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Les comptables
Michel David
LE DEVOIR jeudi 29 mai 2003
Il est un peu étonnant d'entendre des cris de surprise horrifiée chaque fois que le gouvernement Charest remet en question un programme créé par le PQ ou le mandat d'un organisme gouvernemental.
C'est le cas de la Société générale de financement (SGF), qu'il voudrait cantonner aux PME et aux régions. On peut toujours le déplorer mais certainement pas s'en étonner. Déjà, pendant la campagne de 1998, M. Charest s'était attaqué quotidiennement à la SGF, dans laquelle il voyait la meilleure illustration de la mégalomanie interventionniste du PQ.
Ceux qui s'imaginaient que le PQ et le PLQ, c'était bonnet blanc souverainiste et blanc bonnet fédéraliste auraient dû s'informer un peu avant de voter. Pendant des mois, Bernard Landry n'a pas cessé de répéter que les libéraux ne pourraient tenir leur promesse d'abaisser les impôts de 15 milliards en cinq ans qu'au prix de compressions budgétaires douloureuses.
Sauf que le PQ et ses alliés syndicaux, efficacement secondés par les médias, criaient encore plus fort quand ils parlaient de l'ADQ. À les entendre, Mario Dumont et sa bande de réactionnaires allaient faire reculer le Québec de 40 ans.
Tellement que la perspective de l'élection d'un gouvernement libéral a fini par apparaître comme un moindre mal, voire comme un rempart contre cette invasion barbare. Après tout, ces gens-là avaient fait la Révolution tranquille, non ?
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Pas plus que dans le cas de la SGF, on ne peut accuser le PLQ de fausse représentation en ce qui concerne les garderies. Il est vrai que pendant la campagne électorale, on n'a pas beaucoup insisté sur l'abolition de l'universalité, préférant faire miroiter l'ajout de 50 000 places, sans trop préciser comment, sinon qu'il y en aurait 3000 dès septembre prochain dans les garderies privées.
La résolution adoptée au conseil général de septembre 2002 annonçait cependant les couleurs d'un futur gouvernement libéral de façon très claire. Le programme de garderies à 5 $ par jour serait revu «afin qu'une partie de la subvention gouvernementale soit considérée comme un avantage imposable pour les familles mieux nanties». D'autre part, il privilégierait «un recours accru aux garderies privées dans le développement de nouvelles places».
Cette position a été réitérée à plusieurs reprises par le porte-parole du PLQ en matière de politique familiale, Russell Copeman. Contrairement aux fusions municipales forcées, dont le PQ n'avait jamais soufflé mot avant les élections de 1998, ceux qui s'intéressaient le moindrement au dossier des garderies savaient parfaitement à quoi s'en tenir.
Le programme de garderies à 5 $ par jour est un très grand succès, abondamment cité en exemple à l'étranger. Même Sheila Copps a aimé, c'est dire ! Dans un monde où l'argent ne serait pas un problème, l'idéal serait même que tous aient gratuitement accès aux services de garde.
Le «trou» dans les finances publiques hérité du PQ a peut-être été gonflé, mais personne ne nie que l'équilibre soit précaire. Dans ces conditions, qu'y a-t-il de scandaleux à demander aux familles «mieux nanties» de contribuer davantage ? La responsabilité collective à l'endroit de la famille n'exclut pas la responsabilité individuelle.
Bernard Landry et le nouveau député de Vachon, Camil Bouchard, ont rejoué la scène de la grande indignation hier, mais serait-il plus équitable d'augmenter les tarifs de façon uniforme, sans égard à la capacité de payer, comme le PQ l'avait sérieusement envisagé il y a deux ans, quitte à exclure de facto les plus démunis ?
La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, estime que la politique devrait être la même qu'en éducation. «On ne fait pas un test de revenu pour savoir si les gens ont des salaires trop élevés pour avoir accès à l'école publique», dit-elle. La différence est que la fréquentation de l'école est obligatoire.
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Le problème est plutôt que les libéraux ne vont pas au bout de leur logique. Ce qu'ils reprochaient au départ aux garderies à 5 $ par jour, comme à la plupart des initiatives péquistes, était de forcer tout le monde à entrer dans le même moule.
Que ce soit par choix, en raison de leur horaire de travail ou simplement parce qu'ils n'ont pas trouvé de place, de nombreux parents ne profitent pas du programme et sont pénalisés financièrement.
Quand le conseil général a adopté sa résolution, en septembre 2002, Russel Copeman a expliqué que «le gain enregistré par cette mesure pourrait être redistribué aux familles qui ont choisi de garder leurs enfants à la maison». Certains pourront déplorer qu'on encourage des parents à garder leurs enfants chez eux, mais il s'agit d'un choix parfaitement légitime.
Qu'on y souscrive ou non, l'intégration du secteur privé au réseau des garderies à 5 $ par jour peut également s'inscrire dans le cadre d'une politique cohérente de la diversification de l'offre de services.
Malgré le gel prévu des budgets de l'ensemble des ministères autres que la Santé et l'Éducation dans le cadre financier du PLQ, M. Copeman était catégorique : «Il n'y a pas de doute qu'il y aura des crédits supplémentaires pour le ministère de la Famille et de l'Enfance.»
Manifestement, il était mal informé. Ou alors il nous a raconté des bobards. Ces jours-ci, le nouveau ministre responsable de la Famille, Claude Béchard, en est plutôt à négocier l'étendue des compressions budgétaires qu'il devra refiler aux garderies pour financer les baisses d'impôts à venir. Autrement dit, il n'y aura rien à redistribuer. Ce qui devait être une politique familiale est devenu une vulgaire mesure comptable. Dire que ces gens-là prétendaient «réinventer le Québec» !
mdavid@ledevoir.com
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Une affaire de reconnaissance
Josée Boileau
LE DEVOIR jeudi 29 mai 2003
Sous un gouvernement libéral, les parents écoperont. Que ce soit là la première certitude dans le flot de rumeurs qui circule témoigne non pas d'un choix budgétaire mais d'une incompréhension sociale.
Si, en ces temps de stricte gestion des deniers publics, il reste encore quelque sens à la notion de gouverner, le pouvoir politique se doit de garder des visées qui touchent non seulement le portefeuille du contribuable mais la vie en société. Et s'il est une question dont le Québec ne peut faire l'économie, c'est bien sa démographie.
Pour éviter la décroissance ou la retarder le plus possible, les solutions ne sont pas multiples : attirer davantage d'immigrants (et les intégrer !) et faire des enfants. Dans l'un et l'autre cas, il s'agit de choix de société exigeants, pour lesquels les signaux envoyés doivent être très clairs de la part d'un gouvernement.
C'est ce signal qui s'est brouillé cette semaine avec la déclaration du ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, en ce qui concerne le financement des «garderies à 5 $». En plaidant pour faire payer les riches (qu'il faudra recruter dans la classe moyenne pour que l'affaire ait un quelconque impact financier), le gouvernement a confondu enjeu social et offre de services. En effet, ce n'est pas uniquement pour leur faible coût que les places à 5 $ par jour ont pris rang de symbole, salué jusqu'à l'extérieur du Québec. C'est que s'y accroche aussi un message : il est légitime d'avoir des enfants, de concilier vie familiale et professionnelle et de ne pas être obligé de se serrer la ceinture pour le faire. La collectivité appuie ce choix en offrant, grâce à l'État et non à l'entreprise privée, des services de garde quasi gratuits et de qualité.
La garderie à 5 $ par jour est donc plus qu'un service rendu : c'est une reconnaissance que l'universalité de la mesure vient concrétiser. Il n'y a pas de ghettos de parents pauvres, pas de classe moyenne qui endure silencieusement des hausses, pas de nantis indifférents. Plutôt des familles unies par le même engagement que le gouvernement a pris à leur égard, comme il le fait en éducation ou en santé.
Avoir un enfant est un geste individuel mais qui s'appuie sur une nécessité collective. Pour une foule de raisons, ce geste ne va plus de soi, ni pour les gens, ni pour la société. Il n'est donc que juste qu'il soit payé de retour, et par tous. La manière peut varier, mais pas l'exigence d'avoir un engagement collectif précis envers toutes les familles.
Peut-être le gouvernement péquiste a-t-il eu des manques avec ses garderies à 5 $ par jour. Il est clair que les familles aux horaires atypiques ou dont la mère demeurait à la maison ont été perdantes dans cette réforme. Il est clair aussi que la classe moyenne y a perdu financièrement puisque les avantages fiscaux perçus pour les services de garde en fin d'année étaient plus intéressants. Ce fut toutefois un choix cohérent de la part du gouvernement : on offrait aux familles une économie immédiate, qui enlevait l'énorme pression financière vécue chaque mois; aux enfants, on offrait un véritable milieu de vie, avec projet pédagogique à la clé; aux éducatrices, un formidable débouché qui les sortait du travail au noir.
D'autres choix, tout aussi cohérents, sont possibles : ainsi, le Parti libéral, sous Robert Bourassa, misait sur des incitatifs financiers, notamment les fameux bébés bonis mis en place en 1988 et fortement augmentés en 1992. Il y a aussi eu des critiques, mais le symbole était présent. La famille qui, riche ou pauvre, recevait 400 $ aux trois mois jusqu'à ce que son troisième enfant ait cinq ans le percevait très clairement.
Où est la cohérence du gouvernement Charest ? Où est l'engagement ? Le retour aux allocations familiales figure au programme libéral : trouvera-t-on des sous ? Et pour qui ? Pour le moment, la seule mesure universelle annoncée se limite à l'aide aux devoirs sous l'oeil de... bénévoles. Ceci n'est pas une reconnaissance : c'est de la rigolade.
jboileau@ledevoir.com
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Santé - Remettre de la logique dans le systèmeQuatre angles à privilégier: qualité des soins, valorisation du personnel soignant, formation et qualité de la relève, mobilisation et utilisation efficace des ressources
Yves Dugré Médecin et président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec
LE DEVOIR jeudi 29 mai 2003
Dans quelques jours, nous connaîtrons les nouvelles orientations en santé du gouvernement Charest et les stratégies budgétaires qui devraient en assurer la réalisation initiale. L'entrée en scène du nouveau ministre de la Santé a été remarquée car celui-ci semble vouloir établir des dialogues là où, jadis, on privilégiait le monologue.
Nous saurons bientôt si les actions concrétiseront les engagements. Il m'apparaît donc important de replacer des enjeux que la population devrait examiner lorsque viendra le temps d'évaluer si ce gouvernement a vraiment l'intention de faire de la santé sa priorité.
Premier enjeu : rétablir le lien de confiance
Le premier enjeu -- fondamental -- est l'importance accordée par la nouvelle équipe à rétablir le lien de confiance entre les Québécois et leur système de santé. Érodée par des années de dialogues de sourds, par une succession de réformes restreignant l'accès aux soins et par l'alourdissement des structures, on peut dire que la confiance est sur une civière dans un corridor et que la méfiance est devenue le médicament de prédilection. Face à des listes d'attente de patients qui se sentent abandonnés, réduits à l'état de numéros, les professionnels de la santé doivent trouver des solutions réelles et efficaces.
Les médecins spécialistes savent très bien qu'il faudra du temps et encore bien des sacrifices, bien des compromis et bien des concessions. Nous avons été poussés au pied du mur en 2002 et avons refusé de céder davantage. Rétablir le lien de confiance entre les patients et le système, entre les médecins et les bureaucrates, entre les médecins et les politiciens est un défi de taille. Le ministre devra donc faire oeuvre de bâtisseur et de rassembleur.
Deuxième enjeu : la logique d'ensemble
Un système de santé est un ensemble de composantes et il faut le gérer en ayant une vision d'ensemble. À cet égard, un sérieux coup de barre doit être donné en appliquant une «logique d'ensemble».
Celle-ci demande de se concentrer en priorité sur la gestion des effectifs médicaux et l'organisation des soins hospitaliers, visant à rendre plus accessibles les salles d'opération et les plateaux de diagnostics ainsi qu'à améliorer les conditions de pratique. Il faut rapprocher la gestion régionale des réalités du terrain et recentrer le rôle des centres hospitaliers. Il faut désengorger le système en utilisant pleinement les cabinets affiliés à ces centres. Il faut assurer une stabilité et une récurrence dans le financement des hôpitaux en plus de soutenir et de valoriser le personnel soignant. Il faut consolider les services tertiaires et quaternaires à Québec et à Montréal et prendre les décisions qui s'imposent dans des dossiers comme ceux de la greffe de moelle, du Centre Mère-Enfant, de l'obstétrique et de la relocalisation de l'ophtalmologie à Québec, ainsi que la construction des hôpitaux universitaires à Montréal. Il faut remettre la formation universitaire et la relève au coeur de la stratégie de gestion de cette demande de soins, non seulement plus complexe mais plus forte au chapitre démographique. Il faut miser sur les technologies et la synergie entre les composantes du réseau.
Le nouveau cap peut donc -- et doit donc -- être établi à partir d'une boussole où les quatre points cardinaux sont la qualité des soins offerts aux patients, la valorisation du personnel soignant, la formation et la qualité de la relève, la mobilisation et l'utilisation efficace des ressources.
Dialogue et volonté : l'espoir est-il permis ?
Sous sa forme actuelle, le système n'a pas de logique, il est caractérisé par l'absurde. La gestion s'effectue en silo. Les régions, les établissements et les organismes sont en concurrence budgétaire directe. Partout où il y a pénurie de médecins spécialistes, on épuise davantage tous les professionnels de la santé et on isole le personnel déjà démoralisé. Nous ne pouvons plus écouter nos patients : le bruit de l'horloge de la productivité est assourdissant. Nous ne soignons plus, nous gérons des quotas.
Avec un dialogue franc et courageux, avec une volonté commune de travailler à résoudre les maux du système de santé, nous pouvons espérer un progrès rapide et significatif. Nous sommes encouragés par ce qui semble être une volonté ministérielle de reconstruire à partir d'un dialogue empreint de respect. Notre fédération a déjà mis en avant de nombreuses pistes de travail et nous avons une fois de plus décidé de donner une chance au coureur, à ce ministre issu de la communauté médicale, très au fait des faiblesses et carences du système.
À la population, nous disons : vos médecins spécialistes veulent relever avec ardeur le défi de la prestation de services médicaux respectueux, humains, performants; votre santé est notre métier. Aux administrateurs, gestionnaires et travailleurs de ce système de santé, nous disons : il nous faut réapprendre la confiance, la vision commune, le vrai dialogue. Au gouvernement, nous disons : rien ne prime plus que la santé car sans celle-ci, la population n'est pas au rendez-vous des autres priorités du moment. Au ministre, nous disons : votre logique d'ensemble déterminera ce que sera notre système de santé. Nous sommes prêts à collaborer. Donnez-nous raison de vouloir vous faire confiance.
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Garderies à 5 $ : Tollé et inquiétude
Marie-France Léger
La Presse jeudi 29 mai 2003
Le gouvernement libéral peut s'attendre à une opposition féroce tant de la part du Parti québécois que des centres de la petite enfance (CPE) s'il remet en question le principe d'universalité du réseau des services de garde.
Les nantis paient déjà plus d'impôts, a rappelé hier le chef du PQ, Bernard Landry. Alors que M. Charest promettait une réduction du fardeau des contribuables, "un de ses premiers gestes consiste à augmenter et alourdir les impôts de la classe moyenne", a soutenu M. Landry, affirmant que le gouvernement Charest se livre à "une entreprise de déconstruction du Québec" et s'inspire d'un modèle de droite à la Mike Harris, l'ex-premier ministre de l'Ontario.
Pour leur part, les représentants des CPE vont se mobiliser. On lancera une pétition dans des dizaines de centres de la petite enfance partout au Québec. Hier, à l'Association des CPE du Québec, on ne cachait pas qu'on allait demeurer très vigilant. "On a reçu des dizaines de fax de parents au bureau. Les gens se plaignent et sont inquiets. Pourquoi grignoter un succès qui répond aux besoins des familles?" dénonce sa présidente, Hélène Potvin. "Nous ne laisserons pas remettre en question les principes d'universalité à la base de ce service", a-t-elle ajouté.
Pour sa part, le député de Vachon, Camil Bouchard, craint surtout que freiner le développement des CPE- et des services à 5 $- ne prive des enfants défavorisés d'une place future dans une garderie de qualité. La garantie de qualité des CPE, rappelle-t-il, repose aussi sur le fait que les parents siègent aux conseils d'administration de ce réseau public.
Casse-tête administratif
Nicole Sanschagrin, directrice générale du CPE Au petit talon, rue de Lanaudière, dans Villeray, craint que les nouvelles règles ne deviennent uncasse-tête administratif de plus.
"Est-ce qu'on va être obligé de demander le talon de chèque? Comment va-t-on faire pour gérer les différents tarifs? Avant, il y avait l'exonération financière qu'on devait gérer. On a peur que le gouvernement nous remette ça", s'inquiète Mme Sanschagrin.
Au-delà de l'augmentation des tarifs, c'est toute l'idéologie du soutien à la famille qui est remise en cause, croit de son côté Hélène Potvin, présidente de l'Association des centres de la petite enfance du Québec. "Quand j'inscris mon enfant à la maternelle, je n'ai pas besoin de produire une déclaration de revenu. Pourquoi ça devrait être différent pour les services à la petite enfance?"
Marie Manseau, ingénieure de 32 ans, et son conjoint François Soucy, technicien ambulancier de 34 ans, représentent la famille type ciblée par l'augmentation éventuelle des tarifs en garderie puisque leur revenu familial dépasse les 50 000 $.
Mais ils ne roulent pas non plus sur l'or. Loin de là. S'il y a augmentation des tarifs, ils affirment qu'ils ne pourront pas envoyer leurs trois enfants en garderie. "Avec 5 $ par enfant, on arrive juste. Mais si les tarifs reviennent à 25 $ par jour par enfant, on n'y arrivera pas. On n'a pas assez de liquidités", dénonce Marie Manseau. La Montréalaise explique avoir fait trois enfants en sachant que les services de garde étaient quasiment gratuits et de bonne qualité. Mme Manseau, qui va accoucher sous peu de son troisième enfant, espérait avoir une autre place à 5 $ en septembre. "Qui de moi ou de mon conjoint devra rester à maison pour garder le bébé?" demande-t-elle.
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Quebec cutbacks imperil $5-a-day child care
The Globe and Mail Thursday, May 29, 2003
Canadian Press - Quebec PQ - Quebec's more affluent families soon may have to pay more for the province's cherished $5-a-day daycare, as Jean Charest's Liberals advance with plans to shrink government and cut costs.
Faced with a $4.3-billion budget shortfall, the Liberals are proposing to make higher-income earners pay more for the program and allow private operators to offer $5 child care to fill the need.
Family and Child Services Minister Claude Béchard says he must trim at least $300-million from his budget. The province pumps $1.6-billion each year into the daycare program, considered the most generous system in Canada.
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Des économies de bouts de chandelles? ; Fin probable de l'universalité des garderies à 5$
Pascale Breton
La Presse jeudi 29 mai 2003
Québec - Même en faisant payer 10 $ au lieu de 5 $ par jour une place en garderie aux familles dont le revenu annuel est de 50 000 $, le gouvernement Charest ne peut espérer renflouer ses coffres de plusieurs dizaines de millions.
Les fonctionnaires du ministère de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille planchent actuellement sur différents scénarios qui permettraient de réaliser des compressions budgétaires pouvant atteindre 300 millions. Parmi les hypothèses étudiées, il y a celle d'augmenter le coût des places en garderie pour les plus riches ou de rendre imposable la subvention gouvernementale, ce qui reviendrait sensiblement à la même économie, au bout du compte.
Les libéraux ont indiqué à plusieurs reprises qu'ils veulent faire payer davantage les familles aisées, tout en maintenant les places de garderie à 5 $ et en continuant de développer le réseau des centres de la petite enfance (CPE). Leur programme prévoit aussi d'aider un peu plus les familles qui choisissent de garder leurs enfants à la maison. Environ 30 % des familles québécoises font ce choix.
Des calculs effectués par l'ancien gouvernement du Parti québécois démontrent cependant que doubler le coût d'une place en garderie- 10 $ au lieu de 5 $ pour une famille dont le revenu annuel est de 50 000 $- ne permet que des économies de 69 millions pour un réseau qui coûte 1,3 milliard annuellement. Les parents à la maison auraient seulement 1,70 $ de plus par jour et par enfant dans leurs poches.
Dans leurs cartons, les péquistes ont aussi calculé les économies obtenues en faisant payer les familles dont le revenu annuel est de 100 000 $- soit 1 % de la population- pour arriver à un montant de 17 millions, soit environ 44 cents de plus par jour et par enfant pour une famille à la maison.
Dans l'opposition, les libéraux de Jean Charest se sont toujours défendus d'avoir l'intention de faire payer davantage les familles de la classe moyenne dont le revenu annuel est de 50 000 $.
Avantage imposable
Le gouvernement Charest étudie également l'hypothèse de considérer comme un avantage imposable la subvention gouvernementale pour les familles les plus aisées. Les familles déboursent 1300 $ par année pour 261 jours de garde à 5 $ par jour. L'État paie le reste en accordant une subvention moyenne de 7100 $ par année et par enfant aux CPE.
Des chiffres circulant hier indiquent qu'au moment de produire la déclaration de revenus, les garderies remettraient un formulaire aux parents dans lequel elles ajouteraient une partie ou la totalité du montant payé par l'État. Les familles plus riches payeraient ainsi de 30 à 40 % de la somme indiquée dans le formulaire, ce qui ferait monter les dépenses à quelque 2500 $ annuellement pour le service de garde.
Les calculs des péquistes démontrent par ailleurs que la proposition du gouvernement de faire payer davantage les plus riches représenterait une hausse d'impôts de 1248 $ pour les familles dont le revenu annuel est de 50 000 $ et plus.
Le résultat de ces différentes hypothèses est cependant bien loin des compressions budgétaires envisagées. Même en augmentant pour tout le monde le coût d'une place en garderie- 6 $ par jour au lieu de 5 $ par exemple-, les économies ne seraient que de 32 millions annuellement pour chaque dollar supplémentaire.
À l'heure actuelle, le gouvernement Charest jongle toujours avec les différents scénarios. "Il n'y a absolument rien de confirmé et rien d'exclu. Nous sommes vraiment en train de regarder toutes les hypothèses. Nous avons des scénarios que nous regardons et nous allons prendre les meilleures décisions dans le but de satisfaire le plus de parents possible avec les meilleurs services possibles", a indiqué hier Louise Bédard, attachée de presse de la ministre déléguée à la Famille, Carole Théberge.
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Garderies : Landry dénonce les choix de Charest
Clairandrée Cauchy
Le Devoir jeudi 29 mai 2003
En envisageant de faire payer davantage les plus riches pour les services de garde, le gouvernement libéral viole son engagement électoral de diminuer les impôts, estime le chef de l'opposition, Bernard Landry.
L'impôt progressif fait déjà en sorte que les mieux nantis contribuent davantage au financement des services publics, fait-il observer. «La fiscalité établit la justice sociale, ensuite on donne les services de façon égalitaire et universelle à tout le monde. Quand vous allez chez votre médecin, est-ce qu'il vous demande combien vous gagnez pour qu'on vous recharge à nouveau? Non, vous avez déjà payé votre impôt.»
La volonté du gouvernement de remettre en question l'universalité du système de garderies à 5 $ s'inscrit, selon lui, dans une «mécanique de déconstruction de la solidarité sociale québécoise» et va «à l'encontre d'une des premières priorités de la collectivité québécoise qu'est le soutien aux jeunes familles» dans un contexte de dénatalité.
Le nouveau député de Vachon et expert en développement de la petite enfance, Camil Bouchard, s'insurge contre le gel du développement des places en garderie imposé il y a quelques jours par le Parti libéral.
«Seulement dans mon comté, cela veut dire que 90 enfants issus de milieux défavorisés sont placés sur la liste d'attente», fait valoir M. Bouchard. Plus qu'une simple mesure de conciliation travail-famille, le député considère que les garderies à 5 $ favorisent le développement cognitif des enfants issus de milieux plus pauvres en leur donnant accès à un milieu éducatif stimulant.
En outre, il précise que les Centres de la petite enfance (CPE), contrairement aux garderies privées privilégiées par les libéraux pour le développement de nouvelles places, ont le mérite de favoriser l'implication des parents, notamment par leur présence aux conseils d'administration.
Autres réactions
Outre l'opposition officielle, le flot de réactions au scénario libéral s'est poursuivi hier. La Fédération québécoise des organismes communautaires familles estime que la formule «réduirait une fois de plus la reconnaissance de l'apport socioéconomique des familles».
De son côté, le président du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) souligne que le Parti libéral n'a pas insisté sur cet aspect de son programme, sans quoi l'élection lui aurait échappé. «Aujourd'hui, fort d'un mandat tout neuf, Jean Charest en profite pour retourner sa veste et sortir la scie mécanique. Nous devons l'empêcher de démolir ce qui est utile et fait partie de notre culture de solidarité», déclare Rénald Desharnais.
Pétition dans les CPE
À l'Association québécoise des CPE (AQCPE), le téléphone n'a pas dérougi de la journée. Des parents manifestaient leur inquiétude face au gel du développement de nouvelles places et à la fin de l'universalité des services de garde à 5 $.
Une rencontre avec les attachés politiques de Mme Théberge n'a pas permis de rassurer les représentantes des CPE. «Ils nous disent qu'ils examinent tous les paramètres. Nous restons vigilantes», note la présidente de l'AQCPE, Hélène Potvin.
L'organisme, qui regroupe 900 CPE au Québec, a d'ailleurs lancé hier une pétition qui circulera auprès des parents et des intervenantes en garderie. «Il est important que les gens puissent s'exprimer rapidement parce que les décisions vont se prendre rapidement», conclut Mme Potvin.
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Au-delà du 5 $
Brigitte Breton
Le Soleil jeudi 29 mai 2003
Éditorial - Les Québécois doivent-ils s'indigner que le gouvernement libéral songe à réclamer plus de 5 $ par jour aux familles mieux nanties pour la garde d'un enfant ? Oui, parce que le Parti libéral a fait miroiter des baisses d'impôt pour soutenir les familles et qu'il s'apprête par la bande à hausser ceux des contribuables qui ont de jeunes enfants. Non, si le gouvernement profite de cette augmentation pour accroître le nombre de places disponibles, diversifier l'offre de services et assurer de bonnes conditions de travail aux travailleuses en garderie et en milieu familial.
Nous avons mentionné à maintes reprises que le développement des garderies à 5 $ a été une belle initiative du gouvernement péquiste pour aider les jeunes familles et assurer aux tout-petits, de toutes classes sociales, un milieu de vie sécuritaire et épanouissant. Depuis 1997, le réseau des garderies est passé de quelque 78 000 à 167 000 places. Un gain en nombre mais aussi en qualité puisque le gouvernement a fixé des exigences et des normes pour le personnel et les installations, et veille à leur application en garderie, comme en milieu familial. Et de surcroît, le service est offert à 5 $ par jour plutôt qu'à plus de 20 $.
Le "5 $" est malheureusement devenu une vache sacrée. Bernard Landry a beau aujourd'hui déplorer les intentions des libéraux, sa ministre Linda Goupil avait elle aussi jonglé avec une possible augmentation de la tarification, voyant les coûts de la politique familiale augmentés considérablement.
Des coûts qui pourraient d'ailleurs grimper encore puisque le Tribunal du travail a statué récemment que les éducatrices en milieu familial ne sont pas des travailleuses autonomes, mais bien des salariées qui peuvent se syndiquer et réclamer de meilleures conditions de travail. Rappelons ici que toutes ces femmes n'ont pas à faire les frais d'une politique familiale concoctée à la hâte et dont les coûts n'ont pas été bien évalués.
Que faire alors ? Puiser davantage d'argent dans le budget global du gouvernement pour maintenir la tarification à 5 $ pour tous et réduire nos dépenses en santé et en éducation ? Renoncer aux baisses d'impôt si nous refusons de toucher à quelques programmes que ce soient ? Mettre fin au développement de nouvelles garderies ? Finalement, demander aux familles mieux nanties d'augmenter leur contribution est peut-être la solution la plus acceptable. Encore faudra-t-il s'entendre sur la définition de gens aisés ? Ce n'est pas parce qu'une famille ne vit pas de l'aide sociale et que les parents touchent un peu plus que le salaire minimum que la famille est à l'aise. Le ministre Claude Béchard devra bien faire ses calculs et bien mesurer les impacts d'une hausse de tarif pour les familles de la classe moyenne.
Il faut aussi voir plus loin que le symbolique 5 $. Béchard va-t-il réduire les listes d'attente ? Il se tourne à court terme vers le secteur privé pour fournir des places supplémentaires, ce que le gouvernement péquiste avait négligé de faire. Réussira-t-il par ailleurs à mettre en place des services de garde pour les parents qui ne font pas du 9 h à 5 h, du lundi au vendredi ? Et de façon plus large, le nouveau ministre va-t-il convaincre Ottawa de bonifier les congés parentaux ? Et les allocations familiales pour les parents au foyer ? Quelles sont ces solutions pour faciliter la conciliation travail-famille ? Il n'y a pas que la garderie à 5 $ qui donne le goût de faire des enfants.
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| Colloque sur La francophonie en Amérique
Les régions du Québec en arracheront de plus en plus, selon Jocelyn Létourneau Le trio Montréal, Ottawa et Toronto se développe pour former une grande région qui vampirise les arrière-pays
Marie Caouette
Le Soleil jeudi 29 mai 2003
De plus en plus francophone et dynamique, Montréal est l'une des trois villes qui forment, avec Ottawa et Toronto, un triangle dont le succès économique est susceptible de modifier l'identité culturelle canadienne. La métropole francophone serait plus proche de ses grandes voisines que de son arrière-pays.
Par delà les frontières provinciales et la barrière des langues, ce trio se développe pour former une grande région qui vampirise les arrière-pays. Le cas serait patent dans la relation entre Montréal et le reste du Québec. Cette thèse audacieuse était défendue, hier, par le professeur Jocelyn Létourneau, au colloque international sur la francophonie en Amérique, qui se poursuit à l'Université Laval.
L'avenir se construirait selon des paramètres tout à fait différents. La langue française n'est plus menacée à Montréal depuis que les enfants de la loi 101 l'ont majoritairement adoptée comme langue commune, dit-il. Les Montréalais sont très souvent bilingues ou même polyglottes. Cet élément contribue au rayonnement de la métropole et à son repositionnement sur l'échiquier canadien.
On perçoit tout cela, analyse-t-il, lorsqu'on "renifle la société telle qu'elle se construit en dehors de la matrice". S'inspirant du film-culte, il explique que la matrice, ce sont les idées reçues, les discours officiels, les structures héritées du passé.
Ce sont les régions du Québec, et même la capitale, qui ont du mal à survivre et "qui en arracheront" de plus en plus en ce début de XXIe siècle. Les gouvernements parlent officiellement de régionalisation, dit-il, mais ils misent en même temps, dans les faits, sur le développement de la métropole. Titulaire de la chaire de recherche du Canada en histoire, économie politique du Québec contemporain à l'Université Laval, le professeur Létourneau anticipe une exacerbation des mouvements de revendications régionalistes dans les prochaines années en raison de leur appauvrissement presque inexorable. Elles ne peuvent miser que sur leurs ressources traditionnelles ou sur l'écotourisme pour tirer leur épingle du jeu.
À côté de cela, Montréal est la 26e ville en importance en Amérique du Nord. Quant à Edmonton et à Calgary, le professeur Létourneau les écarte des régions à fort potentiel de développement en raison de leur base économique exiguë, reposant sur le pétrole et l'élevage du bétail. Vancouver, enfin, ne serait qu'une belle ville de province si ce n'était des capitaux apportés par les Asiatiques.
La position du professeur Létourneau est contestée par son collègue, le sociologue Simon Langlois, qui partageait la même tribune. La culture de masse est déterritorialisée comme en témoigne le gagnant de l'émission de télé la plus suivie, dans tout le Québec, au cours des dernières semaines, Star Académie qui a couronné un jeune Acadien.
La très grande mobilité des Québécois sur leur territoire ne permet pas non plus de parler de coupure entre Montréal et les régions, dit-il. M. Langlois ne partage pas non plus l'optimisme de M. Létourneau sur la francisation des jeunes immigrants : il y en a encore la moitié qui choisissent de vivre en anglais.
MCaouette@lesoleil.com
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| Les Fêtes du 400e dans la tourmente
Le maire de Québec a hâte de discuter du financement avec Jean Charest
Éric Moreault, Isabelle Mathieu
Le Soleil jeudi 29 mai 2003
Jean-Paul L'Allier et Roland Arpin veulent rencontrer Jean Charest pour remettre au premier ministre un dossier sur la pertinence d'assurer un financement adéquat aux Fêtes du 400e anniversaire de Québec "dès que le gouvernement en manifeste le désir".
Mise en examen par le gouvernement libéral, comme à peu près tout ce qui dépend du financement étatique québécois, la Société des Fêtes attend avec anxiété une réponse sur son financement. La différence avec d'autres projets, "c'est qu'on peut difficilement les déplacer dans le temps. Le gouvernement devra décider si on célèbre un peu, beaucoup, passionnément", souligne le maire de Québec.
En attendant, "les coffres se vident", constate M. L'Allier qui estime les réserves à environ deux mois et demi, trois mois, après sa rencontre avec M. Arpin, grand manitou des célébrations.
Le maire L'Allier a signalé "l'urgence" de la situation à Sam Hamad, le ministre responsable de la Capitale, lorsque les deux politiciens se sont rencontrés, avant-hier.
Tant à Québec qu'à Ottawa, on se traîne les pieds pour nommer un commissaire à ce que certains appellent "la patente à L'Allier". Ce qui ne dérange pas outre mesure le maire. Mais si on veut en disposer, "mettez quelque chose d'autre, ça presse. Si ces gens veulent bouder et présenter ça de façon mesquine, tant pis. Ça fait longtemps que je ne joue plus à ça."
Le conseil d'administration de la Société avait demandé 5 M$ pour les trois prochaines années, de façon à pouvoir entrer dans la phase opérationnelle. Ils auraient ensuite négocié auprès du fédéral, du provincial et du privé un autre financement de deux ans.
Mais ce qui est inscrit dans le contrat de ville est presque deux fois moins copieux, soit 5 millions $ sur cinq ans, une somme clairement insuffisante pour donner aux Fêtes l'ampleur prévue, disent les gens du 400e.
Maintenant que tous les éléments du contrat de ville semblent remis en question par les gouvernement libéral, les gens des Fêtes savent qu'ils devront plaider leur cause à nouveau. "On va faire des représentations pour d'abord maintenir ce qu'il y a dans le contrat de ville, explique Serge Allen, directeur de l'arrondissement La Cité et responsable, au niveau de la ville, de la coordination du dossier. Mais on sait qu'il faut des sommes de plus pour pouvoir se donner une marge de manoeuvre et être prêt à temps."
Les gens du 400e attendent avec impatience le budget du ministre des Finances prévu pour la mi-juin car ils doivent commencer à donner des contrats à des organisations qui développeront des activités. À l'interne, ils doivent aussi embaucher d'autres ressources pour aider les quatre employés actuels.
La société du 400e doit aussi se charger de la fête du 3 juillet, date anniversaire de la fondation de la ville. Cette année, des activités seront organisées dans les huit arrondissements pour un coût total de 225 000 $, dont 100 000 $ sont payés par la Ville.
Le gouvernement fédéral tarde toujours à faire connaître son implication. Pour les gens des Fêtes, ce partenaire est bien sûr essentiel à la réalisation de multiples travaux d'infrastructures, comme la rivière Saint-Charles et la baie de Beauport. La valeur de ces travaux a été chiffrée à 450 millions $. Reste encore à voir lesquels seront déclarés prioritaires par les gouvernements.
Jusqu'à maintenant, les Fêtes du 400e ont obtenu 2,1 millions $ du provincial pour leurs trois premières années de planification.
Par ailleurs, le secrétaire général de la Société des Fêtes du 400e, François Grenon, a laissé son poste il y a quelques jours pour devenir attaché de presse de la ministre des Relations internationales Monique Gagnon-Tremblay. Il sera remplacé dans plusieurs de ses fonctions par Josée Laurence, ancienne directrice générale des Fêtes de la Nouvelle-France, déjà à l'emploi du 400e.
EMoreault@lesoleil.com et IMathieu@lesoleil.com
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Shawinigan hotel loans return to annoy PM in Athens Doesn't deny making call to banker about second hotel
Robert Fife
National Post May 29, 2003
ATHENS -- Jean Chrétien did not deny yesterday that he placed a call to the head of the federal Business Development Bank in 1997 to obtain a $925,000 loan on behalf of another hotelier in his Quebec riding, who was later found guilty of fraudulently siphoning off money to an offshore bank account.
Mr. Chrétien was asked about allegations made by Conservative Leader Joe Clark that he personally intervened to get the federal money for Pierre Thibault, owner of the Auberge des Gouverneurs in the prime minister's home town of Shawinigan.
"You know I said that in Canada that I defended the interest of my riding all the time. And I have nothing else to say about it because (that is) the role of a member of Parliament," an annoyed Mr. Chrétien told reporters at a joint news conference with European Union leaders.
Mr. Chrétien refused to take further domestic questions from journalists after he was pressed about whether it was appropriate for him to have telephoned François Beaudoin, the former president of the BDC on Feb. 20, 1997.
Mr. Beaudoin's lawyer has confirmed that Mr. Chrétien did place the call to Mr. Beaudoin, who lost his job at the bank when he planned to foreclose on the loan to Yvon Duhaime, who owned a money-losing hotel next to a golf course in Shawinigan in which the prime minister had a financial interest. The BDC later called in the RCMP to investigate Mr. Beaudoin for improper use of BDC funds, but he was cleared earlier this month of the allegations.
This is the second instance when Mr. Chrétien used his influence to obtain BDC money for a constituent. He also lobbied Mr. Beaudoin to approve a $615,000 loan in 1996 to Mr. Duhaime
Mr. Thibault, who has a history of financial improprieties, was fined $188,000 earlier this month after he pleaded guilty to criminal tax fraud for diverting $960,347 from the Auberge des Gouverneurs in 1998 to a bank in Nassau at the time his hotel was under construction.
Mr. Chrétien's riding assistant, Denise Tremblay, had also attended BDC meetings about the loans to Mr. Thibault and Mr. Duhaime.
The National Post reported earlier this month that a bank manager in Mr. Chrétien's riding confirmed to the RCMP that she would never have approved the loan to Mr. Duhaime had it not been for the prime minister's intervention.
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Poor vanish when you play with statistics
DON MACPHERSON
The Montréal Gazette Thursday, May 29, 2003
Congratulations, Quebec; we're no longer No. 1 in poverty among the provinces.
In fact, we've gone from having the highest proportion of poor people of any province to being tied for the second-lowest.
Not that we actually had to to anything to lose our former claim to shame, which literally happened overnight.
It's entirely due to a change in the way poverty is measured. Aren't statistics wonderful?
The change was introduced by the federal Department of Human Resources Development, after consultation with the provinces.
Previously, social-policy groups and the federal government's National Council of Welfare used Statistics Canada's low-income cutoffs, or LICOs, as unofficial "poverty lines." The LICOs compared the proportion of disposable income spent on the basic necessities of housing, food and clothing; people who spent at least 20 percentage points more of their after-tax income than the average on those necessities were said to be living below the poverty line.
So, last year, the federal welfare council reported that in 1999, Quebec had a poverty rate of 14.7 per cent after taxes were taken into account, which was not only higher than the national rate of 11.8 per cent but the highest among the provinces.
But Quebec critics of the "poverty-line" method, including the government, pointed out that while it considered differences in the cost of living according to household and community size, it ignored variations between regions. For example, housing costs less in Montreal than in Toronto.
The advantage of the new method, called the "market basket measure," or MBM, is that it does account for such differences among provinces and within a province. It compares the cost of a "basket" of food, clothing and footwear, shelter, transportation and other household needs for a family of four in 48 areas in the 10 provinces.
So, in 2000, the same "basket" cost $22,441 in metropolitan Montreal, $22,156 in Quebec City and, depending on community size, from $21,182 to $23,260 elsewhere in the province.
In neighbouring Ontario, it would have cost significantly more - up to $27,343 in metropolitan Toronto, and elsewhere in the province from $2,000 to $3,000 more than in Quebec communities of similar size.
Thanks to the relatively low cost of the basic necessities in this province, our MBM poverty rate, or "incidence of low income" for all categories of people, was 11.9 per cent. That was nearly three full percentage points below the poverty rate for Quebec the year before as reported by the National Council of Welfare.
The new rate for Quebec was also below the national rate of 13.1 per cent. As if to allay suspicions that the new method was intended to produce a result that would be pleasing to the federal government, the national rate was higher than the one reported for the previous year by the federal welfare council.
And hang on to your tuque: Quebec's poverty rate was the same as that of a certain Western province whose first two names are Oil and Rich. Yes, Alberta has just as high a proportion of poor folks as we do. Among the provinces, only Ontario had a lower rate - and only slightly lower at that - 11 per cent.
The highest poverty rate was Newfoundland and Labrador's 23.4 per cent. And guess which province had the second-highest? If you guessed one of the Maritime provinces, you were wrong. It was a so-called "have" province, British Columbia, with 20 per cent.
The new method has generally been well received as an improvement. The only apparent problem is that since the method was applied for the first time, the results can't be compared with those from previous years to track progress in fighting poverty, or the lack of same.
Even so, the finding that Quebec's poverty rate is relatively low might be welcome news to the new conservative government in Quebec City as it prepares a new round of spending cuts.
The problem for those who remain poor even under the new method is that the results might encourage the rest of us to ignore their continuing plight as we congratulate ourselves for what the statisticians have done.
You can find the Market Basket Measure Report online at: www.hrdc-drhc.gc.ca/sp-ps/arb-dgra/publications/research/2003 docs/SP-569-03/e/SP-569-03_E_toc.shtml
dmacpher@thegazette.canwest.com
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Réalité virtuelle
Katia Gagnon
La Presse jeudi 29 mai 2003
Éditorial - De l'argent "virtuel". Selon le nouveau ministre de la Santé, Philippe Couillard, c'est à cela que se résumaient les investissements annoncés, à la veille de la campagne électorale, par son prédécesseur. Vrai ou faux? Difficile à trancher avant le budget. Mais si d'aventure les libéraux consacrent moins d'argent que ne l'avaient prévu les péquistes à la santé, ils vont commencer leur règne d'un bien mauvais pied.
Le chiffre magique, c'est 19,1 milliards. Les crédits présentés par le gouvernement péquiste sont parfaitement clairs: de 17,7 milliards, à la fin de l'année 2002-2003, le budget de la santé passait à 19,1 milliards. De ce chiffre, 867 millions étaient consacrés à la hausse irrépressible des coûts (autour de 5 %) et 565 millions étaient voués à de nouveaux développements dans le réseau. La semaine dernière, Philippe Couillard a refusé de s'engager à ce que le chiffre de 19,1 milliards demeure. Ses nouveaux investissements étaient la moitié moins importants (250 millions) que ceux de François Legault. La raison: l'argent manque.
Pour l'instant, il est difficile de déterminer si la manoeuvre relève de l'opération politique. Le rapport produit par Guy Breton identifiait certes un risque de 4,3 milliards pour l'ensemble du budget du Québec. Mais ces estimations sont extrêmement prudentes. Il n'y a pas de "trou" de 4 milliards. À quel niveau se situe le risque réel? Quelle part devra absorber le budget de la santé? Chose certaine, au plan de l'image, il serait désastreux pour le gouvernement libéral- qui s'est fait élire sur la promesse de réinvestir- d'annoncer que le budget de la santé de cette année sera moins important que ce qui figurait au livre des crédits.
Car les engagements des libéraux sont clairs. Ils se sont engagés à réinvestir en totalité l'argent du fédéral dans la santé (809 millions pour cette année), à combler les coûts de système (867 millions). Pour les années subséquentes, les libéraux prévoyaient même réinjecter des montants supplémentaires. Le coût des annonces de Philippe Couillard s'élève à 250 millions. L'argent investi par le gouvernement fédéral totalise à lui seul 800 millions. Où sont passés les 550 millions qui restent?
Si les libéraux choisissent bel et bien de réinvestir, la manière aura aussi son importance. François Legault avait choisi de consacrer la totalité de ses réinvestissements à une réforme attendue de la première ligne. Le nouveau ministre change cela: il consacre de petites sommes à la première ligne, mais choisit plutôt d'allouer plus d'argent, sur une base récurrente, aux budgets des hôpitaux. Oui, les hôpitaux manquent d'argent. Oui, le plan de François Legault était peut-être trop ambitieux: il n'aurait jamais pu recruter le personnel nécessaire à sa réforme. Mais en revanche, augmenter bêtement les budgets de tout le monde ne constituerait pas une décision avisée. Il est essentiel de financer le changement. C'est ce que les libéraux se sont engagés à faire et cette promesse, elle, n'est pas virtuelle.
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Des critiques instructives
Lysiane Gagnon
La Presse jeudi 29 mai 2003
Par curiosité, j'ai lu presque tout ce qui a été écrit sur Les Invasions barbares dans la presse française (merci, Internet !).
Il s'en dégage plusieurs constatations fort intéressantes.
Première constatation, celle qui saute aux yeux ou plutôt à l'oreille : aucun critique n'a fait allusion à l'accent, cette traditionnelle source de malentendus entre Français et Québécois.
Tous les personnages des Invasions (sauf évidemment la blonde de Sébastien, qui est française), parlent pourtant avec un accent québécois plus ou moins prononcé. Un accent québécois standard qui se rapproche de la norme internationale, mais qui n'a rien à voir avec l'accent qu'auraient, dans un film français, les personnages de milieu équivalent (la petite bourgeoisie).
Or, cette spécificité marquée au niveau du langage a très bien passé. "On est surpris durant les quatre ou cinq premières minutes, dit un ami français, puis on entre dans le film et l'on oublie complètement la différence d'accent."
Cela démontre, si besoin en était, que l'accent n'est qu'un élément, le plus superficiel, dans la qualité de l'expression. L'important, c'est la clarté du message.
Les dialogues d'Arcand étant très écrits, il n'y a donc pas eu de place pour l'improvisation des acteurs : on n'a pas entendu les "tsé" et les "la la" dont la plupart des comédiens, laissés à eux-mêmes, auraient émaillé leur discours.
Les acteurs eux-mêmes se sont efforcés de prononcer toutes les syllabes. Contrairement à ce qui se passe dans presque tous les téléromans et films québécois, où les répliques sont souvent inaudibles parce que les acteurs "avalent" leurs mots, les dialogues étaient parfaitement clairs.
Bien évidemment, le passage linguistique était facilité par le fait que le scénario des Invasions, à l'exception de quelques scènes à l'hôpital, se passe dans un milieu bourgeois. Si les personnages avaient été de milieu populaire, il aurait probablement fallu des sous-titres pour rejoindre le public francophone international.
Ce fut le problème des Filles de Caleb (dont les acteurs ont dû se doubler eux-mêmes en langue standard pour la version présentée en France) ; ce serait le problème de Séraphin, qui de toute façon serait inexportable en France ; ce fut plus récemment le problème du cinéaste Bernard Émond, qui, à Cannes, déplorait que la langue "jouale" de ses personnages fasse pouffer de rire les Français.
Deuxième constatation, qui est tout à l'honneur d'Arcand : aucun critique français, à ma connaissance, n'a vu dans Les Invasions un film spécifiquement québécois. Même si toute l'action se passe au Québec, ils y ont vu un film de portée universelle.
Rares sont ceux qui ont insisté sur les détails locaux (l'état des hôpitaux montréalais, le rôle de l'Église, la trajectoire intellectuelle des baby-boomers québécois, les conflits entre générations). Ils se sont plutôt attachés à l'aspect intemporel (la vie, la mort, la tragédie humaine).
"C'est un film québécois (ô combien !), notait l'Humanité, mais qui touche à l'universel."
Évidemment, rien n'est plus universel que la mort... Mais en outre, l'Europe est remplie de baby-boomers qui ont mille points en commun avec les héros du film, sans compter que nombre de répliques (celles par exemple qui portaient sur l'histoire mondiale ou le désenchantement par rapport aux idéologies) étaient susceptibles de trouver un écho ailleurs en Occident.
Dernière constatation, plus amusante celle-là : la contradiction totale entre les jugements des divers critiques (mais pourquoi s'en étonner ? La critique n'est-elle pas un art éminemment subjectif ?).
Le Monde a relégué la critique du film d'Arcand en bas de page en le qualifiant de "sitcom" (une comédie de situation télévisée), ce qui, sous la plume d'un critique de cinéma, constitue bien la pire insulte.
Le Monde s'en est pris aux "plaisanteries éculées" d'Arcand, alors que Libération, guère plus tendre, a dénoncé la cinématographie conventionnelle du film et la logorrhée verbale des personnages, "des barbares bien bavards" (c'est vrai qu'il parlait beaucoup, Rémy, pour un type à l'article de la mort !).
Le critique des Échos a déploré lui aussi l'absence de recherche formelle, mais a apprécié la "truculence" et la "tendresse féroce" avec lesquelles Arcand effectuait "la remise en question d'une génération".
Paradoxalement, alors que le critique du Monde accusait Arcand de nourrir "une confiance étrange dans le pouvoir consolateur de l'argent" et qu'un autre critique français confiait à notre collègue Louis-Bernard Robitaille qu'il trouvait ce film "complètement réac" (réactionnaire), l'Humanité, le quotidien du Parti communiste, n'en finissait plus de louanger le film, trouvant même fort amusante la scène où "Sébastien graisse la patte aux chefs syndicaux".
Loin d'y voir une apologie du pouvoir de l'argent, l'Humanité parlait d'une "oeuvre savoureuse, caustique, d'une mélancolie culturelle, sensuelle, empreinte de chaleur... qui sait parler à tous, comme Tchekhov en son temps."
Tchekhov ? Rien de moins ! Ma parole, Denys Arcand va finir par prendre sa carte du PC !
lgagnon@lapresse.ca
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Le résistant de Cacouna rebondit !
Michel Vastel
Le Soleil jeudi 29 mai 2003
Chronique politique - Rivière-du-Loup - Ceux qui s'attendaient à retrouver un Mario Dumont déprimé à l'Assemblée nationale, la semaine prochaine, auront toute une surprise. L'homme est en forme, la famille regroupée, les semis en terre. Il sait où il va, aux aguets - "Une fenêtre peut s'ouvrir plus tôt qu'on ne le pense." Et il a recommencé à sourire...
Nous nous sommes retrouvés là où nous nous étions laissés, en mars 2002, au Saint-Patrice de la rue Fraser à Rivière-du-Loup, quand j'avais conclu de notre entretien qu'il était "le résistant de Cacouna". Après un moment de déprime à l'hiver de 2001, au cours duquel il avait même envisagé la retraite, il s'était remis au travail pour faire gagner le premier de ses quatre candidats élus en 2002.
Hier, j'ai retrouvé "le résistant de Cacouna". D'autant plus que le fumet de la pizza aux quatre fromages, et les encouragements de Caroline, notre serveuse, qui le trouve toujours "beau", n'ont pas nui à sa bonne humeur. Il a analysé sa défaite et a "un plan en trois points" qui le mènera quelque part dans la deuxième moitié du premier mandat de Jean Charest. Encore une fois prêt à tout...
Les coups bas ne manqueront pas d'ici là. "Gorge profonde" me disait hier que les dirigeants de l'Association libérale de Rivière-du-Loup ont menacé de démissionner en bloc si le gouvernement accorde au groupe parlementaire de l'Action démocratique un statut officiel à l'Assemblée nationale. Ce que le chef ne demande pas d'ailleurs. Il réclame surtout des moyens financiers proportionnels aux 18,18 % des suffrages qu'il a obtenus. D'ailleurs, les discussions à ce sujet avancent bien, entre les directeurs de cabinet de Jean Charest et de Mario Dumont.
Les péquistes ont beau s'opposer, une partie du caucus libéral aussi, Mario Dumont a derrière lui les 694 065 Québécois qui ont voté pour son parti en avril dernier, de même que les milieux d'affaires, généralement libéraux, de la métropole. Et puis, les initiés se souviennent qu'en 1993 à Ottawa, le Parti progressiste-conservateur, qui n'avait plus que deux députés mais tout de même 16 % des suffrages exprimés - plus que le Bloc québécois ! - plaidait lui aussi pour une certaine forme de reconnaissance. Son chef s'appelait Jean Charest...
On entendra donc encore parler de l'ADQ, à l'Assemblée nationale et ailleurs. Mario Dumont espère qu'au moins le tiers, idéalement la moitié de ses candidats les plus en vue continueront à militer et à se montrer dans leurs circonscriptions respectives. Il aura un plan stratégique pour profiter de toutes les occasions. Et il veut "faire parler les ministres" - leur donner le plus de corde possible pour mieux les pendre, le moment venu. Car contrairement à Bernard Landry et à ses anciens ministres qui ont déjà pris un ton dramatique pour dénoncer les instincts de démolisseur du gouvernement, Dumont attendra au moins deux ans pour passer à l'attaque. Mais, à bon entendeur salut, ses trois députés auront au moins "un os qu'ils ne lâcheront pas", jusqu'à ce que le gouvernement crie grâce.
Autrement dit, la campagne est terminée. Le chef de l'ADQ a certes fait l'analyse de sa défaite, qu'il attribue beaucoup à certains pontifes de la presse montréalaise et à un sondeur en particulier. Il se demande pourquoi, partout dans la province, à Montmagny aussi bien que dans la région de Montréal, ses candidats ont moins bien réussi dans les villes-centres que dans les villages et les paroisses des alentours. C'est une question intéressante en effet, mais il pense désormais davantage à la prochaine campagne électorale. "Déjà !" diront certains. "Enfin..." penseront d'autres.
Et entre-temps, Mario Dumont a repris son rôle de père. Cette semaine, il gardait les enfants pendant que Marie-Claude Barrette se reposait "dans le sud". Angela suit le rythme de la maternelle de Cacouna. Charles résiste à la discipline... "C'est comme traîner un veau sur la glace !" explique le père : il résiste des quatre pattes avant de céder. Et la petite Juliette, elle, "pousse tellement vite qu'à sept mois, elle pèse déjà ses vingt livres". Et Mario Dumont de fouiller fébrilement dans la caisse des vêtements "18 mois" d'Angela. Même la route entre Rivière-du-Loup et Québec paraîtra moins longue avec la nouvelle Windstar équipée d'une télévision. Comme dans les publicités de Ford, les trois enfants ne bronchent plus, les yeux rivés sur le petit écran.
Tous ces petits bonheurs ne sont pas ceux d'un homme à terre. Dans la rue et au restaurant, les gens le saluent autant qu'autrefois. Peut-être même un peu plus, ai-je cru sentir. Et hier matin, à l'école de Trois-Pistoles, les jeunes n'arrêtaient pas de lui poser des questions. "Cela me donne envie de proposer le droit de vote à 16 ans !" confie-t-il, ragaillardi.
Le pire handicap de Mario Dumont, c'est lui-même. "On l'aime bien", me disait encore un jeune hier. Mais on ne vote pas forcément pour lui. "Il va falloir que vous commenciez à avoir l'air d'un premier ministre", lui ai-je conseillé avant de le quitter. Autrefois, quand je lui faisais cette remarque, il m'éclatait de rire au nez. Hier, il a hoché la tête d'un air grave...
Quand je vous dis qu'il a rebondi ! Il se voit sans doute déjà reparti vers le sommet. Du moins, c'est là qu'il veut aller. "Il faut accrocher sa charrue à une étoile", disait un paysan comme lui...
MVastel@lesoleil.com
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Le Québec doit lui aussi s'ouvrir aux partenariats public-privé
Jean-Paul Gagné
Les Affaires samedi 31 mai 2003
Éditorial - On en parle depuis des années, à tel point qu'on a l'impression que tout a été dit. Malheureusement, rien n'a été fait pour différentes raisons, mais surtout par manque de courage des élus dans les différents gouvernements.
Il s'agit des partenariats public-privé. La première ministre britannique Margaret Thatcher a non seulement montré la voie en ce domaine, mais elle a aussi privatisé plusieurs sociétés d'État (dans le transport aérien, l'acier, la gestion de l'eau, l'énergie, les télécommunications, etc.) et amendé à plusieurs reprises les lois du travail, autant de gestes qui ont contribué de façon éclatante à sortir l'économie de son pays d'une longue léthargie. Elle n'a pas craint d'affronter les syndicats qui, par leurs conditions de travail et leurs grèves illégales, paralysaient l'économie britannique.
Les premiers ministres qui ont suivi, le conservateur John Major et le travailliste Tony Blair, n'ont rien changé à la voie tracée par Mme Thatcher, avec le résultat que la santé de l'économie britannique fait maintenant l'envie d'autres pays européens et principalement de la France et de l'Allemagne, qui sont aux prises avec des dirigeants syndicaux qui veulent coûte que coûte protéger de supposés droits acquis, quitte à freiner la croissance et à bloquer la création de la richesse. C'est exactement ce qui se passe en France où les syndicats de fonctionnaires ne veulent pas reporter leur retraite de quelques années pour contribuer à sauver le système des pensions.
Chez nous, le premier ministre Jean Charest a promis une nouvelle façon de gouverner et a demandé à sa présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, de réinventer le gouvernement.
Il faut en effet arriver à mieux servir les citoyens et à le faire à moindre coût. La distribution de services par Internet est un moyen, mais il faut surtout alléger l'appareil administratif, notamment en confiant à des entreprises externes la distribution de services et la propriété d'immeubles et d'infrastructures.
Les partenariats offrent plusieurs avantages :
C'est une façon d'alléger la dette du gouvernement, qui est déjà trop élevée; la construction et le financement de routes, de centres d'accueil, de centres et cliniques ambulatoires, de prisons et d'écoles par le privé permettent aux citoyens d'avoir accès plus rapidement aux équipements requis sans accoître la dette publique. C'est ce que font déjà l'Ontario, l'Alberta et la Nouvelle-Écosse (écoles).
Les partenariats public-privé permettent de mettre en concurrence différents opérateurs, ce qui assure une réalisation au plus bas coût, sans sacrifier la qualité attendue.
Les organismes sans but lucratif, les coopératives et même des entreprises ad hoc créées par des fonctionnaires peuvent soumissionner des projets. À Goderich, ville ontarienne qui multiplie les partenariats, le YMCA de Sarnia a obtenu la gestion des équipements récréatifs (arénas, terrains de balle, piscines, gymnases, etc.) et de la bibliothèque.
Les économies réalisées sont retournées aux gouvernements qui peuvent s'en servir pour améliorer les services aux citoyens.
Les partenariats sont une source d'innovation. Ils permettent de créer de nouvelles entreprises et de mieux distribuer les services.
Avant de se lancer sur ce terrain, Québec serait bien avisé d'aller voir les expériences qui se vivent en Alberta, où le gouvernement a créé un comité aviseur externe pour le conseiller sur le financement alternatif des projets d'immobilisation pouvant être réalisés en partenariat (on vise 25 % d'un programme triennal de 5,5 milliards de dollars) et en Colombie-Britannique, où le gouvernement a créé Partnerships British Columbia, une société d'État qui a pour but de trouver des projets d'infrastructures pouvant être financés par des partenariats public-privé et de gérer les processus inhérents (documentation des propositions, appels d'offres, financements, etc.).
La réalisation et le montage de projets de partenariats public-privé requerra un important changement des mentalités chez les fonctionnaires, qui ont toujours géré des budgets de dépenses plutôt que des plans d'affaires, et les leaders syndicaux, qui craignent de perdre des membres.
Il faudra beaucoup d'information et d'explication, notamment auprès des fonctionnaires, qui résisteront au changement, et des syndiqués, dont on devra protéger les emplois et les conditions de travail.
On a vu ailleurs que des partenariats peuvent être réalisés à l'avantage de tout le monde, citoyens comme fonctionnaires. Pourquoi n'en serait-il pas ainsi au Québec ? La réponse est entre les mains de nos leaders syndicaux.
jean-paul.gagne@transcontinental.ca
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Une question d'avenir, non partisaneJean Charest doit nous rassurer rapidement et prendre le parti de l'avenir en appuyant l'essor des industries numériques
Hervé Fischer
La Presse jeudi 29 mai 2003
IL Y A UN étrange contraste entre les propos élogieux du premier ministre français, M. Jean- Pierre Raffarin,- de la vieille Europe, comme on a pu dire- et les attitudes frileuses, voire négatives de plusieurs personnalités importantes du Parti libéral du Québec- qui veut "réinventer le Québec"-, en ce qui concerne l'avenir de nos industries des technologies numériques.
Dans une interview au Soleil, le 17 mai, M. Jean-Pierre Raffarin a souligné l'essor économique que nous devons à ces industries: Il y a eu une période où Montréal était une belle endormie. Depuis l'apparition des nouvelles technologies, Montréal redevient un site d'initiative d'envergure. Avec cette société de l'information, je trouve que Montréal a retrouvé un deuxième souffle. (...) Les nouvelles images, et les créatifs qui sont dans la Cité du multimédia de Montréal, sont de nouveaux médiateurs de progrès. Je pense que la France peut, avec le Canada en général et le Québec en particulier, avoir sur l'Amérique du Nord des initiatives qui passeront par la société de l'information.
Ayant eu le plaisir, en tant que fondateur et président du MIM- le Marché international du multimédia- d'inviter M. Raffarin, alors à la tête d'une délégation d'entreprises de multimédia de sa région, le Poitou-Charentes, pour sa première visite au Québec en 1998, je connais bien ses convictions en faveur du numérique et son engagement à développer les industries françaises de ce secteur. C'est pour elles qu'il est venu pour la première fois au Québec! Et Monsieur Raffarin n'a pas oublié l'effervescence du MIM: il y a fait référence au moins trois fois, dans deux réceptions officielles et dans son entretien télévisuel avec Stéphane Bureau à Radio Canada. Je crois d'ailleurs que les partenariats industriels franco-québécois dans ce domaine ont aujourd'hui une belle occasion de se multiplier.
Mais c'est au même moment que plusieurs voix autorisées proches ou membres du nouveau gouvernement du Québec, parlent d'un excès du gouvernement précédent en faveur des industries du numérique, qu'ils envisageraient aujourd'hui de renvoyer dans la banalité. On a pu lire de même dans les journaux, que Bombardier devrait arrêter ses folies dans l'avionique (où le Québec se place pourtant au 3e rang mondial)! Ce fut à coup sûr l'une des plus belles audaces et réussites du gouvernement précédent que de considérer le numérique comme l'une de ses trois priorités, avec l'aérospatial et les biotechnologies pour le virage du Québec dans la nouvelle économie. Et les résultats acquis vaudront stratégiquement pour le long terme, bien au-delà de la crise actuelle, profonde, mais temporaire, sur laquelle se fixent à tort ceux qui ne saisissent pas la portée de cette révolution technologique et en jugent comme s'il s'agissait d'une industrie manufacturière parmi d'autres.
Au moment de la préparation du nouveau budget, il est donc essentiel de rappeler l'importance incontournable des industries du numérique dans tous les domaines: économie, santé, éducation, culture, etc., que ce soit pour la recherche, la visualisation, l'innovation, la gestion, ou la diffusion et la conquête de nouveaux marchés.
Est-ce parce que cette politique a été lancée par le gouvernement péquiste, qu'il faudrait aujourd'hui la démanteler? Ce n'est pas pour des raisons partisanes que nous l'avons soutenue, quant à nous, mais pour sa pertinence évidente. Je ne voudrais pas croire non plus que le nouveau gouvernement en ferait une affaire partisane. Compte tenu des convictions publiques bien connues de M. Raffarin dans ce domaine, je ne doute pas qu'il en ait parlé aussi avec M. Jean Charest dans ses entretiens privés.
Et je voudrais demeurer convaincu que le gouvernement du Parti libéral évaluera, certes, comme il se doit, l'état de la politique dans ce secteur, mais voudra aussi en assurer la continuité et même en renforcer le développement. N'est-ce pas aussi l'exemple que montre le gouvernement fédéral du Canada? Le programme du Parti libéral nous a d'ailleurs donné des gages à cet égard, notamment dans son document de mars 2003: Innover pour mieux prospérer- priorités d'actions politiques en matière d'économie du savoir. Et l'insistance du propos en ce qui concerne tant le développement du portail électronique de l'administration publique, que la R&D et l'innovation technologique dans les PME ne laisse guère de doutes, car l'innovation scientifique, technologique et commerciale passe nécessairement aujourd'hui par les technologies numériques.
Alors pourquoi ces propos négatifs insistants à cet égard aujourd'hui dans les allées du pouvoir? Nous aimerions que le premier ministre lui-même nous rassure rapidement et prenne le parti de l'avenir en appuyant l'essor des industries numériques québécoises. Ce qui a été bâti est précieux mais encore fragile, et demande l'attention particulière du nouveau gouvernement, qui peut agir autrement éventuellement à cet égard, mais surtout pas à contre-courant.
L'auteur est titulaire de la chaire Daniel Langlois en technologies numériques et beaux-arts à l'Université Concordia président de la FIAM (Fédération internationale des associations de multimédia).
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Le protectionnisme, aussi américain que le baseball Quand l'économie va moins bien, les États-Unis ont tendance à se replier et à chercher des coupables
François Normand
Les Affaires samedi 31 mai 2003
Toujours présent dans l'histoire américaine, le protectionnisme est un phénomène cyclique qui se manifeste surtout en période de ralentissement économique et de perturbations dans les relations internationales.
"Le protectionnisme américain est épisodique", souligne Earl H. Fry, ancien négociateur américain lors des pourparlers sur l'Accord de libre-échange (ALE), et aujourd'hui professeur au campus de Washington de l'Université Brigham Young.
M. Fry explique que le protectionnisme se manifeste surtout lorsque "l'économie américaine tourne au ralenti et lorsque des groupes d'intérêt ont l'oreille de la Maison Blanche ou de personnes influentes au Sénat et à la Chambre des représentants", de même qu'à l'approche des élections.
Le financement des partis et l'absence de ligne de parti font aussi en sorte que les élus sont plus susceptibles d'être influencés par des groupes bien organisés, souligne Louis Balthazar, spécialiste de la politique américaine à l'Université Laval. Les démocrates, proches des syndicats, sont généralement plus protectionnistes que les républicains.
Le ton devient plus dur
Le protectionnisme américain semble cependant présenter un nouveau visage, moins cyclique depuis quelque temps, estime Pierre-Marc Johnson, le négociateur en chef du gouvernement du Québec dans le dossier du bois d'oeuvre.
Selon lui , il y a un "changement radical" dans l'approche de la Réserve fédérale américaine (Fed) par rapport à ce qu'elle a été "traditionnellement" depuis 25 ans. Avec un dollar plus faible, les États-Unis veulent favoriser une reprise durable en favorisant les exportations, tout en limitant les importations.
Rodrigue Tremblay, professeur d'économie à l'Université de Montréal, s'inquiète aussi de la montée du protectionnisme aux États-Unis, dans la foulée des désaccords internationaux sur l'Irak.
"L'animosité va augmenter entre l'Europe et les États-Unis et nous risquons de nous retrouver entre l'arbre et l'écorce. J'anticipe d'autres problèmes pour le Mexique et le Canada. La faible croissance aux États-Unis n'aidera pas à ouvrir les frontières."
Un phénomène vieux comme les États-Unis
Si le protectionnisme américain inquiète, la situation n'a toutefois rien à voir avec celle qui prévalait au XIXe et au XXe siècles. "Le protectionnisme est très important dès le XIXe siècle. L'économie américaine s'est développée grâce au protectionnisme", dit Marc Vallière, spécialiste de l'histoire économique du Québec à l'Université Laval.
À la rigueur, le Canada a fait la même chose pour développer ses industries, tout en limitant l'entrée des produits de la Grande-Bretagne et d'autres pays européens. Ce contexte n'a toutefois pas empêché les États-Unis et le Canada de signer leur premier accord de libre-échange, le Traité de réciprocité, en 1854.
En 1866, aux lendemains de la guerre de Sécession (1861-1865), les États-Unis mettent fin au traité. Il faut attendre le début du XXe siècle pour que la question du libre-échange redevienne d'actualité, grâce aux libéraux de Wilfrid Laurier, qui en feront l'enjeu de l'élection de septembre 1911. L'arrivée au pouvoir des conservateurs de Robert Laird Borden entraînera de facto la mort du projet d'accord de libre-échange.
Durant la crise des années 30, le protectionnisme atteindra des sommets avec une hausse importante des tarifs douaniers entre le Canada et les États-Unis, malgré la signature, en 1935, d'un accord commercial.
Après la guerre, la mise en place de l'accord du GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) permet de réduire les obstacles au commerce entre les deux pays. Ce n'est toutefois qu'avec la signature de l'ALE, en 1989, qu'ils tombent réellement, sauf bien sûr dans le cas de certaines exceptions...
LA Super 301
Une loi américaine du commerce, la Super 301, permet à des groupes d'intérêt de déposer une pétition auprès du ministère américain du Commerce, s'ils estiment que leur industrie est victime de dumping ou de la concurrence d'entreprises étrangères subventionnées. Le ministère peut alors adopter des mesures antidumping ou des droits compensatoires si la US International Trade Commission juge qu'une industrie a subi des dommages.
francois.normand@transcontinental.ca
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Propos sur Bush : Chrétien choque ses troupes
Gilles Toupin, Joël-Denis Bellavance
La Presse jeudi 29 mai 2003
JEAN CHRÉTIEN s'est attiré les foudres de ses propres députés libéraux hier après que le premier ministre eut ouvertement critiqué les politiques budgétaires du président des États-Unis, George W. Bush, à quelques jours d'un important sommet des pays du G8, à Évian, en France.
Ces députés libéraux ont accusé le premier ministre de brandir indûment le flambeau de la discorde entre le Canada et son principal partenaire commercial après des mois de tensions entre les deux pays au sujet de la décision des États-Unis d'attaquer l'Irak sans l'aval du Conseil de sécurité des Nations unies.
Mais M. Chrétien n'a guère l'intention de ranger son franc-parler au tiroir et il l'a prouvé encore une fois à Athènes, en marge du sommet Canada-Union européenne, lorsqu'il a répondu aux propos du porte-parole de la Maison-Blanche, Ari Fleischer, qui a justifié le déficit de 500 milliards de dollars de l'administration américaine par les attaques du 11 septembre contre les États-Unis.
La veille, M. Chrétien avait jugé préoccupant l'énorme déficit du budget américain pour la bonne marche de l'économie mondiale, craignant que cela n'affecte également l'économie canadienne. Il avait même affirmé que si son gouvernement avait agi comme celui des États-Unis, il y aurait eu un déficit de 75 milliards de dollars canadiens. "Imaginez!" avait-il lancé. Il avait également mis l'accent sur les énormes différences philosophiques qui le séparent de George W. Bush, ce dernier étant un conservateur du Sud et lui, un libéral canadien.
"Nous avons eu le 11 septembre, a déclaré hier Ari Fleischer. Les États-Unis ont été attaqués. Pas le Canada. Oui, il y a des différences philosophiques entre les deux hommes."
M. Chrétien a réagi à la suite d'un tête-à-tête avec le premier ministre grec, Costas Simitis, en affirmant qu'il n'était nulle part interdit de commenter la politique américaine et qu'il ne craignait pas que cela embrouille les relations du Canada avec les États-Unis.
"On peut commenter ce qu'ils font et ils peuvent commenter ce que nous faisons, a-t-il expliqué calmement. Il ne se sont d'ailleurs pas privés, à l'occasion, de nous reprocher le niveau de nos dépenses militaires."
Sur le déficit budgétaire américain, le premier ministre persiste et signe. Pour lui, les déficits budgétaires sont néfastes à l'économie. "J'ai dit que la croissance était importante pour l'économie mondiale. Il est normal quand nous préparons un sommet économique (comme le G8) d'aborder ces questions."
Quant à la question du 11 septembre invoquée par la Maison-Blanche, M. Chrétien a rétorqué: "Ils ont été attaqués. Nous faisons partie de leur coalition contre le terrorisme. (...) Nous aussi nous avons dû augmenter nos dépenses de sécurité en raison de cette guerre au terrorisme."
Mais à Ottawa, des députés libéraux ont profité de la réunion hebdomadaire du caucus libéral pour fustiger leur chef, qui a entrepris mardi un voyage de 10 jours à l'étranger qui le conduira en Grèce, en Russie et en France.
Certains, comme le député de Thunder Bay Joe Comuzzi, qui copréside l'Association interparlementaire Canada-États-Unis, tentaient déjà hier de payer les pots cassés en téléphonant à certains de leurs homologues américains.
"C'est complètement maladroit de sa part et c'est malheureux. Le moment ne pouvait pas être pire. Il n'est pas nécessaire de jeter de l'huile sur le feu et nous n'avons pas besoin de cela. Je crois que ses remarques devraient être retirées", a déclaré le député libéral Dan McTeague.
Les partis de l'opposition ont aussi attaqué le chef du gouvernement libéral en faisant valoir que M. Chrétien nuit carrément "aux intérêts supérieurs du Canada" en se comportant de la sorte à l'occasion d'un voyage à l'étranger, selon le chef de l'Alliance canadienne, Stephen Harper. Ce dernier a soutenu que lancer des insultes au président Bush est devenu le sport préféré des libéraux au cours des derniers mois, rappelant les propos désobligeants tenus par certains députés et ministres du gouvernement Chrétien à l'endroit de l'administration américaine.
Le chef du Parti conservateur, Joe Clark, qui quittera son poste en fin de semaine, a soutenu que M. Chrétien se comportait "carrément de manière stupide" en critiquant de la sorte les choix budgétaires de M. Bush. "M. Chrétien fait tout pour compliquer les choses et fait tout son possible pour enrager la Maison-Blanche", a dit M. Clark.
Par ailleurs, au terme du sommet semi-annuel Canada-Union européenne, le premier ministre Jean Chrétien et ses hôtes ont partagé hier un enthousiasme réservé face au retour de l'ONU et du multilatéralisme dans les affaires internationales, en particulier sur la question irakienne.
"Nous sommes heureux qu'il y ait eu un accord au Conseil de sécurité pour relancer les activités économiques normales en Irak, a déclaré le premier ministre Chrétien en conférence de presse. Nous sommes heureux que l'ONU ait un rôle à jouer. Certains auraient souhaité un rôle plus important pour l'ONU, mais le rôle qu'on lui a donné à ce moment-ci est acceptable pour le Conseil de sécurité et pour les pays membres de l'Union européenne qui ont parlé ce matin."
M. Chrétien a laissé entendre hier qu'il pourrait, à Évian-les-Bains, user de son influence et de son titre de doyen des dirigeants de cette rencontre pour servir de lien entre le président Bush et les dirigeants européens qui se sont opposés à l'intervention américaine, tels le Français Jacques Chirac et l'Allemand Gerhard Schröder.
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Chrétien jab stirs criticism in Ottawa and U.S.
Shawn McCarthy And Brian Laghi
With Reports From Kim Lunman And Jill Mahoney
The Globe and Mail Thursday, May 29, 2003
ATHENS, OTTAWA - Prime Minister Jean Chrétien has sparked a storm of criticism ranging from the White House to his own backbenchers after attacking the United States for its burgeoning federal deficit.
A spokesman for U.S. President George W. Bush noted that the that the deficit was, in part, caused by extraordinary circumstances.
"One of the reasons for that [difference between deficit and surplus] is the United States was attacked on Sept. 11; Canada was not," Ari Fleischer said. "The United States helped lead a war to bring freedom to the people of Iraq."
Mr. Fleischer also said Mr. Bush and Mr. Chrétien are different politicians, with Mr. Bush focusing on tax cuts. The President signed a budget bill yesterday that will cut taxes by $350-billion (U.S.) over several years.
"Well, I think it's important to understand what created the deficits," Mr. Fleischer said. "What created the deficits, of course, are the same factors that Canada has lived through, which is the economic slowdown, the recession, of course, which hit the United States, which is the single greatest cause of what led to a drop in revenues."
Mr. Fleischer said it is not surprising that "there's a philosophical difference between a tax cutter like President Bush, and Prime Minister Chrétien." Mr. Chrétien's comments also prompted some members of his own back benches to raise questions. Joe Commuzzi, who chairs a parliamentary committee overseeing U.S.-Canada relations, said Mr. Chrétien should apologize.
"It's not helpful," he said. "I'm not good at diplomacy, but I don't think you do those things. I don't think that when you go home tonight and you got a good neighbour on this side of you or a neighbour on this side of you, that you should talk about their overspending, that they're not meeting their obligations and they have a huge debt. I don't think that makes for good neighbours."
Liberal Dan McTeague called Mr. Chrétien's comments "ill-advised" and said they bordered on gratuitous.
"Name calling and pointing fingers is not a helpful way to demonstrate leadership at a time when people are seeking it and, clearly, with those comments, certainly not getting it."
However, in Athens yesterday, Mr. Chrétien insisted it's fair to attack the U.S. deficit because it could undermine world economic growth. An unrepentant Mr. Chrétien said he is concerned about growing deficits in the United States, as well as in Europe.
"I discussed the deficit here today. The problem of the finances of the Western world is a very problematic problem and it is a big problem in many countries," he said after meeting Greek Prime Minister Costas Simikis.
"European nations, North American nations, we need a stable economic situation. And it is normal when you are going to have a summit debating the economic situation that you comment on it."
During a flight to Europe on Tuesday, Mr. Chrétien said he is worried that the United States is expected to post a $500-billion deficit this year, which would be equivalent to Canada posting a $75-billion (Canadian) shortfall.
Mr. Chrétien is scheduled to address the G8 summit on the state of the world economy.
A senior official said yesterday the Prime Minister will discuss the need for countries to take "tough measures" to rein in their deficits, as Canada did in the mid-1990s.
"That means severe cuts and so on," the official said.
Mr. Chrétien said yesterday that Canada also faced spending pressures as a result of Sept. 11, 2001. He noted that his government has been criticized frequently by the Americans regarding the level of Canadian defence spending.
"Sometimes, people make comments on the level of spending in defence in Canada. How many times [have] we heard that? I don't take that personally. . . . And it's fine; we don't agree about it."
But Mr. Chrétien's words received universally harsh reactions yesterday from the opposition.
Canadian Alliance Leader Stephen Harper said the remarks won't help Canada as it works to have a U.S. ban lifted on Canadian beef after the discovery that a cow in Alberta was infected with bovine spongiform encephalopathy.
"There are obviously people in the U.S. Congress who would like to exploit this issue for protectionist purposes and would like to keep that border closed for as long as possible," he said. "The Prime Minister is not helping us with this behaviour at all."
Progressive Conservative Leader Joe Clark said the comments were "just plain dumb." Adding that the Prime Minister is being irresponsible and "complicating things by going out of his way to anger the White House."
NDP Leader Jack Layton said Mr. Chrétien appears desperate to seek congratulations for his record. "I think this kind of remark by the Prime Minister doesn't particularly harm or help" the beef ban, he said. "It's just a bit sad."
Meanwhile, Alberta Premier Ralph Klein, whose province is suffering most from the ban, said Mr. Chrétien should apologize.
"I would think he would -- he should. And I think that you've got to be careful about what you say on the record or off the record in an airplane or outside of an airplane," he said, adding, however, that Mr. Bush will probably brush it aside.
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L'économie à l'écart du sommet d'Évian
Frédéric Wagnière
La Presse jeudi 29 mai 2003
Analyse - Même si le monde connaît de graves problèmes économiques, il sera très peu question d'économie et de finance au sommet du G8 à Évian, car trop de problèmes politiques réclament l'attention des chefs des grandes puissances économiques. Par ailleurs, les théories économiques ont beaucoup évolué: on reconnaît encore qu'une certaine concertation internationale est utile, mais on ne croit plus qu'un sommet puisse résoudre les problèmes conjoncturels du monde.
La concertation conjoncturelle internationale était au coeur du fonctionnement du Fonds monétaire international (FMI) après la guerre, en réaction contre le manque de coordination qui avait marqué la crise des années 30. Le système du FMI s'était finalement aussi révélé fragile, notamment après la fin de la parité fixe du dollar canadien en 1970. Puis, le sommet de Rambouillet avait été convoqué en pleine crise pétrolière pour remédier aux carences du FMI et il était devenu une institution annuelle, pour coordonner la politique économique et financière des grandes puissances qui se débattaient avec les problèmes de l'inflation endémique.
Tendance accentuée
Au fur et à mesure que l'inflation baissait et que les tensions monétaires entre pays s'estompaient au courant des années 90, les sommets du G7, puis du G8 avec l'admission de la Russie, sont devenus moins économiques et plus politiques. Cette tendance s'est encore accentuée ces dernières années depuis que les banques centrales se concentrent presque exclusivement sur le maintien de la stabilité des prix. Elles en sont venues à la conclusion que le taux de change est d'une importance secondaire dans leur politique monétaire et que la monnaie trouvera d'elle-même sa juste valeur par rapport aux autres devises si sa valeur intérieure est stable.
Cette évolution va de pair avec la nouvelle façon de faire la politique conjoncturelle depuis une dizaine d'années. On ne se croit plus capable de résoudre tous le problèmes par une politique anticyclique monétaire ou fiscale. On sait maintenant qu'il n'est pas possible de faire un savant dosage entre l'inflation et le chômage sans arriver à la stagflation qui réunit un excès des deux.
Problèmes structurels
À Évian, il sera sans doute question brièvement du déclin du dollar américain et de la menace réelle ou imaginaire de déflation mondiale, mais personne ne s'attend à ce que de grandes décisions soient prises. Dans la déclaration des ministres des Finances du 17 mai, il n'en est du reste pas question à l'exception de la déflation japonaise en tant que problème national.
Les participants au sommet sont toutefois conscients des problèmes qui pourraient peser lourdement sur la conjoncture mondiale au cours des prochaines années. Il s'agit de problèmes structurels qui tendent à freiner la croissance économique et l'élévation du niveau de vie. Dans ce domaine, les pays peuvent s'inspirer des efforts faits par d'autres, mais les possibilités d'une véritable concertation internationale sont limitées. Ainsi, le Japon souffre du manque de productivité et de la cartellisation des secteurs de l'économie qui ne dépendent pas de l'exportation, alors que l'Amérique du Nord doit surtout trouver le moyen de rendre plus dynamiques les régions affligées par le déclin de leurs industries, tout en respectant des structures fédérales.
Politique monétaire
Quant à l'Europe, le problème le plus lancinant est l'uniformité de la politique monétaire dans un "marché unique" où la mobilité des facteurs de production, notamment les personnes, est encore très limitée. L'Europe est consciente de ce déséquilibre dans son intégration économique et, au cours du sommet européen de Lisbonne en 2000, a décidé de faire de l'Europe la "zone économique la plus compétitive et la plus dynamique à l'horizon 2010". Elle ne parvient toutefois pas à adopter les réformes qui lui permettrait de réaliser cette ambition et qui lui permettrait de mieux réagir contre les vicissitudes de la conjoncture.
Les défaillances structurelles des pays industrialisés sont des problèmes internes qui n'auraient pas leur place au sommet d'Évian. Cependant, l'ouverture du commerce mondial est une façon indirecte de s'obliger à développer une économie plus dynamique et plus concurrentielle, qui utilise mieux les ressources. Or, les perspectives pour les négociations commerciales et de l'Agenda du développement de Doha sont de plus en plus décourageantes. Pour les relancer, il faudrait que les pays industrialisés convainquent le tiers-monde de leur bonne foi en s'engageant à éliminer la protection agricole qui coûte très cher aux pays sous-développés.
Bref, un des objectifs politiques les plus importants du sommet sera de mettre fin à la mésentente entre l'Europe et les États-Unis à la suite du conflit irakien. Ce serait trop beau de croire qu'on pourrait du même coup mettre fin à la dispute agricole entre l'Europe et les États-Unis.
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G8 et militants - La lutte continue
Francis Dupuis-Déri Chercheur en science politique au Massachusetts Institute of Technology (Boston) et auteur du livre Les Black Blocs - La liberté et l'égalité se manifestent (Lux éditeur)
Le Devoir jeudi 29 mai 2003
Ce sera un nouveau face-à-face entre les dirigeants des États les plus riches du monde et le mouvement «antimondialisation» à l'occasion du Sommet du G8, en France, du 1er au 3 juin. Ce vaste mouvement a su attirer l'attention depuis 1999, de Seattle à Gênes en passant par Québec et Porto Alegre, mais il est tombé dans l'ombre depuis les attaques spectaculaires du 11 septembre 2001 contre les États-Unis, suivies par les invasions très médiatisées de l'Afghanistan puis de l'Irak.
De plus, les militants ont été pris de court par la tactique de dérobade adoptée par les organisateurs des sommets officiels qui, depuis les dérapages policiers de Gênes, se tiennent de préférence dans les déserts (le Qatar pour le sommet de l'Organisation mondiale du commerce), dans les montagnes (les Rocheuses canadiennes pour le sommet du G8 de 2002) ou dans des stations balnéaires isolées (Évian pour le G8 de 2003).
Tous ces effets conjugués expliquent la baisse de visibilité d'un mouvement qui a pourtant poursuivi son lent travail souterrain. L'engagement politique des uns et des autres a continué loin des caméra car très nombreuses sont les organisations militantes dont les préoccupations sont locales ou nationales (syndicats, associations étudiantes, associations d'aide aux locataires, certains groupes écologistes, etc.). Pour ces militants, les grandes manifestations ne sont pas un but ultime mais simplement des occasions d'exprimer publiquement une colère envers un système économique et politique méprisable ainsi qu'une solidarité envers d'autres organisations «alliées».
Le réseautage militant international s'est lui aussi poursuivi après le 11 septembre 2001. Le Forum social mondial de Porto Alegre, puis les rencontres similaires à Florence (automne 2002), à venir à Paris (novembre 2003) et un jour peut-être au Québec permettent à des dizaines de milliers de militants de se rencontrer, de tisser des liens de solidarité, d'échanger de l'information sur la mondialisation pseudo libérale («pseudo» parce que l'État reste très généreux envers les grandes entreprises) et sur les moyens de la contester, d'élaborer des propositions pour transformer le monde commun. Ces rencontres sont aussi l'occasion pour les militants de se chamailler face à face car la gauche a toujours été célèbre pour ses tensions et ses rivalités internes.
Enfin, ce mouvement des mouvements n'est pas seulement contre la mondialisation pseudo libérale, il est aussi et surtout pour la mondialisation de la justice et de la solidarité. C'est ce qui explique qu'il a été en grande partie responsable de l'incroyable vague de contestation internationale contre la guerre en Irak, un mouvement social mondialisé unique dans l'histoire de par son ampleur.
En raison de sa diversité et de certaines de ces contradictions, les détracteurs du mouvement des mouvements répètent encore et toujours qu'il lui manque une orientation claire et un programme politique systématique. On le dénigre car il se compose d'éléments disparates et contradictoires [...], ce qui est pourtant la norme dans les systèmes économique et politique officiels.
Malgré tout, il existe un consensus dans chacun des deux camps au sujet de principes fondamentaux. Les militants partagent certaines certitudes morales : la vie doit passer avant le profit et les décisions au sujet de notre monde commun doivent être prises collectivement. À ce consensus minimal s'oppose le consensus capitaliste et aristocratique des dirigeants du système économique et politique, pour lesquels le profit est prioritaire et qui croient que les décisions au sujet de notre monde commun doivent être prises à huis clos par un groupuscule d'individus éclairés. Et il est plus facile pour une élite de faire passer le profit avant la vie puisque c'est toujours celle des autres et jamais la leur qu'ils sacrifient au nom du bien commun ou d'un libre marché qui leur est si profitable.
Un exemple parmi tant d'autres : des millions de personnes atteintes du sida en Afrique et ailleurs meurent parce qu'elles n'ont pas les moyens financiers de se procurer des médicaments vendus sur le marché. Ces médicaments ne sont pas accordés en fonction des besoins (vous êtes malade) mais en fonction des moyens de payer (vous êtes riche). [...] Si les sidatiques avaient l'occasion de participer aux grandes décisions de la mondialisation pseudo libérale, on peut penser qu'ils trouveraient une solution pour privilégier la vie et non les profits. [...] Une participation plus diversifiée au processus de prise de décision permettrait de casser l'unique logique capitaliste et de trouver des solutions nouvelles et originales.
C'est cette ouverture politique qu'exigent les militants aujourd'hui. Les cyniques ricanent, rappelant que des décisions plus démocratiques ne seraient certainement pas toutes immédiatement praticables ni nécessairement acceptables d'un point de vue moral. C'est vrai. Mais le pseudolibéralisme n'est aujourd'hui ni praticable ni acceptable pour des millions de personnes qu'il ne peut pas sauver car leur vie et leur mort ne trouvent pas leur place dans la logique de ses livres comptables.
Un autre monde est possible
[...] Manifester est un outil citoyen qui permet de se faire entendre, de prendre part au débat, voire de le susciter. L'élément communicationnel de ces manifestations est d'autant plus important que le jeu électoral est aujourd'hui profondément discrédité (notons ici le taux d'abstention aux États-Unis, en France ou au Québec). Mais la manifestation ne suffit pas toujours à influencer les choix pris à huis clos par des élites, comme le montre bien la façon dont a été lancée la guerre contre l'Irak. La signification et la valeur du mouvement des mouvements ne se limitent donc pas à ses manifestations, ni d'ailleurs à ses propositions de solutions (annulation de la dette du Tiers-Monde, taxe sur la spéculation financière, interdiction de privatiser l'eau, etc.) ou à ses critiques contre la mondialisation pseudo libérale.
La façon même dont les groupes militants s'organisent a une valeur politique en soi puisqu'elle offre l'exemple d'une démocratie directe en fonctionnement ici et maintenant, malgré des ratés évidents. Des groupes comme la Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC), à Montréal, les Black Blocs, si souvent caricaturés, d'autres groupes d'affinité qui mènent diverses actions directes et les nombreux «villages» de quelques jours comme ceux mis en place en marge du Sommet du G8 en France (www.vaaag.org) sont autant de lieux où la vie politique fonctionne sans chefs et où les décisions se prennent lors d'assemblées générales, de façon égalitaire et libertaire. Tous peuvent y prendre la parole, lancer des propositions et en disposer collectivement. En plus de ces lieux purement militants, les «simples» citoyens savent tenter des expériences économiques originales, tels ces réseaux non financiers d'échanges de biens et de services -- doublés d'assemblées de quartier -- organisés en Argentine pour faire face à la crise économique et politique.
Le mouvement des mouvements participe donc à une tradition démocratique trop souvent ignorée qui relève de l'agoraphilie politique, c'est-à-dire d'une attitude de confiance émue envers l'agora, où l'on peut se réunir pour discuter et décider ensemble du sort de notre monde commun. À cette attitude s'oppose celle de l'agoraphobie politique, dont le discours est toujours le même : nous avons besoin de chefs car la démocratie directe est dangereuse, déraisonnable et inefficace, entre autres parce qu'elle prendrait trop de temps.
Mais quel temps nous ont vraiment fait gagner ces décideurs si «efficaces» dans ce XXe siècle ravagé par deux guerres mondiales et quantité d'autres guerres régionales, par des crises économiques dramatiques, des famines et des épidémies mortelles ? [...] Et il a fallu bien des manifestations aussi musclées que celles d'aujourd'hui pour arracher des droits pour les femmes, les travailleurs, les Noirs, les homosexuels, etc., à ces décideurs si préoccupés d'être «efficaces» qu'ils en oubliaient d'être justes... Les dirigeants du G8 à eux seuls devraient suffire à nous rendre méfiants envers ceux qui, pour justifier l'autorité de quelques-uns, méprisent les capacités politiques des «simples» citoyens : Poutine, grand massacreur de Tchétchènes; George II, voleur d'élection présidentielle et grand massacreur d'Afghans et d'Irakiens avec son ami Blair; Berlusconi et Chirac, corrompus jusqu'à la moelle; etc. Tous bien plus dangereux que les militants qui les défient de sommet en contre-sommet.
L'histoire de l'agoraphilie politique révèle quant à elle des gens du «peuple» tout à fait capables de se gouverner sans chefs. On cite souvent Athènes, mais il y a autre chose : assemblées populaires dans les villages européens au Moyen Âge et jusque vers le XVIIIe siècle; pratique de la palabre publique à plusieurs endroits en Afrique encore de nos jours; autogestion des communes et des squats dans l'Occident des années 1960-70; assemblées départementales de professeurs d'université qui relèvent toutes, à leur manière, de l'agoraphilie politique. Ces systèmes politiques ne sont pas parfaits mais ils fonctionnent. [...]
Les militants d'aujourd'hui n'exigent pas que tous les individus soient toujours engagés dans la politique : ils donnent plutôt en exemple, à travers l'organisation de leur mouvement, des possibilités réelles de pratiques démocratiques participatives qui fonctionnent, et ils exigent que nous ayons tous la possibilité de nous rendre à l'agora -- que ce soit une assemblée militante, professionnelle, de quartier, etc. -- pour y participer au processus de prise de décision collective si le désir ou la nécessité s'en font sentir. [...] La démocratie directe est beaucoup plus efficace que ce que ses adversaires laissent croire. [...]
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G-Monde contre G8 : Les manifestants qualifient d'illégitime la réunion des chefs des grands pays industrialisés
Christian Rioux
Le Devoir jeudi 29 mai 2003
Paris - Robert Jasmin est arrivé hier en catastrophe de Montréal avec sa grande bannière et des dizaines de tracts biens cordés dans sa valise. Dès ce matin, le président de l'organisation ATTAC Québec se joindra aux centaines de milliers de manifestants venus du monde entier qui prendront la direction d'Évian, où se réunit le sommet du G8 à compter de dimanche.
La semaine dernière, Robert Jasmin ne savait pas encore qu'il traverserait l'Atlantique pour participer aux centaines d'événements qui réuniront à Genève, à Lausanne et à Annemasse (côté français) les opposants à la mondialisation. C'est un don de la Fédération des infirmières du Québec qui lui a finalement permis de partir.
Avec trois autres camarades québécois et des militants de 51 pays regroupés dans les collectifs de l'organisation ATTAC, il lançait hier à Paris la série de colloques, de manifestations et d'événements culturels qui précéderont la réunion des dirigeants des grands pays industrialisés, qui se retrouveront dimanche sur les bords du lac Léman.
Comme ses camarades brésiliens, japonais, allemands ou de la Colombie-Britannique (rencontrés pour la première fois à Paris!), Robert Jasmin juge illégitime cette grande messe annuelle qui réunit les chefs d'État et de gouvernement des sept pays les plus riches du monde (plus la Russie). «Le G8 est un gouvernement mondial autoproclamé, dit-il. Aucun des membres du G8 n'a jamais reçu le moindre mandat de discuter des questions qui seront abordées à Évian. Ce regroupement n'a rien de démocratique.» Il n'existe d'ailleurs, dit Robert Jasmin, que pour avaliser les volontés de l'«empire», qui seraient elles-mêmes celles des États-Unis et de George Bush.
Tel est en résumé le contenu de la déclaration G-Monde que rendaient publique les militants de 51 pays réunis hier à Paris. La plupart participeront ce matin à un pique-nique international au bois de Vincennes. De là, les manifestants, qui profitent du congé de l'Ascension, prendront la route d'Évian en train, en bus ou en voiture.
À Genève, ils seront rejoints par un millier de manifestants allemands, montés hier à Berlin à bord du «train de la protestation». Le convoi affrété par ATTAC Allemagne doit relier les principales villes du pays avant d'arriver aujourd'hui après-midi à Genève, qui ressemble déjà à une ville assiégée.
Des dizaines d'autobus ont été nolisés au départ des grandes villes d'Allemagne. Malgré les sommets élevés, de courageux militants rallieront la Suisse à vélo en huit étapes journalières. On les attend à Genève samedi (on ne sait pas dans quel état), juste à temps pour la grande manifestation qui se déroulera dimanche, 1er juin, pendant l'arrivée des chefs d'État et de gouvernement.
S'inspirant de ce qui s'est fait l'an dernier à Kananaskis, en Alberta, les 20 000 policiers, douaniers et militaires mobilisés en France et en Suisse n'ont rien négligé pour transformer la région en no man's land. Au beau milieu de la mobilisation contre la guerre en Irak, certains avaient envisagé une manifestation transfrontalière de 500 000 personnes. Les plus optimistes parlent aujourd'hui de 300 000 participants. Les responsables suisses laissent même filtrer le chiffre de 80 000 à 100 000 manifestants. On se souvient que l'autre sommet du G8 à s'être tenu dans la région a eu lieu à Gênes. Il avait attiré 200 000 manifestants et fait un mort dans une violence sans précédent.
Robert Jasmin reconnaît que la mobilisation ne s'annonce pas aussi massive que prévu. Cela serait dû, dit-il, aux nombreuses grèves qui secouent la France depuis deux semaines contre la réforme des régimes de retraite et la décentralisation dans l'éducation. «Il n'est jamais facile de remobiliser des gens qui ont déjà participé à pas mal de manifestations dernièrement.» Il reconnaît aussi que l'euphorie des grandes mobilisations contre la guerre en Irak est déjà loin.
Le lieu du sommet, au coeur des Alpes suisses et françaises, n'aide pas non plus à attirer les foules. À Genève, une «zone autogérée» a pris ses quartiers vendredi dernier sur le terrain vague de Vessy. Un village alternatif «officiel» sera ouvert dès aujourd'hui. Il comporte les infrastructures nécessaires pour accueillir 40 000 personnes. À Lausanne, les opposants au G8 ont refusé le terrain que l'administration municipale leur offrait. Sans consulter qui que ce soit, ils ont décidé de s'installer sur le site de l'Université de Dorigny. En France, un «village alternatif, anticapitaliste et antiguerre» et un autre dit «intergalactique» s'étaleront sur une trentaine d'hectares près de l'aérodrome d'Annemasse.
Des côtés suisse et français, on ne compte plus les colloques sur la mondialisation, la santé, la militarisation, l'accès à l'eau, etc. Histoire d'attirer les syndicalistes français, l'un d'eux parlera aussi des retraites.
L'organisation ATTAC mettra même en scène un «tribunal international du libéralisme», avec juges, avocats, jurés et accusés, afin de mesurer l'ampleur des «crimes» du G8, de la Banque mondiale, du FMI, de l'OMC et de la Commission européenne. Heureusement, de nombreux concerts, pièces de théâtre et projections de films permettront aux manifestants de se détendre.
Les opposants au G8 ne veulent d'ailleurs plus qu'on les qualifie d'antimondialisation et préfèrent l'étrange néologisme d'«altermondialiste». La nuance serait de taille puisque ces derniers ne seraient plus opposés à la mondialisation mais souhaiteraient plutôt une autre mondialisation.
«C'est un changement majeur, dit Robert Jasmin. Les rencontres et les débats prennent aujourd'hui le pas sur les manifestations.»
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Les Etats-Unis ont atteint la "limite finale", selon l'Ayatolla Ali Kharmenei
PC 29.5.2003
TEHERAN (AP) - L' Ayatollah Ali Khamenei a affirmé mercredi que les Etats-Unis avaient atteint la "limite finale" en accusant Téhéran d'abriter des militants d'Al-Qaïda, a rapporté la télévision d'Etat iranienne.
Ces accusations sont "la limite finale; le début de l'asservissement du pays. Pouvons nous faire cela? Pouvons-nous vous et moi remettre le pays à l'ennemi? Ce n'est pas pour cela que la nation nous a mis au pouvoir", a déclaré M. Khamenei à l'assemblée législative, cité par la télévision.
Il a accusé les Etats-Unis de vouloir susciter l'inquiétude des responsables iraniens. "L'ennemi sait que ses armes sont inefficaces face à la volonté et à la résistance de la nation iranienne. C'est pourquoi il cherche à exciter l'agitation sociale et à augmenter les pressions psychologiques pour effrayer les responsables" iraniens, aurait-il dit. "C'est le résultat de la stupide arrogance des dirigeants américains".
Parallèlement, le ministre des Affaires étrangères iranien Kamal Kharrazi a répété que la politique de l'Iran était de s'attaquer au réseau Al-Qaïda. La police "arrête couramment (les membres d'Al-Qaïda). Ils sont renvoyés dans leurs pays et ceux qui ont agi contre la sécurité nationale iranienne sont jugés par l'Iran. Certains sont dans nos prisons et sont actuellement interrogés", a déclaré M. Kharazzi au cours d'une conférence de presse.
Le ministre a également nié des accusations américaines selon lesquelles l'Iran chercherait à se doter d'armes nucléaires.
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