plus
| ACTUALITÉ
Un film dérangeant
Lysiane Gagnon
La Presse samedi 24 mai 2003
La scène centrale des Invasions barbares se passe dans une cave de l'archevêché où gisent des calices et des ciboires empoussiérés, des Sacré-Coeur et des Vierge Marie grandeur nature, sortis des églises transformées en condos.
Sous le regard aveugle des saints de plâtre tombés de leurs socles, un prélat interroge anxieusement la représentante d'une maison d'encan londonienne : " Pourrait-on vendre cela sur le marché international ? ".
Hélas non, dit la jeune femme. Si encore il restait des objets d'art religieux datant du 18e siècle français... Mais les Américains les ont déjà tous achetés.
Et voilà. Cette Église si puissante, en s'effondrant si brutalement, ce fut d'ailleurs un phénomène unique, encore inexpliqué, signale l'un des professeurs d'histoire du film a laissé un vide qu'aucune morale laïque n'est venu combler.
Il y eut la vague des " ismes ", dont les baby-boomers du film sont depuis longtemps revenus du marxisme au structuralisme en passant par le féminisme et le souverainisme... Que reste-t-il aujourd'hui ? La cupidité.
L'hôpital, sur lequel Arcand pose un regard d'une cruauté inouïe, est la métaphore d'une société qui a perdu le sens des valeurs. D'où l'impossibilité, comme le dit Rémi à la veille de sa mort, de trouver un sens à la vie.
Le personnage lumineux de la religieuse est le seul survivant de l'ère ancienne. Le reste du monde carbure à l'argent, même les bourgeois-bohèmes de la bande à Rémi, qui sont trop bien élevés pour en parler mais qui apprécieront jusqu'à leur dernier souffle les bonnes choses de la vie. On baise moins mais on mange mieux. Les oeufs brouillés au caviar et à la truffe blanche ont remplacé le coulibiac...
Tout se paie, nous dit Arcand, et tout le monde est à vendre. Même les anciens étudiants de Rémi se feront payer pour venir à son chevet (c'est la scène la plus insoutenable du film).
Au centre de ce nouveau monde, le Prince des Barbares, comme le qualifie son père. Le fils qui n'a jamais lu un livre mais qui est chez lui sur tous les continents et gagne des millions sur le marché boursier de Londres... et qui, à coup de fric, offrira à son père des soins décents et une mort douce.
Voilà justement le miracle. Ce fils, qui incarne le capitalisme et la mondialisation et qui trouve que le Québec est " une province de ti-counes ", incarnera aussi l'amour filial inconditionnel.
Denis Arcand s'est surpassé. Son cynisme naturel, si manifeste dans ses films précédents, est maintenant irrigué par l'émotion vraie, dont la clé tient en une scène incongrue, clin d'oeil amoureux à Mingxiao, cette petite fille qui a changé sa vie.
La tendresse, donc. Celle qui lie l'enfant aux parents et les vieux amis entre eux, celle qui, à l'heure du déclin final, réunit les conjoints séparés. Mais oui, il y a un sens à la vie, puisque l'amour est possible et qu'il y a, malgré les divorces et les malentendus, une continuité entre les générations...
On sort de ce film complètement bouleversé, partagé entre le rire amer provoqué par l'impitoyable satire qu'Arcand fait de notre société (son sens de l'humour est encore plus décapant qu'auparavant), et la détresse qu'il nous communique devant la mort et l'histoire tragique de l'humanité.
C'est là un film complexe, marqué par l'intelligence et la maturité. Un conte moral, qui baigne dans le catholicisme autant que l'oeuvre d'un Lars Von Triers baigne dans le protestantisme, et qui reflète fort bien le rapport ambigu de la culture catholique à l'argent : Arcand est à la fois scandalisé et fasciné par le pouvoir de l'argent, c'est peut-être pourquoi son Sébastien est un personnage si ambivalent, à la fois antipathique et attachant.
Arcand est-il trop dur envers la jeune génération ? Chose certaine, il n'est pas tendre non plus envers la sienne. À part le personnage de l'homosexuel, qui donc a réussi sa vie amoureuse, dans la bande à Rémi ? Et qu'est-ce que ces amis qui ont si peu gardé contact entre eux qu'ils ne savaient même pas que l'un d'eux était atteint d'un cancer ?
Si Arcand stigmatise l'inculture et le matérialisme des jeunes, il stigmatise aussi, comme personne ne l'a fait chez nous, l'égocentrisme des baby-boomers : les jeunes du film sont tous des enfants du divorce, traumatisés par l'éclatement de leurs familles.
Chez les jeunes, la seule qui croit, comme Arcand, à la civilisation du livre (elle est correctrice chez Boréal) est l'Ange de la mort qui apportera la paix à Rémi et héritera de sa bibliothèque. Mais c'est un personnage équivoque... Voilà un autre aspect troublant de ce film dérangeant et par ailleurs magnifique.
Dernière question, qui sont exactement les Barbares ? Cela n'est pas clair. J'oserais une hypothèse : les barbares, ce sont ceux qui verront ce film au premier degré.
lgagnon@lapresse.ca
|


plus
|
Les Invasions barbares - L'historien qui ne comprend rien à l'histoire
Daniel Couture, Lac-Etchemin
LE DEVOIR mardi 27 mai 2003
Tous les «istes» et attributs de l'affiche publicitaire du dernier Arcand sont les réelles invasions barbares, l'aurait-on perçu? Mais le «isme» superbement absent qui les résume tous, parfaitement et intégralement, qui personnifie exactement «le» barbare, le «barbare subtil», le ver qui ronge de l'intérieur, ruinant toute civilisation digne de ce nom, toute politique justifiée, toute éthique universelle, toute pensée et tout discours vrais, le «isme» des «ismes», c'est le sophisme.
[...] Il est un petit peu question du sens de la vie et de la mort dans Les Invasions barbares. Les dialogues, souvent drolatiques, sont parfois philosophiques, inscrits dans une intellectualité «résolument moderne». Mais on me permettra une digression philosophique nécessaire : il n'y a aucun discours «moderniste» qui fut élaboré et soutenu sans incorporer les postulats de la modernité allemande. Mais ces chers Allemands ont été viscéralement incapables de penser autre chose qu'une chimère romantico-scientifique. En tant qu'il porte un discours, le film Les Invasions barbares assume ces postulats de la pensée allemande qu'on peut décrire selon les appellations génériques suivantes : le «subjectivisme de la connaissance» et le «relativisme des valeurs».
Or il s'agit là des deux plus grands sophismes jamais inventés, des deux plus barbares énormités qu'on a fait gober au monde, des fautes les plus meurtrières de l'histoire qui, après avoir anéanti les millions de vies dont parle le film, atteignent l'âme des civilisations composées d'hommes et de femmes qui n'en finissent plus d'être morts d'insignifiance.
Je me sens en droit de dire que Rémy est un historien qui ne comprend rien à l'histoire. Les horreurs de l'histoire n'en font pas une histoire d'horreur. Car l'être humain a le temps, au sens le plus strict; nous le possédons, et la juxtaposition cinématographique des faits de l'histoire ne fournit aucune intuition de son sens, comme dirait Bergson. Le genre humain a le temps pour être ce qu'il est et le temps a l'humanité pour donner sa mesure. «L'homme est la mesure de toutes choses» de Protagoras n'est pas un postulat relativiste, mais une vérité profonde.
Les coups de gueule de Rémy-coureur-de-jupons ne portent pas la moindre trace d'un début de lucidité face au temps qu'on a -- lui qui, pourtant, devrait en être au stade où on prend le temps de réfléchir avant de parler. Mais j'avoue que le confort indifférent de l'isolation dans l'héroïne dispense assez efficacement du besoin de réfléchir avec fécondité en rencontrant la réalité. La réalité est un continuum : nulle chose ni personne n'est isolée, et c'est l'isolement qui sécrète l'absurde. «Donnez-moi deux lignes de l'écriture d'un homme et je le ferai pendre», déclarait le terrible Laubardemont; de même, avec des faits isolés, on trouve très aisément ce qu'il faut pour déclarer que le passé des civilisations est une histoire d'horreur.
Les Invasions barbares requiert une suite pour répondre au cynisme arrosé de vin et de relations d'amitiés individualistes de son propos. Car le discours des Invasions barbares est faux, et il vaudrait mieux se faire à l'idée que c'est la vérité qui aura le dernier mot. Évidemment, la critique encense le film : l'esthétisme romantique dégénéré, autrement dit «l'attrait subjectif» de la construction du discours, est devenu le seul critère de sa valeur.
Mais quand vous entendez nos bons acteurs dire des paroles intelligentes dans les Invasions, dites-vous bien que ce sont elles, les barbares...
|


plus
|
Success at Cannes
The Toronto Star May. 27, 2003
Editorial: It was a grand weekend for the Quebec film industry when two of their highly acclaimed members won top prizes at the Cannes Film Festival.
Filmmaker Denys Arcand won the top screenwriting award for The Barbarian Invasions, an intelligent comedy that is the follow-up to The Decline of the American Empire, which gained him acclaim in 1986.
Marie-Josée Croze was named best actress for portraying a heroin addict in Arcand's film who supplies drugs to a dying man to ease his pain.
Few English-Canadians pay any attention to Quebec films. For that matter, they don't pay much heed either to English-Canadian movies.
But the Quebec industry is thriving and the Cannes prizes are just another step in recognizing that fact. Invasions failed, however, to win the top Palme d'Or at the festival. As Arcand said: "Generally, comedies don't win prizes at festivals."
Their prizes are no joke, though. They did themselves proud — and Quebec and all of Canada.
|


plus
|
Les Invasions barbares et l'histoire
José del Pozo
Professeur d'histoire latino-américaine UQAM
LE DEVOIR lundi 26 mai 2003
Lettres: Montréal, le 22 mai 2003
Dans le beau film d'Arcand, Les Invasions barbares, le personnage principal, professeur universitaire d'histoire, reproche à la religieuse qui visite les malades à l'hôpital le fait que les catholiques espagnols et portugais annihilèrent des millions d'Indiens à l'époque coloniale, dans une tuerie qu'il compare aux génocides du XXe siècle.
Une telle comparaison est une belle phrase dans la bouche du personnage, mais elle ne s'adapte pas à la réalité historique. Je ne cherche ni à cacher ni à disculper la cupidité des conquistadores en Amérique espagnole, mais s'il est vrai qu'ils provoquèrent la mort de milliers d'indigènes à la suite de travaux forcés, surtout dans les premières années de la Conquête, la disparition massive des indigènes s'explique par l'introduction de maladies apportées par les Européens, processus non prévu et non planifié. Les Couronnes espagnole et portugaise n'avaient nullement l'intention d'exterminer ces Indiens qui constituaient un bassin de main-d'oeuvre précieux, qui devait être préservé. Et sauf dans des situations spéciales, les Indiens ne furent pas traités en tant qu'esclaves, mais bien en tant que sujets du Roi. Exploités, acculturés et méprisés, ils le furent, sans doute, mais pas éliminés consciemment. De la sorte, on ne peut pas comparer cette situation avec les génocides du XXe siècle, la tuerie délibérée et systématique de certaines ethnies, réalisée par une politique d'État, comme ce fut le cas des Allemands et des Turcs contre les Juifs et les Arméniens. Il y a des libertés que les artistes prennent pour parler de certains sujets, qui peuvent aider à réfléchir sur l'histoire et la société, mais qui ne doivent pas être prises à la lettre par le public.
|


plus
plus
|
Le modèle québécois dans la mire
Alain Dubuc
Le Soleil samedi 24 mai 2003
On ne savait pas trop si Jean Charest, relativement prudent sur la question en campagne électorale, oserait vraiment s'attaquer de front à la vache sacrée qu'est le modèle québécois. Et bien, nous avons notre réponse. Le congédiement de Claude Blanchet, président de la Société générale de financement, annonce manifestement un solide coup de barre.
L'État a un rôle très important à jouer dans le développement économique. Encore faut-il que cette intervention soit bien ciblée, efficace et utile. La SGF est en effet l'un des grands fleurons du modèle québécois. Mais c'est un fleuron qui a mal tourné. Les dérapages de cette société d'État illustrent de façon limpide ce qui ne va plus avec les façons de faire héritées de la révolution tranquille. Son bilan, depuis quelques années, a été marqué de trop de choix douteux, de trop d'échecs, de trop d'idées franchement folles, de trop de laxisme.
Mais qu'est-il arrivé à la SGF ? D'abord la vision d'un politicien, Bernard Landry, alors ministre des Finances, l'un des derniers survivants de l'école de pensée économique des années soixante, avec sa méfiance des entreprises privées et des mécanismes du marché et la conviction profonde que l'État et ses mandataires pourraient faire mieux que l'entreprise privée sur son propre terrain.
Cette vision, à la fois naïve et arrogante est derrière la création de la super-SGF qui regroupait dans une même entité presque toutes les sociétés d'État québécoises à vocation économique et qui donnait un mandat très ambitieux, celui de combler le retard dont le Québec souffre en terme d'investissements. La SGF s'est vu confier des milliards pour investir et susciter des investissements, elle a multiplié les partenariats, fait de la prospection et de la promotion à travers le monde, et même, dans les faits, concocté une stratégie industrielle pour le Québec.
Même si la théorie était boiteuse, la SGF aurait quand même pu bien fonctionner, comme elle l'a fait pour plusieurs projets d'importance fort bien menés. Mais elle a été corrompue par les tares d'un modèle vieillissant : la conviction d'avoir raison, la complaisance, le copinage et la politisation des dossiers. Critiquer la SGF ou même s'interroger sur l'un de ses projets, c'était critiquer les grandes théories du gouvernement, critiquer le modèle québécois, et donc critiquer le Québec. D'où une espèce de loi du silence et une tolérance coupable des gouvernements Bouchard et Landry envers les mauvaises décisions de la SGF.
De façon concrète, parce que la SGF était devenue un instrument idéologique, on a créé, comme dans le cas de la Caisse de dépôt, des sociétés d'État très puissantes sans prévoir d'outils de contrôle capables d'encadrer de tels géants. La SGF échappait aux lois du marché, mais elle échappait aussi aux contrôles politiques, si ce n'est celui d'un ministre des Finances à la fois juge et partie.
Résultat : on a ainsi donné un pouvoir disproportionné à Claude Blanchet, à la fois président de la société d'État et de son conseil d'administration. On a ainsi engendré, à la SGF comme à la Caisse, des monstres aux égos gonflés, animés d'un sentiment d'invincibilité les amenant à oublier le sens de leur mandat. Au moment où l'on réfléchit beaucoup à l'éthique des entreprises, le modèle de gouvernance de la SGF, avec son président trop proche du pouvoir, capable de s'octroyer des avantages financiers indécents, est digne d'une république de bananes.
Cette absence de contrôle est d'autant plus marquée qu'une société d'État comme la SGF n'a jamais été soumise à des objectifs clairs. La SGF mesurait son succès non pas en termes de rendement, mais en fonction de critères qui deviennent rapidement subjectifs, comme le nombre de projets et le nombre d'emplois créés. Avec pour résultat une tendance à se disperser et à multiplier les projets et une comptabilité créatrice pour afficher le plus possible d'emplois "créés". C'est sur le terrain politique que la SGF a plutôt tenté de justifier son existence, documents couleurs, papier glacé, marketing agressif, interventions partisanes et dans l'ensemble, une culture de l'esbroufe loin de la transparence.
Notons aussi la manifeste indifférence à la performance financière. La logique économique qui sous-tend la stratégie de la SGF consiste à croire que, comme celle-ci investit des milliards empruntés, tout va bien si le rendement des projets est supérieur à l'intérêt des emprunts. Mais l'an dernier, la SGF a perdu 84 millions $, et en perdra sans doute plus cette année avec l'échec du projet Magnola, sans que cela ne semble déranger personne. Claude Blanchet a continué à toucher d'énormes primes et le gouvernement Landry s'apprêtait à lui allonger d'autres milliards pour poursuivre sa fuite en avant.
Tout cela a privé la SGF des balises essentielles pour tout organisme qui engage des sommes importantes. Par exemple, la SGF a refusé de vendre sa participation dans un complexe de divertissement techno, Métaforia, qui a par la suite fait faillite. Elle a refusé de vendre ses intérêts dans le projet Magnola qui a depuis fermé ses portes. Deux cas où des pertes importantes auraient pu être évitées.
La même absence de balises a amené la SGF à accepter des niveaux de risques disproportionnés et aussi à quitter les sentiers battus du sens commun. Les plus beaux exemples sont deux projets qui n'ont heureusement pas vu le jour, mais pour lesquels Claude Blanchet s'est battu comme un lion avec une absence de jugement terrifiante. Le premier, le Technodôme, encore du divertissement techno, un secteur risqué, dans lequel la SGF voulait foncer avec un partenaire à haut risque, les frères Reichmann, qui ont derrière eux une faillite immobilière retentissante. Et l'autre folie, un projet d'usine de micro-processeurs avec une société taiwanaise peu connue, Mosel-Vitelic, un projet de trois milliards dont plus de la moitié aurait été des fonds publics.
Voilà pourquoi le ménage qu'entreprend le ministre du Développement régional, Michel Audet, est bienvenu. Cela ne signifie pas qu'il faille abandonner la SGF. Les gouvernements ont besoin d'un bras investisseur. Mais encore plus dans un monde où la concurrence les force souvent à participer au financement des investissements étrangers. Mais il faut repenser le rôle de la SGF, et surtout, revenir à l'essentiel.
Un des grands problèmes économiques du Québec, c'est le niveau insuffisant des investissements. Au lieu de compenser artificiellement avec des fonds publics, comme le faisait la SGF, le Québec doit régler le problème à la source en créant les conditions qui favoriseront l'investissement, travailler sur les PME, sur la productivité, sur la recherche et développement, lever les obstacles fiscaux et réglementaires.
ADubuc@lesoleil.com
|


plus
|
Le gouvernement Charest cherche son rythme
Michel Vastel
Le Soleil samedi 24 mai 2003
Chronique politique - On dit que les 100 premiers jours d'un gouvernement donnent le ton. Jean Charest, prudent, parlait plutôt de "la première année du premier mandat". Même avec un an devant lui, il n'a pas beaucoup de temps à perdre. Or les engagements internationaux de Bernard Landry lui en prennent beaucoup...
"Il y a beaucoup d'international !" soupirait cette semaine un vieux routier du cabinet du premier ministre. Une visite à New York, l'accueil du ministre-président de Bavière puis celle du premier ministre de la République française sont des engagements lourds. Jean Charest s'en acquitte volontiers mais son entourage trouve que cela prend beaucoup de son temps. On dit même qu'il a hâte de retourner aux affaires pour lesquelles il a d'abord été élu, celles de la province de Québec.
La visite française, par exemple, a pris beaucoup plus que les deux jours et demi que Jean-Pierre Raffarin aura passés au Québec. Et elle a occupé plusieurs ministres et hauts fonctionnaires pendant de longues heures consacrées aux sessions d'information, à la négociation d'accords bilatéraux, à la préparation de discours. (En passant, on me dit que Pierre Paradis n'a pas à s'inquiéter : Jean Charest n'a tout simplement pas encore eu le temps de se pencher sur son "cas"...)
Pour l'instant, les ministres ont géré les affaires courantes et ont paré au plus pressé. Certains ont parlé plus vite que d'autres - c'est-à-dire trop ! - mais qu'on se souvienne de la première année du premier mandat du Parti québécois en 1977 avant de leur jeter la pierre. C'est à dessein d'ailleurs que je compare ces deux gouvernements qui marquaient, chacun à leur façon, un véritable tournant dans la façon de gouverner le Québec : un programme ambitieux - une petite révolution en fait - , des ministres sans expérience, et beaucoup d'attentes des citoyens.
On peut dire que les libéraux ne s'en tirent pas trop mal... Mais quand les hôtes étrangers seront repartis, les lampions éteints et les flonflons réduits au silence, le nouveau gouvernement retombera brutalement sur le plancher des vaches : les échéances du discours inaugural et du simili budget approchent très vite.
Parmi les différents ministres, certains "réformateurs" ont incontestablement parlé trop vite. Disons que, leurs décisions n'impliquant pas de nouveaux crédits budgétaires, ils se sont un peu laissés aller. C'est le cas de Marc Bellemare (Justice) et de sa réforme de l'assurance-automobile. C'est aussi celui de Jean-Marc Fournier (Affaires municipales) qui a confondu programme électoral et programme de gouvernement. Il faudra voir ce qu'il restera de son discours à l'Union des municipalités du Québec dans le discours inaugural !
Les ministres de première ligne comme Philippe Couillard (Santé et Services sociaux) et Pierre Reid (Éducation) ont quant à eux colmaté des brèches avec le peu d'argent qui était à leur disposition. Leur collègue Yvon Marcoux (Transports) est par contre un peu dans le champ avec sa décision de suspendre les travaux de prolongation du métro à Laval ! Pense-t-il que ces bons libéraux que sont les Lavallois vont se contenter d'un trou ? Bien sûr qu'il y a des dépassements de coûts ! Mais on ne connaît pas de projet gouvernemental qui n'y soit sujet. La même remarque vaut d'ailleurs pour la Grande Bibliothèque : les murs de béton étant sortis de terre, va-t-on les renfoncer dans le sous-sol de la rue Berri ?
Il est de bon ton de préparer le terrain au ministre des Finances en découvrant des "mauvaises surprises" un peu partout mais il va falloir que ce petit jeu cesse puisque la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, a enfin donné l'heure juste cette semaine devant l'Institut pour le partenariat public-privé. Elle s'accorde en effet jusqu'en septembre pour terminer le travail gigantesque de révision de tous les programmes gouvernementaux.
Cela confirme donc que le "budget" de juin n'en sera pas vraiment un. Yves Séguin aurait tout aussi bien pu se contenter d'une "mise à jour" comme le fit Michael Wilson à Ottawa dans les premiers mois du gouvernement conservateur, attendant lui aussi que la "réingénierie" de l'État soit terminée. Ce serait en tout cas mettre la charrue devant les boeufs que de remettre en cause tous les budgets des ministères avant que la présidente du Conseil du Trésor ait vu ce qui doit être éliminé, ce qu'il faut conserver et... ce qu'il serait souhaitable de créer. À moins que...
Le ministre des Finances ne peut pas, dès le mois prochain, toucher à la structure de l'impôt des particuliers. Il ne peut tout de même pas éliminer les réductions d'impôt promises par le précédent gouvernement après avoir promis de les accélérer ! Yves Séguin pourrait cependant commencer à faire le ménage dans les nombreux crédits d'impôt et programmes de subventions destinés aux entreprises. Il semble même prêt à le faire de façon rétroactive, ce qui risque de coûter très cher, tant en indemnités pour bris de contrat qu'en réputation pour le Québec.
Une chose est préoccupante en particulier : le limogeage de Claude Blanchet, prévisible, semble annoncer une révision précipitée des mandats de la SGF et d'Investissement Québec. C'est du moins ce qu'a immédiatement compris le Globe & Mail, encouragé par les propos de Michel Audet : "vive les lois du marché !" C'est une bonne idée en effet, mais le ministre a-t-il une recette miracle pour inviter les cinq grandes banques canadiennes, toutes de Toronto, à investir davantage dans les entreprises du Québec ? Et le ministre va-t-il convaincre le Globe & Mail de réclamer la fin immédiate de toutes les subventions à l'industrie automobile ?
Le ministre du Développement économique régional va vite se rendre compte que les discours d'un ministre du gouvernement du Québec doivent être un peu plus nuancés que ceux d'un président de chambre de commerce...
MVastel@lesoleil.com
|


plus
|
Communautés culturelles et CSDM: non, il n'y a pas de peur!
Norma Gaona
Commissaire du quartier Westmount-Côte-des-Neiges sud et porte-parole du dossier des communautés culturelles
Marcellin Noël
Président du comité exécutif de la Commission scolaire de Montréal
LE DEVOIR mardi 27 mai 2003
Libre opinion: Il y a quelques jours, un groupe de personnes signait une libre opinion dans Le Devoir, accusant la Commission scolaire de Montréal (CSDM) d'avoir peur des communautés culturelles. Le motif? Nous aurions refusé une proposition du MEMO d'organiser une consultation publique sur notre politique interculturelle.
Nous tenons immédiatement à les rassurer. Non, nous n'avons pas peur des communautés culturelles, mais nous avons peur des pompiers pyromanes du MEMO, car cette mini-pétition, organisée par le MEMO, repose sur un vulgaire mensonge. L'histoire commence il y a quelques semaines, quand la présidente de ce parti a voulu créer une nouvelle en tentant de faire croire à la journaliste de La Presse que nous avions bêtement refusé de consulter les communautés culturelles sur notre propre politique. À cette occasion, elle a omis de transmettre à la journaliste le procès-verbal du conseil des commissaires qui faisait état des discussions qui ont eu lieu. Or, ces débats sont loin de donner cette image de fermeture ou de xénophobie que tentait de donner la présidente du MEMO. Résultat : la sortie de Mme Diane De Courcy n'a donné lieu qu'à un entrefilet. C'est tout ce que méritait cette tentative de manipulation journalistique.
Combien, parmi les signataires de la lettre, ont apposé leur signature sans avoir lu la contre-proposition finalement adoptée par le Conseil des commissaires ? Ce n'est pas un reproche, car il faut toujours présumer de la bonne foi de ses interlocuteurs. Si Mme De Courcy a affirmé que nous avions refusé une consultation par peur des communautés culturelles, il était normal de la croire... bien qu'il soit parfois plus sage de se méfier des versions partisanes. [...]
Cela dit, nous avouons notre surprise devant cette libre opinion. Elle surprend d'abord parce que les personnes ou les groupes signataires ne nous ont pas contactés pour se plaindre de l'attitude de la CSDM dans le traitement des élèves immigrants. C'est plutôt le MEMO qui a mis en scène ce faux drame pour lancer sa campagne électorale.
Surtout, cette lettre est choquante parce qu'elle laisse entendre que nous manquons d'attention et de respect envers les élèves immigrants. C'est oublier bien vite les gestes que nous avons faits depuis quatre ans pour améliorer la situation des élèves immigrants. Rappelons-en quatre qui ont nécessité des budgets et une énergie considérables.
1) Alors que le gouvernement nous demandait de transporter par autobus les élèves de Côte-des-Neiges, nous avons mené une lutte mémorable afin d'obtenir la construction des deux écoles qui permettent de scolariser dorénavant les élèves dans leur quartier.
2) Sans attendre la permission de Québec, et risquant ainsi un déficit important, nous avons pris la décision d'augmenter l'espace vital dans les écoles multi-ethniques en installant des classes préfabriquées dans plusieurs quartiers; puis, nous avons réussi à faire remplacer ces classes préfabriquées par des locaux permanents, ce que le MEMO n'avait jamais même imaginé possible.
3) Nous avons entrepris une véritable révolution de notre secteur d'éducation des adultes afin, notamment, de mieux desservir les parents immigrants. Nous avons ainsi fait doubler le nombre d'étudiants adultes en trois ans. Qui dit mieux ?
4) Enfin, nous avons ouvert un centre d'éducation des adultes dans Côte-des-Neiges, même si celui-ci nous coûte deux fois plus cher que ceux situés dans les autres quartiers.
[...] Le projet de politique qui est sur la table n'est qu'une systématisation de l'ensemble des efforts qui sont faits quotidiennement pour aider nos 45 % d'élèves issus de l'immigration récente.
Un des reproches qui ont été faits à la CSDM est symptomatique du malaise qui nous assaille devant la stratégie du MEMO. Lors d'un conseil des commissaires, une des signataires de la libre opinion nous a reproché d'avoir rendu publics les résultats aux examens de 6e année, en fonction de la langue maternelle. Nous aurions dû, selon elle, réserver ce genre de résultats aux personnes bien informées. Un peu plus et on nous accusait d'être racistes en ayant laissé publier ces résultats.
Ce genre d'arguments illustre bien le piège qui nous guette. La démocratie ne réserve pas l'information au seul cercle des personnes instruites et bien informées. [...] Quand nous avons demandé à nos services de produire ces données, c'était pour vérifier si certains groupes avaient besoin d'un soutien particulier. C'était pour aider les élèves qui en avaient besoin, pas pour les frapper d'ostracisme. Le MEQ produit d'ailleurs des statistiques identiques sur le décrochage selon la langue maternelle. [...]
Cela étant dit, nous avons renvoyé la proposition du MEMO là où elle était destinée : dans le débat électoral. Le MEMO a pratiquement été absent du débat sur les immigrants depuis trois ans. C'est la coalition au pouvoir qui a mené à bien l'ensemble des interventions décrites précédemment. Si nous avions été coupables de délits graves envers les immigrants, au cours de ces trois ans, n'était-il pas de son devoir d'opposition de les dénoncer à mesure qu'ils se produisaient ? Il a fallu attendre la période électorale pour que ce parti sente le besoin de lancer un grand débat public sur la question.
[...] Le MEMO admet lui-même que le projet de politique soumis au Conseil est «un pas dans la bonne direction». Dans le plan d'action qui y est joint, il est également prévu de revoir régulièrement cette politique. C'est sans compter le long processus de consultation auquel nous nous sommes soumis et au cours duquel les gens se sont généralement dits en accord avec les divers éléments de la politique. [...]
|


plus
|
La CSDM a-t-elle peur des communautés culturelles?
Collectif
LE DEVOIR vendredi 16 mai 2003
Libre opinion: Le conseil des commissaires de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a récemment rejeté la proposition des commissaires du Mouvement pour une école moderne et ouverte (MEMO) de consulter les groupes intéressés par le projet de politique d'éducation interculturelle dont l'adoption est prévue en juin. Nous sommes extrêmement déçus de ce refus et souhaitons que la proposition de revoir cette décision sera adoptée lors du conseil du 21 mai. Comment la CSDM peut-elle vouloir adopter cette politique sans la participation des communautés culturelles?
Sachant que plus de 38 000 élèves des écoles primaires et secondaires de la CSDM sont nés à l'étranger ou d'au moins un parent né à l'étranger, ce qui représente la moitié des élèves de la CSDM, il est légitime que les représentants des communautés culturelles discutent des meilleurs moyens de favoriser la réussite éducative de leurs enfants.
Impliqués quotidiennement au sein de groupes oeuvrant au rapprochement interculturel harmonieux, nous souhaitons débattre de ce projet de politique interculturelle. Nous souhaitons entre autres aborder les enjeux relatifs à l'implication des parents immigrants dans la réussite scolaire de leurs enfants, au développement de la francisation et à celui de l'enseignement des langues d'origine.
Nous croyons que la CSDM a la responsabilité démocratique d'être à l'écoute de tous les partenaires avant d'adopter le projet de politique d'éducation interculturelle. En conséquence, nous demandons au conseil des commissaires de revoir sa décision et de tenir une consultation publique sur le projet de politique d'éducation interculturelle.
Henri-Robert Durandisse, Centre haïtien d'action et d'intervention sociale; Mustapha Mehedi, Comité consultatif des relations interculturelles de la CSDM; Abul Sher, Société internationale du Bangladesh; Aïda Kamar, Forum multicommunautaire; Jean Léopold, Centre de bienvenue des nouveaux arrivants; Phung Van Hanh, Communauté vietnamienne à Montréal; Stephan Reichhold, Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes; Ethel Vilchez, Centre d'organisation paralégale et sociale pour immigrants; Jean-Michel Bessa, Mouvement fraternité multiethnique; Evans Desmangles, Bureau de la communauté haïtienne de Montréal; Amouzou C. Comlan, Maison africaine de Montréal; Violaine Gagnon, Centre d'écoute et de référence Halte-Ami; Jean Lambin, CEDEC Centre-Sud-Plateau-Mont-Royal; Manon Perron, Conseil central du Montréal métropolitain (CSN); Azzedine Achour, Solidarité Ahuntsic
Et 158 autres signataires.
|


plus
| Visite Raffarin au Québec et au Canada
La relation France-Québec entre dans "une nouvelle ère"
Patrice Bergeron
Progrès-dimanche dimanche 25 mai 2003
Montréal - Vieille de 40 ans, la relation France-Québec entre dans "une nouvelle ère", selon le premier ministre Jean Charest et son homologue français Jean-Pierre Raffarin.
Samedi, au terme d'une visite officielle de quatre jours, M. Raffarin a qualifié de "nouvelle alliance du XXIe siècle" les ententes conclues entre le Québec et le France au cours des derniers jours.
"Nous avons un devoir d'avenir ensemble", a-t-il soutenu dans une allocution lors d'un dîner donné dans un hôtel de Montréal. Il a ajouté, paraphrasant le général De Gaulle, que "les siècles appellent la France, avec le Québec".
"Nous sommes dans le même camp, le camp de la paix, de la protection de l'environnement, de la création d'entreprises et de la croissance."
Jean Charest a pour sa part affirmé que les deux gouvernements partagent nombre de priorités. Il a cité notamment la volonté de décentralisation vers les régions, le commerce et la création d'emplois, ainsi que l'enjeu de la diversité culturelle.
À ce titre, les accords conclus portent notamment sur la protection de la culture et son exclusion des accords de commerce internationaux. Un autre traite d'une offensive conjointe des entreprises québécoises et françaises au Mexique en 2004. Une déclaration commune sur un modèle alternatif de développement du tourisme a été signée, tandis que le protocole sur l'Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ) a aussi été renouvelé. D'autres accords de partenariats entre PME prévoient pour 55 millions $ d'investissements.
Durant le point de presse qui a suivi le dîner, les deux premiers ministres ont dressé un bilan positif de leur rencontre. Soulignant que ce sont les libéraux de Jean Lesage qui ont ouvert la Délégation du Québec à Paris en 1964, Jean Charest a rappelé que son vis-à-vis était un vieil ami de la province et qu'il avait séjourné ici chaque année depuis 1998. Du temps où il était dirigeant de la région Poitou-Charentes (ouest de la France), M. Raffarin avait déjà ciblé le Québec parmi ses partenaires prioritaires, a mentionné M. Charest.
|


plus
|
Volet supplémentaire à la coopération France-Québec : Le tandem devrait organiser des missions commerciales communes dès l'an prochain
Mylène Moisan
Le Soleil samedi 24 mai 2003
Dépassant le cadre des relations mutuelles, le France et le Québec s'apprêtent à s'unir dans des projets dépassant leurs frontières respectives. Si tout se déroule comme prévu, les deux gouvernements organiseront l'an prochain une mission commerciale commune au Mexique.
Le premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, et son homologue québécois, Jean Charest, ont scellé hier après-midi leur intention de donner une impulsion internationale à la coopération entre les deux nations, vieille de 40 ans. Ce "projet-pilote", tel que présenté par M. Charest, amènera "la France et le Québec à se déplacer à l'extérieur, vers le Mexique dès 2004, pour un déplacement de prospection, de PME, de réseautage d'entreprises". L'année suivante, le tandem franco-québécois se rendrait en Europe, et ainsi de suite, en alternance.
Plus encore, le chef libéral a dit souhaiter que la France et le Québec multiplient les programmes universitaires conjoints, à l'image du baccalauréat commun de l'École supérieure de commerce de Poitiers et de l'Université de Sherbrooke. "On a poussé l'idée un peu plus loin, pour travailler ensemble à aller vers d'autres territoires, d'autres pays, et recruter des étudiants qui seraient intéressés à des programmes de double diplômation", a-t-il confirmé.
Nouvelle alliance
Au-delà des projets, les deux premiers ministres ont signé une "nouvelle alliance franco-québécoise" dans laquelle ils s'engagent à travailler, entre autres, au développement économique et régional et à la promotion de la diversité culturelle. À ce chapitre, M. Raffarin a confié que la France devait s'inspirer du Québec, qui a eu "la capacité formidable de mettre sa culture en avant et de résister, quatre siècles durant, pour ses valeurs, pour sa langue, pour sa culture. Cette force, c'est la force du temps. C'est la force, aujourd'hui, qui s'affirme avec fierté et qui est, pour nous tous, un exemple extraordinaire".
Québec 2008
Par ailleurs, le premier ministre de l'Hexagone, Jean-Pierre Raffarin, a annoncé hier que son pays pousserait à la roue de Québec 2008, par l'entremise d'un "projet de célébration lié à l'urbanisme de la ville".
Sans donner plus de détails, M. Raffarin a constaté qu'"il y a là un événement historique, qu'il nous faut célébrer en France. La mémoire du Québec nous touche et la mémoire de la ville de Québec nous a touchés. Nous répondrons à cette demande".
En fin d'après-midi, le premier ministre français a rencontré son ancien homologue, Bernard Landry, qui s'est dit satisfait de la rencontre. "Je me réjouis des ententes signées. En ce sens, j'ai assuré M. Raffarin de mon appui à toute action du gouvernement qui renforcerait les relations entre la France et le Québec, qui doivent transcender les partis politiques", a déclaré le chef de l'opposition par voie de communiqué.
MMoisan@lesoleil.com
|


plus
|
Ententes france-Québec : La "nouvelle alliance du XXIe siècle", croit Raffarin
Patrice Bergeron
Le Soleil dimanche 25 mai 2003
Montréal - Vieille de 40 ans, la relation France-Québec entre dans " une nouvelle ère ", selon le premier ministre Jean Charest et son homologue français Jean-Pierre Raffarin.
Hier, au terme d'une visite officielle de quatre jours, M. Raffarin a qualifié de " nouvelle alliance du XXIe siècle " les ententes conclues entre le Québec et la France au cours des derniers jours.
" Nous avons un devoir d'avenir ensemble ", a-t-il soutenu dans une allocution lors d'un dîner donné dans un hôtel de Montréal. Il a ajouté, paraphrasant le général De Gaulle, que " les siècles appellent la France, avec le Québec ".
" Nous sommes dans le même camp, le camp de la paix, de la protection de l'environnement, de la création d'entreprises et de la croissance. "
Jean Charest a pour sa part affirmé que les deux gouvernements partagent nombre de priorités. Il a cité notamment la volonté de décentralisation vers les régions, le commerce et la création d'emplois, ainsi que l'enjeu de la diversité culturelle.
À ce titre, les accords conclus portent notamment sur la protection de la culture et son exclusion des accords de commerce internationaux. Un autre traite d'une offensive conjointe des entreprises québécoises et françaises au Mexique en 2004. Une déclaration commune sur un modèle alternatif de développement du tourisme a été signée, tandis que le protocole sur l'Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ) a aussi été renouvelé. D'autres accords de partenariats entre PME prévoient pour 55 millions $ d'investissements.
Québec déjà ciblé
Durant le point de presse qui a suivi le dîner, les deux premiers ministres ont dressé un bilan positif de leur rencontre. Soulignant que ce sont les libéraux de Jean Lesage qui ont ouvert la Délégation du Québec à Paris en 1964, Jean Charest a rappelé que son vis-à-vis était un vieil ami de la province et qu'il avait séjourné ici chaque année depuis 1998. Du temps où il était dirigeant de la région Poitou-Charentes (ouest de la France), M. Raffarin avait déjà ciblé le Québec parmi ses partenaires prioritaires, a mentionné M. Charest.
M. Raffarin a pour sa part insisté sur " l'importance de bâtir des projets communs " et de passer " en phase opérationnelle " rapidement après la signature des ententes.
Il a par ailleurs été interrogé sur les troubles sociaux qui ébranlent la France, notamment la grève des enseignants ainsi que les négociations sur la réforme des retraites dans le secteur public. À savoir s'il fait partie " de la solution ou du problème ", M. Raffarin a déclaré que la France avait une tradition d'expression sociale et qu'il affichait " une détermination sereine ".
Retour confiant
Le premier ministre a assuré hier rentrer en France " confiant, attentif mais très actif et déterminé " vis-à-vis manifestations qui l'attendent contre sa réforme des retraites.
" Je ne suis pas inquiet. Ce sont les inquiétudes de la société française, auxquelles je suis attentif ", a-t-il déclaré au dernier jour de son voyage à Montréal avant de regagner Paris où il est attendu ce matin.
" Certains appellent cela du courage, d'autres appellent cela de l'imprudence. Je dis simplement : c'est de la détermination sereine ", a-t-il ajouté en réaffirmant que la réforme était nécessaire pour les générations futures.
|


plus
|
Le oui de Sharon
Serge Truffaut
LE DEVOIR mardi 27 mai 2003
Éditorial - En acceptant d'inscrire la «feuille de route» à l'agenda politique de son gouvernement pour les prochains mois, le premier ministre israélien Ariel Sharon a gommé une incertitude: il adhère au principe du plan en question. Jusqu'à tout récemment, les mots formulés, les signés envoyés par ce chef d'État avaient suscité une crainte: qu'il récuse la proposition élaborée par le quartet formé des États-Unis, de l'ONU, de l'Union européenne et de la Russie. On se souviendra que, lors du dernier périple du secrétaire d'État Colin Powell, Sharon avait cultivé l'indifférence à l'endroit du plan en question en prenant soin de ne pas l'évoquer.
Décidée en fin de semaine, l'adhésion du gouvernement israélien révèle un changement d'attitude et une concession. Il semble en effet que Sharon ait décidé de mettre de l'eau dans son vin après qu'il eut acquis la certitude que Bush était déterminé à aller de l'avant. La concession ? Elle est de taille. Jusqu'alors Sharon tenait mordicus à ce que toute adhésion ou discussion au plan du quartet soit assujettie à un préalable : que les groupes armés palestiniens s'engagent à mettre un terme à la violence.
Cela étant, les États-Unis, pour convaincre Sharon de cautionner la feuille de route, ont donné à ce dernier des garanties qui n'ont pas encore été divulguées. D'après les échos qui émanent des médias israéliens, ce sont ces garanties qui ont permis à Sharon d'obtenir la majorité nécessaire à l'amorce de la prochain étape. Douze voix contre sept ont voté l'acceptation de la feuille de route. Les opposants, c'est à souligner, appartiennent aux formations d'extrême droite et aux élus du Likoud, comme Benjamin Nétanyahou, qui n'ont pas observé la règle dite de la discipline de parti. Il y a là un embryon éventuel d'éclatement de la coalition du gouvernement en poste.
Comme ce fut le cas lors des tentatives antérieures, tout risque de se jouer autour de la délicate question du retour des réfugiés palestiniens de 1948 et 1967. Sur ce sujet, le gouvernement a émis une réserve d'autant plus ferme qu'elle a été entérinée par une écrasante majorité. Sur ce plan, il est probable que la réserve clairement formulée va créer une certaine friction avec l'administration Bush qui se refuse à négocier des pans de la feuille de route avant que le coup d'envoi à la négociation de celle-ci ne soit officiellement donné.
Il reste que la demande afférente au retour des réfugiés demeure l'écueil sur lequel risquent de se briser les efforts en cours. Telle que formulée pour l'instant, l'exigence des Palestiniens, si elle était acceptée, accorderait aux réfugiés, mais également à leur descendance, le retour en Israël. Or il se trouve que, grâce à un taux de fécondité très élevé, voire le plus élevé au monde avec 6,2 enfants par femme en Cisjordanie, la population palestinienne a triplé en cinquante ans. Pour l'heure, la feuille de route voudrait qu'une «solution juste et réaliste sur la question des réfugiés» soit trouvée.
En attendant, il faut saluer, timidement il va sans dire, le fait que les acteurs en présence aient décidé d'aller de l'avant. Cela signifie que Sharon et son homologue palestinien, Mahmoud Abbas, vont accepter la simultanéité inscrite dans la feuille de route. À savoir que les Palestiniens vont mettre leurs armes en veilleuse et les Israéliens le processus de colonisation doublé du retrait des territoires occupés. Parviendra-t-on à franchir durablement cette première étape ? On peut en douter.
|


plus
|
Liberals are right to rethink Laval métro
HENRY AUBIN
The Gazette Tuesday, May 27, 2003
The Charest government is questioning the fate of the métro extension to Laval. Any decision to shut down the project would not be easy.
The new tunnel, to stretch five kilometres north of Henri Bourassa station, is 80-per-cent complete. Contracts worth about $300 million have already been awarded.
Still, the project is far from being a fait accompli. The tunnel is still in the raw stage, without concrete walls, and the tricky part of burrowing far under Rivière des Prairies has yet to begin.
The scheme abounds with questions that should have been asked long ago, and the new transport minister, Yvon Marcoux, is prudent to seek answers before the project wanders any farther.
The original inspiration behind this project was votes; the banal matter of actual utility to the public has been an afterthought.
The Parti Québécois government announced the glitzy plan just before the 1998 election, using it to help win four of Laval's five ridings. (The ploy didn't work a second time: on April 14, the Liberals swept the five seats). This politicized genesis helps explain the distinctively back-of-the-envelope planning.
Marcoux's first challenge is to get a proper cost estimate. The 1998 pricetag was for a total of $179 million, and while the responsible provincial body, the Metropolitan Transit Agency still insists that final pricetag will be $378 million, some transportation experts say it could go at least $200 million higher.
The second question is: How can taxpayers afford this? The Liberals are struggling to cope with the Landry government's legacy, the $4-billion budgetary shortfall. Elected on a platform of increasing spending in just two areas, health and education, the Liberals don't see public transit as a priority.
Public transit is, however, already a monstrous budgetary challenge - even without a Laval métro. The Montreal Transport Corporation says that 336 of its métro cars, 40 years old, urgently need replacing, a credible claim. The cost: $850 million. Add to that another $300 million for new métro infrastructure over the next three years.
And that's just the MTC. The pathetic roads also need billions.
So far, we've only looked at the Laval project's construction costs. But who's going to pay for the cost of operating the service? Residents of Montreal should get their guards up.
The matter is now being negotiated with Quebec. But the MTA says the province would give Montrealers, whose local property taxes help pay for public transit, roughly the same compensation for hauling Lavallois on the métro as it already does for carrying off-islanders on the South Shore line. And that reimbursement is far from satisfactory.
More of the same is not what Montrealers need.
That brings up another question. What other problems will the Laval project cause Montrealers? When running for the Montreal mayoralty five years ago, Jacques Duchesneau put his finger on a little-debated aspect of the métro extension. "There is nothing, absolutely nothing (in it) for Montrealers," he said. "What is really irritating is that when the Laval residents get on the métro in Laval, they'll sit on the seats, and when the train arrives in Henri Bourassa, our citizens, who have been paying for the system 32 years, will have to stand."
Before non-straphangers dismiss this as narrow xenophobia, they might bear in mind that at rush hour this segment of the métro below Henri Bourassa is already sardine-can crowded. And the PQ government never consulted Montreal authorities about this vote-getting project.
The final question is about cost-effectiveness. A MTA spokesperson told me yesterday that a mere 5,000 new riders would use the three new Laval stations each day, and this includes Montreal-to-Laval commuters. That means that if the project is completed at the optimistic cost of $378 million, Quebec taxpayers will have to fork out $111,000 for every new passenger.
They could save money buying each of these folks a Mercedes.
Marcoux could strike a big blow in favour of public transit and freer-flowing bridges by focussing on inexpensive ideas. Some have been around so long that it's hard to believe they weren't done years ago. They include more reserved bus lanes and car-pooling. He should do the simple stuff first, and only then take up the fancy idea.
Henry Aubin is The Gazette's regional-affairs columnist. haubin@thegazette.canwest.com
|


plus
|
PQ issued a credit-card budget
DON MACPHERSON
The Gazette Tuesday, May 27, 2003
C.D. Howe, the federal Liberal cabinet minister, didn't actually shrug off criticism of his department's spending in the mid-1950s by asking, "What's a million?"
And there's no conclusive evidence that Everett Dirksen, a United States Republican senator, really did say about government waste a decade or two later, "A billion here, a billion there, and pretty soon you're talking about real money."
But to hear Parti Québécois leader Bernard Landry tell it, you'd get the impression that it's no big deal for a Quebec government with a budget approaching $60 billion to scrape together a billion or two in a pinch, a matter of checking behind the sofa cushions in the finance minister's office for loose change.
Landry has got tired of hearing talk about a $4.3-billion gap in the budget for this year that his government tabled the day before it called last month's election. That was the headline number from the report of former auditor-general Guy Breton, whom Premier Jean Charest asked to take a look at the province's books as they were left behind by the former administration.
It's not really $4.3 billion, says Landry. First of all, he tosses out a shortfall of about $1 billion in projected federal transfer payments since Ottawa has indicated it will soften the blow. Next, he says Breton shouldn't have counted the hospitals' total deficit of $700 million because it is the hospitals in question, not the government, that are legally responsible for it.
Then, Landry says, there's another $1 billion that even Breton says the government should have no trouble finding, notably in lapsed credits, or unspent budget allocations. Here Landry has a point: While Breton identified a gap of $4.3 billion, he said the real problem amounts to $3.3 billion. And that, according to the PQ leader's math, narrows the gap to only $1.2 billion, which, he says, is the kind of routine problem the government faces every year.
It is a routine problem, however, because, as economist Pierre Fortin has pointed out, the former PQ government provided no safety cushion in its budgets in case revenues turned out to be lower or expenses higher than it had forecast.
But even by the standards of government budgeting, there's something wrong when it's already apparent that the government will have to scramble to come up with $1.2 billion (Landry's figure) or $3.3 billion (Breton's) less than eight weeks after the budget is tabled. That's how long after the former PQ government dropped off its budget on the way out the door to the campaign trail that Breton produced his report.
Part of the problem is that within a couple of weeks, the budget's economic forecasts were already starting to look overly optimistic.
But the Breton report suggests pretty strongly that the government wasn't just optimistic, but downright deceptive, even ignoring warnings from its own officials so it could present a rosy picture of the province's finances while it was making extravagant promises to get re-elected.
Starting last fall, the report says, the finance department and the secretariat of the Treasury Board (the department that controls government spending) warned the government of a "substantial budgetary impasse" starting this year.
The officials gave the government a choice: a combination of "major" spending cuts and tax increases to maintain a balanced budget, or start running annual deficits again.
The government chose "a third way:" maintain a balanced budget "while presuming that, once returned to power, this same government would manage certain calculated risks in an appropriate manner over the course of the year."
In all, it was government budgeting by credit card: buy public services now, figure out how to pay for them later - after the election - when the bill came in. It was a budget that was intended to have a shelf life of only 35 days, just long enough to get the PQ through the campaign.
Now actually balancing the budget, with real numbers instead of ones apparently out of thin air, is somebody else's problem. And we've all learned a valuable lesson: don't believe a budget brought down by a government just before it calls an election.
dmacpher@thegazette.canwest.com
|


plus
|
English for the young
The Globe and Mail Tuesday, May 27, 2003
Knowing English is a prerequisite for success in almost any field in North America. Quebeckers overwhelmingly agree. Yet a debate still rages in the province over the new Liberal government's promise to begin teaching English in Grade 1.
The opponents include not only nationalists, for whom such early exposure to English amounts to an invitation to assimilation, but also those who think the Liberal plan misses the point about how a second language is effectively taught. Neither fear is unfounded. Both are surmountable.
At present, francophone children in the Quebec public school system receive an hour a week of English instruction beginning in the fourth grade. In English-speaking Canada, French classes generally begin in the first grade. Yet, in 2001, fully 36.6 per cent of francophone Quebeckers declared themselves bilingual, compared with only about 9 per cent of anglophone Canadians. In addition, more than half of Quebec francophones in their 20s are bilingual. Clearly, learning the other official language has to do with more than the moment one starts studying it.
But starting to learn English in Grade 1 can't hurt, surely -- or can it? Opponents of the Liberal plan think so. In one camp, there are those who think Quebec French remains far too fragile, polluted with anglicisms and English syntax, to risk imposing two languages on children from the outset of their formal education. Better to allow them to master their mother tongue before they embark on learning another. Otherwise, the survival of French in North America will be further threatened.
Even many who favour more English instruction are against the Liberal plan. This second group argues, and many academics concur, that what counts most in learning a second language is the intensity of instruction. One year of intensive English classes or immersion is generally more effective than 10 years of one-hour-a-week instruction. Quebec already has a shortage of qualified English teachers. What good is it to spread them even thinner by starting English classes in Grade 1?
These are legitimate concerns. But they should not deter Jean Charest's government from upholding its promise -- provided it reassures the second group by devoting the necessary resources, such as hiring qualified instructors, to ensure its success. As for the first group, English is taught in public schools throughout Europe from an early age, without threatening the Swedish, Dutch or Flemish languages. Granted, francophones in Quebec are surrounded by a sea of English in North America. But their culture and language are much more resilient than they sometimes realize.
Given the obstacles the French language in North America has already overcome, its survival is not likely to be compromised by teaching English to six-year-olds. Those children, meanwhile, may just get a leg up in life.
|


plus
|
Cité du multimédia/Cité du commerce électronique Fermons les robinets et repensons la Cité
Michel Dumais
LE DEVOIR lundi 26 mai 2003
CONVERGENCE - Vinq-cinq mille dollars durant cinq ans, pour tout nouvel emploi créé. Tel était à l'origine le Plan Mercure, une idée intéressante lancée par Sylvain Vaugeois, l'homme derrière la venue d'Ubisoft, et la naissance de la Cité du multimédia. Pourtant, de cette bonne idée, est né un projet où la création de nouveaux emplois a plutôt servi de prétexte à l'édification d'un projet immobilier servant à redonner vie à un quartier tombé en désuétude. Au moment où les gens d'affaires de la Cité se proposent d'envoyer un message de ras-le-bol au gouvernement Charest, celui-ci a l'occasion de réparer les erreurs du passé.
Une bien belle idée le Plan Mercure. Après tout, remettons-nous dans le contexte des années 90, alors que le multimédia et les nouvelles technologies étaient tout aussi à la mode que le country dans les chics salons d'Outremont et du Plateau.
Arrive Sylvain Vaugeois, ami du Ministre des Finances de l'époque, Bernard Landry, ex-membre des conspirateurs de l'an 2000 dont faisait partie un certain Gilles Baril, et son Plan Mercure.
Le but de ce programme financier est fort simple : pour attirer à Montréal les grands joueurs de la nouvelle économie, de l'industrie du logiciel et du jeu, il n'y a qu'à verser une subvention de 25 000 dollars par année durant cinq ans pour tout nouvel emploi créé. Évidemment les espoirs d'un tel plan sont qu'en subventionnant ainsi ces formes de stages rémunérés pour les jeunes au sein d'entreprises qui avaient le vent dans les voiles, ceux-ci ont la quasi-assurance d'avoir un emploi à temps plein une fois la formation écoulée.
Quelqu'un connaît-il un chef d'entreprise qui résisterait à une telle offre? Pourtant, les fonctionnaires du ministère des Finances sont sceptiques. Cela est loin d'arrêter Vaugeois qui s'envole vers la France rencontrer les frères Guillemot, fondateurs de l'entreprise Ubisoft, en leur proposant le fameux Plan. Croyant le Plan Mercure un programme officiel du gouvernement québécois, les frères Guillemot débarquent à Montréal annoncer la venue d'Ubisoft, et la mise en place de nouveaux studios de création. Avec évidemment, 550 nouveaux emplois à la clé. Petit problème : le Plan Mercure n'est encore qu'un projet dans la mallette de Vaugeois. S'en suit un odieux chantage entre Vaugeois et le gouvernement, Ubisoft menaçant de retourner dans ses terres et adios les 550 emplois.
Finalement, après plusieurs rencontres avec Bernard Landry et les fonctionnaires du Ministère des Finances, et les ministres fédéraux Cauchon et Pettigrew, l'imbroglio (et le chantage) est chose du passé et bienvenue Ubisoft et les nouveaux emplois. La société décide de s'installer dans un immeuble industriel du boulevard Saint-Laurent et Vaugeois de se promener sur la planète en clamant haut et fort que pour bénéficier de tels programmes, il est préférable d'avoir comme intermédiaire le groupe Vaugeois.
Évidemment, l'industrie locale naissante fait entendre sa voix haut et fort, tout en réclamant elle aussi les subsides gouvernementaux. Finalement, après plusieurs semaines de discussions «viriles», le gouvernement accouche du programme de crédits d'impôts de la Cité du multimédia.
Pour en profiter, les entreprises doivent s'engager à s'établir dans la Cité du multimédia à Montréal, au Centre national des nouvelles technologies de Québec (CNNTQ), dans un des Carrefours de la nouvelle économie (CNE) mis en place dans de nombreuses régions de la province ou dans un des Centres de développement des technologies de l'information (CDTI) devant se constituer dans certains centres urbains de la province.
Bref, on constate rapidement que les fondements même du Plan Mercure ont été dénaturés: des subventions qui devaient mener à la création de nouveaux emplois serviront plutôt à faire revivre un quartier de Montréal qui tombait en ruines. Au lieu d'investir dans le neurone, on a plutôt choisi de privilégier le béton. Et le béton a son prix : cher, très cher. Les prix au pied carré se rapprochent de ceux de la tour IBM, sans avoir le raffinement de cette place d'affaires.
De plus, on ne parle plus de création de nouveaux emplois : le programme sert à subventionner des emplois déjà existants, en faisait ainsi un magnifique cadeau à des entreprises en excellente santé financière. Disons-le franchement, le programme de la Cité du multimédia a servi à subventionner des déménagements d'emplois.
Quand au concept même de Cité multimédia... Lui aussi se trouve totalement dénaturé, les portes étant grandes ouvertes pour à peu près n'importe quelle entreprise.
Et que dire du programme de la Cité du commerce électronique qui ne servira qu'à subventionner lui aussi des emplois existants chez IBM et CGI. On ne peut blâmer les dirigeants de ces entreprises de résister à de tels cadeaux.
Pendant ce temps Ubisoft, une des rares entreprises a avoir véritablement créé des nouveaux emplois et à avoir respecté l'essence même du Plan Mercure, Ubisoft donc, continue à prospérer dans son immeuble du boulevard Saint-Laurent. Quant à un déménagement vers la Cité, demandez donc aux frères Guillemot pour voir si la chose les intéresse. Pas question ont-ils déjà déclaré à un collègue. Et peut-on les blâmer? Entre la vie urbaine sur Saint-Laurent et un site où les stationnements, les restaurants, les transports en commun et toute vie après 5 heures le soir sont inexistantes, que choisiriez-vous? Un endroit où les améliorations locatives coûtent la peau des fesses. Un endroit où les locataires ont été livrés pieds et poings liés à un promoteur immobilier. Pas cons les Guillemot.
Arrive en jeu un nouveau gouvernement. Ne devant sa récente victoire à personne, ni aux syndicats et encore moins aux «faiseux» du club Saint-Denis qui ont plutôt préféré appuyer le jeune chef adéquiste, le gouvernement Charest, avec le budget qui sera présenté au début juin, a les mains libres et a la possibilité de réparer les erreurs du passé et d'être cohérent avec le discours tenu durant la campagne électorale.
La Cité du commerce électronique? Ce programme ne profitant actuellement qu'à quelques rares et richissimes entreprises comme IBM et CGI, il n'y a qu'à déchirer les contrats, finir l'immeuble et mettre la pancarte à vendre devant. Draconienne comme mesure? Sans aucun doute. De toute façon, personne n'y a encore emménagé, et quant aux éventuels nouveaux emplois créés... C'est ce qu'ils sont, éventuels.
Pour ce qui est de la Cité du Multimédia, son cas est plus complexe. Il est évident que le programme actuel ne favorise pas la création de nouveaux emplois. Il serait facile de dire «on ferme la shoppe demain matin» mais alors que certaines entreprises établies dans la Cité applaudiraient à tout rompre la rupture des engagements en cours, d'autres se retrouveraient dans la panade.
Quoi qu'il en soit, il faut dès aujourd'hui mettre fin à ce programme. Faut-il par la suite offrir à ceux qui le veulent bien de rompre leurs contrats? Une pétition d'une vingtaine d'entreprises voulant «sacrer leur camp» au plus vite de la Cité a déjà été remise au gouvernement précédent.
Une idée intéressante, alors que la Cité est en ce moment en vente, serait de l'offrir à différents promoteurs et faire jouer ainsi la concurrence. Je doute fort que les prix et les conditions actuels de la Cité demeureraient les mêmes.
De plus, les conditions devraient être aussi resserrées, et l'on devrait réintroduire l'esprit (et la lettre) du Plan Mercure : pas de nouveaux emplois, pas de crédits d'impôts.
Toutefois, cette histoire n'est pas terminée. Demain matin, l'association des gens d'affaires de la Cité Multimédia convoque une conférence de presse pour dénoncer les agissements ' bizarres' des différents intervenants dans ce dossier, d'Investissements Québec au promoteur immobilier. Les gens d'affaires en ont ras-le-bol et entendent bien le dire demain.
mdumais@ledevoir.com
|


plus
|
Visa le noir...
Michel David
LE DEVOIR mardi 27 mai 2003
Jusqu'à présent, il semblait acquis que les libéraux de Jean Charest avaient renoncé à dépoussiérer le dossier constitutionnel avant longtemps. En un sens, c'était plutôt rassurant. Au reste, le gouvernement a déjà beaucoup de pain sur la planche avec sa «réingénierie» et ses compressions budgétaires, en attendant le psychodrame des défusions.
L'entrevue que le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, a accordée au collègue Robert Dutrisac, la semaine dernière, laisse toutefois perplexe. Après avoir fait bon accueil aux revendications de Terre-Neuve, qui voulait revoir les conditions de son adhésion à la fédération canadienne, voilà maintenant qu'il encourage l'Alberta à relancer les discussions sur le Sénat triple E, auquel il se montre favorable. Ça ne tombera sûrement pas dans l'oreille d'un sourd.
Les propos du ministre sont un peu décousus, mais il donne l'impression de proposer une sorte de troc aux partisans du triple E dans l'ouest du pays : appuyez mon Conseil de la fédération et j'appuierai votre Sénat.
Les rares personnes à s'intéresser encore à ces questions au Québec seraient sans doute d'avis que l'un devrait remplacer l'autre, de manière à éviter le double emploi. Le rapport Pelletier, qu'il serait peut-être temps de relire, est cependant très clair : «Nous ne sommes pas de ceux qui préconisent l'abolition pure et simple du Sénat et son remplacement par un éventuel Conseil de la fédération. Nous préférons, pour l'instant, mettre l'accent sur la complémentarité de ces institutions.»
Il n'y a sans doute qu'au Canada où l'on peut participer à une réforme majeure de la Constitution, tout en prétendant ne pas y adhérer. «Ce n'est pas en réglant un ou deux dossiers ponctuels, qui sont des dossiers limités, que ça amènerait l'adhésion du Québec au compromis de 1982», plaide M. Pelletier.
Remarquez, il est déjà assez singulier qu'un représentant officiel du gouvernement du Québec qualifie de «compromis» le coup de force perpétré par le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau, avec la bénédiction des neuf provinces anglophones.
***
Il est tout aussi étonnant qu'un éminent professeur de droit constitutionnel puisse considérer comme un «dossier limité» une réforme du Sénat fondée sur le principe de l'égalité des provinces, qui aurait forcément pour effet de diminuer le poids relatif du Québec au sein de la fédération.
Une des cinq conditions que le gouvernement Bourassa avait posées pour signer l'acte constitutionnel de 1982 était l'octroi d'un droit de veto sur toute modification aux institutions fédérales, notamment le Sénat. Au lac Meech, en 1987, les premiers ministres avaient donc résolu d'enchâsser dans la Constitution le principe du consentement unanime des provinces. C'est seulement à l'occasion d'une conférence ultérieure qu'on avait convenu d'examiner le contenu d'une éventuelle réforme du Sénat.
L'accord ayant échoué pour les raisons que l'on sait, les modifications aux institutions fédérales, sauf en ce qui concerne la composition de la Cour suprême, tombent toujours sous le coup de la règle dite du «7-50» établie en 1982, c'est-à-dire que l'assentiment de sept provinces totalisant 50 % de la population canadienne suffit.
Quand il a décidé de signer ce véritable fouillis qu'était l'accord de Charlottetown, en août 1992, on a reproché à Robert Bourassa de souscrire à une formule d'amendement qui accordait au Québec un droit de veto sur la réforme du Sénat... après qu'elle eut eu lieu. Le gouvernement Charest ne serait pas mieux avisé d'ouvrir la porte à une réforme du Sénat qui pourrait se conclure sur une entente insatisfaisante pour le Québec.
***
M. Pelletier est un homme d'une grande civilité, qui n'aime pas les gros mots. Parler d'un «malaise» au sein de la fédération, en raison de «l'insensibilité» fédérale à la nécessité de respecter les champs de compétence des provinces, relève de l'euphémisme. Son désir de trouver un moyen de mieux encadrer le pouvoir de dépenser d'Ottawa ne fait aucun doute. En tout respect, on peut toutefois se demander s'il sait bien ce qu'il veut.
Officiellement, la reconnaissance de la spécificité québécoise, peu importe le terme qu'on choisirait, fait toujours partie du partie du programme constitutionnel du PLQ, même si aucune échéance n'est fixée. Pourtant, M. Pelletier déplore que les provinces canadiennes, notamment le Québec et l'Ontario «évoluent trop distinctement l'une de l'autre».
S'il croit ce qu'il a écrit dans son rapport, c'est-à-dire que «la formule fédérale n'exclut aucunement l'asymétrie dans les rapports entre les partenaires fédératifs», il devrait plutôt s'en féliciter.
Il assure vouloir «défendre âprement certaines compétences du Québec qui touchent à des secteurs névralgiques pour l'identité québécoise», comme la santé et l'éducation, mais le Conseil de la fédération serait appelé à définir des normes et des objectifs communs. Dans son rapport, il prévoit que le Conseil pourrait se transformer plus rapidement qu'on ne le croit en «une véritable autorité décisionnelle».
En matière de relations internationales, la position du Québec, telle que Paul Gérin-Lajoie l'a énoncée en 1965, est fondée sur le principe du prolongement international de ses compétences constitutionnelles.
Le Conseil de la fédération imaginé par M. Pelletier comprendrait notamment un Secrétariat aux relations internationales, qui examinerait comment les provinces pourraient être associées aux traités internationaux qui mettent leurs compétences en cause. Précisément pour les raisons d'identité qu'il évoquait lui-même, on peut très bien imaginer que les intérêts du Québec et des autres provinces diffèrent. Lesquels primeront, pensez-vous ?
M. Pelletier prétend vouloir contrer l'unilatéralisme d'Ottawa avec sa «cogestion interprovincialiste», mais il pourrait bien se tromper de cible.
mdavid@ledevoir.com
|


plus
|
Le Québec au coeur de la tendance mondiale
Anne Desjardins
Le Soleil dimanche 25 mai 2003
Les conférences internationales qui se tiennent ici ont l'avantage de nous faire découvrir notre propre réalité à travers le regard d'autrui. Et de l'apprécier différemment. C'est ce qui est arrivé à la mi-avril, lorsque 115 délégués de l'IACP (Regroupement international des professionnels de l'art culinaire) ont fait une visite éclair d'une journée dans la région de Québec. Venus découvrir le travail de nos producteurs artisans, ils sont repartis enthousiastes, en jurant de répandre la bonne parole dans le reste du monde : ce berceau de l'agriculture en Amérique du Nord est un paradis gastronomique. Et une terre de Slow Food qui s'ignore
" Ce fromage fantastique est bien à croûte lavée, n'est-ce pas ? ", me demande une productrice de food shows californienne, la bouche encore pleine de Migneron de Charlevoix. À quelques pas de là, dans le coin des mignardises, cuisiniers, traiteurs, éditeurs de magazines et aubergistes s'agglutinent autour du chef pâtissier du Musée de l'abeille afin de lui soutirer ses secrets : " Vos chocolats à la lavande et au miel, vous les produisez comment ? Cette ganache, elle est fabriquée avec du miel d'été ou de printemps ? "
Imaginez deux autobus pleins de gastronomes professionnels venus du monde entier, qui débarquent sur l'île d'Orléans et sur la côte de Beaupré dans le but avoué de s'offrir un parcours gourmand bien documenté. Le CAADRQ (Conseil de l'agriculture et de l'agroalimentaire pour le développement de la région de Québec), qui organisait l'événement, avait du pain sur la planche afin de satisfaire l'insatiable curiosité de ces gens qui patrouillent la planète à la recherche de raretés culinaires et de savoir-faire insoupçonnés. La visite était conçue pour leur permettre de rencontrer une dizaine de producteurs et d'apprécier la qualité du lien entre artisans et cuisiniers. À midi, la caravane s'arrêtait chez le chef Martin Bolduc, de l'auberge La Goéliche. Ensuite, le chef Jean-Luc Boulay prenait la relève au Saint-Amour pour souper. Tous deux avaient conçu leur menu à partir de produits locaux.
La journée a été un succès pour les participants. Premier arrêt chez Philippe Steinbach et sa femme Claire, qui expliquent les étapes de production du cidre de glace biologique tout en faisant déguster leurs terrines de canard, moutardes et autres spécialités. " C'est bien du cassis que je goûte dans le confit d'oignon ? demande Lorna Rhodes, styliste et auteure de Grande-Bretagne. D'où vient-il ? " Puis, Jeri Jackson, de The Art of Food, à New York, entraîne des collègues à sa suite dans le but avoué de dévaliser les présentoirs. Le manège se poursuit ainsi toute la journée, au grand plaisir des participants. " Ce saumon fumé de Charlevoix est le meilleur que j'ai mangé in my entire life ", s'exclame le président du Globe Trotting Gourmet, de Sydney, Australie, pendant le cocktail du midi. Tout le monde l'applaudit. De son côté, André Gosselin, de Fines herbes par Daniel, a fort à faire pour contenir l'achalandage devant son petit kiosque où des herbes rares et des fleurs comestibles bien vivantes dans leurs plateaux remplis de terreau connaissent une grande popularité. Même engouement pour les mistelles et sirops de pomme de la Cidrerie Bilodeau et les pâtes de fruits des Saveurs de l'Isle d'Orléans. Heureusement qu'il y a les commandes par Internet pour ces gourmets qui habitent à des milliers de kilomètres !
Produits de niche
Cherkaoui Ferdous, directeur général du CAADRQ, n'est pas surpris de cette réaction enthousiaste. " En plus d'offrir une perspective historique fascinante sur l'agriculture, notre région se distingue par la qualité de ses productions. Nous commençons à comprendre que l'avenir se trouve dans la création de produits de niche à haute valeur ajoutée, comme ceux que nous avons présentés lors de cette tournée du Parcours gourmand. Il ne faut pas oublier que la plupart de ces visiteurs sont des militants qui croient au développement durable, à la production locale et à la mise en valeur du patrimoine culinaire régional. Mais chez eux, dans bien des cas, le lien essentiel entre producteurs et cuisiniers s'est perdu et ils doivent travailler très fort pour sensibiliser et éduquer leurs concitoyens à l'importance de préserver une certaine philosophie de la cuisine et du goût. Alors, quand ils découvrent où nous en sommes dans l'application du concept " de la terre à la table " si cher à la philosophie du Slow Food, ils sont étonnés. Et contents. Nous sommes sur la bonne voie avec notre approche. C'est réconfortant ! "
Ce que me confirme Ruth Alegria, qui dirige le Princeton Cooking School, au New Jersey. " Je vous envie cette communauté de fermiers et de transformateurs qui semblent travailler main dans la main à produire des aliments magnifiques tout en respectant leur environnement. Nous avons perdu cela. " Puis, elle désigne le repas préparé par le chef Jean-Luc Boulay. " Même à New York, les plus grands cuisiniers n'ont pas accès à autant d'aliments frais produits avec autant de soin par des petites entreprises familiales pour les inspirer. Vos gens appliquent les principes universels du Slow Food sans même le savoir ! Chez nous, il faut toujours se battre " Maria Kijac est originaire de Quito, en Équateur, et vit maintenant aux États-Unis. Professeure, auteure et spécialiste de la cuisine sud-américaine, elle est très impliquée dans le mouvement du Slow Food, qu'elle considère essentiel pour la survie de notre petite planète. " C'est encourageant de voir le travail qui se fait ici pour préserver les traditions culinaires. Vous utilisez surtout un mode de transformation artisanale de la nourriture qui respecte l'environnement et préserve votre originalité. C'est une façon de faire beaucoup plus près de vos racines européennes que nord-américaines ! "
Le Slow Food est fondé sur une grande complicité entre producteurs artisans et chefs cuisiniers. Ce que la région de Québec a su préserver à merveille sans s'inscrire dans aucun mouvement particulier. Sans doute faut-il parfois un regard extérieur pour nous faire apprécier ce que l'on a dans notre propre cour.
|