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| ACTUALITÉ
Les Patriotes du PLQ
Michel David
LE DEVOIR jeudi 22 mai 2003
En mars 2001, Benoît Pelletier avait fait une sortie très remarquée au conseil général du PLQ, réuni à Trois-Rivières. Le député de Chapleau en avait assez de voir le nouveau premier ministre, Bernard Landry, se draper dans le fleurdelisé. Il tenait à ce qu'on sache que le Québec était également sa «patrie».
«Il est important que les libéraux rappellent à tous que le drapeau québécois ne veut pas dire "Parti québécois". C'est un symbole auquel on tient», avait dit le futur ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes. Très bien, mais l'effet le plus immédiat des élections du 14 avril dernier a été la réapparition du drapeau canadien à l'Assemblée nationale après neuf ans d'absence.
M. Landry reproche à Jean Charest d'avoir commis une erreur d'interprétation historique en refusant de participer aux célébrations de la première Journée nationale des Patriotes, lundi. Selon lui, son successeur a oublié que le Parti rouge d'Antoine-Aimé Dorion, ancêtre du PLQ, était l'héritier du Parti patriote de Louis-Joseph Papineau.
En réalité, le PLQ de Jean Charest descend plutôt d'un groupe dissident du Parti patriote, plus modéré, qu'animait Étienne Parent. Au risque de pécher par anachronisme, on pourrait dire que ces «mous» avaient déjà une conception sociologique de la nation, tandis que le nationalisme de Papineau comportait une forte dimension politique.
Dans l'arbre généalogique du PLQ qu'il a annexé à son essai intitulé Les valeurs libérales et le Québec moderne, rédigé à la demande de M. Charest, Claude Ryan établit une filiation plus directe avec le Parti réformiste de Louis-Hippolyte LaFontaine, lui-même issu de la branche modérée, qu'avec les radicaux de Dorion, qui s'opposaient au projet de fédération canadienne, lui préférant une forme de souveraineté-association.
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Il est vrai que la lutte des Patriotes en faveur de la responsabilité ministérielle était indissociable du combat pour l'émancipation nationale des Canadiens français, qui a clairement débouché sur un mouvement en faveur de l'indépendance, brutalement réprimé par l'occupant britannique.
En 1987, ça n'avait pourtant pas empêché le même Claude Ryan, alors ministre de l'Éducation dans le gouvernement Bourassa, de «rendre hommage aux Patriotes pour leur apport majeur et indéniable au progrès de la démocratie politique et du gouvernement responsable sur le territoire du Québec».
En rappelant ces propos de M. Ryan, le PQ de Montréal-Centre n'a pas manqué de comparer ce «souci de mémoire» au silence de Jean Charest, qui confirme à ses yeux «son peu d'intérêt pour les droits démocratiques et collectifs du peuple québécois».
Faut-il vraiment s'étonner ? En mars 2001, le chef du PLQ n'avait pas fait le moindre écho à l'appel de Benoît Pelletier, qui l'avait plus embarrassé qu'autre chose. C'est tout juste s'il n'avait pas rabroué son député, qui avait déjà bien du mal à l'intéresser aux travaux du comité qu'il présidait sur la question constitutionnelle.
Bien sûr, on ne demandait pas au premier ministre de participer au défilé, d'ailleurs bien modeste, dans les rues de Montréal, auquel le Mouvement national de libération du Québec (MLNQ) de Raymond Villeneuve avait annoncé sa participation.
Contrairement à la Fête nationale, qui a su se faire rassembleuse, la fête des Patriotes, autrefois célébrée en novembre, est demeurée l'affaire des souverainistes, pour ne pas dire des «purs et durs». L'année même où M. Ryan leur avait rendu hommage, le député péquiste Jean-Pierre Charbonneau avait été hué et qualifié de «traître» à Saint-Denis-sur-Richelieu, dans son propre comté de Verchères, parce qu'on le jugeait trop tiède sur la souveraineté.
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M. Charest a tenté de justifier sa discrétion en expliquant qu'il ne voulait pas tomber dans le piège de la récupération politique. Évidemment, en abandonnant tout le terrain à l'adversaire, on ne risque pas de récupérer quoi que ce soit.
«Je ne suis pas sûr que je me serais reconnu dans certains discours qui ont été prononcés», a-t-il dit. Raison de plus pour donner sa propre interprétation de la contribution des Patriotes. Si besoin était, M. Ryan se serait sûrement fait un plaisir de lui rédiger un communiqué de presse.
M. Charest aurait aussi pu demander à son ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes d'y aller d'une petite déclaration. Après tout, c'est M. Pelletier qui insistait sur la nécessité pour les libéraux de «se réapproprier» la symbolique nationaliste.
On ne peut pas dire que M. Charest ait abusé de ce côté-là. Dans un ultime appel aux électeurs souverainistes, à la toute veille des élections du 14 avril, M. Charest a concédé que le Québec formait une nation. Soyons juste : ce n'était pas la première fois, mais c'est si peu fréquent qu'on sent le besoin de le souligner à chaque occasion.
M. Landry n'a pas tort de trouver que son successeur a parfois une vision assez singulière de notre histoire. Ainsi, en 1998, M. Charest déclarait : «Nous avons réussi à préserver notre langue et notre culture parce que nos voisins des autres provinces canadiennes étaient des alliés, des amis, et non pas des étrangers.» À l'entendre, le rapport Durham était un simple «accident de parcours».
Si c'est vraiment ce qu'il croit, on comprend que le combat des Patriotes ne l'exalte pas outre mesure. Dans son propre intérêt, il devrait au moins faire semblant. Ce serait une erreur de conclure des résultats du 14 avril que les francophones ont perdu toute méfiance à son endroit. Dans les circonstances, on pouvait s'attendre à ce que les électeurs de Champlain votent «du bon bord» à l'élection partielle de mardi. La victoire-surprise du PQ a valeur d'avertissement.
mdavid@ledevoir.com
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Charest needs to develop nationalist reflexes
DON MACPHERSON
The Gazette Thursday, May 22, 2003
Don't be deceived by the Liberals' comfortable parliamentary majority of 76 out of the 125 seats in the National Assembly.
Last month's general election was decided in 25 ridings carried by the Liberals by less than 10 per cent of the valid vote in each. In 22 of those constituencies, at least 90 per cent of the voters are French-speaking.
Take away those paper-thin pluralities in overwhelmingly francophone ridings, and the Liberals would lose their parliamentary majority.
So it's clear the Liberals need to shore up their shaky support in French Quebec. And one way for the Liberal government to connect with francophones is for it to become more nationalist.
That's not so easy for the federalist Liberals, who must reconcile their defence of the interests of a political minority in Canada and a cultural minority in North America with that of Canada. Their nationalism needs to resemble Goldilocks's taste in porridge: not too hot, not too cold, just right.
The "knife-at-the-throat" strategy of trying to extort concessions from the rest of Canada with the threat of separation is too hot. It would be counterproductive in the rest of Canada, which is tired of feeling extorted by Quebec. And it would give the sovereignists the issue they so desperately need by justifying secession as an appropriate response to the rejection of Quebec's proposals.
This was the lesson of the last round of constitutional negotiations, one that Benoît Pelletier, the new Liberal minister of Canadian intergovernmental affairs, appeared to have learned. The Liberal policy on federal-provincial relations, of which Pelletier is the architect, avoids calling for another high-risk "Quebec round" of constitutional reform. Instead, it proposes low-key, administrative improvements in the way federalism functions that would benefit other provinces as well as Quebec.
But in recent interviews, Pelletier shows signs of backing up this quiet diplomacy with some sabre rattling, saying that if he fails in his efforts to improve the functioning of federalism, it will strengthen the sovereignists.
This will be true, however, only if federalists repeat their past error of doing the sovereignists' work for them by telling not only the rest of Canada but Quebecers themselves that it's our way or the highway.
By not heeding Pelletier's advice in another area, however, Premier Jean Charest has again shown that his nationalism is too cold. It was Pelletier who said two years ago that the Liberal Party needs to reappropriate some of the symbols and language of Quebec nationalism from the Parti Québécois, such as the provincial flag and the definition of Quebec as a "nation."
But nationalism still seems to fall into a blind spot for Charest and his advisers. His government unaccountably failed to mark the first Journée nationale des patriotes, as the former PQ government renamed the holiday formerly known in Quebec as the Fête de Dollard des Ormeaux and still celebrated in English Canada as Victoria Day.
Charest would have had to be looking for another pie in the face, or worse, to have shown up at holiday events dominated by FLQ sympathizers and other sovereignist partisans. And at a time when the government is working on deep budget cuts to cover a $4.3-billion shortfall left by Bernard Landry's administration, it can justify cancelling the PQ's $200,000 publicity campaign drawing attention to the holiday's new name.
But Landry drew attention to the fact that the premier's office didn't so much as issue a communiqué to mark "Pats' Day" (not to be confused with St. Paddy's Day). Charest's excuse for ignoring the holiday is that sovereignists had turned it into a partisan event.
Of course, they did. That's why Landry renamed the holiday in the first place. And Charest made it easier for them by conceding the holiday to them and letting their interpretation of the Lower Canada Rebellions of 1837 and 1838, which inspired the new name, go unchallenged.
Even some anglophones wonder what Charest was thinking when, as a new provincial federalist leader who needed to establish himself as a nationalist, he bought a house in rich, anglo Westmount, where he still lives.
Three years later, Charest and his advisers still need to develop nationalist reflexes.
dmacpher@thegazette.canwest.com
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| Visite Raffarin au Québec et au Canada
La France contre-attaque Le Canada est de plus en plus perçu comme une porte d'entrée nord-américaine
Pierre Couture
Le Soleil jeudi 22 mai 2003
Plus de 750 PME représentées par plus de 1150 gens d'affaires en provenance de plus de 20 pays sont à Québec jusqu'à demain à Futurallia 2003. Dans le cadre de cet événement international, LE SOLEIL aborde aujourd'hui les relations commerciales France-Canada.
Les investisseurs français ont le vent dans les voiles. La force de leur monnaie commune et l'ouverture du continent nord-américain les poussent de plus en plus à venir brasser des affaires au pays.
" C'est un fait, le tissu capitalistique entre la France et le Canada se renforce de jour en jour ", lance Jean-Marie Bergman, directeur de la Chambre de commerce française au Canada.
Les chiffres ne mentent pas. Les acquisitions françaises d'entreprises canadiennes survenues au cours des dernières années ont enrichi rapidement le portefeuille d'investissements français.
Des géants canadiens comme Seagram, Newbridge et Westburne ont tour à tour été absorbés récemment par des multinationales françaises.
Les investissements français au pays sont ainsi passés de 7 milliards $ en 1999 à plus de 32 milliards $ l'an dernier, selon Statistique Canada.
Autre particularité, les entreprises françaises exportent davantage de biens au Canada qu'ils en importent chez eux. En 2002, la valeur des exportations s'élevait à 5,8 milliards $ par rapport à des importations se chiffrant à près de 2 milliards $.
Le Québec
Évidemment, et ce pour des raisons historiques, le Québec s'accapare une bonne partie de ces échanges commerciaux. L'an dernier, pendant que les entreprises québécoises exportaient pour 938 millions $ de produits vers l'Hexagone, leurs vis-à-vis en importaient pour 2,3 milliards $ sur le territoire québécois.
À cela, il faut bien sûr ajouter les multinationales d'origine française solidement implantées au Québec. Danone, L'Oréal, Ubisoft, Axa, Pechinay, Air Liquide et Alstom n'en sont que des exemples frappants.
C'est d'ailleurs un créneau que la Fédération des chambres de commerce du Québec entend exploiter au cours des prochaines années auprès des entreprises françaises : le Québec comme porte d'entrée des États-Unis.
Fière d'un protocole d'entente avec l'Assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie signé en 1997, l'organisme regroupant plus de 50 000 membres souhaite d'ailleurs augmenter les échanges et surtout faciliter la venue d'entreprises françaises en sol québécois.
" Le message est clair, soutient Serge Audet, vice-président de la Fédération, on veut que les entreprises françaises perçoivent le Québec comme un passage obligé vers la réussite des affaires aux États-Unis. Et nous pouvons les aider. "
Comment ? " D'abord par notre langue commune, mais aussi par notre connaissance de ce gros continent renfermant près de 300 millions de consommateurs qu'est l'Amérique du Nord. "
Ouverture
Le président de la Chambre des entrepreneurs régionale de Québec, Normand Lessard, note de son côté une ouverture de plus en plus soudaine des entrepreneurs québécois envers l'Europe.
" Avec les événements du 11 septembre, la crise du bois-d'oeuvre et la montée du protectionnisme américain, les entrepreneurs québécois réalisent qu'ils doivent diversifier davantage leurs exportations afin de ne pas se retrouver le bec à l'eau. Les gens comprennent qu'il y a surtout une limite à exporter au même endroit ", dit-il.
Selon M. Lessard, les entreprises québécoises, dont 85 % des exportations vont directement aux États-Unis, seraient maintenant mûres pour de nouveaux horizons.
" N'oublions pas que la France se veut une fabuleuse porte d'entrée pour l'Union européenne. Et cette Union européenne, c'est rien de moins que 350 millions $ de consommateurs ", fait-il valoir.
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La balle est dans le camp de Charest
Christian Rioux
Le Devoir jeudi 22 mai 2003
Perspectives Paris - Lorsque Jean Charest rencontrera Jean-Pierre Raffarin aujourd'hui, le premier ministre français ne sera probablement pas fâché d'être loin de Paris. Il aura en effet évité une des plus importantes journées de grève de ces deux dernières semaines alors que les enseignants annoncent aujourd'hui un débrayage général contre la décentralisation dans l'éducation. Mais il se pourrait aussi que le pire soit encore à venir puisque les employés des transports publics, qui en ont contre la réforme des retraites, se proposent de remettre ça lundi prochain, dès le retour du premier ministre.
Qu'on se le dise, il faut vraiment que Jean-Pierre Raffarin ait le goût du Québec pour ne pas avoir annulé son voyage alors que la France connaît son plus fort mouvement de grèves depuis la célèbre année 1995. Sans la relation privilégiée qui unit les deux pays, nul doute que cette visite aurait été reportée pour cas de force majeure. Le ministre de l'Éducation, Luc Ferry, a d'ailleurs dû s'y résoudre à la dernière minute.
Le contexte de cette visite démontre hors de tout doute l'importance que l'actuel gouvernement français attache à sa relation avec le Québec. L'imposante délégation qui accompagne Jean-Pierre Raffarin (trois ministres) devrait achever de convaincre les sceptiques que le nouveau gouvernement français met le Québec nettement plus haut dans ses priorités que le précédent.
Jean-Pierre Raffarin est un des rares premiers ministres français à avoir souvent visité le Québec avant sa nomination. Il est un habitué des rencontres Futurallia, qui regroupent plus de 800 petites et moyennes entreprises.
C'est que Jean-Pierre Raffarin prend un malin plaisir à ne pas faire partie du jet set parisien pour qui, sans qu'on comprenne toujours pourquoi, le Québec a souvent un petit côté «ringard». L'ancien président de la région du Poitou-Charentes s'est fait, au contraire, le hérault de la «France d'en bas».
Fait rare dans la patrie du jacobinisme, il a un faible pour les régions, généralement plus ouvertes que la capitale à tout ce qui vient du Québec (comme en témoignent nos relations avec la région de Rhône-Alpes). Son intérêt pour la francophonie et la diversité culturelle l'amène aussi tout naturellement à s'intéresser à ces six millions de francophones qui vivent sur le continent nord-américain.
Bien sûr, l'intérêt que la France nous porte n'est pas exempt de considérations stratégiques. À l'aube du G8 d'Évian et alors que le pays est l'objet de sourdes représailles de la part des États-Unis à cause de sa position sur la guerre en Irak, il serait ridicule de négliger l'allié canadien. Le Québec est probablement, avec les pays arabes, la région du monde où l'opposition française à la guerre en Irak a été la plus populaire.
Difficile aussi de ne pas remarquer que les soudains voyages de Jean-Pierre Raffarin à l'étranger (comme son récent séjour en Chine) visent à donner de lui l'image d'un homme d'État. Déjà usé par plus d'un an au pouvoir, le premier ministre n'est pas du tout assuré de terminer une seconde année à Matignon. Un voyage chez les cousins québécois ne peut pas faire de tort.
Personne ne devrait cependant douter de l'intérêt que porte Jean-Pierre Raffarin à un pays où les citoyens ont appris à faire des réformes douloureuses sans pour autant se braquer les uns contre les autres. Ce libéral, une variété assez rare en France, sait que le Québec est généralement loin devant la France dans tout ce qui concerne l'emploi, la création d'entreprises, les relations de travail et la décentralisation.
On aurait tort de limiter cet intérêt aux seuls domaines économiques. Depuis deux ans, dans toutes les organisations internationales, la France s'est faite la championne du combat pour la ratification d'un traité sur la diversité culturelle. Les ministres français savent le rôle essentiel joué par le Québec (avec le Canada) pour convaincre l'Hexagone de peser de tout son poids dans ce domaine. S'il est un combat politique, c'est bien celui-là.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce regain d'intérêt, côté français, n'a donc rien à voir avec l'élection d'un gouvernement fédéraliste à Québec. Il y a longtemps que le Quai d'Orsay a compris les subtilités du bras de fer qui oppose régulièrement Ottawa à Québec dans leur relation avec Paris.
À l'échelle Richter de ce qui irrite la France, nos débats constitutionnels ne pèsent pas lourd. Bref, la politique française ne serait guère différente si le Parti québécois avait été réélu le mois dernier.
Plus généralement, il ne faudrait pas non plus déduire que les Français ont conclu de la dernière élection québécoise que l'idée souverainiste est morte. C'est le genre d'erreur qu'ils commettaient dans les années 70 et 80. Avec les années, ils ont appris à ne plus sauter si vite aux conclusions.
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L'ironie veut pourtant que la France ait un gouvernement extrêmement favorable au Québec alors même que les Québécois viennent d'en élire un qui n'a pas encore démontré le même intérêt.
À quelques jours de l'arrivée de Jean-Pierre Raffarin au Québec, le gouvernement de Jean Charest choisissait d'envoyer un tout autre message en ne dépêchant pas sa ministre de la Culture, Line Beauchamp, à Cannes alors que le cinéma québécois y est à l'honneur comme il ne l'a pas été depuis plus de dix ans.
Que dirait-on d'un p.-d.g. de Bombardier qui bouderait le salon aéronautique du Bourget l'année ou le Challenger enregistre ses meilleures ventes?
En diplomatie comme en politique, les plus petites décisions ont un sens.
Le geste de Line Beauchamp laisse malheureusement entendre que la France n'est plus une priorité aujourd'hui à Québec. C'est du moins ce qu'auront compris tous ceux qui suivent de près l'évolution des relations France-Québec. Ceux là savent aussi que le Festival de Cannes s'est ouvert sur une importante réunion des ministres européens de la Culture sur le thème de la diversité culturelle. Une rencontre qui aurait dû préoccuper au plus haut point le gouvernement québécois.
Demandez aux Québécois qui fréquentent assidûment l'Hexagone, ils vous diront que l'arrivée à Cannes des Invasions barbares n'est pas un hasard. Ils ajouteront probablement que rarement les conditions d'une forte présence québécoise dans les domaines culturel, politique et économique ont été réunies de la sorte.
Reste à savoir si, au-delà des appels convenus à «donner un nouveau souffle» et à «relancer la coopération», Jean Charest est déterminé à saisir cette chance. En d'autres mots, la balle est plus que jamais dans le camp québécois.
Christian Rioux est correspondant du Devoir à Paris.
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Les deux visites de Jean-Pierre Raffarin
Michel Vastel
Le Soleil jeudi 22 mai 2003
Chronique politique - Le premier ministre de la République française s'amuse beaucoup de la surprise de ses compatriotes lorsqu'il leur présente des amis québécois. "Vous faites asseoir l'ami québécois à votre table et vous êtes, pendant les cinq premières minutes, convaincu qu'il est français. Et au bout de cinq minutes, vous vous apercevez qu'il est américain."
Jean-Pierre Raffarin fait assez souvent cette remarque pour qu'on se permette un peu d'exégèse. Il aurait pu dire qu'après quelques minutes de conversation avec un Québécois, il s'aperçoit qu'il est "canadien". Cela évoquerait les pirouettes identitaires de nos bien-pensants qui, selon leurs allégeances, nous assurent qu'ils sont "Canadian first et Québécois ensuite ". Ou l'inverse...
La distinction n'est pas seulement subtile. Elle vient d'un politique pour qui les expériences fédérales ne gomment pas les identités nationales. Dans un petit livre récent - La France de mai - que monsieur Raffarin a écrit avec un journaliste du magazine L'Express, voici ce qu'il répond lorsqu'on lui demande s'il existe "un peuple européen". Lisez ses propos en substituant le mot "canadien" à l'européen...
" Nous nous sommes entre-déchirés, entre-tués, les tensions ont été multiples, notre géographie est très diverse, donc rien ne nous pousse spontanément les uns vers les autres (...) La culture européenne [ou canadienne ?] n'est pas celle qui nous rapproche forcément, elle ne constitue pas en tant que telle une identité d'avenir. C'est l'exigence de survie au niveau planétaire qui nous amène à nous rapprocher. Je ne crois pas que les peuples, la culture, les infrastructures conduisent à la construction européenne, seules y parviennent la politique et la volonté d'équilibrer le monde... "
J'en entends certains protester contre cette idée - audacieuse j'en conviens - de récupérer les propos de Jean-Pierre Raffarin sur l'Europe et de les adapter à l'espace canadien. Mais il y a un réalisme chez le politicien français qu'on aimerait retrouver chez ses collègues canadiens, en particulier chez Jean Chrétien et ses thuriféraires dont il est l'hôte depuis hier après-midi. Paraphrasant Raffarin, je pourrais ajouter : " C'est parce que le Canada a été désespérant qu'il faut le faire. "
À ceux qui me trouvent bien sémantique ce matin, je conseillerais de lire attentivement le programme officiel des DEUX visites du premier ministre de la République française au Canada ET au Québec. Pour se sortir de ses embarrassantes relations transatlantiques, la France a réinventé la géométrie et remplacé le triangle par deux parallèles qui ne se rencontrent jamais.
Rappelons-le tout de même : rien n'expliquerait cette visite à Ottawa sans l'insistance du gouvernement fédéral à s'imposer, telle une belle-mère, dans une relation bilatérale et que leurs gouvernements voulaient directe, entre la France et le Québec. Avec le temps, l'escale outaouaise, d'abord courtoisie, est devenue la règle.
[En passant, on souligne volontiers que les deux seules " entités " qui jouissent d'un statut diplomatique particulier à Paris sont l'Administration palestinienne et le gouvernement du Québec. Là encore, avec le temps, aucun dirigeant français, ni étranger, n'oserait visiter la Palestine sans faire une escale obligée en Israël !]
Les contorsions des protocoles sont savoureuses. Celles du ministère des Affaires étrangères du Canada en particulier. La " visite au Canada " du premier ministre et de madame Anne-Marie Raffarin commençait hier à 16 h 15, et se termine aujourd'hui à 15 h 30. Mais elle ne sera pas encore tout à fait terminée. Elle reprendra en effet à 19 h samedi, au moment du départ de l'aéroport international de Montréal. Entre deux, pendant 52 heures et 30 minutes, que fait donc le couple Raffarin ?
Bien sûr qu'il est en visite officielle au Québec puisqu'il sera l'hôte, jeudi soir, d'un " dîner d'État " offert par Jean Charest et son épouse alors qu'à Ottawa, hier soir, il était l'hôte d'un simple " dîner ". Les mots comptent en langage diplomatique ! La visite du Premier ministre de la République française en est donc une de travail à Ottawa, et à Québec elle revêt un caractère " officiel ", en autant que le Québec puisse se permettre d'aller aussi loin. C'est pour cela que Jean Charest prendra congé de M. Raffarin dans l'après-midi de samedi et que le soir, au moment d'embarquer dans son avion, il sera salué par un ministre du Canada !
Ces contorsions protocolaires n'intéressent plus grand monde maintenant. Non seulement parce que l'irremplaçable Louise Beaudoin a quitté le ministère des Relations internationales, mais aussi - il faut le souligner - parce qu'un climat de coopération exemplaire s'est installé à Paris entre l'ambassadeur du Canada, Raymond Chrétien, et le délégué général du Québec, Clément Duhaime. M. Chrétien sera d'ailleurs invité à certaines activités à Québec... Même si M. Duhaime n'a pas droit à autant de courtoisie à Ottawa. Passons !
Pour reprendre le mot de Valery Giscard d'Estaing, le mentor politique de Jean-Pierre Raffarin, " la non-ingérence dans la non-indifférence " ne doit pas tourner à " la détente dans l'insouciance ". Ottawa n'a pas renoncé à retirer toute signification aux relations privilégiées entre la France et le Québec. Il n'y a pas si longtemps que le candidat au poste de chef du gouvernement canadien, John Manley, conseillait au Québec de fermer ses délégations à l'étranger... Du gaspillage ! pensait-il.
Ce n'est pas du tout dans l'intention de Jean Charest, mais la vigilance s'impose tout de même. À Ottawa, Jean-Pierre Raffarin sera en position de demandeur - notamment pour un contrat militaire important auquel il semble tenir. Le Québec n'a rien d'aussi concret à offrir. Il faudra voir en particulier si le gouvernement français est toujours soucieux d'assurer au Québec un rôle de premier plan dans le projet Futurallia auquel Jean-Pierre Raffarin et son épouse ont voué un intérêt tout particulier.
Le Québec n'aurait rien à gagner à laisser Futurallia devenir une sorte de " Team Canada-France "...
MVastel@lesoleil.com
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Raffarin fait l'éloge du Canada
Gilles Toupin
La Presse jeudi 22 mai 2003
Ottawa - Le premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, a entamé sa visite officielle d'un peu plus de trois jours en faisant l'éloge du Canada, hier soir lors d'un dîner en son honneur, pour la position courageuse que le gouvernement Chrétien a pris lors de la guerre en Irak.
En présence de l'ambassadeur des États-Unis, Paul Cellucci, au nombre des nombreux invités, le premier ministre français a tenu des propos qui ne faisaient aucun doute quant à leur destinataire.
Parlant de la complexité du monde actuel, des foyers de crise, des zones de tensions, des risques de natures très diverses, du terrorisme, de la prolifération et de l'accroissement des inégalités, M. Raffarin a déclaré qu'il se réjouissait, "dans ce contexte difficile", que "la France et le Canada fassent la même analyse".
"Nos deux pays, a-t-il dit, parce qu'ils ont le sens de l'histoire, se méfient de toute réponse trop simple et trop hâtive."
Ottawa et Paris ont en effet rejeté, malgré les pressions américaines, toute action contre l'Irak hors du cadre légal du droit international incarné par les Nations unies.
Le premier ministre Jean Chrétien, qui a pris la parole avant son invité, a d'ailleurs fait allusion à ce différend entre Washington et Paris. "Pour le Canada, a-t-il affirmé, il n'y a pas de dérive inéluctable entre les deux continents. L'un se nourrit de l'autre. Les tensions récentes entre les États-Unis et l'Europe ne doivent pas occulter l'essentiel: nous sommes plus que des alliés, nous sommes les héritiers d'un idéal démocratique. Affaiblir le lien transatlantique signifierait le déclin de cet idéal."
M. Chrétien a souligné la nécessité de "rétablir le climat traditionnel de confiance et de coopération entre les deux continents, qui a tant contribué au bien-être et à l'avancement de l'humanité", une mission à laquelle le premier ministre canadien entend bien participer lors du prochain sommet du G8 à Évian, en France, du 1er au 3 juin.
Parmi les invités de marque présents sous la coupole du Musée des beaux-arts du Canada hier soir, on pouvait remarquer l'ambassadeur du Canada en France, Raymond Chrétien, l'ancien premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, les ministres Stéphane Dion et Pierre Pettigrew, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, et des gens issus du monde des affaires et de celui des arts, tels Pierre Karl Péladeau et Julie Snyder.
Le premier ministre français a salué avec humour le mérite de chacun d'être là "quand les Sénateurs affrontent les Devils". "Je ne me mêle pas de sport et je ne veux pas faire d'erreur diplomatique, a-t-il lancé, mais je suis un ancien sénateur..."
Jean-Pierre Raffarin a aussi créé un certain émoi au sein de l'assistance lorsqu'il a émis le voeu que la "belle capitale" d'Ottawa "soit un jour déclarée ville bilingue".
Mais le coeur de son intervention a porté sur la nécessité pour les nations d'appuyer leurs actions "sur un ordre international fondé sur la primauté du droit" et sur la recherche de "solutions de nature politique".
M. Raffarin a insisté sur l'attachement du Canada et de la France à une "certaine éthique du développement". "Pour nous, les principes tels que la diversité culturelle, le développement durable, la protection de l'environnement, la nécessité d'une norme juridique et d'une justice internationale, l'impératif d'une vision multipolaire, la francophonie, tout cela participe de la même vision du monde. Tout cela constitue les éléments d'une seule et même éthique qui rassemble nos deux pays."
"Le peuple français, a ajouté le premier ministre Raffarin, a apprécié les décisions courageuses" du Canada, telles la ratification du protocole de Kyoto et les efforts déployés par Ottawa pour que naisse le Tribunal pénal international.
Le chef du gouvernement français a aussi assuré Jean Chrétien hier que la France "aura à coeur de convaincre ses partenaires du G8 de poursuivre ce que le Canada a engagé à Kananaskis en faveur de l'Afrique". M. Raffarin a affirmé que la France ferait du sommet d'Évian le prolongement de celui de Kananaskis où l'aide au développement de l'Afrique a été une priorité.
Enfin, le premier ministre français n'a pas manqué de constater "avec émerveillement et admiration" la longévité exceptionnelle de Jean Chrétien en politique. "Je suis aussi venu chercher ici quelques exemples", a-t-il avoué, soulignant les réformes de M. Chrétien dans le domaine de l'assainissement des finances publiques.
MM. Raffarin et Chrétien prennent le petit-déjeuner ensemble ce matin au 24, Sussex avant de poursuivre leur séance de travail au Parlement. À midi, le premier ministre français reçoit M. Chrétien à déjeuner à l'ambassade de France.
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Chrétien veut faire du Canada un exemple pour la France
Isabelle Rodrigue
PC Le Devoir jeudi 22 mai 2003
Ottawa - Alors que de nombreux pays font face à des situations économiques difficiles, le premier ministre Jean Chrétien se réjouit de pouvoir vanter les mérites des performances et des réformes du Canada lors de sa dernière participation à une réunion du G8, un sujet qui sera aussi abordé avec le premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, arrivé hier à Ottawa.
«La situation économique est très compliquée dans le monde», a déclaré M. Chrétien, en entrevue au réseau de télévision RDI, confirmant que le G8 sera essentiellement économique. Il se faisait du coup l'écho du président français Jacques Chirac qui disait espérer, hier, que la rencontre qui se tiendra à Évian au début du mois de juin permette de relancer l'économie mondiale.
Le premier ministre Chrétien cite par exemple les problèmes que vivent les États-Unis, la France ou l'Allemagne, où les ralentissements économiques s'étirent et créent des maux de tête aux gouvernements, aux prises avec de lourds déficits budgétaires.
«C'est le temps de comparer nos notes économiques [...] Pour moi, représentant le Canada, nous nous trouvons dans une très bonne position parce que nous sommes ceux du G8 qui avons la meilleure performance», a-t-il poursuivi, visiblement satisfait de pouvoir vanter ses réalisations introduites depuis 1993. L'atteinte du déficit zéro, la cure d'amaigrissement imposée à la fonction publique et aux dépenses fédérales font partie des réussites canadiennes qui font l'envie de nombreux pays.
La «bonne position» à laquelle Jean Chrétien fait référence sera également au centre des discussions qui se sont amorcées hier avec le premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin. Ce dernier est arrivé à Ottawa hier pour une visite officielle de quatre jours.
Outre des discussions portant sur des questions internationales, M. Raffarin s'intéressera de près à la façon dont le gouvernement fédéral a piloté sa lutte au déficit et ses réformes au sein de l'administration publique.
Le premier ministre de France tente, non sans susciter la grogne, de réformer les caisses de retraite et le système national d'éducation. Des grèves imposantes des employés de la fonction publique ont complètement paralysé l'Hexagone. À sa descente de l'avion, M. Raffarin a d'ailleurs immédiatement salué «le courage des réformes» effectuées par le gouvernement Chrétien.
«Il a envoyé deux ministres au cours des dernières semaines pour constater comment nous avons pu gérer nos programmes et équilibrer les budgets», a noté M. Chrétien, lors d'un point de presse hier matin.
M. Chrétien et M. Raffarin ont dîné ensemble hier soir et doivent poursuivre leurs entretiens ce matin. On s'attend à ce qu'ils signent des ententes de coopération dans le domaine de la jeunesse. M. Raffarin doit quitter la capitale fédérale, cet après-midi, à destination de Québec.
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Raffarin et Chrétien plaident en faveur du multilatéralisme
Isabelle Rodrigue
PC Le Devoir jeudi 22 mai 2003
Ottawa - Le Canada et la France ont fait équipe, hier soir, pour mettre en échec les États-Unis et tous ceux qui veulent tourner le dos au multilatéralisme international.
Le premier ministre canadien, Jean Chrétien, et son homologue français, Jean-Pierre Raffarin, ont mis l'accent sur l'importance des liens transatlantiques entre les deux pays et les valeurs communes qu'ils partagent. Les deux hommes ont tenu ces propos lors d'un dîner marquant le début de la visite officielle de quatre jours du premier ministre de France au Canada.
M. Chrétien a rappelé que si le Canada est avant tout nord-américain, il n'a pas l'intention de renier les liens et les valeurs communes avec l'Europe. «Les tensions récentes entre les États-Unis et l'Europe ne doivent pas occulter l'essentiel: nous sommes plus que des alliés, nous sommes les héritiers d'un idéal démocratique, a déclaré le premier ministre Chrétien. Affaiblir le lien transatlantique signifierait le déclin de cet idéal.»
La France et l'Allemagne avaient tenu tête aux États-Unis, lors du débat sur la guerre en Irak, les deux pays refusant de se faire à l'idée d'un conflit, encore moins à celle d'une guerre sans l'aval des Nations unies (ONU). Le Canada avait adopté une position similaire. Sans dénoncer aussi vertement la politique américaine, Ottawa avait refusé de participer à un conflit sans l'approbation du Conseil de sécurité de l'ONU.
«C'est une longue liste de défis à laquelle nous sommes ensemble, confrontés, a dit M. Raffarin. Je me réjouis que dans ce contexte difficile, la France et le Canada fassent la même analyse. Nos deux pays, parce qu'ils ont le sens de l'Histoire, se méfient de toute réponse trop simple et trop hâtive.»
La difficile expérience des guerres où la France et le Canada combattaient côte-à-côte «nous ont conduits à la conviction que seul un ordre international fondé sur la primauté du droit peut constituer la réponse à apporter à ces défis», a poursuivi M. Raffarin.
L'ambassadeur des États-Unis au Canada, Paul Cellucci, a été témoin des déclarations, se trouvant parmi la centaine d'invités.
Après le dîner de mercredi soir, les deux hommes doivent poursuivre leurs entretiens ce matin. Outre des discussions portant sur des questions internationales, il sera question des réussites canadiennes en matière de redressement des finances publiques.
«Je dois vous avouer que je trouve, en effet, matière à inspiration dans ce que vous avez entrepris, notamment lorsqu'il s'agit de réformes extrêmement ambitieuses et difficiles», a reconnu M. Raffarin.
Le premier ministre de France tente, non sans susciter la grogne, de réformer les caisses de retraite et le système national d'éducation. Des grèves imposantes des employés de la fonction publique ont complètement paralysé l'Hexagone. Lors de sa descente de l'avion, M. Raffarin a d'ailleurs immédiatement salué «le courage des réformes» effectuées par le gouvernement Chrétien.
«Il a envoyé deux ministres au cours des dernières semaines pour constater comment nous avons pu gérer nos programmes et équilibrer les budgets», a rappelé M. Chrétien, lors d'un point de presse, hier matin. «Nous sommes le seul pays qui s'en sort bien au plan des réformes économiques, particulièrement dans les finances publiques», a-t-il déclaré.
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Raffarin plaide pour le français à Ottawa
PC Le Soleil jeudi 22 mai 2003
Ottawa - Le premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, en a pris plus d'un par surprise, hier, lorsqu'il a exprimé le voeu que la capitale fédérale soit désignée officiellement bilingue.
M. Raffarin s'est gracieusement immiscé dans ce débat qui fait rage depuis quelques années sur la scène politique locale et provinciale de l'Ontario, faisant un lien avec l'importance de la francophonie et du bilinguisme canadien. " Puisque nous approchons du moment des toasts, pourrais-je me permettre de faire un voeu, à savoir que votre belle capitale Ottawa soit un jour déclarée ville bilingue ? ", a-t-il dit, déclenchant du coup les applaudissements nourris de la centaine d'invités de marque.
Le premier ministre français a fait cette déclaration lors d'un dîner en son honneur, marquant le début de sa visite officielle de quatre jours en sol canadien. Parmi les invités, on notait l'un des plus ardents défenseurs de la question, le sénateur Jean-Robert Gauthier. Le Québec était aussi bien représenté, par l'ex-premier ministre Lucien Bouchard, et le chef du Bloc, Gilles Duceppe.
Pour réaliser le voeu de M. Raffarin, il faudrait d'abord convaincre le gouvernement ontarien de modifier le statut de la ville, ce que Queen's Park refuse de faire malgré des appels répétés.
M. Raffarin a aussi profité de son discours pour lancer des fleurs au gouvernement Chrétien pour sa récente politique sur le bilinguisme. " Comment la France ne suivrait-elle pas avec une immense attention la politique en faveur du bilinguisme que vous défendez ? ", a indiqué le premier ministre français, se disant particulièrement touché par la " sensibilité " que génère cette " double dimension ".
Liens transatlantiques
Par ailleurs, le Canada et la France ont fait équipe, hier soir, pour mettre en échec les États-Unis et tous ceux qui veulent tourner le dos au multilatéralisme international. Le premier ministre Chrétien, et son homologue français ont mis l'accent sur l'importance des liens transatlantiques entre les deux pays et les valeurs communes qu'ils partagent. Les deux hommes ont tenu ces propos lors d'un dîner marquant le début de la visite officielle de quatre jours du premier ministre Raffarin au Canada.
M. Chrétien a rappelé que si le Canada est avant tout nord-américain, il n'a pas l'intention de renier les liens et les valeurs communes avec l'Europe. " Les tensions récentes entre les États-Unis et l'Europe ne doivent pas occulter l'essentiel: nous sommes plus que des alliés, nous sommes les héritiers d'un idéal démocratique, a déclaré M. Chrétien. Affaiblir le lien transatlantique signifierait le déclin de cet idéal. "
La France et l'Allemagne avaient tenu tête aux États-Unis, lors du débat sur la guerre en Irak, les deux pays refusant de se faire à l'idée d'un conflit, encore moins à celle d'une guerre sans l'aval des Nations unies (ONU). Le Canada avait adopté une position similaire. " C'est une longue liste de défis à laquelle nous sommes ensemble, confrontés, a noté M. Raffarin. Je me réjouis que dans ce contexte difficile, la France et le Canada fassent la même analyse. Nos deux pays, parce qu'ils ont le sens de l'Histoire, se méfient de toute réponse trop simple et trop hâtive. "
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Une gifle à Jean Charest
J. -Jacques Samson
Le Soleil jeudi 22 mai 2003
Éditorial - La candidate du Parti québécois dans Champlain, Noëlla Champagne, a remporté avant tout une victoire personnelle lors de l'élection partielle de mardi, rendue obligatoire pour briser l'égalité des voix constatée lors du dépouillement judiciaire du scrutin du 14 avril. Toute sa campagne a été centrée sur l'offre de services à la population que cette ancienne adjointe du député démissionnaire Yves Beaumier soumettait à ses concitoyens. Les références au chef, Bernard Landry, étaient rarissimes et son identification au Parti québécois se limitait au remplacement du O dans son prénom par le sigle du PQ.
Mme Champagne partait avec un lourd handicap puisqu'elle représentait pour les électeurs de Champlain l'assurance d'être relégués dans l'opposition. Elle affrontait en plus un ancien député libéral de 1985 à 1994, Pierre A. Brouillette, connu pour être un efficace politicien de terrain et qui a joué la carte d'une participation rentable pour Champlain au gouvernement Charest.
Sur la ligne de départ, les stratèges libéraux prenaient la victoire pour acquise dans les circonstances. Dans les derniers jours cependant, ils avaient appelé à la mobilisation des troupes de crainte qu'un faible taux de participation leur joue un mauvais tour. Or le taux de participation est fort respectable, à 57 %, pour une partielle aussi exceptionnelle. La défaite envoie donc un message encore plus senti à Jean Charest qu'il sera toujours sous haute surveillance. L'installation de son gouvernement s'est déroulée globalement avec diligence et efficacité et malgré tout, elle n'a pas soulevé le minimum d'adhésion, encore moins d'enthousiasme, pour propulser son candidat.
La méfiance à l'endroit du nouveau gouvernement est aussi confirmée par les 25 % des suffrages obtenus par l'Action démocratique, alors que le parti de Mario Dumont est au tapis. L'addition des votes péquistes et adéquistes mène au constat que près de deux électeurs sur trois (63 %) de ce comté du Centre-du-Québec ont préféré les limbes de l'opposition aux attraits du pouvoir. Et comme s'il fallait ajouter à la force de la gifle donnée à Jean Charest, Champlain avait toujours voté depuis 1970 du côté du pouvoir lors de générales. Le comté a été représenté de 1970 à 1976 par le libéral Normand Toupin ; de 1976 à 1985 par le péquiste Marcel Gagnon ; de nouveau par un libéral, Pierre A. Brouillette, de 1985 à 1994 et par le péquiste Yves Beaumier, depuis 1994. Loin d'être une forteresse, il faut plutôt ranger Champlain parmi les comtés baromètres.
Les difficultés de mobilisation de la clientèle libérale, faute d'enjeu, ne peuvent tout expliquer. Le candidat jouissait d'une bonne notoriété ; il ne peut donc être tenu pour principal responsable. La région a par ailleurs été traitée avec égards depuis le 14 avril, avec la nomination de la députée Julie Boulet ministre déléguée à la Santé. Ce n'est donc pas un règlement de comptes non plus.
Jean Charest devra d'abord avoir l'humilité de reconnaître - et de garder à l'esprit - que comme Robert Bourassa avant lui, il tiendra un rôle de mal-aimé. Sa cote de popularité personnelle était très basse avant les élections du 14 avril et son élévation aux fonctions de premier ministre n'a pas changé radicalement la perception populaire. Il n'a pas remorqué son candidat. L'électorat francophone en régions demeure également aussi prudent vis-à-vis du PLQ.
La dramatisation du piètre état des finances publiques qui oblige le nouveau gouvernement à procéder à de sévères coupures, après avoir suscité des attentes très élevées en campagne, se révèle de plus une arme dangereuse. Des électeurs ont déjà sans doute la désagréable impression d'avoir été floués. Sans " virer leur capot de bord ", ils ont bien pu décider de rester chez eux cette fois, laissant les libéraux s'enfoncer dans leurs contradictions.
Cette région a enfin été particulièrement éprouvée au cours des dernières années par des ratés dans les services de santé, incluant le décès inacceptable d'une victime d'une crise cardiaque refusée par un hôpital. Des citoyens ont cru bêtement que l'élection d'un gouvernement libéral se traduirait par une nette amélioration des services dès le lendemain. Ils reviennent maintenant sur terre.
La reprise de l'élection dans Champlain est le fruit d'un rare concours de circonstances. La victoire de Noëlla Champagne sonne pourtant la fin hâtive de la lune de miel pour Jean Charest.
JJSamson@lesoleil.com
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Jean Charest nomme un redresseur d'entreprises à la SGF
Mario Cloutier, Denis Lessard
La Presse jeudi 22 mai 2003
Québec - Le gouvernement Charest a redressé la barre hier vers une "réorientation à long terme" des bras financiers de l'État québécois en nommant un redresseur d'entreprises, Henri Roy, à la tête de la SGF, et le vice-président de la Banque Nationale, Jean Houde, à la présidence d'Investissement Québec.
Le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, insiste sur le fait que ces nominations intérimaires ne représentent pas une décision budgétaire pour l'année en cours, mais témoigne plutôt d'une décision ferme de "revoir la mission et les orientations stratégiques en fonction des capacités de payer du gouvernement et de sa philosophie d'intervention dans le secteur privé".
"L'intervention du gouvernement sera l'exception à la règle et non plus la règle", a d'ailleurs annoncé le premier ministre Jean Charest en précisant qu'il souhaitait voir une SGF (Société générale de financement) plus ciblée et efficace. La SGF du gouvernement libéral devra créer plus de liens avec les PME et les régions. M. Charest ne croit pas qu'elle devrait se lancer dans le domaine récréotouristique qu'il considère être à "très haut risque".
Sans parler de démantèlement comme tel de la SGF, le ministre Audet veut donc revoir la mission, le portefeuille et les règles d'intervention de la société d'État et de ses filiales.
"On ne pourra pas continuer de pomper, comme on l'a fait dans le passé, autant d'argent dans la Société générale de financement. C'est de l'argent des contribuables parce que ça passe directement à la dette du gouvernement", souligne M. Audet.
Il annoncera d'ici quelques semaines la création d'un comité chargé de seconder M. Roy dans ses propositions de réforme, un mandat qui nécessitera deux ou trois mois. Entre-temps, les investisseurs peuvent continuer de faire affaire avec la SGF, souligne le ministre libéral, puisque le mandat de l'organisme reste inchangé pour l'instant.
Aux commandes de ce virage à la SGF, le gouvernement libéral a placé un gestionnaire reconnu pour ses talents de redresseur d'entreprises. Président de HDR Capital inc., Henri Roy a également travaillé chez Cambior et Provigo. Il était chef de cabinet de Raymond Garneau aux Finances entre 1970 et 1974. M. Garneau vient tout juste d'assurer la transition entre les gouvernements péquiste et libéral.
Quant au nouveau président d'Investissement Québec, Jean Houde, c'est un proche de Michel Audet. Vice-président de la Banque Nationale, il a été haut fonctionnaire dans les années 70 avant de travailler à la SGF et à Hydro-Québec.
Pour leur faire de la place, le gouvernement Charest a finalement accordé à l'ancien président de la SGF, Claude Blanchet, une année de salaire (257 500 $), une partie de sa prime au rendement pour 2002 (18 600 $) mais, surtout, une généreuse augmentation à sa rente annuelle de retraite qui passera de 47 000 à 80 000 $.
Le premier ministre Charest a avoué hier qu'après examen des engagements pris par le gouvernement précédent, "sur le plan légal, c'est le meilleur règlement qu'on pouvait livrer". Quant à l'ancien président d'Investissement Québec, Maurice Prud'homme, il recevra une allocation de transition équivalant à une année de salaire, soit 223 000 $.
Réactions
Dans les milieux d'affaires, la réorientation de la SGF, plus que le changement de direction, a été perçue comme "une bouffée d'oxygène", dit le porte parole du groupe Manufacturier et Exportateur, Paul Arthur Huot.
"Cela remet le gouvernement dans un rôle de facilitateur", observe M. Huot. La réorganisation de la SGF n'était pas une surprise pour le ténor des milieux d'affaires; déjà la semaine dernière, le ministre Audet, devant un congrès organisé par son association, avait dévoilé ses intentions. Les éléments regroupés sous la SGF par le régime péquiste, la Société québécoise d'initiative agricole, la SOQUIA, et Rexfor, dans le domaine forestier, seront "sortis" de la SGF et retournés à leurs ministères d'origine, a expliqué M. Huot.
Selon lui, toutefois, le gouvernement Charest ne devrait pas totalement fermer le robinet des subventions aux entreprises. Un programme bien évalué reste de mise, surtout quand on observe que l'Ontario qui avait mis la hache dans ces mesures vient d'en créer de nouvelles avec une injection de 650 millions de dollars.
M. Huot avoue ne pas être surpris du départ de Claude Blanchet. "Il est normal qu'on veuille travailler avec des gens qu'on connaît, qui partagent nos points de vue", observe-t-il. Il s'attriste toutefois du limogeage de Maurice Prud'homme à Investissement Québec, "quelqu'un de très bien", résume-t-il.
Tant à la SGF qu'à Investissement Québec, on a assisté à "du gaspillage", déplore M. Huot. "À chaque début d'année, on arrivait avec des centaines de millions et on partait une course aux projets", résume-t-il. À l'inverse, si comme on l'entend à Québec, le gouvernement sabre trop lourdement dans le programme Faire, "un dérapage créera bien des déceptions".
Du côté du Conseil du patronat (CPQ), la porte-parole, Me Anne Lebel, rappelle que son organisme avait été le premier à réclamer une réduction importante des transferts aux entreprises. "En septembre 2002, on parlait de 3 milliards de dollars, c'est rendu à 3,6 milliards!" observe-t-elle. Selon le CPQ, Québec devrait faire en sorte que les entreprises aient le même environnement fiscal quel que soit leur secteur d'intervention. En revanche, cette disparition de l'aide financière de Québec, sous forme de subvention ou en crédit d'impôts, devrait être assortie d'une abolition de la taxe sur le capital, une décision déjà prise en Ontario, dit Me Lebel.
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La poudrière irakienne
Jooneed Khan
AFP; AP; New York Times; The Independent
La Presse jeudi 22 mai 2003
PLUS DE 40 JOURS après avoir pris Bagdad et renversé le régime de Saddam Hussein, les États-Unis et leurs alliés britanniques peinent toujours à imposer la loi et l'ordre en Irak, à rétablir les services essentiels, à stabiliser la situation sociale, à mettre en place une autorité intérimaire irakienne, et à endiguer la menace d'une catastrophe sanitaire.
La résolution par laquelle les coalisés espèrent que le Conseil de sécurité de l'ONU "légitimera", dès aujourd'hui peut-être, leur invasion de l'Irak, les décrit comme des "forces occupantes", ce qui les contraindra à se conformer au droit international, dont les conventions de Genève, relatif à leurs obligations envers le peuple sous occupation.
Mais, selon Loren Thompson, analyste au Lexington Institute, à Washington, le régime d'occupation "est un quasi-fiasco". "Le contraste entre la victoire militaire éclair et le piétinement de la reconstruction ne saurait être plus frappant", dit-elle.
"On ne pouvait pas savoir comment cela finirait", a avancé le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld dans un entretien lundi avec le New York Times. Les critiques reprochent surtout au Pentagone de n'avoir pas prévu une présence militaire plus nombreuse, et sur un temps plus long, en vue de stabiliser l'Irak après les combats.
Après avoir mis le général à la retraite Jay Garner en charge de l'Irak, Washington l'a remplacé par Paul Bremer, un spécialiste du renseignement. Il y a 142 000 soldats américains en Irak, et 20 000 autres sont en voie d'y être déployés.
Avant l'invasion, l'administration Bush avait assuré le Congrès et le public qu'un régime américain conseillé par des Irakiens "libres" et géré par des bureaucrates baasistes de moyen niveau, reconstruirait rapidement l'Irak, relançant la production pétrolière et l'activité économique.
"Plus d'un mois après la baisse des combats, l'Irak reste un pays sans loi et privé des services de base comme l'électricité, l'eau courante et des services médicaux décents. Au lieu de servir de modèle d'une gestion américaine clairvoyante, l'Irak est en train de devenir un symbole de mauvaise administration américaine", écrivait mardi le New York Times dans un éditorial.
Ramiro Lopes da Silva, coordonnateur de l'ONU en Irak, a déclaré hier qu'il était "fondamental de rétablir la loi et l'ordre", en soulignant que la situation humanitaire dans le pays étais étroitement liée à la sécurité.
Selon The Independent, de Londres, 242 Irakiens ont été tués durant les trois dernières semaines à Bagdad seulement, la plupart tués par balles. "Sous Saddam, on vivait dans la peur, maintenant on vit dans la terreur et dans la misère", dit un chauffeur de taxi cité par l'agence Reuter. "Si l'anarchie et le chômage continuent un mois de plus, nous allons nous soulever contre les Américains", ajoute un instituteur à la retraite.
Londres a indiqué mardi que l'occupation américano-britannique de l'Irak, que la Pologne partagera bientôt avec l'aide de l'OTAN, pourrait durer deux ans. Hier, Bremer reportait au mois de juillet une conférence appelée à instaurer une autorité intérimaire irakienne, alors que monte le mécontentement contre l'interdiction du Parti Baas et l'exclusion des baasistes de toute fonction officielle. Le Baas comptait sept millions de militants, soit un Irakien sur quatre, dit-on de source irakienne.
Autre échec apparent pour l'administration Bush: l'invasion et l'occupation de l'Irak ont renforcé l'organisation Al-Qaeda, au lieu de l'affaiblir comme le prétend le président des États-Unis. Dans la foulée des attentats de Riyad et de Casablanca, le No 2 du réseau terroriste islamiste, Ayman al-Zawahiri, a lancé hier à la télévision Al-Jazira un appel à frapper les intérêts américains, britanniques, australiens et norvégiens "en terre d'Islam".
Au Congrès, démocrates et républicains s'inquiètent de l'anarchie en Irak, et exigent des précisions sur les contrats mirobolants accordés sans appels d'offres aux multinationales Halliburton et Bechtel pour des travaux en Irak. "On a gagné la guerre mais on risque de perdre la paix", a estimé le sénateur républicain Pete Domenici.
À Bruxelles, l'avocat Jan Fermon a annoncé hier qu'il demanderait au Conseil d'État de casser la décision "illégale" du gouvernement belge de renvoyer aux États-Unis la plainte pour "crimes de guerre" qu'il a portée contre le général américain Tommy Franks au nom de témoins de bombardements de civils en Irak.
À Londres, le ministère de la Défense confirmait que le lieutenant colonel Tim Collins, un officier britannique, faisait l'objet d'une enquête à la suite d'allégations voulant qu'il ait maltraité des prisonniers de guerre et des civils irakiens, les frappant avec les poings et les pieds, et tirant des coups de feu pour les intimider. Les allégations ont été formulées par des soldats américains qui étaient sous son commandement.
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We'll never be Yanks, author saysMacho attitude rubs Canucks wrong way
PHILIP AUTHIER
The Gazette Thursday, May 22, 2003
Far from becoming Americans in parkas, Canadians are distancing themselves from our southern neighbours' "winner-take-all" approach to life and are headed for a society that resembles Europe more closely than it does the U.S., a new book says.
Attempting to debunk the notion that Canadians are drifting toward the U.S. way of life, pollster and author Michael Adams says it's not surprising that Canadians differ from Americans on such international issues as the legitimacy of the war in Iraq.
Adams says the U.S. approach goes against every fibre of a typical Canadian's being.
Canadians might like to watch The Simpsons on television, consume U.S. products and sunbathe in Florida. But those same people are likely to abhor the crass, conspicuous consumption common in the States, Adams contends.
Moreover, he says, Canadians are more open to different cultures and are puzzled by the U.S. desire to keep a handgun under every pillow of the house.
"You don't know yourselves," Toronto-born Adams said yesterday in launching his book Fire and Ice: The United States, Canada and the Myth of Converging Values.
"We're not raising our sons and daughters to fight wars against enemies. We're raising them to live full lives - not to die for Canada but to live for Canada.
"E.M. Forster said years ago," Adams added, paraphrasing the English author and critic, "if I had to choose between my friend and my country, I hope I have the good sense to choose my friend. So we feel superior, I joke, because we don't feel superior."
Sitting down to a glass of wine and a plate of salmon in a local bistro, Adams said the roots of his analysis lie in the business of polling, which gives him an advantage over other theorists.
As president of the Environics group of polling companies, Adams said, he and his team tested 101 core values on both sides of the border, including specific responses on Quebec done in Montreal by the Environics-affiliated firm CROP.
The result is a hefty data base of 14,413 interviews conducted over 10 years on everything from who rules the roost in your home to the kind of cars you buy. (In Canada, minivans outsell SUVs by a ratio of 2:1, which is supposed to be a sign of different approaches to life - minivans being more suggestive of soccer moms and SUVs of macho males.)
One sweeping conclusion emerges in his analysis: While Americans increasingly head into a kind of law-of-the-jungle society, Canada is going the other way - struggling to preserve a social safety net and social peace.
Canada, Adams said, even has a law, the Clarity Act, allowing a province to separate - unthinkable in the United States.
"America honours the lone warrior fighting for truth and justice, the father who is master of his lonely house on the prairie, and a few good men planting the Stars and Stripes on a distant planet," he writes.
"Canada honours compromise, harmony and equality. Americans go where no man has gone before; Canadians follow, hoping to make that new place livable."
The timing of the book couldn't be better, given that Canadian angst over our differences has translated into a parade of cabinet ministers heading for Washington to smooth the waters with the U.S. on things like missile defence and marijuana use.
Adams, who became interested in the U.S. as a kid when he caught Elvis Presley on the Ed Sullivan Show, said he chose Montreal to launch the book partly because it is one of the most open, sophisticated cities in North America.
A good part of the book explores Quebec's values, with Adams concluding Quebec is the most "postmodern" region on the continent. People are more tolerant and easygoing, he said, more inclined to enjoy a bottle of wine with a good meal than to amass possessions.
Only 29 per cent of Quebecers believe in the devil and still fewer, 26 per cent, believe in hell, the lowest proportion of any region on the continent. Xenophobia is lower here than in any other Canadian region with the exception of the Maritimes, he said.
Still, Adams - who said there's no chance Canada could become the 51st state, because U.S. conservatives would be aghast to find a huge Massachusetts in their midst - said he does not expect Americans to read the book.
"They have no interest at all," he said. "Even my liberal friends do not give a damn about what Canadians think about them. So we are the utopians and the Americans probably think we're a bunch of dreamers."
pauthier@thegazette.canwest.com
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Triple-E -- or else
Ted Morton
National Post Thursday, May 22, 2003
CALGARY - 'Constitutional talk is cheap," wrote Michael Bliss in these pages, and, of course, he is right. Newfoundlanders can talk all they want about more powers to the provinces, but until they also accept economic self-reliance, no one will take them too seriously. And yes, the Triple-E Senate project runs aground the minute you tell Ontario and Quebec that they will have the same number of Senators as Prince Edward Island, whose entire population is less than one Metro Toronto riding. Throw in Quebec's inevitable demand for "distinct society," and the nightmare is complete.
It is what Professor Bliss did not say, however, that is worth elaborating. First he did not mention that the current system is dysfunctional and corrupt. This omission is forgivable, as Prof. Bliss has eloquently described the sorry state of our national political system many times in this newspaper.
Omission number two is that this constitutional status quo is untouchable. No matter how dysfunctional, how corrupt the system is, it cannot be changed, at least not in any meaningful way. Paul Martin is merely nibbling at the edges of our constitutional pathology when he publicly muses about parliamentary reform. We know it. He knows it. And we all know the reason why: Quebec will not stand for it.
This is Prof. Bliss's third omission, the real source of our constitutional paralysis: We cannot open the Constitution because Quebec will not allow it. Faced with the threat of Quebec separatism, the last generation of political leaders -- mostly federal Liberals from Quebec -- has overhauled the machinery of national government in an attempt to undermine the separatist threat.
Nine of the past 10 federal elections have been won by a party with a Quebec leader. These Quebec prime ministers have consolidated all real power in the Montreal-dominated offices of the PMO and PCO. Official bilingualism has ensured franco-dominance in the rest of the bureaucracy. The Supreme Court, now the next most powerful institution in Ottawa thanks to Trudeau's Charter of Rights, has a five-judge francophone majority, all hand-picked by the Prime Minister. Massive new equalization programs have poured more than $200-billion dollars into Quebec since 1961. The once-proud Canadian military, historically an irritant in French-English relations, has been deliberately reduced to Boy Scout status. As the Iraqi war reminded us, Canadian foreign policy is set by public opinion in Quebec, which has meant abandoning our historical allies -- the other great English-speaking democracies of the world. The special status accorded Quebec public opinion is visible in a wide range of domestic policies: gay marriage, marijuana legalization, youth criminal justice, to name only the most recent. Behind the teetering façade of parliamentary democracy, what we really have in Ottawa is a government by, for and of Quebec.
Western Senate reformers have been patiently knocking at the door for the past 25 years. Quebec (with Ontario's tacit consent) has refused to open that door. And why should they? Why would the beneficiaries of the status quo voluntarily assist in dismantling the very source of their advantage? In politics, you do not get something for nothing. In 1985, Alberta farmer (now senator-elect) Bert Brown plowed a message into his wheat field: "Triple-E Senate or Else." Western reformers have failed because we lacked any "or else."
This explains the changing direction in Alberta's relationship with Ottawa. Rather than trying to increase provincial influence in Ottawa -- the objective of Senate reform -- there is growing support in Alberta for decreasing Ottawa's influence in Alberta. This agenda proposes to maximize Alberta's political and economic independence from Ottawa by fully using those powers that all provinces already possess: withdraw from the Canada Pension Plan (like Quebec); collect our own personal income tax (like Quebec); create our own provincial police force (like Quebec and Ontario); and use the notwithstanding clause to protect provincial policies from hyper-activist judges in Ottawa (like Quebec).
While this trend may not be popular in Ontario, it does have a potential following in Quebec. Reducing federal influence in provincial matters has always been popular in Quebec political circles, save the federal Liberals. If the new Liberal Premier of Quebec, Jean Charest, adopts the posture of the last Liberal premier of Quebec, Robert Bourassa, then the door of co-operation with Alberta may well open.
This is where we have arrived in Canada's ongoing constitutional odyssey. Quebecers are no longer willing to be governed by democratic majorities (at the national level), and Albertans are no longer willing to be governed by a permanent minority. Since the Senate reform project of increasing provincial influence in Ottawa has failed, why not opt for decreasing federal influence in the provinces? If you can't beat them, join them.
Does this mean Senate reform is no longer on the agenda? No. A democratically elected and effective Senate with equal representation would be the single best cure for the disease that ails Ottawa -- prime ministerial omnipotence. But the past 20 years have taught us that Senate reform will not occur as long as it is only promoted by the Western provinces. As Ontario, the only remaining "have province," realizes it will get stuck with paying the half-billion dollar shortfall in the CPP caused by Alberta's exit, and assesses the longer-term consequences of a new Quebec-Alberta alliance to further decentralize Canadian Confederation, perhaps Senate reform will become an Ontario issue. When it does, Albertans will be interested. "Triple-E Senate or else." Ontario may have to finally choose.
Ted Morton is a professor of political science at the University of Calgary and one of Alberta's two senators-elect.
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Amazing religious diversity
HAROON SIDDIQUI
The Toronto Star - Thu May 22, 2003
The religious breakdown of the 2001 census is a reminder how we do some things differently than the Americans.
The American Census Bureau is not allowed to ask about people's religion. The prohibition comes from their constitutional separation of state and religion. In Canada, the question has been asked every 10 years since 1871. The figures released last week measure the changes since the 1991 census.
Canada has gone beyond freedom of religion to constitutionally safeguard religious minorities, dating back to the 1867 BNA Act. That tradition manifests itself today in state funding of Catholic schools in Ontario, for example.
Yet Canada has ended up with a more secular political culture than America. No prime ministerial speech ends with God Bless Canada, and politicians tend to keep their personal faith private. It is difficult to imagine a prime minister who would claim, like George W. Bush, to have been saved by Jesus.
Our live-and-let-live attitude makes us suspicious of overt expressions of personal religiosity in the public realm, as Stockwell Day found out. It also makes us resist religious zealotry — one reason the evangelicals have not done well here.
Last week's release of religious data completes the 2001 census picture, providing us with clear demographic benchmarks for the last decade.
Canada is more immigrant than the U.S. Whereas one in 10 Americans is an immigrant, one in five Canadians is. The number of the foreign-born is at its highest level since 1931. Hence, the big rise in new religions and religious minorities.
Muslims have recorded the biggest increase, more than double, between 1991 and 2001.
At 580,000, they are the fourth largest religious group, after Catholics, Protestants and `Christians.' There are more Muslims than: Greek, Ukrainian, Serb and Russian Orthodox combined — 480,000 Presbyterians — 410,000 Pentecostals — 369,000 Jews — 330,000 Buddhists — 300,000
In Ontario, there are more Muslims, 352,000, than Baptists, 289,000. In the Toronto census metropolitan area, there are more Muslims, 254,000, than Hindus, 191,000, or Orthodox Christians, 179,000.
Muslims are the youngest, with a median age of 28.1 years, compared with 37 for the general population and, more specifically, 46 for Presbyterians, 44 for Anglicans, 43 for Lutherans, 42 for Protestants, 32 for Hindus and 30 for Sikhs.
The rise in the number of Muslims has prompted a discussion on how it might affect Canada's policy in the Middle East.
Suggesting that it might was The Globe and Mail headline, "Canadian Muslims now outnumber Jews." Those thinking otherwise noted that Muslims come from the Far East, the Indian subcontinent, Africa, Caribbean and the Middle East, and that non-Arabs may not care much about Palestine.
Both are wrong. Most Muslims care deeply about Palestinians. But numbers alone do not translate into immediate political heft. That takes time, resources and organization. Besides, our foreign policy will presumably continue to be made for all Canadians.
But a sign of their rising consciousness is their sudden attraction to the New Democratic Party, which opposed the war on Iraq and passionately defended Muslim and Arab civil rights in the post-Sept. 11 world. Another sign is their anger at the provincial Tories for favouring racial profiling in the name of fighting terrorism.
Other fascinating nuggets in the census data: Whereas an overwhelming majority of newer minorities live in Ontario, such as 73 per cent of Canada's 297,000 Hindus, a majority of our 278,000 Sikhs live in B.C., having been settled there for a century. Whereas new immigrants brought new religions, Catholics accounted for the biggest proportion of those arriving in the last 10 years — 23 per cent of 1.8 million. Whereas traditionally new immigrants tended to be more religious — or became so upon arrival as one way to foster their identity — one-fifth reported no religion, especially those from China, Hong Kong and Taiwan. Whereas there has been a dramatic increase in the number reporting no religion — 4.8 million — pay heed to professor Reginald Bibby of the University of Lethbridge. Noting that three-quarters of them are under the age of 45, he suggests they may be just parking their no-preference in that category for the time being.
His research over the years showed that "within 10 years, two in three of these `nothings' have become `somethings,' most often rejoining the identification groups of their parents." Whereas our media are fascinated by New Age or un-theistic spirituality, the census provides sobering reality: Gnosticism — 1,165 followers; Humanism — 2,100; Paganism — 21,085; Pantheism, 4,000; Rastafarianism — 1,135; and the religion of Jedi — 20,000 (most of them listing it as a lark, after a fun drive in B.C.).
I am a great fan of the StatsCan census, which lets us know each other. The more the merrier.
Haroon Siddiqui's e-mail: hsiddiq@thestar.ca.
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