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Option culture
Michel Venne
LE DEVOIR mercredi 28 mai 2003
Dans un ouvrage paru l'automne dernier chez Bellarmin, l'ancien directeur du Musée de la civilisation, à Québec, se paie une gentille utopie. Roland Arpin imagine, en ouverture de ses Territoires culturels, un premier ministre se levant à l'Assemblée nationale pour énoncer une nouvelle perspective politique.
Au lieu de poursuivre sur la voie de l'économisme, celle suivie depuis des décennies sans pour autant éliminer l'exclusion et la pauvreté, ce chef de gouvernement visionnaire suggère d'explorer une méthode nouvelle qu'il appelle l'option culture. C'est une manière d'agir et de penser qui relègue la démarche économique et financière au second plan et la met à son service. La culture deviendrait ainsi la priorité mais surtout la lorgnette par laquelle l'État envisagerait le reste.
Le vrai premier ministre, Jean Charest, livrera, la semaine prochaine, son discours inaugural à l'Assemblée nationale. Et, franchement, Roland Arpin serait aussi étonné que vous de l'entendre mettre en haut de la liste des préoccupations gouvernementales ce qui, pourtant, fonde la vie en société.
Dans le discours public et surtout le discours politique, le rapport à la culture est lui-même soumis aux questions d'argent, de commerce, de box-office, d'espèces sonnantes et trébuchantes. La ministre de la Culture, Line Beauchamp, n'a de temps ces jours-ci que pour l'examen des budgets qu'on va daigner lui laisser. Mais elle protégera l'argent destiné aux artistes, a-t-elle promis. De même qu'elle ne renonce pas aux engagements de son parti d'améliorer le statut fiscal des créateurs. Quitte, comme de raison, à couper un peu dans le béton pour mieux soutenir la création.
Discours cliché, bien sûr, qui n'a rien de partisan. En 1994, quand Marie Malavoy avait pris les rênes de ce ministère, elle s'était dépêchée de «donner des garanties aux artistes quant à la part du budget consacré à la Culture». En 1996, Louise Beaudoin, prenant la succession, affirmait que «le temps du béton est terminé». Il fallait, déjà, s'occuper de fonctionnement, de production et de création. Ces ministres, il faut le dire, répètent ce qu'elles entendent et répondent aux demandes du beau milieu.
Bien sûr, il faut de l'argent pour agir. Mais les efforts en matière de culture sont surtout tournés vers l'offre et négligent le développement de la demande, l'élargissement des publics, l'accès à la culture de ceux qui se sentent, lorsqu'ils la fréquentent, en pays étranger. Le comédien Raymond Cloutier dénonçait l'hiver dernier cette propension à développer des créateurs, de grands festivals ou des productions exportables mais à oublier le développement culturel de l'ensemble de la population.
Pas plus que le ministre de l'Agriculture ne devrait être le porte-parole des cultivateurs au sein du gouvernement, pas plus le titulaire de la Culture ne doit se percevoir comme le représentant des créateurs. La «clientèle» du ministère n'est pas une clientèle. C'est un peuple. Sa mission n'est pas économique, elle est civilisatrice. La culture fonde l'identité personnelle, nourrit l'imaginaire, crée un savoir, ouvre les horizons, façonne les liens entre les habitants d'une collectivité.
Le temps libre représente une proportion plus élevée que jamais d'une journée normale. Le loisir occupe au Québec près de six heures par jour en moyenne, selon le professeur Gilles Pronovost. Environ 40 % de ce temps est consacré à la télévision mais une demi-heure à peine aux autres activités culturelles, dont la pratique a d'ailleurs connu un léger déclin récemment.
De plus, sauf pour certaines activités, le champ culturel demeure profondément stratifié selon le revenu, l'emploi et la scolarité. Certains secteurs échappent à ce clivage, y compris celui des musées, dont la fréquentation s'est d'ailleurs accrue ces dernières années. Or les musées sont des établissements construits en béton ! Ils sont des lieux où on peut amener les élèves en autobus jaune. On y fait des rencontres et on y trouve des guides, des interprètes qui complètent l'opération de diffusion des oeuvres en favorisant chez ceux qui les fréquentent, souvent pour la première fois, leur compréhension.
Grâce à la télévision, à Internet et aux médias en général, la culture est relativement accessible. Mais elle l'est en brut. Pour en saisir la valeur et la signification, tout comme pour l'information dans un journal, la plupart des gens ont besoin d'interprètes qui agissent comme intermédiaires entre le créateur et le public. Ces interprètes sont là aussi pour inciter à la découverte. Ce sont dans les institutions, celles qui ont pignon sur rue dans des immeubles en béton, qu'on les recrute, les forme et les rend disponibles.
L'allergie au béton cache une allergie aux grandes institutions publiques. Les bibliothèques, par exemple, sont encore perçues par les élus municipaux généralement comme des lieux de loisir ou de divertissement plutôt que comme des institutions stratégiques de transmission de la culture et de développement (voir «Les librairies et les bibliothèques publiques», par Jean-Paul Baillargeon, dans Traité de la culture, INRS Urbanisation, Culture et Société).
La Grande Bibliothèque souffre encore de ce préjugé mal fondé contre les grandes institutions que l'on assimile à l'élitisme. Au contraire, les grandes institutions sont des figures de proue, des charpentes sur lesquelles le reste du milieu peut s'appuyer. Elles sont des porte-parole, des forteresses bien plus difficiles à tuer que la nuée de petites organisations condamnées à mendier leur pitance. Dans le grand jeu budgétaire annuel, qui croyez-vous a le plus de chance de triompher ? Le milieu hyper-institutionnalisé de la santé ou celui, super éclaté, de la culture ?
Enfin, le béton culturel a d'autres avantages, dont celui de structurer la ville ou un quartier, de devenir un point de repère, un lieu de rencontre, un site emblématique, aussi porteur de sens, peut-être plus, qu'un stade de baseball ou qu'un magasin à rayons.
vennem@fides.qc.ca
Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.
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This Country On the nature of politics, polls, leaders, animals and heroes in this odd country of ours
Roy MacGregor
The Globe and Mail Tuesday, May 27, 2003
Yesterday, the Prime Minister announced that the Canadian History Centre will be built in downtown Ottawa, at a cost to taxpayers of $90-million over the next five years.
We applaud the choice of location, the city's old railway station.
After all, the history of Canadian politics -- a rich story "that needs to be told," says Jean Chrétien -- is largely one of scandalous financial transactions, the most famous of all dating from the 1872 election, when Sir John A. Macdonald and his cronies accepted a $360,000 campaign "contribution" before awarding the contract for the Pacific Railway to the rather civic-minded contributor.
We are a curious country, where political scandal is far more likely to concern a hand in the till rather than one on the thigh.
Nor can we help but worry that, before this latest museum is up and running, it will have become its own exhibit.
An Ontario-only poll published this past weekend deserves to be taken national.
COMPAS Inc. asked provincial voters what animals came to mind when contemplating the various leadership possibilities in the coming Ontario election.
Ernie Eves, the Progressive Conservative Premier with the tiny dark eyes and the slick pelt of hair, came out as a fox, which can be taken as both a plus and a minus in political image-making.
Dalton McGuinty, the gangly Liberal Leader, came off as a giraffe, and Howard Hampton, the NDP Leader, ended up being portrayed as a monkey.
It could have been worse. Asked to list the creatures they would least like to see sitting in the premier's chair, voters chose the snake, followed by the ass.
Intriguingly, none of the current provincial leaders came across as any of the preferred selections for leadership -- the owl, named by 30 per cent of respondents, followed by the lion, at 19 per cent.
COMPAS, it needs to be pointed out, offered only a handful of creatures to choose from -- owl, lion, fox, giraffe, monkey, snake, donkey -- and we would like to suggest the pollster consider a more comprehensive survey in the future that would involve greater choice in both politicians and creatures.
Prime Minister Jean Chrétien, for example, might be seen by Canadian voters as an alley cat, a street fighter who has already used up three political lives and threatened, this weekend, that he could easily have a fourth if he so wished.
Liberal leadership candidate Paul Martin, so far ahead of the rest of the pack in the race to replace Mr. Chrétien, is an obvious choice to be the hare, just as challenger John Manley makes the perfect tortoise -- especially after this past week, when the slow-moving candidate kept both neck and head firmly inside the shell as key advisers bailed.
Do not, however, look for the traditional storybook ending in this one.
Sheila Copps, the other challenger, makes an excellent squirrel: red, of course, too loud for some, charming to others, industrious to many, a pest to others. There is simply no middle ground.
Progressive Conservative Leader Joe Clark is the perfect draft horse, slow-moving but solid, not great to look at but productive -- and about to head out to pasture.
Voters could even play a mix-and-match game, trying to line political faces up with their natural animal-kingdom cohort. Say a list that included the likes of Canadian Alliance Leader Stephen Harper, Bloc Québécois Leader Gilles Duceppe, Alberta Premier Ralph Klein, Newfoundland's Roger Grimes, Quebec's Jean Charest, B.C.'s Gordon Campbell, New Brunswick's Bernard Lord, Manitoba's Gary Doer -- even U.S. President George W. Bush and British Prime Minister Tony Blair.
And, in random order, on the other side of the ledger: a lap dog, porcupine, possum, bull moose, sloth, prairie dog, raccoon, red-tailed hawk, a surly, spitting, stubborn camel and the rarely sighted, perhaps mythological, eastern cougar.
In the spirit of good taste and fair play, the weasel will not be offered.
It seemed after this weekend only appropriate to request an official Decorations for Bravery Nomination Form from the office of the Governor-General.
In may seem rather unseemly to nominate oneself, but who else is going to do it?
The form, available to all Canadians off the Web, is a simple, two-page process asking only the basic details, which follow:
On Friday I let two mosquitoes feed off my right arm.
On Saturday, I barbecued an Alberta steak and ate it in one sitting.
On Sunday, we happily received a visitor from Toronto.
Put those events together with various acts of bravery committed over the past few months -- flying to and fro with Air Canada, crossing borders, opening the mail, frequenting an Asian restaurant, shovelling my own driveway and daring to drive at dusk on Highway 17 -- and I fail to see how a medal could be denied.
I await the call of the Governor-General.
rmacgregor@globeandmail.ca
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Le Musée des "Minutes du Patrimoine"
Michel Vastel
Le Soleil mercredi 28 mai 2003
Chronique politique - "Je ne connaissais pas vraiment le Canada avant d'aller rencontrer, chez eux, des gens de la Saskatchewan, avant d'avoir fait du ski dans les Rocheuses ou d'avoir marché dans la toundra arctique, avant d'avoir joué au billard dans l'île Fogo à Terre-Neuve, ou d'avoir parlé autour d'un feu de camp avec des aînés autochtones..."
Ce n'est pas un touriste étranger qui dit cela. Ni un jeune stagiaire de Katimavik. C'est le premier ministre du Canada qui témoigne ainsi de la pauvreté des cours d'histoire et de géographie dans les écoles du Québec. Comme il n'était pas vraiment un élève studieux en plus...
Jean Chrétien en est à son troisième musée : celui de la Guerre, qui sera reconstruit ailleurs qu'à son emplacement actuel, sur la rue Sussex ; le Musée du portrait (sic !), qui occupera l'ancienne ambassade des États-Unis, juste en face du parlement. Et ce Centre d'histoire du Canada qui, faisant appel à toutes les fantaisies du multimédia et de l'Internet, racontera l'histoire politique et communautaire du pays. La présentation qu'en fit le premier ministre, lundi, évoquait Les minutes du Patrimoine. Pierre Elliott Trudeau nous avait, quant à lui, laissé deux musées, grandioses : celui des Civilisations à Hull, et la Galerie nationale à Ottawa. C'est donc un musée de plus, mais pas forcément de mieux, pour "le petit gars de Shawinigan".
[Je ne peux résister à l'envie de vous raconter l'histoire de l'inauguration de la Galerie Nationale, en présence de Brian Mulroney. Celui-ci s'étonna de voir le député d'Ottawa-Vanier, dans la haie des invités d'honneur. "C'est dans ma circonscription", expliqua Jean-Robert Gauthier. Et le premier ministre de commenter: "Tu as bien de la chance d'avoir hérité d'un musée. Moi j'ai eu une prison (à Port-Cartier) !" Et les hôtes de marque d'entendre la répartie cinglante de l'épouse du député : "Chacun a ce qu'il mérite" !]
Que dira quelque impertinente invitée à l'inauguration du Centre d'histoire du Canada ? Prions Dieu qu'elle ne soit pas Québécoise... Car il fallait un certain culot à Jean Chrétien pour loger un Centre d'interprétation de l'histoire politique du pays dans le "Centre de conférences du gouvernement" de la rue Rideau. Tous les observateurs de ma génération et - politiques, universitaires, journalistes - ils sont légion, ont une mémoire encore vive de cette ancienne gare dont les hauts murs ont renvoyé l'écho caverneux des grands débats politiques contemporains.
"L'écho des débats qui ont mené au rapatriement de la Constitution du Canada pendant les années 80", précisa Jean Chrétien hier pendant que, sur un écran géant, on projetait son image et celle de Pierre Elliott Trudeau murmurant quelque confidence dans le dos de leurs collègues, les premiers ministres des provinces. C'est évidemment un moment important de l'histoire du Canada, qu'on ne pouvait ignorer, et dont il sera intéressant de voir l'interprétation... Osera-t-on aussi montrer la tronche renfrognée de René Lévesque refusant de signer la précieuse Constitution ?
On y montrera aussi "les signatures sur l'Acte de l'Amérique du Nord britannique et sur la Charte des droits et libertés", a aussi promis Jean Chrétien. Tout le monde a compris qu'il s'agira de celle d'"Elizabeth R." et de Jean Chrétien soi-même...
Le Centre de conférences du gouvernement a été un haut lieu des rencontres fédérales-provinciales sur l'organisation politique et économique du pays, tellement qu'on aurait tout aussi bien pu l'appeler "Centre d'histoire de la Confédération", et en confier la conception et l'aménagement aux provinces. Car pourquoi l'histoire du Canada serait-elle toujours écrite à Ottawa ?
Mais depuis l'arrivée de Jean Chrétien au pouvoir en 1993, le Centre n'a jamais été utilisé par Jean Chrétien. Et pour cause...
Les dernières réunions d'importance, et qui ont certainement leur place dans l'histoire du Canada elles aussi, sont celles du mois de mai 1987 qui conduisirent à l'adoption de l'Accord du lac Meech - "Le rapatriement du Québec, dans l'honneur et l'enthousiasme" - et du mois d'août 1992, devant conduire à l'adoption de l'Accord de Charlottetown, intégrant à peu près toutes les revendications des provinces et des peuples autochtones. La place de Jean Chrétien y serait alors, non pas à côté de la reine, mais dans les corridors, intrigant pour que "sa" Constitution de 1981 n'en soit pas altérée.
Lundi, en annonçant la création de ce nouveau Centre d'histoire du Canada, le premier ministre n'a pas dit un mot de cet épisode. On n'a donc pas hâte de connaître l'histoire qu'on y présentera. Et si l'intention était sûrement louable, il n'était sûrement pas nécessaire d'ajouter un autre musée à Ottawa à la douzaine qui s'y trouvent déjà. Pourquoi pas le situer sur la rive québécoise de la région de la Capitale nationale ? Et surtout, pourquoi 90 millions $ ?
Le directeur général de l'Association des musées canadiens, John McAvity, juge pour sa part que les quelque 2500 institutions muséales réparties à travers le pays auraient bien aimé se partager une telle somme - même à 36 000 $ chacune ! - pour engager du personnel, rénover des salles d'exposition ou restaurer des oeuvres.
Pour ma part, pensant au jeune "T'tit" Jean qui "ne connaissait pas vraiment le Canada" avant de faire son premier voyage dans les Prairies, j'aurais préféré que cette centaine de millions de dollars soit distribuée aux écoles pour leur permettre par exemple d'acheter quelques beaux manuels. L'histoire est toujours le parent pauvre de l'enseignement, absente du primaire, et présente à temps partiel au secondaire. Et quand il s'agit de réduire les budgets, ou de les recibler vers des matières fondamentales comme le français ou les mathématiques, c'est toujours l'enseignement de l'histoire qu'on coupe en premier.
Mais il est une autre raison, impérieuse celle-là : il vaut mieux laisser l'enseignement de l'histoire aux professeurs plutôt qu'aux politiciens. Surtout ceux qui prétendent écrire eux-mêmes leur propre histoire...
MVastel@lesoleil.com
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Une hausse d'impôts pour financer les garderies à 5 $La formule Béchard toucherait les familles «mieux nanties»
Clairandrée Cauchy
LE DEVOIR mercredi 28 mai 2003
Pour financer le réseau et augmenter le nombre de places, le gouvernement envisage de remettre au goût du jour le slogan soixante-huitard «Faisons payer les riches». Tout en continuant à payer 5 $ directement aux Centres de la petite enfance (CPE), les familles mieux nanties contribueraient davantage au financement des services de garde par l'entremise de leur déclaration de revenus.
Le Parti libéral mettrait ainsi en vigueur une résolution adoptée lors d'un conseil général du Parti libéral en septembre dernier. En entrevue à RDI, le ministre Claude Béchard a précisé hier que le ministère travaille à définir quelles familles peuvent être considérées comme bien nanties.
La saga des compressions incite le porte-parole péquiste en matière de famille, le député Jonathan Valois, à qualifier son vis-à-vis libéral de «gestionnaire de province». Il s'insurge devant la fin de l'universalité des services de garde : «Les plus riches paient déjà plus que les plus pauvres avec l'impôt progressif. On va arriver au flat tax pour tout le monde et c'est dans notre consommation de services qu'on va payer plus d'impôts. [...] C'est l'ADQ à petite dose !»
«Cela équivaut à dire que la famille n'est plus une responsabilité collective», commente la présidente du Chantier de l'économie sociale, Nancy Neamtam, qui avait parrainé l'idée des garderies à 5 $ il y a de cela presque six ans. «Un célibataire qui gagne 80 000 $ ne paierait pas davantage qu'une famille qui gagne 80 000 $. Pourtant, le principe de base voulait que l'ensemble de la société soutienne la famille en dispensant des services de qualité», poursuit Mme Neamtam.
Le scénario provoque également l'ire de la présidente de la CSN. «Ce serait un gâchis ! On ne fait pas un test de revenu pour savoir si les gens ont des salaires trop élevés pour avoir accès à l'école publique. Ce qui est vrai pour le réseau de l'éducation doit l'être pour les garderies», s'exclame Claudette Carbonneau. Cette nouvelle formule de financement équivaudrait à une hausse d'impôts uniquement pour ceux qui ont des enfants, alors que le PLQ s'était plutôt engagé à les diminuer.
Pour remédier à l'impasse budgétaire, la syndicaliste invite le ministre Béchard à aller chercher des fonds supplémentaires à Ottawa. Puisqu'ils bénéficient du service de garde à 5 $, les Québécois peuvent réclamer environ 1000 $ en crédits d'impôt du fédéral, alors que cette somme peut s'élever à 7000 $ ailleurs au Canada. «Si le PLQ veut faire oeuvre utile, qu'il se fasse le champion des ententes fédérales-provinciales et aille chercher une juste proportion pour le Québec. Il aurait notre appui», soutient la présidente de la centrale syndicale.
La CSQ s'inquiète aussi des effets des compressions budgétaires. «Cela fait des années qu'on se bat pour que le réseau public soit accessible. On ne voudrait pas que cela soit sacrifié, surtout pas au profit du réseau privé», affirme la présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec, Sylvie Tonnelier.
Le développement des places
Plusieurs garderies qui travaillaient au développement de nouvelles places à contribution réduite ont reçu ces derniers jours la directive de suspendre temporairement l'acquisition de terrains ou d'immeubles jusqu'au dépôt du budget.
Au CPE Le Croquignole, à Blainville, on craint que ce délai ne fasse échouer le travail des derniers mois. Après avoir reçu l'approbation du ministère, le CPE a déposé il y a quelques semaines une offre d'achat sur un terrain, accompagnée d'un acompte de 10 000 $. «En tout, de 30 à 40 000 $ ont été engagés dans le projet de construction d'un nouveau CPE. Si je ne passe pas chez le notaire à la fin juin, je perds mon terrain et l'acompte déjà versé, explique la directrice du CPE, Line Blanchette. Ce projet est un rêve dans la tête de nombreux parents bénévoles. Nous y avons mis beaucoup d'énergie et tout est prêt. J'espère que cela pourra débloquer à temps.»
Au cabinet du ministre, on souligne que la priorité demeure toujours la construction des 36 500 places manquantes. Pour ce faire, le gouvernement misera davantage sur les garderies privées. Les garderies en milieu familial pourraient aussi être privilégiées. Le coût de développement d'une place en milieu familial n'est en moyenne que de 7000 $, comparativement à 38 000 $ en CPE.
La présidente de la CSN estime que le développement des places dans le privé risque de se faire sur le dos des intervenantes qui y travaillent, puisque celles-ci ont des conditions de travail inférieures à celles qui oeuvrent dans les CPE.
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Organisation territoriale et équité fiscale - L'heure juste sur la philosophie du rapport Poitras
François Des Rosiers Professeur de gestion urbaine et immobilière à la faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval et collaborateur à la rédaction du rapport Poitras sur les défusions municipales
LE DEVOIR mercredi 28 mai 2003
Dans son édition des samedi et dimanche 17 et 18 mai derniers, Le Devoir publiait un article de Marie-Claude Prémont, professeure à la faculté de droit de l'université McGill, dans lequel l'auteure dénonçait «la philosophie sectaire» du rapport Poitras sur les défusions municipales. Comme on le sait, l'épineuse question de l'équité fiscale constitue l'un des arguments avancés par les promoteurs de la politique des mégaregroupements municipaux, et c'est en grande partie sur ce concept que porte la réplique de l'auteure à un article antérieur de Peter Trent, ex-maire de Westmount. Or cette «critique» du rapport Poitras, qui repose sur une argumentation essentiellement idéologique, fait abstraction des principes de gestion, pourtant fondamentaux, qui régissent le fonctionnement du palier local au Canada ainsi que la vocation des municipalités.
En vertu de ces principes, il n'est pas dans les attributions des paliers local, supralocal ou même régional de faire de la redistribution de richesse, les fonctions redistributives étant, d'une façon générale et par souci d'efficacité, dévolues aux paliers provincial et fédéral, qui s'en acquittent notamment par le truchement de l'impôt progressif sur le revenu et des divers types de transferts (péréquation, assurance emploi, aide sociale, allocation logement, etc.). À cet égard, les difficultés financières de plusieurs villes américaines aux prises avec des responsabilités d'éducation et, plus près de nous, la tentative avortée de confier aux arrondissements la gestion du logement social devraient servir d'avertissements.
La vocation première d'un gouvernement local, par conséquent, est de produire et de distribuer à ses résidants un panier de biens et de services, dont la plupart s'apparente d'ailleurs plus à des biens de type privé ou mixte qu'à des biens publics purs, ces derniers ne concernant que les fonctions liées à la sécurité publique (police et protection contre les incendies). Dans les faits toutefois, comme nous le verrons plus loin, une certaine redistribution s'effectue depuis longtemps au sein des municipalités, que ce soit directement, grâce aux programmes de logement social, ou indirectement, par l'entremise des choix fiscaux (tarification par rapport à taxation foncière générale, surtaxation du secteur non résidentiel). Il n'en reste pas moins qu'en principe, la municipalité se doit de se comporter comme une entreprise sans but lucratif qui, dans l'intérêt même de ses résidants qui en sont aussi les «actionnaires», doit donc chercher à leur offrir les meilleurs services possibles, et ce, au moindre coût possible. La question est donc de savoir comment y parvenir.
Cette question est fondamentale et se situe en fait au coeur du rapport Poitras, qui illustre bien le fossé qui existe entre deux visions diamétralement opposées de la gestion locale. La première, qui a mené aux regroupements, prétend parvenir à une gestion plus efficace du territoire urbanisé par la mise en place de mégastructures administratives et, éventuellement, par une uniformisation des pratiques fiscales et urbanistiques sur l'ensemble du territoire des villes nouvelles. La seconde, que propose le rapport Poitras, valorise au contraire la multiplicité et la flexibilité des structures locales, de même qu'une gestion publique qui se rapproche autant que possible des citoyens en reconnaissant la diversité de leurs besoins et de leurs préférences mais sans nier pour autant les disparités de richesse qui opposent les municipalités. La première approche s'apparente à une structure organisationnelle de type top-down, où le contrôle central et la nature monolithique des interventions sont inévitables, avec toute la lourdeur et l'inefficacité qu'elle entraîne, alors que la seconde approche, de type bottom-up, repose sur une délégation des pouvoirs à un niveau qui favorise la responsabilisation, tant des citoyens que de leurs élus et administrateurs locaux, ainsi qu'une certaine émulation intermunicipale.
Mise en place de monopoles
Ceci étant, la réforme ne s'est pas appliquée de la même manière partout. Dans le cas montréalais, on se retrouve avec d'anciennes municipalités «départementalisées» qui ne disposent plus des pouvoirs de taxation, d'emprunt et d'embauche et qui doivent coexister avec une ville centrale éclatée dans laquelle la responsabilité des fonctions supralocales n'est pas clairement établie, le rôle antérieurement assumé par la CUM s'en trouvant fortement dilué. Dans cette optique, il est pour le moins étonnant que l'on ait opté pour la première approche -- occultant du même coup le rôle des instances régionales -- en prétendant par ailleurs rechercher le renforcement de la compétitivité des agglomérations urbaines. Alors que la mondialisation des marchés requiert plus de flexibilité et une grande capacité d'adaptation aux changements rapides de l'environnement économique, on s'achemine directement vers la mise en place de monopoles municipaux doublés de monopoles syndicaux, un cocktail qui, à la lumière du principe de dérive des coûts bien illustré à la section 5 du rapport Poitras, ne peut que déboucher sur de substantielles hausses de coûts dans la production des services locaux, et ce, aux dépens des résidants. Est-ce là le genre d'équité que l'on recherche ?
À la lumière de ce qui précède, la déclaration à l'emporte-pièce de Mme Prémont selon laquelle le rapport Poitras s'inscrit «dans un flagrant mouvement de rejet du caractère multiculturel et de diversité socioéconomique du Grand Montréal» apparaît donc totalement non fondée. Bien au contraire, c'est précisément parce que ses auteurs reconnaissent la très grande diversité des profils socioéconomiques et des besoins des ménages sur l'île de Montréal qu'ils désapprouvent la réforme territoriale de l'ex-gouvernement péquiste -- réforme qui, dans sa forme actuelle du moins, risque de créer plus de problèmes qu'elle ne contribuera à en résoudre. En effet, faut-il le rappeler, la tendance naturelle qu'ont les individus à se regrouper en fonction tant de leur profil socioéconomique que de leurs affinités en matière de besoins et de valeurs résidentielles -- qui se ressemble s'assemble -- n'est pas étrangère à la formation d'«enclaves» municipales qui, à l'origine du moins, se caractérisaient par une certaine homogénéité.
Bien sûr, dans le cas des grandes métropoles comme Montréal, l'immigration massive des dernières décennies aura conduit à une profonde diversification des clientèles locales; à ce titre, Westmount, pour commettre le double crime d'être à la fois riche et anglophone, ne fait pas exception à la règle. Donc, bien que toute relative, cette homogénéité permet au ménage de choisir le cadre de vie qui convient à ses besoins et à ses préférences, et ce, en fonction des contraintes que lui impose son budget. En ce sens, choisir une municipalité comme lieu de résidence revient à opter pour un panier particulier de biens et de services locaux à un prix compétitif. Or le nivellement qu'entraîneront les récentes fusions municipales risque de limiter considérablement l'exercice d'un tel choix.
Taux uniforme et effets pervers
Venons-en maintenant à la question du mode de financement des services urbains, en référence notamment à l'équité fiscale et plus particulièrement à l'équité redistributive à laquelle Mme Prémont fait référence dans sa diatribe. Comme on l'a dit plus haut, le rôle premier d'une municipalité est de fournir des services à ses contribuables, services dont le financement doit être assumé par leurs bénéficiaires en fonction, en principe du moins, des avantages qu'ils en reçoivent : voilà comment se définit, aux paliers local et régional, l'équité fiscale. Idéalement, afin de demeurer tout à fait conforme à ce principe, on devrait recourir plus systématiquement à la tarification des services -- du moins lorsque la chose s'avère techniquement possible et économiquement justifiable -- puisque la vérité des coûts permet de réduire sensiblement le gaspillage des ressources rares. Comme on le sait toutefois, la majeure partie des rentrées fiscales des gouvernements locaux provient de la taxation foncière. Cette dernière consiste en une taxe proportionnelle sur la richesse immobilière des individus et des entreprises et, à ce titre, ne reflète que partiellement et bien imparfaitement l'avantage reçu; là-dessus, la professeure a raison et le rapport Poitras le reconnaît d'emblée (voir page 85). Si la taxation foncière forme toujours la base de la fiscalité locale, c'est essentiellement parce qu'elle est simple et relativement peu coûteuse d'application et parce qu'elle assure la prévisibilité et l'intégrité de l'assiette fiscale.
Mais ce qui semble échapper à Mme Prémont, c'est que la taxation foncière constitue de facto une forme de redistribution intramunicipale de la richesse en faveur des ménages moins nantis. Pour s'en convaincre, examinons le cas de deux résidences dont la première est évaluée à 100 000 $ et la seconde à 500 000 $. Moyennant un taux de taxation hypothétique de 2 % (soit 2 $ par tranche de 100 $ d'évaluation), le compte de taxe assigné à la première sera de 2000 $ alors que le propriétaire de la seconde résidence devra verser 10 000 $ pour des services dont la valeur excède peut-être celle des services reçus par le premier résidant, mais jamais dans une proportion de cinq à un ! Pour cette raison, si l'imposition d'un taux de taxation uniforme pour une catégorie immobilière donnée est parfaitement justifiable lorsqu'on l'applique à une entité municipale relativement homogène, elle risque de devenir totalement aberrante et profondément inéquitable dans un contexte où les disparités dans la valeur des propriétés sont extrêmes. Une telle conclusion, pour peu qu'on y réfléchisse, relève du simple bon sens et permet de remiser aux oubliettes la thèse fallacieuse selon laquelle l'atteinte de l'équité fiscale sur l'île de Montréal passe par l'imposition d'un taux de taxation foncière uniforme. En outre, si elle devait un jour se matérialiser, une telle uniformisation s'accompagnerait inévitablement d'effets pervers, dont une baisse substantielle de la valeur des résidences haut de gamme, et ce, au détriment de tous.
Péréquation proposée
Cela dit, on ne saurait nier qu'il existe sur l'île de Montréal de fortes disparités de richesse foncière qui tiennent à des facteurs tant endogènes (philosophie de gestion) qu'exogènes aux municipalités concernées (localisation privilégiée par rapport aux grands axes routiers, politique d'implantation des entreprises). Parmi ces derniers, il faut ranger -- comme le souligne fort pertinemment Mme Prémont -- les divers programmes d'exemptions fiscales à l'industrie, dont certains se sont avérés néfastes à la santé financière des municipalités. Pour pallier de trop profondes disparités, le rapport Poitras propose une formule de péréquation fondée non sur la seule valeur du parc immobilier non résidentiel -- comme le prétend à tort la professeure -- mais bien sur les écarts de potentiel fiscal entre les anciennes municipalités de l'île, comme en fait foi le dernier paragraphe de la section 4.4 en page 101 du document. En vertu du scénario proposé au tableau 3.4 (page 99), les anciennes villes de Montréal et Montréal-Nord se font attribuer respectivement 31 % et 19,8 % du fonds de péréquation alors que Saint-Laurent et Westmount y contribuent dans une proportion de 25,5 % et 15,3 % respectivement.
À la lumière de ce qui précède, peut-on encore accuser les auteurs du rapport Poitras de s'alimenter à une «philosophie sectaire» alors que les recommandations qu'on y retrouve en matière de redistribution de richesse sont sans contredit plus audacieuses que le statu quo qui prévaut actuellement dans la nouvelle administration municipale, où il existe, au sein même de l'ancienne ville, d'énormes inégalités dans les dotations des arrondissements ? Le rapport Poitras traite de la question des fusions-défusions -- thème à forte connotation émotive s'il en est -- à la lumière de la problématique de l'efficacité économique eu égard à la production des biens et services locaux et dans le cadre conceptuel de l'économie publique. Ceux qui l'ont lu avec un souci de rigueur intellectuelle et sans parti pris idéologique l'auront compris.
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Le logement social - Une autre victime appréhendée de «l'impasse budgétaire»Les groupes sociaux sortent inquiets d'une rencontre avec le ministre des Affaires municipales
Tommy Chouinard
LE DEVOIR mercredi 28 mai 2003
Québec - Les compressions budgétaires feraient une autre victime: le logement social. Le budget du gouvernement Charest, qui sera déposé à la mi-juin, risque en effet de ne pas répondre aux attentes en la matière. Lors d'une rencontre tenue hier avec des organismes sociaux, le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, s'est dit préoccupé par la crise du logement mais il n'a offert aucune garantie sur la présence de sommes suffisantes dans le budget pour résorber cette crise et réaliser dès maintenant une partie des 13 000 logements sociaux promis par le Parti libéral.
C'est ce qu'a indiqué hier Lucie Poirier, du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), à la sortie de cette rencontre qui a eu lieu dans les bureaux du ministre Fournier à Québec. Quatre autres organismes prenaient part hier à la rencontre : l'Association des groupes de ressources techniques du Québec, la Confédération québécoise des coopératives d'habitation, le Regroupement des offices d'habitation du Québec et le Réseau québécois des OSBL d'habitation.
Ces groupes demandent au gouvernement Charest de prévoir 128 millions de dollars dans son prochain budget afin de construire des logements sociaux et abordables, la même enveloppe que prévoyait le budget Marois. «Le Parti libéral du Québec s'est engagé à réaliser 13 000 logements dans son prochain mandat. Pour réaliser ses engagements, il faut absolument qu'il prévoie des sommes dans le prochain budget», a souligné Lucie Poirier. Le ministre fédéral des Finances, John Manley, a prévu dans son dernier budget une enveloppe de 80 millions de dollars pour le Québec devant servir à la construction de logements et, pour y avoir droit, Québec doit au moins y consacrer une somme équivalente. «Il y a des luttes importantes qui ont été menées pour aller chercher de l'argent au niveau fédéral. Il faut absolument qu'on voie des retombées au Québec», a-t-elle ajouté.
Toutefois, le ministre Jean-Marc Fournier, responsable du dossier de l'habitation, n'a pas été en mesure de garantir que ces sommes seraient incluses dans le prochain budget. «Il a dit qu'il n'était pas le grand argentier, qu'il y avait des décisions à prendre au niveau du gouvernement. On nous a rappelé le soi-disant trou de 4,3 milliards de dollars», a noté Lucie Poirier, faisant référence à l'«impasse budgétaire» relevée par l'ancien vérificateur général du Québec Guy Breton.
Jean-Marc Fournier a été encore moins rassurant quant aux sommes qui seront dégagées afin de financer les mesures d'urgence en prévision de la crise appréhendée le 1er juillet. «On a demandé que 15 millions de dollars soient accordés pour ces mesures cette année. À ce niveau-là, il y a une inquiétude. On a semblé nous dire qu'on ne serait pas satisfaits, qu'il y aurait des difficultés à avoir de l'argent pour toutes les personnes qui vont en avoir besoin», a dit Lucie Poirier. Sans fonds, craint-elle, le programme de mesures d'urgence, qui a été créé par le gouvernement Landry et pourrait venir en aide à 1000 ménages, devra être financé à même les budgets de la Société d'habitation du Québec. «Donc, on va probablement couper soit dans le développement de nouveaux logements sociaux, soit dans les logements sociaux existants. Pour nous, d'une façon ou d'une autre, c'est carrément inacceptable de couper dans le logement social, la formule permanente afin de résorber la crise du logement, pour régler du court terme», a-t-elle dit. L'année dernière, les mesures d'urgence avaient permis d'aider 1050 ménages avec un budget de neuf millions de dollars.
Le premier ministre Jean Charest a affirmé le 14 mai dernier qu'une de ses priorités était de résorber la crise du logement. Jean-Marc Fournier n'a pas été en mesure de répondre aux questions du Devoir hier. Son attaché de presse, Stéphane Gosselin, a noté que le ministre n'était pas en mesure de faire des annonces sur le logement social pour le moment mais que le budget de juin allait tout de même proposer des sommes. De quel ordre, c'est ce que le ministère étudie en tenant compte du «contexte financier» et en révisant les annonces faites par le gouvernement Landry lors du budget Marois de mars dernier.
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Colloque international sur la Francophonie : Des Amérindiens au statut unique
Marie Caouette
Le Soleil mercredi 28 mai 2003
Les Amérindiens du Québec jouissent aujourd'hui d'un statut unique au monde. Nulle part ailleurs leur a-t-on concédé des droits aussi considérables, selon Carole Lévesque, chercheuse à l'Institut national de la recherche scientifique. Même dans le passé, leurs relations avec les Français n'ont pas été marquées par l'exploitation et l'esclavage qui ont largement prévalu dans le reste des Amériques.
La chercheuse faisait état hier de cette particularité du Québec moderne devant les congressistes du colloque sur quatre siècles de francophonie et d'échanges entre l'Europe, l'Afrique et l'Amérique. L'événement se poursuit toute la semaine à l'Université Laval à Québec.
La Paix des Braves conclue avec les Cris, l'entente sur la gestion territoriale signée avec les Innus et les négociations en vue de la création du territoire autonome du Nunavik sont autant de gains qui font progresser le mouvement d'affirmation identitaire amérindien.
Peuple fondateur
Ici, les autochtones sont reconnus comme un peuple fondateur dont les droits issus de traités anciens ont été inscrits dans la Constitution canadienne, disait-elle.
Il y a probablement eu quelques esclaves amérindiens dans la vallée du Saint-Laurent, dans les groupes sédentaires. C'est une question à laquelle aucun chercheur ne s'est encore attardé, disait-elle. Mais jamais il n'y a eu d'esclaves parmi les peuples nomades qui sont restés en marge de la civilisation blanche.
Ailleurs en Amérique, Amérindiens et Noirs ont vécu en esclavage, témoignait Lucien Abénon, professeur d'université à la Martinique et directeur d'un centre de recherche qui a documenté ce problème.
Légalement libres et sujets du roi selon des décrets espagnols, les Amérindiens qui ont survécu à la colonisation vivaient souvent dans le même état d'esclavage que les Noirs, qu'on a importés d'Afrique pour les remplacer comme main-d'oeuvre bon marché. Les Noirs travaillaient dans les plantations sur les côtes et les Indiens étaient employés dans les mines sur les hauts plateaux et les montagnes. Tant les Portugais du Brésil que les Espagnols, qui occupaient la zone comprise entre le Mexique et le Pérou, ont été de durs maîtres. Les Espagnols ont même adopté une loi spéciale, au milieu du XVIe siècle, pour empêcher que des Noirs qui épousaient, avec le consentement de leur maître, des Indiennes théoriquement libres obtiennent de ce fait leur propre liberté.
Mais les choses étaient plus complexes puisque les Amérindiens ont aussi vécu parfois dans un rapport dominant-dominé avec les Noirs eux-mêmes ! Sitôt affranchis, les Noirs utilisaient aussi les Amérindiens comme esclaves. L'histoire rapporte beaucoup de violence des Noirs à l'endroit des Amérindiens. Nulle part en Amérique centrale, aux Antilles ou en Amérique du Sud, les deux peuples ne se sont ligués contre leur maître blanc, soulignait le professeur Abénon.
Noirs et Amérindiennes se sont beaucoup métissés parce les esclaves noires étaient moins nombreuses. Ces unions étaient fréquentes entre esclaves fugitifs réfugiés dans les forêts. Certaines tribus amérindiennes ont même eu des Noirs comme chefs !
DES PROMESSES NON RESPECTÉES
Dans la tradition orale des Innus, les Français venus par bateau, dans le but de trouver des terres où s'installer, n'ont pas tenu parole. Ils ont évincé et trompé le peuple qui les a accueillis en 1603.
L'ethnologue Sylvie Vincent raconte que les récits qui se transmettent de génération en génération disent que les Français ne leur ont pas donné, comme promis, le blé qu'ils devaient faire pousser pour les aider à éviter les famines. Ce blé leur a été vendu. Les Blancs leur ont ensuite fait la guerre puis les ont évincés de leurs terres. Après leur arrivée, les Innus se sont mis à éviter Québec qui était un des lieux de rassemblement d'été, le long de la côte.
Champlain version innue
Mme Vincent présentait hier le récit de l'arrivée de Champlain, dans sa version innue, au colloque sur 400 ans de présence et d'échanges en Amérique. Ce récit s'appuie sur une tradition orale très solide, soutient-elle, face aux doutes entretenus sur la possibilité qu'une histoire aussi ancienne ait traversé les siècles. Ses recherches remontent aux années 1970 et se sont poursuivies pendant 20 ans dans les communautés de la Côte-Nord entre Betsiamites et Pakuashipi, la plus éloignée. Aucune de ces histoires ne met de date sur la première rencontre avec les Blancs. On situe les événements par rapport à d'autres, dit-elle.
Dans ces récits, les Blancs sont décrits de diverses façons. Ils sont des gens de la côte ou du littoral à cause de leurs bateaux. Les Innus les autorisent à prendre pied mais leur interdisent d'aller vers l'intérieur des terres, leur domaine propre. Les Montagnais ont cependant vite réalisé que les Français ne cessaient d'étendre leur territoire.
Les mangeurs de pain
La tradition orale parle aussi d'eux comme des mangeurs de pain et de gens avec lesquels il est impossible de communiquer, que ce soit par l'intermédiaire d'interprètes, du chaman ou du tabac ! Les Blancs armés faisaient aussi peur. Pour les Innus qui utilisaient l'écorce et la peau de caribou pour fabriquer leurs moyens de transport et leurs vêtements, les Français sont aussi identifiés comme des hommes qui se servent du bois (pour le bateau) et du tissu.
Les Amérindiens ont aussi constaté que les Blancs ne tuaient que leurs ennemis mâles. On imaginait donc qu'ils épargnaient les femmes pour en faire leur épouses ou compagnes.
Ces représentations des Blancs par les Innus n'ont jamais été incluses dans les matériels scolaires.
MCaouette@lesoleil.com
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Commandites: des pratiques très lucratives Des agences touchaient des commissions supplémentaires pour des sous-contrats octroyés à leurs propres filiales, selon un rapport fédéral
Hélène Buzzetti
Le Devoir mardi 27 mai 2003
Ottawa - Le fameux programme de commandites du gouvernement fédéral a été encore plus payant qu'on ne le croyait pour certaines agences de publicité montréalaises, nous révèle un nouveau rapport de vérification interne du gouvernement.
En effet, on apprend que des agences de communication telles que Groupaction ou Groupe Everest confiaient à l'occasion des contrats obtenus par Travaux publics Canada en sous-traitance à leurs propres filiales et s'octroyaient au passage une commission de 17,65 % sur la valeur totale de la commandite. Ces filiales, souligne le rapport, étaient parfois situées dans les mêmes locaux que les agences elles-mêmes.
Le mécanisme devenait très payant pour l'agence: cette marge de 17,65 % s'ajoutait à celle de 12 % que l'agence percevait automatiquement pour le seul fait de distribuer l'argent du fédéral aux événements commandités. Pour calculer le coût total pour les contribuables, il faut encore ajouter les 3 % supplémentaires que touchait la firme Media I.D.A. Vision sur chaque transaction pour émettre les chèques.
«Normalement, est-il écrit dans le rapport de Travaux publics et services gouvernementaux Canada (TPSGC), si le travail est effectué au sein de l'agence, une commission ne devrait pas être perçue.
Les contrats stipulent habituellement que les agences de communication doivent demander trois soumissions pour les tâches à sous-traiter dont la valeur estimative dépasse 25 000 $, afin d'assurer l'optimisation des ressources du gouvernement du Canada. Or, on trouve peu d'indices dans les dossiers qui laissent supposer qu'un tel processus concurrentiel ait été suivi.»
Le rapport interne, qui portait sur un échantillon de 126 commandites, fait état d'un enchevêtrement complexe des liens de propriété entre les agences de communication impliquées. «Certains employés d'agences de communication ont facturé leurs services à titre d'employés de deux agences distinctes», illustre-t-on pour mettre en doute la facturation des agences.
Jusqu'à présent, les médias avaient fait état de cette copieuse marge de 15 % (les 12 % plus les 3 %) que touchaient les agences de publicité, mais celle de 17,65 % était inconnue. «Ce sont deux choses différentes», confirme Jocelyne Limoges, attachée de presse à TPSGC.
En chambre, le ministre responsable des Travaux publics, Ralph Goodale, n'a pas voulu «défendre l'indéfendable». «De toute évidence, ça me semble très problématique», a-t-il dit par la suite à propos de la commission dans les cas de sous-traitance.
Il y aurait encore 12 enquêtes de la Gendarmerie royale canadienne encore en cours. Une seule a été fermée, parce que la GRC n'a rien trouvé pour porter des accusations criminelles. Ce n'est pas parce que la GRC ne trouve pas matière à poursuite criminelle que le gouvernement ne fait rien pour autant, a fait valoir M. Goodale. Il a rappelé que le gouvernement retenait toujours quatre millions de dollars qu'il aurait dû verser aux agences pour du travail déjà accompli. Cet argent ne leur sera remis que lorsque la preuve aura été faite qu'aucun trop-payé ne leur a été versé dans le passé.
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a de son côté crié au «camouflage», reprochant à la GRC d'éteindre l'histoire en ne donnant pas d'informations sur les enquêtes qu'elle poursuit. «Moi j'ai l'impression que la GRC est en train d'enterrer l'affaire pour le gouvernement libéral. C'est ça qui se passe, et ça s'est grave.»
Donateur généreux
Un cas précis révélé hier par le quotidien Globe and Mail montre jusqu'à quel point la structure élaborée de sous-traitance pouvait devenir payante. En 1999, Ottawa avait conclu une entente de commandite avec le Groupe Everest d'un montant de 492 200 $. De cette somme, la firme a touché les 12 % habituels, soit presque 60 000 $. Le Groupe Everest a ensuite donné en sous-traitance la commandite à Communications Art Tellier, touchant une autre commission de 68 835 $.
L'agence Communications Art Tellier, propriété de Benoît Renaud, est sise au 7769, rue Tellier. À cette même adresse réside aussi l'entreprise à numéro de son frère, Alain Renaud, qui a, en 1998, fait une des plus généreuses contributions au Parti libéral du Canada, soit 63 585 $. Cette contribution est d'autant plus généreuse qu'elle était la septième en importance pour le PLC en 1998, arrivant devant la Banque de Montréal et la CIBC, et d'autant plus significative que la compagnie à numéro de M. Renaud est maintenant en faillite, tout comme M. Renaud d'ailleurs, rapporte le quotidien torontois. En entrevue, M. Renaud aurait dit ne pas se souvenir d'avoir fait un tel don et ne pas savoir exactement dans quoi était spécialisée sa compagnie à numéro.
Le président du Parti libéral du Canada, Stephen Le Drew, a indiqué au Devoir qu'il ne savait rien de ce généreux don. «Je ne sais simplement rien à ce sujet.» Aucun des deux frères Renaud n'a rappelé Le Devoir, hier. Leur père Maurice, par contre, a téléphoné pour démentir les informations du Globe and Mail. «C'est toute de la foutaise, ça, madame.» «Benoît Renaud n'a jamais travaillé pour le gouvernement fédéral.» Et pour le Groupe Everest? «Ça je ne pourrais pas vous dire, mais il me semble que non.»
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Le Bloc accuse la GRC d'enterrer l'affaire des commandites
Sylvain Larocque
La Presse mardi 27 mai 2003
Ottawa - Alors qu'on apprenait hier que des firmes de publicité montréalaises ont profité encore plus qu'on ne le croyait du programme fédéral de commandites, le Bloc québécois a accusé la Gendarmerie royale du Canada (GRC) "d'enterrer l'affaire pour le gouvernement libéral".
"La GRC refuse de rendre des comptes à la population", a lancé le chef bloquiste, Gilles Duceppe, à sa sortie des Communes.
"C'est de la collaboration avec le gouvernement et ça, je ne peux admettre ça."
La GRC enquête depuis plus d'un an sur des contrats de commandite que le gouvernement fédéral a accordés à des agences publicitaires qui ont été grassement payées pour du travail à moitié réalisé ou même jamais fait. Les commandites visaient à accroître la visibilité du fédéral au Québec à la suite des résultats serrés du référendum sur la souveraineté de 1995.
Le Globe and Mail a révélé hier qu'au moins cinq de ces propriétaires d'agences ont fait sous-traiter leurs contrats fédéraux par des partenaires d'affaires, des proches, des alliés politiques, voire eux-mêmes.
Pour donner ces contrats de sous-traitance, les agences passaient outre aux règles d'appel d'offres et s'accordaient une commission de 17,65 %- qui gonflait d'autant le coût des commandites pour Ottawa.
Selon un rapport interne du ministère des Travaux publics, ce stratagème était monnaie courante au sein du programme fédéral de commandites, dont le budget est de 40 millions par année.
Affirmant que ce système de sous-traitance a enrichi "une toile très serrée d'amis du Parti libéral", le Bloc québécois a réitéré sa demande que soit tenue rapidement une enquête publique indépendante sur les ratés du programme de commandites.
Le ministre responsable du dossier, Ralph Goodale, a de nouveau rejeté la requête du Bloc, sous prétexte que toutes les informations nécessaires étaient connues du public.
"J'ai la conviction que la GRC s'acquitte de ses responsabilités, qu'elle n'a rien à voir avec le processus politique et (...) qu'elle fera son travail correctement, peu importe les conséquences", a déclaré le ministre des Travaux publics aux journalistes, après avoir été pris à partie en Chambre.
"Problématique" M. Goodale a néanmoins dû reconnaître que la pratique de la sous-traitance était "problématique", mais il a répété que son ministère poursuivait son enquête interne afin de sévir éventuellement contre les fonctionnaires qui ont mal agi dans le dossier.
"J'ai toujours dit clairement que nous ne défendrions pas l'indéfendable", a-t-il dit aux Communes.
Entre-temps, le gouvernement fédéral refusera de payer les factures en souffrance des agences impliquées dans le scandale des commandites, tant et aussi longtemps qu'il n'aura pas reçu des explications "satisfaisantes" de leur part. Certaines d'entre elles ont bien collaboré avec l'enquête d'Ottawa, d'autres non, a-t-il ajouté, sans vouloir donner plus de détails.
Parmi les exemples douteux de sous-traitance révélés par le Globe and Mail, notons le cas de Groupaction, qui s'est accordé en 1999 une commission de 17,65 % pour un contrat transféré à Alleluia Design, une filiale appartenant aux mêmes propriétaires que la compagnie-mère. D'autres contrats de sous-traitance sont allés à des proches d'organisateurs libéraux.
Le Groupe Everest a quant à lui accordé un contrat de sous-traitance de 390 000 $ à une firme contrôlée par le frère de l'organisateur libéral Alain Renaud, quelque mois seulement après que ce dernier eut fait une contribution de 63 858 $ au parti de Jean Chrétien. Ce faisant, Everest a touché une commission de 68 835 $. Le contrat de sous-traitance aurait même été conclu 18 jours avant le contrat d'Everest avec Ottawa. Les frères Renaud soutiennent n'avoir aucun souvenir de ces activités.
Il existerait une douzaine de cas similaires dans les dossiers de commandites, dont plusieurs ont déjà été soumis à la GRC.
Interrogé sur les allégations d'interférence politique concernant la GRC, un porte-parole de la police fédérale a assuré qu'elles n'étaient pas fondées. Il n'a pas voulu dire où en étaient les enquêtes sur l'affaire des commandites.
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Chrétien lobbied for loan in echo of Shawinigate
Campbell Clark
The Globe and Mail Wednesday, May 28, 2003
Ottawa ONT - Prime Minister Jean Chrétien personally called the president of a federal agency to lobby for a loan for a hotelier in his riding who this month was convicted of fraudulently siphoning federal money into offshore accounts, the lawyer for the former president confirmed yesterday.
The call to former Business Development Bank of Canada president François Beaudoin to help Pierre Thibault's Auberge des Gouverneurs get a $925,000 loan was the second time it has been confirmed that Mr. Chrétien intervened directly with the BDC.
In the House of Commons yesterday, Progressive Conservative Leader Joe Clark said Mr. Chrétien called Mr. Beaudoin about the loan on Feb. 20, 1997.
Mr. Chrétien also intervened in the case of another hotel in his riding, the Auberge Grand-Mère, owned by his friend Yvon Duhaime. The $615,000 loan in 1996 became known as the Shawinigate scandal after it caused a furor during and after the 2000 election campaign when the fact that Mr. Chrétien personally intervened with Mr. Beaudoin to help Mr. Duhaime's cause became known.
The Prime Minister's ethics commissioner, Howard Wilson, subsequently found that no rules prevented Mr. Chrétien from intervening to influence the BDC -- but he recommended new rules, which were announced last year.
Mr. Thibault was fined $188,000 earlier this month after pleading guilty to criminal tax-fraud charges in his hotel dealings. A Canada Customs and Revenue Agency investigation found Mr. Thibault "took a total of $960,347" belonging to the Auberge des Gouverneurs in 1998 while a new hotel was under construction.
A sworn affidavit that Canada Customs investigators filed in Quebec Court said Mr. Thibault moved some of the government money into a bank in Nassau in early 1998.
His Auberge des Gouverneurs hotel in Shawinigan -- now under new ownership -- also received grants from Human Resources Development Canada with Mr. Chrétien's backing, a move the Prime Minister has defended as an MP helping a constituent.
Mr. Clark said he obtained his information about the Prime Minister's call to the BDC from sources, but that he believed Mr. Beaudoin would confirm it.
Mr. Beaudoin's lawyer, Doug Mitchell, said yesterday that Mr. Beaudoin had received a call from the Prime Minister about Mr. Thibault's loan.
(Mr. Beaudoin is suing the BDC for wrongful dismissal, claiming that he was forced out when he sought to recall the Auberge Grand-Mère loan.)
In addition, Mr. Clark said, Mr. Chrétien's constituency assistant, Denise Tremblay, attended BDC meetings about both hoteliers' loans.
Mr. Clark noted that this is against BDC confidentiality rules unless it was authorized in writing by the hotel owners.
"On whose authority was a personal representative of the Prime Minister present during those confidential discussions of loan applications by the Business Development Bank?" Mr. Clark asked.
Industry Minister Allan Rock brushed off the questions without substantive reply.
"These matters have long since been looked into. The relevant facts are on the record," Mr. Rock said.
However, while Mr. Wilson reviewed the Auberge Grand-Mère case, there is no record of any inquiry into Mr. Thibault's hotel.
"It has not been investigated to any public knowledge," Mr. Clark said.
"If [Mr. Rock] knows of an investigation, if he has information that exonerates the Prime Minister, let him publish it. Let him not duck, let him tell the truth."
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Gagliano aux anges
Vincent Marissal
La Presse mercredi 28 mai 2003
Il y a un bon Dieu pour les ministres déchus et son infinie miséricorde, c'est bien connu, peut absoudre les plus grands péchés.
Le purgatoire d'Alfonso Gagliano à Copenhague aura donc duré à peine 16 mois. Envoyé en pénitence au poste d'ambassadeur du Canada au Danemark en janvier 2002, l'ancien lieutenant politique de Jean Chrétien au Québec semble sur le point d'obtenir le poste qu'il convoitait à l'origine: ambassadeur du Canada près le Saint-Siège.
La rumeur qui court depuis quelques jours à Ottawa nous a été confirmée hier par une source de première main. L'affectation de M. Gagliano n'est pas très surprenante en ce sens que Jean Chrétien a toujours été d'une loyauté sans limite envers ceux qui l'ont fidèlement servi. À quelques mois de son départ, il règle donc de vieilles dettes pendant qu'il en a encore les moyens. M. Gagliano n'est vraisemblablement que le premier gagnant du festival du renvoie d'ascenseur qui battra son plein d'ici la fin de l'année.
Mais cette récompense étonne quand on se remémore la fin honteuse du ministre politique de Jean Chrétien. Et carrément incongrue dans le contexte actuel.
M. Gagliano, doit-on le rappeler, a été éjecté du cabinet en janvier 2002, emporté par le scandale des commandites. Ce programme du gouvernement Chrétien devait augmenter la visibilité fédérale au Québec après le référendum de 1995.
Après des années d'allégations de favoritisme, toujours réfutées par M. Gagliano et son grand patron, la coupe a fini par déborder quand l'ancien président de la Société immobilière du Canada a dénoncé publiquement les interventions politiques de l'ancien ministre des Travaux publics.
À l'époque, l'opposition s'était indignée de la nouvelle carrière diplomatique de M. Gagliano- qui le mettait à l'abri des questions des comités parlementaires- mais cette affectation au Danemark avait été perçue plus comme une punition que comme une récompense.
Mais le Saint-Siège, c'est autre chose. La grande ironie de cette nouvelle, c'est qu'elle tombe au moment où l'on déterre d'autres juteux détails du programme de commandites géré à l'époque par Alfonso Gagliano. Ottawa versait des centaines de milliers de dollars à des firmes de communication connues de libéraux (Everest, Groupaction, notamment), qui elles, refilaient des contrats gonflés à des filiales, qui elles, contribuaient à la caisse du Parti libéral...
Mieux encore, M. Chrétien s'apprête à récompenser le ministre qui aura le plus égratigné l'intégrité de son gouvernement au moment même où il se bat bec et ongles contre son propre parti pour faire adopter une sévère réforme du financement des partis politiques.
Or le projet de loi "plus blanc que blanc" de Jean Chrétien est né, en grande partie, à cause des dérapages du programme de commandites. Drôle de message à envoyer à ses députés, aux Canadiens et, accessoirement, aux autorités du Saint-Siège.
En janvier 2002, les médias danois avaient dénoncé la décision d'Ottawa d'envoyer à Copenhague un "ministre congédié". D'autant que le nouvel ambassadeur canadien ne cachait pas sa préférence pour un poste en Italie, sa terre d'origine, où se trouvent les racines de sa famille et celles de son petit vignoble. M. Gagliano a aussi laissé savoir ces derniers mois qu'il s'ennuyait dans la capitale danoise.
Souhaitons que les Danois ne soient pas des gens trop susceptibles et, surtout, souhaitons ne jamais avoir de litige sérieux avec eux, comme nous en avons eu dans le passé avec l'Espagne (pêche au flétan) ou avec le Brésil (l'affaire Embraer-Bombardier).
On ne risque évidemment pas de guerre commerciale avec le Saint-Siège, mais il faudra néanmoins une bonne dose d'indulgence au pape Jean-Paul II quand le nouvel ambassadeur canadien viendra lui présenter ses lettres de créance.
Jean Chrétien, qui se fait une grande fierté d'avoir rencontré Sa Sainteté en privé à trois reprises- c'est normal pour un Chrétien, blague-t-il souvent- sait bien que sa décision fera des remous ici et au Vatican.
Tant pis, ce qui importe, c'est de démontrer que c'est encore lui qui décide. Ainsi soit-il.
vincent.marissal@lapresse.ca
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Le Québec, la province la plus pauvre, maintenant une des plus riches ; Surtout à cause du logement et d'une nouvelle façon de compter
François Berger
La Presse mercredi 28 mai 2003
UNE NOUVELLE MESURE de la pauvreté dévoilée hier par le gouvernement canadien fait augmenter le nombre de pauvres au pays, sauf au Québec qui passe tout d'un coup, statistiquement et officiellement, de province la plus pauvre à l'une des plus à l'aise avec l'Ontario et l'Alberta!
En fait, le Québec jouit du plus bas coût de la vie au pays, particulièrement dans le logement, ce qui compense largement pour le fait que les revenus d'emploi y sont plus faibles de 7,5 % que dans l'ensemble du Canada.
La "mesure du panier de consommation" (MPC), présentée hier par le ministère fédéral du Développement des ressources humaines, a été mise au point pour répondre aux critiques visant les autres mesures de la pauvreté basées sur le revenu. Elle tient compte des variations régionales du pouvoir d'achat (48 régions ont été étudiées).
L'indice le plus utilisé par Statistique Canada, le seuil de faible revenu après impôt, établit à 10,9 % la proportion de personnes vivant pauvrement au pays, mais la nouvelle MPC fait grimper le taux à 13,1 %, ou 730 000 pauvres de plus. Au Québec, le seuil de faible revenu est de 13,6 %, le pire au Canada, mais la MPC l'établit à 11,9 %, le deuxième au pays après l'Ontario, qui affiche 11 %. Le nombre de Québécois pauvres descend ainsi de 120 000, un exception au pays.
D'autres indices
De dernier, le Québec passe ainsi au deuxième rang, ex aequo avec l'Alberta, selon qu'on utilise l'indice principal de Stat Can ou la nouvelle mesure de Développement des ressources humaines. Deux autres indices canadiens officiels de faible revenu placent le Québec aux 9e et 6e rangs parmi les provinces.
La MPC calcule que le revenu disponible (après impôt, cotisations sociales, frais de garde, certains frais de santé et de médicaments) doit être au minimum de 22 441 $ (en 2000) à Montréal pour qu'une famille de deux parents avec deux enfants puisse vivre convenablement et se procurer logement, vêtements, transport, nourriture et autres biens et services comme le téléphone. Pour une personne seule, ce seuil est de 11 221 $.
À Toronto, le seuil est de 27 343 $ (la moitié pour une personne seule). Il est de 27 791 $ à Vancouver, l'endroit le plus cher au Canada. Il s'agit de 26 503 $ à Ottawa, 24 180 $ à Calgary, 22 750 $ à Winnipeg. En général, il en coûte plus cher de vivre en milieu rural ou dans une petite ville qu'en milieu très urbanisé, sauf dans le cas de Toronto. L'utilisation de l'automobile ferait monter le coût de la vie dans les petites agglomérations.
Le prix des logements
La grande différence québécoise réside dans le prix des logements, beaucoup moins élevé qu'ailleurs. Un logement à Montréal coûtait, en 2000, 7129 $ pour une famille de deux parents et deux enfants, comparativement à 11 399 $ à Toronto, 11 020 $ à Vancouver, 10 449 $ à Ottawa et 8707 $ à Calgary.
Les garderies à 5 $, maintenant remises en question par le gouvernement québécois, et l'assurance-médicaments expliqueraient aussi une partie de l'écart entre le Québec et les autres provinces.
Peu importe les différences d'une province à l'autre ou d'un indice à l'autre, la pauvreté reste importante au pays et cela est "inquiétant", a commenté hier le Conseil canadien de développement social. "La bonne performance économique des années 1990 n'a pas modifié la situation", remarque-t-il.
Le Collectif pour une loi sur l'élimination de la pauvreté, qui regroupe de nombreux organismes québécois, déplore de son côté que les assistés sociaux doivent se contenter de la moitié du revenu jugé nécessaire par le nouvel indice.
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L'angoisse envahit la Cité du multimédia
Hélène Baril
La Presse mercredi 28 mai 2003
À QUELQUES JOURS du dépôt d'un budget qui risque de couper les vivres à plusieurs d'entre eux, les locataires de la Cité du multimédia ne savent plus à quel saint se vouer. Ils réclament le maintien de leurs crédits d'impôt, mais ils veulent aussi pouvoir sortir de la prison que sont devenus les chic immeubles rénovés de la Cité.
"Nous sommes comme les Indiens qui ne peuvent pas sortir de leur réserve sous peine de perdre leurs droits", a déploré hier en conférence de presse le président de l'Association des gens d'affaires de la Cité du multimédia, après avoir annoncé officiellement sa démission et celle de tous les membres du conseil d'administration de l'association créée il y a deux ans pour défendre les intérêts des entreprises qui ont élu domicile dans la Cité.
Le moment paraît plutôt mal choisi pour démissionner en bloc, alors que les locataires de la Cité risquent de voir leurs crédits d'impôt réduits ou éliminés par le gouvernement de Jean Charest. Danny Boulanger en convient, mais il soutient que de toute façon, l'association ne fait pas le poids face aux moyens dont dispose le gouvernement.
Selon lui, l'expérience est un échec, parce que la Cité n'a pas réussi à créer la synergie attendue entre les entreprises.
Les crédits d'impôt doivent être maintenus pour soutenir une industrie qui a passé à travers une crise et qui recommence lentement à croître, dit celui qui est aussi président de la Corporation InterDoc. Mais il faudrait revoir l'ensemble du projet pour lui donner "une vision", ajoute Danny Boulanger.
L'Association des gens d'affaires de la Cité du multimédia compte 40 membres, qui ont tous des récriminations contre la Cité du multimédia. Les plaintes vont des loyers trop élevés (le loyer moyen est en de 20 $ à 30 $ le pied carré, contre de 15 $ à 20 $ pour les édifices comparables à l'extérieur de la Cité), à la façon dont ils sont traités par le gestionnaire des immeubles, le groupe Valor. Les locataires sont particulièrement irrités d'avoir à donner une garantie de six mois de loyer, ce qui hypothèque sérieusement la marge de crédit des plus petites entreprises.
Du gaspillage
Instauré en 1997 pour aider au développement de l'industrie du multimédia, le programme de crédits d'impôt de l'ancien gouvernement de Bernard Landry a suscité plus que sa part de controverses. En plus d'être utilisé par des grandes entreprises qui n'ont nullement besoin de l'aide de l'état, comme Cognicase et Motorola, le programme n'a pas tant servi à créer des emplois qu'à déménager des emplois existants.
Teamsoft, une petite entreprise de 12 employés, a été une des premières à emménager dans la Cité en 1998. Elle sera une des premières à en sortir cette année, à la fin de son bail de cinq ans. Même sans crédit d'impôt, c'est plus rentable pour nous d'aller ailleurs, assure son président, Martin d'Amours.
Selon lui, ce ne sont pas seulement les employés qui travaillent en multimédia qui ont pu profiter du crédit d'impôt équivalant à 40 % de leur salaire jusqu'à un maximum de 15 000 $, mais aussi les vendeurs, les secrétaires et tous ceux que les entreprises ont voulu inscrire. L'aide à la Cité du multimédia a été administrée avec un tel laxisme que comme contribuable, le président de Teamsoft en est venu à souhaiter que le gouvernement l'abolisse purement et simplement dans son prochain budget.
Au ministère de l'Industrie et du Commerce, on indique que l'ensemble des crédits d'impôt consentis aux entreprises fait l'objet d'une révision. Au total, les crédits d'impôt ont coûté 1,6 milliard en 2001, dont 40 millions pour la Cité du multimédia.
Il faudra attendre au dépôt du budget avant d'en savoir plus, a fait savoir hier Michel Rochette, le porte-parole du ministre Michel Audet. Selon lui, les bénéficiaires des crédits d'impôt ont peut-être des baux de cinq ou 10 ans qui les protègent, mais "le Ministère a une certaine marge de manoeuvre" pour réduire le coût du programme.
Chose certaine, si le programme de crédits d'impôt disparaît, les immeubles de la Cité, dont le taux d'inoccupation atteint 30 %, vont se vider rapidement. Les immeubles ont été mis en vente au début de l'année par ses propriétaires, le Fonds de solidarité FTQ, la ville de Montréal et la SITQ, une filiale de la Caisse de dépôt.
Selon le courtier qui a reçu le mandat de vente, il y a beaucoup d'intérêt dans le marché pour les immeubles, malgré l'incertitude qui pèse sur les locataires.
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Pas de référendums sur les défusions avant 2004
Denis Lessard
La Presse mardi 27 mai 2003
Québec - Il ne saurait y avoir de référendums sur les défusions municipales avant 2004, selon le projet de loi-cadre que compte déposer dès la première semaine de juin le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier.
Des sources fiables ont confirmé à La Presse hier que M. Fournier allait soumettre demain au Conseil des ministres le mémoire contenant les grandes lignes de son projet de loi. La proposition municipale est déjà à l'ordre du jour du caucus des députés qui doit avoir lieu le lendemain, a-t-on confirmé.
Les grands principes du projet de loi n'ont pas changé d'un iota, depuis l'ébauche du début mai dont La Presse avait publié le contenu. Il faudra que 10 % des électeurs ayant droit de vote signent les registres des municipalités pour réclamer un référendum. Des sources municipales indiquent que les intentions de Québec étaient arrêtées depuis un bon moment déjà et que les dernières semaines n'ont pas fait apparaître de changement de cap.
Et surtout, pour qu'une consultation populaire soit reconnue, plus de 50 % des citoyens ayant droit de vote devront s'être rendus aux urnes. La majorité pour un tel exercice reste de 50 % plus une voix. Le projet circule depuis la semaine dernière dans les centres de décisions à Québec, aux Finances et au Conseil du Trésor, par exemple.
En coulisses au sein du PLQ, circule depuis longtemps un document de réflexion sur le taux de participation aux différentes élections municipales dans l'île de Montréal. Bien des scrutins ont attiré moins de 50 % des électeurs, constate-t-on, conscient toutefois qu'un enjeu comme les défusions pourrait inciter les gens de certaines villes à se rendre aux urnes.
Les informations publiées par La Presse il y a deux semaines avaient rendu furieux les ténors de la sécession du Grand Montréal, en particulier Peter Trent, l'ancien maire de Westmount.
Déposé au début de la session- le ministre Fournier vise le 5 ou le 6 juin-, le projet de loi-cadre sera accompagné d'une autre mesure législative, une loi omnibus en matière municipale comprenant une foule d'amendements techniques à la loi des villes. Pas question toutefois de revenir avec le projet de taxe sur le stationnement, mis de côté in extremis l'an dernier par André Boisclair, le prédécesseur de M. Fournier.
Dès le début de la session, toute l'attention sera braquée sur le projet de loi sur les défusions, car tout indique que le ministère des Finances ne parviendra pas à déposer son budget le 12 juin, la date visée jusqu'ici, et on parle désormais de la semaine suivante, le 17 ou le 19 juin.
Déposé en juin, le projet de loi controversé ne saurait être adopté avant la fin 2003, prévoit-on déjà à Québec. Ces mêmes sources indiquent que les référendums sur les défusions, s'ils devaient avoir lieu, ne sauraient survenir avant l'automne 2004.
Le projet de loi devra être ajusté cet automne à partir des modèles d'organisation qu'auront déposés les municipalités fusionnées. Et il n'est pas question de permettre deux séries de référendums, dont la première permettrait aux citoyens d'adhérer aux nouvelles villes. Il s'agissait de spéculations apparues depuis que le ministre Fournier a parlé "d'adhésion" aux nouvelles villes.
Au sein du gouvernement, au Conseil du Trésor notamment, on s'interroge sur les mécanismes créés par le contrat de ville conclu à la fin de 2002 entre le gouvernement Landry et l'administration Tremblay.
Au cabinet de Jean-Marc Fournier, toutefois, l'attaché de presse Stéphane Gosselin précise qu'il n'est pas question pour Québec de sabrer dans les 240 millions convenus pour l'achat de l'île Notre-Dame par Québec. Des modalités sont discutées, mais les montants convenus ne font pas partie des modalités.
M. Fournier a aussi tendu des perches auprès des milieux intéressés touchant des amendements aux règles sur les programmes d'aide au logement administrés par la Société d'habitation du Québec. Depuis longtemps Montréal fait pression pour que Québec reconnaisse les demandes des gens vivant seuls. Jusqu'ici, seules les familles peuvent recevoir des subventions. Or, près de la moitié des demandes reçues à Montréal viennent de gens qui habitent seuls.
Par ailleurs, le Conseil des ministres de demain sera l'occasion d'un autre jeu de chaises musicales des sous-ministres. Aux Affaires municipales, Denis Jean sera confirmé comme le souhaitait Jean-Marc Fournier. On ajoutera au Sport, l'autre chapeau de Jean-Marc Fournier, François Turenne, depuis longtemps un ami d'André Dicaire, le premier fonctionnaire. M. Turenne avait vu son poste de sous-ministre à la Famille aboli il y a deux semaines.
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GARDERIES À 5$ : Québec stoppe le réseau
Mario Cloutier, André Duchesne
La Presse mardi 27 mai 2003
Le gouvernement Charest ne continuera pas de développer le réseau des garderies à 5 $ comme prévoyait le faire son prédécesseur, a appris La Presse.
Afin de réaliser des compressions budgétaires pouvant atteindre 300 millions de dollars, le ministère de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille a stoppé tous les projets de centres de la petite enfance (CPE) approuvés par l'ancien gouvernement péquiste, mais n'ayant pas franchi l'étape de l'achat d'un terrain ou d'une bâtisse pour leur réalisation. La mesure touche plus particulièrement des dizaines de projets dans la grande région de Montréal.
Au cours des derniers jours, tous les responsables des CPE concernés ont reçu un appel du Ministère leur signalant de mettre un holà à leurs démarches jusqu'au discours du budget du nouveau ministre des Finances, Yves Séguin, le 12 juin.
Dans le réseau des CPE, la nouvelle a eu l'effet d'un séisme, d'autant plus qu'elle est tombée au moment où débutait la Semaine des services de garde au Québec. "Si cette histoire s'avère exacte, c'est la famille québécoise qui sera pénalisée. De deux choses l'une: soit que des gens devront payer plus cher pour avoir une place, soit qu'ils devront carrément y renoncer. C'est très inquiétant", indique la présidente de l'Association québécoise des CPE", Francine Lessard.
Le gouvernement péquiste avait annoncé la mise en place des garderies à 5 $ en 1997 et visait la création de 200 000 places, ce qui, disait-on, permettrait de combler l'ensemble des besoins. Depuis, environ 163 500 places ont effectivement été créées. Des quelque 36 500 encore à venir, la plupart devaient être trouvées en milieu familial. Mais devant les difficultés éprouvées, le gouvernement Landry avait prévu transférer une partie de celles-ci, environ 5000, en CPE. Ce sont ces projets qui sont stoppés par les libéraux.
En entrevue à La Presse, le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, a indiqué qu'il doit créer des "places en garderie rapidement". Il soutient qu'il n'est pas question d'abolir les CPE, mais il rappelle que son parti favorise l'idée de faire davantage appel aux garderies privées tout en "considérant la subvention gouvernementale comme un avantage imposable pour les familles mieux nanties".
Les libéraux auraient l'option de faire grimper le coût quotidien des service de 5 $ à 7 $ pour tous les parents, mais ils préfèrent clairement diminuer les coûts d'immobilisation des projets.
Parmi les projets en sursis, on trouve celui du CPE Rosamie, à Laval. Depuis un an, la directrice, Lynn Germain, a multiplié les démarches pour ouvrir un second centre pour le bénéfice d'une soixantaine de nouveaux enfants. Elle a obtenu un terrain de la ville de Laval, elle a trouvé un architecte, elle a entrepris plusieurs autres démarches.
Tout cela, jusqu'à ce qu'un appel du ministère lui indique de freiner ses ardeurs. "Comment expliquer à mes 750 parents présentement inscrits sur ma liste d'attente que je n'aurai pas de places supplémentaires pour leurs bouts-de-choux", s'inquiète-t-elle.
En Montérégie, la directrice générale de l'association régionale des CPE, Claudette Pitre-Martin, rappelle que les projets en péril avaient fait l'objet d'une lettre d'acceptation signée par l'ancienne ministre de l'Enfance, Linda Goupil. "Chez nous, ça concerne une dizaine de CPE. Certains avaient déposé des offres d'achat sur des terrains et engagé d'autres négociations", mentionne-t-elle en qualifiant la situation de dramatique.
Aide sociale
Par ailleurs, pour compléter des compressions pouvant atteindre 8 % à son ministère, Claude Béchard étudie quelques scénarios touchant les bénéficiaires de l'aide sociale. Mais en aucun cas, a-t-il déclaré hier, son gouvernement s'attaquera aux besoins essentiels des moins nantis.
"On ne laissera pas tomber les plus démunis, oubliez ça. Il n'est pas question de mettre personne dans la rue demain matin", a fait M. Béchard, catégorique.
"On a déjà dit assez clairement, dans le contexte de la Loi sur la pauvreté, que nous étions favorables à l'indexation, d'ajouter le premier ministre Jean Charest. Nous allons protéger les services directs aux citoyens. Nous avons appuyé la loi contre la pauvreté", a-t-il rappelé.
Les libéraux comptent présenter à l'automne seulement leur plan de lutte découlant de cette loi. Refusant de commenter les scénarios à l'étude, le ministre s'est contenté de dire qu'il compte mettre l'accent sur la "valorisation du travail et l'effort". Selon les informations recueillies par La Presse, cela pourrait signifier des pénalités allant jusqu'à 150 $ par mois, sur une prestation de base de 523 $, pour les bénéficiaires de l'aide sociale qui refusent un emploi.
La présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, n'a rien voulu confirmer ou infirmer non plus. "Il est clair que je vais faire tout ce qui est humainement possible pour protéger les assistés sociaux qui vivent avec des sommes dérisoires", a-t-elle dit.
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Vache folle
Le Québec n'a pas à souffrir du mal albertain, dit Charest L'embargo devrait s'appliquer aux seules provinces touchées
Jocelyne Richer
PC LE DEVOIR mardi 27 mai 2003
Québec - Le Québec n'a pas à être pénalisé parce qu'on a découvert un cas de vache folle en Alberta, a soutenu le premier ministre Jean Charest, hier.
En outre, lorsqu'un pays étranger décrète un embargo sur un produit alimentaire canadien -- comme ce fut le cas la semaine dernière pour le boeuf -- il ne devrait pas s'appliquer d'un océan à l'autre, mais uniquement à la province visée, a-t-il fait valoir.
M. Charest entend sensibiliser ses homologues provinciaux au cours des prochaines semaines, en vue de les amener à défendre une position commune dans ce dossier. Il faudrait, selon lui, qu'Ottawa négocie avec les pays étrangers pour qu'un éventuel embargo ne touche qu'une province et non le pays tout entier, comme c'est le cas actuellement.
«Dorénavant, lorsqu'il se présentera une situation comme celle-là, il faudrait qu'on puisse avoir une approche régionale. Au lieu que ce soit dans tout le Canada, qu'on puisse reconnaître que si le problème est clairement associé à une région -- l'Alberta, par exemple -- qu'on prenne les mesures nécessaires pour l'Alberta, mais qu'on évite d'appliquer ça au Québec, si, dans le cas du Québec, le problème n'existe pas», a dit M. Charest, lors d'un point de presse, à la suite d'une rencontre avec le premier ministre de l'Île-du-Prince-Édouard, Pat Binns.
Selon M. Charest, le Québec n'a rien à voir avec la crise de la vache folle, qui secoue présentement l'Alberta, et n'aurait donc jamais dû être visé par l'embargo imposé par huit pays ayant décidé de ne plus importer de boeuf canadien: les États-Unis, l'Australie, le Japon et la Corée du Sud, Singapour, la Nouvelle-Zélande, l'Indonésie et la Barbade.
«Normalement, on n'aurait pas dû subir les conséquences de ce qui vient d'arriver», a soutenu M. Charest, qui fera pression sur Ottawa pour que les choses changent. «Il faut que le gouvernement fédéral soit dans le coup», a-t-il dit. M. Charest aura prochainement deux occasions de faire avancer ce dossier: une conférence téléphonique des premiers ministres provinciaux, en juin, qui sera suivie, en juillet, par la conférence annuelle des premiers ministres, à l'Île-du-Prince-Édouard.
Jusqu'à maintenant, un seul cas d'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), mieux connue sous le nom de maladie de la vache folle, a été répertorié au Canada, dans une ferme albertaine. L'ESB ne se transmet pas d'un animal à l'autre, mais peut l'être par l'ingestion de nourriture contaminée, les farines animales, par exemple. Mais il est interdit depuis 1997 de donner ce type de farine aux bovins du pays.
M. Charest a rappelé que le système d'inspection québécois était reconnu pour sa rigueur exemplaire.
La prise de position du premier ministre Charest fait écho à la sortie, la semaine dernière, de l'Union des producteurs agricoles (UPA), qui revendiquait elle aussi l'adoption d'embargos sur une base régionale.
Chaque semaine, le Québec produit et commercialise 4000 bovins, d'une valeur de quelque 4,5 millions. Plus de 60 % de cette production est exportée vers les États-Unis. On estime que plus de 16 000 fermes bovines du Québec pourraient à terme être affectées par des pertes subies à la suite de cet embargo.
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Colloque international sur la francophonie : Le Québec doit privilégier ses liens avec les États-Unis
Marie Caouette
Le Soleil mardi 27 mai 2003
Le Québec doit tenter de tisser des liens autres qu'économiques avec son voisin américain et éviter de sombrer dans l'antiaméricanisme qui sévit dans les milieux parisiens parce que son destin est lié au géant américain.
Ce sont les défis et les dangers du Québec actuel, parfois (trop ?) branché sur Paris au point d'oublier que nous vivons en Amérique, signalait le professeur émérite de science politique Louis Balthazar, dans une conférence prononcée au colloque international sur la francophonie. La France nous a donné notre âme mais l'Amérique nous a formés et conditionnés, rappelle-t-il.
À l'heure actuelle, la mondialisation se vit presque exclusivement dans le domaine économique où les États-Unis pèsent d'un poids énorme et quasi insupportable. Il faut souhaiter que l'intégration nord-américaine se développe à d'autres niveaux, culturel, social et politique pour donner un caractère humain à cette aventure et compenser le déséquilibre actuel, disait-il.
La tâche sera particulièrement difficile, reconnaît M. Balthazar, puisque notre puissant voisin est le pays le plus attaché à sa souveraineté et qu'il se montre très peu disposé à faire des concessions qui pourraient avoir des répercussions sur le plan de l'identité.
L'antiaméricanisme n'est cependant pas une solution pour les Québécois qui appartiennent à l'Amérique du Nord. La francophonie nous apporte une vision différente des choses grâce à des sources d'informations auxquels les anglophones n'ont pas accès mais il faut se garder de s'en prendre à la domination excessive des États-Unis comme le font les Européens. Notre destin est américain, pas européen, selon le professeur. Les États-Unis sont nos plus grands partenaires commerciaux et les échanges ont plus que doublé depuis l'entrée en vigueur de l'ALENA.
Cette américanité du Québec, c'est d'ailleurs, dit-il, notre contribution à la Francophonie...
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Pas de Palme? Pas si grave!
Lysiane Gagnon
La Presse mardi 27 mai 2003
Pas de Palme d'or pour Les Invasions barbares ? Ce n'est pas grave. Comme le critique du Parisien l'avait prédit, " à Cannes, où il vaut mieux s'adresser au cortex qu'au coeur, ces Invasions barbares seront passées à la moulinette, mais le public lui fera un triomphe ".
En fait, loin d'être passées à la moulinette, les Invasions s'en sont fort bien tirées : meilleur scénario, meilleure actrice, cela se place drôlement bien dans les annonces... Si la rumeur publique et les sondages locaux n'avaient pas fait monter les attentes en lui prédisant la Palme d'or, personne n'aurait été si déçu du verdict du jury.
Le problème n'est pas qu'Arcand n'ait pas gagné sur toute la ligne, c'est que la Palme soit allée à une oeuvre qui ne la méritait peut-être pas. Je dis cela, bien sûr, sans avoir vu les films primés, mais les indications dont on dispose soulèvent des points d'interrogation.
On aurait couronné Dogville de Las von Trier, cela aurait paru normal. J'ai adoré Europa et Breaking the Waves, j'ai détesté Dancer in the Dark, mais je comprends que d'autres aient crié au génie. De toute façon, Lars von Trier en est un. On lui aurait donné la Palme d'or pour la deuxième fois en trois ans que personne ne s'en serait étonné.
Mais Elephant ? J'ai bien hâte de voir si ce film méritait les grands honneurs (à la fois la Palme d'or et la meilleure mise en scène !), ou s'il a été primé pour des raisons surtout idéologiques.
Il s'agit d'un autre commentaire sur la tuerie du Columbine High School, un peu dans la ligne du brulôt farci de faussetés de Michael Moore. (Richard Martineau, dans Voir, a bien décrit la série d'erreurs, toutes commises de mauvaise foi, de ce soi-disant documentaire dont la véracité est inversement proportionnelle aux applaudissements qu'il a recueillis.)
Elephant a pu plaire aux intellectuels du jury cannois, parce qu'il constitue une critique féroce des États-Unis, pays fondamentalement violent, où l'on règle ses problèmes par les armes, etc.
C'est le genre de thèse dont bien des gens sont friands, particulièrement en France, mais qui ne résiste pas à l'analyse.
En dehors des ghettos urbains, les États-Unis ne sont pas un pays plus violent que le Canada. Et s'il fallait juger de la violence innée d'une population en fonction des massacres spectaculaires qui ont marqué son histoire récente, eh bien ! c'est le Québec qui remporterait la palme noire ! Les tirs du caporal Lortie au parlement, le massacre de Polytechnique, la tuerie de Concordia, qui dit mieux, pour une population de sept millions d'habitants ?
Arcand n'était pas assez anti-américain pour concurrencer Elephant sur ce plan. Sa critique de l'" empire " est trop voilée, et certainement trop équivoque, pour plaire à l'intelligentsia européenne.
Autre élément qui a nui aux Invasions : c'est un film conventionnel, avec une histoire plus ou moins linéaire et une cinématographie classique ce que le critique des Échos, qui loue par ailleurs " la truculence et la tendresse féroce " des Invasions, a appelé " du cinéma de papa ".
Libération s'en prenait également à la " platitude " de la photographie et au découpage " à l'ancienne ", bref au style " vieille école ".
Autant de mauvais points, aux yeux d'un jury traditionnellement porté à privilégier l'avant-garde, l'ellipse et l'expérimentation. (C'était le cas de Dogville... mais est-ce celui de Elephant ?)
Dernier handicap : les jurys cannois, dit-on, ne priment jamais les films drôles. C'est évidemment se méprendre complètement sur le sens des " Invasions " que de le considérer comme un film comique. Ou alors, il faudrait oublier que le plus grand dramaturge français est un dénommé Molière, dont la critique sociale passait par le rire.
Le Parisien écumait de rage au lendemain de la remise des prix. " Si on avait voulu tuer le Festival de Cannes, on ne s'y serait pas pris autrement... le film d'Arcand a le tort d'être leste, épicurien, vivant, dans un Festival d'austérité et de sourcils froncés... Il y a dans cette affaire un côté taliban. "
Le Parisien y va trop fort, ce qui est un peu dans sa nature de journal populaire, mais il est assez vrai que les films qui font trop facilement rire et pleurer n'ont pas souvent la cote chez les élites. Rire, pleurer... ça fait peuple, comme dans " faire pleurer Margot ".
Mais consolons-nous. Ce film, qui est ce que le Québec a produit de mieux au cinéma, a une superbe carrière devant lui. Il a été acheté par une pléthore de distributeurs, et sera vu partout dans le monde. C'est mieux que de sombrer dans la confidentialité, chapeauté d'une Palme d'or...
lgagnon@lapresse.ca
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La farce du Parti progressiste-conservateur
Michel Vastel
Le Soleil mardi 27 mai 2003
"J'ai gagné des victoires historiques, j'ai ressuscité le Parti conservateur, j'en ai fait un parti moderne, je cède à mon successeur un parti en excellent état, un pays en pleine expansion économique et avec un bel avenir constitutionnel... " Trois mois après que Brian Mulroney m'ait fait cette confidence, il y a exactement 10 ans, les " bleus " étaient décimés, passant de 170 à deux sièges à la Chambre des communes. C'est fou ce que la satisfaction de soi peut rendre aveugle !
Trois élections et trois chefs plus tard, le Parti progressiste-conservateur du Canada étalera, la fin de semaine prochaine à Toronto, toute son insignifiance. " Je suis encouragé de voir que le parti est plutôt fort à quelques jours du congrès au leadership " prétend Joe Clark. On notera tout de même le " plutôt " ! Cinq candidats, qui ne seraient même pas reconnus dans une rue de Montréal, de Toronto ou de Vancouver, se proposent de lui succéder. Peter Who ? Ou David What ? Il n'y a même plus de " Truc machin chose " dans cette course dont personne n'a vu le départ et dont à peu près tout le monde manquera l'arrivée...
André Bachand, député de Richmond-Arthabaska, s'était déjà retiré après avoir constaté que sa " cote RSD " - pour " réunion de sélection des délégués " - ne dépassait pas les 3,6 % des intentions de vote et qu'il ne recueillait pratiquement aucun appui dans sa propre province ! Quant au coloré Heward Grafftey, député de John Diefenbaker dans les années 50 et ministre junior dans l'éphémère gouvernement de Joe Clark - il y a un quart de siècle ! - , ses ambitions ont été anéanties par un quintuple pontage coronarien. Ambitions qui se mesuraient d'ailleurs aux huit délégués - sur 2788, cela fait une " cote RSD " de 0,2869 % ! - qui se proposaient de l'appuyer !
Le Parti progressiste-conservateur de Sir Georges-Étienne Cartier et de Brian Mulroney est devenu une farce au Québec. Et ce n'est pas avec cinq candidats quasiment unilingues anglophones - dont le vainqueur probable Peter MacKay - qu'il réveillera l'intérêt des quelques centaines de membres qu'il lui reste ici. Il faut être sado-maso pour aller passer une belle fin de semaine de printemps dans la capitale du syndrome respiratoire aigu sévère, avec une majorité de délégués venant du pays de la vache folle !
Mais c'est une triste farce tout de même. Brian Mulroney ne croit tellement plus à l'avenir de son cher PC qu'il parle désormais de " réunification de la droite ". L'avenir est donc à une coalition de " rednecks "de l'Ouest, de " loyalistes " de Nouvelle-Écosse, et de frustrés de l'Ontario. Il faut avoir passé un week-end à Moose Jaw, à Pictou ou à Perth pour comprendre ce que je veux dire.
La droite est à l'image d'un pays qui se moque de la façon dont l'intendance est gérée à Ottawa puisque tout se passe ailleurs : en Asie, en Europe, en Amérique latine, aux États-Unis surtout. Vive la mondialisation qui a réduit Ottawa au statut de capitale provinciale - les militaires et les diplomates en plus, tout de même ! - et renvoyé chacun chez soi.
Croire à la résurrection du PC, c'est imaginer que la sainte alliance entre les réformateurs de l'Ouest et les libéraux du Québec est possible une troisième fois. Un pays où l'Alberta contrôlerait son pétrole et son gaz naturel, les Prairies la vente de leur blé, le Québec sa culture et ses communications. Un pays où les régions seraient fortes au Parlement, réduisant le chef du Parti libéral du Canada à son rôle de primus inter pares. Vous avez deviné : c'était l'esprit des accords du lac Meech et de Charlottetown... " Un bel avenir constitutionnel ", disait Brian Mulroney.
Mais le pays a tellement changé qu'il ne reconnaît plus le parti qui l'a fondé. Et son gouvernement s'est " ontariorisé ", ignorant les ingrats de l'Ouest et du Québec qui refusent en trop grand nombre de voter pour lui. Alors...
Pourquoi s'intéresserait-on à l'avenir d'un parti dont le premier ministre de la troisième plus petite province du Canada n'a même pas voulu ? Car Bernard Lord a préféré Fredericton à Ottawa ! C'est dire en quelle estime il tient la politique dite " nationale "...
Pourquoi s'enticherait-on d'un parti qui n'a pas tenté le président de Rogers Cable et ancien adjoint exécutif de Brian Mulroney, John Tory - au nom pourtant prédestiné ! - préférant la mairie de Toronto à l'édifice Langevin à Ottawa ? Et pourquoi se soucierait-on d'un parti qu'aucun Québécois, depuis Jean Charest, ne rêve de diriger ?
On dira que le Parti progressiste-conservateur, après toutes ces défections, a été desservi par les événements. La guerre en Irak, des élections provinciales un peu partout et en particulier au Québec, le SRAS et la vache folle, sans parler du virus du Nil, ont distrait les Canadiens.
Chez nous, la dernière fièvre électorale a été provoquée par la montée d'un autre parti, l'Action démocratique du Québec. On rêve d'un Mario Dumont à Ottawa et tout ce qu'on propose, c'est le choix entre le fils d'un ministre gaffeur de Brian Mulroney et un fermier de la Saskatchewan. Il faudra transformer les bulletins de vote en " gratteux " pour dépasser un taux de participation de 50 % aux prochaines élections fédérales !
Quand l'Alliance canadienne se choisit des chefs - Stockwell Day ou Stephen Harper - ceux-ci ont tout de même assez de ce qui sert de charisme au Canada des autres - nous on appelle cela de l'entregent... - pour susciter l'intérêt pendant une campagne électorale. Puis la presse bien-pensante se charge de brûler ces nouvelles idoles de la droite canadienne.
Avec le prochain chef du Parti progressiste-conservateur du Canada, la presse n'aura rien à brûler !
MVastel@lesoleil.com
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Création d'un bureau de négociations sur le déséquilibre fiscal : Charest ne veut pas bousculer ses homologues
Robert Dutrisac
LE DEVOIR mardi 27 mai 2003
Québec - Le premier ministre Jean Charest n'est pas encore prêt à demander à ses homologues de créer un Bureau de négociations sur le déséquilibre fiscal, encore moins un Conseil de la fédération. Mais il s'assurera que ces deux sujets seront inscrits à l'ordre du jour de la Conférence des premiers ministres provinciaux en juillet.
Hier, M. Charest a reçu le premier ministre de l'Île-de-Prince-Édouard, Pat Binnes, qui est l'hôte cette année, selon la règle de l'alternance, de la 44e Conférence des premiers ministres provinciaux. Les deux hommes ont discuté de l'ordre du jour de cette conférence qui se déroulera du 9 au 11 juillet prochain à Charlottetown. «Je ne demande pas aux premiers ministres de dire oui ou non à ces propositions avant que nous soyons à l'étape de les présenter plus formellement», a dit M. Charest qui, en campagne électorale, avait promis de créer en quelques semaines le Bureau de négociations sur le déséquilibre fiscal.
Hier, Pat Binns n'a pas montré d'empressement à créer ces nouvelles instances bien qu'il trouve constructifs ce «concept» et ces «idées» avancés par son homologue québécois. «On n'a pas institutionnalisé de mécanisme pour transiger avec Ottawa au niveau du premier ministre. Et cela a nui au progrès», a souligné M. Binns. «Ces idées ont beaucoup de mérite.» M. Binns a rappelé qu'en sept ans -- depuis qu'il est premier ministre de sa province --, il n'y a eu que deux rencontres officielles avec le premier ministre canadien pour discuter de problèmes majeurs comme le sous-financement de la santé.
Certaines provinces souhaitent des changements constitutionnels. C'est le cas de l'Alberta, qui préconise la création d'un Sénat triple E (élu, égal et efficace), et de Terre-Neuve, qui réclame davantage de pouvoirs en matière de pêcheries, notamment. Dans une entrevue au Devoir la semaine dernière, le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, estimait que la formule du Sénat triple E méritait d'être analysée et ne pouvait pas être rejetée a priori. Pour M. Binns, il est encore trop tôt pour entamer des discussions de nature constitutionnelle.
La tentation constitutionnelle
Selon le critique de l'opposition officielle en matière d'affaires intergouvernementales canadiennes, Daniel Turp, le gouvernement Charest, en acceptant que des provinces ouvrent la boîte de Pandore constitutionnelle, joue un jeu risqué. «On s'engage sur un terrain dangereux», a prévenu le député de Mercier.
«Le Conseil de la fédération, ça peut être l'instrument de la réforme constitutionnelle, un lieu de revendications constitutionnelles pour les provinces», estime M. Turp. Le député péquiste juge que Benoît Pelletier a succombé «à la tentation de la réforme constitutionnelle». Or dès que le Québec s'engage dans des négociations constitutionnelles, il est toujours «vulnérable» et peut se voir imposer, par les autres provinces, des changements qui vont à l'encontre des intérêts des Québécois, craint le porte-parole péquiste.
Si le gouvernement Charest persiste à discuter de changements constitutionnels avec les autres provinces, l'opposition péquiste exige qu'il s'engage à consulter la population par voie de référendum sur les modifications qui pourraient résulter des négociations, a indiqué Daniel Turp.
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Lettre ouverte à M. Jean-Pierre Raffarin
Claude Boulay, Trois-Rivières (Québec)
TRIBUNE LIBRE mercredi 28 mai 2003
Trois-Rivières, le 27 mai 2003
Monsieur le Premier ministre,
Lors de votre récent passage au Québec, vous vous en êtes fait passer une « p’tite vite », comme on dit chez nous, par notre Premier ministre provincial. M. Jean Charest s’est réclamé de la même pensée politique que vous : « Vous croyez à l’Europe, je crois au Canada ».
Cette comparaison du Canada avec l’Europe est une fumisterie. L’Europe est constituée de plusieurs nations qui mettent volontairement certaines choses en commun. Chaque étape importante dans la formation de cet ensemble est sanctionnée dans chacun des pays membres par un référendum. Le Canada est constitué de deux nations, dont l’une est trois fois plus populeuse que l’autre. L’union en une fédération a été imposée par la force. Même la reconduction de cette union, en 1982, n’a pas fait l’objet d’un référendum dans l’une ou l’autre des deux parties.
Si vous voulez vous former une idée de la situation du Québec à l’intérieur du Canada, vous devez vous imaginer que la France n’a pas été libérée en 1944. L’Allemagne a abandonné depuis longtemps son régime totalitaire et elle a même concédé une certaine mesure d’autonomie à la France, qui est un Länder comme les autres.
Il a été décrété que cette Grande Allemagne formerait une nation. Si des Français persistent à appeler Paris leur capitale nationale, on leur fait des misères; si les autorités françaises refusent d’arborer le drapeau allemand sur des édifices publics, la France est pénalisée.
L’Allemagne a tous les pouvoirs résiduels, elle a un pouvoir de désaveu des lois françaises et a un pouvoir illimité de prélèvement de taxes et impôts. De ce dernier article de la constitution, il résulte que l’Allemagne dispose de surplus budgétaires substantiels, alors que la France doit rogner constamment dans des services essentiels comme l’éducation et les services de santé.
Avec ses surplus, l’Allemagne se paie des campagnes de propagande tous azimuts. À la radio, à la télévision française, on peut voir le drapeau allemand, on peut entendre le nom de l’Allemagne prononcé comme une incantation, des centaines de fois par jour. D’ailleurs, la très grande majorité des journaux et des chaînes de radio et de télévision sont aux mains de pan-germanistes convaincus. Ces médias ne cessent de chanter les vertus du régime allemand et de décrier les partisans de la nation française.
Monsieur le Premier ministre, nous ne souhaitons pas vous voir intervenir dans notre contentieux politique. C’est M. Jean Charest qui cherche à vous embrigader par sa comparaison trompeuse. Nous souhaitons seulement que, lorsque vous entendrez M. Charest faire l’éloge du Canada, vous sachiez quel genre de fédération il préconise.
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