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Ottawa dit oui au bouclier... sans avertir ses députés
Hélène Buzzetti
LE DEVOIR vendredi 30 mai 2003
Ottawa - Sans crier gare ni même en informer ses propres députés d'arrière-banc, le gouvernement libéral a annoncé hier qu'il accepte de s'asseoir avec les États-Unis pour négocier sa participation à un éventuel bouclier antimissiles. La raison évoquée par le ministre de la Défense, John McCallum, pour aller de l'avant? De l'intérieur, le Canada pourra plus facilement convaincre les Américains de ne pas militariser l'espace.
M. McCallum, qui avait déjà clairement indiqué qu'il était en faveur d'une participation canadienne à ce bouclier, aura donc passé outre aux réticences de certains de ses collègues du caucus. Il a évoqué trois raisons pour aller de l'avant : 1- il est de la responsabilité d'un État d'assurer lui-même la sécurité de ses citoyens plutôt que de s'en remettre constamment à un pays tiers; 2- ce bouclier est l'évolution logique de l'arsenal de protection du continent nord-américain et le Canada a toujours participé conjointement avec les États-Unis à cette protection; 3- enfin, c'est en participant à ce bouclier que le Canada pourra le mieux faire valoir -- et imposer -- son opposition à la militarisation de l'espace.
«Il y a encore de l'incertitude aux États-Unis à savoir si ce pays ira ou non de l'avant avec l'"arsenalisation" de l'espace, a fait valoir M. McCallum. Il y a des propositions de recherche sur la table qui attendent toujours du financement. Le Congrès est divisé, aucune décision n'a été prise et la position américaine n'est pas claire. L'opposition du Canada est claire. Je fais valoir à la Chambre que si nous ne sommes pas "dans la tente", notre capacité d'influencer les décisions américaines dans ce domaine sera probablement nulle. Si nous participons au bouclier antimissiles, nous serons "dans la tente" et nous pourrons faire connaître notre point de vue.»
Le ministre insiste pour dire que la participation du Canada au bouclier ne relève pas du «fait accompli» : les discussions avec les autorités américaines iront de l'avant au cours de l'été et le cabinet prendra une décision finale à l'automne.
L'annonce a été faite hier devant un parlement presque vide alors que le premier ministre était toujours en voyage officiel à Athènes et qu'une bonne partie des ministres et députés avait déjà quitté la capitale puisque la Chambre ne siège pas aujourd'hui, question d'être conciliant à l'endroit du Parti progressiste-conservateur, dont le congrès au leadership se déroule à Toronto.
Le ministre de la Défense a lâché le morceau en réponse à l'Alliance canadienne dans le cadre de sa journée d'opposition qui, justement, portait sur le bouclier antimissiles. Signe que la nouvelle était inattendue, plusieurs députés libéraux qui devaient prendre la parole pendant ce débat ont avoué ne pas avoir écouté le discours de M. McCallum tandis qu'un autre député a indiqué au Devoir qu'il n'avait appris que le matin même la position de son gouvernement.
Lundi soir, à la sortie de la réunion des ministres, Jean Chrétien avait répondu ainsi aux journalistes qui lui demandaient si une décision avait été prise : «Non, pas encore. Nous avons eu l'occasion d'en reparler, mais il y a encore des discussions avec le caucus, alors nous espérons pouvoir conclure ce dossier-là dans les semaines qui viennent.» Deux jours plus tard, à la sortie de cette rencontre du caucus, le président Stan Keyes avait dit que quelques députés avaient soulevé la question mais que la discussion devait encore continuer. L'annonce controversée a-t-elle été faite en catimini ?
Le porte-parole du premier ministre, Stephen Hogue, s'en défend bien. «[Jean Chrétien] a dit qu'il n'avait pas d'annonce ce jour-là, mais le cabinet avait donné l'autorisation d'aller de l'avant avec les discussions lundi. C'est le privilège du premier ministre de décider du moment de l'annonce, et il a choisi de le faire aujourd'hui [hier] à l'occasion du débat sur la motion de l'Alliance.»
M. Chrétien fait les manchettes depuis deux jours pour avoir vanté la situation économique canadienne par rapport à celle des États-Unis, où un déficit de 500 milliards a été annoncé. Le brouhaha médiatique a même mené le porte-parole de la Maison-Blanche, Ari Fleischer, à rappeler que le Canada, lui, n'avait pas été attaqué le 11 septembre 2001.
La motion de l'Alliance sur le bouclier antimissiles sera soumise au vote mardi alors que M. Chrétien ne sera toujours pas revenu de son voyage officiel en Europe. Le chef allianciste s'en frotte les mains. «Jusqu'à maintenant, ce sont les députés libéraux d'arrière-banc qui ont résisté à cette idée, et on verra mardi s'ils sont préparés à voter en sa faveur.» M. Harper, qui veut que le Canada participe au bouclier antimissiles, salue la décision du gouvernement.
Le Bloc québécois, tout comme le Nouveau Parti démocratique, est choqué de cette décision. On ne fait pas de distinction entre les discussions auxquelles le Canada dit donner son feu vert et une décision de participer au bouclier antimissiles. Une fois le doigt pris dans l'engrenage, il sera impossible de le retirer, pense-t-on.
«Les États-Unis ne négocieront pas par plaisir», a lancé le chef Gilles Duceppe. «Une fois qu'on aura commencé ces négociations sur la participation canadienne au bouclier antimissiles, cela voudra dire que la décision sera déjà prise et que seuls les termes resteront à définir.»
La députée bloquiste Francine Lalonde a de plus rappelé l'exemple de la collaboration britannique à la guerre en Irak pour prouver qu'être «dans la tente» ne garantit pas une influence sur le cours des événements.
La députée néo-démocrate Libby Davies a de son côté rappelé que la communauté internationale était sceptique face à ce projet de bouclier. Du côté conservateur, le chef sortant Joe Clark a demandé au gouvernement de fournir les raisons qui le mènent à envisager une participation au bouclier, souvent assimilé au projet de «guerre des étoiles» du président Ronald Reagan. «Si un projet similaire avait été examiné puis rejeté lorsque le président Reagan l'avait mis en avant, qu'est-ce qui amène le Canada aujourd'hui à l'embrasser ?»
D'autres députés libéraux se sont levés en Chambre au cours du débat pour exprimer leurs grandes réticences face à cette décision. Le député de Lac-Saint-Louis, Clifford Lincoln, a déploré cette relance de la militarisation de la planète et, éventuellement, de l'espace.
Jusqu'à tout récemment, une très importante portion du caucus des députés libéraux s'opposait à ce que le gouvernement aille de l'avant et discute du bouclier antimissiles. Très peu étaient à Ottawa hier pour dire s'ils s'étaient fait convaincre depuis.
À l'ambassade des États-Unis, on s'est limité à déclarer être heureux de la décision du Canada.
Avec la collaboration de Manon Cornellier
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Ottawa lancera des pourparlers avec Washington sur le bouclier antimissile
ISABELLE RODRIGUE
PC vendredi 30 mai 2003
OTTAWA (PC) - Faisant fi des réserves exprimées même au sein du caucus libéral, le gouvernement de Jean Chrétien a finalement décidé qu'il amorcerait des discussions avec les Etats-Unis sur la possible participation du Canada au système de défense antimissile.
Le ministre de la Défense, John McCallum, en a fait l'annonce lors d'un discours aux Communes, jeudi, dans le cadre d'un débat soumis par l'Alliance canadienne. Il s'est empressé d'ajouter que l'annonce ne voulait pas dire que le Canada allait participer au projet.
"Aucune décision ne sera prise avant que les résultats de ces discussions ne soient analysés par le conseil des ministres, mais je crois que nous sommes en terrain solide en allant de l'avant avec ces pourparlers exploratoires", a déclaré M. McCallum, répétant à de multiples reprises que ce n'était pas un "fait accompli".
Le gouvernement Chrétien jonglait avec l'idée depuis quelques semaines, retardant sa décision pour laisser le temps aux ministres McCallum et Bill Graham, des Affaires étrangères, d'expliquer le projet aux nombreux députés libéraux récalcitrants. Il y a deux semaines, cependant, lors d'un autre débat à la Chambre des communes, le gouvernement semblait avoir fait son lit et retardait l'annonce officielle.
Pourtant, encore lundi à la sortie du conseil des ministres, le premier ministre Jean Chrétien répondait aux questions des journalistes en affirmant qu'aucune décision n'avait été prise. Stephen Hogue, un porte-parole de M. Chrétien a néanmoins confirmé, jeudi, que "l'autorité d'entamer des discussions avait été donnée" lors de la réunion du conseil des ministres.
Cette politique tranche nettement avec la position traditionnelle du Canada, qui a toujours refusé de se lancer dans l'aventure. Pour justifier le revirement, le ministre McCallum a cité trois raisons. D'abord, le gouvernement doit protéger sa population, il doit s'assurer de l'avenir du NORAD (Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord), et il veut continuer à s'opposer à la militarisation de l'espace. Pour défendre ses opinions sur ces aspects, il vaut mieux être assis à la même table que les Américains, a fait valoir le ministre.
Les Etats-Unis espèrent mettre en place la première phase de leur bouclier antimissile dès l'automne 2004, en déployant des fusées d'interception terrestres qui serviraient à contrer des missiles balistiques.
Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique (NPD) ont réfuté les arguments du ministre, notant que le gouvernement pourra difficilement reculer une fois dans l'engrenage et que le projet relance la course aux armements.
"On vient de dire aux Américains qu'on accepte de participer au système de défense antimissile, a indiqué Gilles Duceppe, chef du Bloc. C'est ça qui est inacceptable, c'est un changement radical dans la position canadienne."
"Je suis vraiment stupéfaite de constater que le Canada s'apprête à répudier des décennies de politiques de contrôle des armements et qu'il est sur le point de sauter dans le train des Américains sur cette question", a renchéri Libby Davies, députée néodémocrate.
Les deux partis craignent de plus que, à moyen ou long terme, le projet américain finisse par déployer des armes dans l'espace. Dans son discours aux Communes, le ministre McCallum a admis qu'on ne connaissait pas les objectifs des Etats-Unis.
Mais, a-t-il poursuivi, le Canada s'oppose à la militarisation de l'espace et pourra se retirer, si les choses n'évoluent pas comme bon lui semble.
Pour M. Duceppe, cet argument ne tient pas la route. "Quand on nous dit que ce n'est pas militariser l'espace, ce ne sont pas des cerfs-volants qu'on s'en va construire, c'est un bouclier antimissile", a lancé le chef du Bloc, qui dit que M. Chrétien "plie devant les Américains".
L'Alliance canadienne a, de son côté, bien accueilli la décision du gouvernement tout en l'encourageant à s'engager officiellement dans le projet. "J'espère qu'il n'est pas trop tard pour participer vraiment au projet", a souhaité Stephen Harper, chef allianciste.
Les discussions avec les Américains devraient débuter cet été, a mentionné le ministre de la Défense. Entre-temps, le comité des affaires étrangères étudiera à fond le sujet. Dans un rapport déposé en décembre dernier et portant sur les relations nord-américaines, le comité recommandait que le Canada ne participe pas au projet étant donné le manque d'information et les tests technologiques non-concluants.
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Pas question pour Chrétien de se taire au sommet du G8
Gilles Toupin
La Presse vendredi 30 mai 2003
Athènes - Jean Chrétien dira aux plus puissants de ce monde, la semaine prochaine au sommet du G8 à Évian-les-Bains, en France, que le moment est venu de "se réveiller" et de mettre un terme à la politique néfaste des déficits successifs des gouvernements.
Piqué au vif par certains de ses propres députés sympathisants de Paul Martin, qui lui ont reproché, mercredi, de prendre le président des États-Unis à rebrousse-poil sur la question du déficit américain de 500 milliards, le premier ministre a répliqué qu'il n'avait pas l'intention de se taire au sommet du G8.
"Les gens veulent que le premier ministre du Canada dise le fond de sa pensée sur certaines questions, a-t-il affirmé lors d'un point de presse. C'est pour cela que j'ai été élu. Je ne suis pas connu pour me taire. Je fais mon travail le mieux que je peux depuis 40 ans."
Malgré les attaques de ses détracteurs au Canada, qu'il s'agisse de l'opposition ou des membres de son parti, M. Chrétien a rappelé que l'économie la plus importante du monde est celle des États-Unis, suivie par celles de l'Europe et du Japon. Pour cette raison, il considère de sa responsabilité de présenter franchement son plaidoyer contre les déficits chroniques à ses homologues du G8, qui lui ont d'ailleurs confié la responsabilité de faire le point sur la situation économique.
Le premier ministre a balayé du revers de la main les critiques de certains députés du caucus libéral. "Leur problème, a-t-il tranché, c'est que le premier ministre du Canada, c'est Jean Chrétien jusqu'à ce qu'il démissionne. C'est tout."
Le chef du gouvernement a par ailleurs précisé qu'il n'avait nullement l'intention d'intervenir pour dire aux autres nations comment faire les choses. "Ce qui nous préoccupe au Canada, a-t-il ajouté, et ce qui me préoccupe en tant que premier ministre, c'est que je vois un retour à la situation qui existait en 1991 et 1992, où tout le monde s'enfonçait de plus en plus profondément dans les déficits. Cela a mené à la période d'austérité qui a créé la mode d'équilibrer les budgets. Je veux que cette mode demeure."
À Évian, M. Chrétien n'hésitera pas, a-t-il révélé, à présenter à ses collègues le modèle canadien en matière de gestion des finances publiques. "C'est demeuré dans le vocabulaire politique du Canada que ce n'est pas un bonne chose d'avoir un déficit, a-t-il dit. (...) Ça crée une spirale où nous n'avons plus aucune flexibilité pour faire quoi que ce soit. Je pense qu'il faut garder cette mentalité d'aspirer à équilibrer les budgets des gouvernements. Sinon, nous nous créons des problèmes pour plus tard."
Le premier ministre ne pense pas que le président américain comprenne mal son message. "Nous avons parlé au téléphone de ce problème, a-t-il affirmé. Ça fait partie du discours que j'ai eu à plusieurs reprises. Il a des difficultés qui sont américaines, qui ne sont pas canadiennes. Il y a des difficultés en France, en Allemagne, en Espagne, au Portugal et en Angleterre. Eux aussi sont retournés en situation de déficit. Alors moi, qui suis membre du G8 et à qui on a confié la responsabilité d'analyser la situation, je dis qu'il faut se réveiller, qu'il ne faut pas que l'on se retrouve comme en 1992."
M. Chrétien a rappelé qu'il partait dans huit mois et qu'il ne faisait pas cela pour lui.
Enfin, dans un autre dossier, le premier ministre a fermé la porte à tout compromis au sujet de son projet de loi sur le financement des partis politiques. Il a rejeté le consensus atteint par le caucus libéral cette semaine qui lui demande de reporter l'application de cette loi d'une année, soit en 2005.
"Ce projet de loi doit être en application avant les prochaines élections, a-t-il dit sèchement. Qu'est-ce que ça donne d'avoir un bill qui ne s'applique pas aux prochaines élections? Ou on est sérieux avec une réforme ou on ne l'est pas. Moi je pense qu'ils n'auront aucun problème à financer le Parti libéral et les autres partis. Parce que l'argent qu'ils ne gagneront pas des entreprises, ils vont l'avoir du gouvernement."
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Divorce or reconciliation?
Margaret MacMillan
National Post Friday, May 30, 2003
Jean Chrétien has phoned George Bush. France and Russia voted for the UN resolution giving Britain and the United States the dominant hand in Iraq. Next week the world's leaders will meet face to face in Evian at this year's G7/8. So is this the end of the rift between the Europeans and the Americans? Is it back to business as usual in the Atlantic Alliance?
For those who believe that co-operation between Europe and North America is a force for good in the world, the past year has been worrying. The jokes on both sides of the Atlantic have been getting nastier and the comments increasingly sour. Like marriages that go wrong, there is even talk of divorce. The great coalition between the North Americans and the Western Europeans is under more strain than it has been for decades. Have the Europeans got soft and self-indulgent (a not uncommon American view)? Or are the Americans, as some Europeans fear, determined to be the world's cowboy sheriff?
During the Cold War we all got used to taking the Atlantic Alliance for granted. We can no longer do so. The absence of a clear and overwhelming threat -- and global terrorism has not achieved that status yet -- has brought to the surface some older tensions. And recent events -- Iraq above all -- have added new ones. Are we seeing the end of one of the more enduring and successful alliances in recent history? And does it really matter? I would argue that it does. What can the future hold for this country in a world divided between a unilaterally minded United States and a resentful Europe?
The Atlantic Alliance -- NATO is its most obvious symbol -- was born in the Second World War when democracies on both sides of the Atlantic fought against their common enemies. It took shape in the dark days after 1945 when it became clear that the defeat of one sort of tyranny had left the door open for a new one. As one country after another in the centre of Europe fell under Soviet rule, the Western Europeans realized that they had little hope of survival without help from North America. And, although Canadians were ready and willing, that meant the United States. Reluctantly at first, because their own public opinion wanted an end to war not preparations for a new one, the Americans committed themselves to rebuilding Europe and finally, in 1949, to underwriting its defence in the North Atlantic treaty. Canada signed on enthusiastically and not just because it shared American concerns. This country has always felt comfortable in multilateral organizations of countries which share common values.
And that was what the Atlantic Alliance was also about. It really goes back much further than the Second World War. It goes back to the slow growth of parliamentary government and respect for the rule of law in Britain, and to the Enlightenment of the 18th century, when Europeans turned away from superstition towards reason. In that sense it brings together not just governments but their peoples. The Atlantic Alliance was about the ways in which Americans and Canadians felt at home in Europe or in which Europeans found the new world fascinating at least in part because it was what they might have become. In that wider sense, the alliance encompasses Australia and New Zealand, perhaps even some Latin American countries.
Yes, of course, there were always strains. Different nations have different national interests. It was hard for the Europeans to reconcile themselves to the loss of their empires and their slow decline in power. Hard for the United States not to be impatient with their remaining pretensions. Hard for Americans not to look at their extraordinary economic and military power and think that they could do it all, from building economies to running the world, much more efficiently and effectively. There were moments of crisis. The worst perhaps was Suez in 1956 when Britain and France hatched a crackpot scheme to seize the Suez Canal and topple Egypt's Nasser. The Eisenhower administration was livid and pulled the plug in a brutal but decisive fashion by refusing to underwrite the British pound. The French had trouble forgiving the United States: General De Gaulle went after his own nuclear deterrent and took his revenge in various ways. The British chose another tack; under prime minister Harold Macmillan they swallowed their pride and went as supplicants to Washington. Their reward was the special relationship, a nice bit of rhetoric which helped to plaster over Britain's decline. But in the end the Atlantic Alliance held together because people on both sides bought into it, because Europeans and North Americans felt members of the same family and because the Soviet Union loomed darkly on the horizon.
Three things have changed in the last decade. First the Soviet Union has gone and with it part of the glue. Differences are now easier to express. Second, Europe has changed. It's more confident with the success of the European Union. Look, and the Europeans certainly do, at how the euro is competing, and competing successfully, against the American dollar. Last, the United States is also different. It has always been a reluctant power, uncomfortable with the idea that it might have a role in world, but it is getting over that.
September 11 was not only a terrible shock to the United States, but it left Americans convinced that if they did not look after themselves no one would. And now, with a military and a technology that dwarfs not just one, but most possible combinations in the world, they can imagine going it alone. Does the United States really need to work with anyone else? Great power brings such questions. It also brings an impatience. Why should the United States listen to the Europeans (or the Canadians) when they go on about using the United Nations or the need for multilateral solutions to the world's problems? Why should the Americans treat differences of opinion with their old allies with anything more than impatience or contemptuous indifference?
And there are enough differences to rub old friends the wrong way. Iraq, of course, but there were troubles enough before that. There are spats about genetically modified foods, which the Americans (and Canadians) want to export and which the Europeans don't want to eat. NATO financing is a perennial sore point; the Americans argue, with some justification, that the Europeans (and Canadians it must be admitted) have had a free ride, that they spend far less in proportion to GDP than the United States. In the past 10 years we have seen disagreements over whether and how to intervene in Bosnia and Kosovo. The conflict between Israelis and Palestinians has opened up more fissures. Europeans tend to sympathize with the Arabs -- that in turn has led to charges of anti-Semitism from the Americans. The Europeans insist that the Middle East will never know peace until a Palestinian state is firmly established. The Americans have tended to deny that there is a firm link.
September 11 and the war on terrorism has widened the gap. The Americans, particularly those in the present administration, see a clear and present danger. They do not want to hear about painstaking coalition-building to root out terrorism. They do not want to wait for many nations to agree on how to track weapons of mass destruction, for example, or how to deal with appalling and menacing dictators. They don't like it when old partners, like the French and the Germans, go out around the world to build opposition to them. The Americans are particularly irritated by the French and their Foreign Minister Dominique de Villepin, with his lovely profile and elegantly phrased refusal to support the war in Iraq. They suspect, perhaps with reason, that Europeans have chosen opposition to the United States as a way of defining themselves and of papering over the cracks in the European unity project.
The Europeans take another view. Or perhaps it is truer to say the French and the Germans do. The smaller European nations and the Canadians are standing on the sidelines appalled. The British, ambivalent as always about Europe, are talking to both sides. But, as seen from Paris and Bonn, the United States has abandoned co-operation in favour of unilateralism. It has refused to sign treaties, to support the international criminal court, to work in other words for a framework of international laws and institutions. It is run by people who won't listen, who have a primitive view of the world where legitimate objections are dismissed as cowardice.
There are stereotypes on both sides -- the silly American jokes about the French who, it is said wrongly, have never won a battle on their own; the disdainful European dismissal of President Bush as a dumb cowboy. These are sadly important because hurt feelings are part of the explanation as to what has gone wrong. This is, after all, a family fight. And who is going to patch it up? Certainly not the French. The German government, preoccupied with Germany's own difficulties, seems sunk in a helpless passivity. Tony Blair is certainly trying, but is he being heard in Washington? Spokesmen for the Bush administration are making it quite clear that they don't need anyone's advice, thank you very much.
So what happens next? I suspect the transatlantic rift is going to get worse. The Bush people are still furious with the French and, to a lesser extent, the Germans. In Europe there is already some crowing that the United States is making a mess of the peace in Iraq -- but there is also concern that the Americans are now targeting Iran and Syria for regime change. What gets shortchanged is the war on terrorism which surely demands more international co-operation -- not less. Let's hope that the medicinal waters in Evian provide some healing.
Margaret MacMillan is the author of the award-winning Paris 1919: Six Months that Changed the World, and is the provost of the University of Toronto's Trinity College.
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L'écran de fumée
Bernard Descôteaux
LE DEVOIR vendredi 30 mai 2003
Pourquoi donc Jean Chrétien s'est-il payé une autre sortie contre George Bush cette semaine en critiquant ses politiques économiques et fiscales? Au premier abord, on a pu y voir un autre de ces coups de gueule auxquels le premier ministre canadien nous a habitués, mais peut-être ses propos étaient-ils moins spontanés qu'ils le semblaient.
La déclaration faite par le premier ministre aux journalistes qui l'accompagnent dans sa présente tournée européenne relève certainement, pour une part du moins, de la fanfaronnade. On reconnaît le style direct et cru typique à Jean Chrétien qui, au moment où on s'y attend le moins, y va d'une déclaration-choc. Dans le cas actuel, la surprise était d'autant plus grande que, la veille, il avait eu son premier entretien téléphonique avec George Bush depuis le déclenchement de la guerre contre l'Irak.
Sur le moment, la déclaration de M. Chrétien est apparue pour le moins inappropriée. Quoi que l'on prétende à Ottawa, il existe bel et bien un froid entre les gouvernements canadien et américain. Il n'est pas aussi intense que celui qui affecte les relations franco-américaines, mais il y a une tension qui nuit aux bonnes relations entre les deux gouvernements. Pourquoi donc en rajouter ?, s'est-on demandé à Ottawa comme à Washington.
Hier, les propos du premier ministre canadien ont toutefois pris une autre dimension alors qu'on apprenait que le ministre de la Défense, John McCallum, a été autorisé à entreprendre des négociations avec les États-Unis sur la participation canadienne au bouclier antimissiles. Comme l'ont fait tous ses prédécesseurs libéraux avant de se plier aux desiderata américains en matière de défense, M. Chrétien se devait de prendre ses distances par rapport aux États-Unis. L'expression d'un certain antiaméricanisme lui permettait de souligner que c'est à son corps défendant que le Canada finit par se ranger aux côtés de Washington. Les exemples de cela sont nombreux. Rappelons celui des essais de missiles Cruise au-dessus du territoire canadien au début des années 80, essais que le premier ministre Trudeau avait acceptés en laissant par contre ses ministres et ses députés vitupérer contre eux.
Les propos tenus mardi par M. Chrétien participaient donc d'une mise en situation pour la décision à venir sur le bouclier spatial. Il lui fallait créer un écran de fumée servant à atténuer l'impact de cette décision qui allait être mal reçue par les nationalistes canadiens. Cela s'appelle composer avec la réalité géographique du Canada, qui fait qu'en matière de défense, le Canada n'a pas le choix de ses politiques. Comme aime le dire le premier ministre : «Que voulez-vous !»
On peut toutefois se demander si Jean Chrétien n'est pas allé plus loin que nécessaire dans son intervention de mardi. En effet, en condamnant les politiques fiscales et budgétaires auxquelles George Bush a attaché son nom, il s'est trouvé à intervenir dans des questions de politiques intérieures et à appuyer les adversaires de ces politiques. Ce n'était pas loin d'être une attaque personnelle. Déjà, le président a un dossier bien rempli de telles attaques venant de conseillers, de députés et même de ministres de M. Chrétien, et il n'a pu que mal recevoir l'intervention de ce dernier.
Certes, le Canada peut et doit diverger d'opinion avec les États-Unis lorsque nécessaire. Le cas échéant, il ne doit pas craindre de faire vigoureusement état de ces divergences. Entre amis, comme aime à le souligner le premier ministre, on doit tout se dire. Au-delà de la franchise, George Bush voudrait pour sa part que ses amis l'aident ou, tout au moins, qu'ils évitent de lui tirer dans les jambes. Convenons que Jean Chrétien devrait peut-être faire preuve à l'occasion de plus de diplomatie, question de ne pas desservir inutilement les intérêts du Canada -- mais il est évidemment trop tard pour lui inculquer cet art.
bdescoteaux@ledevoir.ca
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SGF: Claude Blanchet refuse le rôle de bouc émissaire«On fait de la politique sur mon dos. Il faut me juger sur ce que j'ai fait et sur mes compétences. Le bilan est sur la table, il faut le regarder.»
Valérie Dufour
LE DEVOIR vendredi 30 mai 2003
Irrité par les critiques et les sous-entendus qui fusent à son endroit depuis quelques jours, l'ex-p.-d.g. de la Société générale de financement (SGF), Claude Blanchet, en a assez d'être le bouc émissaire politique du nouveau gouvernement libéral. Il en a également marre qu'on l'utilise pour faire ombrage à sa conjointe, Pauline Marois.
Claude Blanchet prévoit des mises à pied advenant un changement de mandat de la SGF. «Ça me semble inévitable. [...] Les employés tombent un peu des nues. Plusieurs se cherchent déjà un autre emploi. S’ils n’ont pas de nouvelles bientôt, les meilleurs seront partis dans six mois.»
«On peut attaquer la SGF, mais qu'on regarde le bilan au lieu de seulement dire que ce n'est pas bon parce que deux dossiers d'investissement n'ont pas fonctionné», a déclaré Claude Blanchet lors d'une entrevue. «On fait de la politique sur mon dos. Il faut me juger sur ce que j'ai fait et sur mes compétences. Le bilan est sur la table, il faut le regarder.»
Il s'agissait de la première sortie publique de M. Blanchet depuis son départ de la SGF. Pour ce faire, hier matin, il avait choisi de rencontrer des journalistes de trois quotidiens, dont Le Devoir. Visiblement blessé dans son orgueil, il a fait le tour de son expérience professionnelle avant son arrivée à la SGF pour prouver qu'il n'avait pas été embauché parce qu'il était le mari d'une ministre péquiste.
De son expérience à la firme privée Campeau et à la Société de développement des coopératives jusqu'à ses 13 années et demie à titre de président du Fonds de solidarité de la FTQ, l'ancien dirigeant affirme avoir toujours travaillé pour le développement économique du Québec. «Je suis un bâtisseur d'entreprises collectives.»
Il précise qu'à son arrivée à la SGF, le 7 avril 1997, l'institution était quasi anémique. «De mémoire, il y avait 11 placements et 38 employés. Pour un gars qui venait de monter le Fonds de solidarité, ce n'était pas très très stimulant de s'embarquer dans une affaire comme ça.» Déposant en preuve le bilan de ses cinq premières années de mandat, Claude Blanchet répète que la SGF a, depuis, largement contribué à la santé de l'économie québécoise. «Notre plan de développement a permis d'injecter plus de 10,6 milliards.»
Combien de projets auraient de toute façon vu le jour sans coup de pouce ? Sans l'intervention de la SGF, on peut oublier tous les projets greenfield, clame-t-il. «On parle ici de 36 projets [soit 16 % du lot], de 45 % des mises de fonds pour un total de 4,7 milliards. Et ça, c'est surtout des jobs qui n'existeraient pas.»
Des erreurs
Claude Blanchet ne cache pas qu'il a aussi commis des erreurs. Il est vrai qu'il aurait préféré ne pas inscrire un Métaforia ou un Magnola à sa feuille de route. Il ajoute cependant que son bulletin comprend de très bonnes notes comme Interquisa, Gaspésia et DSM. «Sur 220 projets, il y en a peut-être une dizaine qui ont foiré. Je crois qu'on a une bonne moyenne au bâton.»
Il défend d'ailleurs la participation de la SGF avec Noranda dans l'usine Magnola, participation qui transformera l'encre noire de ses états financiers 2002 en encre rouge. «Quand je suis entré en poste, le dossier était très avancé. J'aurais pu changer la décision, mais tous les fondamentaux pointaient dans la bonne direction. [...] On n'a pas vu arriver les Chinois. Noranda non plus», tonne-t-il en lançant la circulaire des actionnaires de Noranda sur la table. «Regardez, ils ont inscrit des pertes de 700 millions et tous les dirigeants ont reçu des bonis.»
Quant aux critiques au sujet de l'interventionnisme trop prononcé de l'État en économie qu'incarnerait la SGF, M. Blanchet rappelle que le bras industriel de l'État n'a jamais pris la place du secteur privé. «On aide les entreprises dans le sens où on facilite la prise de décision de venir s'installer au Québec. On diminue leur risque. Comment ? En prenant de l'équité. Mais nous sommes toujours minoritaires. Nous ne dirigeons pas les entreprises.»
Et nous sommes suffisamment en concurrence avec d'autres pays à travers le monde pour savoir qu'il est absolument essentiel d'avoir des outils de développement, reprend Claude Blanchet. «Surtout que nous, au Québec, on a un petit facteur qui s'appelle la langue et la culture. Si je suis un Japonais, un Allemand ou même un Français, pourquoi j'irais m'implanter dans une place où six millions et quelques personnes parlent français alors que l'économie se déroule en anglais ?»
Pertes d'emploi
Pour M. Blanchet, la partie prospection de la SGF est donc essentielle. «On a quelque chose à vendre et on ne peut pas rester dans nos bureaux en se disant que les gens vont venir découvrir le Canada comme Jacques Cartier l'a fait.»
Il a d'ailleurs beaucoup de difficulté à comprendre les objectifs du nouveau gouvernement en ce qui a trait à la SGF. «Quand j'entends le ministre [Michel Audet] dire qu'il ne mettra plus une cenne, ça me laisse perplexe. J'espère qu'ils vont voir que, fondamentalement, la SGF n'est pas une patente à subventions.» M. Blanchet ajoute que la masse salariale représente 1,5 % de son budget d'exploitation. «Ce n'est pas cher pour aller chercher des investissements et des retombées fiscales.»
Comme près de 80 % du personnel de la boîte de 250 employés fait de la prospection, M. Blanchet prévoit des mises à pied advenant un changement de mandat. «Ça me semble inévitable. [...] Les employés tombent un peu des nues. Plusieurs se cherchent déjà un autre emploi. S'ils n'ont pas de nouvelles bientôt, les meilleurs seront partis dans six mois.»
Entre-temps, Claude Blanchet ignore ce que demain lui apportera. Il doute fort de reprendre le travail avant l'automne, profitant de sa liberté retrouvée pour faire des travaux forestiers sur son terrain de 50 acres à l'île Bizard. «Être dans la nature, c'est extraordinaire», souligne-t-il.
Chose certaine, il fait une croix sur un poste lié de près ou de loin au gouvernement. «Je ne prendrai plus de job comme ça, tranche-t-il. J'ai beaucoup hésité avant d'accepter le poste à cause de la proximité du politique et parce que ma femme était en politique même si, à l'époque, elle était très loin des dossiers économiques [elle était ministre de l'Éducation]. C'est Lucien Bouchard qui m'avait convaincu.»
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Blair traité de menteur La controverse sur les armes prohibées reprend de plus belle
Jooneed Khan, Isabelle Hachey
La Presse vendredi 30 mai 2003
L'administration Bush a mis l'accent "pour des raisons bureaucratiques" sur la menace d'armes de destruction massive ( ADM ) pour justifier la guerre contre l'Irak, a admis hier le No 2 du Pentagone, Paul Wolfowitz, ravivant les critiques à Washington, et renforçant les pressions sur le gouvernement Blair, à Londres, accusé d'avoir "menti au Parlement et aux Britanniques" sur cette question.
La controverse, alimentée également de sources britanniques, a assombri la visite de cinq heures que le premier ministre de la Grande-Bretagne, Tony Blair, a effectuée hier en Irak. Allié principal de Bush dans la guerre et premier dirigeant occidental à visiter le pays depuis le renversement du régime baasiste, il a rencontré les responsables de l'occupation, l'Américain Paul Bremer et le Britannique John Sawers.
Il a aussi inspecté une école primaire où des élèves lui ont remis des fleurs et chanté des comptines. Le clou de sa tournée a été une rencontre avec 400 soldats britanniques réunis devant un ex-palais de Saddam Hussein. Il les a remerciés et félicités pour avoir "débarrassé l'Irak de Saddam". Il a visité le port voisin d'Oum Qasr avant de regagner le Koweït à bord d'un avion militaire.
À Londres, la BBC a rapporté hier, citant un haut responsable non identifié, que la "preuve" de 55 pages présentée le 24 septembre dernier par Blair aux Communes "avait été réécrite sur ordre de Downing Street pour rendre le dossier plus sexy et pour mieux vendre la guerre à une opinion réticente et aux élus travaillistes qui y étaient hostiles".
C'est ainsi que s'y est glissée l'affirmation suivante: "Saddam a la capacité d'activer ses armes biologiques et chimiques dans un délai de 45 minutes." L'affirmation n'était pas fiable car elle provenait d'une seule source, a dit l'informateur de la BBC. David Ingram, ministre de la Défense, a nié que Downing Street ait réclamé la réécriture du dossier, mais il a admis que cet élément n'avait été corroboré par aucune autre source.
"On nous a dit que Saddam pouvait activer ses armes en 45 minutes. Voilà 45 jours que la guerre est finie et on n'a rien trouvé", a tranché Robin Cook, ancien ministre qui a démissionné en opposition à la guerre.
"Je crois que le premier ministre nous a menti, encore et encore", a renchéri Tony Benn, emblème de la gauche. "Toute cette guerre a été basée sur des mensonges, je pense que cela va entraîner des dégâts à long terme pour la démocratie britannique", a-t-il dit à une radio londonienne.
La crédibilité de Blair est en jeu, une fois de plus. "Tout cela est extrêmement dangereux pour Blair", a dit le député travailliste Peter Kilfoyle, qui déposera une motion exigeant des preuves de l'existence des armes interdites. La Chambre des communes, qui attend Blair de pied ferme mardi, "a peut-être été induite en erreur", a estimé Kilfoyle.
Dans l'avion qui l'emmenait au Koweït, Blair a réitéré que les ADM irakiennes existent et affirmé que le temps lui donnera raison. Mais il s'efforce déjà de convaincre le public que la brutalité du régime baasiste était une raison suffisante pour le renverser- ce qu'il a fait hier dans son discours de Bassora en soulignant devant les militaires "l'importance historique de la chute de Saddam" pour la région et pour le monde.
Le glissement a commencé mardi avec Donald Rumsfeld, chef du Pentagone, qui a dit, pour la première fois, "ne pas comprendre ce qui s'est passé", ajoutant que les Irakiens "ont peut-être décidé de détruire leurs armes de destruction massive avant la guerre". Il a demandé à la CIA d'enquêter sur les renseignements disponibles avant la guerre et qui ont alimenté le discours officiel.
La bombe de son adjoint, Paul Wolfowitz, est lancée dans un long reportage du magazine Vanity Fair à paraître mercredi et intitulé Le cercle pensant de Bush, consacré à la "junte intellectuelle" de "faucons néo-conservateurs" de l'administration des États-Unis.
"Pour des raisons bureaucratiques, nous nous sommes entendus sur une question, les armes de destruction massive, parce que c'était la seule raison sur laquelle tout le monde pouvait tomber d'accord", dit Wolfowitz. Il y ajoute une autre raison, difficile à évaluer après le fait: "le renversement de Saddam permettait aux États-Unis de retirer leurs troupes d'Arabie Saoudite", satisfaisant ainsi un grief du groupe terroriste Al-Qaeda.
Comme Blair, Bush a insisté sur le fait que les ADM irakiennes existent. "Leur existence a été vérifiée, mais on ne les pas encore trouvées", a dit hier son porte-parole Ari Fleischer. Celui-ci a évoqué la découverte de deux "laboratoires mobiles", des camions équipés de cuves de fermentation. Les agents américains n'y ont rien trouvé d'incriminant et ont dit ne pas être sûrs que ces véhicules aient servi à fabriquer des armes illégales.
La polémique à Washington n'a pas rejoint en intensité celle de Londres. Le sénateur démocrate Robert Byrd, opposé à la guerre, a ironisé que "les experts ont trouvé des engrais, des aspirateurs, des armes conventionnelles et des piscines creusées" en Irak.
Peter Goss, républicain qui préside le Comité du renseignement de la Chambre, a estimé qu'"il nous faut savoir à quel point nos renseignements étaient fiables". Sa collègue démocrate, Jane Harman, a déclaré: "Le monde attend une explication et nous n'avons pas trouvé grand-chose."
Autre détail signalé hier par le réseau CBS: le bunker présumé de Saddam Hussein, anéanti par quatre bombes de 900 kg chacune le 20 mars pour "décapiter le régime", n'a jamais existé. Le lieu a été inspecté trois fois, et "les agents n'ont trouvé aucune trace de bunker ni de corps, seulement les cratères des bombes", précise CBS.
La polémique éclate sur fond de résistance croissante des Irakiens à l'occupation. Vingt soldats américains ont été tués dans des combats ou des accidents depuis que Bush a annoncé, le 1er mai, la fin des combats en Irak. Un GI a été tué hier quand son convoi au nord de Bagdad a été pris sous des feux inconnus.
"La guerre n'est pas finie", a averti le général David McKiernan, qui a mis ces attaques au compte de "bandits de l'ancien régime", niant l'existence d'un "nouveau mouvement hostile en Irak". Il a annoncé l'envoi de renforts dans l'ouest du pays "pour nettoyer les poches de résistance".
La mise au jour de charniers des victimes de l'ancien régime continue, avec l'exhumation hier de quelque 200 corps d'hommes, de femmes et d'enfants près de Najaf. Des chiites manifestaient en même temps à Bagdad, accusant les troupes américaines d'avoir saccagé leur Hawza à Najaf, haut lieu de la jurisprudence chiite en Irak.
À Hit, dans le centre du pays, des citoyens en colère ont contraint l'armée américaine et la police supplétive à évacuer la ville après avoir attaqué à la roquette le centre de police. "Ils ont perquisitionné dans nos maisons avec brutalité. Nous ne voulons plus de police ni de conseil municipal non élu", a déclaré un résidant, Ahmad Gharbi.
Autre point chaud: Samarra, dans le centre de l'Irak, où le Centre de commandement enquête sur la mort suspecte de quatre jeunes Irakiens lundi soir. Les soldats affirment qu'ils ont tiré sur eux, mais les résidants soutiennent qu'ils s'en allaient à un mariage et tiraient en l'air, selon la coutume irakienne. Nouvel incident mercredi: deux civils irakiens ont été tués et deux autres blessés par des soldats qui disent qu'ils fonçaient sur eux en voiture.
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Armes de destruction massive: Tony Blair outré des accusations
SRC vendredi 30 mai 2003
Le premier ministre Tony Blair s'est insurgé, vendredi, contre les accusations selon lesquelles il aurait demandé aux services de renseignement britanniques de fabriquer des preuves sur les armes de destruction massive irakiennes pour justifier la guerre contre le régime de Saddam Hussein.
«L'idée selon laquelle nous avons autorisé ou contraint nos services de renseignement à fabriquer des preuves est complètement grotesque», s'est indigné Tony Blair, avant d'ajouter que «les armes de destruction massive de Saddam Hussein ne sont pas une invention des services de sécurité britanniques».
Citant un haut responsable britannique sous le couvert de l'anonymat, la BBC affirmait, jeudi, que le bureau du premier ministre a ordonné la réécriture, une semaine avant qu'il ne soit rendu public, d'un dossier des services de renseignement incriminant l'Irak.
Comme le soutient la BBC, Tony Blair aurait fait pression sur ses services de renseignements pour que le rapport soit plus «sexy». Selon ce document utilisé par Blair comme preuve de la menace du régime de Saddam Hussein, l'Irak avait la capacité de déclencher une attaque avec des armes de destruction massive en 45 minutes.
Le haut responsable cité par la BBC, quant à lui, soutient que «cette information n'était pas dans la version initiale du dossier. Elle a été ajoutée contre notre avis parce qu'elle n'était pas fiable».
Mercredi, l'ancien ministre britannique des Affaires étrangères, Robin Cook, ouvertement hostile à la guerre contre l'Irak, suggérait la création d'une enquête parlementaire sur les allégations du gouvernement selon lesquelles le régime irakien était en possession d'armes de destruction massive, allégations qui ont servi à obtenir le vote du parlement en faveur des hostilités.
«La guerre avait été vendue sur la base de ce qui avait été décrit comme une attaque préventive», a soutenu Robin Cook, avant d'ajouter en substance qu'«il est désormais clair que Saddam Hussein n'avait rien qui puisse lui permettre de nous attaquer le premier».
Le dossier des armes de destruction massive irakiennes a refait surface plus tôt cette semaine, la CIA ayant reconnu être incapable, malgré une recherche intensive sur le terrain, de retrouver la moindre preuve concrète de l'existence de ces armes. Les déclarations du secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, qui mentionnait la possibilité que les Irakiens aient pu détruire leurs armes prohibées avant l'intervention américano-britannique et de son adjoint, Paul Wolfowitz, selon lequel l'accent a été mis sur les armes de destruction massive uniquement dans un but «bureaucratique», ont choqué une partie de la communauté internationale qui s'impatiente devant l'absence de preuves, sept semaines après la fin du conflit.
Une lune de miel polonaise
Par ailleurs, dans un discours prononcé vendredi à Varsovie, en Pologne, Tony Blair s'est adressé aux Européens pour les inviter à taire leurs divergences avec les États-Unis sur l'Irak et à travailler conjointement pour faire du monde un endroit exempt de terrorisme et d'armes de destruction massive.
«Le moment est venu soit de se réconcilier, soit de se perdre de vue», a-t-il déclaré, tout en remerciant son homologue polonais, le premier ministre Leszek Miller, du soutien à la coalition américano-britannique lors de la guerre en Irak.
Le président américain, George W. Bush, se rend lui aussi en Pologne vendredi pour remercier ce nouvel allié qui a été présenté par Washington comme un membre de la «nouvelle Europe».
Le thème européen est aussi au coeur de l'actualité en Pologne alors que la population sera invitée, en juin prochain, à décider, par référendum, de l'adhésion ou non de leur pays à l'Union européenne en 2004. Enjoignant les Polonais à rejoindre l'Union européenne, Tony Blair a déclaré que «le sentiment anti-européen n'est pas du patriotisme. C'est une illusion démodée», ajoutant que «l'Europe n'est pas une menace. C'est une occasion pour vous. Rester en dehors ne serait pas un signe de la puissance polonaise. Cela affaiblirait la Pologne».
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Le bunker de Saddam Hussein n'existait pas
AFP - LE DEVOIR vendredi 30 mai 2003
Washington - Le bunker présumé de Saddam Hussein, bombardé le 20 mars au tout début de la guerre contre l'Irak, n'a jamais existé, a affirmé hier la chaîne de télévision américaine CBS.
Les équipes américaines ayant fouillé le site bombardé, à Dora Farms, dans le sud de Bagdad, n'ont trouvé aucune trace de bunker ni de corps, a ajouté la chaîne.
«Quand nous sommes arrivés là-bas, la première chose que nous cherchions était une installation souterraine ou des corps», a-t-elle précisé, citant le chef de l'équipe de recherches, le colonel Tim Madere. «Et, grosso modo, ce que nus avons vu, ce sont d'énormes trous. Aucune installation souterraine, aucun corps.»
CBS, qui assure avoir été le premier média à se rendre à Dora Farms, a indiqué que tout y avait été détruit, à l'exception du palais principal.
Quatre bombes
Le site a été inspecté trois fois, deux par l'équipe du colonel Madere et une fois par l'agence centrale de renseignement américaine (CIA), à la recherche de traces d'ADN permettant de dire que l'ex-président d'Irak avait été tué.
L'armée de l'air américaine avait lâché quatre bombes de 900 kilos sur le site le 20 mars à la suite d'un renseignement y faisant état de la présence de Saddam Hussein. Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, avait assuré par la suite que ce bombardement avait été couronné de succès.
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Wolfowitz fait d'étonnantes confidencesLa menace des armes de destruction massive en Irak a été mise en avant par choix politique, dit à Vanity Fair le numéro deux du Pentagone
AFP - LE DEVOIR vendredi 30 mai 2003
Washington - La décision de l'administration Bush de mettre l'accent sur la menace des armes de destruction massive (ADM) pour justifier une guerre en Irak a été prise pour des «raisons bureaucratiques», reconnaît le numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz, dans une entrevue au magazine Vanity Fair dans sa parution d'hier.
«Pour des raisons bureaucratiques, nous nous sommes entendus sur une question, les armes de destruction massive, parce que c'était la seule raison sur laquelle tout le monde pouvait tomber d'accord», y affirme le secrétaire adjoint du Pentagone, Paul Wolfowitz. Selon Vanity Fair, comme le reconnaît M. Wolfowitz et contrairement à ce que dit la Maison-Blanche, les stocks supposés d'ADM en Irak n'ont jamais été la raison la plus pressante pour déclencher une guerre préventive en Irak, mais celle-ci a été retenue commodément en raison de divergences au sein de l'administration républicaine.
Il y a eu une autre raison à l'invasion de l'Irak, avance M. Wolfowitz, une raison «passée presque inaperçue mais énorme» : un renversement de Saddam Hussein permettait aux États-Unis de retirer leurs troupes d'Arabie Saoudite, une présence qui constitue l'une des principaux griefs du réseau terroriste al-Qaïda. «Le simple fait d'enlever ce fardeau des Saoudiens va en soi ouvrir la porte» à un Proche-Orient plus pacifique, confie ainsi le secrétaire adjoint à la Défense.
Ces étonnantes confidences du numéro deux du Pentagone paraissent dans un long article («Le cercle pensant de Bush») consacré par Vanity Fair à la «junte intellectuelle» des «faucons» néoconservateurs évoluant dans l'entourage du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld.
Les déclarations de M. Wolfowitz semblent illustrer la volonté très nette de l'administration Bush de minimiser la question des ADM, même si le Pentagone, qui a décidé d'envoyer sur place une équipe spéciale de 1400 hommes, continue d'affirmer que leur quête en Irak reste une priorité.
Mais sept semaines après la fin de la guerre, aucune arme de destruction massive n'y a été trouvée et aucune preuve n'a été établie de liens entre le régime de Saddam Hussein et le réseau terroriste al-Qaïda, deux des principales justifications avancées publiquement par Washington et Londres pour déclencher une guerre préventive.
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Finances publiques: Charest persiste et signe : "Un passage obligé pour amener les changements promis"
Pascale Breton, Mario Cloutier
La Presse vendredi 30 mai 2003
Québec - Le climat d'incertitude qui précède le dépôt du premier budget Séguin est un passage obligé pour amener les changements promis, affirme le premier ministre.
Réunis en caucus à Québec, hier, les 76 députés libéraux ont discuté de la reprise des travaux parlementaires, mardi prochain. Le premier ministre Jean Charest et le ministre des Finances Yves Séguin ont profité de l'occasion pour rappeler que l'impasse budgétaire de 4,3 milliards à laquelle le gouvernement du Québec fait face est bien réelle, se défendant d'agiter un épouvantail.
"Nous sommes dans une situation où nous avons une impasse budgétaire de 4,3 milliards que nous laisse M. Landry: un dégât. Nous allons nettoyer ça, nous allons équilibrer le budget, stabiliser la situation et, ensuite, nous allons livrer exactement dans les échéanciers le programme sur lequel nous nous sommes engagés", a indiqué le premier ministre.
Se disant conscient du climat d'incertitude qui règne actuellement dans plusieurs secteurs, notamment celui des centres de la petite enfance, M. Charest a souligné que cette "période de flottement" qui a cours jusqu'au dépôt du budget est un passage obligé.
"C'est la conséquence logique, inévitable, incontournable, de ce que nous sommes appelés à vivre. Nous avons reçu un mandat très clair le 14 avril de faire ce que nous sommes en train de faire et il y aura inévitablement des changements", a déclaré le premier ministre.
Plus tôt dans la journée, le ministre des Finances s'était également montré intraitable. La situation doit être clarifiée et rééquilibrée, il en va de la crédibilité du Québec sur les marchés étrangers et auprès des agences de crédit, a affirmé Yves Séguin.
"Ça fait bien des années qu'on reproche au budget d'être un peu ésotérique et rempli de toutes sortes d'hypothèses. Moi, j'ai décidé qu'on aurait un budget, un vrai, clair, honnête et crédible. C'est difficile. J'ai quatre milliards et ce n'est pas une chanson."
Il n'est pas question que son gouvernement fasse naître de faux espoirs en démontrant un optimisme de mauvais aloi comme l'a fait Pauline Marois en mars, a ajouté le ministre libéral. "S'il fallait que je présente un budget optimiste, mais que, dans le cours de l'année, ça ne se produise pas, je reviendrais au mois de mars prochain avec une année difficile et une crédibilité zéro", a-t-il dit.
Du même souffle, le ministre Séguin a accru la pression sur le gouvernement fédéral et son homologue John Manley. Québec souffre d'un manque à gagner d'un milliard en provenance d'Ottawa en raison du dernier recensement de Statistique Canada. Si le fédéral ne rectifie pas le tir, des compressions majeures seront au programme, mais aussi une querelle avec Ottawa. Après un milliard cette année, le manque à gagner venant d'Ottawa sera additionné d'impacts annuels de 100 à 200 millions, estime le ministre Séguin qui a exprimé des craintes pour les cinq prochaines années.
"Si on le regarde sur les prochaines années, puisqu'il y a récurrence dans la baisse, ça nous affecte beaucoup et ça va devenir un litige important avec le fédéral. C'est clair. On parle d'une somme colossale."
En attendant le dépôt du budget- les dates du 17 et du 19 juin circulent-, la tourmente et l'inquiétude se font par ailleurs sentir dans le réseau des centres de la petite enfance.
Tourmente dans les garderies
La question du financement se pose, a prévenu M. Charest hier en demeurant très évasif sur le revenu annuel à partir duquel les familles pourraient être touchées. "Il s'agit d'un programme qui aura été populaire, mais où il y a des lacunes très importantes. Sur les questions du financement, nous n'avons pas été les premiers à poser des questions. Déjà, en novembre et décembre 2001, le gouvernement du PQ s'est posé les mêmes questions", a lancé le premier ministre en rappelant que l'ancien gouvernement avait songé hausser le tarif de 5 $ par jour.
La nouvelle session, qui amènera donc le dépôt d'un budget qui veut clarifier l'état des finances du Québec et des compressions à venir, débute mardi prochain. Il y a aura élection d'un nouveau président à l'Assemblée nationale et, le lendemain, le premier ministre prononcera son discours inaugural.
À compter du 5 juin, les travaux reprendront normalement pour la durée de cette session intensive qui sera ajournée le 23 juin. Outre le dépôt du budget et des crédits, le ministre des Affaires municipales doit déposer son projet de loi sur les défusions et le ministre de la Justice, un projet de loi en matière de justice administrative.
Les députés devront toutefois revenir au Parlement entre le 2 et le 17 juillet pour l'étude des crédits en commission parlementaire. Le premier ministre aura ensuite le loisir de convoquer une séance extraordinaire pour procéder à l'adoption de ces crédits.
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Un Québec flou pour ses enfants
Vincent Marissal
La Presse vendredi 30 mai 2003
Il y a quelques années, le magazine L'actualité avait provoqué toute une controverse au Québec en demandant dans l'un de ses numéros: combien coûte un enfant à ses parents?
Les enfants sont un investissement dans l'avenir, pas une dépense, s'étaient indignés bon nombre de lecteurs, jugeant incongru de mettre un prix sur notre progéniture.
À peine arrivés au pouvoir au terme d'une campagne électorale qui aura célébré plus que jamais les vertus de la famille, les libéraux de Jean Charest versent eux aussi dans les évaluations comptables de la petite enfance. Conclusions: les enfants coûtent trop cher à l'État.
Pourtant, il y a moins de deux mois, pendant la campagne électorale, les enfants étaient rois et la famille, sacrée. Le thème de la famille crevait les écrans radars des trois partis. Au départ, ce devait être la pierre angulaire de la campagne de l'ADQ, mais le parti de Mario Dumont se l'est fait piquer par de plus habiles stratèges du Parti québécois.
Pour ne pas être en reste, Jean Charest, lui-même père de trois enfants, a aussi vanté la famille, allant jusqu'à laisser entendre qu'il pourrait reprendre l'idée de la semaine de quatre jours du PQ une fois au pouvoir. Quant aux garderies à 5 $ par jour, les libéraux avaient promis de préserver le réseau mis sur pied par le régime précédent.
Que reste-t-il de ces beaux discours? Pas grand-chose et on dirait bien que le gouvernement libéral s'apprête à jeter le bébé avec l'eau du bain.
Que le nouveau gouvernement veuille revoir le fonctionnement et le financement du réseau des centres de la petite enfance, ce n'est pas une mauvaise initiative en soi. Mais le faire en trois semaines dans la précipitation prébudgétaire dans le seul but de récupérer immédiatement quelques dizaines de millions (sur un budget total de 45 milliards du gouvernement du Québec), risque d'annihiler des années d'effort pour construire un réseau crucial pour les familles du Québec.
Et pour quoi faire? Pour gratter les fonds de tiroirs des finances publiques afin de respecter la promesse électorale de diminuer les impôts des particuliers d'un milliard par année pendant cinq ans. Mais à quoi bon donner d'une main une baisse d'impôts que l'on ira récupérer sur-le-champ de l'autre main en augmentant les frais de garde? Tout en compliquant encore un peu la fiscalité des familles, ce qui va à l'encontre d'une autre promesse des libéraux.
Le ministre Claude Béchard aurait intérêt à y penser à deux fois avant de démonter un système qui commence à peine à donner des résultats après des années de cafouillage.
Sans doute, les péquistes ont-ils péché par manque de planification en ne prévoyant pas l'engouement pour les places à 5 $. Sans doute (faites un sondage dans votre entourage), les parents qui en ont les moyens seraient-ils majoritairement prêts à payer davantage si cela assure le développement et la pérennité du réseau des centres de la petite enfance.
Après tout, qui a dit que la contribution des parents devait rester à 5 $ par jour ad vitam aeternam, quand on sait qu'il en coûte en réalité entre 30 et 35 $ par enfant par jour en garderie? De toute façon, bon nombre de parents payent déjà plus de 5 $ dans les CPE (1 $ de plus pour les couches, 1 $ de plus pour les activités, 2 $ de plus pour les sorties spéciales, etc.).
Les libéraux pourraient, par exemple, augmenter graduellement la contribution des parents de 5 $ à 8 $ sur trois ans sans risquer de provoquer une révolte des poussettes. À condition que la démarche soit menée de concert avec le milieu et les parents.
Dans les centres de la petite enfance cette semaine, le découragement se lisait sur le visage de toutes les éducatrices. Celles-ci s'inquiètent avec raison du développement du réseau. Elles craignent aussi de ne jamais voir les fruits des longues négociations sur l'équité salariale.
Comment, en effet, demander dans quelques mois aux parents de payer encore davantage, eux qui verront vraisemblablement leur contribution quotidienne augmenter dans les prochaines semaines?
"Souhaitons que ce ne soit qu'un ballon d'essai du nouveau gouvernement pour voir comment le milieu et les parents réagiront, dit la directrice adjointe d'un CPE du centre-ville de Montréal. Mais le gouvernement semble vouloir le faire. On sait bien, les services de garde sont toujours les enfants pauvres de toute façon."
Sur le visage des parents, c'est plutôt la colère qu'on pouvait lire mercredi matin à travers les frimousses enjouées des enfants.
Après s'être fait chanter la pomme pendant la campagne électorale, les parents ne peuvent être insensibles à l'ironie de la situation. Après cette explosion d'amour printanière envers les familles, qui vise-t-on en premier quand vient le temps des compressions? Eh oui! la famille.
Mais les parents connaissent la chanson, ce n'est pas la première fois que la famille sert de chair à canon électoral. Au fédéral, ça fait 10 ans que les libéraux de Jean Chrétien traînent dans leurs trois livres rouges successifs la promesse de mettre sur pied un réseau national de garderies. À défaut d'empiéter sur cet autre champ de compétence provincial, Ottawa aurait pu envoyer l'argent aux provinces, ce qu'il n'a fait qu'en partie. Le précédent gouvernement conservateur n'a pas fait mieux, malgré des années de promesses électorales.
Les enfants, c'est un air connu, sont toujours considérés comme "la plus grande richesse de la société" pendant les campagnes électorales, pour redevenir une très lourde dépense pour l'État une fois passé le scrutin.
Question de point de vue. Nos gouvernements trouvent que les enfants coûtent trop cher. L'immense majorité des parents pensent au contraire que c'est payant pour une société de s'occuper de ses enfants dès le plus jeune âge.
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Blanchet settlement is way out of line
JOSEE LEGAULT
The Montréal Gazette Friday, May 30, 2003
Before Jean Charest's government started throwing around an array of worrisome, pre-budget rumours as to what services could or would be cut, it did a bit of spring cleaning at the top of the Société générale de financement.
While young families are busy wondering about the fate of $5-a- day day care and people on social assistance have been put on standby as potential victims of the coming budget cuts, the former president of the SGF, Claude Blanchet, has little to worry about. Last week, the Liberal government fired him. But it did it with a velvet glove.
Still, last Friday, opposition leader and former premier Bernard Landry was livid about it. He criticized the "unjust" manner in which he thought Blanchet was treated.
"This was done without dignity," he said. "Have we returned to the spoils system that we had before the Quiet Revolution?" Landry asked rhetorically. He also referred to the nicer way in which he treated Blanchet's predecessor, Marc Fortier, leaving him in place for three years after the PQ took power in 1994.
"Go ask Mr. Fortier if I treated him like a scoundrel." Like a scoundrel?
The fact is that after days of discussions with the new government regarding the conditions of his departure that he had negotiated with the previous Parti Québécois government, the 56-year-old Blanchet left a very, very happy man. The night before Landry spoke out, Blanchet gave an interview to TQS. He was wearing a huge smile and said that he had no worries whatsoever about his future. And here's why.
Blanchet will be receiving one full year of salary: $257,500, plus an $18,000 bonus and an annual lifelong pension of $80,000 - that's $33,000 more a year than the previous government had agreed to. In exchange for this increase, he forewent $234,000 that combined his three-month notice and another generous bonus that went with the cancellation of his contract.
That's a pretty nifty package that could amount to close to $1,25 million. Ordinary workers who get laid off should be so lucky as to be treated like that particular kind of "scoundrel." But what's specifically shocking in the case of Claude Blanchet, or what adds insult to injury for the average taxpayer, is that he is already a millionaire. It's not as if he needs that pension to feed his children or pay the rent.
But Blanchet's personal comfy finances aside, the problem is that his case is no exception. This practice is common among the top administrators of state corporations. And this practice should be stopped. These people who walk away with extremely generous severance packages should not also receive a lifelong pension, at least not one which is higher than the one they and their employer - the government - contributed to while they were employed.
Why? Because these top administrators worked for the public sector, not the private one. And in the public sector, symbols matter, ethics matter. Or they're supposed to anyway. At the end of the day, this is a question of principle. These lifelong pensions for a few years of work come from the money of taxpayers, of citizens, of voters. It comes from the public purse, our purse. And it deserves respect.
This is also a question of social equity. Most people who contribute to a pension fund for a limited number of years can either withdraw the accumulated amount or choose a pension payments on retirement. Why should administrators of government corporations be treated differently?
Lastly, there's a reality factor. Be they millionaires or not, these people arrive at those positions at a time in their career when they've already had a number of increasingly high-paying jobs. Once they leave their position at the top of a government corporation, they not only go with a hefty severance pay and other benefits, they usually move on to another high-paying position either in government or the even more lucrative private sector. As people live longer, especially the well-off, they will put in more years of well-paid work than ever before.They are not left wanting.
Claude Blanchet could set an interesting example by giving back whatever amount of his pension that he didn't contribute to it while he was at the SGF. Anyone else who wants to do that, by the way, is more than welcome.
As for the Liberal government, it should move to restore equity and justice in the termination of other contracts with top civil servants and leaders of government corporations.
It's a question of respect for us, the citizens.
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Claude Blanchet sort de sa réserve ; "On fait un peu de politique sur mon dos"
Stéphane Paquet
Le Soleil vendredi 30 mai 2003
Montréal - Sortant de la réserve qu'il s'était imposée depuis son renvoi de la SGF, Claude Blanchet tente de redorer son image passablement malmenée ces dernières semaines. "Jugez-moi sur mon bilan, dit-il, pas sur le fait que je suis le conjoint de Pauline Marois."
"On semble relier beaucoup à Pauline Marois les affaires (de la SGF), alors que moi, j'ai été engagé pour ce que j'étais", lance Claude Blanchet, devant quatre journalistes qu'il avait invités. De toute évidence, l'ancien patron de la puissante Société générale de financement n'apprécie guère les critiques des dernières semaines sur sa gestion de la Société et les liens faits avec sa conjointe.
"On ose quasiment dire que c'est parce que je suis le mari de Pauline Marois que j'étais à la SGF", commente d'entrée de jeu Claude Blanchet. "Je pense, ajoute-t-il plus tard, que Mme (Marie-Josée) Nadeau qui est à Hydro-Québec (vice-présidente aux communications) ne pense pas, elle, qu'elle est là parce que son mari est ministre des Finances." Mme Nadeau est la conjointe d'Yves Séguin.
Et il poursuit, rappelant les grandes lignes de son CV, comme s'il se retrouvait soudain devant de potentiels employeurs : neuf ans avec Jean Campeau, grand patron de la Société de développement des coopératives, puis président fondateur du Fonds de solidarité de la FTQ. "Quand je suis parti, ça valait à peu près trois milliards de dollars !"
Trois milliards, c'est également le total des investissements qu'a faits la SGF avec ses partenaires l'an passé au Québec, une somme trop élevée au goût du nouveau gouvernement, qui veut réduire le rôle de la SGF. "Je pense qu'ils devraient y penser deux fois avant de mettre la hache là-dedans", avertit Claude Blanchet.
Au nouveau ministre Michel Audet, responsable de la SGF, qui affirme ne pas vouloir "pomper 300, 400, 500 millions $ par année" dans la société d'État, M. Blanchet réplique qu'il s'agit plutôt d'une moyenne de 200 millions $ pour les cinq prochaines années qu'il a demandés pour générer, espérait-il, des investissements de 12,5 milliards $. Avec des partenaires privés qui sont toujours majoritaires, précise-t-il, comme s'il donnait un cours de SGF 101 (voir l'autre texte sur le bilan de la SGF en C 1).
Avant de passer à la SGF en 1997, il a longtemps hésité, dit-il, à cause de la "proximité politique". Pauline Marois était déjà au gouvernement. C'est finalement le premier ministre Lucien Bouchard qui l'a convaincu. "Je pensais qu'on était dans une société où on pouvait faire la différence entre les conjoints."
Au lieu de faire cette différence, "on fait un peu de politique sur mon dos", dit-il, craignant sans doute que les attaques contre lui aient des répercussions négatives pour Mme Marois, elle qui tentera éventuellement de succéder à Bernard Landry.
La retraite
Et les manchettes, les caricatures et les éditoriaux sur sa retraite de 80 000 $ par année à vie ne sont pas le type d'éléments susceptibles d'aider une conjointe politicienne. Si son contrat comptait une prime de séparation de deux années en cas de résiliation, c'est "pour avoir une certaine distance par rapport au politique". Il a d'ailleurs abandonné une de ces deux années, comme le stipulait le communiqué du cabinet de Jean Charest annonçant son départ.
Claude Blanchet s'explique mal aussi comment le nouveau ministre Audet a pu laisser entendre qu'il n'était pas au courant que la SGF allait annoncer un investissement conjoint avec DSM Biologics à Montréal, la dernière annonce de la Société générale de financement sous la gouverne de Claude Blanchet.
Selon lui, c'est faux : le bureau du ministre avait été informé. "On a voulu faire croire, peut-être, que je voulais agresser le nouveau gouvernement."
Selon Claude Blanchet, il y avait eu communication entre son bureau et celui du ministre parce que la SGF voulait savoir si le nouvel élu voulait ajouter un mot dans le communiqué officiel. La réponse est venue, disant que tout était correct, soutient celui qui allait perdre son boulot dans les jours suivants. "On a des preuves écrites."
Aujourd'hui, Claude Blanchet demeure peu loquace sur ce qu'il entend faire dans l'avenir. Il dit avoir reçu des offres, mais se contente pour l'instant de travailler sur sa terre à bois. Une chose est sûre : "Je ne prendrai plus de job comme ça", laisse-t-il tomber. De toute évidence, une carrière publique par famille, ça lui suffit.
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Budget : Yves Séguin dit avoir trouvé d'autres anomalies
Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 30 mai 2003
Québec - Le ministre des Finances, Yves Séguin, a révélé hier qu'un chapitre complet du budget qu'il déposera à la mi-juin portera sur la façon qu'avait le gouvernement péquiste de traiter des immobilisations et de la dette, illustrant un phénomène de mauvaise gestion qui va au delà du rapport Breton.
«On va rendre compte d'un phénomène aux immobilisations qui fait partie de la mauvaise "gouvernance"» de l'ancien gouvernement, a indiqué Yves Séguin hier.
«Au delà du rapport Breton, on va rendre public un certain nombre de choses qui vont illustrer que le problème est encore plus important que ce qu'on pensait», a ajouté M. Séguin, qui n'a pas voulu aller plus avant. Selon nos informations, le ministre viserait notamment le traitement des emprunts faits par anticipation, qui font grimper la dette totale de quatre milliards, soit de 108 milliards, telle qu'elle est inscrite au budget, à 112 milliards.
M. Séguin a précisé qu'il avait eu des contacts avec les agences de notation de crédit. Les cotes de crédit du Québec, fixées par les agences comme Moody's ou Standard & Poor's, ne sont pas menacées, a dit M. Séguin, en dépit du trou présumé de 4,3 milliards qu'a relevé l'ex-vérificateur général Guy Breton ou du «phénomène» que M. Séguin dévoilera dans un peu plus de 15 jours. Selon M. Séguin, les agences sont rassurées par la «détermination solide» qu'elles perçoivent chez son gouvernement.
Mais les agences de notation de crédit ont tout de même l'oeil sur la dette. «Depuis quelques années, c'est clair que la progression de la dette au Québec, c'est un élément de préoccupation» pour ces agences, a soutenu M. Séguin.
Même si le gouvernement québécois a réussi à atteindre l'équilibre budgétaire au cours des cinq dernières années, la dette totale du Québec est passée de 98 milliards en 1997-98 à 109 milliards l'an dernier. En vertu des règles comptables prescrites par l'Institut canadien des comptables agréées et approuvées par le vérificateur général du Québec, le gouvernement, à l'instar de toute entreprise privée, peut amortir ses investissements dans des bâtiments, des équipements ou des routes sur la période de leur vie utile. Amorti sur 40 ans, un investissement de un milliard dans une infrastructure n'entraîne qu'une dépense de 25 millions pour l'année courante. La dette totale, toutefois, augmente de un milliard.
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Un "budget plate, mais solide", prévient Séguin
Mylène Moisan
Le Soleil vendredi 30 mai 2003
Pendant qu'il tente de faire infléchir Ottawa sur le milliard de dollars perdu en transferts fédéraux, Yves Séguin planche sur le scénario du pire, comportant un "effort" de plus de 4 milliards $. Un "budget plate, mais solide", qui risque de provoquer bien des grincements de dents.
"Mon intention est très sincère, c'est de faire un budget honnête, a déclaré M. Séguin hier midi. Ça fait bien des années qu'on reproche à des budgets d'être un peu ésotériques dans leur lecture, remplis d'hypothèses. Moi, j'ai décidé qu'on aurait un vrai budget, clair, honnête et crédible. Et on va le faire. Ce sera difficile. J'ai quatre milliards, ce n'est pas une chanson. Et j'espère que les contribuables vont comprendre."
Se disant acculé au pied du déficit, jurant qu'il saura l'éviter, M. Séguin passe en revue absolument tous les programmes et toutes les dépenses du gouvernement. Entouré de 25 fonctionnaires, il travaille une dizaine d'heures chaque jour à scruter les finances publiques. Il "gratte" partout, un peu où la marge de manoeuvre est réduite, "plus lorsqu'il y a du luxe".
Chose certaine, Yves Séguin ne péchera pas par l'optimisme qu'il reproche à ses prédécesseurs, disant vouloir "bâtir une base de travail vraiment solide. Oui, ça va m'obliger à passer à travers des décisions difficiles. Mais, au moins, je veux que le budget soit crédible et solide. Que ce soit un vrai budget."
Pour rendre l'exercice moins douloureux, le ministre des Finances compte sur "l'ouverture à la correction" démontrée par son vis-à-vis fédéral au sujet de "la lecture de Statistique Canada" des données démographiques qui a privé, d'un trait de crayon, le Québec d'un milliard de dollars en transferts fédéraux. Un milliard calculé au budget de l'ex-ministre des Finances, Pauline Marois, qui l'a appris pendant la campagne électorale.
"C'est ce qui m'anime tous les jours, a-t-il confié. On a des échanges (avec John Manley). Je lui ai fait quelques propositions techniques, assez vite d'ailleurs, ça aide à l'accélération de la réflexion. On a avancé des éléments de solutions. Si j'ai une réponse, ça va me permettre d'avoir de meilleures solutions."
S'il était incapable de s'entendre d'ici le dépôt du budget, prévu pour la mi-juin, M. Séguin promet qu'il ne s'en remettra pas à d'hypothétiques projections. "Je ne ferai pas l'erreur que M. Breton a reprochée au gouvernement antérieur, de s'appuyer sur des mesures incertaines. Si j'ai une réponse solide, elle sera au budget, sinon, je ne compte pas dessus", a-t-il tranché.
L'impasse de 4 milliards $
Assurant n'avoir "aucune volonté de voir la situation la plus dure possible juste pour faire comme un jeu", M. Séguin ne démord pas de l'impasse de 4 milliards $ qu'il dit devoir régler. À cela s'ajoutent la nécessité de préparer le terrain aux baisses d'impôts promises pour 2004-2005 et l'impact sur plusieurs années de la réduction des transferts fédéraux. "L'impact est supérieur à un milliard de dollars. C'est ce qui est calculé à l'impasse actuellement, et c'est le chiffre avec lequel on va devoir vivre s'il ne se passe rien." Le ministre prévoit même "un litige important avec le fédéral" si le Québec devait être privée définitivement de cette "somme colossale".
Pour ce qui est de la date du dépôt du budget, le grand argentier du Québec dit tout mettre en oeuvre pour respecter l'échéance de la mi-juin, question de ne pas prolonger indûment la session parlementaire. À ce sujet, le leader parlementaire Jacques Dupuis a annoncé hier que les crédits seraient étudiés en commission parlementaire au cours du mois de juillet. Après quoi, "M. Charest sera loisible de convoquer une séance extraordinaire pour les faire adopter".
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La présidente du Conseil du Trésor incite à oser les partenariats avec le privé
Gilbert Leduc
Le Soleil vendredi 30 mai 2003
Puisque l'État est dans la business de donner des services aux citoyens, il doit prendre les moyens pour les rendre de la façon la plus efficace et au meilleur coût. "C'est parfois dans le secteur privé que l'on retrouve les meilleures façons de faire", suggère la présidente du Conseil du Trésor et ministre responsable de l'Administration gouvernementale, Monique Jérôme-Forget.
"Il faut porter un regard attentif et ouvert sur les possibilités d'innovation et d'efficacité offertes par les partenariats public-privé. Pour que le gouvernement soit capable de bouger, nous allons devoir aller dans cette direction."
Pour la première fois depuis sa nomination par le premier ministre Jean Charest aux commandes de l'opération de "réingénierie" de l'appareil gouvernemental, Mme Jérôme-Forget prenait la parole, hier, devant un auditoire composé de gestionnaires de la fonction publique.
Conférencière dans le cadre de la Journée annuelle des cadres du gouvernement du Québec, la présidente du Conseil du Trésor n'a pas fait de cachette au sujet des intentions du gouvernement de recourir à des partenariats avec le secteur privé dans la livraison des services publics. Elle a d'ailleurs avoué que le Québec "tirait de la patte" dans ce type de collaboration.
Complémentarité
"Il s'agit de l'une des façons à privilégier pour amener des changements dans l'appareil gouvernemental que nous voulons plus modeste et moins éparpillé", a avancé Mme Jérôme-Forget en affirmant qu'il fallait cesser de mettre en opposition le public et le privé "car ils proposent, tous les deux, des approches complémentaires".
Constatant que ce concept de partenariats public-privé "faisait peur" dans l'univers de la fonction publique, elle a pris soin de mentionner qu'il n'était pas question, ici, de déclencher une vague de privatisations. "Les pouvoirs publics vont conserver la maîtrise de la finalité des services publics et la responsabilité de rendre des comptes à la population".
Monique Jérôme-Forget n'a pas fait de mystère, non plus, sur sa volonté de procéder à un examen en profondeur du fonctionnement de l'appareil de l'État. Tout est sur la table. Rien de moins.
"Mon mandat est clair et sans équivoque et je serai jugé sur les résultats obtenus", a-t-elle évoqué sur un ton ferme. "Ce mandat est de donner une direction à la barque sur laquelle nous allons nous engager. Je peux vous assurer que lorsque je décide d'aller dans une direction, c'est celle-là que nous allons prendre, tous ensemble".
C'est à l'automne que la présidente du Conseil du Trésor dévoilera le plan d'action guidant la "réingénierie" de l'État. Elle promet de "renverser la pyramide" afin de faire en sorte que la transformation de l'État en "un gouvernement moderne dont les lignes de commandements sont plus courtes, l'imputabilité plus grande et l'autonomie locale accrue" devienne le projet non pas seulement de Monique Jérôme-Forget mais bien celui de tous les employés de l'administration publique.
"On doit faire appel à l'innovation et à la créativité de nos employés. Il faut regarder les choses différemment. Sortir du cadre conventionnel. Remettre en cause ce que nous faisons et pas s'inquiéter si, une bonne journée, les employés ne font plus ce qu'ils font actuellement. Nous trouverons autre chose à leur faire faire", a-t-elle indiqué.
Par ailleurs, la ministre s'est dite préoccupée par les conséquences des nombreux départs à la retraite qui vont survenir au cours de la prochaine décennie. "Se départir de notre expertise comme cela s'est fait dans le passé (en 1996-97 avec le Programme de départs volontaires mis sur pied par le gouvernement péquiste), c'est fini. Fini. On ne peut pas se permettre ça".
"Bien sûr, nous devons continuer à embaucher des jeunes, mais il faudra aussi trouver les incitatifs nécessaires pour en arriver à garder certains individus que l'on veut garder".
GLeduc@lesoleil.com
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Champlain politiquement incorrect en France
Marie Caouette
Le Soleil vendredi 30 mai 2003
Au moment où l'on commémore l'arrivée de Champlain en Amérique, le fondateur de Québec a disparu, depuis quatre ans, des cours d'histoire et des manuels des lycéens français ! Champlain était devenu politiquement incorrect.
Michel Têtu, directeur général de l'Année internationale francophone, rappelait cette énorme incongruité hier, au moment où se terminait le Colloque sur la Francophonie en Amérique.
Champlain a été évacué des cours obligatoires et des manuels d'histoire en même temps que toute référence au passé colonial de la France, explique Michel Têtu en entrevue. On a fait place à des cours d'éducation civique, ce qui est une bonne chose en soi, selon l'universitaire, en gommant d'un bloc tout un pan d'histoire coloniale dont l'Hexagone n'est pas trop fier.
Cette révision de programme, qui a bouté hors de France Champlain, Montcalm et toute la Nouvelle-France, a été décidée par l'ancien ministre Jack Lang dans un gouvernement socialiste.
La colonisation de la Nouvelle-France a été assimilée, dans les esprits, à la colonisation de l'Algérie, poursuit M. Têtu, même si la première, au XVIIe siècle, a été amorcée par Champlain dans un esprit respectueux des populations autochtones, contrairement aux méthodes "condamnables" utilisées en Algérie au XIVe siècle. L'important métissage qui a eu lieu entre les Français et les Amérindiens témoigne des relations différentes qui se sont créées entre ces deux peuples, ajoute-t-il. Ces distinctions se heurtaient à un certain scepticisme dont témoignait le professeur Peter Klaus, de l'Université libre de Berlin, qui s'interrogeait : "A-t-on donné trop de vertus à Champlain" qui restait tout de même un homme de son siècle à une époque où les conquérants s'interrogeaient très sérieusement sur le caractère humain des peuples soumis ?
L'aventure de Champlain en Amérique demeure aussi différente des autres entreprises coloniales françaises, renchérissait l'historien Gilbert Billeul, parce qu'elle a donné naissance à une autre histoire, (celle du Québec et du Canada). Membre de l'Association Champlain-France et secrétaire général de la Commission des lieux de mémoire communs, M. Billeul signalait que le seul fait d'utiliser le terme Nouvelle-France, sur le sol français, suffit pour s'attirer le soupçon de nourrir des sympathies propres à l'extrême droite.
Malgré ces difficultés, l'Association française des professeurs d'histoire doit prochainement être saisie de la question afin qu'elle fasse pression sur le ministère de l'Éducation pour que la Nouvelle-France retrouve une place dans les cours d'histoire.
Mieux encore, la Commission des lieux de mémoire communs, qui a identifié 101 lieux qui appartiennent tant à l'histoire de la France qu'à celle du Québec, projette de faire appel à chaque ville ou village concerné pour qu'il y ait, partout, une rue ou une place qui porte le nom de Champlain.
MCaouette@lesoleil.com
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Manley propose la création d'un ministère national de l'Éducation
PC-Le Devoir vendredi 30 mai 2003
Vancouver - Le Canada a besoin d'un nouveau ministère national de l'éducation et de l'innovation pour coordonner tout le secteur, de l'école primaire au «cyberapprentissage» et à la formation en milieu de travail, a affirmé hier le ministre des Finances, John Manley.
Dans un discours devant des étudiants de l'école secondaire Kitsilano, à Vancouver, le candidat à la succession du premier ministre Jean Chrétien a indiqué que le pays avait besoin d'un ministère fédéral pour rassembler tous les programmes des diverses régions du pays destinés aux différents groupes d'âge.
«Ce nouveau ministère et cette nouvelle législation apporteront davantage de responsabilisation et de transparence au travail qui est déjà en marche et au travail que nous devons accomplir», a déclaré M. Manley dans son discours. «En ce XXIe siècle, les pays éduqués sont les pays en tête de file. Et le Canada doit être un leader en apprentissage, pour l'avenir de nos enfants et de notre pays».
M. Manley se trouvait dans la région de Vancouver en vue du quatrième débat entre les candidats à la direction du PLC qui aura lieu samedi.
M. Manley a souligné qu'un nouveau ministre national de l'apprentissage, de l'innovation et de la recherche travaillerait «de concert» avec les ministres de l'Éducation des provinces et des territoires. Ceux-ci pourraient toutefois mal accueillir ce que certains pourraient considérer comme une intrusion du gouvernement fédéral dans un champ de compétence provincial.
M. Manley a affirmé que s'il devient premier ministre, il garantira l'accès à l'éducation post-secondaire, il améliorera l'aide aux étudiants et il promettra des périodes régulières d'apprentissage en milieu de travail. Dans son discours et dans ses réponses à certaines des questions des étudiants portant sur l'éducation, M. Manley a refusé de donner des précisions sur l'aspect du financement de ses priorités en éducation.
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Charest's pride includes Canada
The Montréal Gazette Friday, May 30, 2003
Jean Charest campaigned for office as a federalist and a Quebecer. You can be both. A Quebecer is not by definition someone who will instinctively turn to the independence option when the going gets tough. To suggest otherwise is to say that there exists one true faith, and anyone who does not adhere to it is less than a real Quebecer. And worse, that only true believers will safeguard Quebec's interests.
In 2003, Quebec's more than 7 million residents hold a wide variety of political positions, ranging from the fairly conservative platform of the Action démocratique du Québec to the sometimes more left-wing proposals of the Parti Québécois. With the advent of the ADQ, the political options no longer run merely the short gamut from federalist to separatist.
We've expanded our thinking, our options and our symbolism. The symbolism now includes a Canadian flag in the in the National Assembly, alongside the fleur-de-lys. Placing that flag was a brave thing for Charest to do. Talk about nailing your colours to the mast. For everyone who thought he might be tempted to downplay his federalist leanings, the sight of that flag - our flag - put an end to that fantasy.
It is to be expected that Parti Québécois members and their supporters would be critical of Charest. It has been nearly three decades since a political leader as openly federalist as Charest has been the head of government. It must still come as a shock to them to hear their premier speak English in public - to anyone - but especially to the prime minister of France, Jean-Pierre Raffarin.
For his critics to carry on as though every English word Charest pronounces is a knife through their hearts is ridiculous. France might well have a soft spot in its heart for Quebec, but it is not an act of lèse-majesté for its prime minister to hear English on an official visit.
In the same vein, why on Earth would anyone have expected Charest to celebrate Patriots' Day on May 25? This was a totally partisan effort by the outgoing government to change a family holiday of absolutely no political significance into a highly charged day of remembrance of (only the Quebec part of) an uprising. What do the Péquistes think? That Charest is an idiot?
Suggesting that a federalist premier in Quebec is a dangerous anomaly verges on the demagogic. Charest will be judged on how well he serves the people who elected him - people who knew perfectly well what they were getting.
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La conscience de Séguin
J.-Jacques Samson
Le Soleil vendredi 30 mai 2003
Éditorial - "Lever des impôts, c'est l'art de tirer le maximum de plumes du dos de la poule avec le minimum de cris." Entre 1985 et 1991, Yves Séguin aimait bien citer cette phrase de Colbert, le contrôleur des finances sous Louis XlV. L'actuel ministre des Finances était alors, il est vrai, ministre du Revenu sous Robert Bourassa. Il avait fait le saut en politique avec l'objectif de simplifier au maximum la fiscalité québécoise. Mais lorsqu'il a démissionné du cabinet, en septembre 1990, pour protester contre l'introduction d'une TVQ au Québec sur le modèle de la TPS fédérale qu'il avait combattue et contre la décision prise dans son dos de confier la perception et l'administration de la taxe fédérale à son ministère, Yves Séguin a à nouveau cité Colbert. Cette fois, il donnait cependant une autre dimension au texte et posait en Robin des Bois ; il ne philosophait plus seulement sur les techniques douces de perception des impôts, mais il voulait dénoncer une taxe qu'il jugeait injuste, régressive, dure et inutilement lourde. Il prenait le parti des poules contre les renards percepteurs, dont son chef Robert Bourassa et son collègue des Finances, Gérard-D. Lévesque.
J'ai relu au cours des derniers jours tout, absolument tout, ce qui a été publié sur Yves Séguin entre 1985 et 1993. Et lorsque quelqu'un est aussi volubile, cela fait "des tonnes de copies" jaunies à éplucher. Mais l'exercice d'exégèse peut être précieux, deux semaines avant le premier budget d'un nouveau ministre des Finances et alors que tous les groupes de pression l'interpellent. Tout au moins cela permet-il de renouer avec les principaux axes de sa pensée de l'époque. Je pourrai ainsi être dorénavant en quelque sorte la mémoire et la conscience du ministre des Finances !
Yves Séguin fut à cette période le plus fervent partisan au Québec du flat rate ou taux unique de taxation. Il s'inspirait alors de la réforme élaborée sous le président Reagan aux États-Unis qui ramenait la table d'impôt à trois paliers d'imposition seulement, selon les niveaux de revenus.
Le fiscaliste prônait une simplification maximale, sur le plan technique, de la déclaration de revenus. M. Séguin allait cependant beaucoup plus loin, en préconisant de faire disparaître progressivement toutes les exemptions, tous les abris fiscaux, les abattements. La déclaration de revenus a été détournée de ses fins premières, a-t-il maintes fois expliqué au milieu des années 1980. Elle sert à redistribuer des avantages sociaux ou à encourager le développement économique, par des abris fiscaux pour diriger les investissements vers certains secteurs, comme les mines par exemple. Le ministre se faisait alors l'apôtre de la dépolitisation de la fiscalité, devenue si tordue que le gouvernement faisait même effectuer des opérations mathématiques aux contribuables aux seules fins de le valoriser. Les puristes de son école réclament que les interventions sociales ou économiques des gouvernements se fassent à visières levées, par des programmes prévus à des fins spécifiques, bien identifiées, non par la fiscalité.
M. Séguin a effectué un certain ménage au niveau technique dans les déclarations de revenus des particuliers mais il n'a jamais joui, au Revenu, de la latitude pour s'attaquer au fond du problème de notre fiscalité, soit les missions sociales ou économiques qui lui ont été attribuées. Ces décisions appartiennent au ministre des Finances. Maintenant, c'est lui. Ses principes de fiscaliste auront-ils changé ?
Des rumeurs de coupures très sévères circulent. Yves Séguin a néanmoins pris tout au long de sa carrière politique le parti des citoyens à faible et moyen revenus. Cela devrait rassurer quelque peu jusqu'au dépôt du budget. Il arrivait même au ministre, entre 1987 et 1990, de profiter de tribunes radiophoniques pour prodiguer des conseils aux contribuables sur des façons de verser moins au fisc, dans le respect de la loi. Par contre, il fut un pionnier dans la chasse à l'évasion fiscale et il s'est ingénié à développer des incitations pour contrer le travail au noir. Le nouveau ministre des Finances était bien loin d'être un faucon dans le gouvernement Bourassa, tant au Revenu qu'au Travail. Dans ces dernières fonctions d'ailleurs, il a très souvent cherché à forcer les négociations durant les conflits. Il a aussi déjà favorisé l'arbitrage pour régler les conflits dans le secteur public, sur le modèle existant pour les policiers et les pompiers, afin d'éviter l'adoption de lois spéciales. Ce qui avait fait inventer à Jacques Parizeau, en profond désaccord avec l'idée de confier à des tiers des décisions sur 50 % du budget du Québec, l'expression devenue célèbre de "s'auto-pelure-de-bananiser".
Le nouveau ministre des Finances fut enfin un adversaire, au sein du cabinet Bourassa, de l'ouverture de casinos au Québec. Yves Séguin s'interrogeait à haute voix en 1987 sur la moralité des États qui exploitent le jeu pour faire de l'argent, s'inquiétant du crime organisé et de la prostitution qui fleurissaient autour des salons de jeu. Les valeurs morales d'un ministre des Finances sont-elles différentes de celles d'un ministre du Revenu ? Cela promet au moins de belles soirées de discussions avec le chef de cabinet de Jean Charest, Michel Crête, ancien président de Loto-Québec !
J'oubliais. Le même Yves Séguin promettait en 1988 de "stopper la montréalisation du gouvernement". Il demeurait alors à Sillery et était député de Montmorency, en banlieue de Québec. Le ministre des Finances est aujourd'hui d'Outremont, mais le déplacement des centres de décisions vers la métropole est encore un sujet de vives préoccupations dans la capitale...
JJSamson@lesoleil.com
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En 1965, le gouvernement Lesage créait... Laval, un modèle de "fusion forcée" !
André Letendre
Le Soleil vendredi 30 mai 2003
Opinions -
Le nouveau gouvernement du Québec déposera bientôt un projet de loi afin d'assurer la réussite des nouvelles villes tout en permettant à la démocratie de s'exprimer. Voilà l'orientation donnée par le premier ministre, Jean Charest, au ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, lors de la cérémonie d'assermentation le 29 avril dernier.
Pour que les citoyens aient une opinion éclairée sur la raison d'être des villes nouvelles, ils doivent posséder toute l'information nécessaire et ainsi se former une idée complète et commune sur le bien-fondé de ces nouvelles administrations locales. On peut utiliser plusieurs méthodes pour évaluer les enjeux en présence. Je vous propose la méthode comparative.
La fusion imposée de la ville de Laval fut la première et la plus importante à être réalisée au Québec. Elle doit servir d'exemple car le projet a bien tourné. Je souhaite que nous puissions en tirer des leçons intéressantes dans le débat actuel au sujet des défusions. Avant d'analyser le cas de Laval, je vous propose d'abord de réfléchir sur l'autonomie municipale et les fusions.
L'autonomie municipale
La notion d'autonomie municipale est utilisée par des élus locaux et des citoyens comme argument majeur pour protéger les intérêts de leur ville et en justifier l'existence. Cet argument a été largement utilisé avant la fusion de Laval et, plus récemment, lors de la création des villes nouvelles. Selon cette théorie, le gouvernement du Québec ne peut intervenir dans le domaine municipal sans le consentement des élus et des citoyens des municipalités.
En fait, les institutions municipales sont le résultat d'une décentralisation administrative. Suivant la constitution canadienne, les provinces peuvent créer des municipalités afin qu'elles fournissent certains services à la population de leur territoire. Ainsi les corporations municipales ne possèdent que des pouvoirs d'administration délégués et de réglementation. Dans l'exécution de leurs compétences, celles-ci ont une complète indépendance administrative. Quand nous discutons de l'autonomie municipale, en ce sens, nous avons raison.
La réelle autonomie politique découle d'une liberté complète dans l'exercice d'un pouvoir non délégué. Par exemple, les provinces exercent des droits, par la Constitution, en vertu d'une puissance qui leur appartient en propre. Le pouvoir des provinces est indépendant et souverain contrairement à celui des municipalités.
Fusion volontaire ou imposée : même objectif
Pourquoi faire une fusion ? Voilà une question qui peut paraître banale mais qui mérite, me semble-t-il, une écoute attentive. Plusieurs moyens sont mis à la disposition des municipalités ou du gouvernement du Québec en vue de régler certains problèmes locaux ou intermunicipaux. Selon les situations, plusieurs options sont offertes afin d'améliorer les services aux citoyens : entente intermunicipale, régie municipale, gouvernement supramunicipal, partenariat avec le secteur privé, annexion, fusion.
Le moyen retenu doit être le plus efficace et le moins coûteux pour satisfaire les besoins de la population. Toute décision doit être prise en fonction du bien commun. Comme il faut savoir que la fusion des municipalités n'est pas une fin en soi mais une méthode pour atteindre les meilleurs résultats, il est normal de comprendre que l'intervention du gouvernement du Québec soit parfois essentielle compte tenu de sa responsabilité dans le domaine municipal.
Que signifie la fusion pour nous ? Quand nous parlons de "fusion volontaire", ces mots généralement sont porteurs de vision d'avenir. Mais dans le cas de "fusion imposée", ils deviennent habituellement synonymes de cauchemar. Mais volontaires ou imposées, les fusions ont toutes le même objectif : créer une meilleure qualité de vie pour les citoyens.
Il est utile de mentionner que les fusions volontaires, suivant la loi, se basent uniquement sur les décisions politiques des conseils municipaux. Une fois les règlements adoptés, le gouvernement du Québec les approuve par décret. Il n'y a pas obligation de consulter la population par référendum en vue d'obtenir son appui même s'il y a une forte opposition. On prend pour acquis que les élus représentent les citoyens. Dans les fusions imposées, il n'y a pas de référendum, car c'est le gouvernement du Québec qui décide au nom du bien commun même si les citoyens ont un parti pris contre.
Ville de Laval : première fusion imposée
Après le rapport de la Commission d'étude sur les problèmes intermunicipaux de l'île Jésus, présidée par le juge Armand Sylvestre, le gouvernement du premier ministre Jean Lesage créait, en 1965, par loi spéciale, la ville de Laval, regroupant les 13 municipalités de l'île Jésus et celle des îles-Laval, soit 196 088 personnes réparties sur un territoire de 245 kilomètres carrés. La ville naissait en août 1965, sous la direction du maire désigné, Jean-Noël Lavoie, député libéral du comté provincial de Laval et ex-maire de l'ancienne ville de Chomedey.
Cette loi fut contestée vivement par l'Opposition dirigée par Daniel Johnson, chef de l'Union nationale. La très grande majorité des maires et citoyens s'étaient battus vigoureusement contre ce projet qui attaquait leur autonomie municipale, réclamant en vain un référendum. Suivant les recommandations du rapport Sylvestre, le gouvernement Lesage s'y est refusé, sachant qu'une telle aventure était périlleuse dans un tel contexte. Le gouvernement libéral fut courageux même si la mesure n'était pas populaire.
Lors de l'élection municipale qui suivit, le 7 novembre 1965, M. Lavoie fut défait à la mairie. C'est un jeune avocat qui est élu, soit Jacques Tétreault, ex-maire de l'ancienne ville de Pont-Viau, ex-conseiller du Conseil provisoire de la ville de Laval et membre du parti de l'Union nationale.
Après la Seconde Guerre mondiale, les municipalités de l'île Jésus, vont connaître une urbanisation très rapide. L'île Jésus était devenue un prolongement des zones résidentielles de Montréal. À cette époque, les caractères résidentiel, agricole et estivant marquent ce territoire. Seulement quelques villes, soit Chomedey et Pont-Viau, connaissent un développement commercial et industriel important. Mais toutes les municipalités se concurrencent entre elles pour obtenir une part du développement économique. Leur rivalité est malsaine. Au niveau de l'emploi, 4 % de la main-d'oeuvre de l'île Jésus travaille sur son territoire, 83 % sur l'île de Montréal et 13 % ailleurs. Enfin, il y a disparité dans la réglementation des heures de fermeture des commerces, des taux de taxe d'affaires et des divers permis de commerce.
D'autres problèmes sont aussi manifestes. Absence d'un plan directeur d'aménagement, spéculation sur les terres agricoles, déficience du transport en commun, déséquilibre sérieux au niveau des municipalités quant à leur population, leur territoire, leur évaluation imposable et leur fiscalité, actions non concertées pour la préservation et l'aménagement des espaces verts, besoins de centres culturels et sportifs, pollution des rivières Mille-îles et des Prairies, etc.
L'organisme supramunicipal de l'île Jésus est la Corporation interurbaine. C'est un organisme inefficace qui comptait peu de résultats à son actif car chaque ville trouvait moyen de paralyser son fonctionnement. Lors de la Commission Sylvestre, la plupart des maires souhaitaient donner plus de pouvoir à cet organisme plutôt que de regrouper les villes.
Depuis sa création, Ville de Laval a relevé le défi de bâtir une ville dynamique, efficace et démocratique pour le mieux-être de ses citoyens. Heureusement, en 1966, il était encore temps d'agir pour protéger et mettre en valeur le potentiel immense qui se trouvait sur son territoire. Aujourd'hui, sa population s'élève à 343 005 personnes et c'est la troisième ville en importance au Québec.
Laval vit à l'ère de l'économie moderne. La société paramunicipale Laval Technopole, une société de développement économique, a permis de créer des liens avec des partenaires à travers le monde et ne cesse d'attirer de nouvelles entreprises. En 2002, le total des investissements sur son territoire a atteint 1,1 milliard de dollars dont 540 millions de dollars provenaient du secteur industriel soutenu en bonne partie par le secteur biopharmaceutique. L'arrivée du métro en 2006 sera un atout supplémentaire.
Les finances de la ville de Laval sont aujourd'hui en bonne santé. Le succès de la fusion n'a pas été instantané et ne s'est pas fait seul. Grâce au leadership des élus locaux qui ont su mobiliser les citoyens, les employés municipaux et les divers partenaires du milieu, on s'est occupé d'abord de la destinée de la ville par nécessité, et puis par choix lorsque le sentiment d'appartenance a commencé à prendre forme.
En laissant faire le temps, la population a vu que l'égalité des conditions promise n'était plus seulement un rêve mais devenait une réalité. En agissant ensemble, les citoyens ont développé une vie politique qui leur a démontré que pour réussir en démocratie il faut compter les uns sur les autres. Il ne s'agit pas seulement de voter.
Pouvons-nous mettre à profit l'expérience de la ville de Laval pour les villes nouvelles ? Afin d'y arriver, notre société doit être ouverte et compréhensible. Sinon, il faut savoir quel danger nous guette. Par la défusion, on court un risque énorme qu'une seule ancienne municipalité puisse mettre en déséquilibre toute une agglomération urbaine.
L'auteur fut directeur général de la Ville de Beauport et membre du Comité de transition de la Ville de Québec
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Other provinces learning from Quebec
BRIGITTE PELLERIN
The Montréal Gazette Friday, May 30, 2003
In this country, if you want to retain your spot in the avant-garde of political sophistication, you have to keep moving. If you snooze, you lose.
While Quebecers were stuck in their own constitutional merry-go-round, trying to squeeze themselves into the narrow space of a bit more than Meech but a bit less than clear-cut independence, other provinces managed to catch up. No longer can Quebec pretend to be setting any trend, at least not as far as federal-provincial machinations go.
There was a time when just about everybody thought Quebecers were in a league of their own. Canadians in the rest of the country were watching from the stands and wondering what Quebec nationalists would come up with next. From setting up its own separate, public-pension system, to collecting its own income tax, to the knife-at-the-throat negotiation strategy with Ottawa, Quebec put on a spectacular performance. Deux fois plutôt qu'une. But now, the rest of the country is starting to imitate Quebec's training and strategy, especially on how to achieve maximum velocity without losing it on a tricky curve.
Why wouldn't they? For the last 30-odd years, Canada has lived with a credible separatist threat in Quebec. And what happened? Right, Quebec got all sorts of concessions from the feds, such as jurisdiction over manpower training, generous export-related subsidies, plus a nice string of juicy federal contracts. And Quebec hasn't left. So if you're an Alberta politician, you're thinking that maybe you, too, should start grumbling. If it worked for Quebec, there's no reason why it shouldn't work for Alberta. Or Newfoundland and Labrador, or British Columbia, or...
Most provinces, in fact, have something to complain about. "There will always be tensions; it is the nature of a federation," Prime Minister Jean Chrétien said in a Global Sunday interview last weekend. Natural resources here, reform of the Senate there, transfer payments for health and other social programs everywhere. And most recently, the so-called fiscal imbalance, which Premier Jean Charest picked up from his Péquiste predecessor. Alberta has made all sorts of unhappy noises in the past, but it looks like Premier Ralph Klein is cranking up the volume. And in Newfoundland and Labrador, Premier Roger Grimes is getting mighty steamed over the feds' mismanagement of fisheries. In a speech to the St. John's Board of Trade this week, he compared the federal government to a monster run amok, and complained that provinces get no respect from the federal government.
Where have I heard that before?
That's not all. Apparently, provincial politicians are not the only non-Quebecers feeling resentment toward Ottawa. Ordinary folks do, too, at least judging from a small news item in Le Soleil on Monday.
According to a recent Environics survey commissioned by the Association for Canadian Studies, Quebecers are no longer the only ones to identify primarily with their province. Close to half the Alberta population - or 46 per cent - consider themselves Albertans first and Canadians second, a spectacular 17-point increase since 1997, when only 29 per cent of Albertans felt that way. In British Columbia, the numbers have jumped 13 points in the same period, from 25 to 38 per cent. Even Ontarians are showing signs of provincial identification at the expense of Ottawa; from 18 per cent in 1997, the number of folks who feel themselves to be Ontarians first has reached 28 per cent.
Quebec, with fully 51 per cent who consider themselves Québécois first (a five-point increase since 1997), is still the champion of provincial identification, but maybe not for long. The rest of the pack is closing fast.
For decades, Quebecers have enjoyed a reputation as sophisticated voters who knew how to keep politicians - both federal and provincial - on their toes with credible separatist threats. That's less true now. Quebec indépendantistes are still around and active, but most Quebecers want a break from these things to focus instead on areas such as health care and how to reduce taxes.
Now it's other provinces' turn to crank up their own constitutional grievances. If it worked for Quebec, why shouldn't Alberta or Newfoundland give it a shot? Judging from the Quebec experience, they don't have much to lose. It's turning into an ugly race.
Brigitte Pellerin is a freelance writer, based in Ottawa.
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