missiles

Bouclier américain: Chrétien presse le pas

Mais son caucus et son cabinet donnent des signes de division

Hélène Buzzetti, Manon Cornellier
LE DEVOIR jeudi 8 mai 2003


Ottawa - Après des mois de silence, le gouvernement Chrétien presse le pas dans le dossier du bouclier antimissiles. Il fera savoir d'ici une dizaine de jours s'il amorcera des négociations sur cette question avec les Américains de façon à pouvoir décider d'ici l'automne si le Canada participera au nouveau système de défense américain.

Malgré cet échéancier serré et une impression de fait accompli de plus en plus répandue, le premier ministre Chrétien refuse de lancer un débat sur la question au Parlement. Il préfère s'en tenir à une consultation de ses propres troupes, qui se sont révélées divisées hier matin lors de la réunion hebdomadaire du caucus.

Même des ministres hésitent à mettre le doigt dans l'engrenage. Après Sheila Copps, c'était le cas d'Herb Dhaliwal hier. «Je ne suis pas de ceux qui croient que dépenser davantage pour la défense soit une bonne façon de bâtir un monde plus sûr», a-t-il dit avant la réunion du caucus.

Le conseil des ministres doit reprendre sa réflexion la semaine prochaine, mais selon le directeur des communications du premier ministre, Jim Munson, on s'attend à ce que la décision d'entreprendre ou non des négociations avec les Américains soit prise «d'ici une dizaine de jours» au plus tard.

«Il faudra [ensuite] des mois avant que nous ne soyons obligés de prendre une décision [au sujet d'une éventuelle participation canadienne au bouclier]», a précisé le premier ministre Jean Chrétien aux Communes. Il s'agit en réalité de moins de six mois : en effet, Ottawa devrait trancher la question d'ici l'automne, a précisé M. Munson. Le fait que les Américains comptent alors entreprendre la mise en place des premiers éléments du système, qui doivent quant à eux entrer en fonction un an plus tard, expliquerait cet échéancier.

Le ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, a insisté sur le fait que le gouvernement procédera par étapes mais que rien n'est déterminé à ce jour. «Il s'agit de savoir si nous aurons des pourparlers au niveau politique avec les Américains. Et même si nous décidons d'entreprendre ces pourparlers, il faudra que ceux-ci se concluent de façon positive afin que nous puissions décider de participer ou non», a-t-il dit à sa sortie des Communes.

Pour John Godfrey, l'opposant au projet le plus fervent au sein du caucus libéral, même un premier acquiescement aurait de quoi inquiéter. «Un oui maintenant rend un non plus tard plus difficile», a-t-il dit à sa sortie de la réunion du caucus.

M. Godfrey veut croire qu'il n'y aura pas de décision précipitée et s'accroche au fait que «tous les ministres ne sont pas persuadés». Certains de ses collègues pensent au contraire que les jeux sont faits, du moins pour ce qui est de la première étape. «Le gouvernement n'a pas le choix de suivre les États-Unis, mais personnellement, je suis contre ce système», a noté, fataliste, Sarkis Assadourian. «Il n'y a aucun doute, si on décode bien la situation, que le gouvernement discutera avec les Américains», a ajouté John Harvard, lui aussi opposé au projet.

Les partis d'opposition voudraient que le débat sorte des murs du caucus libéral et du cabinet et qu'il se transporte au moins au Parlement. Le premier ministre a refusé d'en prendre l'initiative. Selon lui, la responsabilité incombe à l'opposition. «Il y a des journées d'opposition qui servent justement à discuter de ce genre de problème», a-t-il répliqué au chef bloquiste Gilles Duceppe, qui trouve «antidémocratique» le fait qu'on informe seulement les députés libéraux et non pas l'ensemble des parlementaires.

Selon le député David Price, la majorité des députés libéraux appuierait une participation canadienne au bouclier antimissiles. À la sortie du caucus, les avis étaient plutôt variés.

Il y a les partisans, parmi lesquels des candidats au leadership, dont Paul Martin, ce que n'a pas manqué de souligner avec plaisir le ministre de la Défense. «J'ai noté que M. Martin est en faveur du projet dont nous parlons, c'est une bonne nouvelle», a-t-il dit.

L'ex-ministre de la Défense, Art Eggleton, croit que ce bouclier serait une extension logique de NORAD. Le président du comité de la Défense, David Pratt, fait pour sa part remarquer que «plusieurs de nos alliés étudient sérieusement une forme ou une autre de défense antimissiles et, à moins que le Canada ne s'implique, nous ne serons pas sous le parapluie [de protection] [...] et nous perdrons de l'influence ainsi qu'une part de notre souveraineté».

Plusieurs députés spontanément réfractaires au projet se disent tout de même prêts à appuyer la tenue de discussions avec les Américains. «Si le Canada ne s'assoit pas à la table, il n'aura aucune possibilité d'influencer le résultat», a confié Hedy Fry. La députée montréalaise Eleni Bakopanos veut bien faire ce compromis mais avoue être «de prime abord carrément contre» cette idée de bouclier antimissiles.

John Godfrey, lui, croit qu'il serait inutile de s'asseoir avec les Américains. «Que reste-t-il à discuter ? Ils ont déjà pris leur décision. Le danger, si nous participons, c'est que nous allons donner une caution morale, nous appuierons la doctrine de Bush.» Le député québécois Yvon Charbonneau partage le malaise de son collègue.

Pour lui et M. Godfrey, le débat s'inscrit dans le contexte de cette doctrine selon laquelle les États-Unis s'arrogent désormais le droit d'avoir recours à des frappes préventives pour imposer la paix. «Une défense de ce type offrirait la possibilité de passer à l'offensive dans des cas où, à l'heure actuelle, vous n'oseriez pas le faire, par exemple contre la Corée du Nord. Cela contribue-t-il à la paix dans le monde ? Je ne le crois pas», insiste M. Godfrey.

L'Alliance canadienne appuie l'initiative américaine et son chef Stephen Harper déplore les tâtonnements du gouvernement. «Le Canada aurait dû participer aux discussions il y a des années. Le programme est commencé.» Tous les autres partis d'opposition rejettent l'hypothèse d'une participation canadienne. Le chef néo-démocrate Jack Layton et Gilles Duceppe craignent en particulier qu'on ouvre la voie à la militarisation de l'espace.




PQ

Course à la direction du PQ : Le clan Marois met en doute la neutralité du bureau de Landry

Simon Boivin
Le Soleil jeudi 8 mai 2003


Le clan Marois s'interroge sur la neutralité du bureau de M. Landry, estimant que la plupart de ses membres favorisent la candidature de François Legault en vue de l'éventuelle succession à la tête du PQ.

Mis au parfum d'une partie de la composition du bureau du chef du parti avant que la liste officielle soit complètement disponible, certains ont jugé bon de partager leurs préoccupations.

"L'essentiel des gens embauchés, comme par hasard, se trouvent à être favorables à la candidature de Legault, note un proche collaborateur de Pauline Marois. Ils ont déjà travaillé pour lui ou ont fait état d'un appui en sa faveur. En fait d'impartialité, j'appellerais cela le cabinet de la neutralité bienveillante. Reste à savoir à quel point cela jouera..."

Le bureau du chef de l'opposition est composé de sept membres sélectionnés par M. Landry lui-même. Le bureau de recherche du parti est quant à lui composé de 11 personnes embauchées à la suite d'un concours et d'une entrevue.

Essentiellement, ce sont deux choses qui sont craintes par l'entourage de Mme Marois. D'abord, que les proches de M. Landry le convainquent d'attendre un contexte favorable à une victoire de M. Legault pour lancer officiellement la course à la direction du parti. Ensuite, que ces gens, rémunérés par l'État, travaillent à la campagne de M. Legault pendant les heures de bureau, alors que cela ne fait pas partie de leur tâche.

Chez M. Landry, on nie avec virulence ces allégations. D'une part, explique l'attaché de presse Annick Bélanger, les membres du bureau de recherche doivent d'abord passer à travers un processus de sélection dont la première partie est totalement objective. Ensuite, pour le bureau du chef, "les membres ne sont pas impliqués dans la course à la chefferie et ils n'ont pas pris position". "M. Landry a dit qu'il a composé son cabinet avec des gens d'expérience, de compétences et qui lui sont loyaux", a souligné Mme Bélanger.

La lettre de M. Legault publiée mardi dans différents médias semble avoir mis le feu aux poudres. Dans cet envoi, le député de Rousseau présentait sa vision de la social-démocratie et remettait en question l'utilité d'un partenariat avec le Canada pour l'accession du Québec à sa souveraineté.

Dans Le Devoir, hier, le camp Marois réagissait en qualifiant de "drôle de message" que celui envoyé par M. Legault, qui chercherait à précipiter la course à la chefferie après avoir demandé au chef de rester.

Bien que M. Landry ait demandé aux candidats de faire preuve de prudence dans leur quête d'appuis, il leur a laissé une bonne marge de manoeuvre en déclarant que "chacun peut laisser libre cours à ses ambitions, se former des réseaux".

De part et d'autre, on se renvoie la balle pour savoir qui, de Mme Marois ou de M. Legault, s'est lancé le premier dans une pré-campagne.

Legault en retard

Par ailleurs, un sondage Léger Marketing publié hier dans le Journal de Québec fait état du retard que M. Legault accuse sur sa rivale. Chez les militants du PQ, ceux qui élisent leur chef, Mme Marois serait le premier choix de 45 % des sondés, alors que l'appui au député de Rousseau se situe à 19 %. Dans la population en général, les cotes d'amour de Mme Marois et M. Legault sont respectivement de 31 % et de 20 %.

Ni l'une ni l'autre n'était disponible, hier, pour une entrevue.




PQ

Drôle de message

Michel David
LE DEVOIR jeudi 8 mai 2003


François Legault envoie un «drôle de message». C'est tout ce que l'entourage de Pauline Marois a trouvé à dire au lendemain de la publication de son espèce de manifeste dans les journaux de mardi. Mme Marois elle-même a déclaré qu'elle commenterait «en temps et lieu».

Je ne vois pas en quoi l'initiative de M. Legault pourrait être assimilée à une tentative d'«imposer un agenda aux militants». À Mme Marois, peut-être, mais sûrement pas aux militants qui auront à choisir un nouveau chef. À partir du moment où Bernard Landry a confirmé qu'il ne serait plus là aux prochaines élections et dit souhaiter que la course à sa succession soit l'occasion d'un véritable débat, quel mal y a-t-il à annoncer ses couleurs ?

Dans les circonstances, qui a envoyé un «drôle de message» ? Pour le moment, on conclura surtout que Mme Marois n'a rien retenu de son faux départ de janvier 2001. Après l'annonce-surprise du départ de Lucien Bouchard, elle avait pris tellement de temps à se décider qu'elle s'était retrouvée devant un fait accompli, démontrant de façon éloquente qu'elle n'était pas de taille à se mesurer à M. Landry.

Encore une fois, la comparaison n'est pas à son avantage. Pendant qu'elle donne l'impression d'être engoncée dans les bons sentiments, se refusant naïvement à brusquer les choses, François Legault projette l'image d'un homme d'action, aux idées claires, capable de réagir rapidement. Autrement dit, l'image d'un véritable leader.

Le sondage de Léger Marketing dont les résultats ont été publiés hier confirme qu'il a parfaitement saisi les données du problème. Il est plus populaire auprès des électeurs libéraux et adéquistes qu'auprès des péquistes. Le titre qu'il a donné à son texte annonce clairement la solution : Cap sur la souveraineté et la gauche efficace.

Il avait d'abord songé à l'intituler La souveraineté pragmatique, ce qui aurait parfaitement rendu l'esprit du texte, mais ce qualificatif, souvent accolé au PLQ, a toujours eu pour effet d'indisposer les militants péquistes, comme si l'aptitude à composer avec la réalité constituait un défaut.

M. Legault ne convaincra personne qu'il est soudainement devenu un «pur et dur». Il ne fait assurément pas partie des «impatients» à la Paul Bégin, mais il n'a jamais émis de réserve sur la pertinence du projet souverainiste lui-même. Il ne souhaitait pas moins que Bernard Landry, ou Pauline Marois, tienne un référendum «gagnant». La différence est peut-être qu'il a laissé savoir plus clairement que d'autres qu'il ne croyait pas la chose possible.

En rejetant le concept d'un partenariat politique avec le reste du Canada pour ne conserver que l'association économique, M. Legault vient probablement de signifier la mort de l'union confédérale dont M. Landry s'était fait le promoteur depuis le congrès de mai 2000, même si le programme officiel n'en a jamais fait explicitement mention.

Depuis sa fondation, l'histoire du PQ pourrait se résumer à un interminable débat sur les mérites du trait d'union, qui a tendance à s'effacer lorsque ce parti forme l'opposition pour mieux réapparaître avec le pouvoir et l'imminence d'un référendum.

On pourrait ajouter que la patience des militants péquistes en ce qui concerne l'échéancier est directement proportionnelle à la clarté de l'option. En 1988, quand Jacques Parizeau a remis le cap sur l'indépendance, ils l'ont laissé adopter une stratégie plus étapiste que Claude Morin n'aurait jamais osé en rêver.

Au mieux, le prochain référendum n'aura pas lieu avant 2010. D'ici là, le PQ a tout à gagner à retourner à son credo de base. Continuer à parler de partenariat tout en prétendant que Jean Charest fera la preuve que le fédéralisme est irréformable n'aurait aucun sens.

Dès lors que son rival se fait le champion de la souveraineté tout court, Mme Marois pourra difficilement proposer moins, même si elle est loin d'être aussi orthodoxe qu'on le dit généralement.

Le parcours de Mme Marois a été remarquablement «pragmatique» depuis son entrée en politique. En novembre 1984, avec onze de ses collègues du conseil des ministres, elle avait cosigné la fameuse lettre sur la «nécessaire souveraineté» mais elle s'était finalement ralliée, tout comme Bernard Landry, au «beau risque» de René Lévesque.

À l'été 1985, elle se disait prête à devenir la «première lieutenante» de Pierre Marc Johnson. Sa défaite aux élections de décembre lui a heureusement épargné un égarement du côté de l'affirmation nationale, de sorte que, trois ans plus tard, elle a pu devenir, sans le moindre problème de conscience, la vice-présidente du PQ de Jacques Parizeau.

Sous Lucien Bouchard, on ne l'a jamais entendue remettre en question la stratégie des «conditions gagnantes». Dans la course à sa succession, elle avait choisi d'adopter une position très modérée sur la souveraineté, qu'elle doit aujourd'hui se féliciter de n'avoir jamais fait connaître.

***

Pour contrer un éventuel ticket Marois-Legault en janvier 2001, les lieutenants de Bernard Landry avaient imaginé une formule-choc qui toucherait un nerf sensible chez les militants péquistes. Ils parlaient du «club des millionnaires», auquel tous deux avaient le bonheur d'appartenir.

Au cours des prochains mois, c'est à qui sera le social-démocrate le plus moderne. Là encore, Mme Marois bénéficie d'un préjugé favorable, mais on ne peut pas dire que M. Legault ait manifesté par le passé les penchants de droite qu'on prête généralement aux hommes d'affaires, si ce n'est que son vocabulaire n'était pas tiré du dictionnaire péquiste.

À la veille des élections, c'est devenu la mode au PQ de traiter les libéraux d'irresponsables avec leur promesse de baisser les impôts, mais M. Legault s'était opposé par le passé à ce que son propre gouvernement les diminue. Mieux encore, il était prêt à les augmenter pour financer le système de santé. Rétrospectivement, Mme Marois va peut-être commencer à trouver que l'idée n'était pas si mauvaise...

mdavid@ledevoir.com




réforme

La réforme des institutions démocratiques au Québec

Un chantier de société urgent et non partisan

Jean-Pierre Charbonneau
Député de Borduas, ex-président de l'Assemblée nationale (1996-2002) et ex-ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Réforme des institutions démocratiques (2002-03)
LE DEVOIR jeudi 8 mai 2003


Parmi les rares questions sur lesquelles tous les partis politiques en lice durant la dernière campagne électorale se sont entendus, il y en a une fondamentale: la réforme du mode de scrutin.

Il est utile de rappeler que celle-ci est discutée au Québec depuis le mois de janvier 1902 et que si rien n'a été décidé depuis, c'est que tous les partisans du changement ont viré leur capot de bord une fois installés confortablement au pouvoir.

Cette fois-ci, les choses vont-elles être différentes puisque, pour la première fois de l'histoire, tous les partis se sont non seulement entendus sur le principe mais en ont tous fait un engagement électoral ferme ?

Il va être intéressant de voir comment se comporteront Jean Charest et son ministre responsable du dossier, le nouveau leader parlementaire libéral, Jacques Dupuis. Vont-ils décider de reprendre tout à zéro pour une énième fois ou vont-ils s'appuyer sur le travail solide qui a été fait au cours de la dernière année par le nouveau Secrétariat à la réforme des institutions démocratiques du Conseil exécutif et par le Comité directeur des états généraux sur la réforme des institutions démocratiques, le comité Béland ? Déjà, le choix qui sera fait nous donnera une indication significative de l'importance que le gouvernement libéral entend donner au dossier.

Des engagements

Toutefois, la vraie question qui se pose aujourd'hui est celle-ci : les élections générales du 14 avril 2003 ont-elles été les dernières avec le mode de scrutin hérité du colonialisme britannique et qui n'existe plus que dans quatre pays, l'Angleterre, les États-Unis, l'Inde et le Canada ? Durant la campagne électorale, Bernard Landry avait répondu oui. Au lendemain de sa victoire, au cours de son premier point de presse, Jean Charest n'a pas voulu répéter l'engagement qu'il avait pris de régler la question au cours des deux premières années de son mandat gouvernemental. En donnant les mandats à ses ministres lors de la présentation de son conseil, il n'a pas soufflé mot de ses intentions à cet égard. Quand on considère qu'avec un mode de scrutin de type proportionnel, le PLQ aurait eu au mieux une très faible majorité de sièges ou, plus démocratiquement, aurait été minoritaire avec ses 46 % de vote populaire, on peut penser que Jean Charest devra bientôt dire clairement s'il partage toujours l'opinion de René Lévesque selon laquelle notre mode de scrutin actuel est «démocratiquement infect». Nous verrons bien ce qu'il nous dira lors de son message inaugural, le 4 juin prochain.

Quant au Parti québécois, il est évident qu'il devra faire savoir s'il maintient son engagement politique ou s'il abdique sous la pression de certains analystes qui prétendent que la proportionnelle fera du PLQ le parti permanent de gouvernement au Québec en rendant quasi impossible l'alternance politique. Personnellement, j'entends rester fidèle au combat démocratique que je mène depuis plusieurs années, combat auquel se sont ralliés une forte majorité des participants au dernier congrès d'orientation du Parti québécois, les 8 et 9 mars derniers.

À cet égard, je crois que le politologue Christian Dufour -- qui, depuis des mois, mène une croisade pour le maintien du statu quo sur tous les aspects majeurs de la réforme des institutions démocratiques -- trompe les gens en agitant l'épouvantail du «pouvoir pour toujours» pour les libéraux avec un scrutin proportionnel.

La réalité pour le Parti québécois et pour les souverainistes est qu'il n'y aura jamais de pays du Québec sans un appui majoritaire de la population et que c'est à l'obtention de cette majorité qu'il faut travailler et non à la seule reconquête du pouvoir provincial, lequel, on le sait bien, ne garantit aucunement l'atteinte de l'objectif désiré. Bien sûr qu'un mode de scrutin proportionnel ouvre toute grande la voie à des coalitions politiques pour assumer la gouverne de l'État québécois. Mais de toute façon, la réalisation de la souveraineté du Québec devra dorénavant passer par une coalition politique dans laquelle le Parti québécois devra accepter de partager le pouvoir.

Au coeur des enjeux

Par ailleurs, le nouveau premier ministre devra aussi nous dire s'il partage l'opinion de son nouveau ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes voulant que «la revitalisation des institutions démocratiques se situe au coeur des enjeux auxquels les Québécois sont confrontés».

Dans son rapport final Un projet pour le Québec, publié en 2001, le député de Chapleau, Benoît Pelletier, reprenait la proposition de 1968 de la Fédération libérale du Québec qui mettait en avant le projet d'une véritable constitution du Québec. Cela «nous permettrait collectivement, écrivait le nouveau ministre, de faire le point sur l'ensemble des caractéristiques considérées comme fondamentales pour les Québécois, toutes tendances confondues».

Un peu plus loin, le ministre Pelletier ajoutait : «Aussi nous semble-t-il important [...] d'affirmer la nécessité de se pencher à brève échéance sur la qualité de nos institutions démocratiques, sur leur fonctionnement et, le cas échéant, sur leur réforme en fonction des objectifs fondamentaux que constituent la participation effective des citoyens à la vie démocratique, leur représentation concrète plutôt que simplement cosmétique, au sein des institutions, l'expression autant que possible de la pluralité des courants idéologiques ainsi que le respect des libertés et des droits fondamentaux de chaque citoyen.»

Le gouvernement sortant avait donné suite à la recommandation Pelletier en confiant un mandat d'analyse et d'écoute à un comité de citoyens provenant de tous les horizons idéologiques, comité présidé par Me Claude Béland, l'ancien numéro un du Mouvement Desjardins. À la veille des élections, le comité a présenté publiquement son rapport intitulé Prenez votre place -- La participation citoyenne au coeur des institutions démocratiques québécoises. L'ensemble des recommandations formulées vont dans le sens du rapport Pelletier autant que des programmes politiques du Parti québécois et de l'Action démocratique du Québec.

M. Charest a-t-il l'intention de faire avancer le Québec dans la bonne direction ou va-t-il le faire stagner ? Nombreux sont ceux qui, aujourd'hui, attendent la réponse avec impatience.




diversité

Une entrevue avec Abdou Diouf - Nécessaire solidarité

La politique québécoise pour les industries culturelles serait un modèle pour les pays africains

Christian Rioux
LE DEVOIR jeudi 20 mars 2003


Trente ans après que l'écrivain Léopold Sédar Senghor ait contribué à la création de la Francophonie, c'est un autre Sénégalais qui devient son premier secrétaire général africain. Abdou Diouf, qui avait d'ailleurs amorcé sa carrière politique au cabinet de Senghor en 1963, a été élu secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie à Beyrouth en octobre dernier.

Paris -- Géant de deux mètres de haut, Abdou Diouf symbolise à lui seul la diversité culturelle de l'Organisation. Musulman, marié à une catholique, il a une belle-fille juive et dit lire chaque jour le Coran, de même que l'Ancien et le Nouveau Testament. Le symbole est d'autant plus fort qu'après 20 ans de pouvoir, Abdou Diouf est un des rares leaders politiques africains à avoir abandonné pacifiquement la présidence de son pays après un échec électoral aux mains de son adversaire de toujours, Abdoulaye Wade. La transition pacifique qui a suivi est devenue un exemple sur tout le continent. Voilà pourquoi Jacques Chirac est allé le tirer de sa retraite alors qu'il coulait des jours paisibles à Paris.

Mais la Francophonie ne vit pas que de symboles. Le nouveau secrétaire général est à peine nommé que l'organisation est interpellée sur la question de la diversité culturelle et sur le cas de la Côte-d'Ivoire. Au moment aussi où l'Amérique débute son aventure irakienne. En prévision du 20 mars, Journée internationale de la francophonie, nous l'avons rencontré dans son bureau à Paris.

Le Sommet de Beyrouth a appelé à la démocratisation des pays membres. Comment entendez-vous donner des dents à cette volonté ?

Beyrouth a été un temps fort pour l'engagement de nos pays à plus de démocratie. La question a pris une dimension plus grande à Beyrouth car le Sommet a entériné les résolutions de Bamako, qui ont établi des critères de démocratie et de respect des droits de l'homme.

Nous allons mettre en place une fonction d'observation. Nous préférons ne pas agir seulement quand il y a rupture de la démocratie et violation des droits de l'homme, mais de façon préventive.

Nous mettrons en place un observatoire de la démocratie qui nous permettra de suivre en permanence son état dans certains des États membres, de réagir, mais surtout de prévenir.

Pense-t-on à la création d'un groupe d'action comme il en existe au sein du Commonwealth ?

Nous voulons créer une fonction d'observation. Cela peut se faire à partir de la délégation chargée des droits de l'homme. Nous recrutons actuellement du personnel pour renforcer notre action dans ce domaine. Il est certain aussi que le Comité permanent de la francophonie devra se sentir plus responsable, ainsi que la conférence ministérielle.

Lorsque vous étiez étudiant, vous avez rédigé un mémoire sur l'islam. L'islam est-il compatible avec la démocratie ?

Bien sûr. Ce mémoire, que j'ai rédigé à 23 ans, fustigeait une certaine conception de l'islam. Je m'insurgeais contre l'instrumentalisation d'une religion au nom du fanatisme et de l'obscurantisme. Mon islam est une religion de lumière et de paix. Toutes les sourates du Coran, à l'exception d'une seule pour des raisons historiques, commencent par «Au nom de Dieu, le clément, le miséricordieux».

Ceux qui prônent un autre islam ne sont pas mes coreligionnaires. Je lis le Coran tous les jours. Mais je lis aussi l'Ancien et le Nouveau Testament. Je vis un oecuménisme permanent puisque je suis musulman et que ma femme est catholique. J'ai même une belle-fille juive. Déjà en 1991, lorsque j'ai tenu un sommet islamique à Dakar, une minorité était partisane d'un islam dévoyé. Il ne faut pas se contenter de la tolérance, il faut aller jusqu'au respect mutuel. Le Sénégal en est un exemple. Son premier président était catholique dans un pays à majorité musulmane. Moi, j'y suis devenu président avec une épouse catholique sans que ça pose problème.

La démocratie doit-elle être considérée comme la priorité de la Francophonie ?

Il est certain que c'est une priorité essentielle. Mais il ne faut pas oublier la consolidation et le rayonnement du français dans le monde. Je veux me concentrer aussi sur l'enseignement du français et son statut dans les organisations internationales. Il devrait être normal que tous les pays de l'espace francophone sentent l'obligation morale de s'exprimer en français dans les organisations et les conférences internationales. Or, on voit souvent le contraire.

Ce n'est pas nécessairement par mauvaise volonté. C'est souvent un phénomène de mode. Mais il faut réagir à ces manquements qui peuvent altérer grandement l'image du français et sa progression dans le monde. Je compte m'investir personnellement pour que les États -- membres à part entière, associés et observateurs -- privilégient le français dans les instances internationales.

Quel rôle doit jouer la Francophonie en Côte-d'Ivoire où la démocratie est justement en panne ?

Je crois qu'on a évité le pire. Mais la situation est encore fragile. Les protagonistes se sont réunis à Marcoussi et sont arrivés à un accord. Son application a rencontré des difficultés, mais il faut que les protagonistes continuent à se parler. Il faut appuyer les efforts du premier ministre de consensus, Seydou Diarra, qui a été nommé pour mettre en place un gouvernement de réconciliation nationale. Le comité de suivi, où il y a un membre de la Francophonie, est en train d'aider le président Gbagbo et le premier ministre Diarra à appliquer cet accord. Le gouvernement de réconciliation nationale doit créer un climat apaisé et préparer résolument les élections de 2005.

Sitôt après votre élection, vous avec souligné que la Francophonie devait s'occuper d'économie. Il me semble que l'on dit ça depuis longtemps.

Si la Francophonie n'arrive pas à démontrer que la solidarité est une de ses valeurs fondamentales, nous aurons raté le virage. C'est pourquoi j'insiste sur cette dimension.

La Francophonie ne construira pas des routes, mais elle peut jouer un rôle de catalyseur. Le NEPAD (Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique adopté par le G-8) est une idée neuve parce qu'on passe de l'assistanat au partenariat. La Francophonie doit aider les pays africains à définir des programmes viables. Elle doit aussi veiller, avec la France et le Canada, au respect des engagements souscrits par le G-8 et à ce que l'entreprise privée investisse en Afrique.

Cela veut-il dire que l'Afrique a rompu avec l'idée selon laquelle sa pauvreté serait la seule responsabilité des étrangers ?

Bien entendu. C'est un changement d'esprit. Je crois que les torts sont partagés. L'Afrique a conscience qu'après 40 années d'indépendance, elle doit prendre son destin en main.

Vous avez souvent défendu l'idée d'une confédération africaine. Pourquoi ?

Ce n'est pas dans le cadre de nos petits marchés que nous pourrons assurer le développement du continent. Un investisseur doit pouvoir vendre dans tout l'espace africain. Pour cela, nous devons créer de grands espaces économiques. Il ne faut pas se faire d'illusions, il faudra procéder à des abandons de souveraineté.

J'ai toujours défendu l'idée qu'il fallait créer en Afrique cinq grands marchés communs. Il faut créer des fédérations en Afrique de l'Est, du Nord, de l'Ouest, centrale et australe. Certaines compétences doivent aussi s'exercer au niveau de l'Union africaine.

Le Canada est un pays fédéral, les États-Unis et le Mexique aussi. Vous avez aussi créé l'ALENA. Si on laisse la petite Gambie toute seule, on ne pourra jamais développer le continent. C'est ce que nous avons commencé à faire en Afrique de l'Ouest en nous donnant une monnaie commune.

La Francophonie a été la première organisation internationale à se prononcer pour un traité international sur la diversité culturelle. La question sera bientôt soumise à l'Unesco. La Francophonie a-t-elle encore un rôle à jouer ?

Mon premier geste comme secrétaire général a été de mettre sur pied un groupe de travail sur la diversité culturelle. Ce groupe a pris contact avec l'Unesco. Notre ambition est d'obtenir que la question soit inscrite à l'ordre du jour du prochain conseil exécutif, que la prochaine conférence générale en discute et qu'un traité puisse être signé en 2005 avant la fin des négociations de l'Organisation mondiale du commerce.

Il semble pourtant y avoir confusion sur l'objet d'un tel traité. Certains parlent de protéger les aides à la culture, d'autres de protéger les langues en voie de disparition.

Je sais que l'Unesco poursuit l'objectif de préserver le patrimoine culturel mondial. Mais je crois que l'Unesco peut faire les deux. Elle peut à la fois protéger les cultures en difficulté dans le monde, mais aussi se donner un traité qui permette aux pays de soutenir leurs industries culturelles.

Prenez le Québec. Aujourd'hui, 20 % de vos exportations sont représentées par les industries culturelles. C'est une réalisation extraordinaire. Il faut que les pays africains et les autres suivent votre exemple. Ils n'y parviendront pas s'ils sont envahis par les produits du Nord et s'ils ne peuvent pas aider leurs industries culturelles comme vous l'avez fait.




diversité

Qc - NY

Sécurité d'abord, commerce ensuite : Charest effectue une "visite de courtoisie" à New York

Mylène Moisan
Le Soleil jeudi 8 mai 2003


New York - Parce que l'obsession états-unienne pour la sécurité "vient conditionner tout ce qui touche nos relations avec les Américains", Jean Charest a tenu à faire de sa première sortie hors Québec une visite de courtoisie. Une première occasion pour dire aux "amis et aux voisins" du sud, que le nouveau gouvernement comprend leurs besoins.

Pas question pour ce premier contact de mettre en exergue les problèmes qui perdurent à la frontière de Lacolle, où les camionneurs attendent souvent indûment. Ni le fait que les exportations du Québec vers l'État de New York - le plus important partenaire commerciale de la province - ont diminué depuis deux ans.

Cette première visite n'est ni le lieu ni le moment appropriés pour discuter de ces questions, a répliqué M. Charest, au cours d'un point de presse, hier en fin de journée. En un mot comme en mille, il veut leur dire qu'il "comprend les impératifs de sécurité" de l'après-11 septembre et qu'il a "l'intention d'y mettre l'énergie qu'il faudra pour y répondre".

Les problèmes de fluidité à la frontière, eux, attendront à l'automne. "Le sujet a été évoqué au dernier sommet Québec-New York et le sera au prochain, en novembre. Moi, ce que je veux aujourd'hui, c'est de lui dire notre volonté de tout mettre en oeuvre pour répondre aux besoins de sécurité et, en même temps, accélérer et encourager les échanges commerciaux", a expliqué le nouveau premier ministre du Québec.

Aujourd'hui, le nouveau premier ministre du Québec rencontre le gouverneur de l'État de New York, George Pataki, notamment pour lui signifier le changement de garde à l'Assemblée nationale. "Il y a un nouveau gouvernement à Québec, je pense que c'est important qu'on annonce nos couleurs très rapidement et que nous puissions affirmer notre volonté de travailler de très près avec nos voisins américains", a-t-il expliqué.

L'"idée intéressante" et "l'approche novatrice" de M. Pataki de vouloir organiser des Jeux olympiques conjoints risque elle aussi d'être remise à l'automne. Secoué par une crise politique liée à l'adoption du budget de l'État, le gouverneur n'a qu'une vingtaine de minutes à accorder à M. Charest.

La continuité

S'il compte lui annoncer aujourd'hui ses couleurs, M. Charest n'a pas été très loquace hier sur la façon dont elles se démarquaient de celles du gouvernement Landry. Appelé à préciser ces différences, le premier ministre a dit souhaiter une "relation soutenue", ajoutant qu'il n'y avait pas de "différences majeures avec le gouvernement précédent".

Prenant le relais d'un gouvernement péquiste, M. Charest a assuré qu'il ne comptait pas mettre de l'avant le fait que le Québec était désormais dirigé par un parti fédéraliste. "Des affaires internes", a-t-il répliqué, qu'il dit ne pas avoir l'intention d'utiliser comme arguments. "Je n'ai pas l'intention de plaider ce genre de différence dans nos visions internes, a-t-il insisté. Je veux que nous puissions respecter l'indépendance des Québécois dans les choix qu'ils sont appelés à faire. Évidemment, les Américains vont noter le changement, mais je ne compte pas leur rappeler."

Quant à la place du Québec sur la scène internationale, M. Charest s'est dit animé d'"une très forte volonté d'être présent sur le plan international", en étant "partout là où on est dans nos domaines de compétence". Le premier ministre du Québec a promis qu'il reprendrait le flambeau de la défense des questions cruciales pour le Québec, la diversité culturelle par exemple.

En soirée hier, M. Charest était invité à prendre place à une prestigieuse table d'honneur, lors du souper-gala organisé par un think tank renommé, le Foreign Policy Association. À sa gauche, Ernesto Zedillo, directeur du centre d'études sur la mondialisation de l'Université Yale. À deux chaises de lui, à sa droite, le Secrétaire d'État américain, Colin Powell, qui venait prononcer un discours devant les quelque 700 invités.

M. Charest a d'ailleurs été le premier invité d'honneur à être salué par M. Powell, qui s'est limité toutefois à le présenter par son titre - le nouveau premier ministre du Québec - plutôt que par son nom. Les deux hommes ont cependant eu l'occasion de faire plus ample connaissance puisqu'ils se sont entretenus pendant une dizaine de minutes un peu plus tard au cours de la soirée.

MMoisan@lesoleil.com




diversité

Jean Charest se décrit comme un ardent défenseur de la diversité culturelle

LIA LÉVESQUE
PC jeudi 8 mai 2003


MONTREAL (PC) - Le nouveau gouvernement de Jean Charest se fera "un défenseur acharné" de la diversité culturelle et s'opposera à toute inclusion de la culture dans les grands accords commerciaux.

Le premier ministre du Québec s'y est engagé, mercredi, devant les participants à la Conférence de Montréal.

A quelques heures de son départ pour New York, où il doit rencontrer le gouverneur George E. Pataki, le premier ministre Charest s'est aussi dit prêt à se battre pour intégrer dans ces accords de libéralisation commerciale des notions de protection des droits de l'Homme, de protection des droits des travailleurs et de sauvegarde de l'environnement.

"Le Québec sera de toutes les batailles afin de conserver son droit de promouvoir sa culture, a-t-il lancé. Nous ne céderons jamais sur notre détermination à exclure la culture de tous les accords de libéralisation commerciale." Les gouvernements québécois précédents avaient d'ailleurs fait de même et avaient fait pression en ce sens sur le gouvernement fédéral.

Le premier ministre Charest a aussi vanté la "différence" québécoise, sa spécificité, signalant que c'est dans cette optique qu'il abordera les relations entre les Amériques et l'Europe. "Le Québec a la responsabilité de sa différence. Il doit la protéger et la promouvoir", a-t-il lancé à son auditoire.

Il a aussi fait la promotion d'une présence québécoise forte et active sur la scène internationale. "Notre gouvernement affirmera la présence du Québec sur la scène internationale. Les sociétés comme le Québec, qui n'ont pas l'avantage du nombre, ont un devoir d'audace. Nous assumerons ce devoir. C'est la responsabilité de notre différence."

Il a également laissé entendre qu'il misait, pour cette présence soutenue du Québec, sur ses délégations à l'étranger. "En Europe comme aux Etats-Unis, le Québec compte sur le réseau des délégations générales du Québec, qui sont des vitrines de notre savoir-faire en matière d'économie, de commerce et de culture."




PLQ

CDPQ

Henri Massé brandit la menace du retrait :
La FTQ refuse que l'obsession du rendement s'installe à la Caisse de dépôt

Valérie Dufour
Le Devoir jeudi 8 mai 2003


Si la Caisse de dépôt et placement (CDP) fait du rendement son unique obsession, les travailleurs du Québec pourraient très bien se rebuter et retirer leurs billes.

Le président de la FTQ, Henri Massé, a brandi cette menace hier midi en marge d'un dîner-conférence de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain où il était l'orateur. «La Caisse doit demeurer un outil de développement économique», croit-il.

Ce sera encore pire si l'idée de professionnaliser le conseil d'administration de la CDP en ne nommant que des administrateurs indépendants est adoptée. «Si on veut en faire une caisse comme les autres, on n'aura plus d'argument pour retenir notre monde, avertit le président de la FTQ. On n'aimerait pas que nos travailleurs nous demandent de retirer leur argent pour aller le faire gérer à Toronto.»

Henri Massé a d'ailleurs vivement réagi lorsque questionné par les journalistes sur ses compétences d'administrateur. «À la FTQ, j'ai un professionnel des questions de retraite qui me suit dans tous les dossiers de la Caisse comme j'ai un professionnel qui m'aide pour siéger au conseil de la CSST. Et je peux vous dire que j'interviens passablement plus souvent au conseil de la Caisse que certains administrateurs soi-disant indépendants. On n'a pas besoin d'être un spécialiste en économie pour prendre de bonnes décisions.»

C'est clair qu'on va se battre pour avoir un représentant au conseil qui défendra le développement économique et l'intérêt de nos membres, a ajouté M. Massé. «Sur un actif de 100 milliards, 50 viennent des régimes de retraite des travailleurs de la construction et du secteur public. Ce sont des travailleurs captifs en vertu de la loi. Des gens qui ont accepté d'être captifs pour le développement économique du Québec.»

Cela dit, il admet que la nouvelle direction puisse faire les choses autrement. «Mais il faut garder en tête qu'il n'y a pas grand monde au Québec capable de signer un chèque de 100 millions. Il y en a à Toronto. Il y en a ailleurs. Mais il n'y en a pas beaucoup au Québec.»

Et l'idée d'Henri-Paul Rousseau de donner plus de dents aux membres du conseil d'administration de la Caisse le séduit. «Avoir un conseil d'administration plus dynamique et plus au fait de ce qui se passe, j'ai toujours été pour. Ça fait trois ans qu'on demande au gouvernement un président du conseil à mi-temps.»

Du reste, c'est sur le ton de l'humour qu'Henri Massé a pris la parole devant les gens d'affaires de la métropole. Avant d'entamer son discours, le syndicaliste a dit se sentir comme le cinquième mari de Liz Taylor le soir de ses noces. «Je sais ce que j'ai à faire, mais je ne sais pas comment rendre ça intéressant!»

D'entrée de jeu, il a salué le fait, selon lui, que les entrepreneurs québécois aient compris depuis quelques années l'importance de bien traiter leurs employés. «Je crois que vous avez réalisé que, pour que l'économie et l'entreprise fonctionnent, il faut des travailleurs qui ont assez d'argent pour acheter vos produits et services.» En revanche, il fait remarquer que le temps des demandes syndicales «tous azimuts» était chose du passé.

M. Massé a également réagi pour la première fois à la publication du palmarès annuel de la revue Commerce identifiant les 50 personnes ayant le plus de pouvoir au Québec et parmi lesquelles il se classe au 15e rang. «Ce n'est pas nécessairement une bonne nouvelle pour moi, a-t-il dit en riant. [...] Comme syndicaliste, parfois on redescend plus vite qu'on remonte! En même temps, ça me fait un petit velours pour l'organisation que je représente.»

Aux libéraux qui viennent de prendre le pouvoir, M. Massé a tenu à rappeler que l'État avait un gros rôle à jouer dans l'économie du Québec. «Si le gouvernement n'était pas intervenu, il n'y aurait pas 1200 emplois chez Kenworth et l'usine Gaspésia n'existerait plus. La question à se poser n'est pas s'il faut subventionner ou non mais dans combien de temps on va rentrer dans notre argent.»




PLQ

CDPQ

Message au gouvernement Charest : Laissez de l'espace aux entrepreneurs

François Normand, René Vézina
Les Affaires samedi 10 mai 2003


Pour Sean Finn, président du conseil de la Fédération des Chambres de commerce du Québec - que Michel Audet dirigeait avant d'être nommé ministre du développement économique et régional -, le nouveau gouvernement a déjà pris une bonne décision : il a recréé un ministère à vocation purement économique.

Ce qui reste à faire ? Beaucoup. Mais il avance quelques priorités.

D'abord, adoucir la fiscalité, "pour que nous perdions notre titre de champion !", lance-t-il.

Puis assainir les finances publiques, quitte à retarder les améliorations fiscales. "Le précédent gouvernement a engagé 12 000 personnes de plus depuis deux ans."

Enfin, établir une atmosphère moins interventionniste, éliminer certaines législations irritantes, qui paralysent les initiatives et repenser le rôle de sociétés comme la SGF. "C'est bien de vouloir être avant-gardiste, dit-il, mais il importe de demeurer concurrentiel."

Unanimité sur les aménagements fiscaux

La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) estime que la priorité des libéraux doit être une "réduction" de l'impôt sur le bénéfice des PME. La FCEI souhaite aussi que le gouvernement réduise la taxe sur le capital et l'impôt des particuliers.

Richard Fahey, vice président, Québec, de la FCEI, veut que le gouvernement fasse le "ménage" dans les subventions et les crédits d'impôt. Selon une étude de la FCEI, plusieurs crédits d'impôts sont peu ou pas utilisés.

Il propose trois avenues. Primo, les crédits non utilisés devraient être abolis. Secundo, on devrait réévaluer la pertinence de ceux qui ne profitent qu'à une dizaine d'entreprises. Tertio, les crédits qui ont réalisé leurs objectifs, comme ceux pour la Cité Multimédia, à Montréal, devraient disparaître.

Le président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Gilles Taillon, partage cet avis. Le gouvernement Charest devrait en priorité réduire la fiscalité des particuliers et des entreprises tout en revoyant la taille de l'État.

Sur ce dernier point, le CPQ est "d'accord" avec la volonté des libéraux de Jean Charest de réduire les subventions et les crédits d'impôt aux entreprises, mais sans toucher aux subventions pour la recherche et développement.

En contrepartie, le gouvernement doit abolir la taxe sur le capital, perçue à un taux fixe peu importe la rentabilité des entreprises. "On veut une abolition totale d'ici 2007", dit M. Taillon. Le CPQ souhaite aussi que l'exemption de l'impôt sur les bénéfices passe de 200 000 à 400 000 $.

Les Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ) estiment aussi que le gouvernement libéral doit abolir la taxe sur le capital, "qui n'a pas de raison d'être", dit leur président Paul-Arthur Huot.

Selon lui, la réduction de l'impôt sur les bénéfices, plus équitable par rapport à la taxe sur le capital, n'est pas nécessairement une priorité puisque les entreprises contribuent ainsi à la répartition de la richesse dans la société.

Par ailleurs, M. Huot est en faveur d'une réduction des subventions et des crédits d'impôts sans "jeter le bébé avec l'eau du bain". Bref, il faut garder les mesures utiles, notamment dans la R&D.

Il propose enfin de créer un guichet unique pour les entreprises, avec succursales à travers le Québec, qui serait responsable de tous les programmes touchant les entreprises.

Aller au-delà des voeux pieux

"Le rapport Lemaire sur l'allègement de la paperasserie gouvernementale date de quelques années déjà, et pourtant, on n'a pas beaucoup avancé", note Claudin Berger, président du Groupement des chefs d'entreprises du Québec. "Ce que l'on souhaite, c'est de ne plus passer notre temps à discuter pour rien."

M. Berger, qui préside aussi Les Tourbières Berger à Rivière-du-Loup, aimerait lui aussi que l'on "favorise le goût d'entreprendre", et il souhaite que le gouvernement minimise ses interventions.

Il signale notamment son désaccord avec des projets comme celui de l'assujettissement de la machinerie de production à la Loi sur la construction. "D'accord pour des règlements, dit-il, mais il faut aussi laisser vivre les entreprises, leur laisser de l'espace."

francois.normand@transcontinental.ca




SGF

Agency's existence a scandal

The Gazette Thursday, May 08, 2003


Éditorial - You don't need to be a former auditor-general of Quebec to know that the Société Générale de Financement and some agencies with similar mandates now need a hard look and a careful rethinking. And you don't need a PhD in political science to know that the current head of the SGF, Claude Blanchet, had better be freshening up his résume.

Blanchet, after all, is married to Pauline Marois. While Marois was vice-premier of Quebec we all calmly accepted the brain-numbing assertion that there was nothing political about his having that job, and that the SGF was a tool for building Quebec's prosperity, rather than a wholly-owned subsidiary of the Parti Québécois.

In fairness, the SGF under Blanchet has been essentially scandal-free. But in another sense the very existence of such an agency is a scandal, a vast boondoggle. Here is an agency that loses hundreds of millions of dollars year after year, while playing favourites in the economy, to little or no benefit.

Now former Auditor-General Guy Breton has urged the new government to rethink the SGF and the Montreal and Quebec City Innovatech agencies. Meanwhile Economic Development Minister Michel Audet has already asked Investissment Québec - more of the same, broadly - to freeze new approvals until some serious re-thinking can be done.

We hope that the new cabinet will sweep away this whole mess.




PQ

Legault's quick conversion on sovereignty seems desperate

DON Mac PHERSON
The Gazette Thursday, May 08, 2003


What the Parti Québécois does not need now are new arguments in favour of sovereignty.

There are rational arguments in favour of sovereignty, but none of them is nearly as persuasive as a television news clip of people in Ontario wiping their feet on the Quebec flag.

What the PQ needs is somebody prominent enough in the party and courageous enough to make it face the truth.

And the truth, as revealed since the last referendum, is that the constant promotion of sovereignty is, if anything, counterproductive, in the same way that trying to teach a pig to sing succeeds only in eventually annoying the pig.

Sovereignty is not nearly the priority for most voters, even the ones who say yes to referendum questions in the polls, that it is for sovereignists.

Quebecers will vote to leave Canada only when Canada itself, not the PQ, has made them feel that they are being pushed out. All the PQ can do is to be waiting for them with its solution when they reach that point on their own.

As former PQ minister Claude Morin used to say, "you don't make a flower grow faster by pulling on it."

What that means is that the PQ needs to de-emphasize sovereignty so that it is no longer Article 1 in the party program. The PQ needs to change its priorities, from being a sovereignist party that is also left of centre to a party of the left that also happens to be sovereignist.

After the PQ's election defeat three weeks ago, François Legault, as a relative newcomer to the party as well as a prominent member of the former government who aspires to the PQ leadership, seemed to represent the party's best hope for ideological renewal.

But this week, Legault dashed those hopes by publishing an open letter containing another call for more explanation of what has already been explained over and over again.

The only new idea for the PQ in the letter, and therefore the point of the letter, was in fact an old idea: that the party take the independence movement back to the mid-1960s, before the PQ was founded, by dropping its proposed economic "association" or "partnership" between a sovereign Quebec and Canada.

Legault's thinking seems to have evolved at dizzying speed. Since he joined the party in 1998, he has never done more than pay lip service to sovereignty. Less than two months ago, he voted to approve an election platform that proposed not just a formal economic relationship between a sovereign Quebec and Canada, but a European-style "confederal union" that would be political as well as economic.

That Legault did not affect a more graceful change of course by waiting until fall to deliver the fruits of a summer of presumed reflection shows how far behind Pauline Marois he believes he is in the campaign to succeed Bernard Landry as the leader of the Parti Québécois. He needed the campaign to start as soon as possible, and to go on as long as possible before the leadership election.

So, in the first public act of a campaign that Landry pretends does not exist, Legault has tried to reassure PQ members who are suspicious of him because he was not even a member the last time it fought a referendum campaign, because he used to be a private-sector executive and because he was a protégé of Lucien Bouchard, the former federal Conservative who led the PQ for a time before abandoning it.

Legault has offered himself as the candidate the promoters of sovereignty have been lacking, a younger Jacques Parizeau without the "money and ethnic votes" baggage.

He has tried to distance himself from his political mentor, Bouchard, by renouncing the Quebec-Canada partnership identified with Bouchard since it was the latter who imposed it upon Parizeau before the 1995 referendum.

But Legault's sudden leap from one end of the sovereignist spectrum to the other looks so transparently desperate that it might backfire by damaging his credibility.

Marois, as the front-runner, is under no similar pressure to start campaigning publicly. She can afford to be patient and to assess Legault's impact and then, if necessary, to appropriate his ideas, such as they are. Imitation is not only the sincerest form of flattery but also, in politics, can be good strategy (see the federal Liberal Party, see Jean Charest).

dmacpher@thegazette.canwest.com




missiles

Missile defence is in our interest

The Ottawa Citizen - Thursday, May 8, 2003


Éditorial - Fifty-eight years ago today, Canada joined Britain and the United States to celebrate VE Day, the Allied victory in Europe over Nazi Germany. Despite its smaller size, Canada stood shoulder-to-shoulder with the other powers because, after nearly six years of war, we had one of the best armies in the world, the fourth-largest navy and a highly capable air force. Canada, in short, was respected -- and listened to -- because it carried its weight in the world.

But that was then, and this, as they say, is now. Everyone knows the state of our Armed Forces today. As for Canada's role in the world, successive governments have ensured that where it really counts -- namely, Washington -- we don't. Yet like it or not, Canada's capacity to act effectively in the world is tied to the United States. When our voice is heard in Washington, we can have a modicum of influence on how the U.S. acts in the world, perhaps even persuading it to join some of our soft-power crusades on such things as landmines, global warming and international courts. Hence, our national interests are served when we act as "partners" with the U.S.

Two decades ago, then-prime minister Brian Mulroney declined to join Ronald Reagan's Strategic Defence Initiative because, in Canada's view, it violated the 1972 Anti-Ballistic Missile Treaty and might have ignited another Cold War arms race. The geo-political situation has radically changed since then. The Cold War is over, the Soviet Union is no more and the U.S. bestrides the world as the hegemonic superpower. Moreover, both Russia and China have muted their objections to missile-defence systems, recognizing that they, too, are at risk from nuclear-armed "rogue states" and terrorist groups.

The Liberals must recognize this reality, too, and sign on to President George W. Bush's proposed North American ballistic missile-defence shield. Backing the U.S. plans for a continental defence system would give us a say in its deployment, enhance our sovereignty and, thereby, serve the national interest. Besides, we are already a partner with U.S. in Norad, the North American Air Defence Command (which, incidentally, was embraced by one of our most nationalistic prime ministers, John Diefenbaker). Extending that partnership to include missile defence is both logical and prudent.




missiles

We can be involved -- or irrelevant

J.L. Granatstein
National Post - Thursday, May 8, 2003


A few months ago, Foreign Affairs Minister Bill Graham was denouncing the very idea of National Missile Defence. Now he, Defence Minister John McCallum, and even Prime Minister Jean Chrétien have been making noises that suggest Canada will buy into the Americans' plan for a continental missile protection plan. What's changed?

The first point that is clear is that U.S. President George Bush, his determination no longer in doubt after the Iraq war, is going to press ahead with development of a small National Missile Defence (NMD) system and has made plans for initial deployment by 2005. No effective NMD system yet exists, but if money and technical skill can make it work, the Americans will get it right. The second is that opposition to missile defence from Russia and China has markedly decreased.

There are also some peculiarly Canadian factors as well. The United States was not happy about Canada's position on the Iraq war, and it seems obvious that a major gesture toward Washington was required. A commitment to NMD might actually get President Bush to Ottawa this fall.

Most important, a positive decision on National Missile Defence will keep open Canada's door to North American defence planning. The North American Aerospace Defence Command (NORAD) is Canada's main defence link with the U.S. military, but NORAD, with its focus on traditional air defence, is increasingly marginalized in the U.S. military establishment. No one any longer fears an attack by bombers over the Arctic, and NORAD has likely survived as long as it has because of its bi-national structure and because the fighter jocks who run the air forces of both nations want to keep flying. But if Canada buys into NMD, and if NMD comes under NORAD's command and control, then Canada's place at the NMD table can be ensured and its continuing access to space-based surveillance from U.S .satellites preserved.

This matters, the objections of reflexive anti-Americans in Canada notwithstanding. Those, like Toronto Liberal MP John Godfrey, simply fail to grasp that sovereignty can be enhanced by cooperation and lost by non-participation. The Americans are proceeding with NMD so, at root, the sole issue for Canada is deciding how best to serve the Canadian national interest. Do we pretend that NMD will never be there and allow the debris of destroyed missiles to fall on our territory? Or do we try to get a voice in deciding where the "terminal" phase missile interceptors will be located and how the system will be commanded and controlled? That choice is no choice at all. Participation is the only way to maximize Canadian sovereignty.

In fact, there are few risks in Canada's joining NMD and some real advantages. There might be missile debris on Canadian soil when interceptions occur, but debris is certainly better than nuclear missile strikes. With rogue states like North Korea investing billions in developing long-range missiles, with Chinese and Russian fail-safe controls over their missiles sometimes suspect, cooperation in NMD is a sensible decision in our own national security interests. Moreover, NMD -- at least, so far -- is not a space-based system, though it might eventually turn into this. Canada wants to keep weapons out of space, an effort that is almost certain to be largely futile, but that fight is for another day and a positive NMD decision does not force us into a compromised position. And, finally, the United States is paying the bills for NMD, not Canada, and there might be contracts for Canadian firms with the requisite technological capacities.

The real advantage, however, remains the continuation of NORAD as a Canada-U.S. joint command. NORAD has surveillance and tracking systems in place, and with National Missile Defence under its control, NORAD will be poised to maintain an important role in aerospace defence for the foreseeable future. That choice between the future or marginalization, between involvement in the continent's defence or relegation to the sidelines, is the key reason for Canada to press ahead with NMD.

But let's be clear. NORAD is not essential for U.S. planners. If Canada opts out of NMD, the Americans will assign responsibility for it elsewhere, most likely to their new Northern Command whose geographical area of responsibility covers all of North America. From a U.S. point of view, that might even be an easier route, obviating the necessity to deal with the frequently difficult Canadians. But the Administration and U.S. Ambassador Paul Cellucci in Ottawa want to bring Canada along, the Iraq unpleasantness notwithstanding. You can almost see the telegrams humming over the wires between Washington and the embassy: Let's give them until June to determine if they want to be involved, but make sure the Canadians understand we're going ahead whatever they decide.

Faced with a stark choice between involvement or irrelevance, Ottawa is on the verge of deciding to enter negotiations with the United States. Mr. Graham, good nationalist that he is, has seen the future and now appears to understand where the nation's interests lie. Mr. Godfrey and some of his friends in caucus, still blinded by their nationalism and knee-jerk anti-Americanism, have not.

J.L. Granatstein is Chair of the Council for Canadian Security in the 21st Century




missiles

The myths of missile defence

Both the supporters and the critics of missile defence are fear-mongering. It's time to consider where truth lies and debate stops, says DAVID RUDD

DAVID RUDD
Globe and Mail - Thursday, May 8, 2003


At this point, the missile defence system proposed by George W. Bush is only virtual. However, the debate in Canada is not.

Prime Minister Jean Chrétien's declaration this week that Canada needs more time to consider possible participation in a U.S. ballistic missile defence system comes not a moment too soon. But this debate risks becoming stale if it depends on alarmism and the repetition of myths. Good security policy cannot be formulated if support for, or opposition to, missile defence is allowed to coalesce around simplistic arguments or questionable justifications.

On one hand, the program's most vocal proponents may be accused of both exaggerating the threat and overestimating what current technology can deliver. On the other hand, the specious counterarguments and apocalyptic scenarios of missile defence's opponents may discredit a program that does little or no harm to national or international security.

The partisans on both sides of this debate have much thinking to do. It's time to consider the arguments both for and against a continentwide missile shield.

Let's first consider the arguments against missile defence.

Missile defence is not technologically feasible. Not yet, but it may be. When breaking in revolutionary technologies, it's unreasonable to expect success during the first few attempts. Simple tests and simulations must be conducted before the testing becomes more complicated and realistic. Skeptics once laughed at the prospect of powered flight and space travel, too.

Missile defence requires breaking arms-control treaties. Not true. The 1967 Outer Space Treaty prohibits only weapons of mass destruction from being deployed in space. The proposed U.S. system does not contemplate this. In any event, space-based defences are unlikely to be a high priority, given that ground-based interceptor technology is still in its embryonic stages and eating up the lion's share of research-and-development funding.

Missile defence will spur an arms race. Not necessarily. History shows that an arms race requires an adversarial relationship between two or more parties. But the ideological antagonisms that stoked the U.S.-Soviet arms races of the 1960s and 1970s are dead. That President Bush and Russian President Vladimir Putin recently agreed to nuclear-arms reductions beyond START 2 levels suggests that disarmament and defence can indeed co-exist. As for China, its small nuclear deterrent may be neutralized if the defence system is not limited in scope and capability. An expansion of this deterrent can be avoided by limiting the number of missile interceptors in service.

Arms control will suffer, and proliferation result. The proliferation of dangerous technologies can happen even in the absence of missile defence. India, Iran, Pakistan, and North Korea acquired missiles and/or nuclear weapons long before there was any talk in Washington of constructing a defence grid. And most did so in response to long-standing hostilities with their immediate neighbours rather than in response to U.S. defence plans.

Now let's consider the arguments of the system's proponents.

Missile defence technology is making great strides. There's no denying that the technology is still in its infancy and unlikely to result in a system of sufficient reliability in the timeframe being contemplated by the Pentagon.

Active defences will deal effectively with the threat. One of the dangers of relying on technology is that the problem it's intended to address is only partly technological; it is also political. Focusing attention on a technological "solution" may tempt the United States to forgo efforts to achieve non-proliferation goals through diplomatic means.

Missile defence can protect against accidental missile launches. A launch resulting from spurious information or a technical fault is a command-and-control problem. If the United States is truly worried that Russia's early warning systems and launch facilities are unreliable, why not spend a portion of the missile defence budget to make them secure?

Missile defence is essential in the post-9/11 security environment. To the contrary, it may be quite unnecessary. "Rogue" states can probably be deterred from using their limited arsenals so long as the United States maintains a small and credible nuclear force of its own. As for non-state actors armed with a martyr complex -- there is virtually no chance of terrorist groups utilizing missiles to deliver an exotic weapon into the North American heartland.

No terrorist group has the physical infrastructure or engineering know-how to acquire and launch an intercontinental missile.

If Canada decides to participate, it should only be after a careful review of all these arguments. Of course, non-participation will not alter Washington's plans, nor would it necessarily lead to a freezing of bilateral relations. Honest disagreements over the proper means to achieve foreign policy goals can and do occur, and Canada has shown in its Iraq policy that it is mature enough to disagree publicly with its neighbour. As Canada has nothing to atone for, there is no question of our agreeing to participate in order to curry favour in Washington.

Regardless of whether Canada's contribution to ballistic missile defence is active, passive, or non-existent, Ottawa should engage its ally constructively by providing perspective on what missile defence can and cannot achieve, given current technology. It should remind Washington that the defence system must remain limited in scope so as not to create a false sense of invulnerability. It should point out that if ground-based interceptors can be made to work, there should be no need to weaponize outer space.

It should encourage the United States to explore additional methods of dealing with the perceived missile threat -- methods that do not legitimize the extortion techniques of existing and would-be proliferators. Finally, it could encourage the United States, Russia and Europe to combine their technological prowess to create a system offering protection against limited attacks to all countries within striking distance of "rogue" missiles.

If it adopts this pragmatic strategy, Canada will be doing itself, its ally, and the broader international community a great and lasting service.

David Rudd is president of the Canadian Institute of Strategic Studies.




O Canada

Blame O Canada: The anthem is mumbled by all, its lyrics decried from far and wide

ROY MacGREGOR
Globe and Mail - Thursday, May 8, 2003


We are, as every Canadian with ears knows, the only country in the world that mumbles its national anthem.

The reasons are obvious. Those with one language naturally stumble over the other in any bilingual rendering. But more significantly, a great many of us simply do not know the exact words -- even if we can easily sing The Star Spangled Banner without the aid of a karaoke machine.

It's just one of the many idiosyncrasies of being Canadian, like Timbits, poutine and pretending to welcome the changing seasons.

Now comes Sheila Copps, saying the time has come to fix the lyrics no one can ever remember.

It's not that she wants them more memorable, just less sexist. She has therefore written in support of Senator Noel Kinsella's bill to amend the National Anthem Act so that a new, officially bilingual O Canada would no longer refer to "in all thy sons command," thereby de-citizen-izing the majority of the population.

Kinsella's suggestion is to go with a new bilingual version that would start with French lyrics -- sure to be warmly welcomed in Western Canada -- and use a line in French when the offensive "in all thy sons command" comes round.

Another solution had been proposed by Senator Vivienne Poy to change the offending line to "in all of us command," but that's pretty weak poetry even when mumbled.

The Heritage Minister apparently had been well forewarned that any effort to make the anthem "gender neutral" would become an instant political liability to her leadership ambitions, but Copps is no stranger to political risk. She knows she engages strong emotion in both directions -- the mere mention of her name in a column guarantees heated e-mail -- and many will admire her for at least trying to stand for something in a Liberal leadership race so dull not even the Prime Minister was able to watch the first debate last weekend.

Was it boring? Jean Chrétien was asked when he admitted to switching over to the Stanley Cup playoffs.

"The hockey?" he answered. "No."

Squabbling over the words to O Canada goes back even farther than the Stanley Cup. The song was originally a poem by Judge Adolphe-Basile Routhier that was set to music by Calixa Lavallée and was performed for the first time -- history having its own peculiar sense of humour -- on St. Jean Baptiste Day in 1880.

So little was thought of the original performance that, when Lavallée died in 1891, his obituary didn't even bother making mention of the song.

Someone, however, thought to dust it off for the 1901 Canadian tour of the Duke and Duchess of Cornwall (later to become King George V and Queen Mary) and in 1906 a Toronto publisher brought it out as sheet music, with a remarkable translation by Dr. Thomas Bedford Richardson, which we challenge any Canadian to sing along to:

'O Canada! Our fathers' land of old

Thy brow is crown'd with leaves of red and gold.

Beneath the shade of the Holy Cross

Thy children own their birth

No stains thy glorious annals gloss

Since valour shield thy hearth.'

Two years later, Collier's Weekly held a national competition for better lyrics and may or may not have succeeded with the winning effort by Mercy E. Powell McCulloch:

'O Canada! In praise of thee we sing;

From echoing hills our anthems proudly ring.

With fertile plains and mountains grand,

With lakes and rivers clear,

Eternal beauty, thou dost stand

Throughout the changing year.'

For those singing along, we feel obliged to point out that virtually the only words from O Canada not to be seriously fiddled with are "O" and "Canada."

The poet Wilfred Campbell had a go at it, as did the art critic Augustus Bridle. There was even, at one point, a British Columbia version with the impossible twisted lines:

'At Britain's side, whate'er betide,

Unflinching we'll stand.'

Finally, in 1908, a Montreal lawyer named Robert Stanley Weir got hold of the tune, applied the fairly well known "True North strong and free" lyrics to it, and by and large that form has survived to today, with periodic tweaking.

By several accounts, the song has been rewritten 21 times since Routhier and Lavallée had their initial run at it in 1880.

Senator Kinsella's revision, with Sheila Copps's endorsement, would be 22, but this would hardly be the final version, whatever comes of it.

This, after all, is Canada, where some will say "God" has no place in keeping our land glorious or free, and what of immigrants and "our home and native land?"

A better solution, offered here for free, is that we drop all the words, in both official languages.

And just hum along.

Those who cannot hum are welcome to continue mumbling.

rmacgregor@globeandmail.ca




géopolitique

La liberté en otage

Serge Truffaut
Le Devoir jeudi 8 mai 2003


ÉDITORIAL - La contestation du Patriot Act voté en vitesse par le Congrès américain dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001 prend enfin de l'ampleur. Hier, le comté de Broward, en Floride, est devenu le centième d'une liste de comtés ou de villes - sans oublier l'État d'Hawaii -- qui s'opposent à cette loi jugée contraire à l'esprit de la Constitution. Aux yeux des adversaires de ce texte qui porte l'empreinte du très conservateur ministre de la Justice, John Ashcroft, les autorités ont profité de la lutte contre le terrorisme pour mieux réduire les libertés civiles. Au sein des dix millions d'Américains qui ont d'ores et déjà voté la centaine de résolutions qui agacent prodigieusement le Congrès, l'inquiétude est d'autant plus prononcée que divers services fédéraux ont profité du Patriot Act pour gommer davantage l'espace des libertés.

Si on se penche un instant sur le biais idéologique ou philosophique adopté au cours des récentes années par la Cour suprême, qui sera tôt ou tard appelée à se pencher sur ce dossier, il y a fort à parier que les droits des individus, s'ils ne sont pas réduits à une peau de chagrin, seront contraints à une cure d'amaigrissement sans équivalent depuis les années 50. Ainsi que vient d'en témoigner le vétéran journaliste Nat Hentoff, du Village Voice, le juge Antonin Scalia a tenu un discours propre à affoler les militants des droits. Selon ce dernier, les Américains jouissent d'un éventail de droits qui va bien au-delà des obligations que requiert la Constitution. Par conséquent, les citoyens doivent s'attendre à ce que la majorité conservatrice qui a pris la Cour suprême en otage restreigne davantage les libertés.

En attendant le prochain épisode, des groupes montent au créneau pour freiner la folie répressive qui anime l'administration Bush. Le plus actif d'entre eux? Celui des bibliothécaires. Amorcé dans les environs de San Francisco, la fronde de ces derniers s'est tout récemment traduite par ceci: les 64 000 membres de l'American Library Association ont voté une résolution se proposant de faire pièce aux obligations inscrites dans le Patriot Act. Il faut préciser qu'outre la liste des livres consultés par les usagers de ces lieux, le FBI a également le droit de fouiner dans les ordinateurs mis à la disposition du public. Les bibliothécaires ont décidé d'informer les personnes des faits et gestes du FBI, certains d'entre eux allant jusqu'à effacer les noms de ceux et celles qui fréquentent les sites Internet.

Pas plus tard que la semaine dernière, des élus démocrates se sont enfin opposés au désir maniaque de John Ashcroft de policer le comportement des individus. Ce fondamentaliste religieux voulait accorder au Pentagone et à la CIA le pouvoir de s'immiscer davantage dans la vie de tous les citoyens américains. Comment? En obligeant toutes les institutions auxquelles nous sommes liés à fournir des copies de transactions financières et autres.

Il nous reste à espérer que les citoyens américains creuseront davantage le sillon ouvert par un certain nombre d'entre eux afin que le docteur Folamour de la justice quitte les lieux au plus vite.




géopolitique

Uncle Sam conquers the world

When George W. Bush invokes democratization as an excuse to flex America's military muscle, he is merely repeating history.

Jonathan Power
Ottawa Citizen Thursday, May 08, 2003


Woodrow Wilson, the idealistic president of the United States during the First World War, said the U.S. world role came "by no plan of our conceiving, but by the hand of God that led us into this way." Until Vietnam, this view was held right across the American political spectrum: The U.S. was the leading nation on a progressive scale of historical development and was the God-given example to others.

The Vietnam-induced pause in this historical march now seems a long time ago. The forward momentum of the exceptional American spirit continues under President George W. Bush with a union of two powerful schools of American foreign policy: the Wilsonian liberals anxious to extend democracy and the neoconservatives, unilateralist-inclined, who believe in power projection and who also think that an aggressive American leadership around the world will work for the good of all societies.

Yet the Americans have always claimed that, unlike their European allies, they were not an imperial or colonial power. Indeed, the aid given Britain during the Second World War had to be paid for by London with interest, an American ploy to make sure that a post-war Britain could no longer afford to run an empire. When Britain, with France and Israel, went to war with Egypt over the Egyptian decision to nationalize the Suez Canal in 1956, then-president Dwight Eisenhower cut off U.S. financial support for the beleaguered British economy on the grounds that Britain shouldn't indulge in imperial adventures.

The truth is more prosaic. What we see today, with the ascendancy of the neo-conservatives in Washington and the seeming undimmed energy of the Bush administration to make the world to its liking by throwing around its overwhelming military might, is nothing more than the continuity of a long line of imperial yearnings that reaches back to the earliest days of the United States. The country has always been driven by expansionist urges, as Fareed Zakaria wrote in a landmark article in World Policy Journal. "Ever since the 13 colonies, nestled east of the Allegheny mountains, relentlessly marched west to acquire and control the continent, expansionism and imperialism have been part of the American ideal."

And these ambitions were not exhausted with the conquest of California. In the 1850s, in the aftermath of the Mexican war, American leaders talked a lot about the need for further expansion. President Franklin Pierce, in 1853, said he would "not be controlled by any timid forebodings of evil from expansionism." American diplomats tried to negotiate the purchase of parts of Mexico, Cuba and Hawaii. Even Canada was a target. John Quincy Adams thought that in the end, the U.S. would annex all of North America.

For a while, the civil war tempered these ambitions. But once over, revenge was in the air. Since Britain had aided the south, the widespread feeling was that the reunited U.S. should take its Canadian possession to the north. Only the might of the British fleet kept the American debate, led by Abraham Lincoln's imperial-minded secretary of state, William Henry Seward, within sensible bounds.

At the end of the 19th century, then-president William McKinley used the explosion (undoubtedly accidental) of the battleship Maine as the excuse to conquer Cuba. And then, tasting success, he went on to grab Spanish Puerto Rico and the Philippines, adding Hawaii to the list, even though it had nothing to do with Spain. His assistant secretary of the navy, the next president, Theodore Roosevelt, told friends he thought war brought out the best in the nation and that although he would have preferred a war with Germany, "I am not particular and I'd even take Spain if nothing better is offered." He was an unapologetic expansionist and imperialist. He organized the seccession of Panama from Colombia in 1903, declaring publicly, "I took Panama," and work on building the canal commenced. Later, he quarrelled with Canada over the Alaskan/Canadian border.

The threads of this history have been rewoven by George W. Bush to deal with new contingencies. But the colours are the same and the purpose of the garment remains unchanged: to make the world a safe place for the U.S., with the conviction that this can only be achieved by making the world very much like the United States. It may be practised with more aggression under Mr. Bush that it was under Bill Clinton but, in fact, it is only in degree. The expansion of NATO to Russia's borders was a Clintonesque idea. So, too, was the buildup of American power in the Caspian Basin and along Russia's southern border.

This impulse would not change with a new president. It will change only when the United States stumbles, as it might with Iraq. But even after the disaster of Vietnam, it only took until the presidency of Ronald Reagan to right the ship. Now that the U.S. is militarily unchallenged, the imperial urge can only gather speed. The only small cause for doubt is whether God is really on America's side. We might have to wait a century -- or even two -- for the answer to that.

Jonathan Power is a freelance journalist based in London.




CDPQ

La conférence de Montréal

Henri-Paul Rousseau livre sa recette

Marie Tison
La Presse jeudi 8 mai 2003


LE PATRON de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Henri-Paul Rousseau, a livré hier sa recette pour ramener la confiance des investisseurs, mise à mal par les scandales financiers à la Enron et à la WorldCom.

"Je ne pense pas que la réglementation constitue la réponse, même si une certaine réglementation sera nécessaire, a déclaré M. Rousseau hier, dans un atelier sur la régie d'entreprise organisé dans le cadre de la Conférence de Montréal. C'est une question de valeurs et d'incitatifs."

C'est aussi une question de gestes bien concrets, comme la division du poste de président du conseil d'administration et de chef de la direction.

"Il faut un contrepoids", a soutenu le président du conseil d'administration et directeur général de la Caisse de dépôt. Il a aussi plaidé pour diverses mesures afin de mieux outiller les administrateurs, comme des ressources additionnelles afin d'assurer une meilleure régie d'entreprise et des séances de formation.

"Les actionnaires doivent être prêts à payer pour la régie d'entreprise", a-t-il lancé.

Il a aussi insisté sur l'indépendance des administrateurs et sur la nécessité de limiter la taille du conseil d'administration. "Si on s'approche de 10 administrateurs, il y a un problème, si on s'approche de cinq, c'est mieux", a-t-il soutenu.

M. Rousseau a également recommandé d'accorder davantage de temps aux administrateurs. Il serait ainsi en faveur de rapports annuels sur la situation financière de l'entreprise plutôt que de rapports trimestriels.

"Nous traversons une crise de société, a soutenu M. Rousseau. Il est nécessaire de ramener la confiance, ce qui incombe à tout le monde dans la société."

L'auteur français Alain Minc, membre de quelques conseils d'administration et président du conseil de surveillance du Monde, a cependant montré certaines réserves au sujet des mesures fréquemment mises de l'avant pour améliorer la régie d'entreprise, comme la division des postes de président et de chef de la direction et l'indépendance des administrateurs.

"La vraie question, c'est la transparence et la compétence", a-t-il soutenu.

Quant à la création de divers comités, une autre mesure fréquemment utilisée, il s'agit d'"un grand progrès, pas plus, pas moins".

"Il y a une forme de contre-pouvoir dans la dévolution des pouvoirs, mais le véritable contre-pouvoir n'est pas là, a-t-il affirmé. Il est ailleurs, c'est le marché, les analystes financiers, les gestionnaires, les agences de cotation, les journalistes."

Selon lui, le débat sur la régie d'entreprise ne fait que commencer.

"Derrière un sujet qui paraît technique, la régie d'entreprise, il y a quelque chose de plus profond, a-t-il soutenu. C'est un débat sur la légitimité de l'économie de marché qui se profile."

Henry Mintzberg, professeur d'études en gestion à l'Université McGill, a été plus loin en affirmant qu'il s'agissait d'une question sur la nature de la société et la nature de la démocratie.

Il a affirmé qu'Enron ne représentait que la pointe de l'iceberg et que la "criminalité éhontée" se déroulait surtout sous la surface.

Il s'en est notamment pris à la recherche des profits à court terme, qui mine le capitalisme et mine la société. Il s'est notamment demandé comment un dirigeant d'entreprise pouvait motiver ses employés en leur disant qu'il fallait augmenter la valeur des actionnaires, alors que ces actionnaires étaient souvent des spéculateurs sur séance. "La notion de la valeur des actionnaires n'a aucune place dans la société démocratique", a-t-il affirmé.




PLQ

Yves Séguin scrutera à la loupe les mécanismes fiscaux

Michel David
LE DEVOIR jeudi 8 mai 2003