'inquiéter des reculs observés dans les relations interculturelles au cours des dernières années. «Je vais continuer de travailler pour m'assurer que les préoccupations des gens issus de l'immigration soient prises en compte.»

Passant outre sa déception, Christos Sirros jouera la carte du multiculturalisme dans sa course à la présidence de l'Assemblée nationale. «Je mentirais si je disais que je n'ai pas été déçu, mais ce n'est pas à moi de commenter le choix ultime du premier ministre. Je regarde maintenant vers l'avenir.» L'élection d'un premier président de la Chambre issu de l'immigration constituerait, selon lui, une excellente façon de reconnaître le nouveau visage de la société québécoise.




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Réplique à Jean-Pierre Charbonneau et Michel Venne

Pour la poursuite de l'alternance politique au Québec

Christian Dufour
Politologue, ENAP, Codirecteur de la Revue canadienne de science politique
LE DEVOIR mardi 20 mai 2003


Dans des textes me mettant en cause publiés dans Le Devoir du 8 mai et du 12 mai, il est révélateur que ni l'ancien ministre Jean-Pierre Charbonneau ni le chroniqueur Michel Venne ne prennent la peine de réfuter l'argumentation -- pourtant assez simple -- qui m'amène à conclure que la proportionnelle n'est pas dans l'intérêt des Québécois parce qu'elle mettra fin à l'alternance politique dans notre société. Je m'excuse à l'avance de perturber leur beau consensus progressiste mais leur rappelle que ce sont eux qui demandent que l'on apporte des changements fondamentaux à nos institutions politiques: ce sont donc eux qui ont le fardeau de la preuve que leurs beaux projets ne feront pas plus de mal que de bien.

Au-delà de mon intérêt pour Céline Dion, qui semble déranger M. Venne mais dont je ne vois pas très bien le rapport avec la réforme du mode de scrutin, au-delà des attaques personnelles de M. Charbonneau voulant que je «trompe les gens», qu'il me soit permis de recentrer le débat sur le contenu et de rappeler mon argumentation. La proportionnelle fera du PLQ le parti permanent de gouvernement au Québec, comme le sont les libéraux fédéraux depuis la fragmentation de l'opposition à Ottawa, tout d'abord parce qu'elle donnera un supplément de députés au PLQ, revalorisant une clientèle anglophone concentrée massivement dans un nombre trop limité de comtés pour que cela soit actuellement rentable.

Mais la proportionnelle n'aura pas que cet avantage pour les libéraux : elle fera surtout éclater l'opposition, en particulier cette mouvance souverainiste de gauche qui n'attend que la réforme du mode de scrutin pour se fragmenter en plusieurs partis idéologiques : un parti vert, un «vrai» parti indépendantiste, un «vrai» parti de gauche, etc. Le fait à retenir est que cela affectera beaucoup moins le PLQ parce que son électorat anglophone continuera vraisemblablement à voter en bloc pour lui à cause de la nature défensive de ce vote. En outre, la clientèle libérale en général est moins portée sur l'idéologie que l'électorat péquiste et aura donc moins tendance à embarquer dans la fragmentation politique que la proportionnelle implique.

On se retrouvera donc avec un Parti libéral nettement plus gros que les autres -- un parti enraciné dans l'histoire du Québec depuis la Confédération -- face à une opposition fragmentée sur des bases idéologiques qui prendra le pouvoir à tous les 25 ans à la faveur d'un gouvernement de coalition du genre Front populaire, comme celui que la France a connu en 1936. Au besoin, il sera facile pour le PLQ de faire alliance avec un petit parti auquel il sera seul à pouvoir offrir le pouvoir, comme la Démocratie chrétienne en Italie dans les cinquante années de l'après-guerre.

Désolé, mais il ne suffit pas de décréter comme M. Venne que cette argumentation est «totalement impertinente [sic], fallacieuse et dangereuse» pour escamoter le débat sur ce qui remet en cause la base même de la démocratie québécoise : la poursuite de l'alternance politique. Les tentatives d'excommunication ne sauraient faire oublier que l'on présente comme un nécessaire progrès démocratique une réforme qui risque au contraire de provoquer dans les faits une formidable régression politique, dans la mesure où elle mettra fin à l'alternance.

La réalité, c'est que nos institutions politiques sont peut-être d'origine britannique, au grand déplaisir de M. Charbonneau, mais elles ont historiquement bien servi le pouvoir québécois, y compris un mode de scrutin qui favorise de facto la majorité francophone -- mes excuses pour l'emploi de ces deux mots désormais tabous pour les tenants de la proportionnelle. La réalité, c'est qu'on n'a pas les moyens pour l'heure de renoncer à cet avantage qui compense le fait que cette majorité est structurellement considérée comme un groupe ethnique dans le contexte canadien depuis les changements constitutionnels de Trudeau et le rejet de la société distincte.

Cela, faut-il le rappeler, à la suite en grande partie de l'échec souverainiste. Cet échec et ses conséquences négatives pour le Québec sont évidemment des choses dont MM. Charbonneau et Venne ne veulent pas entendre parler. Au difficile mais incontournable contexte canadien, ils préfèrent plus que jamais le «grand soir à venir» pour cette idéale société pluraliste où n'existent déjà plus -- dans leurs rêves -- une majorité francophone et une minorité anglophone aux comportements électoraux différents. Sous leurs bons sentiments, ils incarnent une irresponsable fuite en avant au détriment des intérêts les plus élémentaires du Québec.




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Canada's vanishing Christians

MORTON WEINFELD
THE GLOBE & MAIL Tuesday, May 20, 2003


The release of the 2001 census data on religion confirms that Christianity -- especially mainline Protestant denominations and francophone Catholicism -- is nearing free fall in Canada. Reginald Bibby's nuanced yet provocative attempt in these pages to minimize the significance of these declines and the increasing numbers claiming "no religion" (now 16 per cent) deserves a response.

The demographic outlook is bleak. Immigration is increasingly non-Christian. The median age of unchurched Canadians is 31, compared to the mid-40s for mainline Protestants. It's true that young Canadians may choose to identify with a religion later in life. But this was likely also true in the 1970s when the "no religion" figures were at 4 per cent.

Religion is full of inconsistency. A survey in 2000 found that 79 per cent of teenagers with no religion say they would seek a religious marriage ceremony; as many as 40 per cent of those who report having "no religion" believe in a caring God. Such responses may indicate deep-seated or dormant religiosity.

But they don't demonstrate the strength of religion as commonly understood. Consider the very basic census question, which simply asks Canadians to pick a religious label; 84 per cent of Canadians chose one. For many of those selecting Christian categories -- with the exception of Eastern Orthodox groups, immigrant Catholics, and smaller conservative Protestant denominations -- it is "identification without involvement."

The decline in church-going has been stark. Data from the General Social Survey show that weekly attendance at services among Canadians over age 15 dropped from 28 per cent in 1986 to 20 per cent in 2001. In the same period, those claiming they didn't attend over the past year rose from 26 per cent to 43 per cent.

Equally significant has been the steady decline in Christian education, notably Sunday school. Over the decades, fewer children have been enrolled for shorter periods. Among parents of school-age children, 35 per cent claimed they gave them regular religious instruction in 1975, compared to 28 per cent in 1990. On a personal note, I am struck by the poor knowledge of the Bible among my own Christian students.

There are other signs. Christian churches in Canada are facing a real shortfall of resources. Catholics have difficulties recruiting priests and nuns. In 1969, 59 per cent of Canadian households reported making charitable contributions to religious organizations. By 1997, the proportion had declined to 38 per cent. In that time, the proportions giving to secular groups increased.

Christianity won't fade completely in Canada. Nominally, 72 per cent of Canadians are Roman Catholic or Protestant (down from 80 per cent in 1991). The core of the truly faithful will become more so. Some children and grandchildren of mainly non-Christian immigrants may decide to embrace Christian faiths (but I predict that when they intermarry, most will choose among no religion, the non-Christian alternative, or their own unique hybrid).

Perhaps Christianity is being transformed, not diminished. But to believe this without compelling evidence requires a leap of faith. What is clear from census and survey data is that a fundamental (though far from unblemished) part of Canada's heritage is being lost.

Morton Weinfeld, a professor of sociology, holds the chair in Canadian Ethnic Studies at McGill. His most recent book is Like Everyone Else . . . But Different: The Paradoxical Success of Canadian Jews.




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Constitutional talk is cheap

We're starting to enter the summer silly season in Canadian politics.

Michael Bliss
National Post Tuesday, May 20, 2003


This year's absurdity is a renewal of constitutional chatter, brought on by the coincidental conjunction of Newfoundland grievances with Alberta alienation. For the next 10 weeks or so, culminating in the annual provincial premiers' bitching festival in early August, the media will be full of speculation and manoeuvring about the possibilities of another round of constitutional talks. Any day now, for example, The Globe and Mail is likely to publish a jargon-ridden article by some policy wonk suggesting a new approach to constitutional amendment based on the fine points of asymmetrical federalism.

You've been warned: Whenever you see the c-word, stop reading. Reach for your barbecue and use the newspaper as a fire-starter. This is the last article you need to read until at least next autumn about reopening Canada's Constitution.

The benighted subject has come back on the agenda because Newfoundlanders are aggrieved, both in general and in particular, about the closing of the cod fishery. They want to negotiate more powers from Ottawa -- without, however, assuming more responsibilities, say for their own unemployment insurance. So Premier Roger Grimes calls for another constitutional round, and, hey presto!, he discovers a kindred spirit in Alberta's Premier Ralph Klein, who is also aggrieved because Alberta has little influence these days in national affairs.

What Premier Klein, who seems most interested in Senate reform, does not say, is that one of Alberta's chief grievances is the way that Ottawa is systematically siphoning off his province's wealth to help support unemployed Newfoundlanders and other seasonal workers and uneconomic industries in Atlantic Canada. Alberta and Newfoundland are united only in being constitutionally cranky and in thinking that relatively small provinces should have equal Senate representation.

If you need a second reason why the constitutional chatter will flounder on its own contradictions, think how Ontario and Quebec will respond to the Newfoundland/Alberta notion that each province should only have six Senators.

If you need a third reason for the silliness of this, think about what will happen when Quebec's new Premier, Jean Charest, starts fishing in stirred-up constitutional waters -- demanding more powers for Quebec, a redefinition of Senate "equality" to give, say, 50% of Senators to the distinct society, and, of course, recognition of the distinct society. If Charest doesn't say such things at the beginning of the dance, count on him to start saying them when the separatists/nationalists begin accusing him of selling out the Quebec nation.

Don't forget, either, the final and necessary ingredient in any new Canadian constitutional recipe, à la the Charlottetown accord of 1992, which is a national referendum. A national vote on any currently conceivable package of Canadian constitutional reform is about as likely to carry as a Canadian referendum to pay the cost of the United States' attack on Iraq.

So of course the bottom line is that a few premiers can talk all they want, because talk is cheap and journalists have to write about something in the summertime. To its credit the government of Canada is absolutely uninterested in reopening the wasp's nest, the can of worms, Pandora's box. It isn't going to happen, and, as Sir John A. Macdonald said about provincial rights agitations in the 1880s, all this constitutional tinder will blaze for a bit, crackle, and then go out with a stink.

It possibly will have a couple of substantive implications, though these will not become evident until next fall. One is that some of the premiers may be hoping to induce Paul Martin, or, if all else fails, one of the other Liberal leadership aspirants, into some sort of commitment to think about the Constitution. The aim would be to at least beg a ball rolling. My guess, though, is that all of the Liberal contenders, even Sheila Copps, are too smart or have too long memories to fall for such a ploy.

A related idea, which is gradually moving onto some political radar screens, is the knowledge that a very significant de facto change in our governance, the creation of an elected Senate, is possible without actually changing the Constitution. It can be done at a single press conference: All that Prime Minister Martin would have to do would be to pledge to appoint to the Senate only people who have won appropriate elections. Immediately we would begin moving to a fully elected Senate that would suddenly have serious legitimacy. The current rough regional balance of representation would not be altered.

Paul Martin probably will not commit to an elected Senate, but the more momentum the idea develops -- there's no doubt that the opposition will make it an election issue and that if we ever have a non-Liberal government in Canada it will give us Senate reform -- the more pressure he'll come under. The only losers in ending the anachronism of appointing Senators would be the Prime Minister and the kinds of Liberal hacks who get there now, so it might be that a real Canadian consensus will develop to foster this one area of extra-constitutional constitutional change.

As for all else, forget about it. Some Newfoundlanders apparently think they should up the ante by threatening to separate from Canada. That possibility is very hard to take seriously. If Newfoundlanders were to become serious separatists, after all of the financial support their province has had from the rest of Canada over half a century, then the rest of Canada might seriously start asking, "Why not?"

Michael Bliss is an author and a professor of history at the University of Toronto. His books include Right Honourable Men: The Descent of Canadian Politics from Macdonald to Mulroney.




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La Journée des Patriotes fêtée dans la controverse

Laura-Julie Perreault
La Presse mardi 20 mai 2003


LE CHEF de l'opposition, Bernard Landry, croit que Jean Charest a commis une erreur d'interprétation historique en ne participant à aucun des événements organisés hier pour la première Journée nationale des Patriotes, journée commémorative remplaçant la fête de Dollard, décrétée par le gouvernement Landry en 2002.

"Jean Charest semble oublier que les Rouges (prédécesseurs du Parti libéral) sont des descendants de la tendance patriote", a dit l'ex-premier ministre hier, à La Presse, lors d'une entrevue téléphonique.

"Je trouve que c'est dommage que (M. Charest) n'ait pas participé", a noté le chef de l'opposition, ajoutant que la nouvelle fête est un événement rassembleur, ne concernant pas que les descendants des colons français, mais aussi ceux des Irlandais et des Ontariens qui ont participé à la bataille pour la démocratie représentative au XIXe siècle.

Le député de Verchères s'est rendu hier matin à Saint-Denis-sur-Richelieu, pour dévoiler une statue de Louis-Joseph Papineau, chef de la rébellion patriote de 1837-1838.

M. Charest, aussi convié aux célébrations d'hier, ne s'y est pas présenté et n'y a pas envoyé de représentant. Hier, l'attaché de presse du premier ministre a balayé du revers de la main les remontrances de M. Landry et a expliqué que M. Charest participait à des "activités privées" dans les Cantons-de-l'Est.

Gilles Laporte, un des organisateurs des célébrations montréalaises qui ont eu lieu au Club Soda hier après-midi, soupçonne le gouvernement Charest d'avoir agi de manière à donner le moins de visibilité possible à la nouvelle fête. Un plan de communication pour faire la promotion de la journée, qui, lui, avait été annoncé par une fonctionnaire travaillant pour le Parti libéral, est finalement tombé à l'eau le 2 mai dernier. L'ouverture d'un musée à la mémoire des Patriotes, financé par la Société des alcools du Québec, a aussi été repoussée d'une semaine, notait hier M. Laporte.

Gilles Laporte, qui est professeur au cégep du Vieux-Montréal, se désolait hier de voir cette nouvelle journée nationale à saveur historique récupérée uniquement par des organisations nationalistes.

Il croit que la bataille des Patriotes, qui s'est soldée par des exils et des exécutions massives, en était d'abord une de libertés civiles. Et leur fête, ajoute-t-il, devrait être comparée à celle consacrée à Martin Luther King aux États-Unis. "Il n'y a pas un Blanc qui s'y oppose", a fait remarquer l'historien.

Le point de vue de l'historien tranchait sur l'opinion du nouveau président de la Société Saint-Jean-Baptiste, Jean Dorion, qui a pris la parole sur la scène du Club Soda au cours de l'après-midi. "On n'est pas surpris que les bons-ententistes (sic) ne parlent de la rébellion que lorsqu'ils y sont obligés. Quand ils le font, ils disent que c'est une lutte pour la démocratie. Ils ne veulent pas dire que c'était d'abord une lutte nationale", s'est-il exclamé, rappelant que la grande majorité des victimes de la répression de l'armée britannique étaient des francophones.

En plus de M. Dorion, le poète Raôul Duguay, les humoristes des Zapartistes, le théâtre Alambic, les membres du groupe hip-hop Loco Locass et du groupe Guérilla, ainsi que le réalisateur Pierre Falardeau sont montés sur scène.

Ce dernier, qui a signé le film 18 février 1839 sur les dernières heures de Chevalier de Lorimier avant son exécution, y est allé d'attaques virulentes à l'endroit de la ministre du Patrimoine canadien, Sheila Copps, qu'il a qualifiée de "grosse truie".

Un des participants au spectacle du Club Soda, Frédéric Gagné, chanteur du groupe Capitaine Révolte, s'est dit heureux d'apprendre l'existence de la nouvelle fête, mais a trouvé déprimants les discours de ses aînés. "Il faut arrêter de brailler sur notre sort", s'est-il exclamé.

D'après le récent décret du gouvernement du Québec, la Journée des Patriotes aura lieu chaque année le lundi précédent le 25 mai et remplace officiellement la fête de Dollard des Ormeaux qui commémorait une bataille qu'un groupe d'habitants de la Nouvelle-France ont mené contre les Iroquois. Une majorité des Canadiens de langue anglaise soulignent en ce jour férié la fête de la Reine, communément appelé le Victoria Day.




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Quebec's Familiar New Face

Jean Charest has one of the most interesting biographies in Canadian politics. He will need it if he is to both defend Quebec and celebrate federalism

Rebecca Myers
Time (Édition canadienne) May 19, 2003


Talk about a great photo op. Jean Charest, the new Quebec premier, will turn 45 on June 24-St. Jean Baptiste Day, a celebration commemorating the patron saint of French Canadians. So just imagine: the youthful (still) and energetic Charest, flanked by his ruling federalist Liberals, blowing out his birthday candles, with not even one whisper of the word "sovereignty" on Quebec's official holiday. For the first time in a decade, Quebec has a premier who doesn't feel he has to discuss sovereignty on every important occasion. By the time of his birthday, Charest will have been in office less than two months, but the image of him in the minds of Canadians was formed when he defeated the separatists in the Quebec election on April 14. Even without the perfect snapshot, he is now established, for many across the country, as the Boy Wonder federalist premier who will bury the constitutional issue once and for all.

If that's what Canadians think, they don't know their man. In an interview with Time last week, Charest admitted that the constitutional debate will always be a part of Quebec's-and Canada's-political discourse; in a society with two cultures and two languages, that's inevitable. But Charest's whole political career has been predicated on the assumption that Quebeckers don't define themselves solely by reference to the constitutional question. Charest thinks other things are important too; now, in government, he has the opportunity to put that belief into practice.

Downplaying the constitution wasn't an explicit part of Charest's election campaign. But his reticence on sovereignty had more impact than any stump speech could ever have had. By relentlessly concentrating on other issues-health care, federal-provincial transfer payments, reducing the province's massive government, cutting taxes-he made his point: he wasn't going to allow the constitution to elbow itself into a starring role in the election. In a tide-turning TV debate with the Parti Québécois's (P.Q.) Landry and Mario Dumont, of the Action Démocratique du Québec (a.d.q.), Charest emerged the clear winner. When the votes were counted, his Liberals had won 76 of the seats in the national assembly. His task now is to give Quebec a fresh start; and if he manages that, he'll help breathe some life into a Canadian political scene that increasingly appears fractured, ill tempered, self-obsessed and trivial.

The premier's office is the latest destination in Charest's long, strange journey. The trip has already taken more than 20 years, and along the way Charest has more than once seemed likely to end his political career as no more than a freakish footnote. But he has demonstrated an innate resilience to go with a set of useful attributes for any aspiring leader.

Charest is at home in both English and French, having been raised in a bilingual household in the Sherbrooke area of Quebec's Eastern Townships. He graduated from Université de Sherbrooke law school the same year he married Michèle Dionne, a doctor's daughter. (They now have three children.) But Charest practiced law for only three years before devoting himself to politics-his father Claude (Red) Charest was a well-known federalist Conservative.

The younger charest caught the eye of local Tories and earned himself a seat in the House of Commons at age 26. Brian Mulroney made him Canada's youngest Cabinet minister two years later, when he gave Charest the portfolio first for youth, then for fitness and amateur sport-a post from which he was forced to resign in 1990. A year later, he was back in the Cabinet as Minister for the Environment. In government, he won high marks for pulling together a consensus on an issue when none seemed at all possible. At the Earth Summit in Rio de Janeiro in 1992, he led Canada's delegation. It was a mixed group-federal and provincial politicians, business leaders, representatives of nongovernmental organizations and labor unions. But they all "just came away stunned by Charest's capacity to give everybody a sense of having given a substantive contribution, including where there was significant differentiation in opinion," says Hugh Segal, former chief of staff for Mulroney and now president of the Montreal-based Institute for Research on Public Policy.

All the plaudits from admirers, however, could count for little, given the meltdown of the Tories in the October 1993 election. After that debacle, Charest made up precisely half the Progressive Conservative representation in the House of Commons. It was not completely crazy for him to attempt the move from federal to provincial politics in 1998. "My mind is made up. I choose Quebec," he said after provincial Liberal headhunters recruited him to fill the leadership job vacated by Daniel Johnson's departure. "I simply cannot turn a deaf ear to the numerous appeals and expressions of support and encouragement I have received urging me to come to Quebec and work directly to promote and defend the province's interests," he told a cheering crowd in Sherbrooke.

But the gamble didn't pay off. His opponents in the November 1998 provincial election, the P.Q.'s Lucien Bouchard and the a.d.q.'s Dumont, were quick to criticize the newcomer. In a televised debate, Dumont lampooned Charest's "I choose Quebec" line by asking, "As opposed to what? Was there a choice?" Bouchard's party won a clear victory, a sign that Charest hadn't convinced Quebeckers that he could speak on their behalf. He didn't have a grasp of "les détails Québécois," says Segal. Charest seemed like a transplanted federal guy who had yet to win his epaulets.

And he knows it. "I came from the federalist side," says Charest. "For that reason, there was some suspicion of my capability in defending the interests of Quebec. The onus was on me to demonstrate that I was up to the job." To prove his mettle, Charest spent the next few years crisscrossing the province in what seemed like a penance for his support of the "No" vote during the 1995 referendum. It was "the boonies strategy," says Segal. "No constituency too far, no town hall too small, no crowd too dissipated to merit his attention."

As often happens with intelligent politicians, a time in the wilderness was the real making of Charest. He was able to sharpen his image as someone who represented federalism while at the same time protected French language and culture. During the recent campaign, he went out of his way to acknowledge the contributions to Quebec of René Lévesque and the value of the P.Q., says John Parisella, a political analyst and former chief of staff to Liberal premier Robert Bourassa. "Quebec politics is a minefield. It is the most complicated of any in the country," says Parisella. It took time, but eventually Charest found a way to navigate the ground without being blown up.

But now he's got to do something different-take the lessons from one of the most interesting biographies in Canada and use them to produce better results for Quebec by working with the federal government rather than against it. Charest's vision is a coalition of provinces, a Council of the Federation. "We will assert our leadership within the federation," Charest told Time. "What I want to do is organize the provincial governments in such a way where we will move from ad hoc positions to more steady, more researched, a more convincing common position."

Sounds great. But building a common front with other provinces has been tried before, says Claude Morin, a former adviser to Jean Lesage, Liberal premier of Quebec from 1960 to 1966. While Quebec wants decentralization, says Morin, Canadians in the rest of the country do not want to see their government weakened. Quebeckers, he argues, fundamentally see the ministers in Quebec City as making up their national government; other Canadians naturally look to Ottawa.

Charest's policy, indeed, takes as its starting point the very objectives to which Lesage was committed more than 40 years ago. Just as Lesage did then, Charest wants Ottawa to recognize the distinctiveness of Quebec and to reverse what he sees as the federal government's encroachment into provincial jurisdictions such as health care and education. Charest believes he can avoid the traps that ensnared Lesage and Bourassa. (Lesage's most dynamic minister, Lévesque, left to found the P.Q. And when Bourassa pushed for the Meech Lake Accord on the constitution in the 1980s, he saw the support for the P.Q.'s sovereignty option rise above 60%.) But Charest won't be given a free hand. Already the P.Q. is planning its next move. A few weeks ago, three former Cabinet ministers, François Legault, Joseph Facal and Jean-Pierre Charbonneau, suggested ways of reviving the party in letters to the Quebec newspapers. Charbonneau argued that Quebec must continue to move toward sovereignty, proof positive - if anyone ever doubted it - that the constitutional question isn't yet buried.

If he's wise, Charest will concentrate on the agenda with which he won power. That means reforming the health-care system, working toward liberalizing Quebec's high-tax economy and ensuring that vital trade disputes with the U.S. are settled. In New York City last week, Charest met with Governor George Pataki to discuss enhancing trade during a time of increased concerns about security and managed to lobby U.S. Secretary of State Colin Powell on the vexing question of softwood lumber. Without some resolution of the lumber dispute, Quebec's small mill towns-whose prospects are very different from those of booming Montreal-will continue their sad and inexorable decline.

Most analysts think the new man has got off to a promising start. Charest has already made key changes within the inner circle of the Liberals; one heavyweight, former house leader Pierre Paradis, was pointedly left out of the new Cabinet. Charest "came to the party from the outside and had to manage with an old guard within the Liberals," says Jack Jedwab, executive director of the Association for Canadian Studies in Montreal. "He's not cleaned the house, but he's changed the furniture tremendously."

And he's also looking ahead to a new leadership in Ottawa, one that may include Charest's old friend and current front runner for the Liberal leadership, Paul Martin. The two became close in 1991, when Charest was Environmental Minister and Martin was on the opposition bench. Charest, Martin told Time last week, "is going to play a very important role in the course of the next decade. His victory was not only a major win for Quebec, but also a major win for Canada. Rarely has Quebec had a premier with a deeper understanding of the nation."

Charest maintains that his agenda is not dependent on who holds the top job in Ottawa. But he does say - and he's right to do so - that life would be a lot easier if Quebec is at least willing to listen to what the federal government has to say. That doesn't mean he'll be anyone's pushover. "My experience is that if the Quebec government is at that table asserting leadership, then there is a real chance that things will happen," he says. Provided that table hasn't become too splintered, the Boy Wonder may yet deliver. - With reporting by Kevin Dougherty/Quebec City, Steven Frank/ Toronto, Linda Gyulai/Montreal and Stephen Handelman/New York




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"It's Been a Long Journey"

Charest's interview with TIME editors
Time (Édition canadienne) May 19, 2003


The Quebec premier visited New York City for talks with American officials last week and discussed his program over breakfast with Time editors. Excerpts:

TIME: Why do you think voters supported your platform, which stressed issues other than sovereignty?

Charest: People are saying, "This is not the No. 1 issue we want to deal with anymore. We've had our referendum in 1995. We've had this discussion. We want to set it aside. Not because it's not important, but because we're more concerned about other issues." I want this economy to work. I want to fix the health-care system. And we're going to launch one of the largest reviews of how government will work since the Quiet Revolution of the 1960s.

TIME: How do you ensure that constitutional issues stay off the radar screen?

Charest: We're going to have a very different approach, based on addressing issues of common interest with the rest of the country. It's not a Quebec agenda; it's an agenda shared by other governments. I've had discussions with other premiers, and we all agree that we have to have a better relationship with the federal government.

TIME: Do you ever foresee a day when constitutional questions will no longer be asked?

Charest: No. People come up to me and say, "One day we've got to solve this once and for all." I generally say to them, "Do you ever come down for breakfast in the morning and say to your spouse, `Honey, this morning's the morning. We are going to solve everything this morning. We'll never have a discussion after that'"? If we are going to live in a place where there are two languages and two cultures, I think we have to accept the fact that this is part of our lives. The debate will always be there. I wouldn't live anywhere else in the world.

TIME: How do you demonstrate to the U.S. that on a provincial level you're doing everything you can to secure the border?

Charest: We recognize that security now conditions the trade issue. We need to address these issues if we want trade to flourish. Our concern, of course, is the flow of traffic.

TIME: Do the provinces need to augment the federal government in its dealings with the U.S.?

Charest: I see this as a new trend in Canadian politics. I think the fact that Alberta would want to come down to Washington and make its case to Americans is something positive for Alberta, positive for Canada. It's an interesting evolution of our political dynamic. Alberta is discovering what Quebec has defended as a position since the 1960s.

TIME: Would you like to see Quebec be more aggressive in that regard?

Charest: Yes. Aggressive would not be a bad way to describe it, but in a positive way. I'm not going to rely on anyone else to represent Quebec.

TIME: There will probably be a new government in Ottawa in the next six to seven months. What do you think that's going to mean for Quebec?

Charest: We've been very careful to avoid an intervention in that debate. I don't want our position in Quebec to be conditioned by who sits in the Prime Minister's chair in Ottawa.

TIME: Do you expect a new attitude in Ottawa?

Charest: There will be change for sure. Mr. Chrétien was very much of Mr. Trudeau's school, and there will be a difference. Whoever it is, we will defend Quebec.

TIME: The Canadian government has openly not supported some U.S. policies of late. What do you make of that?

Charest: Quebec is different from the rest of the country in this respect. Because of the language issue, there are not some of the anxieties in regard to the American relationship that we've found elsewhere in Canada. French Quebeckers typically have a very friendly view of our American neighbors. Historically there has been a pacifist movement in Quebec, which is a reflection of our values and the fact that we're home to a number of people who came from all areas of the world. But this value is not anti-American.

TIME: The Canadian economy is firing on all cylinders. What's your economic agenda?

Charest: In Quebec, Montreal has done well. Quebec City has done a lot better in the past two years. But then you go to the outlying regions, and they have not done well at all.

TIME: Small towns largely based on natural resources?

Charest: Softwood lumber-that has had a major impact on the regions of Quebec. A lot of jobs have been lost. The problem is that we keep negotiating agreements that lead us inevitably to another round. We're hoping that this issue will be resolved. We've underperformed in regard to job growth, GDP growth. We haven't done as well as the rest of North America. We have the highest taxes in North America. We are committed to reducing taxes. But if you live in Quebec, you know by your experience that there is a different view of the world. If there's a place that was made for globalization, we're it.

TIME: Do you ever see yourself going back into federal politics?

Charest: No. I'm very happy doing what I'm doing. I have a solid mandate. It's been a very long journey to get here.




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ÉLIE WIESEL PRIX NOBEL DE LA PAIX ?

par Négovan RAJIC
Auteur de
« Les Hommes-taupes »,
« Une histoire de chiens »,
« Propos d'un vieux radoteur »,
« Sept roses pour une boulangère »,
«Vers l'autre rive. Adieu Belgrade»
Références:
Notice biographique
Vers l'autre rive. Adieu Belgrade
De Kaboul au Kosovo - L'Agora
TRIBUNE LIBRE mardi 20 mai 2003

Élie Wiesel, prix Nobel de la Paix en 1986, publiait dans San Francisco Chronicle le 12 mars 2003 un article appuyant la politique des États-Unis face à Saddam Hussein.

Dans cet article Wiesel déclare, à propos de la guerre en Irak, qu'en toute autre circonstance, il aurait sans doute rejoint les marcheurs de la paix. Quand on connaît les prises de position du Prix Nobel de la paix, dans des conflits antérieurs, on se demande quelles doivent être les circonstances d'une guerre pour que Wiesel rejoigne les marcheurs de la paix? Il suffit d'examiner ses attitudes dans des conflits récents pour douter de sa sincérité.

Ainsi, lors de la première guerre dans le Golf, Élie Wiesel brillait par son absence parmi les marcheurs de la paix. Pourtant, dans le même article, il se demande si la guerre n'est pas la cruauté absolue et la forme ultime de la violence. Enfin, à propos de la guerre en Afghanistan, Élie Wiesel se tait aussi bien à propos du massacre des prisonniers talibans que d'internement des survivants à la base de Guantanamo, privés de toute protection juridique et enfermés dans des cages, comme des fauves.

Même si, dans ces deux cas, l'intervention armée des États-Unis ait pu paraître en partie justifiée par l'invasion de Kuweit et le fanatisme des talibans, ce sont des conflits en Yougoslavie et la dernière guerre contre l'Irak qui avaient mis en lumière l'alignement inconditionnel d'Élie Wiesel sur la politique des États-Unis.

Dans l'article mentionné, Élie Wiesel affirme, en parfait accord avec le président Bush, que Saddam Hussein était un tyran impitoyable d'un État voyou, mais il oublie de rappeler que les États-Unis l'avait soutenu tant qu'il faisait la guerre contre l'Iran. Quant à l'épouvantail des armes prohibées dont Saddam aurait pu se servir, Wiesel croit à leur existence, car il croit à la parole de Colin Powell : "un homme d'un tel calibre ne risquerait pas sans raison son nom, sa carrière, son prestige, son passé, son honneur". On reste perplexe devant la crédibilité d'Élie Wiesel. Ou elle frise la jobardise ou elle est feinte. Dans ce dernier cas, Wiesel suppose, à tort, l'opinion publique capable d'avaler des pareilles couleuvres. Or, voici qu'un mois après la fin des hostilités, les troupes anglo-américaines n'ont pas trouvé la moindre trace de ces armes de destruction massive. Élie Wiesel, est-il pris de doutes, de remords d'avoir proféré un mensonge? La question ne se pose même pas. Le grand homme se terre dans le silence, car il compte sur notre amnésie.

Mais c'est probablement dans le conflit qui avait déchiré l'ex-Yougoslavie qu'apparaît le plus clairement l'ambiguïté d'Élie Wiesel, l'homme de la paix virtuelle et de la guerre réelle. Dans son article, il affirme que seule une intervention militaire avait pu mettre fin au bain du sang dans les Balkans. En effet, le 13 décembre 1995, Wiesel avait déclaré dans le bureau ovale de la Maison Blanche et en présence du président Clinton que l'envoi des troupes de maintien de la paix en Bosnie est un impératif moral. Fidèle à lui-même, il évoque la morale pour justifier les visées géostratégiques des États-Unis et d'Allemagne, des véritables maîtres d'oeuvre de cette guerre.

Il est impossible d'imaginer que Élie Wiesel ne le savait pas, lui qui fraie le gratin politique et intellectuel de son pays d'adoption. Si on doutait de cette réalité, il suffirait de relire les journaux européens de décembre 1991 pour se rappeler que dans la nuit du 17 au 18 décembre 1991, le ministre allemand des Affaires étrangères, Hans Dietrich Genscher, avait arraché à Rolland Dumas, ministre des Affaire étrangères de la France, la reconnaissance de la Slovénie et de la Croatie par les pays européens, ce qui a mis le feu aux poudres. L'armement de la Croatie par l'Allemagne réunifiée et des musulmans par des avions cargo américains atterrissant la nuit à l'aéroport de Tuzla, en dépit de l'embargo sur les armes proclamées par les Nations Unies, sont des secrets de polichinelle. Par la décomposition de la Yougoslavie, l'Allemagne avait enfin réalisé son vieux rêve de faire disparaître le dernier vestige du traité de Versailles.

Pour ce qui est de la guerre en Bosnie, tout se passait comme si, dans les esprits de certains dirigeants occidentaux, ce conflit se présenta comme une occasion unique de faire un deal avec le monde islamique : concluons la paix en Israël et en contre-partie vous aurez un État musulman en Bosnie. Comment expliquer autrement sa charge contre les Serbes dans son article du Time du 7 août 1995 et son soutien pour un fondamentaliste islamique tel que Alia Izetbegovitch, auteur de la fameuse Déclaration islamique qui prône l'incompatibilité d'un État laïque avec la charia ? Dans la politique, tous les accords se font sur le principe du donnant donnant, Hélène Carrère d'Encausse dixit. Elie Wiesel était le complice conscient de cette politique.

Toutes les sanctions économiques contre la Yougoslavie et les actions militaires contre les Serbes en Bosnie ont été justifiées par des prétendus massacres commis par les Serbes. Or nous disposons aujourd'hui des témoignages irrévocables prouvant qu'au moins deux de ces massacres étaient organisés par les musulmans. Le premier de ces massacres se produisit le 27 mai 1992 devant une boulangerie de la rue Vasa Miskin à Sarajevo. Le général canadien Lewis MacKenzie, le premier commandant des troupes des Nations Unies à Sarajevo, témoin privilégié, écrit à ce propos dans son livre The road to Sarajevo :

"La présidence bosniaque dénonce un bombardement serbe. Les Serbes parlent d'une charge explosive préparée à l'avance. Nos soldats (les Canadiens) disent qu'il y a un certain nombre de détails qui ne collent pas. La rue a été bloquée juste avant l'incident. Une fois la file d'attente formée, les médias bosniaques ont fait leur apparition, mais sont restés à distance avant de se ruer sur les lieux sitôt l'attaque terminée".

La première intervention militaire contre les Serbes de Bosnie s'était produite suite au massacre de la place de Marcalé, commis prétendument par les Serbes. D'après Le Nouvel Observateur du 31 août 1995, Édouard Balladur, premier ministre français, et les généraux français savaient très bien que ce massacre n'était pas l'oeuvre des Serbes, mais il a permis à l'Otan de sortir de ses atermoiements. Donc les Serbes ont été bombardés pour raison de commodité. Du moins Édouard Balladur a eu le courage de dire : "nul ne le conteste, pour gouverner, il arrive qu'il faille recourir à des procédés qui ont peu à voir avec la morale courante" (Les mots des politiques, Éditions Ramsay, 1996).

Élie Wiesel ne pouvait pas ignorer ces faits, comme il ne pouvait pas ignorer la mise en scène du massacre de Ratchak au Kosovo en 1999 car celui-ci avait servi de prétexte pour déclencher la guerre contre la Yougoslavie en mars de la même année, mais il continuait de se taire.

Ceci nous amène à poser la question si désormais le prix Nobel de la Paix ne devait pas être attribué à titre posthume. Le cas d'Élie Wiesel montre qu'un récipiendaire du prix Nobel de la paix peut de son vivant se métamorphoser en un partisan de la guerre.

Il est probable aussi que si les membres de l'Académie norvégienne s'étaient donné la peine de lire le livre de Wiesel Legends of our times, publié pour la première fois en 1968 chez Schocken Books, New York, ils auraient réfléchi deux fois avant de lui donner le prestigieux prix. Ils auraient pu y trouver notamment la phrase suivante: "Chaque Juif, quelque part dans son être, doit instaurer une zone de haine - une haine saine, une haine virile - pour tout ce que les Allemands personnifient et représentent. Faire autrement serait trahir les morts".

Sans doute, Élie Wiesel a souffert dans sa chair à Auschwitz et on peut comprendre qu'il ne porte pas les Allemands dans son coeur, mais de là à faire l'apologie de la haine de tout un peuple, il y a là quelque chose d'incompatible avec un homme qui aspire à être la conscience universelle. Et puis, qui peut le nier, la haine n'est-elle pas en dernière instance le désir de meurtre ?

À propos d'Élie Wiesel, on ne peut s'empêcher de penser à Primo Lévi, un autre juif rescapé du camp d'Auschwitz et qu'on est tenté de regarder comme l'antithèse de Wiesel. Il en est sur plusieurs plans. À sa libération il reprend son métier d'ingénieur chimiste et fuit les honneurs, les mondanités et surtout la fréquentations des puissants de ce monde. Dans sa volonté de comprendre, il ira jusqu'à établir le contact avec celui qui fut son chef au laboratoire de chimie à Auschwitz et seule la mort de cet homme l'empêchera de le rencontrer. Dans son oeuvre magistrale, en grande partie autobiographique, la haine d'Allemand est totalement absente. Lévi ne s'instaure pas en juge suprême du Bien et du Mal, comme le fait Wiesel qui s'approprie ainsi des attributs de Dieu. Pour un homme, qui se dit croyant, cette appropriation abusive laisse une impression de malaise. L'oeuvre de Lévi pose implicitement la question fondamentale: comment un univers concentrationnaire a-t-il pu éclore au pays de Goethe et de Beethoven ? C'est finalement la même question que Soljenitsyne pose pour la Russie, patrie de Dostoïevski et de Tchaïkovski.

Plus je réfléchis sur ces deux rescapés d'Auschwitz, plus mes préférences vont à Primo Lévi.




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EN RÉPONSE À MICHEL SEYMOUR
(Et à Guillaume Ducharme)

Les rhéteurs du souverainisme utopique

L'Académie de l'indépendance
TRIBUNE LIBRE mardi 20 mai 2003


Il faut parler de l'indépendance, en illustrer les mérites et les avantages mais il faut aussi donner la réplique aux "bricoleurs" du Canada de la "post-souveraineté", ceux qui, comme Michel Seymour, peuvent écrire des thèses sur le Canada du futur mais ne s'étendent jamais longtemps sur l'indépendance en tant que telle. Michel Seymour monte aux barricades afin de pourfendre toute velléité d'indépendance que pourrait exprimer une tête d'affiche du PQ. Son intervention est faite sous le sceau du "réalisme" et de la "continuité", toutes bonnes choses acceptables pour les Québécois, selon son dire, mais tout cela revient, à peu de choses près, au maintien du statu quo : ce qu'il propose n'est pas de nature à modifier le rapport de force actuel qui nous défavorise. L'"indépendance nationale" de Michel Seymour est une adaptation du concept d'indépendance par ceux qui ne veulent pas secouer leurs peurs, par ceux qui ont refoulé dans leur inconscient profond la catastrophe de la Conquête, l'annexion de 1840 (l'Acte d'union) et leur couronnement, la confédération actuelle. Or, l'indépendance est d'abord une libération de l'énergie des Québécois. C'est une libération de l'action et de la parole, choses absentes chez Michel Seymour. Il est difficile de percevoir un élément libérateur dans les propositions de Michel Seymour parce que son projet est façonné de manière à le rendre acceptable à la nation dominante, croit-il. Mais son bricolage constitutionnel a été refusé et il le sera derechef. Le Canada est prêt, imperturbable.

Michel Seymour est tellement absorbé par le ficelage d'un lien fédérateur avec le Canada, qu'il en oublie d'être à l'écoute de ce dernier dans le présent, dans le passé récent et dans un passé plus lointain. Michel Seymour est de ceux qui sont sourds et aveugles à l'histoire. Il croit réinventer la souveraineté à chaque livre qu'il écrit, mais pour les indépendantistes rien n'a changé. Entre les thèses des Seymour, Bouchard, Taylor, Venne, Beauchemin et autres, les indépendantistes préfèrent nettement s'appuyer sur un Maurice Séguin, largement ignoré mais demeuré insurpassé, ou s'en référer à un indépendantiste de la trempe d'un Marcel Chaput plutôt qu'aux rhéteurs du souverainisme utopique.

Jamais les indépendantistes ne s'associeront à quiconque prône le fédéralisme à deux en guise de souveraineté, car cette prétendue option est une fumisterie détachée de l'histoire objective des deux Canada. Ce fédéralisme à deux est radicalement opposé aux intérêts du Québec et ne pourra que conduire les autonomistes à une autre défaite et le Québec à sa suite. Nous rejetons toute forme de lien fédéral avec le Canada en prenant appui sur le fait qu'il n'y a absolument aucune tradition d'égalité entre les deux nations. Les fédérations à deux, pour peu qu'elles soient souhaitables et viables, se préparent par des années de bon voisinage entre nations qui se respectent mutuellement. Rien de tel ne caractérise la relation Québec-Canada. La taille respective de chacune des deux nations, le savoir-faire acquis par le Canada en matière d'exercice de la souveraineté, la tradition canadienne d'encadrer politiquement le Québec et de lui dicter sa conduite, la condescendance et le comportement de vainqueur du Canada à l'endroit du Québec, l'attitude de quémandeurs impénitents des Québécois qui réclament le fédéralisme à deux, tout cela prépare au maintien du rapport de subordination, peu importe la structure fédérale mise en place. D'ailleurs, pour toutes les raisons mentionnées plus haut, le Canada ne se redéfinira jamais à la demande du Québec. Si le passé est garant de l'avenir, et rien n'indique le contraire dans le contexte actuel, la subordination politique du Québec au Canada dans le cadre étroit des institutions communes que préconise Michel Seymour est garantie.

Pour notre part, nous refusons de nous abaisser à réclamer en solo, en l'absence d'interlocuteur intéressé, une redéfinition du Canada. Nous refusons de quémander notre place dans un Canada qui n'a jamais reconnu notre existence nationale. Nous refusons de noircir du papier à finasser des scénarios illusoires destinés à remplir la corbeille à papier.

La première étape vers l'indépendance est la libération mentale des Québécois de leur annexion par le rejet de tout lien de dépendance politique envers le Canada. Les indépendantistes et les Québécois doivent découvrir d'abord qu'ils peuvent avoir un destin en dehors du Canada. Le premier devoir des indépendantistes consiste à faire preuve d'indépendance d'esprit envers le pays fédérant qui nous prive de la liberté politique collective, c'est-à-dire de notre droit de nous gouverner nous-mêmes et d'agir par nous-mêmes collectivement. C'est le point de départ de l'indépendance.

Les indépendantistes et les Québécois doivent s'élever contre la petitesse traditionnelle de nos élites universitaires, ceux qui exercent le métier de penser mais dont la pensée bloque à l'idée que le Québec puisse avoir un destin en dehors du Canada.

L'Académie de l'indépendance et
Gilles Verrier
Bruno Deshaies
Marcel Vaive
Suzanne Lachance
Pierre Daviau
Hugo Saint-Hilaire
Raymond Savard
Marie-Mance Vallée
Nestor Turcotte
Bruno Vallée
Jean-Luc Dion
Jean-François Vallée