plus


ACTUALITÉ

La «déconstruction» de la nation canadienne-française: la suite...!

Russel Bouchard

TRIBUNE LIBRE samedi 31 mai 2003


Ce texte se veut une réponse à l'essai littéraire de Gérard Bouchard, «Les deux chanoines», Boréal, 2003

«À un petit peuple en train de perdre son histoire, sa civilisation, son âme,
ma tâche aurait consisté à lui rappeler son passé, les éléments spirituels
de sa culture, de sa civilisation, et par là, lui faire retrouver son âme,
et du même coup, le destin que Dieu y a inscrit.»
L. Groulx, Mémoires.

Le Groulx de mes humanités

Je le confesse d'entrée de jeu, je ne suis pas un exégète de l'oeuvre de Groulx. Bien sûr, comme tous les historiens québécois de mon époque (j'avais 19 ans quand le chanoine Groulx est mort, en 1967), j'ai été initié à sa pensée très tôt, dès ma première année du secondaire, alors que Dollard et tous ses compagnons qu'il avait élevés au panthéon de la mythologie canadienne-française, étaient encore vivaces dans les livres d'histoire que nous étudions. Sans être de la dernière mode qui tardait à se donner une allure crédible, il était encore une référence incontournable pour quiconque voulait faire l'effort de comprendre la nature de leurs racines, les émotions qui les animaient dans un Québec effervescent, et les lieux communs qui les unissaient. Même s'il avait fini par rejoindre son bon ennemi de Laval, l'abbé Arthur Maheux, «dans la dernière génération des morts»,(1) son esprit planait toujours dans les corridors où le nationalisme québécois prenait un tournant inattendu, alors que son rival, un anglophile impénitent, était, depuis fort longtemps, le plus prestigieux membre du cercle des oubliés notoires.

J'ai parcouru son oeuvre, comme on parcourt un sentier au coeur d'une forêt mature envahie par une repousse pressée d'atteindre sa propre cime ; cueillant d'abord, sans trop prendre le temps de les savourer, les fruits les plus apparents et les plus accessibles (Notre grande aventure, Histoire du Canada français et Lendemains de conquête) ; puis courant délibérément après ceux qu'on se surprend à chercher dans les sous-bois pour mieux apprécier l'âme de la forêt qui les a couvés (ses écrits sur Dollard qui me fascinaient, Directives, Constantes de vie, quelques pamphlets, un peu de discours et la plupart de ses conférences). Et puis, au fil de mes humanités, j'ai parcouru ses Mémoires avec avidité pour tâcher de le mieux comprendre et parce que c'est aussi un genre de lecture dont je me nourris. Le temps, comme toujours, a fait ensuite son oeuvre...

De cette cueillette plus ou moins féconde, a subsisté chez moi une impression plutôt qu'un enseignement ; j'allais dire une impression de puissance qui n'a cessé de se confirmer avec les années, celle d'un esprit sain et démesurément vigoureux qui n'a jamais trahi son combat (bien qu'il avait subi cet outrage à de multiples reprises), un insoumis de la plus belle trempe qui a porté son message patriotique très haut, à des sommets jamais plus égalés. Selon ce que j'en retiens aujourd'hui et ce que j'éprouve à travers mon propre parcours du combattant, il était le premier à agir avec autant de charisme et de panache sur la conscience d'un « petit peuple » déchiré par son histoire et dont il n'avait de cesse d'inviter à se réconcilier avec son passé.

À l'époque où je l'ai accosté à travers mes lectures, le chanoine Groulx n'était plus un acteur de la scène québécoise depuis plusieurs années. Depuis le baroud d'honneur qu'il avait donné à la fête de Dollard de mai 1960 (à laquelle j'ai assisté), ses bouquins prenaient senteur de vieux, mais il n'en restait pas moins le point d'ancrage intellectuel d'une mémoire qu'on sentait s'enfuir avec lui. Pour dire autrement, les statues des héros de l'épopée française en Amérique qu'il avait contribué à élever, vacillaient déjà sur leurs bases - bien qu'il était conscient «de n'être plus de ce temps». Et le message de fond dont il était porteur n'avait pas encore subi l'outrage des idéologues, qui allaient s'en emparer à la fin du siècle, pour se faire la dent : «phénomène, hélas, d'un peuple décadent, dira-t-il dans son dernier salut à Dollard, épuisé d'autant de mauvaise foi, que cet acharnement à salir son lit et à détruire sa propre histoire».

Ce que nous savions grâce à lui du lieu commun qui nous habitait au-delà du champ de vision, portait encore un sens: nos origines étaient catholiques d'abord, françaises ensuite, du moins le croyons-nous ; il fallait en être fiers et se sentir heureux d'être les rejetons de cette épopée ; et le «petit peuple » de résistants auquel nous appartenions, était le substrat, toujours selon cet enseignement qui collait encore plus ou moins bien dans le nouveau courant d'idées reçues de la relève, d'une défaite déjà vieille de deux siècles. Point besoin d'en savoir plus pour être en mesure de porter un jugement sur les essais littéraires dénaturants de ceux qui s'y commettent avec autant de fougue et d'assurance ces derniers temps (mais pas tous, fort heureusement), pour dénoncer l'imposture idéologique qui porte aux nues ses propres noms, et pour s'inscrire en faux contre le fardeau de l'histoire qu'ils s'activent à lui faire porter contre nature avec une liberté d'action déconcertante.

On peut admirer Groulx, l'historien et le personnage, sans être un inconditionnel de sa pensée, de sa rhétorique et de ses incantations, ce dont je me réclame. Mais quoique nous eussions fait de son message par la suite, son influence dans la pensée des Québécois de souche est indéniable ; elle exige, à défaut de l'adhésion, du moins le sens de la mesure et de la vérité historique, avec toutes les faiblesses que cette dernière comporte, avant de porter à voix haute une appréciation ex cathedra.

Les culottes à Menaud

En histoire, le mensonge est une activité partagée entre ceux qui le construisent plus ou moins délibérément et les lecteurs qui l'acceptent béatement, l'argumentent ou le réfutent. L'Histoire ment comme les historiens respirent ! Seules la conscience de celui-ci, l'inconscience de celui-là ou la fourberie de cet autre, leur bonne ou leur mauvaise foi, établissent une trame à la réalité : l'historien y trouve ce qu'il y cherche, et retourne ce qui répond aux champs de ses préoccupations et de ses intérêts, transmet l'esprit de ce qu'il est. Et celui qui, par sa faconde, ses prétentions ou son radicalisme prétend avoir taillé la clé qui ouvre la porte donnant sur une vérité absolue en cetté matière est un sacré menteur. En ce sens, l'Histoire est le plus formidable outil de désinformation qui soit ; et il suffit de lire Orwell (1984) pour s'en convaincre.

Ce qui nous amène à apprécier à notre tour l'essai annoncé de Bouchard (Gérard !), Les deux chanoines / Contradiction et ambivalence dans la pensée de Lionel Groulx, récemment publié au Boréal. Dans ce genre de carnages, je ne crois pas qu'on puisse rendre service au Québec en se faisant un programme de désorganiser sa mémoire, en cassant un à un ses monuments et ses points de repère sous prétexte de les réhabiliter dans l'histoire, en rompant l'échine de ceux qui l'ont agi par leur pensée et leur engagement et qui portent encore un sens, en espérant, pour dire vite et bien, y imposer son ordre dans le vide et la médiocrité ainsi créés.

Du point de vue qui l'intéresse, pages 219-246, le dernier exégète de Groulx à s'y employer explique donc son sujet en quatre temps quatre imprécations qui sont loin de faire dans la nuance : primo, la démarche intellectuelle du chanoine Groulx ne s'évalue que par ses «échecs, en grand nombre, et plus encore, le sentiment de l'échec, d'une faillite personnelle même à certains moments»; secundo, sa pensée est «foncièrement contradictoire» (des contradictions avec lesquelles il n'a jamais su se réconcilier) ; tertio, il est incapable de «mobiliser des mythes médiateurs efficaces» ; quarto, il est totalement dénué «d'une pensée radicale». Voilà ce qui ressort en gros de l'indisposant cadavre de l'historien du Canada français, autopsié par Bouchard (229). Et qu'on se le dise une fois pour toutes puisqu'il nous y convie fermement: «Si ce livre atteint son but - [entendons que le lecteur en fasse un parcours soumis] - on devrait se garder désormais de tout énoncé réducteur sur la pensée de Groulx, qui ne se laisse pas caractériser aisément» (12). Parenthèse: (Si j'ai bien compris la logique d'un tel reproche et si Groulx est réellement ceci, c'est donc, par voie de conséquence, que son détracteur - qui se présente, en quelque sorte, comme son antithèse - est carrément cela : un, sa démarche avouée de «re-penser le Québec actuel» est, jusqu'ici, une totale réussite ; deux, sa pensée n'est pas contradictoire; trois, il est porteur de mythes médiateurs efficaces; et quatre, il est le récipiendaire d'une pensée radicale (!!!) ).

Bouchard écrit : «Contrairement à l'image que la postérité en a gardée [de Groulx] et que l'intéressé lui-même a voulu laisser, le monolithisme n'est pas le trait dominant de sa pensée. C'est plutôt la contradiction et l'ambivalence qui la caractérisent. Il y a même du pathétique (2) dans cette double impuissance à ordonner ses idées et à les accorder avec ses actions» (246-247). Et le charcutage ne s'arrête pas là, loin s'en faut. En voici une autre pas piquée des vers qui mérite l'arrêt. A la page 232, chapitre XVI, il juge encore : «a) une pensée empreinte de contradictions (impuissance de la raison à réduire les incohérences) et b) la promotion de mythes inopérants (impuissance de la pensée à harnacher, d'une manière ou d'une autre les contradictions ». La sentence n'est pas légère !

Après avoir déculotté Menaud (3) pour habiller Méo de ses fripes et de ses odeurs dans son roman Mistouk (4), après avoir procédé, tel qu'annoncé il est vrai, à la «déconstruction [de] l'oeuvre de Savard» (Dialogues..., 127), après avoir dénaturé la mémoire de Dumont, voilà donc que l'inventeur des... Franco-québécois s'occupe à déboutonner la soutane de ce pauvre Groulx et à déboulonner sa statue. L'iconoclaste, qui n'entend pas en rester là, promet d'ailleurs d'en abattre bien d'autres sur les dalles de sa morgue puisqu'il annonce sans coup férir à la toute fin du volume, page 256, qu'il compte bien récidiver, en effet, avec «d'autres penseurs canadiens-français de la période 1850-1950».

Comment comprendre l'objet premier d'un programme aussi osé de réécriture de l'histoire du Québec, autrement que par le goût de la provocation, ou plutôt par une ambition pathologique de faire table rase de tout ce qui ne vient pas de lui, de tout ce qui sert de point d'ancrage à la mémoire des Canadiens français (Menaud) qu'il s'applique à éviscérer pour la mieux remplacer par celle des Franco-québécois (Méo) ? Vouloir « seulement comprendre », mon oeil ! Même la rime - Menaud versus Méo - n'est pas innocente.

Mais tout s'explique quand même assez bien quand on a été, comme moi, étudiant sous Bouchard à l'UQAC (en 1973), qu'on a lu et suivi son parcours littéraire pas à pas, qu'on a bien saisi qu'il s'est lui-même investi de la mission de déconstruire brique par brique l'édifice de la mémoire collective canadienne-française (mémoire fondamentalement québécoise), et qu'il s'active à la remplacer par l'idée qu'il (le «petit peuple» de Groulx) veut qu'il retienne. Ici, n'hésitons pas un seul instant à exprimer nœ convictions les plus sincères : on a quitté depuis belle lurette le champ de l'Histoire, qui a été envahi par derrière et par devant et on erre carrément dans celui de l'idéologie. L'infection ne provient pas tant de cette manière de questionner et ré-interpréter à sa façon les idées reçues, ce qui, à défaut de s'accepter, est une manière d'être et de dire qui a ses propres conventions ; elle provient plus spécifiquement du fait que l'exégète des deux chanoines présente son sujet comme s'il eût été d'une histoire critique, ce qui n'est manifestement pas le cas...!

Le miroir d'une époque

«Intellectuel incohérent imprégné de contradictions non surmontés (sic)», Groulx ? Vous m'en direz tant et si bien! Voilà le genre de défauts s'il en est, qui ne devraient pourtant jamais manquer à un intellectuel. Peut-on lucidement prétendre - à moins que ce ne soit dans le dessein de duper un lecteur soumis ou paresseux - que quelqu'un en est dépouillé ? Dans son essence l'esprit humain est contradiction! Et c'est ce ressort complexe de la raison, cette pluralité d'éléments irréductibles et antagonistes qui expliquent le mouvement de l'univers et de l'humanité qu'elle nourrit. Sans cette dualité fondamentale, la pensée critique est donc absolument impossible ; il n'y a plus de démarche intellectuelle qui tienne; et un peuple n'est tout simplement pas. En ce sens, seuls les prétendus réformateurs de la pensée, «le pire espèce de toutes» (Voltaire), cela est connu, peuvent prétendre à une forme achevée de leurs propres contradictions.

Du reste, c'est curieusement ce trait de caractère culminant le parcours de Groulx à la fin des années trente qui m'attire chez lui. Pour moi, le sens à donner aux contradictions , ou plutôt aux... «incohérences structurelles qui compromettent le fond même de la pensée» (197) que Bouchard prétend avoir décelées à travers son oeuvre littéraire et son parcours du combattant, ne relève pas de la même évidence. Loin d'être « pathétique », cet aspect de ses tiraillements constants, ses ruades, ses états d'âme, ce qu'il qualifie d'«impuissance» en fait, rend plutôt grâce à l'ensemble de son oeuvre. Car l'ancien maître à penser de ce «petit peuple» qu'il a accompagné dans sa marche, transfigure à la fois le combat, les hésitations et l'ambivalence suicidaire des Canadiens français - ce qui est contradiction même... et ce qui est loin de compromettre le fond de sa pensée. Sans plus !

Que Groulx ait été, au cours du dernier quart de siècle, fasciste, antisémite, raciste ou récipiendaire de toute autre épithète qu'on aime bien lui coller par les temps qui courent ; qu'il soit élevé, sous la plume de Bouchard (Gérard!), au rang de raté à la pensée contradictoire, de mythomane inefficace parce qu'il «n'aurait pas su proposer les bons mythes», de maître sans «pensée radicale ni organique», importe bien peu. Peut-on condamner quelqu'un pour un crime dont la moralité d'alors et une époque des plus confuses contredisent de but en blanc, celle que nous habitons, où tout est aseptisé et construit pour justifier nos propres errances, nos manquements, nos paresses, nos lâchetés, nos trahisons ? Et nous prévenir à l'avance que la bouchée qu'on nous force à avaler sera grosse, ne suffit pas.

Le fait est plutôt que l'homme ainsi émasculé sous ce dernier coup de scalpel et extirpé de son habitat naturel pour l'exposer d'une manière calculée à un lectorat dramatiquement docile, n'était pas né pour être dupe toute sa vie. Dans une causerie prononcée le 12 février 1936 à Montréal, l'auteur de Notre maître le passé et de Directives ne prit-il pas soin de préciser déjà, comme s'il voulait se dégager de toutes étiquettes qu'une certaine élite était en train de lui dessiner, qu'il avait parlé sans amertume ni animosité, qu'il n'était au service d'aucun clan, d'aucun groupe ? «Dieu merci, dit-il alors, je suis un homme libre ; je n'appartiens à personne. Je n'appartiens qu'à ma nationalité, à l'Église, à ma conscience, à ma foi.» Et sur le repli de son parcours (1961), après le lancement manqué de Notre Grande Aventure, de répondre à la nouvelle critique officielle qui lui avait fait l'affront de l'oublier, de s'adonner à ce qu'elle n'a jamais cessé de faire, «le tri entre les oeuvres qui comptent et celles qui ne comptent pas».

«Une jeune école d'historiens fauchait gaillardement toutes les têtes qui lui paraissaient dépasser l'honnête médiocrité. C'est à peine trois ans plus tard, qu'à bout d'humeur, je jetais à l'auditoire cette rude plainte : « Quand donc en finirons-nous, une bonne fois pour toutes avec ce pessimisme amer, cette rage dont semblent possédés quelques jeunes esprits de chez nous, rage de tout saborder, foi, Église, histoire, rage aussi de nous diminuer, de nous avilir, de nous rendre encore plus petits, plus misérables que nous sommes ?» (...)

«J'ai pensé, j'ai écrit et j'ai parlé sans me préoccuper de l'inspiration ni de l'accent qui pourraient animer mes pauvres oeuvres. Tout simplement j'ai travaillé comme j'ai respiré, dans l'air de mon pays, de mon temps, de ma foi : j'ai obéi aux penchants, aux lois intimes de mon être, laissant aux grands esprits de courir après la chimère de l'universel, pour n'atteindre trop souvent que la grisaille, l'anonymat et la médiocrité.» (...)

«Je n'ai jamais cru, voyez-vous, qu'on doive écrire l'histoire autrernent qu'on ne la trouve, ni que sous prétexte d'un renouvellement ou d'une nouvelle interprétation, chose en soi légitime, on puisse se permettre d'enjamber les textes et de réinventer le passé à sa façon.» (Mes Mémoires, 8e vol., t. 4, pp. 288, 290, 293)

J'imagine que Groulx serait le premier à s'épater de tout ce tapage fait autour de son nom et qu'il le serait davantage de savoir les caricatures que son oeuvre inspire. S'il avait pu voir venir toute la fiente qu'on allait verser sur sa mémoire, sans doute aurait-il pris soin de rajouter en lettres capitales que ce qui devait être fait a été fait en ce qui le concerne, et que le temps, qui est un bien grand maître, saura tout nettoyer ce que tant d'autres auront pris grand soin de souiller. Il aurait aussi confessé qu'il était le seul maître de ses contradictions ; qu'il n'avait pas à soupeser le poids de cette sorte de caractère qui ne manque jamais de marquer le parcours de ces êtres graves forgés de dignité, d'expériences, de renoncements, de défaites et d'engagements. Nul doute qu'il aurait écrit en exergue de ses mémoires, pour parer à tout délire subséquent, huitième volume toujours, qu'il était «un animal d'action ; [un] être naturellement expansif jamais bridé», ce qu'il était au reste, et ce qui explique l'essentiel de son caractère à mon avis.

Une conscience universelle

Contradictoire l'homme ? C'est là, pourtant, et n'en déplaise à tous ces prestolets qui se sont donné comme mission de réduire à sa plus simple expression l'esprit fondateur d'un peuple (je n'ai pas dit le mythe fondateur!), l'image que j'aime entretenir de ce visionnaire constamment tiraillé par l'inévitable contradiction de son combat, de sa quête, de son être. S'il n'était pas dupe, il n'était pas homme non plus à chercher les faux-fuyants : il disait sans ambages ce qu'il voyait par le bout de sa lunette. Point final!

Je comprends qu'une très grande part de l'élite canadienne-française d'aujourd'hui - qui rechigne à se faire pointer du doigt par ce visionnaire au regard perçant et qui la renvoie face à elle-même - n'aime pas ! C'est là un fait d'histoire peu glorieux (qu') il est préférable de ne pas évoquer dans Ces quelques arpents d'Amérique où les esprits se mesurent à leurs médailles, à leurs titres et à leurs pouvoirs subventionnels, je le comprends pour tous ceux et celles qui n'ont pas le beau rôle; mais en tout temps, dans l'histoire du Québec, la trahison de l'élite, quand ce n'est pas sa pusillanimité, sa paresse, sa vénalité ou sa médiocrité, a servi de trame de fond à la défaite nationale - ce que Groulx avait fini par déceler et ne s'était pas privé à répudier.

Même si tout est sujet d'interprétation et qu'il y a autant de manières d'aborder Groulx qu'il y a d'intéressés, je prends à témoins ces trois extraits particulièrement éclairants qui marquent, selon moi, la fin d'une illusion et le début d'une nouvelle prise de conscience : dans le premier (juin 1937),(5) il prend clairement la part du peuple et met ses chefs en face de leurs devoirs; dans le deuxième (novembre 1941),(6) il exprime une réalité historique réfractaire qui lui apparaît de plus en plus évidente et qu'il traînera sa vie durant; et dans le troisième (novembre 1943),(7) il condamne sans équivoque la défection de cette élite qu'il n'hésite plus à comparer à «des chiens crevés» - un sommet de dureté pour ce grand esprit.

Une autre plume, sensible à des préoccupations divergentes, pourrait analyser différemment ce point de passage, ce qui pourrait être un point de vue respectable et méritant ; mais, me concernant, selon ce qui ressort de ma propre expérience et de la valeur que je donne à la détermination du combattant, c'est le message que j'en retiens. Et si le chanoine s'est prêté à l'exercice de rééditer ces deux derniers écrits de circonstance trente-quatre ans plus tard (je parle de ceux de 1941 et de 1943, publiés dans Constantes de vie, 1967), c'est qu'il avait certainement jugé que ces pamphlets détenaient un certain message universel, droit comme l'épée du roi, toujours conformes à sa conscience - donc sans contradiction fondamentale comme le proclame urbi et orbi Bouchard (Gérard !) du clocher de son église -, bref un Groulx fidèle à son rendez-vous avec l'Histoire ; c'est qu'ils rendaient justice à son parcours de combattant dont il était singulièrement fier et qu'il n'entendait pas renier avant de pénétrer dans son éternité. Ici comme ailleurs je le redis, tout est question d'angle, de prisme, de perception, voire même d'intérêts ; tout dépend à quelle enseigne on loge pour la galerie ? quelles sont nos ambitions réelles ? quelles sont nos prétentions personnelles lorsqu'on entreprend de mesurer la pensée de l'autre ?...

NOTES

(1) À propos de cet antagonisme irréconciliable qui opposait les deux abbés historiens, Marcel Trudel raconte, dans ses Mémoires d'un autre siècle (Boréal, 1987, pp.184-185), une anecdote absolument savoureuse qui illustre bien la finesse intellectuelle du combat nationaliste de l'époque et qui permet d'apprécier à quel point l'irritation dépassait le simple conflit professionnel. Pour goûter toute la subtilité de cet élixir d'hilarité, il faut rappeler que Groulx était francophile, Québécois d'abord, canadien ensuite; et que Maheu (sic) était anglophile, voire même loyaliste.

« Le Canada français écoutait alors deux postes émetteurs irréductibles : Lionel Groulx et Arthur Maheux. C'est en regardant ses adversaires dans les yeux que Groulx leur avait dit, lors d'une grande fête publique : «Nous sommes la génération des vivants, vous êtes la dernières génération des morts», ce qui jeta un froid et ne favorisa pas la collaboration. Maheux avait écrit urne brochure à l'adresse des «autres» : Pourquoi sommes-nous divisés ? et Groulx, pour les autres, avait répondu par une brochure : «Pourquoi nous sommes divisés».

(2) Le soulignage est de moi.

(3) Il n'aura échappé à personne qu'il s'agit ici du personnage central du roman du terroir de Félix-Antoine Savard, Menaud maître draveur, publié pour la première fois en 1937.

(4) Le lecteur non averti saura de quoi il retourne, en prenant connaissance du contenu du livre de Gérard Bouchard, Mistouk, Boréal, 2002.

(5) «De grâce, que l'on ne réplique point, avec les défaitistes: «Trop tard ! Le peuple ne veut plus !» J'aurai le courage de prendre ici la défense de notre petit peuple. Sans doute se révèle-t-il parfois bien inerte, bien décevant. Mais l'histoire m'a appris que d'ordinaire, il vaut autant que ses chefs. Au surplus, quand tout un peuple est endormi, c'est qu'il y a quelque part des endormeurs. Je dénie le droit à ceux qui ne sont pas même éveillés, de reprocher au peuple son sommeil...» Cf., Lionel Groulx, discours du 29 juin 1937, in Directives, Éditions du Zodiaque, 1937, p. 1941.

(6) «La mission culturelle, avons-nous dit, n'est pas l'affaire exclusive de l'élite. [..] Si, dans l'Amérique de 1941, la culture française n'est plus qu'un brillant anachronisme, une exquise élégance d'esprit, mais impropre à façonner la sorte d'intelligences qu'exigent les dures batailles d'un siècle de fer, les partisans d'une éducation réaliste et pragmatiste ont raison: il n'y a pas de place sur le continent pour un peuple français. Si la réalité historique dont nous sommes issus n'a réussi à faire de nous qu'une ébauche, une scorie de peuple; si notre passé, si beau que nous l'ayons cru, n'est qu'un mirage pour historiens romantiques ; il n'y a pas là ce dépôt de traditions et de réserves morales où puisse s'appuyer l'élan d'un peuple moderne, les défaitistes ont raison: le plus tôt nous tournerons le dos à ce passé et changerons d'âme, le mieux ce sera pour nous-mêmes et pour notre pays...» Cf., Lionel Groulx, conférence du 9 novembre 1941, in, Constantes de vie, Fidès, 1967, pp. 8586.

(7) «La grande tristesse pour tout homme qui a essayé de mener sa vie en fidélité et droiture, ce n'est pas d'avoir été discuté ni incompris, ni même insulté, c'est le spectacle déprimant des lâchages et des reniements de ses anciens compagnons de route. C'est le cynisme des hommes d'âge mur, ses amis d'hier, qui, pour tâcher d'expulser de leur conscience les cadavres d'idéal qui n'achèvent plus d'y pourrir, s'essaient au sarcasme, au rire en grimace sur les enthousiasmes et les emballements de leur jeunesse ; c'est la procession funèbre de ces chiens crevés qui s'en vont au fil de l'eau, symbole poignant d'une race trahie par ses chefs.» Cf., Lionel Groulx, conférence du 29 novembre 1943, in Constantes de vie, Fidès, 1967, p. 149.




plus

Quarante années d'écriture, l'air de rien

Blandine Campion
LE DEVOIR samedi 31 mai et dimanche 1er juin 2003


Est-il possible de demeurer «méconnu» quand, depuis 40 ans, un titre après l'autre, un auteur construit une oeuvre qui se veut «discrète»? Combien d'écrivains québécois ont eu leur «semaine», faisant ainsi paraître cinq titres en autant de jours? Au temps où naissait le Boréal, un jeune auteur signait déjà son premier livre. Bonne fête, M. Archambault!

Pour Gilles Archambault, observateur parfois cynique des petits travers de ceux qui font de la littérature leur pâture quotidienne, l'un des principaux défauts de ces individus étranges que l'on nomme les universitaires est de passer leur temps à tenter de dénicher l'auteur, leur auteur, celui qui, oublié, incompris, leur permettrait, une fois remis en lumière par leur talent de découvreur, de ne plus avoir l'air de «suiveurs» dans les réunions de beaux esprits... N'en déplaise à Archambault, et sans chercher à proposer comme neuve une vérité que lui-même a corroborée à de multiples reprises, il faut bien poser d'emblée l'affirmation suivante : l'oeuvre littéraire d'Archambault est une oeuvre discrète et... méconnue.

Voilà toutefois une affirmation qui peut paraître surprenante concernant un auteur qui, ayant commencé sa carrière en 1963 avec la publication de son premier roman, Une suprême discrétion, fête cette année ses noces d'émeraude avec l'écriture, en même temps que la maison qui le publie.

Toujours écrire

Voilà 40 ans en effet que cet auteur -- qui affirme lui-même n'être pas persuadé de la nécessité d'écrire des romans tout en avouant qu'il ne cessera sans doute jamais d'écrire -- accumule romans, recueils de nouvelles, textes radiophoniques, chroniques, etc. Cependant, si le nom de Gilles Archambault provoque certaines résonances dans l'esprit des Québécois, ces derniers ne l'associent pas forcément à celui d'un auteur que l'on peut somme toute considérer comme un timide prolixe.

Le contact d'Archambault avec le public s'est effectué de manière privilégiée, dès 1963, par l'entremise de son activité de réalisateur et d'animateur à la radio MF de Radio-Canada, sur les ondes de laquelle il préparait des émissions ayant trait à ses deux passions, la littérature et le jazz, et par les chroniques d'humeur ou d'humour qu'il rédigeait pour divers journaux et magazines, tels que Le Devoir et L'actualité. C'est ainsi que lecteurs et auditeurs ont pu se familiariser à la fois avec le ton et la voix si particuliers d'Archambault, grâce notamment à son Jazz soliloque et aux confidences confiées au micro de Joël Le Bigot dans CBF Bonjour.

Si ces diverses expériences ont fait de cet homme un habitué des médias, qui maîtrise aussi bien l'écriture enjouée de la chronique qu'il se satisfait de l'intimité conférée par l'exiguïté des studios d'enregistrement radiophoniques, on ne peut toutefois pas dire qu'elles l'ont rendu «médiatique» ! En effet, Gilles Archambault est un auteur qui se tient volontiers à l'écart des diverses manifestations de l'institution littéraire et des habituels circuits promotionnels. Il n'y a d'ailleurs, pour s'en convaincre, qu'à lire à ce propos les textes qui composent le recueil intitulé Le Regard oblique. Rumeurs de la vie littéraire dans lesquelles le chroniqueur rend compte, non sans ironie, des déboires de la condition d'écrivain et des petites manies du milieu littéraire, tout en exprimant une certaine méfiance vis-à-vis de ces mêmes médias lorsqu'il s'agit pour lui de passer de l'autre côté du micro ou de la plume, sans parler des circuits télévisuels qu'il associe volontiers à un cirque.

Circonspection

La réserve d'Archambault à l'égard de ce qu'il nomme lui-même «les relations publiques», l'ironie mordante avec laquelle il décrit aussi bien les manies des professionnels de la littérature que celles des journalistes littéraires, le cynisme même qu'il applique à décrire les diverses manigances auxquelles se prêtent les auteurs en mal de gloire, tout cela a-t-il joué un rôle dans le silence poli qui a entouré la sortie de la plupart de ses romans ? Difficile à dire. Ce qui l'est moins, c'est que la circonspection dont, encore aujourd'hui, il fait preuve non seulement à l'égard de l'apparat de la vie littéraire, mais aussi de tout ce qui émane de l'institution, a été pour le moins réciproque et a amené cette même institution à bouder Archambault pendant de nombreuses années, lui qui évoque avec un sourire «l'anonymat qui a assombri tant d'années de sa triste vie».

À cette «froideur» réciproque s'ajoute sans aucun doute le fait que le ton intimiste adopté par le romancier de même que la vision pessimiste proposée par ses récits semblent ne correspondre ni au goût du grand public, ni -- du moins ce fut le cas pendant un temps -- au goût de ses pairs : ainsi, Archambault, trois fois finaliste au prix du Cercle du livre de France, n'a jamais obtenu la suprême récompense.

Reconnaissance

Pourtant, peu à peu l'oeuvre s'est imposée comme l'une des plus substantielles de la littérature québécoise contemporaine. Dans les années 1980, alors qu'Archambault en est à son neuvième roman, sans parler de ses autres publications, arrive enfin la reconnaissance de l'institution : le prix David pour l'ensemble de son oeuvre en 1981, le prix du Gouverneur général en 1987 pour le recueil de nouvelles L'Obsédante Obèse et autres agressions. Une sorte de sommet sera atteint en 1994, lorsque les Éditions du Boréal lanceront, au cours d'une même semaine, la réédition du Tendre Matin (paru pour la première fois en 1969), une nouvelle édition des Plaisirs de la mélancolie, la reprise en format compact du récit Un après-midi de septembre, ainsi que la parution de Nouvelles Chroniques matinales et du recueil de nouvelles Tu ne me dis jamais que je suis belle, ce qui amènera d'ailleurs plusieurs critiques à parler de «la semaine Archambault», événement plutôt paradoxal pour un auteur qui confesse n'assister -- et encore, par amitié -- qu'à un seul lancement par an...

Ce que ces honneurs, pour aussi tardifs qu'ils soient, sont venus souligner, c'est la place incontestable occupée par l'oeuvre d'Archambault dans la production romanesque contemporaine au Québec. Écrivain «têtu, persévérant, il apporte quelque chose de nouveau à la littérature québécoise», comme l'affirmait Pierre Turgeon, premier éditeur d'Archambault.

Têtu, Gilles Archambault l'est certainement, lui qui poursuit inlassablement une oeuvre dont chaque page doit être arrachée au doute, au sentiment de l'à-quoi-bon qui submerge si souvent ses personnages, à la certitude de la vanité des entreprises humaines. Têtu, oui, mais fidèle. Dans son plus récent livre publié chez Boréal, Archambault affirme d'ailleurs : «Je m'incruste, je suis un fidèle parmi les fidèles.»




plus

Quebec has a new, small 'c' look

Martin, Charest must recognize sea change in province

Diane Francis
Financial Post Thursday, May 29, 2003


Another Quiet Revolution has taken place in Quebec, leaving public opinion way ahead of politicians.

Polls show that Quebecers are actually small 'c' conservatives. They are no longer slavish fans of statism and Bill 101's linguistic intrusion.

Quebecers, both francophone and the rest, registered overwhelming support for the principle of freedom of choice when it comes to the language of instruction for children. They also favoured vouchers for the selection of schools, as well as private medicine.

There doesn't seem to be any consensus on health-care policy fine points (i.e., user fees, privatization, two-tier and the like). But Quebecers are clearly unimpressed with federal obstructionism, and for good reason. Their system is closer to bankrupting the province than elsewhere. Figures show roughly 50% of the province's budget is devoted to health care compared with 30%, on average, in the other provinces.

Despite a sea change in opinion, there hasn't been a politician there with the guts to embark on a Common Sense Revolution. ADQ leader Mario Dumont began as a conservative, then retreated during the last election when he was viciously attacked by Quebec's dinosaurs in politics and the media.

That's why my concern is that the same old political flashpoints, and old politicians, may be around the corner.

The biggest worry is from sources who say that Paul Martin has made another deal with the devil or the secessionists. (Most, if not all, of the Bloc Québécois seats will be up for grabs in the next federal election and sources say the Martin camp has struck deals with this bunch.)

If so, then the quid pro quo is the same as Brian Mulroney's with Lucien Bouchard and others -- appeasement, bribery and a new deal. This would mean an end-run around the Clarity Bill, which requires any secessionists to negotiate departure with the rest of the country as specified by the Supreme Court of Canada after the last referendum.

Unfortunately, another round of nauseating co-option and constitutionalizing will only yield one surefire result: A "real" secession threat by Alberta, British Columbia and parts of western Canada whose grievances and opinions have always been ignored by Ottawa and mainstream parties.

While the federal situation is a concern, there's also the matter of Jean Charest and whether he's simply another retreaded Tory appeaser who will eventually cave in.

A flashpoint may result from a surprising announcement, in late April, that the Supreme Court of Canada will hear cases mounted by civil rights activist Brent Tyler involving 10 francophone families with 25 kids who cannot attend English schools. The case challenges Bill 101 and Quebec's French Language Charter, both of which restrict school attendance on the basis of family language.

Interestingly, these Quebec laws are in contravention of the United Nations' Convention on the Rights of the Child and a UNESCO Recommendation Against Discrimination in Education.

Back in 1994, Mr. Tyler and others obtained a decision from a United Nations' committee that Canada was in violation of these treaty obligations because of Quebec's laws. But the committee added that there were domestic remedies available through the courts in Canada, namely the federal Charter of Rights and Freedoms.

In 1998, Mr. Tyler shifted the matter from discrimination against immigrant children to discrimination against the majority francophones by going to bat for a six-year-old boy named Simon Miller-Vadeboncoeur and his francophone parents. In an interview with me back in 1998 when the case was first launched, Simon's father Pierre explained. "For us, it's not a political issue at all, it's a personal issue. I want him to be bilingual, more than me. I want him to speak English without any accent, like Jean Charest."

Others joined the cause, but Mr. Tyler has lost two lower court decisions in Quebec. That's why the Supreme Court's announcement is unusual and surprising.

"The legal argument in this case is simple," said Mr. Tyler. "Quebec's own charter says you can't discriminate against children based on their ancestry or ethnic background when providing public service. And English schools are paid for by all taxpayers."

He will argue that denying the child access to an English education violates his rights under two sections of the Quebec Charter of Human Rights and Freedoms, as well as under international treaties signed by Canada.

The Charest concern is that if the Supreme Court agrees that parents and their children deserve choice, the Parti Québécois will have an opportunity to whip up Quebec public opinion against the rest of Canada and force Mr. Charest to invoke the notwithstanding clause and ignore any ruling for five years.

This was exactly the scenario that precipitated the last crisis and led to Meech Lake and the Bloc Québécois and a decade of damage and political distraction.

Let's hope that Messrs. Martin and Charest respect that Quebec has changed and realize that they must too.

As Albert Einstein once said: "The first sign of madness is to do something over and over while expecting a different result."

dfrancis@nationalpost.com




plus

À la recherche d'armes introuvables

Washington envoie 1300 personnes pour rechercher les armes prohibées

AFP LE DEVOIR samedi 31 mai et dimanche 1er juin 2003


Les États-Unis et leurs alliés vont se lancer la semaine prochaine dans de nouvelles tentatives de recherche des armes de destruction en Irak, envoyant 1300 personnes supplémentaires dans la région, dont de nombreux analystes et spécialistes du renseignement, ont indiqué hier des responsables américains.

Cette annonce survient au moment où l'administration Bush tente de désamorcer une controverse aux États-Unis après des déclarations du no 2 du Pentagone indiquant que la question des armes de destruction massive (ADM) en Irak avait été mise en avant pour des raisons politiques.

Le Groupe de surveillance de l'Irak continuera des recherches sur le terrain à partir de renseignements rassemblés avant la guerre mais fera aussi porter son effort sur la recherche de renseignements sur l'ensemble des activités illicites de Saddam Hussein, qu'il s'agisse des ADM, de terrorisme ou de crimes de guerre, ont précisé les responsables américains.

En pleine polémique sur les arguments avancés par les États-Unis pour lancer l'intervention en Irak, le secrétaire adjoint à la Défense, Paul Wolfowitz, minimise dans un entretien à paraître dans le magazine Vanity Fair l'importance des présumées armes de destruction massive irakiennes dans le déclenchement du conflit.

Paul Wolfowitz affirme que des «raisons bureaucratiques» ont conduit à se concentrer sur l'arsenal supposé de Saddam Hussein -- dont les Américains n'ont toujours pas trouvé la trace -- mais qu'un «énorme» motif de la guerre était aussi la nécessité d'un retrait des troupes américaines d'Arabie Saoudite.

Interrogé à Singapour, Wolfowitz a déclaré que les États-Unis avaient trois sujets de préoccupation à propos de l'Irak avant la guerre : les armes de destruction massive, le terrorisme et les abus perpétrés sur les citoyens irakiens par le régime de Saddam.




plus

Chrétien won't abide U.S. weapons in space

PM supports missile defence, with conditions

Robert Fife, Ottawa Bureau Chief and Sheldon Alberts, Deputy Ottawa Bureau Chief
National Post Saturday, May 31, 2003


Jean Chrétien says his government wants to join the U.S. missile defence system because it wants to protect Canadian cities from missile attacks from rogue states, but he made it clear yesterday Ottawa would pull out of talks if the Americans plan to weaponize space.

Although Ottawa has not been asked to host missiles or radar stations, Mr. Chrétien said he opened the door to participate in the continental missile shield in Canada's national interest.

Any potential missile attack on the United States could be targeted over Canada, ''so we have to be realistic in the defence of our continent,'' he said.

''We are starting discussions because it is the defence of our cities. The Americans do want to defend effectively New York, Boston, Washington, Chicago and Seattle. Physically they have to stop the missiles before they get to Vancouver, Toronto, Ottawa or Montreal,'' he told reporters in St. Petersburg, Russia.

On Thursday, Ottawa approved formal negotiations with the Pentagon about joining the controversial US$8-billion missile defence system, which will deploy land and sea-based missile interceptors beginning next year.

In Ottawa, John McCallum, the Defence Minister, said the government will not seek a guarantee from the United States to abandon the development of any space-based weapons system.

Mr. Chrétien was firmer, insisting Canada will not join the missile defence system if there is any possibility it would lead to the placement of weapons in space.

''We are talking at this time about the defence from missiles. It is not the weaponization of space. It is establishing a defence system to protect North America,'' he said. ''There will not be a program in which we will participate if it is to be the weaponization of the space.''

The U.S. system could ultimately be based around a global network of missile interceptors. It would require upgrading existing U.S. early warning radar stations in Britain and Greenland, but not Canada. Denmark is also likely to be used as radar base.

Mr. McCallum said negotiations with the United States would be based on securing some Canadian control over the existing missile defence system, which initially calls for placing six interceptor missiles in Alaska and four in California by 2004, then 10 more in Alaska by 2005.

Ottawa hopes command and control for the system can be placed under the authority of the North American Aerospace Defence command (NORAD), the binational military organization in which Canada and the United States share power for protecting continental airspace.

Mr. McCallum said he does not believe the United States will want missile bases in Canada. But if the government decides to participate, he said it is unlikely Canada would mount a serious objection to the deployment of radar bases in the country.

''If we are proposing to be a part of this system, I don't think we would have a fundamental problem with the radars on Canadian soil,'' he said. ''We can't rule it out and I am certainly not saying that we would reject that out of hand. We would have to think about it.''

Negotiations with the United States are likely to conclude this fall, with a final Cabinet decision on Canadian participation before the end of the year, he said.

''They are going to deploy in the fall of 2004.... That is the timing challenge,'' he said. ''It is not the Americans telling us to hurry up.... But they are making plans assuming our absence. So it is in our interest to get in there before these plans become too solidified.''

Meanwhile, Mr. Chrétien announced yesterday Canada would contribute $149-million as part of a $1-billion pledge over the next 10 years to help Russia destroy its weapons of mass destruction -- mainly spent nuclear fuel from missiles and nuclear submarines.

At last year's G8 summit in Alberta, the leaders agreed to set up a US$20-billion fund to dismantle and destroy Russian weapons to ensure they do not end up in the hands of rogue states or international terrorists.

''More than 10 years after the end of the Cold War, Russia remains a repository for vast quantities of weapons and materials of mass destruction'' he said. ''Canada will be helping Russia destroy its stockpile of approximately 40,000-metric tonnes of chemical weapons.''




plus

Minorities get short shrift from Liberals

DON MACPHERSON
The Gazette Saturday, May 31, 2003


Plus ça change, plus c'est pareil - ou presque. We used to have a Parti Québécois government in which the linguistic minorities were under-represented.

Now we have a Liberal government, elected with the solid support of the minorities, in which the latter are still under-represented, only less so.

Nineteen per cent of Quebecers have mother tongues other than French. And non-francophones cast roughly two-fifths of the votes that the Liberals received in last month's election.

Yet non-francophones hold only 14 per cent of the 76 Liberal seats in the new legislature. And it's not because the voters rejected others who ran for the Liberals; all the party's minority candidates were elected.

Only three of the 25 places around Premier Jean Charest's cabinet table (before yesterday's resignation of junior health minister Julie Boulet went to non-francophones. Only one of the 20 positions as parliamentary secretary (and the extra pay that comes with it) went to a minority member. In both cases, experienced, capable non-francophones were passed over in favour of francophone rookies. Non-francophone names are scarce on the list of chiefs of staff and press secretaries hired by ministers.

And there's no sign yet of action on the Liberals' campaign promise to address the under-representation of minorities in the civil service.

Of course, they've been in power for only a month. But during that time, the cabinet has made more than 50 appointments of senior civil servants, executives of government corporations, members of boards and committees, and so on.

Only one of these jobs went to someone with a non-francophone name: Juan Roberto Iglesias, a native of Spain educated in Quebec in French.

Formerly a vice-dean in the faculty of medicine at the Université de Sherbrooke, Iglesias was appointed deputy minister of health and social services. That makes him the top civil servant in the department that is not only the biggest but also the most important politically.

Most of the appointments that have been made by the cabinet were promotions or, in the case of committee members, renewals of mandates. And non-francophones are notoriously scarce in these areas.

But if the Liberals could move so quickly to reach outside the civil service to hire one minority member as deputy minister of health and social services, then it seems they might have recruited a few more for some of the other 50 or so positions they had to fill.

That is, they might have done so had they thought of it, and if they'd had the will.

There's a qualified non-francophone candidate for one high-profile position in Quebec City that will be filled next week. The first act of the new legislature when it opens will be to choose the president, or speaker, of the National Assembly in a rare election among the MNAs.

Usually, the speaker is chosen by the premier, and at first it was widely assumed that Charest's choice was longtime Liberal MNA Michel Bissonnet. But after Charest left Christos Sirros out of his cabinet, much to Sirros's disappointment and the surprise of others, Sirros decided he would settle for the speaker's chair instead.

This forced the election, since Bissonnet maintained his candidacy and Charest decided that he and the cabinet would not express a preference between the two 22-year Liberal MNAs. (There are two other declared candidates, but Bissonnet and Sirros are the main contenders.)

The election will be held by secret ballot after a dignified campaign conducted with letters from the candidates to the other MNAs rather than campaign posters. And the fact that Sirros was born in Athens appears to be an electoral asset. His letter points out that he would be the first foreign-born speaker ever. (He would also be the first non-francophone in the chair in nearly 40 years.)

Bissonnet has served as vice-president of the Assembly, and he's popular among returning MNAs. But members of the Liberal majority are aware that some Montreal non-francophones felt slighted when they were left without a voice at the cabinet table. They might try to make up for that by voting for Sirros.

But the PQ opposition knows that, and some of its members might be disinclined to help the Liberals patch up relations with their supporters.

dmacpher@thegazette.canwest.com




plus

Rethinking day care

The Gazette Saturday, May 31, 2003


The skies over Quebec are full of political trial balloons these days as politicians, bureaucrats, and pundits gossip and speculate about where the axe will fall in next month's provincial budget. From the Laval Métro extension to construction of the Grand Bibliothèque du Québec to maintenance for subsidized housing, each potential target mentioned provokes a ripple of public reaction, which is a useful feedback mechanism for the government. But nothing the Liberals have floated so far has produced as much reaction as the ideas for re-making Quebec's $5-a-day day care regime.

Introduced in 1997, $5-a-day day care has become, despite all its limitations, immensely popular, and is now one of Quebec's signature social programs. But it's not untouchable: the Liberals campaigned in last month's election to trim all government spending except in health and education. What the Liberals are talking about is halting some new day care openings that were itemized in the March budget passed by the former Parti Québécois government. At the same time, Family and Child Services Minister Claude Béchard said the Liberals are considering making well-off parents pay more than $5 a day. "Is it normal that someone who earns $25,000 pays $5," Béchard asked, "and someone who earns $125,000 pays $5, too?"

With an unexpected $4.3-billion budget hole to fix, slowing down the expansion of the system is not unreasonable. But we are disappointed with Béchard's suggestion that there's something fundamentally unfair about the universal $5 fee. The actual cost of a day care spot in Quebec is $32.30 a day, and it's taxpayers who pay the $27.20 balance for each $5 spot. And in our income-tax system, a person earning $125,000 pays much more tax than a person earning $25,000. In fact, four in 10 Quebecers don't pay any income tax at all.

Béchard appears to be in just as thick a fiscal fog with his suggestion that some or all of the $27.20 subsidy should be considered a taxable benefit for households above a certain income. Bad idea. First of all, the $27.20 paid by the government comes largely from tax revenue. Béchard's idea means we would pay tax on a service we receive from the government - a nasty form of double taxation on those Quebecers who both have children and participate in the labour force. This is a trial balloon that deserves to be shot down in flames.

Here's a better approach: Instead of fixating on new revenues, Béchard should move the network back to its founding vocation. The original purpose of the regime wasn't to provide heavy state subsidies for child care. There was already a generous system of federal tax deductions and provincial tax credits that reimbursed most parents more than half of day care costs. The original purpose was in fact to create a new early-childhood-education system.

Concerned about the high-school dropout rate, the PQ government acted because studies showed that children who get high-quality early childhood education, especially children from poor families, are less likely to drop out later.

This core mission of early childhood education can be reinforced, in these tight-budget times, by restructuring the network so that all children aged 3 and 4 in Quebec, regardless of whether their parents work or not, or are on welfare, are entitled to quality early-childhood-education at $5 a day. Is there anything wrong with going back to the old system of letting tax deductions and tax credits take care of subsidizing the changing of diapers of infants and toddlers before that age?

Béchard and the Liberals need to do some more creative thinking.




plus

Mondialisation - L'Observatoire québécois n'est plus

Robert Dutrisac
LE DEVOIR samedi 31 mai et dimanche 1er juin 2003


Québec -- Le couperet est finalement tombé sur l'Observatoire québécois de la mondialisation. Le gouvernement Charest a décidé de tuer dans l'oeuf cet organisme afin d'économiser 1,5 million, le budget de sa première année d'existence.

C'est jeudi que les fonctionnaires du ministère des Relations internationales ont appris du cabinet de la vice-première ministre et ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, la décision du gouvernement. Hier, plusieurs membres du conseil d'administration de l'Observatoire, lequel devait officiellement commencer ses activités le 1er avril, n'avaient pas eu vent de cette disparition. Le président du conseil de l'organisme mort-né, Pierre Lampron, président de TVA films et ex-président de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), n'a pas rappelé Le Devoir.

Créé par le gouvernement Landry à la faveur d'une loi adoptée en novembre 2002, l'Observatoire de la mondialisation était une cible facile pour les compressions que le gouvernement Charest voulait effectuer au sein du ministère des Relations internationales comme dans tous les autres ministères. Jean Charest avait déjà affirmé qu'il n'affaiblirait pas les délégations du Québec à l'étranger, qui représentent 40 % du budget de 112 millions du ministère. L'Observatoire, contrairement à d'autres engagements du ministère, ne dépend pas d'un accord qu'il serait embarrassant de résilier avec un pays étranger ou un organisme international.

S'il abolit la nouvelle structure, le gouvernement Charest confiera certaines missions de l'Observatoire -- on pense notamment à ses activités de veille sur la mondialisation et à l'évaluation des conséquences du phénomène pour la société québécoise -- au milieu universitaire, a-t-on indiqué. Le Centre Études internationales et mondialisation de l'UQAM semble bien placé pour assumer ce mandat.

Jeudi, les quatre centrales syndicales -- CSD, CSN, CSQ et FTQ -- avaient émis un communiqué pour demander au gouvernement d'épargner l'Observatoire. Hier, le président de la FTQ, Henri Massé, s'est dit déçu. Le chef syndical a souligné que la négociation des accords commerciaux internationaux manquait de transparence. «Les libéraux auraient pu prendre la balle au bond, surtout quand ils parlent d'une nouvelle façon d'aménager les relations fédérales-provinciales, pour se pencher sur le commerce international», a souligné M. Massé.




plus

États-Unis - Vers un renforcement de la concentration des médias


AFP - LE DEVOIR samedi 31 mai et dimanche 1er juin 2003


New York -- Les autorités fédérales devraient autoriser lundi un renforcement de la concentration des médias aux États-Unis, malgré un dernier baroud d'honneur des opposants qui y voient une atteinte irrémédiable au pluralisme et aux intérêts du public.

Les cinq commissaires de l'agence fédérale des communications (FCC), chargée notamment de réguler l'industrie des médias, se réunissent lundi à Washington pour examiner un programme de réformes très controversé sur la propriété des chaînes de télévision, des radios et des journaux.

Le projet défendu par le président républicain de la FCC, Michael Powell, devrait être soutenu par les deux membres du même bord politique. Cela lui garantirait une adoption par trois voix contre celles des deux démocrates, qui ont demandé un débat public et tenté, en vain, de repousser la date du vote.

La vaste réforme prévoit notamment d'autoriser un seul groupe de médias à contrôler 45 % de l'audience télévisée nationale -- contre 35 % actuellement -- et abat aussi des garde-fous qui empêchaient jusqu'alors chaînes de télévision et journaux s'adressant aux mêmes publics de tomber sous la même coupe. Dans un dernier baroud d'honneur, les opposants, estimant que ce projet sert ouvertement les intérêts des «prédateurs» du secteur que sont News Corp., Viacom, Disney ou AOL Time Warner, ont multiplié cette semaine les interventions passionnées.

L'une des plus inattendues a été celle du fondateur de CNN, Ted Turner, un des plus gros actionnaires d'AOL Time Warner. Ces nouvelles règles «vont étouffer le débat, inhiber les nouvelles idées et exclure les plus petits entrepreneurs essayant de rivaliser», a-t-il affirmé hier dans une tribune du Washington Post intitulée «Monopole ou démocratie ?». «Si ces règles avaient été en vigueur en 1970, il aurait été virtuellement impossible pour moi de démarrer Turner Broadcasting ou, 10 ans plus tard, de lancer CNN», a ajouté Ted Turner, en soulignant qu'il s'exprimait en son nom personnel.

Parmi la bonne vingtaine d'associations qui ont protesté contre le projet, le Center for Public Integrity (CPI) s'est penché plus particulièrement sur le travail de lobbying intense des grands groupes auprès de la FCC, laissant penser qu'ils sont eux-mêmes à l'origine du projet de M. Powell.

Depuis septembre, les dirigeants des grands réseaux télévisés américains comme Rupert Murdoch (patron de News Corp. contrôlant Fox), Mel Karmazin (Viacom, CBS) ou ceux de General Electric (NBC) et de Disney (ABC) se sont réunis 71 fois avec des responsables de la FCC, a recensé le CPI.

Sur la base du travail de cette organisation, l'écologiste Ralph Nader, ancien candidat à l'élection présidentielle, a écrit jeudi à l'inspecteur général de l'agence fédérale pour exiger, préalablement au vote de la réforme, une enquête officielle sur les voyages d'agrément, parties de golf et autres repas gastronomiques offerts aux fonctionnaires du gouvernement.

L'appel a peu de chances d'être entendu par la FCC et surtout d'avoir dans les médias la même répercussion que les discours des défenseurs du projet.

Au rayon des supporteurs, Michael Powell peut notamment compter sur le Wall Street Journal, qui a salué les dernières concessions sur la possibilité «pour les femmes et les autres groupes minoritaires» de disputer aux grands groupes le contrôle de certaines radios locales. Le secteur radiophonique était jusqu'alors le parent pauvre de la réforme. «Nous applaudissons aux objectifs de dérégulation de l'agence, même si nous aurions souhaité qu'ils aillent plus loin», a écrit hier le WSJ dans un éditorial qualifiant d'«obsolètes» des règles de propriété des journaux et télévisions datant pour certaines de l'administration Johnson (1963-68).




plus

Les menteurs

Serge Truffaut
LE DEVOIR samedi 31 mai et dimanche 1er juin 2003


Tous les docteurs Jekyll de la Maison-Blanche et du 10 Downing Street ainsi que tous les Mister Hyde des administrations américaine et britannique ont menti. Pendant des mois, ils ont bluffé les Nations unies. Aujourd'hui, ils confient que les armes de destruction massive étaient au fond un leurre dont ils ont usé parce qu'ils sont des hommes en mission. Laquelle? Saigner durablement le multilatéralisme car celui-ci est contraire à la mission américaine consistant à imposer le Bien au monde.

La semaine qui s'écoule a été riche en révélations propres à donner le vertige. Dans un premier temps, le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, a laissé tomber l'information suivante : Hussein avait probablement détruit les armes de destruction massive. Fait à noter, il a dit cela avec ce ton badin qu'il emploie parfois pour communiquer des renseignements qui, jamais, ne peuvent être confondus avec l'aveu puisque la raison est de son côté. On osera dire : naturellement de son côté, puisque les États-Unis sont l'«empire bienveillant».

À peine le monde commençait-il à digérer cette indication que le second de Rumsfeld s'est mis en tête de faire écho à ses propos. Paul Wolfowitz, puisque c'est de lui qu'il s'agit, nous a appris que le motif des armes a été choisi pour des raisons... bureaucratiques ! Dans une entrevue accordée au mensuel Vanity Fair, celui dont l'obsession irakienne remonte aux années de Bush père précise que les armes en question se sont avérées le dénominateur commun, la raison sur laquelle les premiers rôles de l'administration Bush se sont le plus facilement accordés pour orchestrer l'offensive en Irak.

Ainsi donc, pendant des mois, l'administration Bush a confectionné et défendu avec une force à faire frémir ce qui n'était qu'une légende. Des semaines durant, on a capté l'agenda du monde autour d'un mensonge. On s'est moqué de l'ONU avec un tel cynisme qu'il est à espérer que les Britanniques forceront l'autre menteur du groupe, Tony Blair, à reprendre la proposition de son ex-ministre des Affaires étrangères, Robin Cook. Celle-ci consiste à mettre sur pied une commission parlementaire sur tout ce qui a trait à la vaste campagne de désinformation qui a été organisée.

Il faut également espérer que le Conseil de sécurité des Nations unies revienne quelque peu sur la dernière résolution portant sur l'Irak. On se souviendra que la semaine dernière, soit quelques jours avant que les maîtres chanteurs ne multiplient les confidences, les 15 membres du Conseil de sécurité ont voté, par pragmatisme ont-il indiqué, une résolution qui est en fait la légitimation a posteriori d'une guerre menée en totale contravention avec la Charte des Nations unies. Non seulement avec celle-ci mais également avec la résolution 1441, composée justement autour des armes et du mode d'inspection.

Dans le cadre de cette dernière résolution, Blair d'abord, Powell ensuite, ont multiplié des exposés tous rythmés sur la gamme des mensonges, les plus spectaculaires d'entre eux étant l'utilisation par Blair d'un vieux travail d'étudiant faussement présenté comme le patient travail des espions de Sa Majesté ainsi que la dramatisation, en février dernier, de faux-semblants par Powell.

Et tout cela pourquoi ? Parce qu'ils sont tous -- on ne le soulignera jamais assez -- des partisans ou plutôt des croisés de l'action, de la dynamique inhérente au combat. Il faut savoir que tous ces messieurs, Paul Wolfowitz en tête, se réclament intellectuellement du philosophe Leo Strauss, qui estime que «rejeter le droit naturel revient à dire que tout droit est positif, autrement dit que le droit est déterminé exclusivement par les législateurs et les tribunaux des différents pays». Qu'on pousse sa logique, leur logique, jusqu'au bout, et on sombre dans une autre loi : celle de la jungle.