plus
| ACTUALITÉ
Charest démolit le Québec, dit Landry Le chef péquiste dénonce l'entreprise de «déconstruction» lancée par les libéraux
Tommy Chouinard
LE DEVOIR samedi 24 et dimanche 25 mai 2003
Québec - Remise en question du projet de la Grande Bibliothèque et du prolongement du métro jusqu'à Laval, report de la réforme au secondaire et du plan d'action visant à lutter contre la pauvreté, gel de projets d'investissements évalués à des milliards de dollars... Après un mois au pouvoir, le gouvernement Charest se lance dans une entreprise de «déconstruction», estime le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry.
«Ce que nous voyons, ce sont des nuages qui s'accumulent rapidement au-dessus de la tête du gouvernement parce que tout ce qu'ils disent c'est couper, détruire, démolir, faire moins que ce que nous faisions», a lancé Bernard Landry hier lors d'une conférence de presse tenue au parlement à la sortie du caucus présessionnel du Parti québécois. Le chef de l'opposition faisait ainsi sa première sortie devant la presse parlementaire depuis le 1er mai, au moment du dévoilement de la composition de son cabinet fantôme. Les péquistes se sont faits plutôt discrets jusqu'à hier, ce qui a permis à Jean Charest d'être exempté de critiques de la part de ses adversaires pendant le premier mois de son exercice.
Bernard Landry a rattrapé le temps perdu hier en lançant une attaque en règle contre les premières actions du gouvernement Charest. Selon le chef de l'opposition, un nouveau gouvernement doit inspirer l'enthousiasme, ce qui ne serait pas le cas de l'équipe dirigée par Jean Charest. «On entend parler de déconstruction à tous les jours : défaire, congédier, arrêter, bloquer, et ce, dans une improvisation totale. On n'entend pas parler de projets de construction d'un nouveau Québec», a affirmé Bernard Landry.
Qui plus est, des projets de développement, évalués à plus de trois milliards de dollars et dans lesquels le gouvernement devait investir environ un milliard, ont été suspendus. Il s'agit entre autres du projet d'agrandissement de l'Aluminerie Alcoa à Deschambault et celui de développement du mont Saint-Anne à Québec. «Ils font planer l'incertitude. Ce sont des milliers d'hommes et de femmes qui n'auront pas d'emploi ou qui en auront plus tard parce qu'un gouvernement idéologique s'attaque à la déconstruction plutôt qu'à la construction», a dit le chef de l'opposition.
Bernard Landry estime qu'il est légitime pour un nouveau gouvernement de revoir des projets élaborés par son prédécesseur mais que ces annonces répétées au cours des dernières semaines créent une «réaction en chaîne» qui mène entre autres les PME à freiner leurs investissements, ce qui provoque un ralentissement de l'économie. «Quand tu respectes l'économie, tu ne sèmes pas la panique. Tu peux très bien dire que tel projet, tu n'en veux pas. Mais tu fais ça quand tu as pris ta décision, pas en ameutant les régions», a-t-il lancé.
Selon Bernard Landry, le nouveau gouvernement éprouve manifestement de la difficulté à gérer le Québec. «Je ne me réjouis pas de leur bêtise parce qu'on va tous en souffrir», a-t-il noté. Pourtant, jeudi, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a annoncé des investissements de 240 millions de dollars, une somme récurrente, pour réduire les listes d'attente et désengorger les urgences. Qu'à cela ne tienne : M. Landry a rétorqué que son gouvernement projetait d'injecter encore plus dans le système de soins de santé : 556 millions de dollars récurrents pour les soins de première ligne et 160 millions non récurrents pour ramener les délais d'attente en chirurgie à un degré acceptable.
Le premier ministre Jean Charest prétend pourtant qu'il n'a d'autre choix que de jouer de prudence puisqu'un rapport qu'il a commandé à l'ancien vérificateur général Guy Breton a relevé une «impasse budgétaire» de 4,3 milliards de dollars. Bernard Landry crie à l'«astuce politique». Il a affirmé qu'un des quatre milliards est dû à une «incertitude» en ce qui a trait aux paiements de transfert du gouvernement fédéral. Le ministre fédéral des Finances, John Manley, a d'ores et déjà donné l'assurance à son homologue québécois Yves Séguin que cette situation allait être réglée, a-t-il soulevé. Ensuite, les déficits accumulés de 700 millions de dollars des hôpitaux, déficits qui font partie de l'«impasse», ont toujours été calculés hors du périmètre comptable du gouvernement. Enfin, M. Landry a fait valoir que les sommes restantes de cette «impasse» constituent pour lui une «routine», «des choses habituelles», que le ministre des Finances doit assumer. «Je l'ai fait pendant cinq ans et je n'ai jamais manqué d'argent pour arriver au déficit zéro», a-t-il dit.
Par ailleurs, Bernard Landry s'est indigné du traitement «injuste» réservé à Claude Blanchet, un traitement qui rappelle selon lui l'époque du spoil system, en vertu duquel un changement de régime entraînait systématiquement une vague de départs au sein de la fonction publique. M. Blanchet a démissionné de son poste de président-directeur général de la Société générale de financement (SGF) en recevant un an de salaire (257 000 $) et une rente annuelle rehaussée à
80 000 $. Bernard Landry estime qu'il a traité avec beaucoup plus de dignité son prédécesseur Marc Fortier, nommé à la tête de la SGF par Robert Bourassa, en ne précipitant pas son départ. «Allez demander à M. Fortier si je l'ai traité comme un vaurien. Il est resté en place entre deux et trois ans [après l'élection du Parti québécois en 1994]. Je l'ai traité comme un grand gestionnaire public. Il est parti dans la dignité et je pense que le gouvernement aurait dû faire la même chose avec M. Blanchet», a dit M. Landry. Marc Fortier a quitté son poste en 1997 avec le même type de contrat que M. Blanchet, sans que personne n'émette de commentaires désobligeants, notamment sur les sommes impliquées par son départ, a noté M. Landry. Marc Fortier avait reçu l'équivalent d'un an de salaire (210 000 $) et une rente dont la valeur n'a pu être déterminée.
Autre exemple de congédiement hâtif et injustifié aux yeux de Bernard Landry : le gouvernement Charest a montré la porte à 13 sous-ministres adjoints du ministère des Régions. «Est-ce qu'on est revenu au "spoil system" d'avant la Révolution tranquille ? Ce n'est pas une façon de procéder pour un État moderne et respectueux. Ils sont au pouvoir : qu'ils changent ce qu'ils veulent. Mais qu'ils le fassent dans la justice, en respectant la dignité des gens», a indiqué M. Landry.
Le caucus présessionnel du PQ, tenu au Manoir Montmorency à Québec, a été l'occasion de réunir les candidats élus et défaits le 14 avril dernier pour analyser la défaite électorale mais aussi pour se préparer en vue de la session parlementaire qui commencera le 3 juin. «Nos jeunes candidats et candidates sont enthousiastes pour recommencer aujourd'hui même à travailler pour les prochaines échéances électorales. Ils ne sont pas autrement affectés par la défaite», a souligné Bernard Landry.
Le chef péquiste a promis que son équipe formera une «opposition rigoureuse», notamment en dénonçant les actions du gouvernement dans le dossier des défusions. «Nous allons utiliser toutes les règles possibles de la démocratie pour empêcher que des choses absurdes se fassent», a conclu Bernard Landry.
|


plus
|
Les ambitions de Raffarin
Bernard Descôteaux
LE DEVOIR samedi 24 et dimanche 25 mai 2003
La relation France-Québec a toujours été politique et culturelle avant tout, bien qu'il y ait eu au fil des ans de nombreux efforts pour lui donner un accent économique significatif. Certes, on compte quelques grands succès, notamment les investissements de Péchiney dans des alumineries québécoises et la présence active de Bombardier et de Quebecor en France, mais les échanges économiques les plus dynamiques sont encore aujourd'hui trop souvent confinés à la culture tout en étant généralement le fait de petites entreprises.
Dans le secteur industriel, il y a toujours des obstacles qui se dressent au dernier moment et qui font échouer des projets pourtant concoctés de longue main. Le dernier exemple se trouve être ce contrat de quelque deux milliards d'euros qui a échappé début mai au motoriste Pratt & Whitney qui, depuis son usine de Longueuil, se préparait à fournir les moteurs du futur avion militaire de transport européen que construira Airbus. Paris et Bonn se sont ligués au dernier instant pour que cet avion soit 100 % européen. La raison d'État a prévalu sur la raison économique puisque la proposition canadienne était la moins chère.
Ce dernier incident de parcours peut être inscrit au passif des relations franco-américaines puisque, pour les Européens, Pratt & Whitney est une entreprise ayant son siège aux États-Unis. Les Canadiens et les Québécois n'insisteront pas trop sur cette affaire à l'occasion de la visite du premier ministre de la France, Jean-Pierre Raffarin, surtout que celui-ci semble être dans de bonnes dispositions pour tenter d'accentuer la coopération économique franco-québécoise et qu'il entretient à cet effet une vision originale.
Politicien aguerri aux réalités des économies régionales où abondent les PME, Jean-Pierre Raffarin croit que celles-ci ont un rôle qui doit dépasser les économies nationales. Un des axes de la coopération qu'il entrevoit sera l'exploration conjointe de marchés étrangers par des entreprises françaises et québécoises. Ce sera d'abord le Mexique, puis l'Europe.
Le maillage et le réseautage d'entreprises ne sont pas des idées nouvelles, mais en inscrivant celles-ci dans le cadre de missions commerciales conjointes, on leur donnera une dimension nouvelle. L'objectif de M. Raffarin avec ce voyage était de donner à la coopération franco-québécoise des ambitions communes à travers des projets communs. Il faudra bien sûr beaucoup de petits projets communs pour remplacer un contrat comme celui que Pratt & Whitney a perdu. Toutefois, de ces petits projets pourraient naître des liens plus serrés qui donneront de la durée à la coopération franco-québécoise.
|


plus
| Intervention de l'État dans l'économie
Un débat réfléchi et constructif s'imposeL'aide gouvernementale aux entreprises est remise en question depuis l'élection du nouveau gouvernement.
Paul-Arthur Huot Président-directeur général - Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ)
Daniel Charron Directeur à la recherche et à l'analyse - Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ)
LE DEVOIR samedi 24 et dimanche 25 mai 2003
Il est vrai qu'au Québec les montants accordés pour attirer les investissements et pour appuyer le développement des entreprises sont importants. Ils sont estimés à trois milliards de dollars annuellement dont, faut-il le rappeler, une grande part sert à attirer de grands projets d'investissement. Les organismes et les mesures d'aide (subventions, crédits d'impôt, prêts avec ou sans intérêt, garanties de prêts, congés fiscaux, prises de participation en équité, services de soutien non financier) se sont développés rapidement et sans véritable encadrement au cours des dernières années, au point de créer une certaine confusion pour les entreprises, voire entre les différents organismes gouvernementaux et paragouvernementaux qui ont proliféré.
Il y a certes un «ménage» à faire en se redonnant des objectifs et en les hiérarchisant afin d'éliminer la confusion qui dilue l'efficacité de ces interventions. Trop de mesures sectorielles et régionales engendrent une sorte de cannibalisation qui ne répond à aucune vision porteuse du développement économique pour l'ensemble du Québec et qui peut prêter au gaspillage.
Attention !
Il faut cependant éviter de jeter le bébé avec l'eau du bain, ce que laisse craindre l'actuel débat public. L'intervention gouvernementale peut être porteuse lorsque balisée dans un ensemble de priorités hiérarchisées. Dans le cas des incitatifs visant à attirer des grands projets d'investissement, l'intervention gouvernementale est souvent même nécessaire.
L'utilisation d'incitatifs financiers pour attirer des grands projets d'investissement est une stratégie fort utilisée au Québec, notamment par l'entremise de la Société générale de financement (SGF) et Investissement Québec. Il est intéressant de mentionner que le Québec, avec son approche aussi large et programmée d'offre d'incitatifs financiers à l'investissement, se démarque des autres provinces canadiennes. Celles-ci en effet ont plutôt eu tendance, jusqu'à récemment du moins, à abandonner cette stratégie.
L'Ontario, qui est souvent cité en exemple par les détracteurs de l'intervention gouvernementale, avait réduit considérablement l'offre de ces incitatifs à l'arrivée de Mike Harris au pouvoir. Or, récemment, le nouveau premier ministre Ernie Eves annonçait une aide de 625 millions à l'industrie de l'assemblage d'automobiles, appelant même le gouvernement fédéral à doubler la mise. Il s'agit d'un retour forcé à la réalité. Attirer des grands projets d'investissement est un marché où l'offre d'incitatifs financiers devient le nerf de la guerre.
Concurrence féroce
Dans plusieurs États aux États-Unis, la pratique est utilisée de manière pour le moins visible compte tenu des montants en jeu et de la valeur des ensembles d'incitatifs à l'investissement («Incentives Packages»). À titre d'exemple, rappelons le tollé soulevé aux États-Unis par le déménagement vers Montréal de la division Life Savers de Kraft et des incitatifs évalués à 38 millions de dollars alors vainement offerts par l'État du Michigan pour la retenir. Une étude préparée par le Secrétariat du commerce intérieur canadien concluait qu'aux États-Unis, l'utilisation d'incitatifs a crû rapidement et de manière incontrôlée, tant pour ce qui est de leur valeur totale qu'en ce qui concerne la taille des offres d'incitatifs individuelles. Les tentatives visant à introduire des mécanismes de contrôle ont échoué.
D'ailleurs, les exemples américains sont nombreux. Parmi les plus récents, notons une aide de 500 millions $US à IBM dans l'État de New York, une autre de 350 millions $US à Hyundai en Alabama et 295 millions $US à Nissan au Mississippi.
Aux États-Unis comme ailleurs, la question de l'utilisation des mesures incitatives à l'investissement est source d'un débat entre économistes et développeurs économiques. Pour résumer, les développeurs économiques soutiennent qu'ils jouent simplement le jeu de la concurrence pour attirer l'implantation d'entreprises qui généreront croissance et création d'emplois. De leur côté, les économistes, généralement opposés à cette pratique, soulèvent deux principaux arguments : les mesures incitatives causent des distorsions sur les marchés et n'engendrent pas globalement de créations d'emplois mais des déplacements entre sites, se traduisant ainsi en un jeu à somme nulle. Dans ce débat sans issue apparente, vaut-il vraiment la peine de s'opposer aux incitatifs sous prétexte qu'ils produisent des distorsions alors que ces dernières sont exactement ce que les développeurs cherchent à créer, c'est-à-dire un avantage pour leur région ?
La tendance
Force est de constater que la tendance est à l'utilisation accrue des incitatifs financiers pour attirer l'investissement, d'autant plus que les grandes entreprises n'hésitent plus à magasiner l'aide étatique avant de décider où s'implanter. Nous ne pouvons donc pas nous mettre la tête dans le sable au nom de vains principes. Autrement, le risque est grand de voir des projets d'envergure atterrir ailleurs.
Le gouvernement doit donc procéder à sa révision avec une vision d'ensemble. Elle doit viser à éliminer la confusion et les mesures non structurantes ainsi qu'à rendre plus efficaces les interventions porteuses et les aides financières remboursables. Faire cet exercice uniquement dans l'espoir de faire des économies risque d'être décevant puisque la réalité concurrentielle dans laquelle nous évoluons nous contraint à offrir des incitatifs pour attirer des investissements et là réside une grande part de la valeur totale des interventions.
Les marges de manoeuvre qui pourraient néanmoins être dégagées de la révision devront être réinvesties dans l'amélioration de notre climat d'affaires. En effet, les interventions de l'État visent souvent à pallier les faiblesses de notre système économique et fiscal. Notre principal handicap étant nos écarts de productivité avec nos concurrents, la priorité devra être accordée aux mesures y remédiant, c'est-à-dire la formation de la main-d'oeuvre, la modernisation des équipements productifs, la recherche et développement ainsi que la réduction du fardeau fiscal et réglementaire des entreprises.
Un réexamen de l'intervention doit donc se faire en tenant compte du contexte compétitif dans lequel nous évoluons et de nos faiblesses, sinon il y a risque de perdre au change et d'affecter notre croissance et notre développement.
|


plus
|
Noces de sang à BagdadParler de libération et de démocratisation face au bain de sang et aux massacres commis en Irak par les États-Unis, c'est fermer les yeux sur un autre crime contre l'humanité
Zehira Houfani Écrivaine et journaliste, membre de l'équipe de Paix pour l'Irak - Québec, Canada
LE DEVOIR samedi 24 et dimanche 25 mai 2003
Verser des larmes en Irak, qui trouverait cela surprenant? Dans notre groupe, Irak Peace Team (IPT), composé de Québécois, de Canadiens, d'Américains, d'Australiens et d'Anglais, bien des larmes ont été versées, çà et là dans l'Irak meurtri. Le drame est si grand devant nos yeux, la douleur des gens si intense, leurs plaies si béantes et leurs coeurs décimés. [...]
Oui, l'Irak peut provoquer toutes sortes de sentiments en nous : la compassion pour les populations soumises à toutes sortes de tortures et de privations, la tristesse aussi de voir ce pays déchiré entre la tyrannie interne et les convoitises externes, mais plus fort que tout, cette colère de savoir d'où vient le «mal», de crier à son passage, et de finir par le laisser passer sans rien pouvoir y faire pour épargner ses victimes. Un état d'esprit partagé par nombre de militants pour la paix et autres humanistes de par le monde dont nous, les membres d'Irak Peace Team. Et pour cause... Nous, en Irak, qui luttions pour la paix et les millions de manifestants antiguerre dans le monde, nous avons tous subi une défaite devant la terreur guerrière et corruptrice de l'empire étasunien. Nous étions, pour la seconde fois depuis le 11 septembre 2001, confrontés à notre incapacité d'enrayer le monstrueux déferlement de la guerre contre les populations que nous entendions protéger.
Propagande
Pendant de longs mois, l'administration étasunienne a investi des milliards de dollars en propagande pour conditionner le monde à sa guerre contre l'Irak. La planète entière a été suspendue au fil de nouvelles made in USA. Nous avons eu droit à un show onusien digne des maîtres du suspense, nous balançant entre le camp de la paix et celui de la guerre. [...] Mais la paix a perdu devant la force et l'arrogance. Cette brutale réalité s'est abattue sur moi, sur nous, en même temps que les bombes se sont mises à pleuvoir sur les Irakiens.
Du coup, le vertige de la destruction s'est emparé de Bagdad sous nos yeux, ne laissant sur son passage qu'un peuple à la mémoire violentée, à genoux devant son nouveau dictateur : l'armée des États-Unis. Alors que les écrans de télévision du monde retransmettaient une grossière mise en scène montrant une foule hystérique mettant en pièce la statue de Saddam, Bagdad semblait désertée par ses six millions d'habitants. Où étaient-ils passés ? Pourquoi n'étaient-ils pas dehors pour acclamer et fêter les nouveaux maîtres de Bagdad ? Non, l'envahisseur étasunien n'a pas été célébré par les Irakiens, nonobstant les images diffusées par les médias occidentaux soucieux de faire entendre le triomphalisme de Bush.
L'invasion de l'Irak par l'armée des États-Unis est un désastre total pour les populations. Ce que les bombardements ont épargné de leurs villes et de leur vie, le pillage et le chaos les ont emportés. Hôpitaux, universités, écoles, entreprises, musées et bibliothèques, rien n'est debout, rien de ce qui était les biens publics du peuple irakien n'a été protégé par l'envahisseur étasunien, excepté le ministère du Pétrole, donnant ainsi au monde entier la preuve du véritable enjeu de sa guerre en Irak.
Si la majorité souhaitait réellement un changement de régime, la chute de Saddam, bien peu d'Irakiens auraient souscrit à ce désastre d'envergure que les dirigeants étasuniens avaient prescrit à leur pays. D'autant que les maîtres d'oeuvre de ce chaos sont d'anciens alliés du dictateur, ceux-là mêmes qui les avaient condamnés à vivre le martyre, écrasés entre l'enfer des sanctions économiques et celui du régime de Saddam, et ce, pendant plus de 12 ans. Une politique génocidaire ! selon Denis Halliday, le fonctionnaire de l'Organisation des Nations unies (ONU) chargé de les appliquer en Irak.
Ce qui est à craindre aujourd'hui, c'est la désintégration du peuple irakien et son passage à une guerre civile qui lui sera fatale, d'autant que l'armée d'occupation n'a pas cessé de jouer la carte de la division ethnique et religieuse pour opposer les populations les unes contre les autres.
Parler de libération et de démocratisation face au bain de sang et aux massacres commis en Irak par les États-Unis, c'est fermer les yeux sur un autre crime contre l'humanité, semblable par beaucoup de points à celui qu'Israël pratique depuis des décennies à l'égard du peuple palestinien sans soulever l'indignation de la communauté internationale. Pourtant, il est dit haut et fort que l'humanité a évolué, qu'elle s'est dotée de lois, d'institutions et de moyens à même d'assurer les droits de ses membres, d'empêcher l'exploitation des uns par les autres, de proscrire la discrimination et l'esclavage et de bannir de la civilisation humaine tout traitement inhumain. Force est de constater aujourd'hui que, pour de nombreux peuples sur notre planète, ces principes n'existent pas.
L'exemple de la recolonisation de l'Irak en 2003 est édifiant et nous interpelle tous à dire non aux ambitions de l'empire étasunien fondées sur sa puissance arrogante et son mépris de l'autre. L'ère des conquêtes est révolue et il appartient aux sociétés civiles d'en faire une vérité pour notre monde.
|


plus
|
Une absence qui en dit long
Jean-François Caron
LE DEVOIR samedi 24 et dimanche 25 mai 2003
Lettres: Gatineau, le 21 mai 2003
L'absence de Jean Charest à la première fête des Patriotes devrait nous faire réfléchir sur l'attachement de notre nouveau premier ministre à l'histoire du Québec. Certains analystes ont choisit d'expliquer cette absence remarquée en insistant sur le fait que le Parti québécois avait donné une connotation politique à cette fête et que Jean Charest n'avait pas à se prêter à une telle mascarade.
Pourtant, de nombreux Québécois profitent de la Fête nationale du 24 juin pour souligner le fait que le Québec devrait opter pour la souveraineté. D'ailleurs, plusieurs artistes prêtent leur nom à cette cause louable. Il n'en reste pas moins que cette fête est également soulignée par les fédéralistes qui en profitent pour affirmer une certaine appartenance envers le Québec. En ce sens, nous devons en conclure que toute fête politique sera toujours reprise par les deux camps qui tenteront d'en profiter pour mousser leur option. Il ne faut donc pas se surprendre des propos tenus par certains souverainistes lors de la fête des Patriotes, selon lesquels les Québécois ne forment toujours pas un peuple libre.
Jean Charest aurait donc pu en profiter pour souligner l'apport des Patriotes dans notre histoire nationale, c'est-à-dire la division entre l'État et le clergé, la liberté de presse, le suffrage universel pour les hommes et les Autochtones et bien d'autres valeurs libérales. Bref, des valeurs qui ont été à la base de la formation du Parti libéral.
Il est à se demander si notre premier ministre est au fait des idéaux des précurseurs de son propre parti qui ont forgé l'histoire du Québec. Son lapsus de la dernière campagne électorale en dit long sur ses intérêts. M. Charest, vous n'êtes pas premier ministre du Canada, mais plutôt chef du gouvernement québécois, c'est-à-dire d'une nation riche et fière de son histoire. Ne vous laissez pas endormir par les propos débilitants de Lord Durham et soyez fier de célébrer la mémoire des premiers démocrates du Québec.
|


plus
|
Réingénierie ou braderie ?
Michel David
LE DEVOIR samedi 24 et dimanche 25 mai 2003
C'est devenu une figure imposée pour tout nouveau gouvernement de faire baisser les attentes au lendemain d'une campagne électorale pendant laquelle il a bien fallu enjoliver l'avenir.
La situation du gouvernement Charest est assez particulière dans la mesure où les engagements du PLQ, en particulier les baisses d'impôts, ne concernent que la période de cinq ans qui commencera le 1er avril 2004. Autrement dit, il faudrait faire abstraction du budget que le ministre des Finances, Yves Séguin, présentera à la mi-juin. C'est beaucoup demander.
Quand les libéraux ont élaboré leur plan d'action et fixé le cadre financier de celui-ci, au courant de l'été 2002, ils ne savaient pas quand les élections auraient lieu. À ce moment-là, l'ADQ semblait partie pour la gloire et le PQ en était à se demander s'il allait survivre. Il était donc vraisemblable que Bernard Landry décide d'étirer son mandat jusqu'à l'extrême limite.
Les paramètres budgétaires du plan libéral étaient très simples : à l'exception de la santé et de l'éducation, où on prévoyait une croissance annuelle des dépenses de 5,1 % et 1,75 % respectivement, les crédits des autres postes de dépenses seraient maintenus «à leur niveau actuel» pendant tout le prochain mandat, c'est-à-dire au niveau des crédits adoptés par l'Assemblée nationale au printemps 2002.
Autrement dit, avant de geler les dépenses des ministères autres que la Santé et l'Éducation, ce qui constitue déjà une diminution en termes réels, il faudra les ramener à ce qu'elles étaient l'an dernier.
***
Dans cette perspective, l'examen auquel s'est récemment livré l'ancien vérificateur général Guy Breton, loin d'être un simple exercice de routine, devenait une véritable nécessité politique. Il ne s'agissait plus de faire baisser les attentes mais de préparer les esprits au pire, en le portant au compte de l'ancien gouvernement, tout en se réservant le mérite d'éventuels adoucissements.
À la veille des élections, il est certain que le gouvernement Landry avait étiré l'élastique au maximum. Que François Legault ait engagé des dépenses sur la base de revenus virtuels, comme le soutient son successeur à la Santé, Philippe Couillard, ne devrait surprendre personne. M. Legault lui-même avait clairement laissé entendre que sans hausse d'impôts, il serait impossible de faire les investissements nécessaires.
On ne peut certainement pas accuser M. Breton d'avoir manqué d'imagination pour creuser le trou le plus profond possible dans les finances publiques, mais le client était particulièrement exigeant.
Il faudra justifier beaucoup de compressions budgétaires pour compenser des baisses d'impôts totalisant 15 milliards en cinq ans. À l'époque où M. Charest a dévoilé son plan, même Yves Séguin, qui ne s'attendait pas à devoir le mettre en oeuvre, disait douter de son réalisme.
***
Il n'est pas difficile d'imaginer le casse-tête que constitue la révision des programmes en cours au Conseil du trésor, sans parler des dépenses fiscales sur lesquelles M. Séguin lui-même se penche. Si on exclut le service de la dette, les salaires des employés de l'État constituent 55,5 % des dépenses. À l'aube d'une nouvelle ronde de négociations pour le renouvellement des conventions collectives, on peut prévoir une augmentation plutôt qu'une diminution à ce chapitre.
D'autre part, plus de 50 % des dépenses de programme, c'est-à-dire autres que le service de la dette, sont effectuées dans les secteurs de la santé et de l'éducation, que les libéraux ont promis d'épargner.
On a fait grand cas ces derniers jours des compressions qui pourraient être imposées au ministère de la Culture, dont les crédits devaient augmenter de 6,1 % en 2003-04. Les ramener au niveau de l'année précédente représenterait une économie d'à peine 30 millions. Au moment où le cinéma québécois triomphe à Cannes, faut-il renoncer à la politique attendue depuis des années ?
En fait, la hausse des budgets de tous les ministères autres que la Santé, l'Éducation et la Famille n'a été que de 1,9 % en 2003-04. À la Famille, l'annulation de la hausse de 11 % se traduirait par une économie de 203 millions, ce qui signifierait renoncer à la poursuite du plan de développement des garderies et à l'objectif de 200 000 places en 2005-06.
***
À entendre les libéraux remettre quotidiennement en question de nouveaux projets ou organismes, plusieurs s'inquiètent de voir la «réingénierie» de l'État annoncée par M. Charest se transformer en braderie.
Il est permis d'avoir une vision différente du rôle que l'État et le secteur privé doivent jouer dans le développement économique. Réviser un projet de prolongement du métro de Montréal, dont les coûts augmentent dangereusement, est également chose normale.
La parité fiscale avec le reste du Canada n'est cependant pas un absolu. Il y a des fonctions que la situation très particulière du seul État majoritairement francophone en Amérique du Nord, même dirigé par un gouvernement fédéraliste, ne lui permet pas d'abdiquer, y compris dans le domaine économique.
Le danger n'est pas seulement d'ordre idéologique. L'obsession budgétaire en est un autre. Pendant des années, les libéraux ont accusé le PQ d'y avoir sacrifié le réseau de la santé. Au départ, le virage ambulatoire proposé par Jean Rochon était une bonne idée; c'est la course au déficit zéro qui a fait dérailler sa réforme. La course aux baisses d'impôts peut être aussi dommageable.
mdavid@ledevoir.com
|


plus
| Beaucoup d'espoir à Québec
L'interprovincialisme pour contrer l'unilatéralismeCharest tentera de convaincre les autres premiers ministres des mérites d'un conseil de la fédération
Robert Dutrisac
LE DEVOIR samedi 24 et dimanche 25 mai 2003
Le gouvernement Charest entend imprimer une nouvelle impulsion aux relations fédérales-provinciales. Le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, constate un malaise au sein de la fédération, une situation que les provinces peuvent changer en définissant elles-mêmes l'avenir du Canada.
Le premier ministre Jean Charest en compagnie du ministre des Affaires intergouvernementales, Benoit Pelletier.
Jacques Nadeau
Lors de la prochaine conférence des premiers ministres provinciaux, qui commencera le 9 juillet à Charlottetown, le gouvernement québécois invitera les autres provinces à se lancer dans une véritable réforme, axée sur l'interprovincialisme, des institutions de la fédération canadienne. À Québec, on est même prêt à discuter du Sénat triple E (élu, égal, efficace) cher à l'Alberta, mais on caresse l'espoir que les provinces s'engageront à créer un conseil de la fédération.
«C'est bizarre qu'une idée que j'ai proposée il y a à peine deux ans et qui, à l'époque, apparaissait presque irréaliste est devenue l'une des plus modérées qu'on retrouve dans le débat politique. C'est absolument extraordinaire de voir comment les choses évoluent vite», s'enthousiasme le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, dans une entrevue qu'il a accordée cette semaine au Devoir.
Le ministre fait référence à la volonté de l'Alberta de remettre à l'ordre du jour l'idée d'un Sénat triple E destiné à faire contrepoids à la Chambre des communes lorsque qu'il est question des compétences provinciales. Il cite aussi le cas de Terre-Neuve-et-Labrador, qui a adopté une motion pour rouvrir le Traité d'union avec le Canada dans le but d'obtenir plus de pouvoirs, notamment en matière de pêcheries. Ces deux initiatives requièrent des modifications constitutionnelles, une voie que le gouvernement libéral fédéral refuse d'emprunter. Mais Benoît Pelletier encourage les autres provinces à s'y engager. «Nous sommes en présence d'une province [l'Alberta] qui démontre de l'audace. Je trouve que l'audace dans le fédéralisme canadien, c'est quelque chose qui est bienvenu.» Sans dire qu'il appuie l'idée d'un Sénat triple E, qui présente le désavantage pour le Québec de consacrer la plate égalité des provinces, le ministre estime que «ça mérite d'être analysé. Nous ne pouvons pas la rejeter a priori».
Des demandes sérieuses
Chose certaine, le gouvernement fédéral devrait prendre au sérieux ces demandes de changements constitutionnels au lieu de les accueillir par un fou-rire, fait valoir M. Pelletier. Ces demandes doivent être étudiées. Pour le gouvernement québécois, il s'agira de déterminer «comment elles se concilient avec les intérêts du Québec» et faire connaître sa position. «Lorsqu'on fait preuve de volonté politique, on arrive toujours à trouver des compromis honorables. D'ailleurs, quand on a voulu en trouver au Canada, on en a trouvé. C'est encore faisable», estime M. Pelletier.
Pour sa part, le Québec ne demandera pas à intégrer la Constitution de 1982 en échange d'amendements constitutionnels. «Ce n'est pas en réglant un ou deux dossiers ponctuels, qui sont des dossiers limités, que ça amènerait l'adhésion du Québec au compromis de 1982. Ça prendrait vraiment un compromis global portant sur une véritable restructuration de l'État canadien.» Et ce n'est pas pour demain, juge le ministre.
Les choses avancent vite, mais pas pour le Bureau de négociations sur le déséquilibre fiscal. En campagne électorale, Jean Charest avait promis de créer ce bureau, auquel participeraient les autres provinces, «dès les premières semaines de son mandat». Le bureau «demeure encore en état embryonnaire», reconnaît Benoît Pelletier aujourd'hui. L'objectif, maintenant, c'est qu'il soit créé d'ici la fin 2003. «On l'espère», dit-il.
Mais pour le ministre Pelletier, ce bureau sur le déséquilibre fiscal, qui relève à la fois du ministère des Finances et du secrétariat des Affaires intergouvernementales canadiennes, doit rapidement dépasser la sphère fiscale pour acquérir une dimension plus politique, première étape à la formation d'un conseil de fédération.
Dans un premier temps, ce conseil de la fédération serait une instance de «cogestion interprovinciale», explique M. Pelletier. Ce n'est que plus tard que le gouvernement fédéral y prendrait part. Les provinces seraient amenées à adopter des positions communes sur le déséquilibre fiscal, sur la santé, sur le rôle des provinces dans les négociations des ententes internationales et sur l'Union sociale, explique le ministre. Le conseil permettra aux provinces «d'élaborer une véritable philosophie fédérale» et de définir «la façon dont les provinces envisagent l'avenir du Canada».
Changer la philosophie
La collaboration doit devenir «une donnée politique incontournable» au Canada et ne doit plus se produire de façon ad hoc. Mais la collaboration n'est pas toujours souhaitable. «Ça ne veut pas dire, parce que nous tendons la main à la collaboration, que nous renonçons à défendre âprement certaines compétences du Québec qui touchent à des secteurs névralgiques pour l'identité québécoise», précise-t-il. C'est le cas de la santé, de l'éducation, des affaires sociales et des affaires municipales.
Des autres provinces, Benoît Pelletier attend un «signal» pour changer «la philosophie dominante dans les rapports fédéraux-provinciaux». À la faveur du dernier budget Manley, le gouvernement fédéral a encore une fois «investi largement» dans des champs de compétence provinciale, déplore-t-il. Selon lui, Ottawa a eu la partie trop facile ces dernières années. Et, trop souvent, le fédéral a succombé à «des tentations d'unilatéralisme».
«On n'a qu'à voir la façon dont s'exerce le pouvoir fédéral de dépenser» dans la santé, en recherche et en innovation, dans les affaires sociales et de plus en plus dans l'éducation, énumère-t-il. Ottawa lorgne maintenant du côté des municipalités et du commerce électronique. En raison du déséquilibre fiscal, «les provinces sont à la merci de l'argent d'Ottawa», constate-t-il.
Au sein de la fédération, il existe donc «un malaise» que nourrit «l'insensibilité» du gouvernement fédéral et que le Québec n'est pas seul à ressentir. Les relations fédérales-provinciales «ne sont pas tout à fait saines», fait observer M. Pelletier.
Aussi, le contexte actuel favorise la tenue de discussions sur une réforme des institutions de la fédération, juge le ministre. Mais il reconnaît que certaines provinces, au premier chef l'Ontario, affichent des réticences. «Il y a certaines provinces qui ont encore besoin de se faire expliquer un certain nombre de concept, par exemple le conseil de la fédération. Il va falloir faire oeuvre de pédagogie.»
Le Québec et l'Ontario auraient avantage à redevenir les complices qu'ils étaient du temps des premiers ministres David Peterson et Bob Rae, avance Benoît Pelletier. «[Ces provinces] sont perdantes. Elles évoluent trop distinctement l'une de l'autre. Moi, je crois beaucoup au rapprochement avec l'Ontario.» L'imminence d'élections en Ontario ne favorise guère un tel rapprochement, mais le ministre en fait une priorité, sans doute parce qu'aucun changement à la fédération n'est possible sans le leadership de l'Ontario. «Il y aura un leadership du Québec. On peut même dire -- l'expression est amusante -- qu'on espère que notre leadership sera contesté. L'idéal, c'est que d'autres provinces cherchent aussi à devenir des leaders», affirme Benoît Pelletier.
|


plus
| Relations Québec-France
Raffarin refuse de verser dans la nostalgie «Il est nécessaire, pour nous, aujourd'hui, de construire l'avenir»
Robert Dutrisac
LE DEVOIR samedi 24 et dimanche 25 mai 2003
Québec - Le premier ministre de la France, Jean-Pierre Raffarin, estime que l'amitié entre son pays et le Québec ne doit pas verser dans la nostalgie et les histoires anciennes mais plutôt se traduire par des projets concrets, axés sur l'avenir.
Les relations franco-québécoises, «ce n'est pas simplement de ressasser une nostalgie ou de ressasser des relations anciennes, historiques», a prévenu M. Raffarin au cours d'une conférence de presse qu'il a tenue avec le premier ministre Jean Charest et qui suivait une séance de travail entre les deux premiers ministres et les membres de leur délégation respective.
«Et je crois vraiment qu'il est nécessaire, pour nous, aujourd'hui, de construire l'avenir. Et on construira l'avenir avec la capacité d'avoir des projets en commun», a dit le premier ministre Raffarin. Affirmant que «la nostalgie est une consolation», ce représentant de la droite française s'est même permis de citer Lénine : «Toute consolation est réactionnaire.»
Tout en louant «la capacité formidable» du Québec «de résister quatre siècles durant pour ses valeurs, pour sa langue, pour sa culture», M. Raffarin a souligné que les pays européens, qui sont en train de construire une nouvelle constitution européenne, peuvent trouver ici «un exemple extraordinaire» à la fois pour défendre les identités et affirmer l'unité. M. Raffarin a dit qu'il avait trouvé auprès de M. Charest «cette fermeté dans la capacité de défendre l'identité comme un élément moteur d'avenir, pas une force nostalgique mais une force de création, tout en acceptant les exigences de l'unité et de la capacité stratégique».
Les deux premiers ministres se sont entendus pour préparer «un projet-pilote», selon les mots de M. Charest, afin de mener en 2004 une mission économique France-Québec au Mexique puis une autre, plus tard, en Europe.
Dans la nouvelle alliance franco-québécoise que les deux premiers ministres ont scellée hier, il est amplement question de la promotion de la diversité culturelle. L'instrument international visant à assurer la diversité culturelle a été porté à l'ordre du jour de la prochaine Conférence générale de l'UNESCO, en octobre, ce dont la France et le Québec se sont félicités.
En parlant de diversité culturelle, M. Raffarin a évoqué la position de la France sur la guerre en Irak. «La diversité culturelle, c'est, pour nous, un projet politique», a-t-il dit. «Récemment, nous avons expliqué pourquoi nous voulions un monde multipolaire», a poursuivi M. Raffarin. «Nous ne pensons pas que l'avenir du monde, ce soit le choc des civilisations. Nous ne pensons pas que l'avenir du monde, c'est le combat des riches contre les pauvres, du Nord contre le Sud. C'est la reconnaissance de la spécificité des uns et des autres, le respect de la culture des uns des autres.» De son côté. M. Charest a souligné qu'il y a au Québec un courant pacifiste et que la France et le Québec, en ce sens, partagent les mêmes valeurs. «Avec un peu de recul, je suis convaincu qu'il y a quelqu'un aux États-Unis qui va se rappeler d'où vient la statue de la Liberté», a-t-il dit.
La nouvelle alliance franco-québécoise porte aussi sur le développement régional. Les deux premiers ministres ont retenu le principe d'un fonds franco-québécois pour soutenir des initiatives régionales. Ils ont aussi convenu d'élaborer une stratégie concertée de promotion du français. Il est également question de stimuler la mobilité des étudiants et des professeurs de part et d'autre de l'Atlantique.
Plus tôt en matinée, dans un discours qu'il prononçait devant des gens d'affaires qui prenaient part à Futurallia, une foire réunissant 700 PME françaises et québécoises, M. Raffarin a déploré le manque de présence des entreprises françaises sur les marchés internationaux. «Le Québec est sur la route du développement de la France parce que l'internationalisation des entreprises françaises passe par le Québec», a-t-il déclaré.
À cette occasion, MM. Charest et Raffarin ont annoncé la conclusion d'une vingtaine d'ententes qui généreront des investissements de 55 millions et des ventes annuelles d'au moins 35 millions des deux côtés de l'Atlantique. Une de ces ententes réunit l'Institut national d'optique québécois et le Conseil régional d'Aquitaine de Bordeaux pour le développement de lasers. Trois de ces ententes touchent des entreprises dans lesquelles la Société générale de financement (SGF) détient des participations. Quand un journaliste lui a demandé si la SGF ou Investissement Québec pourraient continuer à investir en France ou soutenir des entreprises québécoises à l'étranger, M. Charest a éludé la question. «Est-ce qu'il y aura une SGF ? La réponse, c'est oui. Est-ce qu'Investissement Québec va exister ? La réponse, c'est oui, mais elle n'existera pas dans la forme où elle existe actuellement», a dit le premier ministre, rappelant que son gouvernement a reçu le mandat de revoir les modes d'intervention de l'État auprès des entreprises.
Comme le veut l'usage, M. Raffarin s'est entretenu avec le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, qui lui a assuré que «les relations bilatérales entre la France et le Québec doivent transcender les partis politiques».
|


plus
|
Questions of identityThe Liberals have been criticized for not taking junkets to Cannes and daring to speak a few words of English in public
DON MACPHERSON
The Gazette Saturday, May 24, 2003
Cultural Affairs Minister Line Beauchamp made political history this week. She became the first politician ever to be criticized for not taking a junket to the French Riviera at the taxpayers' expense.
It was suggested by some of the press that Beauchamp had let down the side by not going to the Cannes film festival to fly the fleurdelisé on behalf of the province's film industry. It was pointed out that her Parti Québécois predecessor, Louise Beaudoin (remember her?), was making the scene as a private tourist, as if to show her up.
Not that official Quebec is under-represented on La Croisette this week. The government, otherwise preoccupied with cost-cutting, sent not one but three representatives of SODEC, the corporation through which the government provides cultural funding. That's in addition to SODEC's permanent representative in Paris, who's also there.
In addition, there are plenty of Quebec producers and actors on the scene, including some of the biggest names in the business here, since a record six Quebec productions or co-productions are being shown at the festival. (One is Denys Arcand's Les Invasions Barbares, a contender for the festival's top prize.)
Chances are Beauchamp was noticed more for not going to Cannes than if she had gone. One can just imagine the paparazzi shouting into their cell phones to their editors: "OK, so I missed Nicole Kidman. But I got an exclusive of the minister of culture from Quebec!"
And what's Beauchamp's lame excuse for staying at home? Actually, she has several. One is that because she's been a minister for less than a month, she's still getting up to speed on her department. Another is that the presence of the cultural affairs minister was required in Quebec City for the opening of a major exhibition there and the visit of the French premier and the minister for la Francophonie.
And, oh yes, a third reason is that she's currently fighting in cabinet to protect her budget, as the government tries to find ways to cover the $4.3-billion shortfall it inherited from the PQ, so that her department can go on providing as much financial support as possible for Quebec culture.
In other words, she's doing Quebec culture more good in Quebec City than she could have done in Cannes. Denys Arcand, for one, seems to get it. According to the minister's press secretary, when Beauchamp explained to the director why she wasn't going, Arcand replied sympathetically, "I understand."
But Beauchamp's problem is that she is a minister in a Liberal government that is already coming under close scrutiny for any sign of weakness involving the questions of identity.
Premier Jean Charest came in for criticism in some quarters (including this one) this week for ignoring the first Journée nationale des Patriotes and (it said here) thereby conceding it as a sovereignist holiday.
And, according to a Presse Canadienne dispatch, some people were offended when Charest spoke English in the presence of the French premier during a speech at a France-Quebec business meeting in Quebec City.
None of the alleged offended was identified or quoted. Nor was it explained why the French might object to hearing English, considering their fondness for anglicisms. Yesterday's mail brought the quarterly magazine of the French foreign affairs department, which bears the punny, franglais name Label France. (Get it? Label France? La Belle France?) Maybe there's some rule limiting the acceptable number of consecutive English words to two.
Anyway, the point here is that, where the public use of English is concerned, the Liberal premier of Quebec is held, by some Quebecers, to a higher standard than the government of France.
And it's not going to get any easier for the Liberal government. Here it is, less than a month old, and already the president of the CSN labour organization, Claudette Carbonneau, has fretted publicly about Liberal backsliding in the enforcement of the language law.
Carbonneau is a little quick on the trigger. She and her nationalist friends are supposed to give the new government at least a few months before they are shocked to discover all those alleged language violations the PQ let slide over the past nine years.
dmacpher@thegazette.canwest.com
|


plus
|
Next, they'll be calling for provincial Clarity Act
NORMAN WEBSTER
The Gazette Saturday, May 24, 2003
Oh, it's a tonic to read the French press these days. The chattering classes are all in a tizzy about Montreal splittism. There is earnest debate about rollbacks of the mergers forced by the PQ government.
Suddenly, we need new rules. Everyone agrees that referendums on defusion should not pass with a simple majority of those who turn out to vote on the day. Heavens, no. The stakes are too important for that.
There is agreement with the Liberal government's proposal that local referendums not be valid unless at least 50 per cent of eligible voters turn out. Some people go so far as to say that 50 per cent of eligible voters should be required to vote Yes for a referendum on defusion to carry. After all, they point out, even condo associations or your local curling club require super-majorities to amend their rules.
All this sounds like stuff I could have written myself. Indeed, I did write it myself, nearly a decade ago in the runup to the last referendum on Quebec secession.
At the time, there wasn't much support for such ideas in the francophone media. Letter writers to Le Devoir, where I wrote a column for two years, foamed at the pen as they denounced these perverted views of democracy. Now, the pundits are practically calling for a provincial Clarity Act to govern referendums. I love it.
The reason for the all the concern is clear. The commentators see a very real possibility that defusion referendums will carry. Montreal, whose unification most of them supported, could end up looking like a municipal Swiss cheese.
They fret especially about linguistic divisions resurrecting old enmities. These worries have some substance.
The optics of "rich," "English," (insert your adjective) Westmount picking up its ball and going home are, to say the least, infelicitous. So, too, for a massive repudiation of French-majority Montreal by the burbs of the West Island.
Anyone who does the math can see that both of these are distinct possibilities. (By the way, the big S word is back in the political vocabulary. A headline in Le Devoir recently slagged "municipal separatism.")
It would soften the blow if others joined in the bolt for freedom. What about Outremont?
The new Longueuil includes some unwilling francophone captives. So do the new Saguenay, Quebec City and Gatineau. We don't need this to become a linguistic battle.
The main message in the whole affair is that democracy is a messy business. With the Parti Québécois gone, it's busting out all over. Somehow, I think we'll survive.
(...)
Norman Webster is a former editor of The Gazette.
|


plus
|
Toward a Canadian identity
National Post Saturday, May 24, 2003
Éditorial -
The current issue of Time Canada, the split-run version of the U.S. news weekly, was clearly designed to shock. "Would anyone notice if Canada disappeared?" its cover asks, the words superimposed over a North American map with a gaping hole in our country's place. In four articles spread over 14 pages, the magazine makes the case that Canada is shrinking from the world stage, and is desperately in need of a foreign policy overhaul.
The reaction from the usual suspects has been swift and predictable. "The American magazine's lament for our nation would be absurd, if it weren't so patently self-serving," huffed one Toronto Star columnist. "Would anyone miss Time, whose reporting on the Iraqi crisis lacked the investigative enterprise of Newsweek, The Washington Post and Britain's Guardian?" asked another.
But in truth, the Time feature told us little we did not already know. True, the inflammatory cover is hyperbolic -- especially when Canadian scientists are leading the fight for a SARS cure, a Canadian filmmaker is the toast of Cannes, the Loonie is surging and our economy is the best in the G-7. But who can dispute the fact that a crumbling military and declining diplomatic prestige have made Canada a fringe player on the global scene? That our government needs to awaken from a lengthy foreign policy slumber to reclaim some sense of purpose and direction on the world stage is hardly a revolutionary thought; even Paul Martin, the former finance minister and Liberal leadership shoo-in, has all but conceded as much.
But even though the Time feature was old news, the harsh reaction it attracted served to remind us of the fragility of our national identity. In a country that judges itself mostly based on how others see it, nothing could be more frightening than the notion that we are irrelevant to our friends, allies and neighbours. When the United States appeared headed toward isolationism in the early months of the Bush administration, few Americans worried that their country was becoming irrelevant. Nor did they worry America was becoming unpopular when, in the lead-up to the Iraq war, millions of protesters around the world demonstrated against the U.S.-led invasion. While the United States is an adult country with a strong sense of national identity, we are like an insecure teenager who desperately seeks the attention and approval of our peers.
Our enthusiasm for multilateralism -- which led our government to the disastrous decision to stay out of Iraq -- is very much tied up with this insecurity. Unsure of our own values, and seeking to ingratiate ourselves in the court of world opinion, we blindly follow the pack of "progressive" European nations. But countries that believe in the truth of their convictions do not let themselves be constrained by a majority vote.
Rather than getting by on knee-jerk anti-Americanism, Canadians must work hard to establish a legitimate identity of their own. Fortunately, we are not building from nothing: We need merely look to the accomplishments of the past five centuries. Whether we celebrate the entrepreneurship that began with the fur traders of the 16th century; the spirit of the north, with a relatively small population persevering across a vast, beautiful but frequently harsh landscape; our country's unique development through evolution rather than revolution; our proud contribution to many wars; or -- yes -- our dominance in hockey, we must aspire to more than a vague sense of self defined by negative inference.
Unfortunately, we are not the only ones seeking to embark on such a project. For years, our government has self-consciously sought to create a treacly "official" identity based on multiculturalism and statism. Likewise, left-wing groups have tried to convince us that our identity lies with medicare and welfare economics -- as if these were defining traits rather than debatable policy choices. It is these trends that have diluted Canada's national character and led us to become such a prickly bunch that we get our backs up over the way a magazine characterizes us on its cover.
Creating a national character is not something that can be done overnight. Nor is it something that can be ordered from above. But over time, if our schools and other public institutions tell children about Canada's history and accomplishments from an early age -- without the numbing, touchy-feely, socialistic tinge that infects current pedagogy, we may over time develop more self-confidence as a nation. Full-scale nationalism need not be our goal, and it may be a pipe dream to ever expect fervent U.S.-style patriotism north of the border. But when Canadians are asked why their country matters, they should at least be able to answer the question.
|


plus
|
Bernard Landry: les nuages s'accumulent sur le gouvernement libéral
SRC 23 mai 2003
Le chef de l'opposition à l'Assemblée nationale, Bernard Landry, estime que les nuages s'accumulent rapidement sur le gouvernement libéral du premier ministre Jean Charest. M. Landry accuse les libéraux de s'être lancés dans une véritable entreprise de «déconstruction». M. Landry a fait ces commentaires à l'issue de la première rencontre des députés du Parti québécois qui ont survécu à la défaite du 14 avril. Il a d'ailleurs salué l'arrivée au caucus de la 45e députée péquiste, Noëlla Champlain, élue dans Champlain le 20 mai.
L'ancien premier ministre a affirmé qu'un mois après sa prise du pouvoir, le Parti libéral, loin de mettre de l'avant un projet de construction du nouveau Québec, se livrait plutôt à une entreprise de «déconstruction», qui se vérifiait tous les jours. Il a cité en exemple le projet de brèche dans le régime d'assurance-automobile, le report de la réforme de l'éducation au secondaire, la mise en veilleuse du projet de développement du mont Ste-Anne, le réexamen du prolongement du métro de Montréal à Laval et les déclarations gouvernementales au sujet de la Vallée de l'aluminium. M. Landry a parlé des «bêtises» du gouvernement libéral.
Tout cela, selon M. Landry, a pour effet de créer un climat psychologique malsain, qui risque de ralentir des projets d'investissements et qui insécurise bon nombre de travailleurs. «Le gouvernement libéral doit cesser de semer la panique», affirme-t-il.
«Astuce politique»
M. Landry demande par ailleurs aux journalistes de cesser de répéter que le budget du Québec accuse un manque à gagner de 4,3 milliards de dollars, comme l'affirment les libéraux à la suite de l'examen de l'ancien vérificateur général Guy Breton. Selon le chef péquiste, il s'agit là d'une «astuce politique», un maquillage, puisque l'incertitude porte, d'après lui, sur à peine 1,2 milliard de dollars.
L'ancien premier ministre explique que des 4,3 milliards recensés par M. Breton, 1 milliard provient de l'incertitude face aux transferts d'Ottawa et que ce problème devrait être réglé lors des discussions avec le ministre fédéral des Finances, John Manley. Les 700 millions de déficit accumulé des hôpitaux n'auraient jamais dû être comptabilisés dans le budget du gouvernement, selon M. Landry. De plus, un autre milliard porte sur des crédits périmés et autres opérations budgétaires normales. Reste donc à trouver 1,2 milliard de dollars, une opération routinière pour tous les ministres des Finances, selon M. Landry.
Défusions: dossier prioritaire
M. Landry a répété que le dossier des défusions municipales constituera l'un des dossiers prioritaires de l'opposition. Les recherchistes du PQ sont déjà à l'oeuvre dans ce dossier et les députés fourbissent leurs armes pour «empêcher que des choses absurdes se fassent», avance M. Landry, qui rappelle que ses alliés dans ce dossier seront les maires des villes unifiées, comme par exemple Gérald Tremblay à Montréal, Jean-Paul L'Allier à Québec et Jacques Olivier à Longueuil.
D'autre part, M. Landry s'est dit préoccupé par les informations selon lesquelles la ministre associée à la Santé, Julie Boulet, est toujours propriétaire d'une pharmacie qui a reçu des cadeaux de la firme de médicaments génériques Apotex. «On va approfondir cela», a affirmé le chef péquiste.
Enfin, M. Landry a dit déplorer la manière utilisée par le gouvernement libéral pour mettre fin au contrat du pdg de la SGF, Claude Blanchet. Il considère injuste de traiter de cette façon des gens qui ont servi l'État.
|


plus
|
Réformes : Raffarin à l'école québécoise
A Montréal Ludovic Hirtzmann
Le Progrès (Lyon, France) vendredi 23 mai 2003
En visite au Canada, le Premier ministre veut comprendre les raisons de la réussite économique du Québec et du Canada. Mais les remèdes de la Belle Province paraissent difficilement transposables en France.
Certes, à Québec, ces jours-ci, il y a Futurallia, ce Salon économique international développé par Jean-Pierre Raffarin, alors qu'il était président de la région Poitou-Charentes. Certes, il y a le « Château Frontenac », le grand hôtel de Québec, avec sa vue époustouflante sur le fleuve Saint-Laurent, dont 200 chambres sont réservées pour la délégation française. Mais le Premier ministre n'est pas venu là pour faire du tourisme ou même de la politique.
Mercredi soir, de passage à Ottawa, il a rendu un vibrant hommage à son homologue Jean Chrétien : « Je dois vous avouer que je trouve, en effet, matière à inspiration dans ce que vous avez entrepris, notamment lorsqu'il s'agit de réformes extrêmement ambitieuses et difficiles ». Le Premier ministre français étudie la réussite canadienne. Après tout, le pays a depuis quelques années la plus forte croissance du G 8 et ses finances publiques sont équilibrées.
Retraités d'en-haut et retraités d'en-bas
La fonction publique canadienne a subi un régime . Le système social, tant canadien que québécois, est perçu comme un modèle de concertation. Nul doute que la délégation française va s'intéresser aux syndicats de la Belle Province. Près de 40% des salariés québécois sont affiliés à des centrales syndicales plus proches du tiroircaisse que d'une quelconque idéologie. Au Québec, la fonction de ces dernières dépasse la simple « défense des travailleurs », selon l'expression consacrée. Les syndicats sont des acteurs du capital-risque depuis vingt ans. L'un des principaux syndicats, la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), gère plus de 4,3 milliards de dollars canadiens (2,7 milliards d'euros) de fonds de capital-risque. Avec quel bois se chauffe ce diable de pays
où l'on trouve toujours du travail en période de crise et où l'on tape sur l'épaule de son patron sans le choquer? « L'ennemi, c'est l'hiver. C'est déjà suffisant » confie une jeune Québécoise.
La délégation française va aussi se pencher sur le fonctionnement des retraites québécoises où un régime public cohabite avec un régime privé. Les retraités qui ont mis un pécule de côté vivent confortablement... lorsque leur fonds n'a pas été touché par un krach boursier. Les autres ramassent dans la rue les canettes de Coca-Cola consignées, faute de pouvoir vivre décemment avec le régime public de retraites.
Si dans les grandes lignes, le modèle québécois peut séduire un gouvernement français chahuté, il ne fonctionne parfaitement que dans un cadre nord-américain. La principale recette de la réussite du Québec demeure sa réactivité et son absence de lois sociales, au sens français s'entend. Les fonctionnaires ne sont pas inamovibles. Un employé peut être licencié un quart d'heure après son embauche et les grèves sont parfois stoppées par des lois spéciales.
Lorsqu'un secteur n'est plus rentable, on s'en débarrasse du jour au lendemain comme l'on fait avec... Un employé. Une potion magique difficilement applicable en France.
|


plus
|
Raffarin plaide la cause française au Canada Irak, G8... le Premier ministre consacre sa visite à démontrer la proximité des vues entre Paris et Ottawa.
Vanessa SCHNEIDER, Ottawa envoyée spéciale
Libération (France) vendredi 23 mai 2003
France-Canada, même combat. C'est en tout cas ce qu'aimerait croire Jean-Pierre Raffarin en visite pour quatre jours à Ottawa, Québec et Montréal. Le hic, c'est que son périple se déroule dans l'indifférence quasi totale des Canadiens, obnubilés par le premier cas de vache folle survenu dans leur pays. Les journaux anglophones ont à peine évoqué la venue du Premier ministre français. Et la cérémonie au monument aux morts, organisée mercredi par les autorités canadiennes en plein centre-ville, n'a attiré que quelques dizaines de badauds.
Après avoir visité l'Inde et la Chine, Raffarin s'est néanmoins réjoui de ne choisir comme destination que des Etats «qui étaient sur nos positions pendant la guerre en Irak». «Nous sommes d'une grande proximité de vues sur la situation internationale, sur la lutte contre le terrorisme par exemple, s'est-il félicité, hier, lors d'une conférence de presse avec son homologue Jean Chrétien, nous sommes tous les deux d'accord pour remettre l'ONU au centre même du droit international.»
Même éthique. Le Premier ministre a également saisi l'occasion pour faire passer quelques messages avant la réunion du G8 à Evian dans dix jours. «Les principes tels que la diversité culturelle, le développement durable, la protection de l'environnement, l'impératif du multilatéralisme, la francophonie, participent d'une certaine vision du monde, d'une même éthique», a-t-il expliqué mercredi lors d'un dîner de gala avec le chef de gouvernement canadien. Il a ajouté que la France aurait «à coeur de convaincre ses partenaires du G8 de poursuivre ce que le Canada a engagé à Kananaskis en faveur de l'Afrique».
Jean-Pierre Raffarin s'est par ailleurs appliqué à minimiser les désaccords et les tensions qui opposent la France au puissant voisin du Canada, les Etats-Unis. Lors d'une interview à Radio Canada mercredi, il a assuré que la France et les deux pays étaient «capables de surmonter les divergences quand il s'agit de lutter contre les fléaux. Nous avons à continuer à échanger avec nos amis américains». Le soir, Jean Chrétien, persuadé que «le passé c'est le passé. C'est l'avenir qui est important», a prévenu : «Les tensions récentes entre les Etats-Unis et l'Europe ne doivent pas occulter l'essentiel : nous sommes plus que des alliés, nous sommes les héritiers d'un idéal démocratique. Affaiblir le lien transatlantique signifierait le déclin de cet idéal.» A bon entendeur...
En famille. Aujourd'hui, Jean-Pierre Raffarin est à Québec où il devrait recevoir un accueil plus chaleureux. Il se rendra notamment au salon Futurallia, consacré aux PME et organisé par sa soeur Françoise Vilain, directrice générale de la chambre de commerce de la Vienne. Il se retrouvera donc en famille avec une centaine de petits patrons picto-charentais. Une transition douce avant de rentrer dimanche en France pour affronter la crise sociale.
|